Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

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Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Sam 20 Mai 2017, 5:25 pm

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Bonjour à tous,

Voici la vie en Nouvelle-France de la Vénérable Mère Marie de l’Incarnation (née Marie Guyard, à Tours le 18 octobre 1599). Vie
tirée de l’ouvrage de son fils, Dom Claude Martin.    






Je parlerai tout d’abord de sa vie apostolique au Canada, dont les 2 premiers chapitres sont traités dans le Tome I et les 11 suivants dans le tome II.

Je reviendrai par la suite, en extrayant du Tome I, les principales notions en ce qui a trait à sa vocation apostolique pour le Canada.

Nous éditerons ce fil pour y déposer les liens dès leur parution.

Bonne lecture.



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VIE APOSTOLIQUE DANS LE NOUVEAU MONDE

CHAPITRE I

L’OCÉAN

A.  Installation à bord du Saint-Joseph.B. Apparition d'une flotte de pirates. — C. Nouveau péril bien plus grave. — D. Une montagne de glace errant sur les flots. — E. Vœu du Père Vimont. — F. Miraculeuse délivrance. — G. Sentiments de la vénérable Mère de l'Incarnation. — H. Le nouveau monde. — I. Entrée dangereuse du golfe de Saint-Laurent. — J. Arrivée à Cadoussac et première entrevue avec les sauvages. — K. Arrivée à Québec. — L.  Fêtes et réjouissances publiques. — M. Touchant accueil du gouverneur de la colonie, M. de Montmagny.


CHAPITRE II

RÉSIDENCE À LA BASSE-VILLE

1639-1641

A. Origines de la colonie française au Canada. — B. Jacques Cartier. — C. Champlain. — D. M. de Montmagny. — E. État de la colonie et des sauvages au moment de l'arrivée des Ursulines. — F. Visite à Sillery. — G. Étude des langues. — H. Maladies et dévouements. — I. Les principales élèves sauvages. — J. Mœurs et habitudes des sauvages.


CHAPITRE III

LES APÔTRES DU CANADA

A. Les premiers missionnaires du Canada. — B. Les Jésuites de cette mission. — C. Leurs travaux, leur zèle, leurs souffrances. — D. Témoignage de la Mère de l'Incarnation. — E. Claude Martin entre chez les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur. — F. Lettre de sa mère à cette occasion.

CHAPITRE IV

CONSTRUCTION DU MONASTÈRE

Printemps 1641 — 20 novembre 1642

A. Arrivée de la Mère Marguerite de Flécelles de Saint-Athanase et de la Mère Anne le Bugle de Sainte-Claire. — B. Insuffisance de la petite maison de la basse ville. — C. Mme de la Peltrie pose la première pierre du monastère. — D. Suppression de toute diversité de pratiques et d'usages provenant de la différence de congrégations d'Ursulines auxquelles appartenaient originairement les Ursulines de Québec. — E. Un grand nombre d'Ursulines de France désirent imiter cet exemple. — F. La Mère Marie de l'Incarnation y tient beaucoup. — G. Recommandations faites à ce sujet au moment de sa mort. — H. Départ de Mme de la Peltrie pour Montréal. — I. La construction du monastère se poursuit toujours, malgré cette épreuve. — J. La Mère Marie de l'Incarnation est confirmée pour trois ans dans sa charge de supérieure.


CHAPITRE V

UNE JEUNE CAPTIVE CHEZ  LES IR0QU01S

A. Divers détails sur les progrès de la foi chez les sauvages et les petites élèves des Ursulines. — Thérèse la Huronne. — Son zèle et sa piété. — Elle est emmenée en captivité chez les Iroquois avec le Père Jogues. — Horribles tourments infligés au Père Jogues. — Thérèse confesse le nom de Jésus-Christ chez les Iroquois. — Sa délivrance. — Évasion du Père Jogues, qui arrive en France et revient ensuite à Québec. — Son martyre. — De nouvelles couronnes se préparent au ciel pour de nouveaux martyrs.

CHAPITRE VI

LE PREMIER MONASTÈRE

21 novembre 1642. — 30 décembre 1650.

Prise de possession du monastère. — Service religieux de la chapelle assuré par les RR. PP. Jésuites et divers aumôniers. — Retour de Mme de la Peltrie. — Nouvelles religieuses venues de France. — Mère Athanase élue supérieure en remplacement de la Mère Marie de l'Incarnation, qui demeure toujours chargée de l'achèvement du monastère. — Miraculeuse intervention de la Providence. — Divers traits de l'apostolat des Ursulines. — Quelques-unes de leurs élèves françaises. — Ouverture du noviciat. — Mlle Barré y est admise. — Sa profession. — Plusieurs autres postulantes et novices. — Prospérité du monastère.

CHAPITRE VII

LE MARTYRE D'UNE ÉGLISE  NAISSANTE


Nouvelles irruptions des Iroquois dans le pays des Hurons. — Martyre du R. P. Daniel. — Martyre des RR. PP. de Brébeuf et Gabriel Lallemand. — Dispersion de la nation huronne. — Les Hurons arrivent à Québec. — Dangers incessants de la colonie française. — Mœurs et habitudes à cette époque.

CHAPITRE VIII

INCENDIE DU MONASTÈRE

Commencements de l'incendie. — L'alarme est donnée. — Notre Mère de l'Incarnation en ce moment terrible. — Courage de plusieurs sœurs et notamment de sœur Saint-Ignace. — Tout le monde est sauvé, mais tout l'édifice est consumé. — Actions de grâces. — Les Hospitalières offrent asile aux Ursulines. — Témoignages universels de sympathie. — Les Hurons campés à Québec y prennent part. — Harangue de leur chef à la supérieure des Ursulines. — Leurs présents.

CHAPITRE IX

SÉJOUR DANS LA MAISON DE Mme DE LA PELTR1E

Les Ursulines se retirent dans la petite maison de Mme de la Peltrie. — Elles se décident à rebâtir le monastère. — La vénérable Mère Marie de l'Incarnation, chargée de ce soin, est élue une seconde fois supérieure. — Son ardeur dans cette sainte entreprise. — Mort de la Mère Marie de Saint-Joseph. — Son éloge bien mérité. — Merveilles accomplies après sa mort. — Témoignages qui lui sont rendus.

CHAPITRE X

LE  NOUVEAU MONASTÈRE

Prise de possession du nouveau monastère. — Plusieurs nouvelles postulantes. — Les élèves du nouveau monastère. — Arrivée d'une religieuse française. — M. Bourdon et sa famille. — Autres postulantes et novices. — Arrivée de Mgr François de Montmorency-Laval, évêque de Pétrée. — Fêtes publiques à cette occasion. — Son éloge par la Mère Marie de l'Incarnation. — Sa première visite épiscopale au monastère.

CHAPITRE XI

LE  MONASTÈRE EN ÉTAT DE SIÈGE

Alerte donnée à Québec. — Le monastère transformé en forteresse. — Daulac et ses héroïques compagnons au Saut-des-Chaudières, près Montréal. — Leur courage. — Leur piété. — Leur mort glorieuse. — La colonie est sauvée. — Détails complémentaires donnés par la vénérable Mère Marie de l'Incarnation.

CHAPITRE XII

TREMBLEMENTS DE TERRE DE 1663

Fâcheux trafic de quelques Français qui échangent avec les sauvages des boissons alcooliques contre des peaux de  castor et autres objets. — Abus fait par les sauvages de ces boissons enivrantes. — Menaces terribles dans le ciel pendant sept mois.
—  Visions prophétiques. — Effroyables tremblements de terre. —  Leurs effets. — Terreur universelle. — Renouvellement religieux et moral du pays.

CHAPITRE XIII

DERNIÈRES ANNÉES D'APOSTOLAT

Translation des restes de la Mère Marie de Saint-Joseph. — Mgr de Montmorency-Laval fonde la société sacerdotale de la Sainte-Famille. — L'évêque et le clergé de la colonie. — Nouvelle organisation civile.— M. de Tracy, vice-roi.— Son arrivée. —  Sa dévotion.  —  Défaite  des Iroquois. — Nouvelles élèves. —  Procession des reliques. — Consécration de la chapelle. — M. de Courcelles et l'intendant Talon. — Arrivée de quatre Ursulines françaises. — Mort de la Mère Philippe-Gertrude de Boulogne de Saint-Dominique et de la sœur Anne Bataille de Saint-Laurent. — Ecce sponsus venit.

Voici les  principales notions en ce qui a trait à sa vocation apostolique pour le Canada. (Tome I)

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DEPUIS L'ENTRÉE DE
LA VÉNÉRABLE MÈRE MARIE DE L’INCARNATION
AU MONASTÈRE DE TOURS  
JUSQU'A SON DÉPART POUR LE CANADA

CHAPITRE IV

L'AMOUR DE LA CROIX   —  VISION PROPHÉTIQUE

Résultat de ses épreuves intérieures. — Amour de la croix. — Son estime pour les épreuves spirituelles. — Récompense qu'elle en a reçue en ce monde. — La grande vision prophétique. — Les tendres caresses de Marie. — Nouvelles ardeurs pour l'apostolat.

CHAPITRE VI

LE   SACRÉ COEUR DE JÉSUS  ET LE CANADA

Pressentiments de départ. — Ardeurs apostoliques. — Prières, larmes, objurgations pressantes à Dieu pour obtenir le salut des âmes. — Révélation du sacré Cœur de Jésus. —  Le Canada.  

CHAPITRE VII(Extrait)

MADAME    DE    LA   P E L T R I E  

Le vœu d'une mourante miraculeusement exaucé. — Ordre divin d'aller travailler à l'évangélisation du Canada.

CHAPITRE VIII

AU MONASTÈRE DES URSULINES DE TOURS

Lutte amoureuse entre la volonté de l'Epoux divin et celle de son épouse. — Le doux et aimable ravisseur. — Elle manifeste le secret de sa vocation apostolique au Canada. — Le Père de la Haye. — Le Père dom Raymond de Saint-Bernard. — Ardeurs apostoliques. — Lettres encourageantes des révérends Pères Jésuites du Canada. — La Mère de l'Incarnation surmonte tous les obstacles. — Soupirs vers le Canada.


Dernière édition par Louis le Ven 18 Aoû 2017, 8:48 am, édité 44 fois

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Message  Louis le Mer 28 Juin 2017, 10:52 am

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CHAPITRE I

L’OCÉAN


Periculis in mari.
J'ai été exposé aux périls de la mer.
(II Cor., 11, 26.)



Installation à bord du Saint-Joseph.

Le vaisseau qui emportait les généreuses filles de sainte Angèle vers les rivages du Canada était un des meilleurs de la Compagnie des associés de la Nouvelle-France. Au moment de son départ de Dieppe, il était précédé d'un autre petit navire, qui portait la plus grande partie des bagages et devait marcher de conserve avec lui.

Le capitaine, dont notre Mère nous a donné le nom, M. Bontemps, avait eu l'obligeance de céder à Mme de la Peltrie et à ses compagnes son appartement, qui se composait d'une seule pièce assez vaste, où la petite colonie religieuse prenait ses repas. Cette pièce servait aussi durant la journée de lieu de réunion, et à certains moments de chapelle. C'était merveille de voir avec quelle fidélité on y observait le règlement parfait d'une communauté. A l'heure marquée par la récitation, de l'office, les Ursulines d'un côté, les Hospitalières de l'autre alternaient pieusement les psaumes et les heures canoniales.

Ce même navire portait encore le R. P. Vimont, jésuite, qui venait d'être nommé tout récemment supérieur général des Missions du Canada, en remplacement du R. P. Lejeune.

Les premières heures de la traversée furent...

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Message  Louis le Jeu 29 Juin 2017, 5:54 am

Apparition d'une flotte de pirates.

Les premières heures de la traversée furent des plus heureuses. La mer paraissait tout étincelante sous les feux d'un beau soleil de printemps. Les côtes de France, enveloppées de vapeurs légères, fuyaient rapidement à l'arrière du vaisseau. Déjà on ne les apercevait presque plus à l'horizon. Les ombres de la nuit commençaient à descendre lentement sur l'immensité de l'Océan, lorsque la crainte d'un premier péril vint tout à coup inquiéter le commandant du navire. Il crut apercevoir au loin, du côté du midi, une voile dont il ne pouvait discerner le caractère et la nationalité. Était-ce un navire de commerce appartenant à quelque nation chrétienne,   ou   bien   une de  ces   embarcations   de pirates qui infestaient alors les mers ? Bientôt pour lui il n'y eut plus le moindre doute. Une multitude d'autres voiles du même genre venaient de faire leur apparition sur la vaste étendue de la mer. Il était en présence d'une flotte très considérable, montée par ces corsaires qui étaient la terreur des navigateurs à cette époque.

Comprenant qu'il n'y avait de salut que dans la fuite, il mit aussitôt la proue au nord et se dirigea vers les côtes de la Grande-Bretagne. Cette manœuvre sauva bien le navire, mais elle l'éloigna considérablement de sa route. Pour comble de malheur, au lieu de pouvoir redescendre vers les régions moins élevées, il eut à essuyer durant plusieurs jours, quand il fut arrivé en plein Océan, quelques tempêtes et gros temps du sud, qui le jetèrent encore bien plus haut vers le nord. Le froid ne tarda pas à devenir assez intense. Mais ce ne fut là que le moindre inconvénient de ce grand écart vers les régions boréales.

Après plusieurs jours de navigation...

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Message  Louis le Ven 30 Juin 2017, 7:26 am

Nouveau péril bien plus grave.

Après plusieurs jours de navigation bien au-dessus des latitudes ordinaires où se maintiennent les navires allant à Québec, on se vit bientôt en présence d'un si grave péril, qu'on ne put y échapper que par miracle. C'était le dimanche même de la très sainte Trinité, par un temps brumeux, mais très calme. La sainte messe avait été dite à bord, comme de coutume, et nos Mères et Mme de la Peltrie avaient communié. Puis elles avaient récité, selon l'usage, dans leur petit oratoire les heures canoniales.

Mais  à peine…

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Message  Louis le Sam 01 Juil 2017, 6:35 am

Une montagne de glace errant sur les flots.

Mais  à peine venaient-elles d'en terminer les dernières prières, un cri d'épouvante et presque de détresse retentit tout à coup sur le pont du navire. Elles y coururent aussitôt; tout l'équipage s'y trouvait déjà, plongé dans la terreur et la consternation. On apercevait, en effet, à travers la brume épaisse, une énorme banquise semblable à une montagne flottante, qui se dirigeait vers le vaisseau. C'étaient d'immenses blocs de glace réunis les uns aux autres, détachés des mers glaciales, qui erraient çà et là sur les flots. On eût dit, selon une comparaison de notre Mère elle-même, « une ville escarpée et munie de ses défenses. » Il y avait, ajoute-t-elle, « des avances qui paraissaient comme des tours. Les glaçons s'étaient tellement accumulés au-dessus, qu'on les eût pris de loin pour des donjons ; il y avait des flèches et des pointes de glace si élevées, que je n'en pouvais voir la cime 1. »

Que pouvait-on faire en présence d'un pareil danger? Fuir? Le vent était tombé, la mer était presque au calme plat. Toutes les manœuvres furent impuissantes, et par conséquent inutiles. La montagne de glace avançait toujours. Quelques instants encore, et le navire allait être heurté et inévitablement mis en pièces. On n'entendait déjà que gémissements et cris confus de détresse. Le R. P. Vimont, voyant que le péril était imminent, donna l'absolution générale, et chacun attendait la mort. Mme de la Peltrie s'était jetée au cou de notre vénérée Mère, disant qu'elle voulait mourir dans ses bras.

Cependant l'horrible banquise…
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1 Dom Claude Martin, liv. III, ch. II, addition.

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Message  Louis le Dim 02 Juil 2017, 6:02 am

Vœu du Père Vimont.

Cependant l'horrible banquise n'était plus qu'à quelques mètres du navire. A ce moment solennel, le Père Vimont, élevant la voix, fit vœu à la très sainte Vierge, au nom de tout l'équipage et des passagers, d'aller la remercier sur les premiers rivages que l'on trouverait en abordant l'Amérique, si elle les faisait échapper au naufrage. En même temps la Mère Marie de Saint-Joseph commença les litanies de la sainte Vierge, auxquelles tout le monde s'empressa de répondre avec ferveur. Le moment était à la fois solennel et terrible.

Tout à coup la...

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Message  Louis le Lun 03 Juil 2017, 7:55 am

Miraculeuse délivrance.

Tout à coup la voix du commandant se fit entendre pour donner un ordre suprême à celui qui tenait le gouvernail. Mais, soit trouble de la part de ce dernier, soit plutôt miraculeuse intervention de la très sainte Vierge, cet ordre mal compris fut exécuté dans un sens tout contraire. Ô merveille ! cette fausse manœuvre, qui devait naturellement achever de tout perdre, venait, au contraire, de tout sauver. Grâce à la nouvelle position prise par le navire, on vit doucement glisser le long de ses flancs, en les effleurant à peine, la terrible île flottante. Le péril était évité. Tout le monde cria au miracle, et se promit d'exécuter au plus tôt le vœu du Père Vimont.

Mais qu'avait fait notre vénérée Mère...

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Message  Louis le Mar 04 Juil 2017, 6:34 am

Sentiments de la vénérable Mère de l'Incarnation.

Mais qu'avait fait notre vénérée Mère dans ces moments d'angoisse suprême? Quels avaient été ses sentiments et ses pensées ? Elle-même nous les a exprimés. « Pendant tout ce bruit, dit-elle, mon esprit et mon cœur étaient dans une paix et une tranquillité aussi grandes que possible.  Je ne ressentis jamais un seul mouvement de frayeur ; mais je me trouvais dans un état tout propre pour faire un holocauste de tout moi-même, en priant Dieu d'accepter de plus la privation pour moi de voir jamais mes chers sauvages. Dans ce moment j'avais en vue toutes les grâces et les faveurs que Notre-Seigneur m'avait faites au sujet du Canada, son commandement, ses promesses, sa conduite, et nonobstant tout cela mon esprit se trouvait dans une indifférence de mourir ou de vivre, et toute ma pente était dans l'accomplissement des volontés de Dieu, lesquelles, selon toutes les apparences, allaient s'effectuer par notre mort. Mme la fondatrice se tenait comme collée à moi, afin que nous pussions mourir ensemble 1. »

Il fallut encore deux mois de longue et laborieuse navigation...
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1 Dom Claude Martin, liv. III, ch. I.

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Message  Louis le Mer 05 Juil 2017, 7:35 am

Le nouveau monde.

Il fallut encore deux mois de longue et laborieuse navigation avant qu'on pût apercevoir les rivages du nouveau monde. La mer, qui était si calme au début de la traversée, devenait souvent fortement houleuse, quelquefois terrible. Les gros vents du sud qui avaient jeté le navire si loin de sa route ne se calmaient que par intervalles. Souvent le ciel se couvrait d'épais nuages, et à plusieurs reprises on avait entendu la tempête mugir au loin. Mais après la rencontre de l'île de glace dont nous venons de parler, le Saint-Joseph eut à en subir les redoutables atteintes.

On ne peut dire quel effroi profond s'empare des cœurs même les plus intrépides, lorsque le ciel se voilant de sombres nuages comme d'un crêpe de deuil, les vents commencent à se déchaîner avec violence, les flots à gronder. Le navire semble alors prêt à craquer de toutes parts. Il fait entendre comme des gémissements lugubres, sous les efforts des vagues qui l'agitent en tous sens.

Tout à coup un éclair illumine l'horizon d'un éclat sinistre, le tonnerre éclate avec fracas; c'est le signal du déchaînement complet de la tempête. L'Océan entr'ouvre alors ses abîmes, le ciel et les flots prennent un aspect formidable. Le navire, secoué de toutes parts, descend et remonte le long de ces montagnes écumantes qui tantôt s'élèvent, tantôt se dérobent sous sa carène gémissante. Au milieu de ce déchaînement de tous les éléments en courroux, l'homme sent plus que jamais sa faiblesse et son impuissance. Il se tourne avec émotion vers Celui qui est le maître, et qui seul peut commander aux flots de s'apaiser. Mais, tandis que tout est troublé autour d'elle, l'âme qui est pure, sainte et fermement unie à Dieu demeure dans le calme et dans la paix. « Nos cœurs n'ont point été troublés par le trouble des éléments, dit naïvement notre Mère, parce que Celui à la providence duquel nous nous sommes abandonnées nous fait oublier nous-mêmes et toutes choses. On ne peut expliquer ni concevoir le repos qu'on ressent quand on s'est donné une bonne fois à Dieu. »

Vers les premiers jours de juillet, on aperçut enfin à l'horizon les premiers rivages de l'Amérique. Christophe Colomb, en découvrant ce nouveau monde, dans la glorieuse nuit du 12 octobre 1492, n'éprouva pas une joie plus vive que nos ferventes religieuses en ce moment solennel. Elles tombèrent à genoux, et remercièrent la Providence, qui leur permettait de contempler enfin, bien que de loin encore, cette nouvelle terre promise.

La première pensée de tout l'équipage et de tous les passagers du Saint-Joseph fut d'exécuter le vœu du Père Vimont. Le navire s'approcha donc de ces premiers rivages ; mais quand on fut au moment de débarquer, l'empressement que l'on mit à descendre à terre faillit causer encore de nouveaux malheurs.

Après que chacun eut accompli ses dévotions...

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Message  Louis le Jeu 06 Juil 2017, 6:55 am

Entrée dangereuse du golfe de Saint-Laurent.

Après que chacun eut accompli ses dévotions, le navire reprit sa route vers le détroit appelé aujourd'hui détroit de Belle-Ile, qui donne accès, du côté du nord, au golfe de Saint-Laurent. C'est, paraît-il, un des passages les plus dangereux pour les navigateurs. Chaque année au printemps, ce détroit voit se renouveler un phénomène à la fois merveilleux et terrible.

« C'est parfois, nous dit un récent auteur 1, pendant de longs jours et de longues nuits un défilé ininterrompu, par bandes compactes, d'icebergs gigantesques, venus du pôle et se dirigeant vers le Gulf Stream, où ils vont se dissoudre. L'admirable spectacle ! Sur le bleu froid, comme métallique, du ciel de ces hautes latitudes, les sommets de ces icebergs se découpent avec une netteté merveilleuse, les uns taillés en clochetons aigus, en créneaux de forteresse, les autres offrant à l'œil ébloui tout un  entassement de pyramides cyclopéennes, de tours massives, de cathédrales ouvragées avec un art inouï, de blanches colonnades d'une légèreté aérienne se profilant hardiment vers la nue. On dirait les débris, s'en allant à la dérive, de quelque superbe Babylone d'outre-monde écroulée soudain dans nos océans. Et tout cela passe au loin avec des miroitements étranges, de grandes ombres fantastiques courant, sous le jeu de la lumière, des cimes jusqu'aux bases.

« Une bourrasque, dans ces parages, ne s'oublie plus. Les vents du large accourent terribles, s'engouffrant dans l'étroite impasse avec des sifflements de fournaise en ébullition. Ni terre ni ciel, mais de longues tramées de brouillard tournoyant, s'entrecroisant dans l'aquilon. La mer bouillonne et fait rage. Parfois des détonations retentissent, dominant la clameur des éléments déchaînés et produisant par tout l'espace comme un horrible froissement de choses géantes qui luttent et s'abîment dans les profondeurs ; ce sont les icebergs qui s'entrechoquent. »

Le Saint-Joseph n'eut pas, il est vrai, à essuyer dans ces redoutables parages une pareille tempête, ni à craindre la réapparition des énormes banquises qui encombrent ce détroit à la fin de l'hiver, car on était déjà en plein été; mais le golfe de Saint-Laurent lui réservait des périls d'un autre genre. La mer y est comme parsemée en certains endroits de récifs, dont quelques-uns émergent à peine des eaux, tandis que d'autres y sont cachés à une très petite profondeur. Le navire arriva auprès de ces écueils redoutables vers le soir, et par un temps de brume épaisse. La situation devenait de moment en moment des plus périlleuses. Il fallut louvoyer pendant toute la nuit, et plusieurs jours encore, avec les plus extrêmes précautions, au milieu de tant de perfides dangers.

Enfin on vint à bout, avec l'aide de Dieu…
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1 Le Canada, par Sylva Clapin.

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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Ven 07 Juil 2017, 7:23 am

Arrivée à Cadoussac et première entrevue avec les sauvages.

Enfin on vint à bout, avec l'aide de Dieu, de toutes ces difficultés, et le 15 juillet on put jeter l'ancre dans le port de Cadoussac, où abordaient alors tous les navires en destination pour la Nouvelle-France. Ce n'était pas, tout à fait, il est vrai, le terme du voyage; mais enfin c'était déjà le commencement de la terre canadienne.

Mme de la Peltrie, la Mère de l'Incarnation et leurs pieuses compagnes s'empressèrent de mettre pied à terre. En débarquant, elles rencontrèrent pour la première fois les sauvages qu'elles venaient évangéliser. Il est facile de comprendre combien leur émotion fut grande à leur aspect. « De leur côté, ces pauvres gens, raconte notre vénérée Mère, qui n'avaient jamais vu de personnes faites comme nous, étaient tout surpris, et lorsqu'on leur disait que nous étions des filles de capitaines (car il fallait leur parler à la mode de leur pays), qui pour l'amour d'eux avions quitté notre pays, nos parents et toutes les délices de la France, ils étaient ravis d'étonnement ; et encore plus lorsqu'on leur disait que c'était pour instruire leurs filles, afin qu'elles ne fussent pas brûlées dans les feux de l'enfer. Ils ne pouvaient comprendre comment cela se pouvait faire, et, pour voir ce qui en arriverait, ils nous suivirent par terre jusqu'à Québec, sans jeter les yeux sur notre vaisseau. » Le vaisseau dont il est ici question n'était plus le Saint-Joseph, sur lequel nos religieuses avaient fait la traversée de l'Océan; c'était un bien plus léger navire qui devait les transporter de Cadoussac à Québec, en remontant le fleuve de Saint-Laurent.

« Le dernier jour de juillet, écrit l'abbé Casgrain...

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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Sam 08 Juil 2017, 6:38 am

Arrivée à Québec.

« Le dernier jour de juillet, écrit l'abbé Casgrain, elles côtoyaient l'île d'Orléans et mettaient pied à terre, au soleil couchant,  à l'extrémité supérieure de l'île.

« Nous conçûmes quelque espérance d'arriver à Québec, a écrit une des religieuses qui accompagnaient la Mère de l'Incarnation, mais la marée se trouvait contraire, et le vent n'était pas assez favorable : il fallut attendre au lendemain, et comme l'endroit était beau et le débarquement facile, on nous mit à terre. Mais comme pour lors ce lieu n'était point habité, l'on y fit trois cabanes à la façon des sauvages; les religieuses se mirent dans l'une, les religieux dans l'autre, et les matelots dans la troisième. Nous avions une joie qui ne se peut exprimer de nous voir dans ces grands bois, que nous fîmes retentir de nos cantiques 1. »

« Le petit navire de Mme de la Peltrie…
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1 Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec.

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Message  Louis le Dim 09 Juil 2017, 5:54 am

Fêtes et réjouissances publiques.

« Le petit navire de Mme de la Peltrie, qui les avait devancées de quelques jours, avait déjà apporté à Québec la nouvelle de leur arrivée, et répandu l'allégresse dans toute la ville. La population était dans cette joyeuse attente, lorsque, dans la soirée du 31 juillet, on apprit qu'elles étaient campées au bout de l'île d'Orléans

M. le chevalier de Montmagny, alors…

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Message  Louis le Lun 10 Juil 2017, 6:29 am

Touchant accueil du gouverneur de la colonie, M. de Montmagny.

M. le chevalier de Montmagny, alors gouverneur de la Nouvelle-France, assembla aussitôt son conseil et résolut de leur faire une réception digne de sa piété, de la grande œuvre qu'elles venaient inaugurer, et de la reconnaissance de la colonie. Il fut décidé qu'elles n'entreraient dans le port que le lendemain matin. M. de Montmagny expédia immédiatement sa chaloupe, remplie de rafraîchissements, et toute pavoisée pour les ramener en triomphe. Dès la pointe du jour toute la population était sur pied, les yeux tournés vers l'île d'Orléans, d'où l'on voyait se détacher les légères embarcations qui portaient les hôtes tant désirés. M. de Montmagny, accompagné de toute la garnison et suivi de la ville entière, descendit au rivage pour les recevoir. Tous les canons du fort Saint-Louis les saluèrent par une joyeuse salve au moment où elles touchèrent le port. En mettant pied à terre, la Mère de l'Incarnation et toutes ses compagnes se prosternèrent avec un pieux respect, et embrassèrent avec enthousiasme cette terre objet de tant de vœux.

« Après les premières félicitations, le cortège prit le chemin de la haute ville, aux acclamations de la foule ivre de joie, et se rendit en procession à l'église de Notre-Dame-de-Recouvrance, où un Te Deum solennel fut chanté au bruit réitéré des salves d'artillerie. La chapelle rustique, ornée de feuillages et de guirlandes de verdure, resplendissait comme aux plus beaux jours de fête. La sainte messe fut célébrée avec toute la pompe que permettait cette église naissante, et toutes les religieuses communièrent en actions de grâces de leur heureuse arrivée.

« Agenouillée près de la balustrade, au milieu de ses sœurs, la Mère de l'Incarnation demeura longtemps plongée dans un saint ravissement, répandant son âme en cantiques d'allégresse aux pieds du Seigneur, qui avait enfin mis le comble à tous ses désirs.

« Jouissez de votre bonheur, ô vénérable Mère ! car vous voilà parvenue, après tant de soupirs, au sein de votre nouvelle patrie! Vous voilà en possession de cette terre que le Ciel vous a donnée en partage, comme autrefois la terre de Chanaan au patriarche Jacob ! Vous l'arroserez de vos sueurs, vous la fertiliserez de vos travaux. Vous y sèmerez dans les larmes ; mais aussi vous y moissonnerez dans la joie, car vos enfants y croîtront et y multiplieront comme les étoiles du firmament. Et quand, pleine de jours et de mérites, vous irez recueillir votre couronne immortelle, c'est d'ici que votre âme s'envolera au sein de la gloire 1. »

Cette grande journée du 1er août 1639…
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1 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère Marie de l'Incarnation, IIIe époque, ch. II, p. 311 et suiv.

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Message  Louis le Mar 11 Juil 2017, 5:50 am

Touchant accueil du gouverneur de la colonie, M. de Montmagny.

(suite)

Cette grande journée du 1er août 1639, qui s'était commencée dans la joie, se termina dans les fêtes publiques. Depuis le matin jusqu'au soir, ce ne furent que réjouissances, réunions de familles et d'amis, ovations de toutes sortes aux nouvelles venues. M. de Montmagny voulut les avoir à déjeuner à sa table, en compagnie des principaux habitants de Québec. Vers le soir, il les conduisit lui-même, accompagné de toute la population française, à leur habitation respective : les religieuses hospitalières, dans une maison voisine du fort Saint-Louis, dans la haute ville; les Ursulines, dans une petite maison située sur les bords du fleuve, dans la basse ville, non loin du lieu où fut élevée plus tard l'église de Notre-Dame-des-Victoires. C'était une très pauvre maison, qui ressemblait, sous plus d'un rapport, à l'humble étable où naquit le Sauveur du monde.

« Notre logement était si petit, dit un vieux récit, que dans une chambre de seize pieds carrés étaient notre chœur, notre parloir, nos cellules et notre réfectoire, et dans une autre petite salle était la classe pour les Françaises et les filles sauvages. Pour la chapelle, la sacristie extérieure et la cuisine, nous fîmes faire une galerie en forme d'appentis. »

« Je dirai, écrivait plus tard notre Mère de l'Incarnation, comment nous pouvons tenir tant de personnes en un si petit lieu. L'extrémité des chambres est divisée en cabanes faites d'ais de pin : un lit est près de terre, et l'autre est comme au plafond, en sorte qu'il y faut monter avec une échelle. »

Et dans une autre lettre : « Nous voyons à travers le toit reluire les étoiles durant la nuit, et à peine y peut-on tenir une chandelle à cause du vent. »

Tel fut le lieu où prit naissance sur la terre canadienne l'ordre des Ursulines, qui devait un jour, comme un grand chêne, la couvrir de son ombre bienfaisante, et abriter un si grand nombre de ses enfants, comme autant de douces colombes, dans ses puissants et verdoyants rameaux.

A suivre : Chapitre II.

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Message  Louis le Mer 12 Juil 2017, 6:33 am

.
CHAPITRE II

RÉSIDENCE À LA BASSE-VILLE

1639-1641

In multa patientia, in tribulationibus, in necessitatibus, in angustiis.
Dans une grande patience, au milieu des tribulations, des nécessités, des angoisses.

(II Cor., VI, 4.)

Origines de la colonie française au Canada.

Avant de commencer le récit des divers événements qui se produisirent pendant les trois années de séjour de nos chères Ursulines dans leur modeste réduit de la basse ville, il ne sera pas inutile de jeter un coup d'œil rapide sur l'histoire de la colonie jusqu’à cette époque , et sur son état en cette année 1639.

Le noble et intrépide…

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Message  Louis le Jeu 13 Juil 2017, 5:52 am

Jacques Cartier.

Le noble et intrépide Jacques Cartier, Breton d'origine, glorieux émule de Christophe Colomb, découvrit, on le sait, le Canada en 1535. Parti de Saint-Malo, au printemps de cette année, à la tête d'une petite troupe de cent hommes environ, parmi lesquels on remarquait plusieurs gentilshommes, tels que Claude Pontbriand, fils du seigneur de Montcevelles et échanson du Dauphin, Garnier de Chambeaux, Charles de la Pommeraye, Philippe de Rougemont, cet illustre et vaillant capitaine ne tarda pas à arriver en vue des rivages de cette partie septentrionale du nouveau monde qui était encore inconnue. Son premier soin, en mettant le pied sur cette terre qu'aucun Européen n'avait encore foulée, fut d'y planter la croix et le drapeau de la France.

On raconte qu'à la vue de cet homme nouveau, marqué en quelque sorte du sceau des messagers célestes, les sauvages habitants de ces contrées se sentirent d'abord pénétrés d'une sorte de terreur mêlée de respect et d'admiration. Le croyant doué d'une puissance surhumaine, ils semblaient, dit-on, s'adoucir à son aspect. On les voyait venir déposer à ses pieds, en maintes rencontres, les malades et les infirmes, auxquels le héros chrétien n'hésitait pas à imposer les mains, à l'exemple du divin Maître, priant Dieu qu'il leur donnât grâce de recouvrer chrétienté et baptesme.

Rentré en France, Jacques Cartier mourut paisiblement, de longues années après sa découverte, dans sa retraite de Limoilou, sans avoir eu le bonheur de voir une colonie française s'établir sur la terre dont il avait pris possession, au nom de Jésus-Christ et  de la France.

C'était à…

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Message  Louis le Ven 14 Juil 2017, 6:54 am

Champlain.

C'était à Champlain qu'était réservé l'honneur d'être plus tard le père et le fondateur de la colonie canadienne. Il aborda sur les rivages du Canada en 1608, plus de soixante-dix ans après la découverte de cette partie de l’Amérique.

Digne émule de Jacques Cartier, son frère par la foi, le courage, l'intelligence et le dévouement à la France, Champlain, plus heureux que lui, put réaliser les rêves et les espérances de son illustre devancier. Il sut appeler et grouper, sur le sol encore inhospitalier du Canada, les éléments d'une colonie modèle. Joignant lui-même, en sa personne, type achevé de vrai chevalier chrétien et français, les vertus d'un anachorète à toute la vaillance d'un grand héros, il parvint à former un peuple à son image. Le fort qu'il avait fait construire sur le promontoire de Québec, pour mettre à l'abri les premiers colons des incursions et de la férocité des tribus sauvages, et qui fut vraiment le berceau de la nation canadienne, paraissait, dit un ancien chroniqueur, « une académie bien réglée, » tant la discipline y était sévère, et à la fois tempérée par le respect et la charité que la religion inspire.

« Les exactions, les tromperies, les vols, les rapts, les assassinats, les perfidies, les inimitiés, les malices noires, ne se voient ici qu'une fois l'an, ajoute le même chroniqueur, sur les papiers et sur les gazettes que quelques-uns apportent de l'ancienne France.

« A l'exemple de leur chef, tous menaient la conduite la plus édifiante, et s'approchaient régulièrement des sacrements de l'Église. Pour rappeler plus souvent à chacun la pensée du ciel, Champlain établit la coutume si pieuse et si touchante, conservée jusqu'à nous, de sonner l'Angélus trois fois par jour. L'intérieur du fort ressemblait plus à une communauté religieuse qu'à une garnison. La lecture se faisait régulièrement à chaque repas : au dîner, on lisait quelque livre d'histoire ; au souper, c'était la Vie des saints. Une douce et franche gaieté assaisonnait les moments de loisir ; et, chaque soir, le vénérable patriarche de la colonie rassemblait tous ses enfants dans ses appartements pour réciter la prière  en commun et faire l'examen de conscience.

« Telle était la vie des premiers colons. L'Église, dont la jeunesse se renouvelle comme celle de l'aigle, ramenait ici l'âge d'or de ses années primitives 1. »

L'illustre Champlain, mort en 1635…
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1 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère de l'Incarnation, Introduction.

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Message  Louis le Sam 15 Juil 2017, 8:06 am

M. de Montmagny.

L'illustre Champlain, mort en 1635, avait été remplacé par M. de Montmagny, qui semblait avoir hérité de ses éminentes qualités, mais surtout de sa foi. On raconte qu'en mettant pour la première fois le pied sur le sol de la Nouvelle-France, il voulut donner une preuve publique et authentique de sa dévotion et de sa piété. On le vit s'agenouiller dévotement, lui et toute sa suite, devant une croix qu'on avait érigée sur le chemin qui conduisait du port de Québec à la ville. Il ne faisait, du reste, en cela que suivre les traditions de la France au Canada. La croix y avait été, nous l'avons dit, le premier signe d'occupation et de conquête, autour duquel s'étaient groupés les premiers colons.

C'est ainsi que la France colonisait jadis, par la croix d'abord, par la culture des terres ensuite, et aussi, quand cela était nécessaire, par sa glorieuse épée. Cruce, aratro et ense. Grand exemple ! noble leçon, hélas! trop méconnue aujourd'hui!

Au moment de l'arrivée des Ursulines, la colonie…

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Message  Louis le Dim 16 Juil 2017, 6:49 am

État de la colonie et des sauvages au moment de l'arrivée des Ursulines.

Au  moment de l'arrivée des Ursulines, la colonie était très peu nombreuse encore. Elle ne se composait que de deux cent cinquante personnes environ. Mais les qualités morales de ces premiers colons compensaient leur petit nombre. Ils ne formaient entre eux qu'une famille, dont M. de Montmagny était à la fois le chef et le père.

Autour d'elle, vivaient en grand nombre les peuplades sauvages, assez différentes de mœurs et de langage. Les plus proches de Québec étaient celles des Algonquins, groupées surtout au nord de l'embouchure du Saint-Laurent. Plus loin, du côté de l'ouest et sur les bords du grand fleuve, habitaient les Hurons, de mœurs moins douces que les Algonquins, plus nombreux, belliqueux et quelquefois même féroces. La prédication de l'Évangile n'avait pas tardé cependant à porter chez eux des fruits abondants et vraiment magnifiques de dévotion et de piété. Quant aux Algonquins, évangélisés avant même les Hurons, ils avaient encore moins opposé de résistance à l'action de la grâce.

Mais où la bonne nouvelle fut longtemps combattue, et ne put se répandre qu'au prix des plus grands sacrifices, ce fut chez les Iroquois, peuple essentiellement farouche et superstitieux, cruel et sanguinaire, qui habitait au delà des Hurons dans l'intérieur de cette partie septentrionale du continent américain. Ces sauvages étaient continuellement en guerre contre leurs voisins. Leurs invasions mirent même à plusieurs reprises la colonie française du Canada à deux doigts de sa ruine. Pendant plus d'un siècle la France eut à lutter contre eux, sans pouvoir les réduire ; et nous verrons plus loin quels affreux supplices ils infligèrent aux apôtres des Hurons qui s'efforçaient de leur apporter à eux aussi les lumières et les bienfaits de la foi.

Ce simple coup d'œil sur les tribus sauvages du Canada suffira pour faire comprendre l'étendue et l'importance de la Mission de la Nouvelle-France, aussi bien que ses nombreuses difficultés et ses graves périls.

Les sauvages, dont un grand nombre n'étaient pas encore convertis, inspiraient, on le comprend, une terreur très vive à la petite colonie française. On raconte que, pendant de nombreuses années, elle ne put subsister que moyennant les provisions de bouche et les effets apportés de France, car personne n'osait s'aventurer au delà des petits forts bâtis çà et là aux environs de Québec.

Mais si ces commencements de colonisation étaient durs et pénibles, les hommes généreux et vaillants qui l'avaient entreprise ne comptaient pour rien les fatigues  quand   il  s'agissait d'étendre  le  règne  de Dieu et d'honorer la France. Le précieux concours des saintes religieuses conduites par notre Mère de l'Incarnation et Mme de la Peltrie vint d'ailleurs contribuer beaucoup à leur faciliter ce grand œuvre. La sanctification et l'éducation de la femme ne sont-elles pas, en effet, les principaux éléments de véritable civilisation et de salut d'un pays, de même que sa dépravation est toujours la cause certaine de sa ruine ?

Dès le lendemain de leur arrivée, les Hospitalières et les Ursulines…

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Message  Louis le Lun 17 Juil 2017, 7:08 am

Visite à Sillery.

Dès le lendemain de leur arrivée, les Hospitalières et les Ursulines furent menées à Sillery pour y visiter les familles algonquines « sédentaires 1 » que les révérends Pères jésuites y avaient établies depuis environ deux ans. Écoutons le récit que nous a laissé le R. P. le Jeune, au sujet de cette première visite :

« Le lendemain, on mena les religieuses à la résidence de Sillery, où se retirent les sauvages. Quand elles virent ces pauvres gens assemblés à la chapelle, faire leurs prières et chanter les articles de notre croyance, elles avaient beau se cacher, leur joie se trouvait trop resserrée dans leur cœur, les larmes leur coulaient des yeux. Au sortir de là, elles visitèrent les familles arrêtées et les cabanes voisines. Mme de la Peltrie, qui conduisait la bande, ne rencontrait petite fille sauvage qu'elle ne l'embrassât et ne la baisât, avec des signes d'amour si doux et si forts, que ces pauvres barbares en restaient d'autant plus étonnés et plus édifiés, qu'ils sont froids en leurs rencontres ; toutes ces bonnes religieuses en faisaient autant, sans prendre garde si ces petites étaient sales ou non, ni sans demander si c'était la coutume du pays.

« On fait mettre la main à l'œuvre aux Pères nouvellement arrivés ; on leur fait baptiser quelques sauvages. Mme de la Peltrie est déjà marraine de plusieurs 1. »

La vénérable Mère de l'Incarnation emmena avec elle, de Sillery à la petite maison qu'elle occupait avec Mme de la Peltrie et ses religieuses, six petites filles sauvages qui lui furent confiées par les révérends Pères jésuites, et qui furent les prémices de la nombreuse phalange de jeunes filles qui sont venues depuis plus de deux cents ans s'enrôler, au Canada, sous la bannière de sainte Ursule. On leur adjoignit bientôt toutes les jeunes enfants, tant françaises que sauvages, que l'on put trouver ; de sorte que dès les premiers jours le nombre des élèves commença déjà à être assez considérable.

Nous avons déjà parlé du trop modeste réduit dans lequel cette nouvelle famille de Sainte-Ursule se trouvait en quelque sorte entassée ; mais notre vénérée Mère va nous apprendre quelques-uns des charmes nouveaux ajoutés à l'incommodité des lieux par un grand  nombre  des nouvelles  élèves.  « La saleté des filles sauvages, dit-elle, qui n'étaient pas encore formées à la propreté des Françaises, nous faisait trouver tous les jours des cheveux, des charbons et autres ordures dans notre pot, et quelquefois on trouvait un vieux soulier dans la marmite, ce qui pourtant ne nous donnait pas trop de dégoût 1. »

C'était là cependant, d'après un témoignage authentique, la demeure que ces admirables épouses de Jésus-Christ appelaient leur « Louvre », et où elles se trouvaient plus heureuses qu'elles ne l'eussent été sous les lambris dorés des palais des rois, parce que, disaient-elles ingénument, « nous avons avec nous les trésors que nous étions venues chercher: nos chères néophytes 2. »

Le charitable et dévoué Père le Jeune…
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1 On appelait ainsi les sauvages qui demeuraient dans un lieu déterminé, par opposition à ceux qui vivaient dans les bois et les forêts des produits de leurs chasses. — 1 Les Ursulines de Québec, t. Ier, p. 26, 27. — 1 Les Ursulines de Québec depuis leur établissement jusqu'à nos jours, t. Ier, p. 28. — 2 Id., ibid.

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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Mar 18 Juil 2017, 7:40 am

Étude des langues.

Le charitable et dévoué Père le Jeune, qui se rendait tous les jours à leur maison pour leur enseigner les langues sauvages, ne parle qu'avec admiration de « ce petit séjour de bonheur. »

« Je vous laisse à penser, dit-il, combien sont grandes les incommodités qui proviennent d'un lieu si rétréci; mais je puis dire que la joie que nos Ursulines reçoivent essuie tellement leurs ennuis, que leur esprit ne ressent rien de cette prison. »

Qu'ils sont touchants, en effet, les détails de leurs travaux et de leur ingénieuse charité envers les sauvages, pendant les trois années qu'elles passèrent dans cette étroite enceinte !

Ces sauvages, qui habitaient alors Québec et  ses environs, étaient pour la plupart des Algonquins, dont les terres de chasse étaient au nord du grand fleuve, du Saguenay à l'Outaouais. Il y avait aussi des Hurons : de là la nécessité d'étudier les langues de ces deux tribus à la fois. Notre Mère Marie de l'Incarnation se mit à l'étude de la langue des Algonquins, tandis que la Mère de Saint-Joseph et la Mère Sainte-Croix étudièrent spécialement celle des Hurons, les unes et les autres, sous la direction de leur infatigable instituteur; et tels furent leur ardeur et leur succès, qu'en moins de deux mois on les jugea capables d'enseigner la doctrine chrétienne aux pauvres enfants des bois.

« Je n'eusse jamais osé avoir seulement la pensée de pouvoir parvenir à enseigner nos chers néophytes, écrivait notre vénérée Mère, et néanmoins notre bon Maître me donne de la facilité à le faire en leur langue. Je vous avoue qu'il y a bien des épines à apprendre un langage si contraire au nôtre, et pourtant on se rit de moi quand je dis qu'il y a de la peine; car on me représente que si la peine était si grande, je n'y aurais pas tant de facilité. Mais, croyez-moi, le désir de parler fait beaucoup : je voudrais faire sortir mon cœur par ma langue, pour dire à mes chers néophytes ce qu'il sent de l'amour de Dieu et de Jésus notre bon Maître 1. »

Toutefois l'épreuve, qui est ici-bas le partage des élus, ne tarda pas à venir visiter la maison nouvelle….
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1 Les Ursulines de Québec, t. Ier, p. 29.

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Message  Louis le Mer 19 Juil 2017, 7:44 am

Maladies et dévouements.

Toutefois l'épreuve, qui est ici-bas le partage des élus, ne tarda pas à venir visiter la maison nouvelle.

Dès la fin du mois d'août de cette année  1639, la petite vérole, qui s'était déjà déclarée parmi les sauvages, se répandit avec une rapidité effrayante, tant dans l'habitation de Sillery qu'à l'hôpital que venaient d'établir temporairement dans cette localité les religieuses Hospitalières. Les Ursulines ne furent point épargnées. Leur pauvre petit couvent de la basse ville fut bientôt complètement envahi par la contagion.

« Cette petite maison, dit la Mère Marie de l'Incarnation, fut changée en un hôpital par la maladie de la petite vérole qui se prit aux filles sauvages, qui l'eurent toutes jusqu'à trois fois, et dont quatre moururent. Nous nous attendions toutes de tomber malades, tant parce que cette maladie était une contagion, qu'à cause que nous étions jour et nuit à les assister, et que le peu de logement que nous avions nous obligeait d'être continuellement les unes avec les autres. Mais Notre-Seigneur nous assista si puissamment, qu'aucune ne fut incommodée. Comme nous n'avions pas encore de meubles, tous les lits étaient sur le plancher, en si grand nombre qu'il nous fallait passer incessamment par-dessus les malades, et, dans cette nécessité, la divine Majesté nous donnait un si grand courage, qu'aucune de nous n'avait de dégoût des maux et de la saleté des sauvages. Madame notre fondatrice même voulut tenir le premier rang dans ces pratiques de charité, et, quoiqu'elle fût délicate, elle s'employait avec un zèle merveilleux dans les offices les plus humbles et les plus rebutants 1. »

Cette affreuse maladie ne disparut qu'au mois de février 1640. Les pauvres Mères commencèrent alors à respirer un peu ; mais elles n'avaient plus de linge blanc ni de hardes dans la maison : les draps et les serviettes, les guimpes et les bandeaux, tout avait été employé à panser les malades, la plupart couverts d'ulcères dégoûtants. Ce ne fut qu'au mois de juin qu'à l'aide des effets apportés par les vaisseaux, elles purent se vêtir un peu plus convenablement. Ainsi s'immolaient, dans leur étroite maison, ces anges visibles du monastère.

Leur seule crainte, en cette circonstance pénible, était que l'appréhension de la maladie n'éloignât leurs séminaristes 1. « Les sauvages qui ne sont pas chrétiens, écrivait en 1640 notre vénérée Mère à une dame de qualité…
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1 Les Ursulines de Québec, t. Ier p. 29, 30. — 1 On entendait par « séminaristes » les élèves sauvages.

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Message  Louis le Jeu 20 Juil 2017, 7:23 am

Maladies et dévouements.
(suite)

« Les sauvages qui ne sont pas chrétiens, écrivait en 1640 notre vénérée Mère à une dame de qualité dont on ne nous a pas conservé le nom, sont dans cette erreur, que c'est le baptême, l'instruction et la demeure parmi les Français qui sont cause de cette mortalité ; ce qui nous faisait croire qu'on ne nous donnerait plus de filles, et qu'on retirerait celles que nous avions déjà. Mais la providence de Dieu y pourvut avec tant de bonté, que les sauvages mêmes vinrent au-devant pour nous prier de prendre leurs filles ; de sorte que si nous avions des vivres et des habits, nous pourrions en recevoir un très grand nombre, quoique nous soyons extrêmement pressées pour les bâtiments. Si Dieu touche le cœur de quelques âmes saintes pour nous aider à nous bâtir une maison proche des sauvages, comme nous en avons le dessein, nous en aurons une grande quantité. Il nous tarde que cette heure soit venue, pour pouvoir faire plus parfaitement les choses pour lesquelles Notre-Seigneur nous a envoyées dans ce bienheureux pays. Madame notre fondatrice est toute pleine de bonne volonté pour nous et pour nous bâtir un monastère; mais ses parents ne lui permettent pas d'agir selon l'étendue de son zèle. Pour l'amour de Jésus-Christ que vous aimez, Madame, rendez-vous la médiatrice des pauvres filles sauvages. Un grand nombre va se perdre si nous ne les retirons de ce malheur ; et nous ne le pouvons faire à cause de notre impuissance, tant du vivre que du logement.

« On parle de nous donner deux filles huronnes, avec deux Algonquines, outre dix-huit dont notre séminaire a été rempli, sans parler des filles externes qui y viennent continuellement. Je vous dirai, Madame, que l'on ne croira que difficilement en France les bénédictions que Dieu verse sur ce petit séminaire. Sans parler des femmes et des filles sauvages qui ont permission d'entrer au lieu destiné à l'instruction des Français et des séminaristes, les hommes nous visitent au parloir, où nous tâchons de leur faire la même charité qu'à leurs femmes; et ce nous est une consolation bien sensible de nous ôter le pain de la bouche pour le donner à ces pauvres gens, afin de leur inspirer l'amour de Notre-Seigneur. Après l'instruction et les prières, nous leur faisons festin à leur mode. La faim qu'ils ont est l'horloge qui fait juger de l'heure du repas, de sorte que, disposant à manger pour nos séminaristes, il faut aussi penser à ceux qui doivent survenir. Cela se fait particulièrement l'hiver, lorsque les vieilles gens ne peuvent suivre les sauvages à la chasse ; car, si l'on n'avait soin d'eux en ce temps-là, ils mourraient de faim dans les cabanes. Dieu nous a fait la grâce de les pouvoir assister ainsi jusqu'au printemps, et ce nous sera une singulière consolation de pouvoir continuer à le faire avec le secours des personnes charitables de France, sans lesquelles cela nous sera absolument impossible. Je vous en assure, Madame, cette dépense n'est pas croyable. Nous avions apporté des habits pour deux ans ; tout a été employé dès cette année, de sorte même que, n'ayant plus de quoi les vêtir, nous avons été obligées de leur donner une partie des nôtres. »

Et dans une autre lettre de cette même année, notre vénérable Mère disait encore…

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Re: Mère Marie de l'Incarnation, Ière Supérieure des Ursulines de Québec.

Message  Louis le Ven 21 Juil 2017, 7:39 am

Maladies et dévouements.

(suite)

Et dans une autre lettre de cette même année, notre vénérable Mère disait encore :

« Je pensais que, cette année, nous manquerions de tout, à cause de notre extrême pauvreté ; mais M. Marchand 1 nous a envoyé de quoi vêtir nos séminaristes, un ciboire, et des outils pour le travail. Les bonnes Mères de la Visitation de Paris nous ont envoyé un présent de la valeur de plus de deux cent cinquante livres ; nos chères Mères de Tours et de Loches nous ont fait une bonne aumône ; nos amis de Tours s'y sont joints; tout cela nous a tirées de la nécessité où nous étions d'employer nos tours de lits à faire des habits à nos filles, selon la résolution que nous avions prise. Voilà donc ce que la divine Providence fait pour ses enfants, et je vous assure qu'elle a pour nous un soin tout particulier. Les habitants de Québec nous donnent des légumes et autres semblables rafraîchissements, en sorte que nous sommes trop à notre aise. Nous avons passé cet hiver aussi doucement qu'en France, et quoique nous soyons pressées dans un petit trou où il n'y a point d'air, nous n'y avons point été malades, et jamais je ne me sentis si forte. Si en France on ne mangeait que du lard et du poisson salé comme nous faisons ici, on serait malade et on n'aurait point de voix ; nous nous portons fort bien et nous chantons mieux qu'on ne fait en France. L'air est excellent; aussi est-ce un paradis terrestre, où les croix et les épines naissent si amoureusement, que, plus on est piqué, plus le cœur est rempli de douceur 1. »

Ce qui augmentait encore les difficultés des débuts des vaillantes Ursulines, c'est qu'elles ne purent, pendant trois ans, se procurer le secours d'aucune bonne sœur converse. Mlle Barré, il est vrai, qui était attachée au service de Mme de la Peltrie, se dévouait de son mieux aux soins de la maison et des petites sauvages. Avec elle, et avec non moins de zèle,  Mme de  la Peltrie elle-même prenait une large part aux travaux domestiques, balayant la maison, faisant la cuisine, lavant la vaisselle, etc. Mais ces généreux dévouements ne pouvaient répondre à toutes les nécessités, et nos Ursulines étaient obligées de se multiplier sans cesse. Toutefois aucune d'entre elles ne surpassait en ardeur et en zèle Mme de la Peltrie. C'était surtout à peigner et à nettoyer les filles sauvages qu'on la voyait se livrer avec plaisir.

« Quand on nous les donne, disait la Mère de l'Incarnation, il faut les laver depuis la tête jusqu'aux pieds, à cause de la graisse dont leurs parents les oignent par tout le corps; et quelque diligence qu'on fasse, et quoiqu'on les change souvent de linge et d'habits, on ne peut de longtemps les épuiser de la vermine. Une sœur emploie une partie du jour à cela. C'est un office que chacune ambitionne avec empressement ; celle qui l'emporte s'estime riche d'un si heureux sort, celles qui en sont privées s'en estiment indignes et demeurent dans l'humilité. Madame notre fondatrice l'a exercé presque toute l'année ; aujourd'hui c'est la Mère Marie de Saint-Joseph qui jouit de ce bonheur 1. »

Cependant les petites fêtes de famille ne manquaient pas en ce séjour de dévouement et de sacrifices…
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1 Bourgeois de Tours d'une haute piété. — 1 Les Ursulines de Québec, p. 33 et suiv. — 1Les Ursulines de Québec, p. 33, 34.

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