Inquisition au Moyen-Âge.

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Lun 08 Oct 2018, 7:28 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 841-842)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

Ce qui augmentait encore le zèle antisocial du catharisme, c'est le rôle considérable, prépondérant même, que jouait l'Eglise dans la société du moyen âge. L'Eglise, les hérétiques la niaient, la combattaient. Ils rejetaient le sacerdoce, les sacrements; dans la hiérarchie ecclésiastique, ils voyaient une institution satanique; le pape, les évêques, les prêtres, les moines étaient les suppôts du démon. Les cérémonies apparaissaient aux uns comme des rites vides de sens, aux autres comme le culte du Dieu mauvais en opposition avec le culte en esprit et en vérité, rendu par le Parfait au Dieu bon. On s'explique, dès lors, que les Cathares aient tourné en ridicule les institutions de l'Eglise et demandé la suppression des privilèges dont elle jouissait, des prérogatives, des principautés temporelles, des propriétés, des redevances qui lui appartenaient.


L'un des historiens qui a le mieux étudié l'Inquisition, M. VIDAL, aboutit aux mêmes conclusions après avoir exposé les doctrines des derniers ministres cathares (Revue des questions historiques, avril et juillet 1909). « Nul ne saurait dire, écrit-il, les graves dangers auxquels eussent été exposées la société et l'Eglise par la diffusion et la victoire de semblables doctrines. Non seulement l'Eglise et la société devaient se tenir en garde contre elles, mais on comprend qu'elles les aient attaquées et poursuivies; et sans aller jusqu'à trouver excellentes toutes les armes employées contre leurs propagateurs, on doit reconnaître que les deux sociétés ne pouvaient guère, en ces temps et dans ces circonstances, s'empêcher d'user de rigueur à l'endroit de tels adversaires de la religion et de l'ordre social. Aujourd'hui encore, tout homme sensé jugerait digne de réprobation une doctrine, une morale qui conduiraient à l'indifférence de l'esprit à l'égard de toute vérité, à l'émancipation totale de la liberté à l'endroit de toute contrainte, à  la prédominance  de la chair et de ses appétits  sur la   raison, C'était à quoi aboutissait le Catharisme » (pp. 47-48).

On ne saurait mieux dire.

Le Manichéisme n'a pas été la seule hérésie des XIe, XIIe et XIIIe siècles…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Mar 09 Oct 2018, 7:23 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 842)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

Le Manichéisme n'a pas été la seule hérésie des XIe, XIIe et XIIIe siècles. A côté d'elle et de ses nombreuses ramifications, on en voit naître et se développer plusieurs autres qui ont des traits de ressemblance avec elle, au point qu'on a parfois de la peine à les en distinguer. Telle est par exemple l'hérésie des Pauvres de Lyon ou Vaudois, appelés aussi Insabbatati ou Zaptati, qui sortit, après 1150, des prédications de Pierre VALDO, de Lyon. Après avoir, pendant plusieurs années, excité les méfiances de l'Eglise, ils furent définitivement condamnés par LUCIUS III, à l'assemblée de Vérone de 1184. Ils ne croyaient pas, comme les Cathares, au dualisme du bien et du mal, à la prédominance du démon sur cette terre, et à la création diabolique de l'homme. Ils semblent plutôt avoir nié la hiérarchie ecclésiastique, la plupart des sacrements, des rites et des pratiques de l'Eglise, qu'ils prétendaient ainsi ramener à la pureté évangélique, et ils nous apparaissent comme les précurseurs des puritains et des quakers plutôt que comme les continuateurs des Manichéens. Au cours d'une controverse qu'ils eurent, vers 1190, dans la cathédrale de Narbonne, avec des docteurs catholiques, ils précisèrent leurs doctrines.

« Les six points sur lesquels porta la discussion étaient les suivants :

1° que le pape et les prélats n'ont pas droit à l'obéissance des chrétiens ;
2° que tout le monde, même laïque, a le droit de prêcher;
3º que Dieu doit être obéi plutôt que l'homme;
4° que les femmes peuvent prêcher;
5° que les messes, les prières et les aumônes pour les morts ne servent de rien, le Purgatoire n'existant pas;
6º que les églises ne sont d'aucune utilité. » (LEA, Hist. de l'Inquisition, I, p. 88.)

De pareilles doctrines et les conséquences qu'ils en tiraient devaient dresser les Vaudois contre l'organisation féodale de l'Eglise et, à ce titre, ils allaient passer pour des révolutionnaires voulant bouleverser l'état politique et social de leur temps. Mais de plus, le développement de leur système théologique, ou peut-être les influences cathares qui ne tardèrent pas à s'exercer chez eux, leur firent adopter des thèses antisociales, contraires à la conservation de n'importe quel Etat. Comme les Cathares, ils exagéraient l'ascétisme, séparant les femmes des maris et les maris des femmes, quand ils entraient dans leur secte. Ils proscrivaient le serment, même devant les princes, les magistrats et les tribunaux, et ils croyaient que Dieu le punissait aussitôt des peines les plus sévères.

En 1321, un Vaudois et une Vaudoise « furent amenés devant l'Inquisition de Toulouse et ils refusèrent l'un et l'autre de prêter serment; ils donnèrent comme motif, non seulement que le serment est un péché par lui-même, mais que l'homme en le prêtant risquerait de tomber malade et la femme de faire une fausse couche » (LIMBORCH, Liber sententiarum inquisitionis  Tolosanae, p. 289, cité par LEA, op. cit., I, p. 90, notes).

Enfin les Vaudois avaient pour les sanctions sociales et la guerre la même répulsion que les Cathares : ils les condamnaient absolument.

Ces différentes sectes ne s'en tenaient pas à des rêveries individuelles et inoffensives. Leurs chefs prêchaient leurs doctrines aux foules, ils essayaient de toutes manières de les leur faire pratiquer ; et leur enseignement passait immédiatement de la spéculation à l'action, se transformait en actes violents et révolutionnaires.

Lorsque,de 1108 à 1125, TANCHELM propageait les doctrines cathares dans les îles…

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Message  Louis le Mer 10 Oct 2018, 6:42 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 843)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

Lorsque.de 1108 à 1125, TANCHELM propageait les doctrines cathares dans les îles de la Zélande, à Anvers et en Flandre, il ne se contentait pas de développer ses théories dans des prédications; il faisait porter devant lui une bannière et un glaive, symboles de la puissance temporelle, et pour montrer qu'elle lui avait été donnée par Dieu, il leva une armée de 3.000 hommes qui appuya ses arguments par la violence. Marchant à sa tête, revêtu d'un manteau royal et le front ceint de la couronne, il s'empara de force de la ville de Bruges et s'établit en maître dans celle d'Anvers, et lorsque, en 1112, l'archevêque de Cologne le fit arrêter, la population remercia l'archevêque d'avoir délivré le pays de ces bandes de perturbateurs. Après avoir déclaré ecclesias Dei lupanariia esse reputandas, il les faisait profaner par ses partisans ; il empêchait par force la levée des dîmes et faisait tuer quiconque s'opposait à lui : resistentes sibi caedibus saeviebat (SIGBBERT DE GEMBLOUX, Continuatio Praeinonstratensis, ap. PERTZ, M. G., Scriptores,VI, 449). ABÉLARD lui-même nous le représente comme un fauteur de guerres civiles; car il dit de lui et des autres hérétiques de son temps : « Civilibus bellis ecclesiam inquietare non cessant. » (Introd. ad theologiam, éd. Cousin, II, 83.)

L'hérétique breton EUDES DE STELLA, dit EON, marchait à la tête de bandes de fanatiques et mettait à sac les églises et les monastères : « fretus sequentium numero per diversa loca formidabilis oberrabat, ecclesiis maxime monasteriisque infestus... erumpebat improvisus ecclesiarum ac monasteriorum infestator », dit de lui le chroniqueur contemporain GUILLAUME DE NEWBURY (ap. BOUQUET, XIII, p. 97).

Au commencement du XIIe siècle, dans le midi de la France, l'hérésiarque PIERRE DE BRUYS s'était livré aux pires violences. « Pour témoigner son mépris aux objets que vénéraient les prêtres, il fit empiler une quantité de croix consacrées, y mit le feu et fit cuire de la viande sur le brasier. » LEA, op. cit., I, p. 76.) Comme son disciple, le moine apostat HENRI, il appelait à la révolte ceux qui devaient à des seigneurs ecclésiastiques des dîmes ou d'autres redevances, et les excitait à saccager églises et couvents.

Ces excitations avaient produit dans tout le midi de la France des effets que PIERRE LE VÉNÉRABLE décrivait ainsi dans une lettre à l'archevêque d'Embrun et aux évêques de Die et de Gap : « Dans vos pays, les églises ont été profanées, les autels renversés, les crucifix brûlés, les prêtres flagellés, les moines emprisonnés; on les a soumis aux supplices les plus effroyables pour les forcer à se marier. » (Ap. BOUQUET, XV, p. 683-689, année 1142-1143.)

Pierre de Bruys et Henri faisaient un devoir à leurs disciples de détruire les églises, de briser et de brûler les croix. Ainsi, les scènes de violence, de vandalisme et de carnage que les bandes huguenotes du sire des Adrets devaient déchaîner, au XVIe siècle, en Provence et en Dauphiné, avaient eu comme lointains préludes celles qui avaient suivi les prédications des hérétiques Henri et Pierre de Bruys.

Vers la même époque, les prédications d'ARNAUD DE BRESCIA

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Jeu 11 Oct 2018, 6:34 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 843-844)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

Vers la même époque, les prédications d'ARNAUD DE BRESCIA jetaient le trouble dans l'Italie et surtout à Rome. « Les clercs qui ont des propriétés, les évêques qui tiennent des régales, les moines qui possèdent des biens ne sauraient être sauvés. Tous ces biens appartiennent au prince et le prince ne peut en disposer qu'en faveur des laïques. » Ainsi parlait cet hérétique (OTTO DE FREISINGEN, II, chap. 20), et ces paroles sonnaient la curée des biens ecclésiastiques par les laïques, la révolte des sujets des principautés ecclésiastiques, et déchaînaient la Révolution dans un grand nombre de terres.

Ce fut ce qui arriva à Brescia, où l'évêque fut dépouillé de ses biens et chassé par les amis d'Arnaud. En 1146, cet hérétique prêcha  les mêmes  doctrines  à Rome et provoqua ainsi, contre EUGENE III, l'insurrection du peuple romain : le pape fut chassé et la République proclamée sous la suprématie de l'empereur allemand. Arnaud fut ainsi responsable de la guerre civile qui désola, pendant plusieurs années, Rome et son territoire. Ce qui faisait dire à son contemporain S. BERNARD que « tous ses pas étaient marqués par des troubles et des désastres » (VACANDARD, Arnaud de Brescia, dans la Revue des Questions historiques, XXXV, p. 114).

A mesure que se propagèrent les prédications hérétiques, on vit se multiplier les bandes qui, au nom de ces nouvelles doctrines, promenèrent la dévastation clans un grand nombre de régions de l'Europe chrétienne. Dans les premières années du règne de Philippe-Auguste, le centre de la France fut dévasté par des forcenés que l'on nommait, selon le pays, Cotereaux, Routiers, Paliarii, Cataphryges, Arriens et Patarins. Le chroniqueur contemporain RIGORD nous les montre saccageant et brûlant les églises, soumettant les prêtres à des traitements sacrilèges et cruels et les faisant parfois mourir dans les plus atroces tourments, profanant l'Eucharistie et les vases sacrés. Ils foulaient aux pieds les hosties consacrées et faisaient avec les corporaux des objets de toilette pour leurs maîtresses (BOUQUET, XVII, p. 12. Voir aussi ibid., 67, le récit de GUILLAUME LE BRETON et p. 354, celui de la Chronique de S. Denis).

Epouvantées par ces excès, les populations du Limousin et du Berry appelèrent à leur aide Philippe-Auguste, dont les armées exterminèrent, à Dun, près de 7.000 de ces forcenés. L'importance de cette répression prouve combien avait été considérable ce soulèvement anarchique et antichrétien. Quelques années auparavant, toute l'Auvergne avait été parcourue par ces hérétiques pillards. « Les Brabançons ou Cotereaux, écrit BERNARD GUI, parcoururent tous ces pays, le dévastant, saccageant les églises. » L'évêque de Limoges dut marcher contre eux dans le territoire de Brive, à la tête des milices qui s'étaient placées sous son commandement; plus de 2.000 de ces brigands furent massacrés (LABBE), Bibliotheca, II, 269; cf. aussi BOUQUET, XVIII, p. 706). Ces événements se passaient en 1177.

Avant de se porter en Auvergne…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Ven 12 Oct 2018, 6:40 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 844-845)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

Avant de se porter en Auvergne, les routiers avaient parcouru et dévasté le comté de Toulouse. « En 1181, l'évêque ETIENNE DE TOURNAI décrivait, en termes saisissants, la terreur qu'il avait éprouvée lorsque, chargé d'une mission par le roi (Louis VII), il avait traversé le Toulousain... Au milieu de vastes solitudes, il ne vit que des églises ruinées, des villages abandonnés où il craignait sans cesse d'être attaqué par des brigands, et pis encore par les bandes redoutées des Cotereaux. » (LEA, op. cit., I, p. 142.)

Ce fut à la suite de ces tragiques événements que le comte de Toulouse, RAYMOND V DE SAINT-GILLES, adressa au chapitre de Cluny un appel désespéré contre l'hérésie, cause première de tous ces maux. Il suppliait son suzerain Louis VII d'intervenir à la tête d'une armée dans les pays infectés de ces doctrines subversives. « Les églises, écrivait-il, sont abandonnées et tombent en ruines... Comme le glaive spirituel est absolument impuissant, il est nécessaire d'employer le matériel; c'est pourquoi j'insiste auprès du roi de France pour l'engager à venir sur les lieux, persuadé que sa présence pourra contribuer pour beaucoup à déraciner l'hérésie. » (Histoire du Languedoc, VI, p. 78.)

Tous les princes du Midi ne raisonnèrent pas de la même manière; en haine du catholicisme, plusieurs ne craignirent pas de faire appel aux Cotereaux et aux routiers et de lancer de nouveau leurs bandes contre leurs sujets et contre les églises.

De ce nombre fut RAYMOND-ROGER, qui était comte de Foix, au moment de la croisade. Il pouvait s'entendre avec les routiers, car il était lui-même un ennemi déclaré de l'Eglise et de ses ministres. « Au cours de ses nombreux démêlés avec l'abbé et les moines de Pamiers, il lui était souvent arrivé de manquer de respect aux reliques de S. Antonin, que gardait précieusement l'église de ce monastère. Pendant une guerre contre le comte d'Urgel, il assiégea dans leur cathédrale les chanoines de cette ville et les força à se rendre; il profana et pilla l'église, n'en laissant que les quatre murs. On achève son portrait, dit l'Histoire du Languedoc en assurant « qu'il pillait les monastères, détruisait les églises et eut toute sa vie une soif inaltérable du sang des chrétiens » (GUIRAUD, Cartulaire de Notre-Dame de Prouille, I, p. CCXLIX).

GASTON DE BEARN eut, lui aussi, partie liée avec les routiers. En 1212, le concile de Lavaur lui reprocha de les avoir appelés et gardés longtemps dans ses états, ruptarios diu tenuit atque tenet. Avec eux, il saccagea les églises et persécuta les membres du clergé, ecclesiarum et ecclesiasticarum personarum manifestissimus et gravissimus persecutor. En 1211, il les lâcha sur la cathédrale d'Oloron, où ils se livrèrent à des saturnales sacrilèges, foulant aux pieds les saintes Hosties, parodiant, revêtus d'ornements sacerdotaux, les cérémonies de la messe et faisant subir aux clercs de cruels tourments (PIERRE  DE VAUX-CERNAY, Historia Albigensium, ap. BOUQUET, XIX, p. 73).

Le successeur de ce même Raymond V, qui déplorait, en 1177, les…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Sam 13 Oct 2018, 7:20 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 845-846)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

Le successeur de ce même Raymond V, qui déplorait, en 1177, les ravages de l'hérésie, RAYMOND VI, ne craignit pas, lui aussi, de faire appel aux routiers et de déchaîner sur les catholiques leurs bandes sanguinaires (LEA, op. cit., p. 141).

C'est en pensant à tous ces excès et aux doctrines fanatiques qui les avaient inspirés, que dans un moment de sincérité, l'un des ennemis de l'Inquisition, LEA a fait cet aveu intéressant : « Quelque horreur que puissent nous inspirer les moyens employés pour les combattre, quelque pitié que nous devions ressentir pour ceux qui moururent victimes de leurs convictions, nous reconnaissons, sans hésiter, que la cause de l'orthodoxie n'était autre que celle de la civilisation et du progrès. Si le Catharisme était devenu dominant ou même seulement l'égal du catholicisme, il n'est pas douteux que son influence n'eût été désastreuse. » (LEA, op. cit., I, p. 120).

Ce n'est donc pas par une simple coïncidence que l'Eglise organisa, au concile de Latran de 1179 et à l'assemblée de Vérone de 1183, un système de répression matérielle contre les hérétiques, au moment où ceux-ci commettaient contre la société les pires attentats. La répression de l'hérésie par l'Inquisition a été la conséquence des troubles anarchiques provoqués par les doctrines antisociales et les prédications fanatiques de l'hérésie.

D'excellents esprits ont essayé, il est vrai, de le nier. C'est après coup, disent-ils, que l'apologétique catholique a essayé d'excuser et de justifier par des raisons de défense sociale la création et le rôle de l'Inquisition; mais en réalité l'Eglise n'a poursuivi dans l'hérésie que l'ennemie de l'orthodoxie; si la société a profité de ces attaques, c'est par suite de conséquences que l'Eglise n'a ni prévues, ni recherchées. Les textes se chargent de répondre à ces affirmations.

Ce fut au concile de Latran de 1179 qu'Alexandre III, abandonnant ses dispositions tolérantes envers l'hérésie, promulgua le premier système complet de répression que l'Eglise ait imaginé contre elle. Or les mesures qui furent alors édictées visent avant tout les hérétiques qui, non contents de professer des opinions hétérodoxes, bouleversaient la société par leurs violences et leurs révoltes. Avec les Cathares, Patarins, Publicains répandus en Gascogne et dans l'Albigeois, le pape condamne les Brabançons, les Aragonais, les Basculi les Cotereaux « qui tantam in christianos inhumanitatem exercent, ut nec ecclesiis nec monasteriis deferant, non viduis et puellis, non senibus et pueris, nec cuilibet parcant aetati aut sexui, sed more paganorum omnia perdant et vastent » ; et il les accuse d'exercer leurs ravages dans les pays qu'ils occupent, regiones in quibus debacchantur. Si Alexandre III ordonne contre ces hérétiques une croisade c'est, dit-il, pour remédier à de grands désastres « ut tantis cladibus se viriliter opponant » ( Decret., Greg. IX; V, VII, 8 ).

On s'explique maintenant pourquoi les princes du XIe et du XIIe siècle…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Dim 14 Oct 2018, 7:29 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 846-847)

Doctrine des hérétiques.

(suite)

On s'explique maintenant pourquoi les princes du XIe et du XIIe siècle ont été plus énergiques que les évêques et les papes dans la répression de l'hérésie, pourquoi ils n'ont cessé d'activer sur ce point le zèle de la hiérarchie ecclésiastique et pourquoi enfin celle-ci a fini, après beaucoup d'hésitations, par s'unir aux princes temporels pour décréter contre les hétérodoxes des châtiments matériels. L'examen des doctrines hétérodoxes du XIe et du XIIe siècle et le récit des troubles qu'elles ont provoqués, nous ont en effet prouvé :

1° Qu'après l'an mil, l'hérésie cesse d'être une opinion purement théologique destinée à être discutée dans l'enceinte des écoles; mais qu'elle se double de plus en plus de doctrines antisociales et anarchistes, en opposition non seulement avec l'ordre social du moyen âge, mais encore avec celui de tous les temps;

2º Que ces doctrines anarchistes ont provoqué des mouvements révolutionnaires et des troubles profonds au sein des masses, et qu'ainsi l'hérésie qui les enseignait est devenue un danger public;

3º Que, dès lors, l'autorité temporelle a eu intérêt autant que l'autorité spirituelle à combattre et à détruire l'hérésie;

4° Que ces deux autorités, après avoir agi pendant longtemps séparément, la première par les condamnations de ses tribunaux, la pendaison et le bûcher; la seconde par l'excommunication et les censures ecclésiastiques, ont fini par unir leurs efforts dans une action commune contre l'hérésie;

5° Que cette action combinée a inspiré les décisions du concile de Latran de 1178 et du concile de Vérone de 1184.

Ces constatations précisent le caractère de l'Inquisition telle que l'ont établie les décrétales d'Alexandre III au concile de Latran et de Lucius III au concile de Vérone.

Nous pouvons la définir un système de mesures répressives, les unes d'ordre spirituel, les autres d'ordre temporel, édictées simultanément par la puissance ecclésiastique et par le pouvoir civil pour la défense de l'orthodoxie religieuse et de l'ordre social, que menaçaient également les doctrines théologiques et sociales de l'hérésie.

S'il en est ainsi, on voit ce qu'il faut penser des accusations violentes qui sont si souvent dirigées à ce propos contre l'Eglise. Ce sont de pures déclamations, et elles ne prouvent qu'une chose, l'ignorance et la passion de leurs auteurs. Négligeant en effet de préciser les conditions au milieu desquelles l'Inquisition s'est créée, ils n'ont pas saisi la raison d'être de cette institution, et par là même, n'en ont eu qu'une idée vague et superficielle.

Oubliant que les princes ont présidé autant que les papes à sa naissance, ils se trompent en l'attribuant uniquement au sectarisme religieux; enfin, transformant en martyrs de la pensée libre des hérétiques qui déchaînèrent par leur fanatisme les pires désordres dans la société de leur temps, il les rendent beaucoup plus intéressants qu'ils ne le furent, et ainsi, ils font subir à l'histoire une succession de déformations.

Sur cette question de l'origine de l'Inquisition, l'apologiste chrétien n'a qu'à rétablir les faits dans leur pureté et dans leurs rapports réciproques pour expliquer et légitimer le rôle et l'action de l'Eglise.

A suivre : Organisation de l'Inquisition.

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Lun 15 Oct 2018, 5:19 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 847)

Organisation de l’Inquisition. — Etablie progressivement à la fin du XIIe siècle, l'Inquisition s'organisa et se développa au cours du XIIIe siècle.

A l'origine, les évêques étaient seuls chargés de la recherche des hérétiques et de leur jugement, d'accord avec la puissance séculière. C'est ce que nous voyons dans les décrétales d'ALEXANDRE III et de LUCIUS III. Les évêques en effet étaient, par leur dignité, les juges naturels de l'hérésie et les défenseurs nés de l'orthodoxie dans leurs diocèses respectifs et, en leur confiant l'inquisition des hérétiques, les papes les rappelaient à un exercice plus rigoureux de leurs attributions, beaucoup plutôt qu'ils ne leur en donnaient de nouvelles.

Mais bientôt le Saint-Siège vit l'insuffisance de cette inquisition de l'Ordinaire. Tous les évêques en effet ne ressemblaient pas à ce terrible archevêque de Reims, Guillaume aux Blanches-mains, qui traqua avec tant de sévérité les hérétiques de sa province. Beaucoup d'entre eux étaient animés d'une large tolérance pour des erreurs qui étaient parfois professées par leurs proches et leurs connaissances. Cela se vit surtout dans le midi de la France, où une noblesse imprégnée de catharisme fournissait à l'Eglise catholique ses prélats. On s'explique que, pendant la croisade des Albigeois, BERNARD DU ROQUEFORT, évêque de Carcassonne, ait répugné à la répression violente, lorsqu'il savait sa mère et son frère parmi les hérétiques qui défendaient, contre l'armée de Simon de Montfort, le château de Termes. Son cas n'était pas isolé; plusieurs de ses collègues furent accusés par les croisés de pactiser avec l'hérésie, déposés par le Saint-Siège, et remplacés par des prélats choisis dans les rangs des croisés. Le métropolitain du Midi, BÉRENGER, archevêque de Narbonne, dut ainsi céder son siège au légat ARNAUD, l'évêque de Carcassonne BERNARD DU ROQUEFORT à GUI, abbé de Vaux-Cernay; l'évêque de Toulouse FULCRANDau cistercien FOULQUES, etc.

Même lorsque les évêques étaient de zélés défenseurs de la foi, leur action pouvait manquer d'efficacité; elle était limitée à leurs diocèses respectifs, et lorsqu'ils voulaient l'étendre dans une région tout entière, ils devaient prendre des accords avec leurs collègues; ce qui supposait des réunions, des délibérations et par conséquent des lenteurs. Or l'hérésie exerçait ses ravages sur de nombreux diocèses. Il fallait donc que la lutte contre ses adeptes pût être dirigée par des hommes dont la compétence s'étendit sur de vastes régions.

Enfin, dans les siècles du Moyen Age, le Saint-Siège…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Mar 16 Oct 2018, 7:36 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 847-848)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Enfin, dans les siècles du Moyen Age, le Saint-Siège avait largement distribué le privilège de l'exemption, grâce auquel un grand nombre d'individus et même de personnes morales étaient soustraits à la juridiction ordinaire de l'évêque pour être placés sous l'autorité immédiate du Saint-Siège. A la diète de Vérone, le pape Lucius III avait bien stipulé que le privilège de l'exemption ne vaudrait pas en matière d'hérésie; il avait investi les évêques de la délégation apostolique, afin que nul hérétique ne pût, sous prétexte d'exemption, se soustraire à leur jugement; mais il y avait là matière à discussion et pour rendre plus efficace la répression, il fallait la confier à une autorité participant à l'universalité et à la toute-puissance de la papauté.

Aussi les papes en chargèrent-ils leurs légats qui agirent contre l'hérésie à côté et au-dessus des évêques; et l'on vit, dès la fin du XIIe siècle, fonctionner simultanément deux inquisitions, l'inquisition épiscopale exercée par les évêques dans  leurs diocèses respectifs, en vertu de leur pouvoir ordinaire, et l'inquisition légatine exercée par les légats dans toute l'étendue de leur légation en vertu d'une délégation du Saint-Siège.

Lorsque l'archevêque de Reims, GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS poursuivait, en 1183, les hérétiques de Flandre, envoyant beaucoup d'entre eux au bûcher (Gesta Philippi Augusti de RIGORD, ap. BOUQUET, XVII, p. 11), il agissait non seulement comme métropolitain, mais surtout comme légat apostolique.

En 1178, Alexandre III, à la demande de Raymond V, comte de Toulouse, et des rois de France et d'Angleterre, envoya le cardinal de S. Chrysogone, comme légat en Languedoc avec pleins pouvoirs pour réprimer l'hérésie ; « en vertu de cette délégation, le légat et les cisterciens qui l'accompagnaient firent promettre par serment à l'évêque de Toulouse, à une partie du clergé, aux consuls et à tous les citoyens dont la foi n'était pas suspecte, de leur déclarer par écrit tous les hérétiques et leurs fauteurs » (Hist. du Languedoc, VI, 79). A la suite de cette démarche, le légat instruisit lui-même le procès de Pierre Maurand, l'un des principaux bourgeois de la cite, et après l'avoir convaincu d'hérésie, il lui imposa une pénitence publique, le condamna à une amende et au pèlerinage en Terre sainte et à plusieurs autres pénalités (Ibidem).

En 1198, INNOCENT III donna tous pouvoirs aux religieux cisterciens qu'il envoyait dans le comté de Toulouse comme légats apostoliques, leur confiant spécialement la répression de l'hérésie dans ces régions. Les princes avaient ordre du pape « de proscrire ceux que frère Raynier aurait excommuniés, de confisquer leurs biens et d'user envers eux d'une plus grande rigueur, s'ils persistaient à vouloir demeurer dans le pays après l'excommunication. Nous lui avons donné plein pouvoir, ajoutait-il, de contraindre les seigneurs à agir de la sorte soit par l'excommunication, soit en jetant l'interdit sur leurs terres. Nous enjoignons aussi à tous les peuples de s'armer contre les hérétiques, lorsque frère Raynier et frère Gui jugeront à propos de le leur ordonner... Enfin, nous avons chargé frère Raynier d'excommunier solennellement tous ceux qui favoriseront les hérétiques dénoncés, qui leur procureront le moindre secours ou habiteront avec eux, et de leur infliger les mêmes peines. » (Hist. du Languedoc, VI, p. 222, POTTHAST, Regesta pontificum Romanorum, n° 95.)

Ce texte nous prouve que les légats du Saint-Siège étaient chargés d'exécuter dans leur légation toutes les sanctions édictées contre les hérétiques par les conciles du XIIe siècle, et en particulier par ceux de Latran et de Vérone. Ils avaient, en un mot, tous les pouvoirs d'inquisition.

Certains historiens dominicains ont prétendu que le fondateur de leur ordre avait été le premier inquisiteur….

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Mer 17 Oct 2018, 6:48 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 848-849)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Certains historiens dominicains ont prétendu que le fondateur de leur ordre avait été le premier inquisiteur, et SIXTE-QUINT lui-même s'est fait l'écho de cette opinion dans sa bulle de canonisation de S. Pierre de Vérone (1586) (MANRIQUE, Annales Cistercienses, III, an 1204). En réalité, les fonctions d'inquisiteur avaient été exercées, dès la fin du XIIe siècle, par les légats cisterciens, et quand S. DOMINIQUE s'en acquitta, ce fut en vertu d'une délégation qu'il tenait de la légation cistercienne dirigée par Arnaud de Cîteaux et Pierre de Castelnau. Lorsque, au cours de ses prédications, il imposa une pénitence et délivra des lettres d'absolution à l'hérétique Pons Roger, il déclara agir auctoritate domini abbatis Cisterciensis, Apostolicae Sedis legati, qui hoc nobis injunxit officium. La pénitence du converti devait durer tant que le légat n'aurait pas donné de nouveaux ordres à Dominique donec alias super his dominus legatus suam nobis exprimat voluntatem.

Dans un autre acte du même genre, saint Dominique se couvre toujours de l'autorité du légat : ce qui prouve bien qu'il n'était pas inquisiteur lui-même, mais simple délégué des légats qui, seuls, avaient été chargés par le Saint-Siège de l'Inquisition dans les pays du midi de la France (BOLLANDISTES, Acta sanctorum augusti, I, pp. 410-411).

Il ne faudrait pas s'imaginer que l'inquisition légatine ne se soit exercée que dans le Midi avec les religieux cisterciens qui prirent part à la croisade contre les Albigeois. Nous la retrouvons aussi, à la même époque, dans les pays du nord de la France. En 1200, la chronique de Saint-Marien d'Auxerre signale les progrès, dans la province de Sens, de l'hérésie manichéenne, haeresis populicana, omnium haereseon fetulentissima. Pour y avoir adhéré, l'abbé de Saint-Martin et le doyen de la cathédrale de Nevers furent déposés par le concile de Sens. Le cardinal PIERRE, du titre DE SAINT MARCEL, se rendit dans ces pays comme légat apostolique chargé de la répression de l'hérésie; il convoqua un concile à Paris, où il cita le chevalier EVRARD, auquel le comte de Nevers avait confié le gouvernement de ses terres, et Evrard ayant été accusé d'hérésie par l'évêque d'Auxerre et convaincu de catharisme par de nombreux témoignages, le légat le condamna et le livra au bras séculier; amené à Nevers, Evrard y fut brûlé (BOUQUET, XVIII,
p.  264).

On a dit (LUCHAIRE, Innocent III. La croisade des Albigeois) que Innocent III a substitué l'inquisition extraordinaire des légats à l'inquisition ordinaire des évêques, lorsqu'en 1204, il enleva aux prélats du Midi la direction de la poursuite des hérétiques, pour la confier à ses envoyés, les missionnaires cisterciens. En réalité, cette mesure ne concerna que le Midi ; elle ne suspendit les pouvoirs que des évêques du Midi dont le pape suspectait le zèle, et laissa intact le pouvoir des autres. La preuve en est dans les condamnations qui furent demandées, en 1209, par l'évêque de Paris au roi Philippe-Auguste contre plusieurs hérétiques, disciples d'Amaury de Beynes (BOUQUET, XVII, p. 83-84). L'inquisition légatine ne fit donc que se juxtaposer à l'inquisition épiscopale.

Comme an XIIe siècle, au commencement du XIIIe, le pouvoir civil rivalisa de zèle avec l'Eglise contre les hérétiques…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Jeu 18 Oct 2018, 6:24 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 849-850)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Comme au XIIe siècle, au commencement du XIIIe, le pouvoir civil rivalisa de zèle avec l'Eglise contre les hérétiques, et ce fut toujours lui qui édicta contre eux les mesures de répression les plus sévères. Les chroniqueurs du règne de Philippe-Auguste, GUILLAUME LE BRETON, et RIGORD, sont unanimes à signaler l'ardeur avec laquelle ce prince extermina les hérétiques; à Paris, la place des Champeaux, aux portes du Louvre, fut désignée par lui comme le lieu de leur supplice (Philippeis I, vers 407-410; BOUQUET, XVII, 83). En 1197, PIERRE Ier, roi d'Aragon — celui-là même qui devait mourir à la bataille de Muret en combattant contre Simon de Montfort — promulguait, à Girone, une constitution fort sévère contre les hérétiques. Il la présentait comme une mesure de salut public : « Dignum et justum est, disait-il, ut de salvatione et defensione ejusdem populi continuam pro viribus geramus soilicitudinem. »

En conséquence, à la suite de l'Eglise, il condamnait les Vaudois, Sabatati, Pauvres de Lyon et en général tous les hérétiques quorum non est mimeras nec nomina sunt nota. Il ordonnait leur expulsion immédiate; ceux qui seraient pris dans le royaume après le dimanche de la Passion, seraient brûlés, et leurs biens partagés entre le fisc pour les deux tiers et un tiers pour celui qui les aurait découverts. Ceux qui protégeraient les hérétiques ou les recevraient chez eux ou sur leurs terres, seraient coupables de lèse-majesté et punis de mort comme tels; la même peine attendait les magistrats qui n'exécuteraient pas l'ordonnance (Marca Hispanica, p. 1384).

L'un des pires adversaires qu'ait eus l'Eglise, au XIIIe siècle, cet empereur qui semble avoir été l'ennemi du christianisme autant que de la papauté, FRÉDÉRIC II, s'est particulièrement signalé par sa sévérité contre les hérétiques. Le 22 novembre 1220, il prononçait le bannissement des Cathares, Patarins, Speronistes, Leonistes, Arnaldistes, en un mot « de tous les hérétiques des deux sexes », et ordonnait la confiscation de leurs biens; il exigeait des podestats, consuls, recteurs de provinces la promesse par serment qu'ils expulseraient de leurs terres hereticos ab ecclesia denotatos (HUILLARD-BRERHOLLES, Historia diplomatica Frederici secundi, II, p. 4-5). Quatre ans plus tard, en mai 1224, il édicta contre les hérétiques une nouvelle constitution plus sévère encore que toutes celles qui avaient été auparavant établies par les princes et les papes. Il ordonnait aux podestats, consuls et cités de Lombardie, non seulement d'envoyer au bûcher quiconque aurait été condamné pour hérésie par l'évêque, mais encore de couper la langue à ceux auxquels, pour une raison particulière, on déciderait de laisser la vie (HUILLARD-BRERHOLLES, op. cit., II, p. 422).

Ainsi se poursuivait, au commencement du XIIIe siècle…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Ven 19 Oct 2018, 7:00 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 850-851)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Ainsi se poursuivait, au commencement du XIIIe siècle, l'accord du pouvoir civil et du pouvoir religieux pour la répression matérielle de l'hérésie.

La croisade des Albigeois fit faire un pas de plus à l'organisation de l'Inquisition. Cette expédition avait déterminé, dans les pays du midi de la France, une lutte continue contre les hérétiques. Pour en finir avec eux et leur enlever à jamais la puissance considérable qu'ils avaient eue dans ces régions, au XIIe  siècle, on appliqua rigoureusement les prescriptions édictées au Latran, en 1178, à Vérone, en 1184, et renouvelées par Innocent III, au quatrième concile de Latran de 1215 (Décret. Greg. IX, V, VII, 13). Dès que la victoire avait fait tomber un pays entre les mains des croisés, les hérétiques en étaient bannis (ou, selon l'expression méridionale, faidits), et leurs biens confisqués, sauf si, par une sincère abjuration, ils se soumettaient à une pénitence canonique et obtenaient des légats et de leurs représentants des lettres de rémission, comme celles qui furent délivrées par saint Dominique à plusieurs convertis (cf. plus haut).

Les révoltes si fréquentes qui soulevèrent contre les croisés des pays qu'ils croyaient conquis, en remettant sans cesse en question les résultats de la croisade, signalèrent à ses chefs et aux légats un nouveau danger. Vaincue par les armes, l'hérésie se dissimula, attendant une occasion favorable pour soulever de nouveau les populations.

Au lieu de « tenir publiquement maison », c'est-à-dire de pratiquer ouvertement leur culte et leurs assemblées, comme ils le faisaient au XIIe siècle, les Parfaits se cachèrent. Ce fut la nuit, dans les lieux reculés, parfois dans les bois ou les solitudes des montagnes, qu'ils réunirent leurs Croyants; ils les voyaient individuellement ou les faisaient visiter par leurs affidés; le catharisme écrasé se transformait en société secrète. Il en était plus dangereux, parce que son action devenait insaisissable et de plus en plus difficile à combattre.

Il fallut donc remettre en vigueur l'une des dispositions de la constitution de Vérone de 1184, celle qui ordonnait aux évêques, non seulement de faire arrêter et bannir les hérétiques manifestes, mais encore d'inspecter, personnellement ou par des délégués, leurs diocèses, pour découvrir les hérétiques et se les faire signaler par les fidèles. Cette recherche, cette inquisition des hérétiques était une affaire importante et compliquée, en un pays qui avait été si profondément pénétré de catharisme. Aussi les légats du Saint-Siège lui donnèrent-ils une attention toute particulière pendant la guerre et surtout lorsque la résistance méridionale sembla définitivement vaincue.

En 1228, le comte de Toulouse, RAYMOND VII…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Sam 20 Oct 2018, 7:37 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 851)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

En 1228, le comte de Toulouse, RAYMOND VII, négocia à Meaux avec BLANCHE DE CASTILLE et Louis IX la paix qui devait être définitivement conclue à Paris l'année suivante. GRÉGOIRE IX donna alors pouvoir à son légat, le cardinal ROMAIN DE SAINT-ANGE de régler, à la conclusion du traité, les questions religieuses intéressant le Languedoc (AUVRAY, Registres de Grégoire IX, nos 229-230, 232-234).

Le cardinal Romain avait une influence considérable sur Blanche de Castille auquel il avait rendu les plus grands services pendant les difficultés de la régence. II n'eut donc aucune peine à obtenir d'elle une constitution, datée du 28 avril 1228, ordonnant l'exécution des décrets du Latran et de Vérone dans les anciennes terres du comté de Toulouse cédées à la France par le traité de Meaux. Dans son article 2, elle portait condamnation contre les hérétiques reconnus tels par l'autorité religieuse, postquam fuerint de haeresi per episcopum loci vel per aliam ecclesiasticam personam quae potestatem habeat, condemnati (LAURIÈRE, Les ordonnances des rois de France de la troisième race, I, p. 50).

Ce fut sous l'influence du cardinal légat que, par le traité de Meaux-Paris, RAYMOND VII s'engagea à réprimer l'hérésie dans les états qui lui restaient. Sur l'ordre de Romain, cardinal-diacre de Saint-Ange et légat du Saint-Siège, il promettait de combattre de toutes ses forces les hérétiques, Parfaits et Croyants, leurs partisans et quiconque leur donnerait asile, et de les chasser de toutes ces terres. Il ajoutait qu'il ne se contenterait pas de punir les hérétiques manifestes, mais qu'il ferait rechercher les autres, assurant une prime à ceux qui les lui signaleraient : « Inquiret etiam diligenter et inquiri faciet de inveniendis haereticis, credentibus, fautoribus et receptatoribus eorumdem »; et pour cette recherche ou inquisition, il s'engageait à agir selon les règlements que ferait ultérieurement le cardinal légat, secundum ordinationem quant super hoc faciet dominas legatus, et à condamner quiconque aurait été déclaré hérétique « per episcopum vel alium qui potestatem habeat », c'est-à-dire par la juridiction ordinaire de l'évêque et de ses délégués ou la juridiction extraordinaire du légat et de ses représentants.

En un mot, Raymond VII ouvrait ses états aux inquisitions épiscopale et légatine, faisait serment de les seconder de toute manière, et en réservait l'organisation au cardinal Romain de Saint-Ange (MANSI, Concilia, XXIII. p. 163).

Cette réglementation de l'Inquisition, que prévoyait le traité de Paris, fut promulguée, en novembre 1229, par le cardinal légat, au concile de Toulouse…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Dim 21 Oct 2018, 7:14 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 851-852)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Cette réglementation de l'Inquisition, que prévoyait le traité de Paris, fut promulguée, en novembre 1229, par le cardinal légat, au concile de Toulouse. A cette assemblée prirent part Raymond VII et un grand nombre de seigneurs du Midi, le sénéchal royal de Carcassonne, deux consuls de Toulouse, les archevêques de Narbonne, de Bordeaux et d'Auch et beaucoup d'évêques et de prélats.

On y décida une inquisition générale des hérétiques; les archevêques et évêques devraient la faire faire, dans toutes les paroisses de leurs diocèses tant rurales qu'urbaines, par un prêtre ou deux ou trois laïques ou plus encore; s'il le fallait, on devrait fouiller toutes les maisons, même les caves, domos singulas et cameras subterraneas et toutes les cachettes possibles, seu quaecumque alia latibula, et remettre aux Ordinaires, aux seigneurs et à leurs baillis les hérétiques, Parfaits ou Croyants, leurs adhérents et leurs hôtes, pour être immédiatement punis; les abbés devaient faire les mêmes recherches dans les terres exemptes de leurs monastères.

Quant aux seigneurs, ils devaient battre les campagnes, les bois, les repaires souterrains. Le seigneur qui sciemment donnait asile à des hérétiques devait être dépouillé de ses biens et remis au jugement de son suzerain, amittat in perpetuum terram et corpus suum sit in manu domini ad faciendum inde quod debebit. Le bailli négligent dans l'inquisition devait être révoqué et déclaré inhabile à jamais exercer les mêmes fonctions; toute maison dans laquelle un hérétique aurait été trouvé serait détruite.

Enfin, l'inquisition devait être faite même par des juridictions étrangères, ita quod bailivus regis in terra comitis Tolosani et aliorum hoc facere possit et comes Tolosanus et alii in terra regis.

Le règlement stipulait ensuite comment il fallait traiter les hérétiques qui se convertissaient de leur plein gré, ceux qui se convertissaient par crainte ou pour toute autre cause, enfin les malades suspects d'hérésie. II déclarait incapables d'exercer des fonctions publiques les hérétiques, les Croyants et les suspects ; et étaient déclarés suspects non seulement ceux qui avaient pactisé avec les Cathares, mais encore ceux qui ne se confessaient ou ne communiaient pas au moins trois fois l'an, à Noël, à Pâques et à la Pentecôte (MANSI, XXIII, pp. 191-198). L'article 8 avait soin de stipuler que nul ne pouvait être condamné par le pouvoir civil comme hérétique avant d'avoir été déclaré tel par l'évêque ou un autre juge ecclésiastique qualifié, « ne innocentes pro nocentibus puniantur aut quibuslibet per aliquorum calumniam haeretica pravitas impingatur ».

Cet acte, conséquence directe du traité de Meaux-Paris…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Lun 22 Oct 2018, 7:09 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 852-853)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Cet acte, conséquence directe du traité de Meaux-Paris, établissait l'Inquisition dans tout le midi de la France. A vrai dire, il ne présentait aucune disposition nouvelle et ses articles n'étaient que la répétition, plus précise peut-être, de décisions antérieures prises par les conciles et par les papes. Il n'organisait pas une inquisition perpétuelle, il se contentait d'en ordonner une, dans tout le Midi, au lendemain de la paix qui avait mis les hérétiques à la merci de l'Eglise. Il n'investissait pas de cette redoutable fonction des juges spécialement créés pour l'exercer ; il la confiait aux Ordinaires ou aux légats, comme l'avaient fait les règlements antérieurs.

On ne peut donc pas dire, comme l'ont fait certains, que l'Inquisition a été créée au concile de Toulouse par le cardinal Romain. Elle était antérieure d'un demi-siècle, si on entend par ce mot la recherche et la répression de l'hérésie par les soins des évêques, des légats et du pouvoir civil; elle fut postérieure, si on ne donne ce nom d'inquisition qu'aux tribunaux de plus en plus fixes qui s'établirent, au cours du XIIIe siècle, sous l'action prépondérante, mais non exclusive, des ordres mendiants.

Les règlements du cardinal de Saint-Ange furent confirmés et complétés, dans les années qui suivirent leur promulgation. Comme il s'y était engagé à l'avance, Raymond VII les accepta et leur donna force de loi dans ses terres, par un acte daté du 18 février 1232 (MANSI, Concilia, XXIII, pp. 265-268) qui, le plus souvent, répète mot à mot le règlement de 1229. Le pape GRÉGOIRE IX approuva sans réserve les actes du cardinal de Saint-Ange; le 13 janvier 1234,  il félicita le comte de Toulouse du zèle avec lequel il les faisait observer (AUVRAY, Registres de Grégoire IX, no 1719).

Sa décision la plus importante fut celle par laquelle, le 20 avril 1233, il donna commission au prieur provincial des Dominicains de Provence (Provence-Languedoc) de désigner des religieux qui feraient dans tout le midi de la France une praedicatio generalis contre l'hérésie. Cette bulle ne donnait pas aux Frères Prêcheurs le monopole de l'Inquisition dans le Midi; elle ne les chargeait pas même de collaborer à la recherche de l'hérésie, puisqu'il n'est question que de la prédication; mais en leur confiant d'une manière plus spéciale « l'affaire  de  la foi », comme il l'écrivait au comte et aux consuls de Toulouse, en les leur recommandant, Grégoire IX préparait le rôle considérable qu'ont joué les Prêcheurs dans la marche de l'Inquisition, et c'est avec raison que l'un des inquisiteurs dominicains, Bernard Gui, « voyait dans cette lettre le premier titre de son ordre à exercer l'Inquisition, in partibus Tolosanis, Albigensibus et Carcassonensibus atque Agennensibus » (Mgr DOUAIS, Documents pour servir à l'histoire de l'Inquisition dans le Languedoc, I, p. x).

Le personnel qui devait le plus alimenter les tribunaux de la foi était trouvé; il allait être fourni par les ordres mendiants des Dominicains et Franciscains, qui, par leur zèle pour l'orthodoxie et par leur dévotion particulière pour la papauté, méritaient la confiance spéciale du Saint-Siège. Quant à la procédure inquisitoriale, elle fut fixée par une série de bulles pontificales, de décisions de conciles, d'ordonnances seigneuriales, qui donnèrent, peu après, à l'Inquisition du midi de la France un fonctionnement continu et régulier.

Si elle s'est tout d'abord développée dans le comté de Toulouse…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Mar 23 Oct 2018, 6:48 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 853-854)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Si elle s'est tout d'abord développée dans le comté de Toulouse, à cause du péril plus grand que le catharisme y faisait courir à l'Eglise et à la société, l'Inquisition n'y resta pas confinée, et dès la première moitié du XIIIe siècle, elle s'étendit progressivement à tous les pays où il y avait des hérésies à réprimer, c'est-à-dire dans presque tout le monde chrétien. On y appliqua, en la précisant de plus en plus, la législation des conciles de Latran et de Vérone.

En 1232-1234, l'Inquisition s'établit en France. Elle commence par le comté de Bourgogne, où dès 1232, une bulle de Grégoire IX charge de la lutte contre l'hérésie le prieur des dominicains de Besançon et les Pères GAUTIER et ROBERT. Ces religieux recevaient des instructions auxquelles se reportent les bulles des années suivantes.

Cette mission, limitée d'abord à une région bien déterminée, fut étendue bientôt à la France entière. Le 13 avril 1233, Grégoire IX faisait savoir aux évêques de France qu'il avait chargé les Dominicains des fonctions d'inquisiteurs dans ce pays parce que « les soucis de leurs multiples occupations permettent à peine aux évêques de respirer ».

Enfin, par une autre bulle datée du 21 août 1235, le pape nommait inquisiteur général du royaume de France (per universum regnum Franciae) frère ROBERT, que l'on avait surnommé LE BOUGRE parce que, avant d'entrer dans l'ordre des Dominicains, il avait été lui-même hérétique cathare et que le peuple désignait sons les noms de Bulgari, Bougres, les Cathares. Il était recommandé à Robert d'agir avec le conseil des évêques et des religieux (FREDERICQ, Robert le Bougre, premier inquisiteur général de France, p. 13). Saint Louis exécuta fidèlement les décisions de Latran et de Vérone, qui ordonnaient au pouvoir civil de se mettre à la disposition des clercs chargés de la poursuite des hérétiques. Dans sa Chronique rimée, PHILIPPE MOUSKET dit que l'inquisiteur général Robert le Bougre agissait à la fois au nom du pape et du roi,

Par le commant de l'apostole
Qui li et enjoint par estole
Et par la volonté dou roi
De France, ki l'en fist otroi.

(BOUQUET, XXII, p. 55, vers 28879-28882.)

Le coutumier appelé Etablissements de saint Louis et les Coutumes du Beauvaisis de Beaumanoir constatent cet accord de la juridiction ecclésiastique et de la juridiction séculière : « Quand le juge (ecclésiastique) aurait examiné (l'accusé), se il trouvait qu'il fut bougre (hérétique), si le devait faire envoier à la justice laïque et la justice laïque le doit faire ardoir (brûler). » (LAURIÈRE, Ordonnances des rois de France, 1, p. 211 et 175.) « En tel cas, doit aider la laïque justice à sainte Eglise; car quand quelqu'un est condamné comme bougre par l'examination de sainte Eglise, sainte Eglise le doit abandonner à la laïque justice et la justice laïque le doit ardoir, parce que la justice spirituelle ne doit nul mettre à mort. » ( Coutumes du Beauvaisis, éd. Société de l'Histoire de France, 1, 157 et 413.)

Ainsi reconnue par le pouvoir civil qui lui prêtait main-forte…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Mer 24 Oct 2018, 6:52 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 854)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Ainsi reconnue par le pouvoir civil qui lui prêtait main-forte, l'Inquisition avait une existence officielle et régulière dans le royaume de France.

La défaite des Albigeois en Languedoc et leur proscription avaient fait refluer un grand nombre d'entre eux au delà des Pyrénées dans le comté de Barcelone et les royaumes d'Aragon et de Navarre. Depuis plusieurs siècles, des relations fort étroites avaient uni le midi de la France et le nord de la péninsule ibérique : l'archevêque de Narbonne avait été longtemps métropolitain de plusieurs diocèses espagnols; la maison royale d'Aragon possédait, au commencement du XIIIe siècle, les villes de Carcassonne et de Montpellier; des alliances de famille l'unissaient aux maisons de Foix, de Toulouse, de Comminges; enfin, des seigneurs, tels que le vicomte de Castelbon, le comte de Roussillon, avaient des terres et des vassaux sur les deux versants.

Aussi les registres de l'Inquisition toulousaine et carcassonnaise nous montrent-ils, à tout instant, les Cathares allant chercher asile chez leurs coreligionnaires catalans ou aragonais. L'orthodoxie des rois et des prélats espagnols s'en effraya. En 1226, le roi d'Aragon JAYME défendit à tout hérétique l'entrée de son royaume et renouvela contre « les hérétiques, leurs hôtes, leurs fauteurs et défenseurs » les mesures édictées, en 1198, par son père, le roi Pierre (1228). Sur les conseils de son confesseur, le dominicain RAYMOND DE PENNAFORT,  il demanda à Grégoire IX de lui envoyer des inquisiteurs, et par une bulle du 26 mai 1232, le pape invita l'archevêque de Tarragone et ses suffragants à faire dans leurs diocèses, soit personnellement, soit avec l'aide des Prêcheurs ou d'autres auxiliaires, une inquisition générale.

L'année suivante, Jayme édicta, à Tarragone, contre les hérétiques, une ordonnance qui reproduisait à peu près les statuts promulgués au concile de Toulouse de 1229 par le légat Romain, cardinal de Saint-Ange; enfin, le 30 avril 1235, pour répondre à quelques questions que le roi d'Aragon lui avait posées, Grégoire IX lui envoya tout un code de procédure inquisitoriale qui avait été rédigé par Raymond de Pennafort. Dès lors, l'inquisition fonctionna régulièrement en Aragon, avec le concours des Dominicains et des Franciscains, et elle étendit son action en Navarre (LEA, Hist. de l'Inquisition, II, p. 193 et suiv.)

Le manichéisme avait fait aussi de nombreux adeptes en Castille…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Jeu 25 Oct 2018, 7:30 am

INQUISITION du Moyen-Âge.


(col. 854-855)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Le manichéisme avait fait aussi de nombreux adeptes en Castille. LUC, évêque de Tuy, raconte que, au commencement du XIIIe siècle, la religion catholique était tournée en dérision par les populations, et que, parfois, les membres du clergé eux-mêmes joignaient leurs railleries à celles des hérétiques.

Le roi S. FERDINAND voulut en finir avec ces insultes. Ayant découvert des Cathares dans la ville de Palencia, il les fit marquer au fer rouge sur le visage (RAYNALDI, Annales ecclesiastici, an. 1236, no 61). Un écrivain castillan de la fin du XIIIe siècle, GILDE ZAMORA, écrivait que, sous le roi Ferdinand, les hérétiques étaient mis à mort : haeretica pravitas trucidatur. Il est difficile de dire si ces condamnations provenaient du zèle particulier du roi ou de l'Inquisition.

Ce qui est sûr, c'est que la répression de l'hérésie par des tribunaux ecclésiastiques servis par le bras séculier était organisée vers le milieu du siècle. Le Fuero real, code promulgué par ALPHONSE LE SAGE en 1255, et las Siete Partidas de 1265 reproduisent les prescriptions insérées contre l'hérésie dans les décrétales de Grégoire IX et celles qui, édictées par les papes du XIIIe siècle, figurèrent plus tard dans le Texte de Boniface VIII (Siete Partidas, I, 6, 58; VII, 24, 7; VII, 25. El Fuero real, IV).

C'était d'Italie que les premiers Cathares étaient venus en France, vers l'an mil; c'est avec l'Italie que les Albigeois se tenaient en communications constantes au cours du XIIe siècle et c'est en Lombardie, comme en Aragon, que les faidits se portèrent en masse après la victoire de la Croisade. Les registres de l'Inquisition toulousaine et carcassonnaise mentionnent souvent l'établissement dans les villes lombardes de colonies d'hérétiques languedociens. Ces faits nous prouvent que le manichéisme fut de bonne heure fort répandu en Italie et que sa puissance fut accrue par les coups qui lui étaient portés au sud de la France. ETIENNE DE BOURBON rapporte qu'au dire d'un hérétique converti, il n'y avait pas à Milan moins de dix-sept sectes hétérodoxes, luttant avec acharnement entre elles.

On peut cependant, comme en France, les réduire à deux sectes principales, les Cathares ou Patarins et les Vaudois…

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Message  Louis le Ven 26 Oct 2018, 6:59 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 855-856)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

On peut cependant, comme en France, les réduire à deux sectes principales, les Cathares ou Patarins et les Vaudois. Vers le milieu du XIIIe siècle, RAINERIO SACCONI énumère leurs églises. En Lombardie et dans les Marches, il y avait environ cinq cents Parfaits cathares de la secte des Albanenses, plus de quinze cents Concorrezenses et quelque deux cents Bajolenses. Il s'en trouvait un nombre égal à Florence et à Spolète, plus, en Lombardie, un appoint d'environ 150 réfugiés venus de France. Rainerio Sacconi estime le nombre total des Cathares, de Constantinople aux Pyrénées, à quatre mille, sans compter l'incalculable foule des Croyants.

On voit donc que près des deux tiers de ces hérétiques étaient concentrés dans l'Italie septentrionale, surtout en Lombardie, et qu'ils y constituaient une notable partie de la population (LEA, Hist. de l'Inquisition, II, p. 231).

Aussi, dans la plupart des villes de la vallée du Pô, l'hérésie était-elle professée au grand jour, comme en Languedoc avant la Croisade.

Non contente de la liberté qu'elle y trouvait, elle s'était faite persécutrice et, de toutes manières, elle attaquait l'Eglise catholique, ses prêtres et ses fidèles. En voici quelques preuves empruntées à Lea, dont les sympathies pour les hérétiques et la haine pour l'Eglise éclatent cependant dans plusieurs pages de son livre.

En 1204, les Cathares déchaînèrent la guerre civile à Plaisance et firent chasser de la ville l'évêque et son clergé. Ces derniers s'étant réfugiés à Crémone, la haine des sectaires les y poursuivit; à leur instigation, les Patarins de Crémone se soulevèrent et expulsèrent, avec les catholiques réfugiés de Plaisance, l'évêque et les orthodoxes de leur propre cité.

Ce ne fut qu'en 1207, après trois ans d'exil, que les catholiques purent rentrer à Plaisance et y rétablir timidement leur culte. Des faits du même genre se déroulaient dans un grand nombre des villes où dominaient des municipalités ou des tyrans gibelins tels que Ezzelin de Romano, le plus puissant seigneur de la Marche de Trévise.

Gibelins et hérétiques s'entendaient souvent pour porter les mêmes coups aux orthodoxes et aux alliés politiques du Saint-Siège.

Aussi les Patarins célébraient-ils déjà leur triomphe définitif et l'écrasement du catholicisme, tandis que les catholiques s'attendaient à la ruine en Italie de leur Eglise.

C'était le sentiment de l'abbé Joachim de Flore « qui, dans son Commentaire de l'Apocalypse, voyait dans les hérétiques les sauterelles armées du venin des scorpions, surgissant, au son de la cinquième trompette, des profondeurs de l'abîme sans fond. Ces hérétiques étaient, à ses yeux, l'Antéchrist lui-même. Leur pouvoir ne fera que croître; leur roi est déjà choisi... Contre eux toute résistance est vaine. Ils s'uniront aux Sarrasins, avec lesquels, dit-il, ils sont, dès 1195, entrés en négociations » (LEA, op. cit., II, p. 234).

Ce fut pour tenir tête aux hérétiques que les évêques, dans leurs diocèses, établirent l'inquisition épiscopale…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Sam 27 Oct 2018, 5:56 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 856)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

Ce fut pour tenir tête aux hérétiques que les évêques, dans leurs diocèses, établirent l'inquisition épiscopale, et que, couronnant leurs efforts par une organisation d'ensemble, les papes confièrent à des délégués du Saint-Siège, choisis de préférence parmi les Prêcheurs et les Mineurs, l'inquisitio generalis dans les différentes régions de l'Italie.

Dès 1224, HONORIUS III chargea les évêques de Brescia, de Modène et de Rimini du soin de poursuivre les hérétiques dans l'Italie du Nord.

En 1228, GOFFREDUS, cardinal de Saint-Marc et légat du Saint-Siège en Lombardie, rendait obligatoire à Milan la loi qui ordonnait la destruction des maisons d'hérétiques, et faisait un devoir à l'autorité civile de mettre à mort, dans les dix jours, les hérétiques condamnés comme tels par les tribunaux ecclésiastiques.

En 1230, le dominicain GUALA, évêque de Brescia, promulguait et faisait exécuter dans sa ville épiscopale le sévère décret rendu par Frédéric II contre les hérétiques en 1224, et son exemple fut suivi dans plusieurs villes du nord de l'Italie.

Coordonnant ces efforts isolés, GRÉGOIRE IX nomma le dominicain ALBÉRIC inquisiteur en Lombardie (1232), le dominicain PIERRE DE VERONE (saint Pierre martyr), inquisiteur à Milan (1233), les dominicains ALDOBRANDINI CALVALCANTE et RUGGIERI CALCAGNI, inquisiteurs à Florence, le premier en 1230, le second vers 1241 (LEA, op. cit., II, p. 237-254 passim).

L'empereur FRÉDÉRIC II seconda de tout son pouvoir l'œuvre du pape et de ses légats…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Dim 28 Oct 2018, 7:00 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 856-857)

Organisation de l’Inquisition.

(suite)

L'empereur FRÉDÉRIC II seconda de tout son pouvoir l'œuvre du pape et de ses légats ; en 1231, il publia une loi qui rendait exécutoires dans tout l'empire et en Italie les mesures édictées, en 1229, à Toulouse contre les hérétiques; en août de la même année, à Amalfi, il promulgua un nouvel édit qui déclarait l'hérésie crime de lèse-majesté, passible de mort, et ordonnait de rechercher les hérétiques. Tout suspect devait être traduit devant un tribunal ecclésiastique et brûlé vif si le tribunal le reconnaissait coupable (cité par VACANDARD, L'Inquisition, p. 135). L'ordonnance de Ravenne de 1232 étendait à l'empire tout entier l'application de celle d'Amalfi; et c'est ce que répétaient les ordonnances ultérieures du 14 mai 1238, du 26 juin 1238, du 22 février 1239 (PERTZ, Leges, II, p. 196, 281 et sqq.).

A Rome, le sénateur Annibaldi fit, en 1231, un règlement pour le fonctionnement régulier de la répression de l'hérésie dans la cité pontificale (BOEHMER, Acta imperii selecta, XIII, p. 378).

GRÉGOIRE IX rappela, dans ses lettres, les constitutions et règlements de Frédéric II et d'Annibaldi, et en les communiquant à ses légats et aux évêques, il ordonna de les faire insérer dans les lois municipales et de les appliquer partout.

En Allemagne, ce fut le dominicain CONRAD DE MARBOURG qui fut chargé de faire exécuter les ordonnances impériales et les bulles pontificales qui établissaient l'Inquisition. Une lettre de Grégoire IX, en date du 11 octobre 1231, lui expliquait comment elle devait fonctionner. « Lorsque vous arriverez dans une ville, lui disait le pape, vous convoquerez les prélats, le clergé et le peuple et vous ferez une solennelle prédication; puis, vous vous adjoindrez quelques discrètes personnes et ferez avec un soin diligent votre enquête sur les hérétiques et les suspects. Ceux qui, après examen, seront reconnus coupables ou suspects d'hérésie, devront promettre d'obéir absolument aux ordres de l'Eglise; sinon vous aurez à procéder contre eux suivant les statuts que nous avons récemment promulgués contre les hérétiques. » (Cité par VACANDARD, L'inquisition,p. 147.)

D'Allemagne, l'Inquisition s'étendit en Bohême, Hongrie, et jusque dans les pays slaves et scandinaves; quant à la Flandre et aux Pays-Bas, ils furent soumis, dès 1233, à l'action du grand inquisiteur de France ROBERT LE BOUGRE (voir Corpus documentorum inquisitionis neerlandicaede FREDERICQ, t. 1, pass.).

Ce rapide aperçu nous a prouve que, de 1225 à 1240 environ, et plus particulièrement de 1229 à 1234, la recherche des hérétiques et leur répression a été organisée d'un commun accord par le Saint-Siège, les évêques et les princes dans la chrétienté tout entière (à l'exception, semble-t-il, de l'Angleterre), et que partout ont été établies les mêmes règles générales qui étaient contenues en germe dans les constitutions du IIIe concile de Latran de 1179, de l'assemblée de Vérone de 1184 et du IVe concile de Latran de 1215.

On peut les résumer ainsi :
1º La recherche des hérétiques était faite par les évêques, les légats ou leurs délégués ainsi que par les seigneurs et leurs baillis ;

2° Les suspects, dénoncés ou découverts par l'inquisitio, étaient examinés par le tribunal ecclésiastique de l'Ordinaire, du légat, ou de l'inquisiteur, qui pouvait leur infliger des peines spirituelles et des pénitences matérielles en vue de l'absolution;

3° S'ils étaient reconnus coupables d'hérésie et indignes de pardon, ils étaient livrés à la justice séculière, qui leur infligeait les peines portées par le droit canon et par les ordonnances des princes.

A suivre : Procédures de l’Inquisition.

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Lun 29 Oct 2018, 5:35 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 857)

Procédures de l’Inquisition. — La procédure inquisitoriale nous est parfaitement connue, grâce aux nombreux documents qui nous la décrivent ou nous la montrent en action. Ce sont d'abord les bulles pontificales et les décisions des évêques, des légats, des conciles qui, au cours du XIIIe siècle, ont apporté des précisions de plus en plus grandes à cette institution.

GRÉGOIRE IX, BONIFACE VIII, JEAN XXII firent insérer le premier dans les Décrétales, le second dans le Sexte, le troisième dans les Clémentines les dispositions les plus importantes prises par leurs prédécesseurs ou par eux-mêmes pour la répression de l'hérésie. C'est ainsi que figurent dans les Décrétales, le décret de Lucius III édicté à Vérone en 1184, celui par lequel Innocent III ordonna, en 1199, la confiscation des biens des hérétiques, même si leurs fils étaient catholiques, celui du même pape qui déclarait infâmes et suspendait de leurs fonctions les avocats et notaires favorables aux hérétiques ou leur offrant leurs services (1205), enfin la constitution générale promulguée au IVe concile de Latran (1215) et qui était déjà un code pénal abrégé contre les hérétiques (Corpus juris canonici, éd. Friedberg, II, p. 778-790. Décrétales, V, titre VII).

Le Sexte renferme 20 décisions de GRÉGOIRE IX, d'ALEXANDRE IV, d'URBAIN IV, de CLÉMENT IV, de BONIFACE VIII, concernant la dégradation des clercs hérétiques, le consolamentum des Cathares, les relaps, les abjurations, les pouvoirs des inquisiteurs, la confiscation des biens, etc. (Corpus juris canonici, II, pp. 1069-1078; Sexti decretalium, lib. V, tit. II.

Les Clémentines nous donnent la constitution promulguée par Clément V au concile œcuménique de Vienne (1311), qui réglemente le pouvoir des inquisiteurs et la tenue de leurs prisons (Corpus juris canonici, II, pp. 1181-1184, lib. V, tit. III).

Les actes des conciles nous ont conservé les décisions que les évêques prirent dans leurs réunions provinciales pour…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Mar 30 Oct 2018, 7:43 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 857-858)

Procédures de l’Inquisition.

(suite)

Les actes des conciles nous ont conservé les décisions que les évêques prirent dans leurs réunions provinciales pour lever certains doutes, résoudre certaines difficultés qui surgissaient dans la procédure contre l'hérésie.

Au concile de Narbonne de 1235, par exemple (LABBE, Concilia, VII, 251) les évêques du Languedoc, fixèrent des règles contenues en 29 articles. Le 21e stipulait que le prévenu ne répondrait qu'à un seul juge et que celui-ci lui communiquerait toutes les charges pesant sur lui ; le 23e exigeait qu'une condamnation ne pût être portée qu'à la suite d'un aveu formel ou de preuves décisives ; car il valait mieux, disait-il, relâcher un coupable que condamner un innocent.

En 1246, à Béziers, les évêques de la même province se réunirent en concile sous la présidence de leur métropolitain GUILLAUME DE LA BROUE, archevêque de Narbonne, et ils rédigèrent 37 articles relatifs à la procédure, « qualiter sit in inquisitione procedendum contra hereticos» (LABBE, Concilia, VII, 415-423). « Temps de grâce rendu obligatoire, confessions reçues par les inquisiteurs, citation contre les prévenus, examen des hérétiques « parfaits et revêtus » avec le concours de personnes discrètes, bonté à l'égard de ceux qui se convertissent, retard dans le prononcé de la sentence pour amener les prévenus à se convertir et leur en donner le temps, situation juridique des héritiers du criminel mort avant sa réconciliation... cautions, pèlerinages, service en Terre sainte, tels furent les principaux points que le concile traita. » (Mgr DOUAIS, Documents pour servir à l'histoire de l'Inquisition dans le Languedoc, 1, p. 21).

Beaucoup d'autres conciles légiférèrent ainsi en Languedoc, en Espagne, en France et dans toute la chrétienté. Individuellement, les évêques publièrent parfois des consultations qui, sur tel point particulier de procédure, interprétaient les décisions des papes et des conciles. Tel fut le cas de Guillaume de la Broue, archevêque de Narbonne, répondant, le 1er octobre 1248, à des questions des inquisiteurs sur l'exhumation des hérétiques morts dans leurs erreurs (publiée par Mgr DOUAIS, op. cit.,I, p. LXIX).

Enfin, plusieurs inquisiteurs ont rédigé pour leur usage et celui de leurs successeurs, des formulaires et des manuels qui indiquent la manière dont ils procédaient contre les hérétiques. Ces textes sont particulièrement précieux; car ils nous viennent de ceux qui par profession connaissaient le mieux l'Inquisition et sa procédure, et qui les décrivaient d'après leur propre pratique. Le plus ancien de ces formulaires doit être daté entre 1244 et 1254 et a été rédigé par deux dominicains inquisiteurs en Languedoc, GUILLAUME RAYMOND et PIERRE DURAND, ou BERNARD DE CAUX et JEAN DE SAINT-PIERRE. Il contient des formules de lettres de citation collectives ou individuelles, d'abjuration avant l'interrogatoire, de réconciliation et de pénitence pour les convertis, de sentence livrant l'hérétique au bras séculier, de sentence contre ceux qui sont morts dans l'hérésie. « Le tout se termine par un avertissement sur la nature des preuves admises et la conduite à tenir par les juges qui entendent ne s'écarter en rien de la ligne tracée par les constitutions apostoliques. » (DOUAIS, op. cit., I, CCXXXXIV.)

On peut ranger dans la même classe de documents un directoire à l'usage des inquisiteurs aragonais qui fut préparé, en 1241-1244…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Mer 31 Oct 2018, 7:14 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 858-859)

Procédures de l’Inquisition.

(suite)

On peut ranger dans la même classe de documents un directoire à l'usage des inquisiteurs aragonais qui fut préparé, en 1241-1244, dans une conférence que présida, à Barcelone, PIERRE DE ALBALAT, archevêque de Tarragone et auparavant Frère Prêcheur; il fut sans doute rédigé par S. RAYMOND DE PENNAFORT,  de l'ordre des Prêcheurs, pénitencier du pape Grégoire IX.

L'un et l'autre de ces personnages n'étaient pas inquisiteurs délégués du Saint-Siège; mais l'un, Pierre de Albalat, exerçait l'inquisition, en vertu de sa juridiction épiscopale et métropolitaine; et l'autre, S. Raymond, avait contribué à l'introduire en Aragon; d'ailleurs, comme canoniste du pape et compilateur du Corpus juris, il avait plus que personne contribué à en fixer la législation. Ce furent donc des hommes de métier qui rédigèrent ce Directoire, et leurs qualités lui communiquèrent un tel crédit qu'il fut adopté par les inquisiteurs du Languedoc en même temps que par ceux d'Espagne; on le trouve dans leurs recueils spéciaux, et c'est dans leurs archives qu'il a été copié, pour le fonds Doat de la Bibliothèque nationale (DOUAIS, S. Raymond de Pennafort et les hérétiques dans le Moyen Age, 1899, pp. 305-315). Mgr Douais l'a édité dans le Moyen Age.

C'est un code fort intéressant de procédure inquisitoriale, comme l'indiquent les titres de ses chapitres : « Queritur qui dicantur heretici, qui snspecti, et sic de singulis.Queritur de hereticis dogmatizantibus et relapsis in credentiam quid sit agendum.Queritur de forma abjurationis.Queritur de forma purgationis.Qualiter compurgatores jurare debeant.Qualiter sacerdos debeat inquirere in confessionibus de facto heresis. »

Au tome V de leur Thesaurus novus anecdotorum, Martène et Durand ont édité deux autres de ces manuels inquisitoriaux, contenant à la fois des résumés des doctrines hérétiques, des formules de procédure et des instructions à l'usage des inquisiteurs.

Le premier concerne surtout les Vaudois ou les Pauvres de Lyon. Après plusieurs chapitres sur les doctrines et les mœurs de ces sectaires, ainsi reconnaissables d'après ce signalement, l'auteur examine la manière de les découvrir et de les arrêter, de les ramener à la foi par la crainte de la mort ou de la prison, de les interroger. Il simule même un interrogatoire en mettant en scène les échappatoires et les stratagèmes auxquels ont recours les hérétiques et qu'il faut prévoir pour les déjouer.

Comme l'indiquent ses premières lignes, le second traité, publié dans le Thesaurus et intitulé De modo procedendi contra hereticos, a pour objet d'indiquer comment on procède contre les Cathares in partibus Carcassonensibus et Tholosanis. La première partie est la reproduction du Directoire de S. Raymond de Pennafort qui n'était donc pas inédit, comme l'affirmait, en le publiant, Mgr Douais, puisque Martène et Durand l'ont publié en 1717, soit 172 ans avant l'édition parue dans le Moyen Age. La seconde partie est un recueil de sentences des inquisiteurs de France et de Languedoc, que l'auteur présente comme des modèles aux autres inquisiteurs. Il y a aussi des formules de réconciliation des Parfaits et des Croyants, de condamnation pour contumace, de condamnation de relaps, d'excommunication contre des relaps contumaces, de pénitence et d'absolution, de commutation de la peine de prison en une antre peine, de convocation du clergé et du peuple pour un auto-da-fé, des réquisitions pour faire arrêter des prévenus en fuite ou habitant d'autres pays, etc. (Thesaurus novus, V, pp. 1777-1814).

BERNARD GUI eut, de son temps, une compétence toute particulière en matière inquisitoriale…

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Re: Inquisition au Moyen-Âge.

Message  Louis le Jeu 01 Nov 2018, 5:28 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 859-860)

Procédures de l’Inquisition.

(suite)

BERNARD GUI eut, de son temps, une compétence toute particulière en matière inquisitoriale. Il avait vécu, dès sa jeunesse, dans l'ordre dominicain, qui lui avait confié de hautes fonctions en Languedoc : pendant dix-huit ans, de 1303 à 1328, il fut lui-même inquisiteur à Toulouse. Il était donc bien qualifié pour faire part à ses successeurs de son expérience en leur laissant un manuel ou Practica de l'Inquisition. Cet ouvrage, dit avec raison son éditeur, « doit être regardé comme un des documents les plus importants de l'Inquisition méridionale; il nous donne l'ensemble des actes successifs du tribunal, depuis le moment où il commence à informer jusqu'à celui où il prononce la sentence; il émane d'une main habile, honnête et sûre » (Mgr DOUAIS, Les sources de l'histoire de l'Inquisition, p. 73).

On peut se rendre compte de l'intérêt de ce manuel d'après le résumé succinct que donne Mgr Douais de son contenu :

« 1re  partie : Formules de lettres ayant trait soit à la citation ou à l'arrestation des personnes suspectes d'hérésie, soit à l'appel des témoins ou conseillers dont l'intervention était nécessaire;

2e partie : Formules des lettres principalement relatives aux actes gracieux qui d'ordinaire se faisaient au commencement des sermons des inquisiteurs, tels que l'enlèvement des croix et l'élargissement des emmurés ou prisonniers, l'imposition des pénitences arbitraires, comme pèlerinages et port de croix, l'octroi des grâces en dehors du sermon;

3e partie : Formules des actes qui se faisaient aux sermons: prestation de serments, excommunication de ceux qui suscitaient des difficultés aux inquisitions, enlèvement des croix, exposé des fautes, abjurations, condamnations, sentences, dégradations, emprisonnement, absolutions, etc.;

4e partie : Constitutions apostoliques, qui avaient défini le pouvoir et les prérogatives des inquisiteurs;

5e partie : Instruction pour l'examen et l'interrogatoire des différentes classes d'hérétiques, les Manichéens, les Vaudois, les Faux Apôtres, les Béguins, les Juifs, les sorciers et les devins.

A ces cinq parties est joint un appendice qui comprend : 1° le texte des constitutions apostoliques ; 2° des formules d'abjuration; 3° des mémoires sur la secte des faux apôtres. » (Ibidem,pp. 73-74, note.)

Quelques années après Bernard Gui, un autre inquisiteur, Frère Prêcheur comme lui, NICOLAS EYMERIC, composait un nouveau Manuel à l'usage de l'Inquisition. Lui aussi était qualifié pour l'écrire. Né en 1320, il était entré dès l'âge de 14 ans dans l'ordre de S. Dominique. En 1357, il remplaçait comme inquisiteur général d'Aragon, NICOLAS ROSELLI, promu au cardinalat. Il exerça ces fonctions strenue ac intrepide, disent QUÉTIF et ECHARD (Scriptores ordinis Praedicatorum, 1, p. 709). Son épitaphe assure qu'il fut inquisitor intrepidus et qu'il combattit 40 ans pour la foi catholique. Lorsque, à cause de la haine que sa rigueur lui avait attirée, il dut se retirer à Avignon auprès de Grégoire XI, puis de Clément VII, il continua sa lutte contre les hérétiques, et ses écrits indiquent la manière de les poursuivre. C'est ainsi qu'il composa un traité De jurisdictione ecclesiae et inquisitorum contra infideles demones invocantes ; un second De jurisdictione inquisitorum contra infideles agentes contra nostram sanctam fidem ; et enfin son Directorium inquisitorum.

Ecrit à Avignon en 1376, ce traité a une importance capitale. Non seulement il provient d'un praticien aussi expérimenté que Bernard Gui, mais écrit à la cour pontificale dans l'intimité du pape Grégoire XI, dont Eymeric était le chapelain, il semble avoir un caractère encore plus officiel. Il est aussi le plus méthodique et le mieux composé des ouvrages de ce genre.

« Il comprend trois parties. La première donne un exposé large de la foi catholique et prépare la seconde qui fournit un rapide aperçu des hérésies et spécifie les délits relevant de l'Inquisition ; dans la troisième, sont développées des instructions très précises sur l'office des inquisiteurs, sur les règles de la procédure et la pénalité; une connaissance profonde du droit éclate partout dans cette œuvre : c'est un avantage dont elle jouit sur toute autre. » (DOUAIS, Les sources de l'histoire de l'Inquisition, p. 75.)

Les actes de l'Inquisition nous font passer de la théorie à la pratique…

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Louis
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