Saint-Office et Inquisition.

Aller en bas

Saint-Office et Inquisition.

Message  Louis le Ven 13 Juil 2018, 11:53 am

Bonjour à tous,

Je tiens tout d’abord à remercier chaleureusement Si vis pacem qui m’a gracieusement fourni les liens internet me permettant de mettre la main sur une étude sérieuse concernant 2 sujets inconnus, mal connus dans le milieu catholique, à savoir l’INQUISITION et le SAINT-OFFICE.

Nous publierons, en tout premier lieu, l’article sur le Saint-Office; il sera suivi de celui sur l’Inquisition.

Dès leur parution les titres seront référencés pour une lecture plus commode.

Bonne lecture à tous.

Bien à vous.


* SAINT-OFFICE

IMainmise de la royauté sur l'Inquisition au XIVe et au XVe siècle.

II. — L'Inquisition espagnole (XVe-XIXe siècles).

§ I. Ses origines.

§ II. Institution et organisation de l'Inquisition espagnole.

Torquemada.

§ III. L'Inquisition contre les Juifs et les Morisques.

Ximinès.

§ IV. L'Inquisition, la Réforme et la Renaissance. Procès d'Érasme.

Procès de Carranza. L'Index espagnol.

§ V. Procès extraordinaires ; procès politiques.

§ VI. Déclin et suppression de l'Inquisition espagnole.

III. — L'Inquisition romaine.


Dernière édition par Louis le Sam 14 Juil 2018, 7:12 am, édité 2 fois

_________________
Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
avatar
Louis
Admin

Nombre de messages : 11765
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint-Office et Inquisition.

Message  Louis le Ven 13 Juil 2018, 11:54 am

Saint-Office

(col. 1078)

SAINT-OFFICE. — Telle qu'elle avait été oublié, au XIIIe siècle, en Languedoc d'abord, puis dans la plus grande partie de l'Europe (voir dans ce Dictionnaire, notre article INQUISITION  col. 847 sqq.), l'Inquisition était, aux mains de l'Eglise, une arme puissante. De bonne heure, le pouvoir civil l'avait vue fonctionner avec une certaine méfiance ; mais craignant les sentences qui déclaraient fauteur d'hérésie quiconque entravait les fonctions des Inquisiteurs, il n'avait pas osé s'opposer ouvertement à cette juridiction ecclésiastique. Ainsi fut-elle acceptée par les comtes de Toulouse et de Foix contre lesquels, dès ses origines, elle avait été dirigée ; après eux, la plupart des princes du XIIIe  siècle lui prêtèrent le concours du bras séculier.

Le moment vint cependant où, incliné progressivement vers l'absolutisme par les légistes, le pouvoir civil supporta difficilement, au sein de ses états, des juges qui exerçaient leurs fonctions en dehors de lui, en vertu d'une Commission pontificale, appliquaient une loi et un droit qui lui étaient étrangers ; et il fut amené rapidement à se demander si, au lieu d'être l'auxiliaire de l'Inquisition, il ne pourrait pas intervertir les rôles et faire, en sa faveur, de cette redoutable institution un instrument de règne.

S'emparer de l'Inquisition et la mettre au service de l'absolutisme royal, en frappant, grâce aux jugements du Saint-Office, les ennemis du roi comme les ennemis de Dieu, telle fut la tendance des gouvernements du XIVe siècle, tendance d'autant plus marquée que plus grand était le pouvoir de ces gouvernements, et plus précise la conscience qu'ils avaient de leur force.

A suivre : Mainmise de la royauté sur l’Inquisition au XIVe  et au XVe siècle…

_________________
Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
avatar
Louis
Admin

Nombre de messages : 11765
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint-Office et Inquisition.

Message  Louis le Sam 14 Juil 2018, 7:11 am

Saint-Office

I. — MAINMISE DE LA ROYAUTÉ SUR L'INQUISITION  au XIVe  et au XVe siècle

(col. 1078-1079)

De toutes les monarchies, la monarchie française était la plus centralisatrice ; ses légistes affirmaient avec le plus d'énergie son indépendance à l'égard du droit canon et du pouvoir pontifical ; aussi l'on ne saurait s'étonner que, la première, elle ait détourné à son profit la puissance inquisitoriale. Celui qui travailla à cette transformation de l'Inquisition fut le roi des légistes et l'antagoniste de Boniface VIII, Philippe le Bel.

Il commença par la soumettre à son contrôle et à celui de ses sénéchaux. Profitant des plaintes que lui avaient apportées des députés de Carcassonne contre l'inquisiteur Nicolas d'Abbeville, il ordonna, le 13 mai 1291, à son sénéchal de Carcassonne de n'obéir aux réquisitions des juges de l'hérésie que lorsque l'accusé serait hérétique public ou prouvé tel publiquement par des personnes dignes de foi. Au mois de juin suivant, il annonça l'intention d'envoyer en Languedoc des commissaires pour y préciser la jurisprudence inquisitoriale. Quelque temps après, il décréta qu'aucun juif converti ne pourrait être arrêté comme hérétique, sur réquisition des Inquisiteurs, sans que les motifs de l'arrestation eussent été examinés par le sénéchal ou le bailli royal.

Vers la fin de 1295, par une autre ordonnance, il étendait des juifs convertis à tous ses sujets le bénéfice de cette disposition : nul ne pouvait être arrêté par ordre d'un moine, de quelque ordre qu'il fût (même inquisiteur dominicain ou franciscain), avant que le sénéchal n'eût examiné sommairement l'affaire.

Cette dernière mesure, extension des deux premières, équivalait à imposer l'exequatur royal, comme condition préliminaire, à toute poursuite inquisitoriale.

Gardons-nous d'expliquer cette politique par le désir de modérer les rigueurs de l'Inquisition ou de rendre plus libres les consciences. Ces sentiments étaient étrangers à un roi qui ne recula jamais devant la brutalité quand il la crut utile à son gouvernement et qui d'autre part était, non moins que son aïeul Saint-Louis, le défenseur zélé de l'orthodoxie catholique. Ce qui le prouve, c'est que, à plusieurs reprises, il manda à son sénéchal de Carcassonne et au vicomte de Narbonne de prendre des mesures de rigueur contre les Juifs (BIBL. NAT., fonds DOAT., t. XXXII, fol. 85-89, 254-257).

En 1306 il fit arrêter et jeter hors du royaume tous les Juifs, menaçant de mort ceux d'entre eux qui y rentreraient ; en 1304, il fortifia la puissance de l'Inquisition (VAISSÈTE,. Histoire du Languedoc, t. X, col. 428-431), et proscrivit comme séditieuse toute ligue formée contre les inquisiteurs (BIBL. NAT., fonds DOAT, t. XXXIV, fol. 81-82, 109-111).

Le pape Boniface VIII comprit l'étendue de cette mainmise du pouvoir royal sur l'Inquisition…

_________________
Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
avatar
Louis
Admin

Nombre de messages : 11765
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint-Office et Inquisition.

Message  Louis le Dim 15 Juil 2018, 6:48 am

Saint-Office

I. — MAINMISE DE LA ROYAUTÉ SUR L'INQUISITION  au XIVe  et au XVe siècle

(SUITE)

(col. 1079)

Le pape Boniface VIII comprit l'étendue de cette mainmise du pouvoir royal sur l'Inquisition ; et pour montrer à quel point il la repoussait, il ordonna, en octobre 1297, à l'Inquisiteur de Carcassonne d'entamer des poursuites pour crime d'hérésie contre plusieurs fonctionnaires royaux de Béziers; ainsi le conflit qui mettait aux prises le pape et le roi au sujet de la levée des décimes se compliquait d'un  autre conflit au sujet de l'Inquisition.

Il sembla se calmer l'année suivante : pour prix de certaines concessions pontificales dans le domaine politique et fiscal, Philippe le Bel renonça à ses empiétements sur l'Inquisition. Dans le sixième livre qu'il ajouta, le 3 mars 1298, au Corpus Juris Canonici, Boniface VIII réclama comme un droit absolu de l'Eglise de requérir le concours sans condition des fonctionnaires séculiers à l'action inquisitoriale, et loin de protester contre cette prétention, le roi ordonna à ses officiers de respecter scrupuleusement ce canon (5 septembre 1298) (BIBL. NAT., fonds DOAT, t. XXXII, fol. 280-281. Autre lettre dans le même sens du 15 septembre 1298, Ibid., fol. 278-279).

Ces faits et d'autres qui se produisirent en 1301 et 1302 nous prouvent qu'en Languedoc et même dans tout le reste de la France, la question de l'Inquisition varia selon les péripéties de la lutte engagée entre Boniface VIII et Philippe le Bel. Lorsque le roi avait intérêt à ménager le pape, il ordonnait à ses agents de respecter scrupuleusement la décrétale pontificale du Sexte et de se mettre à la disposition du Saint-Office; lorsqu'au contraire la querelle se ravivait, il affirmait hautement la suprématie du pouvoir royal sur l'Inquisition.

L'échec de Boniface VIII, suivi de près de l'élection d'un pape, Clément V, client du roi de France, fit perdre à l'Inquisition toute indépendance. Le premier, semble-t-il, Philippe le Bel eut l'idée d'utiliser ce tribunal contre tous ceux dont la perte était nécessaire à sa politique, en les représentant à l'opinion publique comme des ennemis de la religion et de la morale. Désormais, beaucoup de procédures et de sentences inquisitoriales, sous une apparence religieuse, furent essentiellement politiques.

Tel fut le cas du procès des Templiers…

_________________
Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
avatar
Louis
Admin

Nombre de messages : 11765
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint-Office et Inquisition.

Message  Louis Hier à 6:52 am

Saint-Office

I. — MAINMISE DE LA ROYAUTÉ SUR L'INQUISITION  au XIVe  et au XVe siècle

(SUITE)

(col. 1079-1080)

Tel fut le cas du procès des Templiers. Ce n'est pas le cas de le raconter ; qu'il nous suffise de marquer qu'il fut poursuivi par l'Inquisition, sur l'ordre du roi et malgré le Saint-Siège.

Celui qui l'engagea fut le dominicain Guillaume de Paris, qui cumulait les fonctions de confesseur de Philippe le Bel avec celles d'inquisiteur général du royaume. « Trop disposé peut-être à seconder les intentions de son royal pénitent, le grand inquisiteur se montra, dans cette occasion, l'homme du roi plus que le ministre du Saint-Siège dont il tenait ses pouvoirs; et sans attendre l'autorisation du pape , il se mit aussitôt à l'œuvre. » (FÉLIX LAJARD, Guillaume de Paris, dans l'Histoire littéraire de la France, t.  XXVII, p. 141).

Par une circulaire datée du 22 septembre 1307, il mandait aux inquisiteurs de Toulouse et de Carcassonne, ses subordonnés, ainsi qu'aux prieurs, sous-prieurs et lecteurs de tous les couvents dominicains de France, d'interroger les Templiers sur tous les crimes dont ils étaient accusés et de recueillir les dépositions des témoins qu'ils jugeraient utile d'interroger.

Lui-même fit plusieurs informations à Troyes, Bayeux, Caen, Paris et au Temple; du 19 octobre au 24 novembre 1307, il interrogea 138 Templiers (Voir la procédure, dans les Actes du Procès des Templiers, publiés par Michelet dans la Collection des documents inédits de l'histoire de France.

Plus encore que Guillaume de Paris, le directeur de toute cette affaire était le petit-fils de l'un de ces hérétiques, que cette même Inquisition avait condamnés, en Languedoc, cinquante ans auparavant, de l'homme qui, en organisant l'attentat d'Anagni, avait porté un si rude coup à la papauté, du légiste enfin qui exaltait, en combattant le droit canon, le pouvoir monarchique, Guillaume de Nogaret.

Ce fut en effet pour la mener énergiquement et sans scrupules, au profit du roi, qu'il avait reçu la garde du sceau royal, le 22 septembre 1307 ; et ce fut au lendemain de sa nomination que fut décidée par Philippe le Bel l'arrestation de tous les chevaliers du Temple (RENAN, Guillaume de Nogaret, dans l'Histoire littéraire de la France, t. XXXVII, p. 290). Sous l'impulsion d'un tel homme, les inquisiteurs firent preuve d'un zèle inouï, au service du roi, contre les Templiers. (CH.-V. LANGLOIS, Le procès des Templiers, dans la Revue des Deux-Mondes, 1891, pp. 401-402).

Le légiste Pierre Du Bois semble même avoir eu l'idée de faire porter sur tous les biens ecclésiastiques, jusque sur ceux du pape, la sentence de confiscation qui se préparait contre le patrimoine des Templiers; c'est RENAN qui le fait remarquer: « Faire du roi de France le chef de la chrétienté, sous prétexte de croisade; lui mettre entre les mains les possessions temporelles de la papauté, une partie des revenus ecclésiastiques et surtout les biens des Ordres voués à la guerre sainte, voilà le projet avoué de la petite école secrète dont Du Bois était l'utopiste et dont Nogaret fut l'homme d'action.  »

Retourner ainsi l'Inquisition contre la papauté, n'était pas une entreprise banale…

_________________
Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
avatar
Louis
Admin

Nombre de messages : 11765
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum