Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Ven 24 Nov 2017, 7:04 am

Menaces terribles dans le ciel pendant sept mois.

« Dieu se laissa fléchir par les tendres gémissements de la Mère de l'Incarnation et des âmes pieuses de la colonie ; mais il se chargea lui-même de rétablir l'ordre gravement compromis, et de venger ses lois foulées aux pieds, son Église méprisée. Comme autrefois du haut du Sinaï, il fit entendre sa voix formidable au milieu des tonnerres et des éclairs.

« Pendant sept mois consécutifs, les phénomènes les plus étranges, des perturbations effrayantes dans les airs et sur la terre, des météores inconnus, des globes de feu, des tremblements de terre épouvantables, se succédèrent sans interruption. La main de Dieu se montra si ostensiblement, qu'il fut impossible de la méconnaître.  

« Quand Dieu parle, écrivait le Père Lallemand, il se fait bien entendre, surtout quand il  parle par la voix des tonnerres  et des tremblements  de terre, qui n'ont pas moins ébranlé les cœurs endurcis que nos plus grands rochers, et ont fait de plus grands bouleversements dans les consciences que dans nos forêts et sur nos montagnes.   »

« Au couvent des Hospitalières vivait une religieuse…

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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Sam 25 Nov 2017, 7:21 am

Visions prophétiques.

« Au couvent des Hospitalières vivait une religieuse 1 qui jouissait d'une haute réputation de sainteté. Dans la soirée du lundi gras de l'année 1663 (5 février), étant en prière à l'heure où la société frivole se livrait aux divertissements du carnaval, et où l'on faisait dans toutes les églises des prières publiques pour expier ces désordres, elle eut une vision où lui furent prédits les fléaux dont Dieu menaçait la colonie.

« Elle vit quatre démons furieux, aux quatre côtés des terres voisines de Québec, qui les secouaient si rudement, qu'ils se proposaient de renverser toute la colonie. En même temps elle aperçut un jeune homme d'un air majestueux, qui montra l'autorité qu'il avait sur ces spectres, en ce qu'il les arrêta un peu de temps ; puis il leur lâcha la bride, et elle entendit les démons qui disaient que ce qui allait arriver convertirait tous les pécheurs 1.

« Elle était encore en prière, lorsque…
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1 La Mère Catherine de Saint-Augustin.1 Histoire de l'hôtel-Dieu de Québec.

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Message  Louis le Dim 26 Nov 2017, 6:28 am

Effroyables tremblements de terre.

« Elle était encore en prière, lorsque vers cinq heures et demi du soir, par un temps calme et serein, on entendit tout à coup dans le lointain un bruit sourd et semblable au roulement de plusieurs carrosses, lancés à toute vitesse sur un pavé de pierre. Au même instant un choc violent se fit sentir, accompagné de mille bruits confus, imitant tout a la fois le pétillement du feu dans les greniers, le bruissement d'une grêle de pierres tombant sur les toits, le roulement du tonnerre, ou le mugissement des vagues en fureur se brisant contre le rivage. La terre bondissait sous les pieds, s'affaissait, se soulevait, ondulait comme les flots de la mer, et se crevassait en mille endroits ; les arbres étaient agités comme dans la tempête, les uns se tordant, s'entrechoquant, les autres s'arrachant et jonchant le sol de débris. Les rochers se fendaient et s'écroulaient; des quartiers de pierre se détachaient du flanc des montagnes et roulaient au fond des vallées, déracinant et entraînant dans leur chute des troncs d'arbres et des monceaux de gazon. Les édifices ébranlés chancelaient tantôt d'un côté, tantôt d'un autre. Les clochers des églises se balançaient comme les arbres dans les grands vents ; les cloches sonnaient d'elles-mêmes. Les toits des maisons s'élevaient et se courbaient en ondulations ; les murs se lézardaient ; les planchers, les cloisons craquaient, se disloquaient ; les portes s'ouvraient et se refermaient avec violence. Les animaux domestiques, saisis de frayeur, s'élançaient hors des maisons en poussant des cris et des hurlements.

« L'agitation n'était pas moins grande sur l'eau que sur la terre ; les glaces énormes du fleuve, épaisses de cinq ou six pieds, s'ouvraient avec un formidable fracas, se soulevaient, s'entre-choquaient comme dans une violente débâcle, et retombaient brisées en mille fragments. Des interstices jaillissaient des nuages de fumée ou des jets de boue et de sable. Les poissons eux-mêmes, saisis de vertige au milieu de cette épouvantable confusion des éléments, s'élançaient hors de l'eau ; et l'on entendit même les sourds ronflements des marsouins, nageant par troupeaux dans les eaux du lac Saint-Pierre, où jamais on n'en n'avait vu auparavant.

« Aux premiers signes de ce cataclysme…

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Message  Louis le Lun 27 Nov 2017, 7:01 am

Leurs effets.

« Aux premiers signes de ce cataclysme, les uns crurent à un vaste incendie, les autres à une attaque subite des Iroquois. Tout le monde se précipita en dehors des maisons, criant au feu ou courant aux armes, et se frayant un passage à travers les meubles renversés,    les cheminées écroulées et l'épaisse fumée qui volait de toutes parts.

« Cependant les secousses du tremblement de terre devenant de plus en plus violentes, on se crut transporté à la fin du monde. Les femmes tombaient en défaillance, les hommes se prosternaient la face contre terre en se frappant la poitrine, ou élevaient les mains vers le ciel en implorant la miséricorde de Dieu, croyant à chaque instant que la terre allait s'entrouvrir sous leurs pieds et les engloutir. Un grand nombre coururent vers les églises, afin de se préparer à paraître au jugement de Dieu.

« Cette première secousse dura près d'une demi-heure. Cependant les oscillations continuèrent longtemps encore à se faire sentir, mais avec moins de violence et d'une manière irrégulière, tantôt par des chocs rudes et saccadés, tantôt par un balancement analogue à celui d'un vaisseau bercé au roulis des vagues.

« La consternation…

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Message  Louis le Mar 28 Nov 2017, 7:52 am

Terreur universelle.

« La consternation fut universelle parmi les Français comme parmi les sauvages ; mais ce fut surtout un coup de foudre pour ceux qui se livraient, en ce moment même, aux divertissements du carnaval. Pendant toute la nuit, les églises furent encombrées de fidèles qui entouraient les tribunaux sacrés. D'étonnantes conversions s'opérèrent ; un missionnaire assura plus tard à la Mère de l'Incarnation qu'à lui seul il avait entendu plus de huit cents confessions générales.

« Vers huit heures du soir, une seconde secousse eut lieu ; les Ursulines étaient alors au chœur, rangées debout dans leurs stalles et psalmodiant l'office des matines. Le choc fut si fort et si subit, qu'elles se trouvèrent toutes instantanément prosternées à genoux.

« Les Ursulines passèrent le carême dans des pratiques de mortification extraordinaire. Outre les jeûnes et les macérations qu'elles s'infligèrent, elles couchèrent toutes vêtues sur des paillasses étendues dans la salle de communauté et à chaque secousse elles se jetaient à genoux et récitaient le psaume Miserere 1.

« C'est ainsi que ces victimes angéliques conjuraient par leurs veilles pénitentes le courroux du Ciel, et lavaient de leurs larmes le sang des crimes qui criait vengeance.

« Pendant sept mois entiers, la nature fut dans ces étranges convulsions. Dans toute l'étendue du pays, la surface du sol fut plus ou moins bouleversée. Des montagnes avaient disparu, d'autres s'étaient élevées tout à coup ; des forêts entières avaient été abattues et englouties dans des lacs ouverts en un jour; des vallées étaient comblées par d'immenses éboulis. On vit surgir une île nouvelle des eaux du Saint-Laurent, jaillir des fontaines inconnues, de profondes crevasses sillonner la terre et servir de lit à des torrents impétueux, se creuser de larges cratères dont la gueule béante  laissait échapper des vapeurs sulfureuses. Le cours de plusieurs rivières fut détourné ; quelques-unes obstruées inondèrent leurs rives et entraînèrent avec elles, jusqu'au fleuve, une si grande quantité de sable et de limon, que pendant plusieurs jours ses eaux demeurèrent toutes jaunes 1.

« Durant cette longue période, la population…
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1 Histoire des Ursulines de  Québec. 1 Tous ces détails sont tirés des lettres de la Mère de l'Incarnation et des Relations des Jésuites.

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Message  Louis le Mer 29 Nov 2017, 7:11 am

Renouvellement religieux et moral du pays.


« Durant cette longue période, la population vécut dans le tremblement et l'attente continuelle de l'heure suprême de l'univers. L'ange du Seigneur ne cessait de promener sa verge de fer sur cette contrée, qui semblait frappée d'anathème.

« Lorsque la journée était finie, raconte la Mère de l'Incarnation, on se mettait dans la disposition d'être englouti durant la nuit; et, le jour venu, on attendait continuellement la mort ; en un mot, tout le monde séchait dans l'attente de quelque malheur universel. »

« Une seule âme conservait sa parfaite tranquillité au milieu de la désolation générale : c'était la Mère de l'Incarnation.

« Tandis que les uns tremblent, dit son biographe, que les autres pâlissent, et que tous sont dans une consternation aussi accablante que celle qui surprendra le monde à la fin des siècles, elle seule demeure ferme et assurée; avec un abandon et une présence d'esprit capables de donner de l'admiration aux anges mêmes, elle s'offre à Dieu pour être la seule victime de tout le pays et pour expier, par sa mort, les crimes qui avaient irrité la justice de Dieu.

« Enfin le Ciel se laissa désarmer ; avec le calme de la vertu dans les cœurs, reparurent les jours sereins. La nation, régénérée par la pénitence, sortit de ce bain salutaire toute ruisselante des eaux de la grâce et prête à s'asseoir au banquet d'une vie nouvelle, comme jadis, au jour de la primitive Église, ces vierges nouvellement converties à la foi, qui remontaient les degrés des fontaines sacrées, toutes resplendissantes de la robe d'innocence, et allaient prendre place parmi les convives du saint lieu.

« De ce jour en effet date une ère de bénédiction et de prospérité inouïe jusqu'alors. La colonie vient de traverser l'âge critique de l'enfance ; elle quitte ses langes et entre en pleine adolescence. Les temps héroïques sont finis, et le règne de l'histoire commence 1.  »
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1 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère Marie de l’Incarnation, IIIe ép. Ch. XI.
A suivre : Chapitre XIII. DERNIÈRES ANNÉES D’APOSTOLAT.

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Message  Louis le Jeu 30 Nov 2017, 6:41 am

CHAPITRE XIII

DERNIÈRES ANNÉES D'APOSTOLAT

Dum tempus habemus , operemur.
Travaillons tandis qu'il en est temps encore.  
(Gal. VI, 10.)
   
Translation des restes de la Mère Marie de Saint-Joseph.

Les terribles catastrophes que nous venons de raconter ne sauraient nous faire oublier la fervente famille religieuse des Ursulines et sa Mère vénérée. Au printemps de l'année 1662, dix ans après la mort de l'angélique Mère de Saint-Joseph, une cérémonie touchante avait ravivé dans le  cœur de ses compagnes son précieux et cher souvenir. Son corps avait été placé provisoirement, on s'en souvient, dans le jardin du monastère. Mais, quand le caveau de la nouvelle église fut terminé, la Mère de l'Incarnation et ses chères filles n'eurent rien tant à cœur que de l'y transporter au plus tôt.

Dans une lettre que nous avons déjà rapportée, notre vénérée Mère nous a raconté les admirables phénomènes que toute la communauté fut appelée à constater au moment de l'ouverture du cercueil. Ce fut d'abord un suave parfum d'iris qui se répandit au dehors. On vit en même temps toute la substance charnue du corps réduite en une masse blanche au-dessous des ossements, et plusieurs des vêtements de la défunte et particulièrement les quatre nœuds de sa ceinture, demeurés intacts sans le moindre signe de corruption.

« Le R. P. J. Lallemand, directeur de la Mère Marie de Saint-Joseph, qui présidait la cérémonie, raconte notre Mère, nous fit une exhortation touchante. Ayant pris pour texte ces paroles de saint Paul aux Romains : Saluez Marie, qui a beaucoup travaillé parmi nous, il rapporta les vertus de cette bienheureuse servante de Dieu, donna une explication morale de cette substance blanche, de cette odeur si douce, des quatre nœuds de sa ceinture 1 restés sans corruption, et il ne fit point difficulté de l'appeler sainte, disant qu'il la croyait au ciel dans un très haut degré de gloire. Il fit aussi remarquer que dans la vie du R. P. L. du Pont il se trouvait quelque chose de semblable, et que les médecins ayant été appelés pour examiner ce qui paraissait être extraordinaire à l'ouverture du cercueil, ils attestèrent que de pareils faits ne pouvaient être attribués à des causes naturelles; et il ajouta que l'on devait rendre le même témoignage aux restes mortels de la vénérée Mère Marie de Saint-Joseph. »

Quelle douce consolation n'éprouvèrent pas nos ferventes Ursulines en cette circonstance ! Ce retour vers le passé, ces parfums exhalés de la tombe, ces éloges si mérités, tout cela n'était-il pas pour elles la plus douce des consolations et un ineffable sujet d'espérance !

L'année suivante…
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1 La ceinture dont il est ici parlé est celle que l'on porte dans les maisons d'Ursulines fondées par la congrégation de Bordeaux; cette ceinture fut portée par nos Mères jusqu'en l'année 1681, où l'on adopta les constitutions et règlements de Paris.

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Message  Louis le Ven 01 Déc 2017, 6:39 am

Mgr de Montmorency-Laval fonde la société sacerdotale de la Sainte-Famille.

L'année suivante, Mgr de Laval, ayant fait un voyage en France, en était revenu, au bout de quelque temps, accompagné de plusieurs prêtres d'un mérite fort distingué qui formèrent une petite société sous l'autorité du pieux et saint prélat. On raconte qu'il aimait à l'appeler la sainte famille des missions étrangères, car son plus vif désir était qu'elle fût à l'image de la sainte Famille de Nazareth 1.

Une toute petite maison située près de l'église paroissiale fut l'humble berceau de cette œuvre, qui ne devait pas tarder à devenir une belle et puissante institution que Dieu, dans sa sagesse, a destinée a exercer une influence aussi puissante que salutaire sur l'avenir du Canada, et qui a pris les proportions majestueuses que tout le monde lui connaît aujourd'hui, car elle est à la fois séminaire, collège et université.

Il est intéressant pour la piété catholique de suivre les commencements de ce précieux établissement. Les habitants de Québec avaient amassé six mille livres pour la construction d'un presbytère et avaient remis cette somme à Mgr de Laval. Le 30 décembre 1663, le pieux évêque réunit les paroissiens et leur offrit de loger lui-même le curé à perpétuité, à condition qu'ils lui abandonnent cette somme avec la jouissance d'un terrain qui leur appartenait. Ils accédèrent de grand cœur à cette demande, et Mgr de Laval céda bientôt à son tour ce terrain aux directeurs du séminaire, qui en devinrent ainsi les propriétaires jusqu'en 1703.

Le saint prélat, pour assurer la stabilité de son œuvre, adressa en 1664 aux prêtres des Missions étrangères à Paris, qui venaient d'organiser complètement leur séminaire, une invitation à venir y habiter. « Vous y trouverez, leur disait-il, un logement préparé et un fonds suffisant pour commencer un petit établissement qui ira toujours en augmentant, comme je l'espère. »

Un livre intitulé : Histoire manuscrite du séminaire du Québec qui n'a pas encore été publié, a conservé à la postérité de précieux détails sur les commencements de cette œuvre, qu'on ne lira pas sans édification et sans intérêt. Mgr de Laval, dans le dessein qu'il avait toujours eu de perpétuer la concorde et l'unité dans tout son clergé, engagea les Jésuites à signer un acte d'union spirituelle avec le séminaire. Le R. P. F. le Mercier, leur supérieur, le signa le 21 décembre 1665, au nom de la Compagnie, et MM. de Bernières et des Maizerets pour le séminaire. On promettait de vivre toujours en frères, de se donner mutuellement l'hospitalité, de dire une messe par année pour chaque associé défunt. On fit une association semblable avec le séminaire de Montréal, au mois de février 1688. Les religieuses elles-mêmes entrèrent dans cette association, en s'engageant à faire des prières et des communions.

Mais il convenait surtout que le clergé séculier…
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1Ces détails et tous ceux qui suivent sont empruntés au précieux ouvrage : les Ursulines de Québec jusqu'à nos jours.

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Message  Louis le Sam 02 Déc 2017, 6:57 am

L'évêque et le clergé de la colonie.

Mais il convenait surtout que le clergé séculier, auquel l'évêque était personnellement uni, donnât l'exemple de la concorde et fût, pour ainsi dire, le lien de cette union générale. Et c'est à quoi il s'appliquait avec le plus grand zèle. Aussi rien ne représentait mieux la primitive Église que les commencements de l'Église du Canada. Tous les prêtres qui en faisaient partie n'étaient tous qu'un cœur et qu'une âme, sous la conduite de Mgr de Laval, et ne formaient entre eux qu'une seule famille, dont l'évêque était le père. Biens de patrimoine, bénéfices simples, pensions, présents et honoraires, ils avaient mis tout en commun.

Mgr de Laval, donnant le premier l'exemple, ne faisait rien de considérable que de concert avec tout son clergé, avec lequel il partageait tous ses revenus. De la sorte, il n'y avait parmi ces prêtres fervents ni riches ni pauvres ; ils étaient tous vraiment frères. C'est à cette étroite union que la religion fut redevable des rapides progrès qu'elle fit en Canada; car ce que la piété avait inspiré devint dans la suite nécessaire, pour engager les prêtres à venir de France en ce lointain pays dépourvu de ressources, mais où cette pieuse association les mettait d'avance à l'abri de tout chagrin et de toute inquiétude. Ce fut ainsi que le clergé canadien vécut pendant de longues années.

Heureux temps où l'on voyait revivre les exemples de charité de la primitive Église, et où on pouvait dire en toute vérité de l'évêque, des prêtres, des religieux, des fidèles, qu'ils ne faisaient entre eux qu'un cœur et qu'une âme 1 !

Cette union de cœur se remarquait aussi chez nos chères Ursulines. Elles aussi voyaient   augmenter leur nombre, sans que leur communauté perdit rien de l'esprit de charité fraternelle qui l'animait dès le début. Aussi la joie régnait-elle parmi elles, et c'était merveille de voir la sérénité de leur visage et la paix intérieure de leur maison.

Mme d'Ailleboust de Coulange…
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1 Le clergé de France ne saurait manquer d'unir ses vœux à ceux du clergé canadien en faveur de la prochaine introduction de la cause de béatification du glorieux évêque, dont nous venons de faire connaître en peu de mots, d'après les témoignages de la Mère de l'Incarnation, le noble caractère et les admirables vertus épiscopales. Ce portrait trop rapide fixera néanmoins, nous n'en doutons pas, les regards de tous ceux qui liront ces pages. Ils trouveront dans les traits caractéristiques de cette grande figure le type achevé du véritable évêque français. Puisse la Providence en donner beaucoup à notre chère patrie formés sur ce modèle ! Ce sont de tels pasteurs qui ont jadis fait la France, selon la célèbre parole de Gibbon. Seuls, de tels évêques pourraient encore la sauver.

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Message  Louis le Dim 03 Déc 2017, 6:18 am

L'évêque et le clergé de la colonie.

SUITE

Mme d'Ailleboust de Coulange 1, épouse de M. le gouverneur de la colonie, avait eu autrefois le vif désir de venir partager leur bonheur à la suite de sa sœur, devenue Mère Saint-Dominique. Cédant à ses pieuses instances, M. d'Ailleboust avait fini par y consentir même de son vivant. Mais, pour des motifs que nous ignorons, cet essai n'avait pas réussi. Après la mort de M. d'Ailleboust, qui eut lieu en 1660, lorsqu'il était gouverneur de Montréal, sa veuve crut  pouvoir reprendre plus facilement ses pieux desseins. Malheureusement ce nouvel essai ne réussit pas mieux que le premier. Entrée au couvent en 1663, elle fut obligée d'en sortir quelques mois après.

Pour la remplacer dans la famille religieuse de Sainte-Ursule, Dieu jeta les yeux sur une toute jeune enfant qui était entrée un an auparavant au pensionnat des Ursulines. C'était la fille d'un des principaux personnages de la colonie, appelé Jean Poisson, seigneur de Gentilly. On raconte qu'en quittant les terres de Gentilly, cette enfant de bénédiction fît à ces beaux lieux des adieux touchants, assurant à ses amis qu'on ne reverrait plus « ce petit oiseau » dans leurs bocages. La suite prouva que ces paroles n'étaient pas de l'enfantillage; car quelque instance que fit sa mère pour la retenir au moins un certain temps dans la famille, elle entra au noviciat n'ayant pas encore quinze ans. Elle prit l'habit sous le nom de sœur Saint-Jean l’Évangéliste, et fit ses vœux le 1er août 1668, entre les mains de M. de Bernières, grand vicaire de Mgr de Laval et curé de Québec.

M. l'abbé de Bernières, dont il est ici question, était le neveu du vénéré M. de Bernières, dont on n'a pas oublié le dévouement et les services auprès de Mme de la Peltrie et de la Mère Marie de l'Incarnation, au moment de leur départ de France. Ce saint homme venait de mourir dans le courant de l'année 1659, après avoir employé toute sa vie en bonnes œuvres, au service de Dieu et des pauvres.  

Son neveu, l'abbé de Bernières, qui était tout jeune encore, était venu de France à Québec avec Mgr de Laval, et avait été ordonné prêtre par lui en 1660, puis nommé curé de la ville en octobre suivant.

L'arrivée du premier évêque au Canada avait été l'heureux présage d'une nouvelle organisation…
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1Mme d'Ailleboust reprit au milieu du monde sa vie de bonnes œuvres et d'édification. Elle eut, avec Mgr de Laval et le R. P. Chaumonot, une large part à l'établissement de la société ou confrérie de la Sainte-Famille.

Plus tard, lorsque des fièvres contagieuses se déclarèrent parmi les troupes qui avaient accompagné le marquis de Tracy, on vit Mme d'Ailleboust s'offrir avec d'autres dames pieuses de Québec pour venir en aide aux religieuses de l'Hôtel-Dieu.

Son mérite brilla à tel point, que M. de Courcelles, gouverneur, et M. Talon, intendant, lui offrirent tous deux leur main, et il ne tint qu'à elle d'être une seconde fois dame du château Saint-Louis. Mais cette femme généreuse sut rester fidèle à sa résolution, et, pour ne plus entendre parler d'alliance humaine, elle rompit tout à fait avec le monde et se retira à l'Hôtel-Dieu, où elle avait loué des appartements.

C'est là qu'elle mourut le 7 juin 1685, comblée de mérites et aspirant à la possession de son Dieu. Elle était âgée de soixante-sept ans. Sa pieuse sœur, la Mère Saint-Dominique, l'avait devancée au ciel de plusieurs années, ainsi qu'une autre de ses sœurs, bénédictine en France. (Les Ursulines de Québec, liv. II, ch. Ier.)


Dernière édition par Louis le Lun 04 Déc 2017, 10:25 am, édité 1 fois (Raison : Orthographe.)

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Message  Louis le Lun 04 Déc 2017, 6:01 am

Nouvelle organisation civile. — M. de Tracy, vice-roi.

L'arrivée du premier évêque au Canada avait été l'heureux présage d'une nouvelle organisation non seulement religieuse, mais encore temporelle et civile, de la colonie. Le vieux rocher de Québec sembla tressaillir de joie en voyant, le 30 juin 1665, débarquer sur les rivages du nouveau monde M. de Tracy avec le titre de vice-roi de la Nouvelle-France et lieutenant général du roi dans l'Amérique septentrionale. Il était accompagné du chevalier de Chaumont, son premier conseiller et son secrétaire intime.

Louis XIV, si heureux dans la nomination de ceux qu'il chargeait de soutenir sa gloire et ses intérêts, ne pouvait mieux choisir son représentant, car tout en celui-ci commandait le respect, l'amour et la confiance des populations soumises à son gouvernement.

« Ce haut et puissant seigneur avait déjà fait rentrer sous l'obéissance les habitants de Cayenne, qui s'étaient ligués avec les Hollandais contre le roi de France ; il venait maintenant au Canada pour assurer la prospérité du pays, en portant le désastre dans les cantons iroquois 1.   »

Ce gracieux représentant de Sa Majesté très chrétienne…
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1 Les Ursulines de Québec, liv. Il, ch. II

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Message  Louis le Mar 05 Déc 2017, 7:14 am

Son arrivée.

Ce gracieux représentant de Sa Majesté très chrétienne ne permit pas qu'on lui fît une réception dispendieuse et bruyante ; mais, dès ses premiers pas sur le sol canadien, il vit qu'il avait affaire à un peuple honnête et loyal, et il souriait comme un père à ses chaleureux transports. Ce fut vers le lieu saint qu'il dirigea tout d'abord sa marche, suivi du cortège le plus magnifique que l'on eût encore vu à Québec. En avant marchaient vingt-quatre gardes et six pages d'honneur en costume de cour. Venait ensuite le vice-roi entouré d'officiers dont le brillant uniforme étincelait d'or et d'argent. En arrière étaient six laquais portant livrée ; des militaires fermaient la marche, suivis du peuple, dont les cris d'allégresse ajoutaient encore au concert des cloches et des canons. Mgr de Laval, qui attendait le vice-roi à la porte de l'église, lui présenta l'eau bénite et la croix, et le conduisit lui-même au siège d'honneur qu'on lui avait préparé. Mais ce gentilhomme vraiment chrétien se tint à genoux sur le pavé, comme le dernier mousse de l'équipage, pendant que le sanctuaire retentissait de l'hymne d'actions de grâces.

M. de Tracy fut enchanté de l'aspect du pays. Il aimait le peuple comme un père aime ses enfants, c'est-à-dire avec un constant désir de le rendre heureux, et il s'y dévoua de tous ses efforts. Il aimait aussi les pauvres sauvages ; il écoutait avec bonté leurs harangues improvisées 1 , et recevait même volontiers leurs petits présents.

La joie fut grande dans la colonie à l'arrivée des derniers vaisseaux (septembre 1665), qui portaient le colonel de Salières et son état-major, le nouveau gouverneur, M. de Courcelles, l'intendant, M. Talon, ainsi que le reste du régiment de Carignan. Ils entrèrent au port aux acclamations du peuple réuni sur le rivage pour les recevoir.

Québec, qui venait d'être honoré du nom de ville, présentait alors un aspect des plus pittoresques. Les édifices religieux, en assez grand nombre et de belles dimensions; le château Saint-Louis, assis comme par enchantement au-dessus du port; les soixante-dix maisons « pierrotées » des Français, groupées de distance en distance sur le haut du vieux rocher, tout était de nature à prévenir favorablement l'étranger. Ajoutons à cela les arbres séculaires qui ombrageaient en tout lieu les habitations des Français, et le « wigwam » solitaire qui, perché çà et là, mêlait ses grâces sauvages à la variété du tableau, et nos lecteurs auront une idée assez juste du lieu choisi pour être la résidence du vice-roi français, et du nombreux cortège d'hommes distingués qui l'accompagnaient au Canada.

L'élément joyeux dans lequel vivait alors, comme aujourd'hui du reste, cette population franco-canadienne, reçut une vitalité toute nouvelle par l'arrivée de ce fameux régiment de Carignan, dont l'histoire et les vieilles traditions du pays ont tant de fois raconté les beaux faits d'armes.

Ces quatre-vingts officiers en brillant uniforme jetaient un grand éclat dans toute la colonie. Mais on ne leur laissa pas le loisir de chevaucher longtemps 1 avec élégance dans les vertes avenues de Sainte-Foye ou de la Grande-Allée ; il fallut bientôt en venir à la réalité de leur mission.

Trois semaines après l'arrivée des premiers vaisseaux, la Mère de l'Incarnation écrivait : …
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1 Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur donnant ici quelques extraits de la première adresse qui fut présentée à M. de Tracy par les Hurons. Le premier orateur huron parla ainsi :

« Grand Ononthio, tu vois à tes pieds les débris d'une grande terre. Ce ne sont maintenant que des cadavres qui te parlent, à qui l'Iroquois n'a laissé que des os, en ayant dévoré la chair après l'avoir grillée sur les échafauds. Il ne nous restait qu'un petit filet de vie, quand avec bien de la peine, ayant levé les yeux, nous avons aperçu sur la rivière les navires qui te portaient, et avec toi tant de soldats qui nous sont envoyés par ton grand Ononthio et le nôtre... Mais après tout, quoique je t'entende, que je te voie de mes yeux et que j'embrasse tes pieds, la joie que tu apportes est si inopinée, que j'aurais peur d'être déçu par un beau songe, si je ne me sentais déjà tout fortifié par la seule présence. Sois le bienvenu, ô généreux Ononthio, et reçois ce petit présent du cru de notre terre, pour marque de la joie que nous cause ton heureuse arrivée. »

En prononçant ces dernières paroles, l'orateur avait déposé aux pieds du vice-roi une peau d'orignal, que celui-ci reçut avec grâce et une dignité qui charmèrent ces bons sauvages.1 Avec le régiment de Carignan parurent pour la première fois des chevaux au Canada.

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Message  Louis le Mer 06 Déc 2017, 5:20 am

Sa dévotion.

Trois semaines après l'arrivée des premiers vaisseaux, la Mère de l'Incarnation écrivait :

« Les compagnies sont déjà parties avec cent Français de ce pays et un grand nombre de sauvages pour prendre le devant et s'emparer de la rivière des Iroquois, et pour y faire des forts et les garnir de munitions. L'on fait cependant ici un grand appareil de petits et de grands bateaux plats, pour passer les bouillons de l'eau qui se rencontrent dans les sauts.

« M. de Tracy a déjà fait de très beaux règlements: je crois qu'il est choisi de Dieu pour l'établissement solide de ces contrées, pour la liberté de l'Église et pour l'ordre de la justice. C'est un homme d'une haute piété ; toute sa maison, ses officiers, ses soldats, imitent son exemple. Cela nous ravit, et nous donne beaucoup de joie. Ce qui les anime tous, c'est qu'ils vont à une guerre sainte et qu'ils vont combattre pour la foi. M. de Tracy, quoique âgé de soixante-deux ans, y veut aller en personne, afin que rien ne manque pour assurer cette expédition 1. »

« Quant au reste de l'armée, écrivait-elle encore en septembre de cette même année, elle est en bonne disposition de signaler sa foi et son courage, et l'on tâche de leur inspirer de véritables sentiments de piété et de dévotion. C'est en cela que les Pères font merveille. Il y a bien cinq cents soldats qui ont pris le scapulaire de la sainte Vierge. C'est nous qui les faisons, à quoi nous travaillons avec bien du plaisir. Ils disent tous les jours le chapelet de la Sainte-Famille avec tant de foi et de dévotion, que Dieu a fait voir par un beau miracle 2 que leur ferveur lui est agréable ; ce miracle a beaucoup augmenté la dévotion dans l'armée.  »

Nous ne dirons rien de la difficile et glorieuse expédition du marquis de Tracy…
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1 Lettres historiques. Lettre LXX, p. 600.2 « Un lieutenant du régiment de Carignan, ne s'étant pu trouver à l'assemblée pour réciter le chapelet de la Sainte-Famille , s'était retiré dans un buisson pour le dire en son particulier. La sentinelle, ne le distinguant pas bien, crut que c'était un Iroquois qui s'était caché; il le tire quasi à brûle-pourpoint et se jette aussitôt dessus, croyant trouver son homme mort. Il le devait être, en effet, la balle lui ayant donné dans la tête, deux doigts au-dessus de la tempe. Mais la sentinelle fut bien étonnée de trouver son lieutenant à terre, tout en sang, au lieu d'un Iroquois. On le prend, on fait son procès; mais celui que l'on croyait mort se lève, disant qu'il demandait sa grâce et que ce n'était rien. En effet, l'ayant visité, on trouva la balle enfoncée, mais l'homme sans péril, ce qui a été regardé comme miracle. » (Lettres de la vénérable Mère.)

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Message  Louis le Jeu 07 Déc 2017, 6:48 am

Défaite  des Iroquois.

Nous ne dirons rien de la difficile et glorieuse expédition du marquis de Tracy au pays des Iroquois, de ce voyage de plus de cent cinquante lieues à travers les bois et les rivières , durant lequel les chefs comme les soldats devaient porter sur leur dos vivres, armes, bagages, etc. Mais la Mère de l'Incarnation en racontait dans une de ses lettres l'heureuse issue en ces termes :

« Notre-Seigneur a exaucé les prières que nous faisions ici pour le succès de cette guerre. L'oraison de quarante heures a été continuelle, depuis le 1er d'octobre jusqu'au 2 de novembre, où nous avons appris des nouvelles de M. de Tracy et de l'armée. Les prières n'étaient pas moins continuelles dans les familles en particulier que dans les églises pour le public. Mais, ayant appris la nouvelle de la déroute des ennemis, nous avons changé nos prières en actions de grâces, et le Te Deum a été chanté avec beaucoup de pompe et de solennité.  »

Cette joie devait retentir bien profondément dans le cœur de nos Ursulines, tant à cause de l'intérêt qu'elles portaient à la colonie et à la conversion des sauvages, qu'au point de vue de leur propre conservation en ce pays.

L'année 1666, déjà célèbre par les victoires remportées sur les Iroquois, fut encore remarquable par les témoignages extérieurs de piété donnés par les pieux habitants de la colonie…

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Message  Louis le Ven 08 Déc 2017, 6:32 am

Procession des reliques.

L'année 1666, déjà célèbre par les victoires remportées sur les Iroquois, fut encore remarquable par les témoignages extérieurs de piété donnés par les pieux habitants de la colonie. Nous citerons entre autres la procession des saintes reliques, dont la Mère de l'Incarnation nous fait un tableau si vivant.

Ces saintes reliques n'étaient autre chose que le corps précieux de saint Flavien et de sainte Félicité, que le pape Alexandre VII avait donnés à Mgr de Laval en 1662, pour la nouvelle Église du Canada. Elles avaient été renfermées dans quatre châsses, destinées aux quatre églises ou chapelles de Québec.

« Il ne s'était point encore vu dans ces contrées une si belle cérémonie, raconte notre vénérée Mère. Il y avait à la procession quarante-sept ecclésiastiques en surplis, chapes, chasubles et dalmatiques. Comme il fallait porter les reliques dans les quatre églises de Québec, nous eûmes la consolation de voir cette magnifique cérémonie. M. de Tracy, vice-roi, M. de Courcelles, gouverneur, M. Talon, intendant, et l'agent de la compagnie des Cent-Associés, M. le Barrois, portaient le dais. Les plus élevés en dignité d'entre les ecclésiastiques portaient les quatre grandes châsses sur des brancards magnifiquement ornés, et environnés d'un grand nombre de flambeaux.

« La procession, sortant d'une église, y laissait une châsse. La musique ne cessa point, tant dans les chemins que dans les stations. Dans la chapelle du château, où l'on avait préparé un beau reposoir, les saintes reliques furent saluées par plusieurs décharges générales de l'artillerie. Monseigneur suivait les reliques et la procession en ses habits pontificaux. Je n'aurais jamais osé espérer de voir une si grande magnificence dans l'Église du Canada, où, quand je suis venue, je n'avais rien vu que d'inculte et de barbare 1. »

Un accident, toutefois, vint attrister un instant cette brillante cérémonie. On raconte qu'au moment où le cortège se trouvait réuni dans la chapelle des Ursulines, le plancher, qui était en bois, s'effondra tout à coup, sous le poids de la foule qui remplissait le saint lieu. Mais cet accident, qui aurait pu être si funeste, ne causa aucun mal; personne ne fut blessé.

La pieuse chapelle fut bien vite réparée…
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1 Lettres historiques. Lettre LXXIII, p. 608, 609.

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Message  Louis le Sam 09 Déc 2017, 7:18 am

Consécration de la chapelle.

La pieuse chapelle fut bien vite réparée, et l'année suivante Mgr de Laval voulut en faire lui-même la dédicace et la consécration solennelle. M. de Tracy, qui venait d'être rappelé en France par le roi, put encore assister avant son départ à cette fête religieuse.

Le rappel en France de ce vaillant gentilhomme, digne représentant du roi, et qui était l'ami sincère et dévoué des Ursulines, fut un deuil public pour la colonie.

« Nous allons perdre M. de Tracy, écrivait notre Mère. Le roi, qui le rappelle en France, a envoyé un grand vaisseau de guerre pour l'emmener avec honneur. Cette nouvelle Église et tout le pays y fera une grande perte qui ne se peut dire, car il a fait ici des expéditions qu'on n'aurait jamais osé entreprendre ni espérer. Dieu a voulu donner cela à la grande piété de son serviteur, qui a gagné tout le monde par ses bonnes œuvres, et par les grands exemples de vertu et de religion qu'il a donnés à tout le pays. On l'a vu plus de six heures entières dans l'église sans en sortir. Son exemple avait tant de force, que le monde le suivait comme des enfants suivent leur père. Il a favorisé et soutenu l'Église par sa piété et par le crédit qu'il a continuellement sur tous les esprits. Nous perdons beaucoup en lui pour notre particulier. C'est le meilleur ami que nous ayons eu depuis que nous sommes en ce pays 1.  »

La seule pensée qui consolait le cœur des braves colons français au moment du départ de ce vaillant défenseur de la France…
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1 Lettres historiques. Lettre LXXIII, p.  609.

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Message  Louis le Dim 10 Déc 2017, 6:26 am

M. de Courcelles et l'intendant Talon.

La seule pensée qui consolait le cœur des braves colons français au moment du départ de ce vaillant défenseur de la France, qu'ils considéraient comme leur père, était celle des deux hommes éminents qu'il laissait à Québec pour continuer son œuvre, M. de Courcelles, gouverneur, et l'intendant général, M. Talon. Ces deux hommes, le dernier surtout, ont laissé d'impérissables souvenirs de leur dévouement et de leurs éminentes qualités. Sous la gestion matérielle et administrative de l'intendant Talon, « le pays s'est plus fait, disait plus tard notre vénérée Mère, et les affaires ont fait plus de progrès que depuis que les Français y habitent. »

Cet intelligent et dévoué administrateur de la colonie fut constamment, lui aussi, à l'exemple de M. de Tracy, le protecteur et l'ami des Ursulines. Il leur confia comme lui, à plusieurs reprises, de jeunes enfants iroquoises, pour les élever dans la crainte de Dieu et l'amour de la France. Chose étonnante, étant donné le caractère féroce et sanguinaire de la plupart de leurs tribus, notre vénérée Mère rendait à ces petites filles iroquoises, dans une de ses lettres, cet aimable témoignage : « Ce sont les plus jolies et les plus douces de toutes. »

Malheureusement, on ne pouvait arriver qu'avec la plus grande peine à leur inspirer des mœurs françaises. Les autres élèves sauvages, algonquines et huronnes, n'étaient d'ailleurs guère moins réfractaires à cette éducation. C'était, sans doute, il est vrai, le désir ardent du roi de voir ces jeunes filles sauvages se transformer en jeunes filles françaises, c'était aussi l'espérance manifestée à plusieurs reprises par M. de Tracy, Mgr de Laval, M. Talon et d'autres personnages influents, nouveaux venus dans la colonie.

Mais ceux qui vivaient depuis longtemps dans le pays, et qui avaient l'expérience des habitudes sauvages ne partageaient point l'espoir d'arriver, au moins de bien longtemps encore, à un tel résultat. On avait beau faire, l'humeur vagabonde, la passion de la forêt, de la liberté, de la chasse, reprenaient bien vite le dessus chez ces pauvres enfants des bois confiées à nos Ursulines. Elles franchissaient les clôtures, sautaient par-dessus les murailles au moment où l'on s'y attendait le moins; en un mot, elles revenaient tout a coup à leurs premiers instincts, quand on croyait les avoir un peu assouplies aux habitudes et aux usages français.

Cependant, pour répondre aux désirs du roi, on faisait tout ce qui était possible pour les franciser. Mais notre Mère écrivait plus tard que, sur cent jeunes filles sauvages, c'est à peine si les Ursulines étaient parvenues à en franciser une. Ce seul détail suffit à nous donner une idée du grand nombre d'enfants de la forêt élevées dans cette maison ; car nous savons que plusieurs en étaient sorties parfaitement formées aux mœurs et aux habitudes de la France, si bien qu'on avait pu les marier à des Français, avec lesquels elles faisaient d'ailleurs fort bon ménage. Plusieurs même étaient devenues capables, au jugement de leurs maîtresses, d'embrasser la vie religieuse, et on raconte que deux d'entre elles furent reçues dans la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, une autre à l'Hôtel-Dieu de Québec; malheureusement elles moururent peu de temps après.

Mais si nos Ursulines ne parvenaient pas à faire de toutes leurs élèves sauvages des Françaises…

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Message  Louis le Lun 11 Déc 2017, 6:51 am

M. de Courcelles et l'intendant Talon.

SUITE

Mais si nos Ursulines ne parvenaient pas à faire de toutes leurs élèves sauvages des Françaises, elles en faisaient du moins de ferventes chrétiennes. Sous ce rapport, il en était peu qui ne leur donnassent de vraies consolations. La grâce pénétrait facilement ces natures neuves, en quelque sorte, et y produisait d'admirables fruits de vertus. Nous en avons cité assez d'exemples dans le cours de cette histoire pour n'avoir pas à y revenir ici. Mais on nous permettra d'en tirer cette conclusion, que c'est la religion seule qui a transformé ces peuplades sauvages, et en a fait ces peuples chrétiens qui sont devenus l'honneur et la gloire de l'Église dans le nouveau monde.

Que de sacrifices toutefois, que de généreux efforts ne fallut-il point pour arriver à de si beaux résultats ! Une des choses les plus difficiles avait été l'étude des langues sauvages.

On sait que dès son arrivée au Canada notre Mère de l'Incarnation s'était adonnée à l'étude de l’algonquin, tandis que la Mère de Saint-Joseph étudiait le huron. Nous avons dit aussi qu'après le désastre de la petite Église huronne, en 1649, et l'arrivée des Hurons à Québec, elle voulut à tout prix étudier leur langue, afin de pouvoir les instruire. Mais, plus tard, l'arrivée des Iroquois l'obligea encore à étudier celle de ces sauvages.

Elle était donc parvenue, vers la fin de sa vie, à posséder ces trois idiomes si différents. Un simple détail nous donnera une idée des difficultés qu'elle eut à surmonter pour en arriver là. Elle dut d'abord commencer par apprendre par cœur le dictionnaire algonquin, puis le huron et enfin l'iroquois. Quand elle eut surmonté toutes ces difficultés, elle composa elle-même, en 1668, un ouvrage en algonquin sur l'histoire sainte, un catéchisme et un dictionnaire iroquois, qui furent considérés comme de vrais trésors, enfin un gros dictionnaire algonquin à l'alphabet français, et un autre à l'alphabet sauvage. Malheureusement ces précieux ouvrages ne se trouvent plus à Québec.  Plusieurs ont été perdus  dans un  nouvel incendie qui eut lieu  en 1686,  les autres  ont été donnés à des missionnaires qui  allaient évangéliser les sauvages du nord.

Une des plus chères fonctions de notre Mère…

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Message  Louis le Mar 12 Déc 2017, 6:43 am

Arrivée de quatre Ursulines françaises.

Une des plus chères fonctions de notre Mère, aux derniers jours de sa vie, était de grouper autour d'elle les jeunes religieuses, et de les former elle-même à l'étude des langues. Mais quelle consolation pour son cœur de voir le nombre de ces jeunes et vaillantes recrues augmenter tous les jours! Un an avant sa mort, on en vit arriver quatre à Québec. C'était la Mère Marie le Maire des Anges qui venait de la maison de Paris, avec une sœur converse appelée Marie Dieu de la Résurrection, et deux autres Mères de la maison de Bourges, dont l'une se nommait Mère Marie Gibault de Breuil de Saint-Joseph, et l'autre Mère Marie Dronet de Jésus.

Mais, par contre…

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Message  Louis le Mer 13 Déc 2017, 6:01 am

Mort de la Mère Philippe-Gertrude de Boulogne de Saint-Dominique et de la sœur Anne Bataille de Saint-Laurent.

Mais, par contre, la mort était venue visiter depuis quelques années le nouveau monastère et avertir notre Mère que l'heure de son départ allait bientôt sonner. En l'année 1667 elle avait fermé les yeux à la seconde professe de la maison de Québec, Mère Philippe-Gertrude de Boulogne de Saint-Dominique, dont la mort fut digne de la sainte vie. Quand ses derniers moments furent venus, la Mère de l'Incarnation la tenait dans ses bras, et elle ne quitta ses maternels embrassements que pour voler à la rencontre du céleste Époux.

Deux années plus tard, la première sœur converse du monastère, la sœur Anne Bataille de Saint-Laurent, avait quitté elle aussi cette maison tout embaumée de ses douces vertus. La Mère de l'Incarnation avait présidé encore à ce nouveau départ pour le ciel.

Cependant elle entendait elle-même chaque jour au fond de son âme cette réponse de mort dont parle le grand Apôtre, heureux présage de la prochaine rupture des liens fragiles qui la retenaient encore ici-bas. Une maladie cruelle étreignait lentement son enveloppe mortelle, et achevait peu à peu d'imprimer dans ses membres la ressemblance sacrée de Jésus-Christ.

D'ailleurs, en jetant les regards autour d'elle, ne pouvait-elle pas dire, elle aussi:…

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Message  Louis le Jeu 14 Déc 2017, 6:41 am

Ecce sponsus venit.

D'ailleurs, en jetant les regards autour d'elle, ne pouvait-elle pas dire, elle aussi: J'ai achevé ma course ? Cursum consummavi. Plus de trente ans s'étaient écoulés depuis le jour où elle avait foulé pour la première fois le sol de la Nouvelle-France. Quel changement s'y était opéré depuis ! La petite colonie française dont M. de Montmagny était alors le chef et le père se composait à peine de deux cents personnes, et maintenant Québec comptait à lui seul plus de quatre mille habitants. Là où l'on ne voyait le plus souvent que des cabanes d'écorce, s'élevaient maintenant des maisons toutes françaises, des établissements, des églises. Les Pères Jésuites, ces vaillants pionniers de l'Évangile, avaient ouvert un brillant collège où plus de cent vingt élèves recevaient l'enseignement des lettres ou de la philosophie.

Un évêque aussi distingué par son mérite, sa haute vertu, que par l'éclat de sa naissance honorait cette chère Église, fière de voir à sa tête un tel  pasteur. Autour de lui, formés à son image, héritiers de son zèle, on voyait se grouper chaque année des prêtres nombreux qui venaient de France pour prendre part à ses travaux.

L'histoire a conservé le nom de plusieurs de ces vaillants auxiliaires de Mgr de Laval, tels que MM. les abbés de Bernières, de Maizeretz. Mais le plus glorieux de tous fut l'abbé de Fénelon, le frère de l'illustre archevêque de Cambrai.

A Montréal, les fils de M. Olier, prêtres de Saint-Sulpice, avaient fondé depuis déjà plusieurs années une maison apostolique qui étendait son action bienfaisante jusqu'au milieu des tribus sauvages.

Enfin, après plus de quarante ans d'absence, les révérends Pères Récollets, qui avaient été au temps de l'illustre Champlain les premiers apôtres de la Nouvelle-France, venaient relever à Québec leur couvent abandonné de Notre-Dame-des-Anges.

Des religieuses de divers ordres venaient aussi tous les jours de la mère patrie prêter main-forte à tous ces vaillants ouvriers apostoliques.

Quelle joie pour notre vénérée Mère de contempler tous ces magnifiques progrès de la foi au sein de cette chère Église, pour laquelle elle avait offert à son divin Époux tant de prières, de travaux et de souffrances!

Elle avait connu les jours d'épreuves et d'angoisses, elle avait vu tous les périls de la colonie naissante. Maintenant l'avenir paraissait assuré. Les Iroquois, refoulés loin des  terres  françaises, recevaient avec reconnaissance les frères de ces apôtres dont ils avaient autrefois si cruellement répandu le sang. On bâtissait partout des chapelles; partout on fondait des Églises nouvelles, jusqu'au sein des peuples sauvages du nord, voisins des glaces du pôle.

Des jours brillants, pleins de joie et d'espérance, semblaient se lever pour cette partie septentrionale du nouveau monde, jusque-là plongée encore dans les ténèbres de l'idolâtrie.

O Mère ! chantez le cantique de la délivrance. Dites avec le vieillard Siméon : Seigneur, renvoyez maintenant votre servante en paix, car mes yeux ont vu le salut d'Israël. Vous aussi, vous voyez se lever le grand jour de la grâce sur ces peuples sauvages que vous avez tant aimés. Nous vous avons suivi à travers les sentiers de votre carrière apostolique, au milieu de ces âmes que vous aviez demandées autrefois avec tant d'instance à votre divin Époux. Nous avons vu vos œuvres, mais nous ne vous disons pas adieu. Il nous reste maintenant à considérer de plus ravissantes merveilles encore, car votre beauté et votre gloire, comme celles de la fille de Sion, sont surtout à l'intérieur.
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FIN des extraits du Tome II.

A suivre : Principales notions en ce qui a trait à sa vocation apostolique pour le Canada (Extraits du Tome I).

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Message  Louis le Ven 15 Déc 2017, 6:58 am

DEUXIÈME  PARTIE

DEPUIS L'ENTRÉE DE
LA VÉNÉRABLE MÈRE MARIE DE L’INCARNATION
AU MONASTÈRE DE TOURS  
JUSQU'A SON DÉPART POUR LE CANADA

CHAPITRE IV

L'AMOUR DE LA CROIX   —  VISION PROPHÉTIQUE

Absit mihi gloriari nisi
in cruce Domini nostri Jesu Christi
.
A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose
qu'en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ!

(Gal. VI, 14.)

Aperti sunt coeli, et vidi visiones Dei.
Les cieux ont été ouverts, et j'ai vu les visions de Dieu.

(Ézechiel, I, 1.)

Résultat de ses épreuves intérieures.  

Les heureux effets de la direction spirituelle du R. P. de la Haye ne tardèrent pas à se manifester dans l'âme de notre chère professe, malgré les jours d'épreuves qui se succédèrent pendant quelque temps encore. Ce religieux vraiment apostolique, envoyé de Dieu pour la consoler et ramener en elle le calme après la tempête, lui avait conseillé de cesser ses lectures spirituelles dans le beau traité de la Perfection chrétienne, par Rodriguez, et de s'adonner exclusivement à la lecture de l'Écriture sainte, pour laquelle elle avait un attrait extraordinaire, accompagné de lumières toutes célestes qui lui en facilitaient l'intelligence. Elle en lisait peu, nous dit-elle, parce que « son occupation intérieure, le profond recueillement de ses puissances en Dieu qui lui était habituel, ne lui permettait pas d'en lire davantage ». Mais ce peu suffisait pour alimenter son âme.

Après les longs jours de ténèbres spirituelles qu'elle venait de traverser, elle voyait luire maintenant, dans tout son éclat, le doux soleil des consolations célestes. Ainsi, quand l'azur du ciel a longtemps été voilé par d'épais et sombres nuages, le soleil retrouve, lorsqu'une brise légère vient à les dissiper, un éclat encore plus radieux.

Toutefois, de ces longs jours passés sur la croix...

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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Sam 16 Déc 2017, 6:53 am

Amour de la croix.

Toutefois, de ces longs jours passés sur la croix avec son divin Époux, l'épouse emportait dans son cœur un souvenir ineffaçable, plus que cela, une grâce infiniment précieuse. C'était un amour vraiment passionné pour la souffrance. C'est dans la croix, en effet, qu'est pour nous la vie et le salut, et il faut y avoir été attaché comme notre vénérable Mère, pour en connaître à fond les inappréciables trésors.

« Dans toutes mes croix je reconnais…

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Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Dim 17 Déc 2017, 6:15 am

Son estime pour les épreuves spirituelles.

« Dans toutes mes croix je reconnais, dit-elle, le grand amour que Notre-Seigneur me porte, combien elles me sont utiles et combien je dois les chérir. Elles m'éclairent, me font voir et comprendre ce qui est défectueux et contraire au pur amour. Elles me font aussi mourir à tous mes sentiments naturels et m'aident puissamment à me défaire de tout ce qui peut retarder ma marche dans la voie de la perfection. Quand je me sens toute crucifiée intérieurement, je me sens alors plus intimement unie à mon divin Rédempteur, et volontiers je le prierais de ne point m'épargner, mais de me frapper encore et de me faire mourir à moi-même, jusqu'à ce que je ne vive plus que pour lui. Dans l'abondance des faveurs spirituelles, au contraire, on supporte, il est vrai, gaiement tout ce qui arrive ; mais on ne se connaît pas bien soi-même, et quelquefois une foule d'imperfections se cachent dans cette joie. Mais, lorsque tout secours divin semble s'être retiré et que l'âme paraît être livrée à elle-même, elle se connaît alors, elle voit toutes ses faiblesses et ses misères. Elle commence à être désabusée de ses illusions et à comprendre qu'elle est loin encore d'être mortifiée complètement.

« Ce sont là des avantages bien précieux...

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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Lun 18 Déc 2017, 6:51 am

Récompense qu'elle en a reçue en ce monde.

« Ce sont là des avantages bien précieux. Aussi j'ai toujours gardé, depuis mes grandes épreuves intérieures, un grand amour pour les souffrances. Si bien que, si l'on me donnait à choisir entre toutes les joies spirituelles qu'une âme peut goûter en cette vie, et toutes les douleurs intérieures que j'ai connues et éprouvées, et dont je n'ai pu rapporter la millième partie, je n'hésiterais pas un instant à choisir les croix, les épreuves, bien persuadée que lorsqu'elles sont supportées avec patience et résignation, elles nous procurent les plus grands biens1. »

On ne saurait mieux exprimer les sentiments d'une âme parfaitement morte à elle-même, et qui a bu à longs traits au calice des souffrances du divin Sauveur. Quels précieux encouragements ils nous offrent, à nous qui succombons trop souvent sous le poids des plus légères épreuves !

Une autre vérité bien importante, qu'il ne faut pas oublier de rappeler ici, c'est que les grandes épreuves sont ordinairement le signe avant-coureur des grandes grâces. Peu de jours, en effet, après que notre fervente religieuse eut été délivrée de ses tentations, elle fut favorisée d'une vision prophétique où sa vocation apostolique pour le Canada commença à lui être manifestée, bien que d'une façon toute mystérieuse encore.

« Une nuit, après…
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1 Claude Martin, IIe partie, ch. VII, addition.

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