Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Dim 10 Sep 2017, 13:01

Ouverture du noviciat.

Après sept années d'efforts et de patience, en 1648, il était enfin terminé. Il avait coûté plus de 50,000 lbs. Entièrement construit en pierres quant aux murs principaux, il mesurait quatre-vingt-douze pieds de longueur sur vingt-huit de largeur. « C'est la plus belle et la plus grande maison qui soit en Canada pour la façon d'y bâtir, » écrivait la Mère Marie de l'Incarnation, et son témoignage est confirmé par les plus anciens documents.

A cent pas environ de ce beau monastère, s'élevait une petite maison également en pierres, à deux étages, d'une superficie de trente pieds sur vingt, qui appartenait à Mme de la Peltrie. Elle l'avait fait bâtir en 1644, peu après son retour à Québec. « Cette maison fut d'abord louée au profit de la communauté, disent les mémoires des Ursulines. Dans les deux incendies, elle devint une véritable providence pour la communauté, et c'est là que devait s'éteindre en 1652, au milieu d'incommodités de tout genre et avec des marques si sensibles de prédestination, la bien-aimée Mère de Saint-Joseph, la première des Ursulines de Québec qui fut appelée à la récompense 1. »

La pieuse Mme de la Peltrie, qui l'avait fait bâtir pour y habiter avec sa servante, ne l'occupa jamais. Car, lorsqu'en l'année 1646 les Ursulines ouvrirent leur premier noviciat, quel ne fut point leur étonnement mêlé d'admiration en voyant cette pieuse dame venir solliciter à genoux la faveur d'y être admise ! En faisant cette noble et généreuse démarche, elle était suivie par Mlle Charlotte Barré, qui ne l'avait pas quittée depuis le départ de Tours, et dont la vocation religieuse ne s'était pas démentie un seul instant.

Les supérieurs ne jugèrent pas expédient, pour le bien même de son œuvre, que Mme de la Peltrie se fît religieuse. Cette âme dévouée, qui ne cherchait que l'accomplissement de la volonté divine, reçut cette décision avec une parfaite soumission. Elle renonça à son généreux dessein ; mais « dès lors, dit le récit, elle résolut de vivre en religieuse. Continuant donc à habiter le cloître en habit séculier et sans être liée par des vœux, on la vit s'astreindre à toutes les règles et observances de la vie monastique, sans vouloir accepter ni exemptions ni privilèges, hors celui d'occuper partout la dernière place ; ce qu'elle a fidèlement observé jusqu'à sa mort 1 ».

Mais si Mme de la Peltrie ne put être admise...
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1 Les Ursulines de Québec, tome Ier, p. 119. — 1 Id. Ibid., p. 144.

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Message  Louis le Lun 11 Sep 2017, 13:50

Mlle Barré y est admise. Sa profession.

Mais si Mme de la Peltrie ne put être admise au noviciat, Mlle Barré y fut reçue avec bonheur, et devint ainsi la première novice de ce monastère. Mme de la Peltrie lui donna elle-même son trousseau et 3,000 livres de dot. Elle fit profession et prononça ses vœux deux ans plus tard, le 21 novembre 1648. Cette profession fut la première cérémonie de ce genre célébrée au nouveau monastère ; aussi le souvenir s'en est-il religieusement conservé. Le P. Jérôme Lallemand, l'oncle du martyr dont nous retracerons bientôt les souffrances, célébra le saint sacrifice et présida la cérémonie. Que d'émotions diverses ne dut-elle point éveiller dans les cœurs ! Neuf ans s'étaient écoulés depuis le jour où les Ursulines abordaient sur la terre canadienne. Depuis lors, les joies et les tristesses n'avaient pas manqué à la communauté naissante. Mais, au milieu de ses travaux et de ses sacrifices, la main de Dieu n'avait cessé de la bénir et de la protéger. Aussi la confiance en Dieu était grande dans toutes ces âmes dévouées à son service. L'heure était sombre cependant pour la colonie canadienne. La guerre était allumée entre les diverses nations sauvages de cette partie du nouveau monde, le sang commençait à couler de toutes parts, et l'existence elle-même de la colonie était en péril.

Mais la malice des hommes ne saurait arrêter l'œuvre de Dieu…

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Message  Louis le Mar 12 Sep 2017, 14:11

Plusieurs autres postulantes et novices.  

Mais la malice des hommes ne saurait arrêter l'œuvre de Dieu. Peu de jours après la profession de Mlle Barré, que nous ne désignerons désormais que sous le nom de Mère Saint-Ignace, Mlle Catherine Lezeau prononçait aussi ses vœux en qualité de sœur converse, et, comme pour mettre le comble à toutes ses joies, on vit, à la fin de cette année 1648, une jeune fille appartenant à une des plus nobles familles de la colonie venir demander à revêtir, elle aussi, le bandeau des épouses de Jésus-Christ.

C'était Mlle Philippe-Gertrude de Boulogne, sœur de Mme d'Ailleboust, femme de M. Louis d'Ailleboust de Coulonge, qui venait de succéder à M. de Montmagny dans la dignité de gouverneur de Québec. Poussée par l'ardent désir de se dévouer à la conversion des sauvages, elle avait suivi sa sœur et son beau-frère, lorsque celui-ci fut nommé, en 1641, gouverneur de Montréal. Les deux sœurs partageaient d'ailleurs les mêmes sentiments, et nous verrons Mme d'Ailleboust devenue veuve venir solliciter, après la mort de sa sœur, la faveur de la remplacer au monastère. Mlle de Boulogne fit profession le 9 décembre 1649. Sa ferveur et son zèle ne se démentirent jamais, et elle eut la consolation de rendre à Dieu sa belle âme entre les bras de la vénérée Mère Marie de l'Incarnation, le 20 août 1667. Elle avait pris en religion le nom de Mère Saint-Dominique.

La famille de Sainte-Ursule se développait ainsi peu à peu sur les rivages de la Nouvelle-France…

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Message  Louis le Mer 13 Sep 2017, 12:43

Prospérité du monastère.

La famille de Sainte-Ursule se développait ainsi peu à peu sur les rivages de la Nouvelle-France. Le monastère était bâti, entièrement payé. De toutes parts on y accourait, les jeunes filles françaises ou sauvages pour s'y faire instruire, les pauvres gens pour y recevoir quelques secours et soulagements. A l'intérieur fleurissaient sous l'égide de Marie, protectrice et supérieure de la nouvelle maison, toutes les plus belles vertus du cloître. L'avenir semblait maintenant assuré, et la Mère de l'Incarnation pouvait, ce semble, commencer à se reposer après tant de combats, de fatigues et d'épreuves, et jouir en paix du fruit de ses premiers travaux. Il n'en était rien cependant.

Les plus terribles catastrophes allaient fondre sur le monastère et sur la colonie tout entière ; d'un côté, l'incendie allait réduire en cendres l'édifice si péniblement bâti; de l'autre l'invasion des Iroquois, après avoir détruit la petite Église des Hurons, allait menacer l'existence même de tous les Français au Canada. C'est plus que jamais l'heure du sacrifice, mais aussi l'ère féconde et glorieuse de la persécution et des martyrs.

A suivre : Chapitre VII. LE MARTYRE D'UNE ÉGLISE  NAISSANTE

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Message  Louis le Jeu 14 Sep 2017, 13:48

CHAPITRE VII

LE MARTYRE D'UNE ÉGLISE  NAISSANTE

Vos purpurati martyres,
Vos candidati
Confessionis, exsules
Vocale nos in patriam.


O vous qui avez été empourprés par votre sang
et rendus purs et innocents par le
mérite de votre confession de Jésus-Christ,
appelez-nous dans la patrie, nous pauvres exilés !  (Hymne de la Toussaint.)

Non  in aqua solum, sed in aqua et sanguine.

Elle n'a pas été (baptisée) seulement dans l'eau,
mais dans l'eau et dans le sang.

(I Jean, V, 6.)

Nouvelles irruptions des Iroquois dans le pays des Hurons.

Les premières effusions du sang du glorieux Père Jogues avaient attiré la rosée céleste de la grâce sur la petite Église des Hurons. Le R. P. Chaumonot, qui en était un des vaillants apôtres, écrivait à notre Mère de l'Incarnation au mois d'août 1644 :

« On a bâti de nouvelles chapelles dans cinq des principaux bourgs des Hurons, où nos Pères habitent toujours. Si, ces deux hivers prochains, les conversions continuent comme aux deux précédents, nous espérons que les chrétiens deviendront les plus forts, et qu'en peu de temps ils attireront à eux non seulement leurs concitoyens, mais encore le reste du pays et même toute la nation 1. »

Ces espérances ne devaient pas tarder à se réaliser. En moins de trois ans, toutes les peuplades huronnes, à peu d'exceptions près, avaient embrassé la foi de Jésus-Christ. Rien n'était plus consolant que la vue de tous ces fervents néophytes qui arrivaient tous les jours, par bandes nombreuses, à Québec et envahissaient tous les abords du couvent de nos Ursulines. La Mère Marie de Saint-Joseph, qui connaissait très bien leur langage, ne quittait pas un instant le parloir, où elle était entourée de tous ces nouveaux chrétiens avides de s'instruire et d'entendre parler de Dieu, de la prière, des récompenses du ciel. Que de traits admirables de leur piété naïve, de leur foi vive, de leur extrême délicatesse de conscience, racontés par notre vénérée Mère, nous voudrions pouvoir rapporter ici!

La jeune Église huronne sortait toute rayonnante de vertus et d'espérances des eaux du baptême. Ses glorieux Pères dans la foi avaient le droit d'être fiers de cette nouvelle épouse, qu'ils avaient acquise à Jésus-Christ au prix de tant de labeurs et de souffrances. Les chapelles s'y multipliaient ; les nouveaux fidèles accouraient en foule aux pieds de leurs missionnaires, qu'ils considéraient comme leurs pères et leurs meilleurs amis.

Les peuplades sauvages qui habitaient au delà des Hurons, les Abnakivois, les Attikamek, les Montagnez et bien d'autres, commençaient elles-mêmes à recevoir les infatigables messagers de la bonne nouvelle. Un d'entre eux écrivait à notre vénérée Mère, des montagnes qui sont au nord de Tadoussac, où il prêchait l'Évangile :

« Je ne puis rien vous mander de meilleur de ces quartiers au sujet de l'amplification du royaume de Jésus-Christ. En un jour j'ai baptisé trente Betsamites et confessé soixante chrétiens. Je suis sur le point de faire six mariages en face de l'église; je pris avant-hier tous les diables des sorciers, leurs pierres, leurs tambours et semblables badineries, que j'ai fait bouillir pour leur faire voir combien c'est peu de chose, et afin que ce malin esprit ne paraisse plus dans le pays de ces pauvres gens. Remerciez le grand Maître de ce qu'il illumine toutes les nations du nord, car il y en a ici plus de dix sortes qui sont à douze journées de Tadoussac. Je ne sais si la fin du monde est proche, mais la foi s'étend beaucoup 1. »

Cependant tous ces admirables progrès de la religion…
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1 Lettres historiques. Lettre XXXI, p. 389.— 1 Id. , Lettre XXXIII. p. 406.

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Message  Louis le Ven 15 Sep 2017, 13:44

Nouvelles irruptions des Iroquois dans le pays des Hurons.

(suite)

Cependant tous ces admirables progrès de la religion parmi les sauvages n'avaient fait qu'exciter de plus en plus la fureur des Iroquois. Déjà, au printemps de l'année 1644, deux ans avant le meurtre du Père Jogues, ils s'étaient emparés du Père Brissani, de six Français et d'un certain nombre d'autres chrétiens hurons ou algonquins, sur lesquels ils avaient assouvi toute leur rage. Plusieurs avaient été brûlés à petit feu, d'autres hachés en morceaux. Et, non contents de manger leur chair à mesure qu'elle brûlait, ces féroces cannibales obligeaient leurs victimes à en manger aussi. Le Père Brissani était parvenu un jour cependant à s'échapper de leurs mains, mais ses membres étaient affreusement mutilés.

A la suite de plusieurs défaites qu'ils essuyèrent de la part des Français, ces barbares avaient été obligés, il est vrai, de consentir à cesser leurs incursions sur les terres des autres peuplades sauvages et dans les pays conquis par la France. Mais cet intervalle de paix n'avait duré que deux ans. La guerre venait de recommencer, plus furieuse et plus intense que jamais.

Le signal de cette recrudescence de fureur fut la mort du Père Jogues. Aussitôt après ce meurtre horrible, les Iroquois pillèrent plusieurs habitations occupées par des Français et se formèrent en deux bandes pour aller à la recherche de quelques tribus algonquines qui s'étaient divisées, elles aussi, en deux groupes pour aller faire leurs grandes chasses, l'une au nord et l'autre au midi. Ces bons Algonquins, qui se fiaient à la paix conclue avec leurs implacables ennemis, furent surpris isolément, et, après une inutile résistance, liés les uns aux autres, hommes, femmes et enfants, et emmenés en captivité dans les bourgs iroquois. Ils savaient d'avance quels tourments les y attendaient.

Après qu'on leur eut arraché les ongles, coupé les doigts et qu'on les eut roués d'horribles coups de bâton, les femmes furent mises en liberté; quant aux hommes, ils furent condamnés à périr par le feu.

Tels furent les hauts faits d'armes par lesquels ces farouches agresseurs signalèrent aux Français et aux sauvages la reprise des hostilités.

L'année suivante, ils éprouvèrent une défaite dans une rencontre avec deux cents Hurons, à la tête desquels se trouvait le Père Brissani, en amont du village des Trois-Rivières. Mais ils ne tardèrent pas à revenir en bien plus grand nombre.

Au mois de juillet 1648…

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Message  Louis le Sam 16 Sep 2017, 13:10

Martyre du R. P. Daniel.

Au mois de juillet 1648, ils surprirent un bourg huron, au moment où le Père Ant. Daniel, qui s'y trouvait en mission, célébrait le saint sacrifice de la messe.

« Il était encore revêtu des ornements sacerdotaux, raconte notre vénérée Mère, lorsqu'il entendit le tumulte des ennemis, et, sans se donner le loisir de quitter son aube, il court de cabane en cabane et cherche les malades, les vieillards, les enfants et ceux qui n'avaient pas encore reçu le baptême. Il les dispose à ce sacrement avec un zèle apostolique, et, les ayant tous assemblés dans  l'église, il les baptise par aspersion. A la vue des ennemis, il dit à son troupeau: « Sauvez-vous, mes frères, et laissez-moi seul dans la mêlée. » Alors ce saint homme se présente aux Iroquois, qui furent d'abord saisis d'une certaine frayeur à son aspect plein de majesté. Mais bientôt ils le couvrirent de flèches, et, voyant qu'il ne tombait pas, ils lui tirèrent à bout portant des coups d'arquebuse qui achevèrent de le tuer. Ils portèrent alors son corps dans son église, à laquelle ils mirent le feu, de sorte que les restes précieux de ce nouveau martyr furent consumés au pied de l'autel et avec l'autel lui-même.

« Le village fut mis à feu et à sang, et ni femmes ni enfants, personne ne fut épargné, sauf ceux qui purent s'échapper et se réfugier chez les peuplades sauvages voisines. Ce saint martyr, ajoute la Mère de l'Incarnation, apparut peu de temps après sa mort à un Père de la même mission.

« Ah! mon cher Père, lui dit celui-ci, comment Dieu a-t-il permis que votre corps ait été si indignement traité après votre mort, que nous n'ayons pu recueillir vos cendres ? »  

Le saint martyr lui répondit : « Mon très cher Père, Dieu est grand et admirable ; il a regardé mon opprobre et a récompensé les travaux de son serviteur. Il m'a donné après ma mort un grand nombre d'âmes du purgatoire pour les emmener avec moi et accompagner mon triomphe dans le ciel 1 . »

Une année s'était à peine écoulée…
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1 Lettres historiques. Lettre XXXVIII, 440, 441.

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Message  Louis le Dim 17 Sep 2017, 14:13

Martyre des RR. PP. de Brébeuf et Gabriel Lallemand.

Une année s'était à peine écoulée depuis cet événement à la fois si douloureux et si consolant, lorsque, pendant l'hiver de 1649, une nouvelle et nombreuse armée d'Iroquois se présenta aux portes du village Saint-Ignace. Laissons ici la parole à notre historien canadien.

« Le fort, attaqué à l'aube du jour avec une hardiesse et une habileté incroyables, fut emporté presque sans aucune résistance. Les Hurons ne soupçonnaient pas même la présence de l'ennemi et étaient plongés dans un profond sommeil. Le village fut livré aux flammes, et tous les habitants, hommes, femmes, enfants, furent passés par le fer et le feu. Trois Hurons seulement parvinrent à s'échapper demi-nus, et coururent à une lieue sur la neige et la glace donner l'alarme au village Saint-Louis.

« Au milieu de la consternation générale, le cri de guerre des Iroquois retentit dans la forêt et glaça toutes les âmes d'épouvante. Les ennemis ne voulaient pas donner à leurs victimes le temps de se reconnaître. Ils cernèrent la place de tous les côtés et montèrent à l'assaut. Deux fois les guerriers hurons, qui se défendaient en héros, les repoussèrent avec pertes ; mais enfin, écrasés par le nombre, ils tombèrent sous les débris des palissades. Les féroces vainqueurs pénétrèrent alors par toutes les brèches et firent un horrible carnage. Bientôt une colonne de fumée qui s'éleva des cabanes en flamme annonça la fatale nouvelle aux bourgades voisines.

« Les Pères de Brébeuf et Lallemand se trouvaient alors au village Saint-Louis. Malgré les pressantes sollicitations des Hurons, qui les suppliaient de prendre la fuite, ils aimèrent mieux se vouer à une mort certaine, plutôt que d'abandonner leur troupeau à l'heure du danger. Dans l'horreur de la mêlée, parmi les flèches et les balles, les couteaux et les tomahawks qui tournaient sur leurs têtes, les hurlements des vainqueurs et les lamentations des mourants, ils baptisent les catéchumènes et donnent l'absolution aux néophytes, les confirmant tous dans la foi. Chargés de liens avec les autres prisonniers, ils sont conduits sur les ruines fumantes du village Saint-Ignace pour y être torturés. On les accueille à leur arrivée par une grêle de coups de bâtons. Le Père de Brébeuf se jette à genoux au pied du poteau où il va être attaché, et comme autrefois l'apôtre saint André à la vue de la croix après laquelle il soupirait depuis si longtemps, il l'embrasse avec amour et respect.

« Puis, apercevant autour de lui une foule de chrétiens condamnés comme lui au supplice , il lève les yeux au ciel, et dans une fervente prière adressée à Dieu, il les exhorte à souffrir courageusement, en leur montrant les palmes qui les attendent là-haut.

« Echon 1, lui répondent les bons sauvages, notre esprit sera dans le ciel lorsque nos corps souffriront sur la terre. Prie Dieu pour nous, qu'il nous fasse miséricorde; nous l'invoquerons jusqu'à la mort. »

« Le caractère du Père de Brébeuf est…
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1 Nom que les sauvages donnaient au Père de Brébeuf.

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Message  Louis le Lun 18 Sep 2017, 13:56

Martyre des RR. PP. de Brébeuf et Gabriel Lallemand.

(suite)

« Le caractère du Père de Brébeuf est unique par sa grandeur dans l'histoire de l'héroïsme en Canada.

Nous avons assisté avec un frémissement mêlé d'horreur et d'inexprimable pitié au martyre du Père Jogues. Sa constance admirable dans les tourments, son héroïsme uni à une candeur et à une simplicité angéliques, nous arrachent des larmes. Parfois cependant un soupir, un gémissement, trahissent en lui les défaillances de la nature; c'est l'agneau résigné, mais suppliant, sous la griffe du tigre.

Le Père de Brébeuf, au contraire, c'est le lion dans toute sa force et sa majesté. Chez lui, l'âme est tout entière souveraine et maîtresse de son enveloppe mortelle ; l'humanité semble avoir perdu tous ses droits.

Tandis qu'on suspend à son cou un collier de haches rougies,

—  qu'on l'enveloppe d'une ceinture d'écorce enduite de gomme et de résine enflammées,
—  qu'en dérision du baptême on lui verse de l'eau bouillante sur la tête,
—  qu'on taille sur ses membres des lambeaux de chair qui sont grillés et dévorés devant lui,
—  qu'on lui perce les mains avec des fers rouges,
— qu'après lui avoir arraché la peau de la tête, on jette sur son crâne de la cendre chaude et des charbons embrasés,
—  que sa peau rôtie se fend en larges blessures rouges et sanglantes,
—  que le fer en feu siffle sur ses muscles agités de spasmes convulsifs et s'enfonce jusqu'aux os,
— que de tout son corps carbonisé s'échappe une vapeur comme d'une chaudière en ébullition,
—  pas un cri, pas un soupir ne s'exhale de sa poitrine.

Sa figure illuminée conserve l'expression d'une sérénité parfaite ; et les jets de flamme qui voltigent autour de sa tète semblent déjà le couronner du nimbe mystique des bienheureux. Son regard, attaché au ciel, plonge au delà des sphères visibles et paraît absorbé dans la contemplation d'une vision céleste ; il l'abaisse de temps en temps sur ses bourreaux avec tant de calme et de fermeté, qu'ils reculent d'effroi, comme devant un être surnaturel. D'une voix forte et assurée il leur annonce la vérité, et encourage les infortunés captifs qui partagent son supplice. Les Iroquois redoublent de fureur et de cruauté, afin de le faire taire. Quelques Hurons apostats joignent l'insulte à la férocité.

« Tu nous as dit, Echon, s'écrient-ils, que plus on souffrait dans cette vie, plus la récompense serait grande dans l'autre. Remercie-nous donc, puisque nous embellissons ta couronne. »

« Exaspérés de ne pouvoir lui arracher le moindre signe de faiblesse…

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Message  Louis le Mar 19 Sep 2017, 13:10

Martyre des RR. PP. de Brébeuf et Gabriel Lallemand.

(suite)

« Exaspérés de ne pouvoir lui arracher le moindre signe de faiblesse, ni l'empêcher de parler, ils lui fendent la mâchoire en deux d'un coup de hache, lui coupent les lèvres, le nez, une partie de la langue, et lui enfoncent un fer rouge dans la bouche. Dans cet affreux état, il parlait encore par signes pour consoler et fortifier les autres captifs et surtout le Père Lallemand, dont les soupirs lamentables, les plaintes déchirantes lui fendaient l'âme. Nature frêle et délicate, le Père Lallemand n'était qu'un faible enfant auprès du Père de Brébeuf, colosse doué  d'une organisation physique exceptionnelle.

C'était un spectacle navrant pour le vieux missionnaire de voir son jeune compagnon, qu'il aimait comme son enfant, se tordre dans d'intolérables douleurs. Au plus fort de ses tourments, il joignait les mains, levait les yeux au ciel et poussait de profonds soupirs vers Dieu, en invoquant son secours. Ses bourreaux le couvrirent d'écorces de sapin, et avant d'y mettre le feu le traînèrent devant le Père de Brébeuf; le jeune martyr se jeta à ses pieds, et se recommanda à ses prières en répétant les paroles de l'apôtre saint Paul : Nous avons été donnés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes.

« Ivres de carnage et de sang, les Iroquois inventèrent contre lui des raffinements de cruauté dignes de l'enfer. Ils lui arrachèrent les yeux et mirent à la place des charbons ardents. Son supplice fut prolongé pendant un jour et une nuit entière ; et ce ne fut que le lendemain de sa captivité, vers neuf heures du matin, que l'un d'eux, fatigué de le voir languir si longtemps, mit un terme à ses maux en lui fendant la tête d'un coup de hache. Le Père de Brébeuf avait cueilli sa couronne avant lui. Il rendit le dernier soupir après trois heures de tortures. Les barbares lui arrachèrent le cœur et le dévorèrent entre eux, croyant ainsi s'incorporer une partie de son courage 1.

« Nous ne craignons pas qu'on nous reproche…
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1 On conserve encore, chez les dames Hospitalières de Québec, le crâne du Père de Brébeuf, enchâssé dans le socle d'un buste d'argent, qui fut envoyé au Canada par la famille de l'illustre martyr, dans le but d'y renfermer cette précieuse relique.

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Message  Louis le Mer 20 Sep 2017, 13:36

Dispersion de la nation huronne.

« Nous ne craignons pas qu'on nous reproche de nous être arrêté trop longtemps devant cette douloureuse peinture. Le regard de l'historien ne se détache qu'à regret de ces scènes à la fois déchirantes et radieuses, surtout de cette majestueuse figure du Père de Brébeuf, qui rayonne d'une grandeur sans rivale, debout sur les cendres fumantes de la nation huronne. Il avait été le fondateur de cette petite Eglise, et il en fut le dernier apôtre ; après l'avoir tenue dans ses bras à son berceau, il l'ensevelit avec lui dans sa tombe. La mort du Père de Brébeuf, en effet, sembla creuser un abîme sous ses pas. Le vertige s'empara de la nation entière, saisie d'épouvante à la vue des cruautés inouïes des Iroquois. Elle se crut perdue. S'imaginant toujours voir derrière elle le fantôme implacable de son ennemi, elle se dispersa dans les bois, où la famine, la guerre, l'épidémie, s'acharnèrent à ses pas et décimèrent ses tristes débris.

« Ainsi fut anéantie cette petite chrétienté, enfantée avec tant de douleurs et de larmes, au moment même où elle croissait en grâce et donnait les plus belles espérances. Le Sauveur, au jour de sa visite, n'avait eu qu'une couronne d'épines à poser sur le front de sa nouvelle épouse. Mais la jeune néophyte s'était montrée digne de son bien-aimé ; agenouillée et soumise, elle l'avait reçue de ses mains en la baisant avec amour. Elle gravit courageusement tous les degrés de la souffrance,  cette autre  échelle de Jacob qu'avaient montée, les  premiers, ses glorieux missionnaires.

« Aussi, lorsqu'ils la déposèrent, toute meurtrie et sanglante, au pied du trône de Dieu, sa couronne d'épines avait fleuri sur son front et était devenue la couronne de roses des martyrs1. »

De telles pages sont trop glorieuses pour l'Église et trop édifiantes pour être passées sous silence. Puissent-elles contribuer à hâter le jour où l'Église reconnaissante fera briller l'auréole des saints sur le front des apôtres qui ont versé leur sang pour Jésus-Christ sur la terre du Canada !

Dans l'automne de cette même année 1649, le R. P. Garnier fut percé de balles et assommé par les Iroquois. Le lendemain de sa mort, le R. P. Chabanel  tomba, lui aussi, sous les coups d'un Huron apostat.

Déjà, plusieurs années auparavant, les Pères jésuites avaient perdu, dans les rudes labeurs de leur apostolat, les RR. PP. de Nouë et Ménard. Le premier était mort de froid en 1645, en allant des Trois-Rivières au fort Richelieu ; le second s'était égaré, ayant quitté l'Outaouais pour rejoindre une colonie de Hurons qui avaient fui jusqu'au Mississipi.

La vénérable Mère de l'Incarnation ressentait plus que tout autre le contre-coup de toutes ces épreuves…
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1 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère de l'Incarnation. Introduction.

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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Jeu 21 Sep 2017, 13:25

Dispersion de la nation huronne.

(suite)

La vénérable Mère de l'Incarnation ressentait plus que tout autre le contre-coup de toutes ces épreuves, à cause  des liens de reconnaissance qui l'unissaient aux révérends Pères jésuites. Mais quels n'étaient point aussi ses élans d'enthousiasme et d'admiration en présence de tant d'héroïsme et de sainteté!

« Je ne crois pas, écrivait-elle, que la terre porte des hommes plus dégagés de la créature que les Pères de cette mission. On n'y remarque aucun sentiment de la nature ; ils ne cherchent qu'à souffrir pour Jésus-Christ et à lui gagner des âmes. »

Voici particulièrement sur les RR. PP. de Brébeuf et Gabriel Lallemand, dont on se partageait pieusement et en secret les précieuses reliques, quelques détails que l'histoire est heureuse de recueillir :

« Le R. P. de Brébeuf, premier apôtre des Hurons, avait eu plusieurs visions touchant ce qui lui est arrivé à sa mort et à celle de ses compagnons, et de ce qui devait arriver à l'Église. On a trouvé tout cela dans ses écrits. Notre-Seigneur lui avait fait voir sa face toute défigurée, comme elle l'a été depuis au rapport de plus de cent témoins. Il avait encore vu ses mains impassibles dans la même vision ; et il est arrivé que son corps ayant été mutilé de toutes parts, ses os décharnés, sa chair mangée, lui encore vivant , il ne s'est pas trouvé la moindre fracture à ses mains, contre l'ordinaire de ces barbares, qui, voulant tourmenter un homme, commencent à couper les doigts et arracher les ongles, ce qu'ils font, disent-ils, pour caresser les patients; en sorte qu'on ne put le reconnaître qu'à ses précieuses mains. Notre-Seigneur lui ayant révélé son martyre trois jours avant qu'il arrivât, il alla tout joyeux trouver les autres Pères, qui, le voyant dans une gaieté extraordinaire, le firent saigner par un mouvement de Dieu; ensuite de quoi, le chirurgien fit sécher son sang par un pressentiment de ce qui devait arriver, et de crainte qu'on ne lui fit comme au R. P. Daniel, qui, huit mois auparavant, avait été tellement réduit en cendres, qu'on n'avait pu retrouver aucuns restes de son corps.

« Il y a bien d'autres merveilles que nous avons apprises de ceux qui en ont été les témoins occulaires. Depuis deux jours, quelques captifs, qui se sont sauvés des mains de l'ennemi, nous ont rapporté que ces barbares coupèrent de rage la bouche du R. P. de Brébeuf, parce qu'il ne cessait de prêcher et de prier Dieu, encore qu'ils l'eussent tout décharné et mangé ; et comme ils sont adroits à écorcher les hommes aussi bien que les bêtes, ils lui avaient laissé les veines et les artères entières sur les os, afin d'allonger ses tourments et qu'il ne mourût pas sitôt. C'est vraiment pour Dieu et en haine de la foi que ces hommes apostoliques ont souffert de si horribles tourments. Ce sont les effets du présent de l'esprit de Jésus-Christ. La relation vous les fera voir comme des miracles de patience. Pour moi, je ne suis qu'une poussière indigne d'une si sainte mort ; priez Dieu qu'il me fasse miséricorde 1. »

L'admiration et le dévouement de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation…
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1 Lettres historiques. Lettre XXXIX, 444, 445.

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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Ven 22 Sep 2017, 13:47

Les Hurons arrivent à Québec.  

L'admiration et le dévouement de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation pour la glorieuse Église des Hurons, si cruellement persécutée, trouva bientôt une occasion de se manifester d'une manière plus éclatante encore. Le 28 juillet 1650, on vit arriver à Québec, sous la conduite du Père Ragueneau, les quatre ou cinq cents Hurons, derniers restes de cette nation sauvage, qui avaient échappé au désastre de leurs tribus et de leurs familles. Nos vaillantes Ursulines ne furent point les dernières à les secourir. Elles voulurent, malgré leur dénuement presque complet, leur offrir une terre qu'elles possédaient dans l'île d'Orléans, sur le fleuve du Saint-Laurent, en aval de la ville, où ils se trouvèrent un peu plus à l'abri des incursions de leurs effroyables ennemis les Iroquois, qui venaient les pourchasser encore jusqu'aux environs de Québec.

Mais ce témoignage ne suffisait pas encore au cœur de notre Mère vénérée. Elle voulut étudier leur langue, afin de pouvoir se dévouer à leur service et à leur instruction.

« Que ce coup me fut terrible ! dit-elle dans une de ses lettres, en parlant de l'effroyable détresse où la persécution avait plongé cette chère Église des Hurons. C'était la chose la plus pitoyable qui fût encore arrivée dans cette nouvelle Église. Les révérends Pères qui étaient demeurés vifs avaient plus souffert que ceux qui étaient morts. A la vue de ces âmes consommées en vertu, dans lesquelles Jésus-Christ vivait plus qu'elles ne vivaient elles-mêmes, et dont la sainteté était si visible à tout le monde, chacun était ravi. Ils nous amenaient les faibles restes de leur troupeau, environ quatre ou cinq cents chrétiens, échappés à la fureur de leurs ennemis. Dans l'affliction que je ressentais en mon âme, la seule consolation qui me restait en voyant ces pauvres fugitifs était de me voir proche d'eux et de pouvoir instruire leurs enfants. Dans ce but Notre-Seigneur m'inspira d'étudier leur langue, que je n'avais pas encore apprise; car, à notre arrivée dans ce pays, je laissai ce soin à la Mère de Saint-Joseph pour m'appliquer à l'étude de l'algonquin et du montagnais, dont nous avions plus besoin alors. Les citoyens firent leur possible pour assister ces malheureux exilés; mais les maisons religieuses, Mme de la Peltrie et surtout les Pères jésuites y contribuèrent pour la plus grande partie. Comme j'étais dépositaire, c'était moi qui distribuais la nourriture et les vêtements à ceux dont nous étions chargés, ce qui était pour moi un sujet d'intarissables consolations 1. »

« La Mère de l'Incarnation se mit à l'étude de la langue huronne avec toute l'ardeur de la jeunesse. « Vous rirez peut-être, écrivait-elle à son fils, de ce qu'à l'âge de cinquante ans je commence à étudier une nouvelle langue ; mais il faut tout entreprendre pour le service de Dieu et le salut du prochain. »

Elle eut pour premier précepteur le Père Bressani, naguère captif chez les Iroquois et délivré miraculeusement après avoir été torturé par le fer et le feu. Le saint martyr venait chaque jour s'asseoir près de la grille du monastère, et lui enseignait, avec une patience admirable, les rudiments de l'idiome barbare, lui en traçant les règles de ses doigts mutilés et encore sanglants. Quel spectacle: d'un côté, un martyr ; de l'autre un archange ! Étonnante sublimité de notre histoire ! à chaque page, on rencontre un miracle d'héroïsme ou de sainteté 1.

« Cependant la douloureuse sympathie…
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1 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère de l'Incarnation. p. 367 et suiv. — 1 Id. Ibid., p. 367, 368.

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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis Hier à 14:05

Dangers incessants de la colonie française.

« Cependant la douloureuse sympathie qu'avaient réveillée la destruction de la nation huronne et la vue de sa sanglante épave était mêlée d'un profond sentiment d'inquiétude. Jamais l'avenir de la colonie n'avait paru enveloppé de nuages si sombres. La population européenne, à la veille d'être assaillie de tous côtés, ne dépassait guère mille âmes. Québec, fondé depuis quarante-deux ans, renfermait tout au plus une trentaine de maisons, dispersées sur le sommet et autour du promontoire que protégeaient les canons du fort Saint-Louis. La résidence du gouverneur 2, l'église paroissiale, la demeure des Jésuites, le monastère des Ursulines, celui des Hospitalières, dans la haute ville ; le magasin de la compagnie des Cent-Associés, dans la basse ville, tels étaient les seuls édifices d'importance à Québec.

Quelques groupes de maisons s'élevaient ça et là dans le voisinage, le long de la côte de Beaupré, à l'île d'Orléans, à Sillery. Autour des forts de Montréal et de Trois-Rivières, on commençait de rares défrichements. Le reste du pays n'était qu'une immense forêt hantée par les farouches Iroquois.

« Depuis qu'ils avaient jeté aux quatre vents les membres de la nation huronne, l'audace de ces barbares n'avait plus connu de bornes. Alléchés par l'odeur du sang, ils avaient suivi leur proie, espérant envelopper dans la même extermination toute la race européenne. Ils apparaissaient partout à la fois, à Montréal, aux Trois-Rivières, à Québec, à l'île d'Orléans, à Tadoussac, rôdant par petites bandes, interceptant les convois de marchandises et de fourrures sur les rivières, brûlant, massacrant tout sur leur passage 1.

Favorisés par la nature du sol, dont les forêts leur offraient un asile inattaquable, ils se glissaient sans être vus, aux approches des habitations ; là, tapis derrière un arbre, dans un pli du terrain ou parmi les joncs du rivage, ils épiaient tout le jour, avec cette patience caractéristique du sauvage, le passage de quelque blanc. La nuit venue, ils rampaient comme des serpents autour des maisons, cherchant à surprendre quelque famille éparse et sans défense. Malheur au colon attardé le soir sur la lisière du bois, ou courbé sans défiance sur son champ, ou bien côtoyant de trop près dans son canot le rivage du grand fleuve ! une balle inconnue l'atteignait tout à coup, et avant que le malheureux blessé eût eu le temps de se reconnaître, le féroce Iroquois, poussant son terrible cri de guerre, s'élançait sur lui et lui enlevait la chevelure.

« Afin de se défendre contre ces nuées d'ennemis, le nouveau gouverneur…
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2 C'était alors M. d'Ailleboust.1 M. l'abbé Ferland, Notes sur les registres de Québec.

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