Saint Dominique de Gusman.

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Message  Louis le Lun 10 Sep 2018, 2:45 pm

Petits Bollandistes, a écrit:
SAINT DOMINIQUE DE GUSMAN, CONFESSEUR,

FONDATEUR DE L'ORDRE DES FRÈRES PRÊCHEURS

1170-1221. — Papes : Alexandre III; Honoré III. — Souverains de Castille : Sanche III
et Ferdinand II, Ferdinand III.


Quis putas puer iste erit?

Luc, I, 66.

Dominicus et Franciscus, ceu gemina Ecclesia sidera.
Dominici labia visa sunt ad instar alvearis et favi mellis.


Dominique et François d'Assise,
voilà les deux astres les plus brillants de l'Eglise.
Les lèvres si pures de Dominique
ont distillé pour elle un miel précieux.
                 
Lobbetius, de S. Dominico.

.NOTE de LOUIS: En ce qui concerne les Congrégations ou Confréries du Rosaire; nous n’élaborerons point sur ce sujet car, aujourd’hui,les jours sont mauvais, comme dirait S. Paul (Eph. 5, 16); ces Congrégations ou Confréries n’existent plus.

Nous ajouterions même que de nos jours la seule chose à faire quand il y a des obligations que nous ne pouvons pas remplir, eh bien ! nous ne les remplissons pas : ce qui veut dire, que, dans ces cas, pour mériter le fruit spirituel de notre action, nous remplissons les obligations…en ne les remplissant pas !


Bien à vous.

Voici un homme admirable que Dieu a fait naître après le milieu du XIIe siècle pour être par lui-même et par ses religieux la lumière du monde, la colonne de l'Eglise, le soutien de la religion chrétienne, le réformateur des mœurs, le fléau des hérétiques, la ruine de l'idolâtrie et de toutes les sectes des infidèles, et le mur d'airain que le Saint-Siège apostolique a toujours opposé à tous ses ennemis. Nous sommes d'autant plus obligé de donner exactement sa vie, qu'il y a peu de personnes parmi les fidèles qui n'aient une étroite liaison avec lui, soit pour avoir embrassé un des trois Ordres dont il est le père et le chef, soit pour être de la confrérie du saint Rosaire, qui le reconnaît pour son auteur.

Il parut sur la terre au temps du pontificat d'Alexandre III et de l'empire de Frédéric Ier, surnommé Barberousse, l'an 1170, époque à laquelle saint Thomas, archevêque de Cantorbéry, fut massacré en Angleterre pour le soutien des droits et des immunités ecclésiastiques ; comme si Dieu, en appelant à lui ce puissant défenseur de son Epouse, eût voulu la récompenser au centuple d'une si grande perte en lui donnant ce saint patriarche qui devait lui composer des armées entières de prédicateurs et de martyrs. Le lieu de sa naissance fut Calahorra, ville de la vieille Castille. Il eut pour père Dom Félix de Gusman, de l'illustre famille des Gusman, qui tirait son origine des ducs de Bretagne et qui, dans la suite des siècles, s'est alliée par des filles aux rois d'Espagne et de Portugal. Les auteurs espagnols disent que sa mère s'appelait Jeanne d'Aza, et qu'elle était de la famille des chevaliers d'Aza, que leurs belles actions ont rendus recommandables dans l'histoire de leur pays.

Mais le Père Jean de Sainte-Marie, après le bienheureux Alain de la Roche, nous apprend qu'elle s'appelait Jeanne de Bretagne et qu'elle était fille d'un comte de Bretagne avec qui Félix de Gusman voulut faire alliance comme étant descendant, par ses ancêtres, d'une même tige. Il peut se faire, néanmoins, qu'elle eût acquis de sa dot la seigneurie d'Aza, qui n'est pas loin de Gusman et de Calahorra et qu'elle en eût pris le surnom d'Aza. C'était une dame d'une singulière vertu et qui, sur le tombeau magnifique qu'on lui a bâti au couvent des Frères Prêcheurs de Pennafiel, où son corps a été transporté en l'année 1318, est appelée sainte Jeanne,  femme de Dom Félix de Gusman et mère de saint Dominique.

Ce saint enfant ne fut pas le seul fruit du chaste mariage de ces illustres personnes.

Le premier fut Dom Antoine de Gusman, qui se fit prêtre, et, ayant distribué tous ses biens aux pauvres, se retira dans un hôpital pour y servir Jésus-Christ dans ses membres souffrants ; il parvint à une éminente sainteté. On dit même qu'il a fait après sa mort plusieurs miracles qui le font vivre encore dans la mémoire des hommes et qui sont des marques éclatantes de la gloire qu'il possède dans le ciel.

Le second fut Mannès de Gusman, qui, après l'établissement de l'Ordre des Frères Prêcheurs, y voulut être reçu et y a passé sa vie avec beaucoup de louanges dans les exercices d'un saint prédicateur et d'un parfait religieux.

Pour notre Saint, qui ne fut que le troisième, Dieu fit connaître avant sa naissance qu'il serait un homme extraordinaire…

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Re: Saint Dominique de Gusman.

Message  Louis le Mer 12 Sep 2018, 6:57 am

SAINT DOMINIQUE DE GUSMAN, CONFESSEUR,

SUITE

Pour notre Saint, qui ne fut que le troisième, Dieu fit connaître avant sa naissance qu'il serait un homme extraordinaire et dont tout le Christianisme tirerait de signalés services. Sa mère, le portant encore dans son sein, voulut faire une neuvaine dans l'église de Saint-Dominique de Silos pour son heureux accouchement. Au septième jour de sa dévotion, ce bienheureux abbé lui apparut avec son habit religieux, mais dans une splendeur toute céleste, et l'assura qu'elle portait dans son sein un enfant qui, par sa sainteté et sa doctrine, serait la lumière du monde et la consolation de toute l'Eglise. Une autre fois, il lui sembla qu'elle avait dans ses flancs un petit chien tenant un flambeau dans sa gueule, et qu'après être né il mettait le feu par toute la terre. C'était un symbole qui marquait que son fils crierait et, pour ainsi dire, aboierait continuellement contre le vice ; qu'il éclairerait tous les royaumes par la pureté de ses lumières et qu'il allumerait le feu de la charité dans une infinité de cœurs.

Il fut appelé Dominique au baptême, en l'honneur de ce glorieux Confesseur qui avait fait à sa mère de si heureuses prédictions. Les fonts baptismaux dans lesquels il fut régénéré subsistent encore, et Philippe III, roi d'Espagne, en l'année 1601, les fit transporter de Calahorra à Valladolid pour y faire conférer ce même sacrement à son fils, l'infant d'Espagne, qu'il fit nommer Philippe-Dominique-Victor, et qui lui a succédé, et à sa fille, Anne d'Autriche, depuis femme de Louis XIII et mère de Louis XIV, dit le Grand.

Il eut encore, après la naissance de cet admirable enfant, de nouveaux présages de ce qu'il devait être un jour, car sa marraine, qui était une dame de qualité et fort vertueuse, eut un songe mystérieux dans lequel elle lui voyait sur le front une étoile si éclatante qu'elle surpassait en lumière tous les astres qui sont dans le ciel et répandait ses rayons par toute la terre; et, comme il était encore au berceau, on vit un essaim d'abeilles qui voltigeaient autour de son visage et qui semblaient vouloir faire une ruche de sa bouche, de même que les païens le racontent de Pindare, de Platon et de Hiéron, roi de Sicile, et comme l'Histoire ecclésiastique nous l'apprend bien plus sûrement du grand docteur saint Ambroise, dont l'éloquence a aussi été plus douce et plus agréable que le miel.

On dit encore qu'un jour, sa mère l'ayant mené à la messe au monastère de Saint-Dominique de Silos…

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Re: Saint Dominique de Gusman.

Message  Louis le Jeu 13 Sep 2018, 7:17 am

SAINT DOMINIQUE DE GUSMAN, CONFESSEUR,

(SUITE)

On dit encore qu'un jour, sa mère l'ayant mené à la messe au monastère de Saint-Dominique de Silos, le prêtre, qui célébrait le sacrifice, au lieu de dire Dominus vobiscum, répéta par trois fois en se tournant vers l'enfant : Ecce Reformator Ecclesia; « voilà celui qui réformera les mœurs des fidèles ». Ce qu'il fit sans y penser et par une impulsion surnaturelle qui changea les paroles qu'il voulait dire en cet oracle du ciel.

L'événement vérifia bientôt des présages si merveilleux. Dominique n'eut presque rien de l'enfance que la petitesse et l'impuissance corporelles. Son esprit s'ouvrit en peu de temps, et ce fut avec tant de bonheur qu'on voyait dès lors en lui la présence et la maturité d'un vieillard. Il fut toujours modeste, retenu, humble, dévot, tempérant et obéissant. Il n'était pas encore hors de la conduite d'une nourrice qu'il commença à faire des mortifications que les personnes les plus ferventes auraient de la peine à entreprendre dans un âge avancé, car il se levait la nuit à l'insu de tout le monde pour faire sa prière et ne se couchait plus ensuite que sur le plancher, sans paillasse ni couverture.

Lorsqu'il fut en âge d'apprendre les lettres, ses parents le donnèrent à un de ses oncles qui était archiprêtre de l'église de Gumiel d'Yzan et qui eut soin de l'instruire et de le faire instruire très-parfaitement. Les exercices du saint enfant, hors le temps de son étude, étaient les mêmes que ceux de son maître, car il se rendait assidûment aux divins offices, où il chantait avec une ferveur et une dévotion admirables ; il s'adonnait aussi à l'oraison mentale, où il recevait des lumières et des consolations très-particulières.

Nous lisons même dans le bienheureux Alain que, dès ce temps-là, la sainte Vierge le visita et lui enseigna l'excellente dévotion du Rosaire, qu'il a depuis répandue dans tout le monde et qui a été une source de grâces et de bénédictions spirituelles et temporelles pour tous les fidèles.

D'autres auteurs, néanmoins, mettent plus tard cette apparition, et quelques-uns la reculent jusqu'au temps où notre Saint combattait pour la foi contre les Albigeois; mais il se peut faire que Notre-Dame lui soit apparue plusieurs fois pour l'instruire sur cette dévotion et que, ne lui en ayant marqué que quelques points dans son enfance, elle lui en ait, dans la suite, découvert plus clairement les secrets et les mystères, comme nous l'expliquerons exactement au 1er octobre [extraits], où nous donnerons un article entier sur l'institution du saint Rosaire.

A l'âge de quatorze ans, ses parents l'envoyèrent à l'Université de Palencia…

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Re: Saint Dominique de Gusman.

Message  Louis le Ven 14 Sep 2018, 7:45 am

SAINT DOMINIQUE DE GUSMAN, CONFESSEUR,

SUITE

A l'âge de quatorze ans, ses parents l'envoyèrent à l'Université de Palencia: Il y fit de rapides progrès dans la rhétorique, la philosophie et la théologie ; il acquit aussi une parfaite connaissance de l'Ecriture et des Pères. Il employa environ six ans à ces études, mais sans rien relâcher de ses exercices de piété. Il avait chaque jour ses heures marquées pour la prière ; il y manquait beaucoup moins qu'à prendre le sommeil et le repas qui lui étaient nécessaires pour faire subsister son corps, et saint Antonin nous assure qu'il ne s'approchait jamais de Dieu, qui est un abîme de miséricorde et de bonté, sans être aussitôt ravi hors de lui-même ni sans recevoir quelque grâce extraordinaire. Il jeûnait presque toujours, ne buvait jamais de vin, dormait fort peu et n'avait d'autre lit que le plancher de sa chambre. Il gardait aussi une solitude continuelle, ne sachant presque point d'autre chemin dans Palencia que celui de l'église et celui des écoles publiques. Il évitait les mauvaises compagnies, les visites, en un mot tout ce qui peut nuire à la vertu de chasteté ; et, comme sa tendresse pour la sainte Vierge s'augmentait de plus en plus dans son cœur, il était merveilleusement exact à réciter tous les jours plusieurs Rosaires en son honneur, et y mettait un tel recueillement que cette prière vocale valait bien les méditations et les oraisons mentales de plusieurs âmes contemplatives.

Il avait, dès ce temps-là, tant de compassion pour les personnes affligées que, s'il ne pouvait pas les soulager, il pleurait amèrement leur misère. Pendant une furieuse famine qui dépeuplait presque toute l'Europe, en l'année 1191, il ne se contenta pas de donner tout ce qu'il avait d'argent, mais il vendit aussi tous ses meubles et même tous ses livres, c'est-à-dire ce qu'il avait de plus précieux, pour assister les pauvres ; son exemple porta les plus riches de Palencia à ouvrir leurs cœurs, leurs greniers, leurs coffres, et leurs mains à une infinité de malheureux que la pauvreté mettait en danger de mourir de faim. Il fit encore, depuis, la même chose dans une autre occasion. Cette charité attirait chez lui toutes sortes de nécessiteux pour lui demander du secours : une pauvre femme le pria, les larmes aux yeux, de lui faire quelque aumône pour racheter son frère des mains des Maures qui l'avaient fait esclave. Dominique avait alors tout donné et il ne lui restait rien dont il pût la secourir dans cette extrémité ; mais la charité est à la fois ingénieuse et héroïque, il dit à cette femme : « Je n'ai ni or ni argent, ne vous affligez cependant pas, je sais travailler. Offrez-moi aux Maures en échange pour votre frère ; je veux être esclave à sa place ». Celle-ci, étonnée d'une pareille proposition, n'osa l'accepter ; mais Dominique n'en eut pas moins devant Dieu le mérite de la charité.

Dominique n'avait pas une moindre compassion pour les maux spirituels de son prochain…

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Message  Louis le Sam 15 Sep 2018, 6:41 am

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Dominique n'avait pas une moindre compassion pour les maux spirituels de son prochain. Dès sa jeunesse, il faisait de très-rudes pénitences et se dévouait aux rigueurs de la justice divine pour la conversion des pécheurs. Son corps ne pouvant porter le poids de tant d'austérités, il tomba dangereusement malade, et il était en péril évident de mort, si saint Jacques le Majeur, qui lui apparut en cette extrémité, ne lui eût rendu une santé qu'il employa avec un courage tout nouveau au salut des âmes. Il ne se contenta pas d'y travailler en secret par ses mortifications et ses prières ; mais, comme Dieu lui avait donné une éloquence puissante, il l'employa à ramener les esprits à la piété et à la perfection chrétienne.

Parmi ceux qu'il convertit alors, on remarque un jeune prince qui avait étudié avec lui ; persuadé par les exhortations de Dominique de la vanité du monde et du bonheur qui se trouve dans le service de Dieu, il renonça à tous les plaisirs et aux honneurs que sa naissance lui promettait pour entrer dans l'Ordre de Cîteaux, où il fut depuis élu abbé, et de là fut élevé à l'éminente dignité de cardinal. On dit que ce fut Conrad Eginon, fait cardinal et évêque de Port.

On était déjà avide de l'entendre.

On le consultait de tous côtés sur les affaires les plus épineuses, tant on avait de confiance dans son érudition et dans sa probité.

Ceux qui avaient à choisir un état de vie demandaient son avis sur ce choix d'où dépendent souvent l'avenir terrestre et la destinée temporelle.

Ceux qui gémissaient sous le poids de leurs vices s'adressaient à lui comme à un excellent médecin et le priaient de leur en marquer les remèdes.

Enfin, ceux qui avaient des difficultés sur la théologie, les cas de conscience ou l'intelligence des saintes lettres, avaient recours à ses lumières et s'en rapportaient à ses décisions comme s'il eût été l'oracle de l'Université de Palencia, où il donnait des leçons publiques d'Ecriture sainte.

L'évêque d'Osma, Martin de Bazan, ayant converti les Chanoines de sa cathédrale en Chanoines réguliers, résolut d'y attacher le jeune Dominique…

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Message  Louis le Dim 16 Sep 2018, 7:49 am

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L'évêque d'Osma, Martin de Bazan, ayant converti les Chanoines de sa cathédrale en Chanoines réguliers, résolut d'y attacher le jeune Dominique, qui appartenait à ce diocèse. Il chargea de cette affaire dom Diego de Azévédo, prieur du chapitre réformé. Notre Saint reçut cette proposition comme un ordre du ciel ; il se rendit à Osma, auprès de son prélat, où il prit l'habit religieux, à l'âge de vingt-cinq ans.

Il regarda comme rien tout ce qu'il avait fait jusqu'alors; et, fixant les yeux, comme saint Paul, sur ce qui lui restait à faire, il entreprit, avec un courage nouveau, de se combattre lui-même et d'acquérir les vertus chrétiennes et religieuses. Il prolongea ses veilles et ses prières, augmenta ses jeûnes et ses autres mortifications corporelles, et se prescrivit dès lors pour règle de prendre chaque nuit trois fois la discipline avec des chaînes de fer. Il renouvelait en sa personne la vie austère et pénitente des anciens Pères de l'Egypte et de la Thébaïde, dont il méditait les exemples et les maximes dans les conférences de l'abbé Cassien.

Cependant ses austérités ne l'empêchaient pas de travailler à la conversion des pécheurs et au grand ouvrage du salut des âmes. Les fruits de ses prédications furent très-abondants. Il confirma les catholiques, confondit les infidèles, et convertit même beaucoup de Maures hérétiques.

Enfin, il s'acquit une telle réputation d'homme apostolique, que les Eglises vacantes le voulaient avoir pour évêque, et qu'en effet on lui présenta un évêché suffragant de Compostelle. Mais il répondit dès lors ce qu'il a souvent répondu : « Dieu ne l'avait pas envoyé pour être évêque, mais pour prêcher »; non me misit Dominus episcopare, sed prædicare. Au reste, il faisait toutes ces merveilles, principalement par la prédication du saint Rosaire, dont il expliquait les mystères, et qu'il conseillait à tout le monde de réciter avec attention et avec ferveur.

Lorsqu'il fut revenu de cette grande mission, son prélat l'ordonna prêtre et le fit sous-prieur de sa nouvelle Congrégation. C'était en réalité la première charge, puisque l'évêque était prieur. Mais, comme ce bon pasteur reconnut que Dominique était appelé de Dieu aux travaux évangéliques, il ne voulut pas renfermer une telle lumière dans un cloître.

Il l'envoya premièrement à Palencia, où il avait étudié, pour y enseigner la théologie. C'était alors une Université considérable, et où il y avait beaucoup d'écoliers, soit du pays, soit de l'étranger ; mais depuis elle a été transférée à Salamanque. Dominique s'y fit admirer par la profondeur de sa doctrine et la pénétration de son esprit. Ses discours de piété n'avaient pas moins de succès. On dit que ce fut en ce temps que, par la vertu du Rosaire qu'il prêchait, une fille, nommée Alexandre, qui le récitait assidûment, et qui fut cruellement massacrée sans avoir moyen de se confesser, ressuscita cinq mois après pour recevoir de lui ce sacrement.

L'évêque d'Osma lui permit de faire ensuite une seconde mission…

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Message  Louis le Lun 17 Sep 2018, 7:16 am

SAINT DOMINIQUE DE GUSMAN, CONFESSEUR,

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L'évêque d'Osma lui permit de faire ensuite une seconde mission. Il parcourut donc les côtes de la Galice avec un autre religieux de sa Congrégation, nommé frère Bernard, excitant tout le monde à la dévotion envers Notre-Dame, pour mériter la grâce et la miséricorde de son Fils. Un jour qu'il prêchait sur le bord de la mer, des pirates turcs s'emparèrent de lui et le firent prisonnier. Mais à peine fut-il sur leur vaisseau, qu'une tempête furieuse éclata : les corsaires ont peur; ils invoquent le vrai Dieu, abjurent le mahométisme, et saint Dominique apaise aussitôt la mer irritée. Le vaisseau vint aborder à un port de Bretagne, où, après le baptême, il établit pour eux la Confrérie du Rosaire (Avertissement) , qu'il porta ensuite à Vannes, où il alla visiter le duc de Bretagne, qui était son proche parent. Les fruits qu'il fit en ce pays par ses prédications furent si grands, qu'il ne pouvait pas suffire à entendre les confessions générales.

Une infinité de personnes voulurent communier de sa main, et l'évêché de Dol étant vacant, on lui fit de grandes instances pour l'accepter. Il le refusa généreusement, disant, comme autrefois, « qu'il n'était pas envoyé pour être évêque, mais pour prêcher ». Le duc le voulut au moins retenir dans ses Etats, et fit même défense à tous ses sujets de le laisser sortir ; mais la sainte Vierge l'enleva de là et le conduisit heureusement dans la ville d'Osma, auprès de son évêque, pour y continuer ses exercices de prédicateur apostolique.

Ce fut alors que ce grand homme prêcha plus ouvertement, dans la Castille et l'Aragon, la dévotion que cette Reine des anges lui avait apprise, et qu'il en établit de tous côtés la Confrérie (Avertissement). On rapporte des prodiges presque incroyables et des conversions tout à fait surprenantes qu'il fit par ce moyen : ainsi se convertirent Alphonse, huitième ou neuvième roi de Castille, qui, par l'assiduité à dire saintement son Rosaire, changea entièrement de vie et de conduite, devint un très-bon prince, remporta une victoire signalée sur le Miramolin, qui s'était, emparé de ses Etats, lui défit plus de deux cent mille hommes en un seul combat, et rentra dans la paisible possession de son royaume ; un autre Alphonse, roi de Léon et de Galice, qui échappa à la damnation éternelle, que ses crimes lui avaient méritée, par la promesse de dire tous les jours dévotement son Rosaire; et beaucoup d'autres semblables, que le lecteur trouvera dans les Annales et les Histoires entières de l'Ordre de Saint-Dominique.

Cependant ce même roi de Castille, dont nous venons de parler, père de Blanche, depuis reine de France et mère de saint Louis…

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Re: Saint Dominique de Gusman.

Message  Louis le Mar 18 Sep 2018, 6:32 am

SAINT DOMINIQUE DE GUSMAN, CONFESSEUR,

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Cependant ce même roi de Castille, dont nous venons de parler, père de Blanche, depuis reine de France et mère de saint Louis, nomma pour ambassadeur en France dom Diego de Azévédo, devenu évêque d'Osma en 1201, afin d'y négocier le mariage du prince Ferdinand, son fils, avec la princesse de Lusignan, fille de Hugues le Brun, comte de la Marche, en Limousin 1. L'évêque voulut que Dominique l'accompagnât. Ils partirent donc ensemble de Castille, et, prenant leur route par le royaume d'Aragon et par les villes de Perpignan et de Narbonne, ils arrivèrent en Languedoc et aux environs de Toulouse, où ils virent avec douleur les étranges ravages qu'y causaient les hérétiques Albigeois. Il arriva même, par une conduite admirable de la divine Providence, qu'ils logèrent chez un homme infecté de cette hérésie ; mais saint Dominique étant entré en conférence avec lui, lui représenta avec tant de zèle et de force la fausseté de ses dogmes et l'impiété de ses pratiques, que la nuit même il le retira de son aveuglement et le fit rentrer dans le sein de l'Eglise ; de sorte que, selon la remarque de Vincent de Beauvais, il lui pouvait adresser ces paroles de l'Ecclésiastique : Hospitio mihi factus es frater ; « par l'hospitalité que tu m'as rendue, tu es devenu mon frère ». Ce furent là les prémices des fruits inestimables que ce saint Patriarche devait bientôt produire dans cette province par l'entière réduction de ces mêmes Albigeois.

Le voyage de nos illustres ambassadeurs fut heureux. Ils trouvèrent le comte de la Marche dans son château de Gacé ; ils lui firent la proposition du roi de Castille, et ils obtinrent de lui ce que ce roi désirait pour l'alliance de Ferdinand, son fils, avec la princesse, sa fille. Après de si bonnes paroles, ils retournèrent en Espagne pour en informer Alphonse, qui, voulant consommer cette affaire, les renvoya sur leurs pas avec une grande suite et un train magnifique, pour amener la future épouse de Ferdinand. Ils revinrent donc en France pour ce sujet; mais ils furent bien surpris, lorsqu'ils arrivèrent dans le pays de la Marche, d'apprendre la mort de cette jeune princesse, et de la trouver couverte d'un drap mortuaire au lieu des habits précieux qu'on lui préparait pour la cérémonie de ses noces. Ils reconnurent en cela plus que jamais la vanité des grandeurs humaines, et, ayant envoyé en Espagne le train qu'ils avaient amené, ils prirent la résolution d'aller ensemble à Rome pour obtenir du Pape la permission d'aller prêcher aux Cumains, qui étaient des peuples septentrionaux encore idolâtres, les vérités de l'Evangile, ou de s'arrêter dans le Languedoc pour y combattre, avec les autres missionnaires, les erreurs abominables des Albigeois.

On dit qu'avant de sortir de France…
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1. D'autres entendent par là une province de Suède; d'autres, d'Allemagne.

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Re: Saint Dominique de Gusman.

Message  Louis Hier à 7:26 am

SAINT DOMINIQUE DE GUSMAN, CONFESSEUR,

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On dit qu'avant de sortir de France ils firent un voyage à Paris pour y rendre visite à la pieuse Blanche, fille de leur roi, et mariée à Louis VIII, qui n'était encore qu'héritier présomptif de la couronne, et que saint Dominique conseilla à cette princesse de réciter assidûment le Rosaire, pour se rendre digne de donner à la France un prince sage, dévot et généreux, tel qu'a été son fils saint Louis, le plus grand monarque qui ait jamais porté la couronne des fleurs de lis.

Lorsque nos saints voyageurs furent arrivés à Rome, le pieux évêque pria instamment le pape Innocent III de le décharger de son évêché, afin qu'il fût plus libre pour travailler à la réduction des infidèles et des hérétiques. Mais le Pape, qui connaissait ses mérites, n'eut garde de priver l'Eglise d'un si digne pasteur ; il lui permit seulement de demeurer deux ans en Languedoc, pour y exercer son zèle contre les Albigeois, avec les trois légats qu'il y avait déjà envoyés, qui étaient dom Arnauld, seizième abbé de Cîteaux; dom Pierre de Castelnau, religieux de Froidefond, et dom Rodolphe, aussi religieux de cette abbaye.

Avec cette permission, il reprit le chemin de France, toujours accompagné de saint Dominique, et, avant de s'engager dans cette glorieuse mission, il visita l'abbaye de Cîteaux, dont la sainteté était la bonne odeur de Jésus-Christ pour tout le monde. Il y demeura trois jours, et prit même par dévotion l'habit de ce saint Ordre, imitant en cela saint Thomas de Cantorbéry, et beaucoup d'autres prélats qui s'étaient revêtus de ces précieuses livrées pour avoir part aux mérites d'une si sainte maison. Quelques auteurs écrivent que saint Dominique fit la même chose : ce que nous trouvons vraisemblable, puisqu'il était trop zélé pour ne pas imiter son prélat dans une pratique de piété qui ne répugnait point à son état.

Ces saints personnages allèrent de là à Montpellier, où les légats du Saint-Siège s'étaient assemblés. Ils avaient déjà beaucoup travaillé pour la réduction des hérétiques ; mais le peu de progrès qu'ils avaient fait leur faisait chercher des moyens plus efficaces que ceux qu'ils avaient employés jusqu'alors. Dominique eut recours pour cela à la prière; et Dieu lui fit connaître que le véritable moyen de vaincre les hérétiques, était de prendre une forme de vie apostolique, faisant les voyages à pied, sans train, sans argent, sans serviteurs, sans provisions et dans un parfait abandon aux soins de la divine Providence, afin de prêcher plutôt par exemple que par paroles, et de confondre, par cette conduite, l'hypocrisie de quelques-uns de ces hérétiques qui, se donnant le nom de parfaits, faisaient profession d'une grande pauvreté et d'une abstinence extrême.

Le Saint ayant reçu cette lumière, la communiqua à son évêque, et ce prélat la proposa dans le Synode en présence des légats. Ils y trouvèrent d'abord de la difficulté, craignant que les catholiques ne s'effarouchassent en voyant leurs prélats et leurs missionnaires dans un état si dénué de toutes les commodités temporelles. Mais l'évêque et Dominique les encouragèrent et s'offrirent de commencer eux-mêmes ce genre de vie. Ils envoyèrent donc en Espagne tout ce qu'ils avaient de train et de meubles et se mirent à prêcher, en apôtres, les vérités chrétiennes contre les impostures des hérétiques.

Les autres missionnaires suivirent leur exemple, et voulurent absolument que l'évêque fût chef de la mission…

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