Inquisition au Moyen-Âge.

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Lun 08 Oct 2018, 7:28 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 841-842)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

Ce qui augmentait encore le zèle antisocial du catharisme, c'est le rôle considérable, prépondérant même, que jouait l'Eglise dans la société du moyen âge. L'Eglise, les hérétiques la niaient, la combattaient. Ils rejetaient le sacerdoce, les sacrements; dans la hiérarchie ecclésiastique, ils voyaient une institution satanique; le pape, les évêques, les prêtres, les moines étaient les suppôts du démon. Les cérémonies apparaissaient aux uns comme des rites vides de sens, aux autres comme le culte du Dieu mauvais en opposition avec le culte en esprit et en vérité, rendu par le Parfait au Dieu bon. On s'explique, dès lors, que les Cathares aient tourné en ridicule les institutions de l'Eglise et demandé la suppression des privilèges dont elle jouissait, des prérogatives, des principautés temporelles, des propriétés, des redevances qui lui appartenaient.


L'un des historiens qui a le mieux étudié l'Inquisition, M. VIDAL, aboutit aux mêmes conclusions après avoir exposé les doctrines des derniers ministres cathares (Revue des questions historiques, avril et juillet 1909). « Nul ne saurait dire, écrit-il, les graves dangers auxquels eussent été exposées la société et l'Eglise par la diffusion et la victoire de semblables doctrines. Non seulement l'Eglise et la société devaient se tenir en garde contre elles, mais on comprend qu'elles les aient attaquées et poursuivies; et sans aller jusqu'à trouver excellentes toutes les armes employées contre leurs propagateurs, on doit reconnaître que les deux sociétés ne pouvaient guère, en ces temps et dans ces circonstances, s'empêcher d'user de rigueur à l'endroit de tels adversaires de la religion et de l'ordre social. Aujourd'hui encore, tout homme sensé jugerait digne de réprobation une doctrine, une morale qui conduiraient à l'indifférence de l'esprit à l'égard de toute vérité, à l'émancipation totale de la liberté à l'endroit de toute contrainte, à  la prédominance  de la chair et de ses appétits  sur la   raison, C'était à quoi aboutissait le Catharisme » (pp. 47-48).

On ne saurait mieux dire.

Le Manichéisme n'a pas été la seule hérésie des XIe, XIIe et XIIIe siècles…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Mar 09 Oct 2018, 7:23 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 842)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

Le Manichéisme n'a pas été la seule hérésie des XIe, XIIe et XIIIe siècles. A côté d'elle et de ses nombreuses ramifications, on en voit naître et se développer plusieurs autres qui ont des traits de ressemblance avec elle, au point qu'on a parfois de la peine à les en distinguer. Telle est par exemple l'hérésie des Pauvres de Lyon ou Vaudois, appelés aussi Insabbatati ou Zaptati, qui sortit, après 1150, des prédications de Pierre VALDO, de Lyon. Après avoir, pendant plusieurs années, excité les méfiances de l'Eglise, ils furent définitivement condamnés par LUCIUS III, à l'assemblée de Vérone de 1184. Ils ne croyaient pas, comme les Cathares, au dualisme du bien et du mal, à la prédominance du démon sur cette terre, et à la création diabolique de l'homme. Ils semblent plutôt avoir nié la hiérarchie ecclésiastique, la plupart des sacrements, des rites et des pratiques de l'Eglise, qu'ils prétendaient ainsi ramener à la pureté évangélique, et ils nous apparaissent comme les précurseurs des puritains et des quakers plutôt que comme les continuateurs des Manichéens. Au cours d'une controverse qu'ils eurent, vers 1190, dans la cathédrale de Narbonne, avec des docteurs catholiques, ils précisèrent leurs doctrines.

« Les six points sur lesquels porta la discussion étaient les suivants :

1° que le pape et les prélats n'ont pas droit à l'obéissance des chrétiens ;
2° que tout le monde, même laïque, a le droit de prêcher;
3º que Dieu doit être obéi plutôt que l'homme;
4° que les femmes peuvent prêcher;
5° que les messes, les prières et les aumônes pour les morts ne servent de rien, le Purgatoire n'existant pas;
6º que les églises ne sont d'aucune utilité. » (LEA, Hist. de l'Inquisition, I, p. 88.)

De pareilles doctrines et les conséquences qu'ils en tiraient devaient dresser les Vaudois contre l'organisation féodale de l'Eglise et, à ce titre, ils allaient passer pour des révolutionnaires voulant bouleverser l'état politique et social de leur temps. Mais de plus, le développement de leur système théologique, ou peut-être les influences cathares qui ne tardèrent pas à s'exercer chez eux, leur firent adopter des thèses antisociales, contraires à la conservation de n'importe quel Etat. Comme les Cathares, ils exagéraient l'ascétisme, séparant les femmes des maris et les maris des femmes, quand ils entraient dans leur secte. Ils proscrivaient le serment, même devant les princes, les magistrats et les tribunaux, et ils croyaient que Dieu le punissait aussitôt des peines les plus sévères.

En 1321, un Vaudois et une Vaudoise « furent amenés devant l'Inquisition de Toulouse et ils refusèrent l'un et l'autre de prêter serment; ils donnèrent comme motif, non seulement que le serment est un péché par lui-même, mais que l'homme en le prêtant risquerait de tomber malade et la femme de faire une fausse couche » (LIMBORCH, Liber sententiarum inquisitionis  Tolosanae, p. 289, cité par LEA, op. cit., I, p. 90, notes).

Enfin les Vaudois avaient pour les sanctions sociales et la guerre la même répulsion que les Cathares : ils les condamnaient absolument.

Ces différentes sectes ne s'en tenaient pas à des rêveries individuelles et inoffensives. Leurs chefs prêchaient leurs doctrines aux foules, ils essayaient de toutes manières de les leur faire pratiquer ; et leur enseignement passait immédiatement de la spéculation à l'action, se transformait en actes violents et révolutionnaires.

Lorsque,de 1108 à 1125, TANCHELM propageait les doctrines cathares dans les îles…

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Message  Louis le Mer 10 Oct 2018, 6:42 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 843)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

Lorsque.de 1108 à 1125, TANCHELM propageait les doctrines cathares dans les îles de la Zélande, à Anvers et en Flandre, il ne se contentait pas de développer ses théories dans des prédications; il faisait porter devant lui une bannière et un glaive, symboles de la puissance temporelle, et pour montrer qu'elle lui avait été donnée par Dieu, il leva une armée de 3.000 hommes qui appuya ses arguments par la violence. Marchant à sa tête, revêtu d'un manteau royal et le front ceint de la couronne, il s'empara de force de la ville de Bruges et s'établit en maître dans celle d'Anvers, et lorsque, en 1112, l'archevêque de Cologne le fit arrêter, la population remercia l'archevêque d'avoir délivré le pays de ces bandes de perturbateurs. Après avoir déclaré ecclesias Dei lupanariia esse reputandas, il les faisait profaner par ses partisans ; il empêchait par force la levée des dîmes et faisait tuer quiconque s'opposait à lui : resistentes sibi caedibus saeviebat (SIGBBERT DE GEMBLOUX, Continuatio Praeinonstratensis, ap. PERTZ, M. G., Scriptores,VI, 449). ABÉLARD lui-même nous le représente comme un fauteur de guerres civiles; car il dit de lui et des autres hérétiques de son temps : « Civilibus bellis ecclesiam inquietare non cessant. » (Introd. ad theologiam, éd. Cousin, II, 83.)

L'hérétique breton EUDES DE STELLA, dit EON, marchait à la tête de bandes de fanatiques et mettait à sac les églises et les monastères : « fretus sequentium numero per diversa loca formidabilis oberrabat, ecclesiis maxime monasteriisque infestus... erumpebat improvisus ecclesiarum ac monasteriorum infestator », dit de lui le chroniqueur contemporain GUILLAUME DE NEWBURY (ap. BOUQUET, XIII, p. 97).

Au commencement du XIIe siècle, dans le midi de la France, l'hérésiarque PIERRE DE BRUYS s'était livré aux pires violences. « Pour témoigner son mépris aux objets que vénéraient les prêtres, il fit empiler une quantité de croix consacrées, y mit le feu et fit cuire de la viande sur le brasier. » LEA, op. cit., I, p. 76.) Comme son disciple, le moine apostat HENRI, il appelait à la révolte ceux qui devaient à des seigneurs ecclésiastiques des dîmes ou d'autres redevances, et les excitait à saccager églises et couvents.

Ces excitations avaient produit dans tout le midi de la France des effets que PIERRE LE VÉNÉRABLE décrivait ainsi dans une lettre à l'archevêque d'Embrun et aux évêques de Die et de Gap : « Dans vos pays, les églises ont été profanées, les autels renversés, les crucifix brûlés, les prêtres flagellés, les moines emprisonnés; on les a soumis aux supplices les plus effroyables pour les forcer à se marier. » (Ap. BOUQUET, XV, p. 683-689, année 1142-1143.)

Pierre de Bruys et Henri faisaient un devoir à leurs disciples de détruire les églises, de briser et de brûler les croix. Ainsi, les scènes de violence, de vandalisme et de carnage que les bandes huguenotes du sire des Adrets devaient déchaîner, au XVIe siècle, en Provence et en Dauphiné, avaient eu comme lointains préludes celles qui avaient suivi les prédications des hérétiques Henri et Pierre de Bruys.

Vers la même époque, les prédications d'ARNAUD DE BRESCIA

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Jeu 11 Oct 2018, 6:34 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 843-844)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

Vers la même époque, les prédications d'ARNAUD DE BRESCIA jetaient le trouble dans l'Italie et surtout à Rome. « Les clercs qui ont des propriétés, les évêques qui tiennent des régales, les moines qui possèdent des biens ne sauraient être sauvés. Tous ces biens appartiennent au prince et le prince ne peut en disposer qu'en faveur des laïques. » Ainsi parlait cet hérétique (OTTO DE FREISINGEN, II, chap. 20), et ces paroles sonnaient la curée des biens ecclésiastiques par les laïques, la révolte des sujets des principautés ecclésiastiques, et déchaînaient la Révolution dans un grand nombre de terres.

Ce fut ce qui arriva à Brescia, où l'évêque fut dépouillé de ses biens et chassé par les amis d'Arnaud. En 1146, cet hérétique prêcha  les mêmes  doctrines  à Rome et provoqua ainsi, contre EUGENE III, l'insurrection du peuple romain : le pape fut chassé et la République proclamée sous la suprématie de l'empereur allemand. Arnaud fut ainsi responsable de la guerre civile qui désola, pendant plusieurs années, Rome et son territoire. Ce qui faisait dire à son contemporain S. BERNARD que « tous ses pas étaient marqués par des troubles et des désastres » (VACANDARD, Arnaud de Brescia, dans la Revue des Questions historiques, XXXV, p. 114).

A mesure que se propagèrent les prédications hérétiques, on vit se multiplier les bandes qui, au nom de ces nouvelles doctrines, promenèrent la dévastation clans un grand nombre de régions de l'Europe chrétienne. Dans les premières années du règne de Philippe-Auguste, le centre de la France fut dévasté par des forcenés que l'on nommait, selon le pays, Cotereaux, Routiers, Paliarii, Cataphryges, Arriens et Patarins. Le chroniqueur contemporain RIGORD nous les montre saccageant et brûlant les églises, soumettant les prêtres à des traitements sacrilèges et cruels et les faisant parfois mourir dans les plus atroces tourments, profanant l'Eucharistie et les vases sacrés. Ils foulaient aux pieds les hosties consacrées et faisaient avec les corporaux des objets de toilette pour leurs maîtresses (BOUQUET, XVII, p. 12. Voir aussi ibid., 67, le récit de GUILLAUME LE BRETON et p. 354, celui de la Chronique de S. Denis).

Epouvantées par ces excès, les populations du Limousin et du Berry appelèrent à leur aide Philippe-Auguste, dont les armées exterminèrent, à Dun, près de 7.000 de ces forcenés. L'importance de cette répression prouve combien avait été considérable ce soulèvement anarchique et antichrétien. Quelques années auparavant, toute l'Auvergne avait été parcourue par ces hérétiques pillards. « Les Brabançons ou Cotereaux, écrit BERNARD GUI, parcoururent tous ces pays, le dévastant, saccageant les églises. » L'évêque de Limoges dut marcher contre eux dans le territoire de Brive, à la tête des milices qui s'étaient placées sous son commandement; plus de 2.000 de ces brigands furent massacrés (LABBE), Bibliotheca, II, 269; cf. aussi BOUQUET, XVIII, p. 706). Ces événements se passaient en 1177.

Avant de se porter en Auvergne…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Ven 12 Oct 2018, 6:40 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 844-845)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

Avant de se porter en Auvergne, les routiers avaient parcouru et dévasté le comté de Toulouse. « En 1181, l'évêque ETIENNE DE TOURNAI décrivait, en termes saisissants, la terreur qu'il avait éprouvée lorsque, chargé d'une mission par le roi (Louis VII), il avait traversé le Toulousain... Au milieu de vastes solitudes, il ne vit que des églises ruinées, des villages abandonnés où il craignait sans cesse d'être attaqué par des brigands, et pis encore par les bandes redoutées des Cotereaux. » (LEA, op. cit., I, p. 142.)

Ce fut à la suite de ces tragiques événements que le comte de Toulouse, RAYMOND V DE SAINT-GILLES, adressa au chapitre de Cluny un appel désespéré contre l'hérésie, cause première de tous ces maux. Il suppliait son suzerain Louis VII d'intervenir à la tête d'une armée dans les pays infectés de ces doctrines subversives. « Les églises, écrivait-il, sont abandonnées et tombent en ruines... Comme le glaive spirituel est absolument impuissant, il est nécessaire d'employer le matériel; c'est pourquoi j'insiste auprès du roi de France pour l'engager à venir sur les lieux, persuadé que sa présence pourra contribuer pour beaucoup à déraciner l'hérésie. » (Histoire du Languedoc, VI, p. 78.)

Tous les princes du Midi ne raisonnèrent pas de la même manière; en haine du catholicisme, plusieurs ne craignirent pas de faire appel aux Cotereaux et aux routiers et de lancer de nouveau leurs bandes contre leurs sujets et contre les églises.

De ce nombre fut RAYMOND-ROGER, qui était comte de Foix, au moment de la croisade. Il pouvait s'entendre avec les routiers, car il était lui-même un ennemi déclaré de l'Eglise et de ses ministres. « Au cours de ses nombreux démêlés avec l'abbé et les moines de Pamiers, il lui était souvent arrivé de manquer de respect aux reliques de S. Antonin, que gardait précieusement l'église de ce monastère. Pendant une guerre contre le comte d'Urgel, il assiégea dans leur cathédrale les chanoines de cette ville et les força à se rendre; il profana et pilla l'église, n'en laissant que les quatre murs. On achève son portrait, dit l'Histoire du Languedoc en assurant « qu'il pillait les monastères, détruisait les églises et eut toute sa vie une soif inaltérable du sang des chrétiens » (GUIRAUD, Cartulaire de Notre-Dame de Prouille, I, p. CCXLIX).

GASTON DE BEARN eut, lui aussi, partie liée avec les routiers. En 1212, le concile de Lavaur lui reprocha de les avoir appelés et gardés longtemps dans ses états, ruptarios diu tenuit atque tenet. Avec eux, il saccagea les églises et persécuta les membres du clergé, ecclesiarum et ecclesiasticarum personarum manifestissimus et gravissimus persecutor. En 1211, il les lâcha sur la cathédrale d'Oloron, où ils se livrèrent à des saturnales sacrilèges, foulant aux pieds les saintes Hosties, parodiant, revêtus d'ornements sacerdotaux, les cérémonies de la messe et faisant subir aux clercs de cruels tourments (PIERRE  DE VAUX-CERNAY, Historia Albigensium, ap. BOUQUET, XIX, p. 73).

Le successeur de ce même Raymond V, qui déplorait, en 1177, les…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Sam 13 Oct 2018, 7:20 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 845-846)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

Le successeur de ce même Raymond V, qui déplorait, en 1177, les ravages de l'hérésie, RAYMOND VI, ne craignit pas, lui aussi, de faire appel aux routiers et de déchaîner sur les catholiques leurs bandes sanguinaires (LEA, op. cit., p. 141).

C'est en pensant à tous ces excès et aux doctrines fanatiques qui les avaient inspirés, que dans un moment de sincérité, l'un des ennemis de l'Inquisition, LEA a fait cet aveu intéressant : « Quelque horreur que puissent nous inspirer les moyens employés pour les combattre, quelque pitié que nous devions ressentir pour ceux qui moururent victimes de leurs convictions, nous reconnaissons, sans hésiter, que la cause de l'orthodoxie n'était autre que celle de la civilisation et du progrès. Si le Catharisme était devenu dominant ou même seulement l'égal du catholicisme, il n'est pas douteux que son influence n'eût été désastreuse. » (LEA, op. cit., I, p. 120).

Ce n'est donc pas par une simple coïncidence que l'Eglise organisa, au concile de Latran de 1179 et à l'assemblée de Vérone de 1183, un système de répression matérielle contre les hérétiques, au moment où ceux-ci commettaient contre la société les pires attentats. La répression de l'hérésie par l'Inquisition a été la conséquence des troubles anarchiques provoqués par les doctrines antisociales et les prédications fanatiques de l'hérésie.

D'excellents esprits ont essayé, il est vrai, de le nier. C'est après coup, disent-ils, que l'apologétique catholique a essayé d'excuser et de justifier par des raisons de défense sociale la création et le rôle de l'Inquisition; mais en réalité l'Eglise n'a poursuivi dans l'hérésie que l'ennemie de l'orthodoxie; si la société a profité de ces attaques, c'est par suite de conséquences que l'Eglise n'a ni prévues, ni recherchées. Les textes se chargent de répondre à ces affirmations.

Ce fut au concile de Latran de 1179 qu'Alexandre III, abandonnant ses dispositions tolérantes envers l'hérésie, promulgua le premier système complet de répression que l'Eglise ait imaginé contre elle. Or les mesures qui furent alors édictées visent avant tout les hérétiques qui, non contents de professer des opinions hétérodoxes, bouleversaient la société par leurs violences et leurs révoltes. Avec les Cathares, Patarins, Publicains répandus en Gascogne et dans l'Albigeois, le pape condamne les Brabançons, les Aragonais, les Basculi les Cotereaux « qui tantam in christianos inhumanitatem exercent, ut nec ecclesiis nec monasteriis deferant, non viduis et puellis, non senibus et pueris, nec cuilibet parcant aetati aut sexui, sed more paganorum omnia perdant et vastent » ; et il les accuse d'exercer leurs ravages dans les pays qu'ils occupent, regiones in quibus debacchantur. Si Alexandre III ordonne contre ces hérétiques une croisade c'est, dit-il, pour remédier à de grands désastres « ut tantis cladibus se viriliter opponant » ( Decret., Greg. IX; V, VII, 8 ).

On s'explique maintenant pourquoi les princes du XIe et du XIIe siècle…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Dim 14 Oct 2018, 7:29 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 846-847)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

On s'explique maintenant pourquoi les princes du XIe et du XIIe siècle ont été plus énergiques que les évêques et les papes dans la répression de l'hérésie, pourquoi ils n'ont cessé d'activer sur ce point le zèle de la hiérarchie ecclésiastique et pourquoi enfin celle-ci a fini, après beaucoup d'hésitations, par s'unir aux princes temporels pour décréter contre les hétérodoxes des châtiments matériels. L'examen des doctrines hétérodoxes du XIe et du XIIe siècle et le récit des troubles qu'elles ont provoqués, nous ont en effet prouvé :

1° Qu'après l'an mil, l'hérésie cesse d'être une opinion purement théologique destinée à être discutée dans l'enceinte des écoles; mais qu'elle se double de plus en plus de doctrines antisociales et anarchistes, en opposition non seulement avec l'ordre social du moyen âge, mais encore avec celui de tous les temps;

2º Que ces doctrines anarchistes ont provoqué des mouvements révolutionnaires et des troubles profonds au sein des masses, et qu'ainsi l'hérésie qui les enseignait est devenue un danger public;

3º Que, dès lors, l'autorité temporelle a eu intérêt autant que l'autorité spirituelle à combattre et à détruire l'hérésie;

4° Que ces deux autorités, après avoir agi pendant longtemps séparément, la première par les condamnations de ses tribunaux, la pendaison et le bûcher; la seconde par l'excommunication et les censures ecclésiastiques, ont fini par unir leurs efforts dans une action commune contre l'hérésie;

5° Que cette action combinée a inspiré les décisions du concile de Latran de 1178 et du concile de Vérone de 1184.

Ces constatations précisent le caractère de l'Inquisition telle que l'ont établie les décrétales d'Alexandre III au concile de Latran et de Lucius III au concile de Vérone.

Nous pouvons la définir un système de mesures répressives, les unes d'ordre spirituel, les autres d'ordre temporel, édictées simultanément par la puissance ecclésiastique et par le pouvoir civil pour la défense de l'orthodoxie religieuse et de l'ordre social, que menaçaient également les doctrines théologiques et sociales de l'hérésie.

S'il en est ainsi, on voit ce qu'il faut penser des accusations violentes qui sont si souvent dirigées à ce propos contre l'Eglise. Ce sont de pures déclamations, et elles ne prouvent qu'une chose, l'ignorance et la passion de leurs auteurs. Négligeant en effet de préciser les conditions au milieu desquelles l'Inquisition s'est créée, ils n'ont pas saisi la raison d'être de cette institution, et par là même, n'en ont eu qu'une idée vague et superficielle.

Oubliant que les princes ont présidé autant que les papes à sa naissance, ils se trompent en l'attribuant uniquement au sectarisme religieux; enfin, transformant en martyrs de la pensée libre des hérétiques qui déchaînèrent par leur fanatisme les pires désordres dans la société de leur temps, il les rendent beaucoup plus intéressants qu'ils ne le furent, et ainsi, ils font subir à l'histoire une succession de déformations.

Sur cette question de l'origine de l'Inquisition, l'apologiste chrétien n'a qu'à rétablir les faits dans leur pureté et dans leurs rapports réciproques pour expliquer et légitimer le rôle et l'action de l'Eglise.

A suivre : Organisation de l'Inquisition.

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Lun 15 Oct 2018, 5:19 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 847)

Organisation de l’Inquisition. — Etablie progressivement à la fin du XIIe siècle, l'Inquisition s'organisa et se développa au cours du XIIIe siècle.

A l'origine, les évêques étaient seuls chargés de la recherche des hérétiques et de leur jugement, d'accord avec la puissance séculière. C'est ce que nous voyons dans les décrétales d'ALEXANDRE III et de LUCIUS III. Les évêques en effet étaient, par leur dignité, les juges naturels de l'hérésie et les défenseurs nés de l'orthodoxie dans leurs diocèses respectifs et, en leur confiant l'inquisition des hérétiques, les papes les rappelaient à un exercice plus rigoureux de leurs attributions, beaucoup plutôt qu'ils ne leur en donnaient de nouvelles.

Mais bientôt le Saint-Siège vit l'insuffisance de cette inquisition de l'Ordinaire. Tous les évêques en effet ne ressemblaient pas à ce terrible archevêque de Reims, Guillaume aux Blanches-mains, qui traqua avec tant de sévérité les hérétiques de sa province. Beaucoup d'entre eux étaient animés d'une large tolérance pour des erreurs qui étaient parfois professées par leurs proches et leurs connaissances. Cela se vit surtout dans le midi de la France, où une noblesse imprégnée de catharisme fournissait à l'Eglise catholique ses prélats. On s'explique que, pendant la croisade des Albigeois, BERNARD DU ROQUEFORT, évêque de Carcassonne, ait répugné à la répression violente, lorsqu'il savait sa mère et son frère parmi les hérétiques qui défendaient, contre l'armée de Simon de Montfort, le château de Termes. Son cas n'était pas isolé; plusieurs de ses collègues furent accusés par les croisés de pactiser avec l'hérésie, déposés par le Saint-Siège, et remplacés par des prélats choisis dans les rangs des croisés. Le métropolitain du Midi, BÉRENGER, archevêque de Narbonne, dut ainsi céder son siège au légat ARNAUD, l'évêque de Carcassonne BERNARD DU ROQUEFORT à GUI, abbé de Vaux-Cernay; l'évêque de Toulouse FULCRANDau cistercien FOULQUES, etc.

Même lorsque les évêques étaient de zélés défenseurs de la foi, leur action pouvait manquer d'efficacité; elle était limitée à leurs diocèses respectifs, et lorsqu'ils voulaient l'étendre dans une région tout entière, ils devaient prendre des accords avec leurs collègues; ce qui supposait des réunions, des délibérations et par conséquent des lenteurs. Or l'hérésie exerçait ses ravages sur de nombreux diocèses. Il fallait donc que la lutte contre ses adeptes pût être dirigée par des hommes dont la compétence s'étendit sur de vastes régions.

Enfin, dans les siècles du Moyen Age, le Saint-Siège…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Mar 16 Oct 2018, 7:36 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 847-848)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Enfin, dans les siècles du Moyen Age, le Saint-Siège avait largement distribué le privilège de l'exemption, grâce auquel un grand nombre d'individus et même de personnes morales étaient soustraits à la juridiction ordinaire de l'évêque pour être placés sous l'autorité immédiate du Saint-Siège. A la diète de Vérone, le pape Lucius III avait bien stipulé que le privilège de l'exemption ne vaudrait pas en matière d'hérésie; il avait investi les évêques de la délégation apostolique, afin que nul hérétique ne pût, sous prétexte d'exemption, se soustraire à leur jugement; mais il y avait là matière à discussion et pour rendre plus efficace la répression, il fallait la confier à une autorité participant à l'universalité et à la toute-puissance de la papauté.

Aussi les papes en chargèrent-ils leurs légats qui agirent contre l'hérésie à côté et au-dessus des évêques; et l'on vit, dès la fin du XIIe siècle, fonctionner simultanément deux inquisitions, l'inquisition épiscopale exercée par les évêques dans  leurs diocèses respectifs, en vertu de leur pouvoir ordinaire, et l'inquisition légatine exercée par les légats dans toute l'étendue de leur légation en vertu d'une délégation du Saint-Siège.

Lorsque l'archevêque de Reims, GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS poursuivait, en 1183, les hérétiques de Flandre, envoyant beaucoup d'entre eux au bûcher (Gesta Philippi Augusti de RIGORD, ap. BOUQUET, XVII, p. 11), il agissait non seulement comme métropolitain, mais surtout comme légat apostolique.

En 1178, Alexandre III, à la demande de Raymond V, comte de Toulouse, et des rois de France et d'Angleterre, envoya le cardinal de S. Chrysogone, comme légat en Languedoc avec pleins pouvoirs pour réprimer l'hérésie ; « en vertu de cette délégation, le légat et les cisterciens qui l'accompagnaient firent promettre par serment à l'évêque de Toulouse, à une partie du clergé, aux consuls et à tous les citoyens dont la foi n'était pas suspecte, de leur déclarer par écrit tous les hérétiques et leurs fauteurs » (Hist. du Languedoc, VI, 79). A la suite de cette démarche, le légat instruisit lui-même le procès de Pierre Maurand, l'un des principaux bourgeois de la cite, et après l'avoir convaincu d'hérésie, il lui imposa une pénitence publique, le condamna à une amende et au pèlerinage en Terre sainte et à plusieurs autres pénalités (Ibidem).

En 1198, INNOCENT III donna tous pouvoirs aux religieux cisterciens qu'il envoyait dans le comté de Toulouse comme légats apostoliques, leur confiant spécialement la répression de l'hérésie dans ces régions. Les princes avaient ordre du pape « de proscrire ceux que frère Raynier aurait excommuniés, de confisquer leurs biens et d'user envers eux d'une plus grande rigueur, s'ils persistaient à vouloir demeurer dans le pays après l'excommunication. Nous lui avons donné plein pouvoir, ajoutait-il, de contraindre les seigneurs à agir de la sorte soit par l'excommunication, soit en jetant l'interdit sur leurs terres. Nous enjoignons aussi à tous les peuples de s'armer contre les hérétiques, lorsque frère Raynier et frère Gui jugeront à propos de le leur ordonner... Enfin, nous avons chargé frère Raynier d'excommunier solennellement tous ceux qui favoriseront les hérétiques dénoncés, qui leur procureront le moindre secours ou habiteront avec eux, et de leur infliger les mêmes peines. » (Hist. du Languedoc, VI, p. 222, POTTHAST, Regesta pontificum Romanorum, n° 95.)

Ce texte nous prouve que les légats du Saint-Siège étaient chargés d'exécuter dans leur légation toutes les sanctions édictées contre les hérétiques par les conciles du XIIe siècle, et en particulier par ceux de Latran et de Vérone. Ils avaient, en un mot, tous les pouvoirs d'inquisition.

Certains historiens dominicains ont prétendu que le fondateur de leur ordre avait été le premier inquisiteur….

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Mer 17 Oct 2018, 6:48 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 848-849)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Certains historiens dominicains ont prétendu que le fondateur de leur ordre avait été le premier inquisiteur, et SIXTE-QUINT lui-même s'est fait l'écho de cette opinion dans sa bulle de canonisation de S. Pierre de Vérone (1586) (MANRIQUE, Annales Cistercienses, III, an 1204). En réalité, les fonctions d'inquisiteur avaient été exercées, dès la fin du XIIe siècle, par les légats cisterciens, et quand S. DOMINIQUE s'en acquitta, ce fut en vertu d'une délégation qu'il tenait de la légation cistercienne dirigée par Arnaud de Cîteaux et Pierre de Castelnau. Lorsque, au cours de ses prédications, il imposa une pénitence et délivra des lettres d'absolution à l'hérétique Pons Roger, il déclara agir auctoritate domini abbatis Cisterciensis, Apostolicae Sedis legati, qui hoc nobis injunxit officium. La pénitence du converti devait durer tant que le légat n'aurait pas donné de nouveaux ordres à Dominique donec alias super his dominus legatus suam nobis exprimat voluntatem.

Dans un autre acte du même genre, saint Dominique se couvre toujours de l'autorité du légat : ce qui prouve bien qu'il n'était pas inquisiteur lui-même, mais simple délégué des légats qui, seuls, avaient été chargés par le Saint-Siège de l'Inquisition dans les pays du midi de la France (BOLLANDISTES, Acta sanctorum augusti, I, pp. 410-411).

Il ne faudrait pas s'imaginer que l'inquisition légatine ne se soit exercée que dans le Midi avec les religieux cisterciens qui prirent part à la croisade contre les Albigeois. Nous la retrouvons aussi, à la même époque, dans les pays du nord de la France. En 1200, la chronique de Saint-Marien d'Auxerre signale les progrès, dans la province de Sens, de l'hérésie manichéenne, haeresis populicana, omnium haereseon fetulentissima. Pour y avoir adhéré, l'abbé de Saint-Martin et le doyen de la cathédrale de Nevers furent déposés par le concile de Sens. Le cardinal PIERRE, du titre DE SAINT MARCEL, se rendit dans ces pays comme légat apostolique chargé de la répression de l'hérésie; il convoqua un concile à Paris, où il cita le chevalier EVRARD, auquel le comte de Nevers avait confié le gouvernement de ses terres, et Evrard ayant été accusé d'hérésie par l'évêque d'Auxerre et convaincu de catharisme par de nombreux témoignages, le légat le condamna et le livra au bras séculier; amené à Nevers, Evrard y fut brûlé (BOUQUET, XVIII,
p.  264).

On a dit (LUCHAIRE, Innocent III. La croisade des Albigeois) que Innocent III a substitué l'inquisition extraordinaire des légats à l'inquisition ordinaire des évêques, lorsqu'en 1204, il enleva aux prélats du Midi la direction de la poursuite des hérétiques, pour la confier à ses envoyés, les missionnaires cisterciens. En réalité, cette mesure ne concerna que le Midi ; elle ne suspendit les pouvoirs que des évêques du Midi dont le pape suspectait le zèle, et laissa intact le pouvoir des autres. La preuve en est dans les condamnations qui furent demandées, en 1209, par l'évêque de Paris au roi Philippe-Auguste contre plusieurs hérétiques, disciples d'Amaury de Beynes (BOUQUET, XVII, p. 83-84). L'inquisition légatine ne fit donc que se juxtaposer à l'inquisition épiscopale.

Comme an XIIe siècle, au commencement du XIIIe, le pouvoir civil rivalisa de zèle avec l'Eglise contre les hérétiques…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Jeu 18 Oct 2018, 6:24 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 849-850)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Comme au XIIe siècle, au commencement du XIIIe, le pouvoir civil rivalisa de zèle avec l'Eglise contre les hérétiques, et ce fut toujours lui qui édicta contre eux les mesures de répression les plus sévères. Les chroniqueurs du règne de Philippe-Auguste, GUILLAUME LE BRETON, et RIGORD, sont unanimes à signaler l'ardeur avec laquelle ce prince extermina les hérétiques; à Paris, la place des Champeaux, aux portes du Louvre, fut désignée par lui comme le lieu de leur supplice (Philippeis I, vers 407-410; BOUQUET, XVII, 83). En 1197, PIERRE Ier, roi d'Aragon — celui-là même qui devait mourir à la bataille de Muret en combattant contre Simon de Montfort — promulguait, à Girone, une constitution fort sévère contre les hérétiques. Il la présentait comme une mesure de salut public : « Dignum et justum est, disait-il, ut de salvatione et defensione ejusdem populi continuam pro viribus geramus soilicitudinem. »

En conséquence, à la suite de l'Eglise, il condamnait les Vaudois, Sabatati, Pauvres de Lyon et en général tous les hérétiques quorum non est mimeras nec nomina sunt nota. Il ordonnait leur expulsion immédiate; ceux qui seraient pris dans le royaume après le dimanche de la Passion, seraient brûlés, et leurs biens partagés entre le fisc pour les deux tiers et un tiers pour celui qui les aurait découverts. Ceux qui protégeraient les hérétiques ou les recevraient chez eux ou sur leurs terres, seraient coupables de lèse-majesté et punis de mort comme tels; la même peine attendait les magistrats qui n'exécuteraient pas l'ordonnance (Marca Hispanica, p. 1384).

L'un des pires adversaires qu'ait eus l'Eglise, au XIIIe siècle, cet empereur qui semble avoir été l'ennemi du christianisme autant que de la papauté, FRÉDÉRIC II, s'est particulièrement signalé par sa sévérité contre les hérétiques. Le 22 novembre 1220, il prononçait le bannissement des Cathares, Patarins, Speronistes, Leonistes, Arnaldistes, en un mot « de tous les hérétiques des deux sexes », et ordonnait la confiscation de leurs biens; il exigeait des podestats, consuls, recteurs de provinces la promesse par serment qu'ils expulseraient de leurs terres hereticos ab ecclesia denotatos (HUILLARD-BRERHOLLES, Historia diplomatica Frederici secundi, II, p. 4-5). Quatre ans plus tard, en mai 1224, il édicta contre les hérétiques une nouvelle constitution plus sévère encore que toutes celles qui avaient été auparavant établies par les princes et les papes. Il ordonnait aux podestats, consuls et cités de Lombardie, non seulement d'envoyer au bûcher quiconque aurait été condamné pour hérésie par l'évêque, mais encore de couper la langue à ceux auxquels, pour une raison particulière, on déciderait de laisser la vie (HUILLARD-BRERHOLLES, op. cit., II, p. 422).

Ainsi se poursuivait, au commencement du XIIIe siècle…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis Hier à 7:00 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 850-851)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Ainsi se poursuivait, au commencement du XIIIe siècle, l'accord du pouvoir civil et du pouvoir religieux pour la répression matérielle de l'hérésie.

La croisade des Albigeois fit faire un pas de plus à l'organisation de l'Inquisition. Cette expédition avait déterminé, dans les pays du midi de la France, une lutte continue contre les hérétiques. Pour en finir avec eux et leur enlever à jamais la puissance considérable qu'ils avaient eue dans ces régions, au XIIe  siècle, on appliqua rigoureusement les prescriptions édictées au Latran, en 1178, à Vérone, en 1184, et renouvelées par Innocent III, au quatrième concile de Latran de 1215 (Décret. Greg. IX, V, VII, 13). Dès que la victoire avait fait tomber un pays entre les mains des croisés, les hérétiques en étaient bannis (ou, selon l'expression méridionale, faidits), et leurs biens confisqués, sauf si, par une sincère abjuration, ils se soumettaient à une pénitence canonique et obtenaient des légats et de leurs représentants des lettres de rémission, comme celles qui furent délivrées par saint Dominique à plusieurs convertis (cf. plus haut).

Les révoltes si fréquentes qui soulevèrent contre les croisés des pays qu'ils croyaient conquis, en remettant sans cesse en question les résultats de la croisade, signalèrent à ses chefs et aux légats un nouveau danger. Vaincue par les armes, l'hérésie se dissimula, attendant une occasion favorable pour soulever de nouveau les populations.

Au lieu de « tenir publiquement maison », c'est-à-dire de pratiquer ouvertement leur culte et leurs assemblées, comme ils le faisaient au XIIe siècle, les Parfaits se cachèrent. Ce fut la nuit, dans les lieux reculés, parfois dans les bois ou les solitudes des montagnes, qu'ils réunirent leurs Croyants; ils les voyaient individuellement ou les faisaient visiter par leurs affidés; le catharisme écrasé se transformait en société secrète. Il en était plus dangereux, parce que son action devenait insaisissable et de plus en plus difficile à combattre.

Il fallut donc remettre en vigueur l'une des dispositions de la constitution de Vérone de 1184, celle qui ordonnait aux évêques, non seulement de faire arrêter et bannir les hérétiques manifestes, mais encore d'inspecter, personnellement ou par des délégués, leurs diocèses, pour découvrir les hérétiques et se les faire signaler par les fidèles. Cette recherche, cette inquisition des hérétiques était une affaire importante et compliquée, en un pays qui avait été si profondément pénétré de catharisme. Aussi les légats du Saint-Siège lui donnèrent-ils une attention toute particulière pendant la guerre et surtout lorsque la résistance méridionale sembla définitivement vaincue.

En 1228, le comte de Toulouse, RAYMOND VII…

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