SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

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SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Ven 03 Fév 2017, 9:39 am

Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre VII— LES DIEUX CHOISIS. — Table des Matières. a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.



LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.

Argument. — Saint Augustin s’attache à l’examen des dieux choisis de la théologie civile, Janus, Jupiter, Saturne et les autres;

il démontre que le culte rendu à ces dieux n’est d’aucun usage pour acquérir la félicité éternelle.




→  nota: Voilà la table des matières du Livre VIIe; je viendrai, de temps à autre, mettre les liens correspondants.



PRÉFACE.

Chapitre PREMIER. SI LE CARACTÈRE DE LA DIVINITÉ, LEQUEL N’EST POINT DANS LA THÉOLOGIE CIVILE, SE RENCONTRE DANS LES DIEUX CHOISIS.

Chapitre II. QUELS SONT LES DIEUX CHOISIS ET SI ON LES REGARDE COMME AFFRANCHIS DES FONCTIONS DES PETITES DIVINITÉS.  

Chapitre III. ON NE PEUT ASSIGNER AUCUN MOTIF RAISONNABLE DU CHOIX QU’ON A FAIT DE CERTAINS DIEUX D’ÉLITE, PLUSIEURS DES DIVINITÉS INFÉRIEURES AYANT DES FONCTIONS PLUS RELEVÉES QUE LES LEURS. (à suivre)  

Chapitre III. ON NE PEUT ASSIGNER AUCUN MOTIF RAISONNABLE DU  CHOIX QU’ON A FAIT DE CERTAINS DIEUX D’ÉLITE, PLUSIEURS DES DIVINITÉS INFÉRIEURES AYANT DES FONCTIONS PLUS RELEVÉES QUE LES LEURS. (fin)  

Chapitre IV. ON A MIEUX TRAITÉ LES DIEUX INFÉRIEURS, QUI NE SONT SOUILLÉS D’AUCUNE INFAMIE, QUE LES DIEUX CHOISIS, CHARGÉS DE MILLE TURPITUDES.

CHAPITRE V. DE LA DOCTRINE SECRÈTE DES PAÏENS ET DE LEUR  EXPLICATION DE LA THÉOLOGIE PAR LA PHYSIQUE.

Chapitre VI. DE CETTE OPINION DE VARRON QUE DIEU EST L’ÂME DU MONDE ET QU’IL COMPREND EN SOI UNE MULTITUDE D’ÂMES PARTICULIÈRES DONT L’ESSENCE EST DIVINE.  

Chapitre VII. ÉTAIT-IL RAISONNABLE DE FAIRE DEUX DIVINITÉS DE JANUS ET DE TERME ?  

Chapitre VIII. POURQUOI LES ADORATEURS DE JANUS LUI ONT  DONNÉ TANTÔT DEUX VISAGES ET TANTÔT QUATRE.  

Chapitre IX. DE LA PUISSANCE DE JUPITER, ET DE CE DIEU COMPARÉ À JANUS.

Chapitre X. S’IL ÉTAIT RAISONNABLE DE DISTINGUER JANUS DE JUPITER.  

Chapitre XI. DES DIVERS SURNOMS DE JUPITER, LESQUELS NE SE RAPPORTENT PAS À PLUSIEURS DIEUX, MAIS À UN SEUL  

Chapitre XII. JUPITER EST AUSSI APPELÉ PECUNIA.  

Chapitre XIII. SATURNE ET GÉNIUS NE SONT AUTRES QUE JUPITER.  

Chapitre XIV. DES FONCTIONS DE MERCURE ET DE MARS.  

Chapitre XV. DE QUELQUES ÉTOILES QUE LES PAÏENS ONT DÉSIGNÉES PAR LES NOMS DE LEURS DIEUX.    

Chapitre XVI. D’APOLLON, DE DIANE ET DES AUTRES DIEUX CHOISIS.

Chapitre XVII. VARRON LUI-MÊME A DONNÉ COMME DOUTEUSES SES OPINIONS TOUCHANT LES DIEUX.

Chapitre XVIII. QUELLE EST LA CAUSE LA PLUS VRAISEMBLABLE DE LA PROPAGATION DES ERREURS DU PAGANISME.  

Chapitre XIX. DES EXPLICATIONS QU’ON DONNE DU CULTE DE SATURNE.  

Chapitre XX. DES MYSTÈRES DE CÉRÈS ÉLEUSINE.  

Chapitre  XXI. DE L’INFAMIE DES MYSTÈRES DE LIBER OU BACCHUS.

Chapitre XXII. DE NEPTUNE, DE SALACIE ET DE VÈNILIE.

Chapitre XXIII. DE LA TERRE, QUE VARRON REGARDE COMME UNE DÉESSE, PARCE QU’À  SON AVIS L’ÂME DU MONDE, QUI EST DIEU, PÉNÈTRE  JUSQU’À CETTE PARTIE INFÉRIEURE DE SON CORPS ET LUI COMMUNIQUE UNE FORCE DIVINE.  

Chapitre XXIV. SUR L’EXPLICATION QU’ON DONNE DES DIVERS NOMS DE LA TERRE, LESQUELS DÉSIGNENT, IL EST VRAI, DIFFÉRENTES VERTUS; MAIS N’AUTORISENT PAS L’EXISTENCE DE DIFFÉRENTES DIVINITÉS.  

Chapitre XXV. QUELLE EXPLICATION LA SCIENCE DES SAGES DE LA GRÂCE A IMAGINÉE DE LA MUTILATION D’ATYS.  

Chapitre XXVI. INFAMIES DES MYSTÈRES DE LA GRANDE MÈRE.  

Chapitre XXVII. SUR LES EXPLICATIONS PHYSIQUES DONNÉES PAR CERTAINS PHILOSOPHES QUI NE CONNAISSENT NI LE VRAI DIEU NI LE CULTE QUI LUI EST DÛ.  

Chapitre XXVIII. LA THÉOLOGIE DE VARRON PARTOUT EN CONTRADICTION AVEC ELLE-MÊME.

Chapitre XXIX. IL FAUT RAPPORTER À UN SEUL VRAI DIEU TOUT CE QUE LES PHILOSOPHES ONT RAPPORTÉ AU MONDE ET À SES PARTIES.  

Chapitre XXX. UNE RELIGION ÉCLAIRÉE DISTINGUE LES CRÉATURES DU CRÉATEUR, AFIN DE NE PAS ADORER, A LA PLACE DU CRÉATEUR, AUTANT DE DIEUX QU’IL Y A DE CRÉATURES.  

Chapitre XXXI. QUELS BIENFAITS PARTICULIERS DIEU AJOUTE EN FAVEUR DES SECTATEURS  DE LA VÉRITÉ À CEUX QU’IL ACCORDE À TOUS LES HOMMES.  

Chapitre XXXII. LE MYSTÈRE DE L’INCARNATION N’A MANQUÉ À AUCUN DES SIÈCLES PASSÉS, ET PAR DES SIGNES DIVERS IL A TOUJOURS ÉTÉ ANNONCÉ AUX HOMMES.  

Chapitre XXXIII. LA FOURBERIE DES DÉMONS, TOUJOURS PRÊTS À SE RÉJOUIR DES  ERREURS DES HOMMES, N’A PU ÊTRE DÉVOILÉE QUE PAR LA RELIGION CHRÉTIENNE.

Chapitre XXXIV. DES LIVRES DE NUMA POMPILIUS, QUE LE SÉNAT FIT BRÛLER POUR NE POINT DIVULGUER LES CAUSES DES INSTITUTIONS RELIGIEUSES.  

Chapitre XXXV. DE L’HYDROMANCIE1 DONT LES DÉMONS SE SERVAIENT POUR TROMPER NUMA EN LUI MONTRANT DANS L’EAU LEURS IMAGES.  

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Dernière édition par ROBERT. le Lun 20 Mar 2017, 10:56 am, édité 38 fois (Raison : mise en forme et ajout de liens.)
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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Ven 03 Fév 2017, 9:40 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, PRÉFACE. a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS


PRÉFACE.


 Si je m’efforce de délivrer les âmes des fausses doctrines qu’une longue et funeste erreur y a profondément enracinées, coopérant ainsi de tout mon pouvoir, avec le secours d’en haut, à la grâce de celui qui peut tout faire, parce qu’il est le vrai Dieu, j’espère que ceux de mes lecteurs, dont l’esprit plus prompt et plus perçant a jugé les six précédents livres suffisants pour cet objet, voudront bien écouter avec patience ce qui me reste à dire encore, et, en considération des personnes moins éclairées, ne pas regarder comme superflu ce qui pour eux n’est pas nécessaire. Il ne s’agit point ici d’une question de médiocre importance: il faut persuader aux hommes que ce n’est point pour les biens de cette vie mortelle, fragile et légère comme une vapeur, que le vrai Dieu veut être servi, bien qu’il ne laisse pas de nous donner tout ce qui est ici-bas nécessaire à notre faiblesse, mais pour la vie bienheureuse de l’éternité.


Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
gras ajoutés.

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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Sam 04 Fév 2017, 12:03 pm

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. I a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE PREMIER.

SI LE CARACTÈRE DE LA DIVINITÉ, LEQUEL

N’EST POINT DANS LA THÉOLOGIE CIVILE,

SE RENCONTRE DANS LES DIEUX CHOISIS.




Que le caractère de la divinité ou (pour mieux rendre le mot grec Theotos) de la déité ne se trouve pas dans la théologie civile exposée en seize livres par Varron, en d’autres termes, que les institutions religieuses du paganisme ne servent de rien pour conduire à la vérité éternelle, c’est ce dont quelques-uns n’auront peut-être pas été entièrement convaincus par ce qui précède; mais j’ai lieu de croire qu’après avoir lu ce qui va suivre, ils n’auront plus aucun éclaircissement à désirer. Les personnes que j’ai en vue ont pu en effet, s’imaginer qu’on doit au moins servir pour la vie bienheureuse, c’est-à-dire pou la vie éternelle, ces dieux choisis que Varron a réservés pour son dernier livre et dont j’ai encore très-peu parlé. Or, je me garderai de leur opposer ce mot plus mordant que vrai de Tertullien: "Si on choisit les dieux comme on fait les oignons, tout ce qu’on ne prend pas est de rebut 1". Non, je ne dirai pas cela, car il peut arriver que même dans une élite on fasse encore un choix pour quelque fin plus excellente et plus relevée, comme à la guerre on s’adresse pour un coup de main aux jeunes soldats et parmi eux aux plus braves.



De même, dans l’Église, quand on fait choix de certains hommes pour être pasteurs, ce n’est pas à dire que le reste des fidèles soit réprouvé, puisqu’il n’en est pas un qui n’ait droit au nom d’élu. C’est ainsi encore qu’en construisant un édifice on choisit les grosses pierres pour les angles, sans pour cela rejeter les autres, qui trouvent également leur emploi; et enfin, quand on réserve certaines grappes de raisin pour les manger, on n’en garde pas moins les autres pour en faire du vin. Il est inutile de pousser plus loin les exemples. Je dis donc qu’il ne s’ensuit pas, de ce que dans la multitude des dieux païens on en a distingué quelques-uns, qu’il y ait à blâmer ni l’auteur qui rapporte ce choix, ni ceux qui l’ont fait, ni les divinités préférées: il s’agit seulement d’examiner quelles sont ces divinités et pourquoi elles ont été l’objet d’une préférence.
 

-------------------------------------------


1. Tertullien, Contra Nation., lib. II, cap. 9.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Dim 05 Fév 2017, 9:51 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. II a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE II.

QUELS SONT LES DIEUX CHOISIS ET SI ON LES REGARDE

COMME AFFRANCHIS DES FONCTIONS DES PETITES DIVINITÉS.  




Voici les dieux choisis que Varron a compris en un seul livre: Janus, Jupiter, Saturne, Genius, Mercure, Apollon, Mars, Vulcain, Neptune, le Soleil,  Orcus, Liber, la Terre, Cérès, Junon, la Lune, Diane, Minerve, Vénus et Vesta; vingt en tout, douze mâles et huit femelles. Je demande pourquoi ces divinités sont appelées choisies: est-ce parce qu’elles ont des fonctions d’un ordre supérieur dans l’univers ou parce qu’elles ont été plus connues des hommes et ont reçu de plus grands honneurs? Si c’est la grandeur de leurs emplois qui les distingue, on ne devrait pas les trouver mêlées dans cette populace d’autres divinités chargées des soins les plus bas et les plus minutieux. Par où commencent, en effet, les petites fonctions réparties entre tous ces petits dieux ? À la conception d’un enfant.



Or, Janus intervient ici pour ouvrir une issue à la semence. La matière de cette semence regarde Saturne. Il  faut aussi Liber pour aider l’homme à s’en délivrer et Libera, qu’ils identifient avec Vénus, pour rendre à la femme le même service. Tous ces dieux sont au nombre des dieux choisis; mais voici Mena, qui préside aux mois des femmes, déesse assez peu connue, quoique fille de Jupiter 1. Et cependant Varron, dans le livre des dieux choisis, confère cet emploi à Junon, qui n’est pas seulement une divinité d’élite, mais la reine des divinités; toute reine qu’elle soit, elle n’en préside pas moins aux mois des femmes, conjointement avec Mena, sa belle-fille. Je trouve encore ici deux autres dieux des plus obscurs, Vitumnus et Sentinus, dont l’un donne la vie, et l’autre le sentiment au nouveau-né 2. Aussi bien, si peu considérables qu’ils soient, ils font beaucoup plus que toutes ces autres divinités patriciennes et choisies; car sans la vie et le sentiment, qu’est-ce, je vous prie, que ce fardeau qu’une femme porte dans son sein, sinon un misérable mélange très-peu différent de la poussière et du limon ?



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1. Sur la déesse Mena, voyez plus haut, livre VI, ch. 9, et livre IV, ch. II. ― 2. Comparez Tertullien, Contra Nat., lib, II, cap. 11.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
gras ajoutés.

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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Lun 06 Fév 2017, 10:53 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. III a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE III.

ON NE PEUT ASSIGNER AUCUN MOTIF RAISONNABLE DU

CHOIX QU’ON A FAIT DE CERTAINS DIEUX D’ÉLITE,

PLUSIEURS DES DIVINITÉS INFÉRIEURES AYANT

DES FONCTIONS PLUS RELEVÉES QUE LES LEURS. (à suivre)  




D’où vient donc que tant de dieux choisis se sont abaissés à de si petits emplois, au point même de jouer un rôle moins considérable que des divinités obscures, telles que Vitumnus et Sentinus ? Voilà Janus, dieu choisi, qui introduit la semence et lui ouvre pour ainsi dire la porte; voilà Saturne, autre dieu choisi, qui fournit la semence même; voilà Liber, encore un dieu choisi, qui aide l’homme à s’en délivrer, et Libera, qu’on appelle aussi Cérès ou Vénus, qui rend à la femme le même service; enfin, voilà la déesse choisie Junon, qui procure le sang aux femmes pour l’accroissement de leur fruit, et elle ne fait pas seule cette besogne, étant assistée de Mena, fille de Jupiter; or, en même temps, c’est un Vitumnus, un Sentinus, dieux obscurs et sans gloire, qui donnent la vie et le sentiment : fonctions éminentes, qui surpassent autant celles des autres dieux que la vie et le sentiment sont surpassés eux-mêmes par l’intelligence et la raison. Car autant les êtres intelligents et raisonnables l’emportent sur ceux qui sont réduits, comme les bêtes, à vivre et à sentir, autant les êtres vivants et sensibles l’emportent sur la matière insensible et sans vie. Il était donc plus juste de mettre au rang des dieux choisis Vitumnus et Sentinus, auteurs de la vie et du sentiment, que Janus, Saturne, Liber et Libera, introducteurs, pourvoyeurs ou promoteurs d’une vile semence qui n’est rien tant qu’elle n’a pas reçu le sentiment et la vie.



N’est-il pas étrange que ces fonctions d’élite soient retranchées aux dieux d’élite pour être conférées à des dieux très-inférieurs en dignité et à peine connus ? On répondra peut-être que Janus préside à tout commencement et qu’à ce titre on est fondé à lui attribuer la conception de l’enfant; que Saturne préside à toute semence et qu’en cette qualité il a droit à ce que la semence de l’homme ne soit pas retranchée de ses attributions; que Liber et Libera président à l’émission de toute semence, et que par conséquent celle qui sert à propager l’espèce humaine tombe sous leur juridiction; que Junon, enfin, préside à toute purgation, à toute délivrance, et que dès lors elle ne peut rester étrangère aux purgations et à la délivrance des femmes; soit, mais alors que répondra-t-on sur Vitumnus et Sentinus, quand je demanderai si ces dieux président, oui ou non, à tout ce qui a vie et sentiment ? Dira-t-on qu’ils y président ? C’est leur donner une importance infinie; car, tandis que tout ce qui naît d’une semence naît dans la terre ou sur la terre, vivre et sentir, suivant les païens, sont des privilèges qui s’étendent jusqu’aux astres mêmes dont ils ont fait autant de dieux. Dira-t-on, au contraire, que le pouvoir de Vitumnus et de Sentinus se termine aux êtres qui vivent dans la chair et qui sentent par des organes ?



Mais alors pourquoi le dieu qui donne la vie et le sentiment à toutes choses ne les donne-t-il pas aussi à la chair? Pourquoi toute génération n’est-elle pas comprise dans son domaine ? Et qu’est-il besoin de Vitumnus et de Sentinus ? Que si le dieu de la vie universelle a confié à ces petits dieux, comme à des serviteurs, les soins de la chair, comme choses basses et secondaires, d’où vient que tous ces dieux choisis sont si mal pourvus de domestiques, qu’ils n’ont pu se décharger aussi sur eux de mille détails infimes, et qu’en dépit de toute leur dignité, ils ont été obligés de vaquer aux mêmes fonctions que les divinités du dernier ordre ? Ainsi Junon, déesse choisie, reine des dieux, sœur et femme de Jupiter, partage, sous le nom d’Iterduca, le soin de conduire les enfants avec deux déesses de la plus basse qualité, Abéona et Adéona 1. On lui adjoint encore la déesse Mens 2, chargée de donner bon esprit aux enfants, et qui néanmoins n’a pas été mise au rang des divinités choisies, quoiqu’un bon esprit soit assurément le plus beau présent qu’on puisse faire à l’homme. Chose singulière ! L’honneur qu’on refuse à Mens, on l’accorde à Junon Iterduca et Domiduca 3, comme s’il servait de quelque chose de ne pas s’égarer en chemin et de revenir chez soi, quand on n’a pas l’esprit comme il faut. Certes, la déesse qui le rend bien fait méritait d’être préférée à Minerve, à qui on a donné, parmi tant de menues fonctions, celle de présider à la mémoire des enfants. Qui peut douter qu’il ne vaille beaucoup mieux avoir un bon esprit que de posséder la meilleure mémoire ? Nul ne saurait être méchant avec un bon esprit, au lieu qu’il y a de très méchantes personnes qui ont une mémoire admirable, et elles sont d’autant plus méchantes qu’elles peuvent moins oublier leurs méchantes pensées. Cependant Minerve est du nombre des dieux choisis, tandis que Mens est perdue dans la foule des petits dieux. Que n’aurais-je pas à dire de la Vertu et de la Félicité, si je n’en avais déjà beaucoup parlé au quatrième livre ? On en a fait des déesses, et…
(à suivre)  


----------------------------------------------


1. Voyez plus haut, livre IV, ch. 21.―2. On sait que mens signifie esprit, intelligence.―3. Junon était appelée Domiduca (ducere, conduire, domi, à la maison) comme conduisant l’épousée à la maison conjugale.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Mar 07 Fév 2017, 9:48 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. III a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE III.

ON NE PEUT ASSIGNER AUCUN MOTIF RAISONNABLE DU

CHOIX QU’ON A FAIT DE CERTAINS DIEUX D’ÉLITE,

PLUSIEURS DES DIVINITÉS INFÉRIEURES AYANT

DES FONCTIONS PLUS RELEVÉES QUE LES LEURS. (fin)  




(fin) On en a fait des déesses, et néanmoins on n’a pas voulu les mettre au rang des divinités d’élite, bien qu’on y mît Mars et Orcus, dont l’un est chargé de faire des morts et l’autre de les recevoir. Puis donc que nous voyons les dieux d’élite confondus dans ces fonctions mesquines avec les dieux inférieurs, comme des membres du sénat avec la populace, et que même quelques-uns de ces petits dieux ont des offices plus importants et plus nobles que les dieux qu’on appelle choisis, il s’ensuit que ceux-ci n’ont pas mérité leur rang par la grandeur de leurs emplois dans le gouvernement du monde, mais qu’ils ont eu seulement la bonne fortune d’être plus connus des peuples.


C’est ce qui fait dire à Varron lui-même qu’il est arrivé à certains dieux et à certaines déesses du premier ordre de tomber dans l’obscurité, comme cela se voit parmi les hommes. Mais alors, si on a bien fait de ne pas placer la Félicité parmi les dieux choisis, parce que c’est le hasard et non le mérite qui a donné à ces dieux leur rang, au moins fallait-il placer avec eux, et même au-dessus d’eux, la Fortune, qui passe pour dispenser au hasard ses faveurs. Évidemment elle avait droit à la première place parmi les dieux choisis; c’est envers eux, en effet, qu’elle a montré ce dont elle est capable, tous ces dieux ne devant leur grandeur ni à l’éminence de leur vertu, ni à une juste félicité, mais à la puissance aveugle et téméraire de la Fortune, comme parlent ceux qui les adorent. N’est-ce pas aux dieux que fait allusion l’éloquent Salluste, quand il dit: "La Fortune gouverne le monde; c’est elle qui met tout en lumière et qui obscurcit tout, plutôt par caprice que par raison 1".



Je défie les païens, en effet, d’assigner la raison qui fait que Vénus est en lumière, tandis que la Vertu, déesse comme elle et d’un tout autre mérite, est dans l’obscurité. Dira-t-on que l’éclat de Vénus vient de la masse de ses adorateurs, beaucoup plus nombreux, en effet, que ceux de la Vertu? Mais alors pourquoi Minerve est-elle si renommée, et la déesse Pecunia si inconnue 2 ? Car assurément la science est beaucoup moins recherchée par les hommes que l’argent, et entre ceux qui cultivent les sciences et les arts, il en est bien peu qui ne s’y proposent la récompense et le gain. Or, ce qui importe avant tout, c’est la fin qu’on poursuit en faisant une chose, plutôt que la chose même qu’on fait. Si donc l’élection des dieux a dépendu de la populace ignorante, pourquoi la déesse Pecunia n’a-t-elle pas été préférée à Minerve, la plupart des hommes ne travaillant qu’en vue de l’argent ?



Et si, au contraire, c’est un petit nombre de sages qui a fait le choix, pourquoi la Vertu n’a-t-elle pas été préférée à Vénus, quand la raison lui donne une préférence si marquée ?  La Fortune tout au moins, qui domine le monde, au sentiment de ceux qui croient à son immense pouvoir, la Fortune, qui met au grand jour ou obscurcit toute chose plutôt par caprice que par raison, s’il est vrai qu’elle ait eu assez de puissance sur les dieux eux-mêmes pour les rendre à son gré célèbres ou obscurs, la Fortune, dis-je, devrait occuper parmi les dieux choisis la première place. Pourquoi ne ta-t-elle pas obtenue ? Serait-ce qu’elle a eu la fortune contraire ? Voilà la fortune contraire à elle-même; la voilà qui sait tout faire pour élever les autres et ne sait rien faire pour soi.




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1. Salluste, Conj. Catil., cap. 8. ―2. La déesse Pecunia n’avait point de temple. Voyez Juvénal, Saturnales I, v.113-114.




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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Mer 08 Fév 2017, 9:57 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. IV a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE IV.

ON A MIEUX TRAITÉ LES DIEUX INFÉRIEURS,

QUI NE SONT SOUILLÉS D’AUCUNE INFAMIE,

QUE LES DIEUX CHOISIS, CHARGÉS DE MILLE TURPITUDES.




Je concevrais qu’un esprit amoureux de l’éclat et de la gloire félicitât les dieux choisis de leur grandeur et les regardât comme heureux, s’il pouvait ignorer que cette grandeur même leur est plus honteuse qu’honorable. En effet, la foule des petites divinités est protégée contre l’opprobre par son obscurité bien qu’il soit difficile de ne pas rire quand on voit cette troupe de dieux occupés aux différents emplois que leur a départis la fantaisie humaine: semblables à l’armée des petits fermiers d’impôts 1, ou encore à ces nombreux ouvriers qui, dans la rue des Orfèvres, travaillent à un seul vase, où chacun met un peu du sien, quand il suffirait d’un habile homme pour l’achever; mais on a jugé que le meilleur emploi de cette multitude d’ouvriers, c’était de leur diviser le travail, afin que chacun fît sa part de l’œuvre avec promptitude et facilité, au lieu d’acquérir par un long et pénible labeur le talent d’accomplir l’œuvre tout entière.



Quoi qu’il en soit, il en est fort peu parmi ces petits dieux dont la réputation ait souffert quelque atteinte, au lieu, qu’on aurait de la peine à citer un seul des grands dieux qui ne soit déshonoré par quelque infamie. Les grands dieux sont descendus aux basses fonctions des petits; mais les petits dieux ne se sont pas élevés aux crimes sublimes des grands. Pour Janus, il est vrai, je ne vois pas qu’on dise rien de lui qui souille son honneur, et peut-être a-t-il mené une meilleure vie que les autres. Il fit bon accueil à Saturne fugitif et partagea avec lui son royaume, d’où prirent naissance les deux villes de Janiculum et de Saturnia  1; mais les païens, empressés de mettre à tout prix du scandale dans le culte de leurs dieux, ont déshonoré l’image de celui-ci, faute de pouvoir déshonorer sa vie; ils l’ont représenté avec un corps double et monstrueux, ayant deux et même quatre visages. Serait-ce par hasard qu’il a fallu donner du front en abondance à ce dieu vertueux, les autres dieux n’en ayant pas assez pour rougir de leur turpitude ?




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1. Selon Du Cange, ces petits fermier, d’impôts, minuscularii, dont parle saint Augustin, servaient d’intermédiaires entre les contribuables et un petit nombre de gros fermiers qui avaient l’entreprise générale de l’impôt. Comparez Facciolati au mot minuscularius.―  1. Voyez Ovide,Fastes, livre I, vers 365 et seq.; et Virgile, Enéide, livre VIII, vers 357-358.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Jeu 09 Fév 2017, 9:35 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. V a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE V.

DE LA DOCTRINE SECRÈTE DES PAÏENS ET DE LEUR

EXPLICATION DE LA THÉOLOGIE PAR LA PHYSIQUE.




Mais écoutons les explications physiques dont ils se servent pour couvrir des apparences d’une doctrine profonde la turpitude de leurs misérables superstitions. Varron prétend que les statues des dieux, leurs attributs et leurs ornements ont été institués par les anciens, afin que les esprits initiés au sens mystérieux de ces symboles pussent, en les voyant, s’élever à la contemplation de l’âme du monde et de ses parties, c’est-à-dire à la connaissance des dieux véritables. Si on a représenté la divinité sous une figure humaine, c’est, selon lui, parce que l’esprit qui anime le corps de l’homme est semblable à l’esprit divin. Supposez, dit-il, qu’on se serve de différents vases pour distinguer les dieux, un œnophore 2 placé dans le temple de Bacchus servira à désigner le vin; le contenant sera le signe du contenu; c’est ainsi qu’une statue de forme humaine est le symbole de l’âme raisonnable dont le corps humain est comme le vase et qui par son essence est semblable à l’âme des dieux.



Voilà les mystères de doctrine où Varron avait pénétré et qu’il a voulu révéler au monde. Mais, je vous le demande, ô habile homme ! N’auriez-vous pas égaré dans ces profondeurs le sens judicieux qui vous faisait dire tout à l’heure que les premiers instituteurs du culte des idoles ont ôté aux peuples la crainte pour la remplacer par la superstition, et que les anciens qui n’avaient point d’idoles adoraient les dieux d’un culte plus pur ? C’est l’autorité de ces vieux Romains qui vous a donné la hardiesse de parler de la sorte à leurs descendants, et peut-être si l’antiquité eût adoré des idoles, eussiez-vous enseveli dans un silence discret cet hommage à la vérité, et célébré d’une voix plus pompeuse encore et plus complaisante les mystères de sagesse cachés sous une vaine et pernicieuse idolâtrie. Et cependant tous ces mystères n’ont pu élever votre âme, malgré les trésors de science et de lumière que nous aimons à y reconnaître et qui redoublent nos regrets, jusqu’à la connaissance de son Dieu, de ce Dieu qui est son principe créateur et non sa substance, dont elle n’est point une partie, mais une production, qui n’est pas l’âme de toutes choses, mais l’auteur de toutes les âmes et la source unique de la béatitude pour celles qui se montrent touchées de ses dons.



— Au surplus, que signifient au fond et que valent les mystères du paganisme ? C’est ce que nous aurons tout à l’heure à examiner de près. Constatons, dès ce moment, cet aveu de Varron, que l’âme du monde et ses parties sont les dieux véritables; d’où il suit que toute sa théologie, même la naturelle qu’il tient en si haute estime, ne s’est pas élevée au-dessus de l’idée de l’âme raisonnable. Il s’étend du reste fort peu sur cette théologie naturelle dans le livre où il en parle, et nous verrons si, avec ses explications physiologiques, il parvient à y ramener cette partie de la théologie civile qui regarde les dieux choisis. S’il le fait, toute la théologie sera théologie naturelle; et alors quel besoin d’en séparer si soigneusement la théologie civile ? Veut-il que cette séparation soit légitime ? En ce cas, la théologie naturelle, qui lui plaît si fort, n’étant déjà pas la théologie vraie, puisqu’elle s’arrête à l’âme et ne s’élève pas jusqu’au vrai Dieu, créateur de l’âme, à combien plus forte raison la théologie civile sera-t-elle méprisable ou fausse, puisqu’elle s’attache presque uniquement à la nature corporelle, comme on pourra le voir par quelques-unes des savantes et subtiles explications que j’aurai à citer dans la suite.
[b]


----------------------------------


2. Vase pour conserver ou transporter du vin.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Ven 10 Fév 2017, 2:10 pm

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. VI a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE VI.

DE CETTE OPINION DE VARRON QUE DIEU EST

L’ÂME DU MONDE ET QU’IL COMPREND EN SOI UNE

MULTITUDE D’ÂMES PARTICULIÈRES DONT L’ESSENCE EST DIVINE.  




Varron dit encore, dans son introduction à la théologie naturelle, qu’il croit que Dieu est l’âme du monde ou du cosmos, comme parlent les Grecs, et que ce monde est Dieu; mais de même qu’un homme sage, quoique formé d’une âme et d’un corps, est appelé sage à cause de son âme, ainsi le monde est appelé Dieu à cause de l’âme qui le gouverne, bien qu’il soit également composé d’une âme et d’un corps. Il semble ici que Varron reconnaisse en quelque façon l’unité de Dieu; mais pour faire en même temps la part du polythéisme, il ajoute que le monde est divisé en deux parties, le ciel et la terre, le ciel en deux autres, l’éther et l’air, la terre, de même, en eau et en continent; que l’éther occupe la région la plus haute, l’air la seconde, l’eau la troisième, la terre enfin la plus basse région; que ces quatre éléments sont l’emplis d’âmes, le feu et l’air d’âmes immortelles, l’eau et la terre d’âmes mortelles; que dans l’espace qui s’étend depuis la limite circulaire du ciel jusqu’au cercle de la lune habitent les âmes éthérées, qui sont les astres et les étoiles, dieux célestes, visibles aux sens en même temps qu’intelligibles à la raison; qu’entre la sphère lunaire et la partie de l’air où se forment les nuées et les vents habitent les âmes aériennes, que l’esprit conçoit sans que les yeux les puissent voir, c’est-à-dire les héros, les lares, les génies; voilà l’abrégé que nous offre Varron de sa théologie naturelle qui est aussi celle d’un grand nombre de philosophes. Nous aurons à l’examiner à fond, quand ce qui nous reste à dire sur la théologie civile relativement aux dieux choisis aura été conduit à bonne fin, avec la grâce de Dieu.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Sam 11 Fév 2017, 10:59 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. VII a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE VII.

ÉTAIT-IL RAISONNABLE DE FAIRE

DEUX DIVINITÉS DE JANUS ET DE TERME ?  




Je demande d’abord ce que c’est que Janus, qu’on place à la tête de ces dieux choisis ? On me dit: c’est le monde. Voilà une réponse courte et claire assurément; mais pourquoi n’attribue-t-on à Janus que le commencement des choses, tandis qu’on en réserve la fin à un autre dieu nommé Terme ? Car c’est pour cela, dit-on, qu’en dehors des dix mois qui s’écoulent de mars à décembre, on a consacré deux mois à ces divinités, janvier à Janus et février à Terme; d’où vient aussi que les Terminales se célèbrent en février et qu’il s’y fait une cérémonie expiatrice appelée Februum , laquelle a donné au mois son nom 1. Quoi donc ! Est-ce à dire que le commencement des choses appartienne à Janus et que la fin ne lui appartienne pas, étant réservée à un autre dieu ? Mais n’est-il pas reconnu des païens que tout ce qui prend commencement en ce monde y prend également fin ? Voilà une dérision étrange de ne donner à ce dieu qu’une demi-puissance dans la réalité, tandis qu’on donne à sa statue un double visage !



Ne serait-ce pas une explication plus heureuse de cet emblème, de dire que Janus et Terme sont un seul et même dieu dont une face répond au commencement des choses et l’autre à leur fin ? Car on ne peut agir sans considérer ces deux points. Quiconque, en effet, perd de vue le commencement de son action, ne saurait en prévoir la fin, et il faut que l’intention qui regarde l’avenir se lie à la mémoire qui regarde le passé. Autrement, après avoir oublié par où on a commencé, on ne sait plus par où finir. Dira-t-on que si la vie bienheureuse commence dans le monde, elle s’achève ailleurs, et que c’est pour cela que Janus, qui est le monde, n’a de pouvoir que sur les commencements ? Mais à ce compte on aurait dû mettre le dieu Terme au-dessus de Janus, au lieu de l’écarter du nombre des divinités choisies; et même dès cette vie, où l’on partage le commencement et la fin des choses entre Janus et Terme, Terme aurait dû être plus honoré que Janus. C’est en effet quand on touche au terme d’une entreprise qu’on éprouve le plus de joie. Les commencements sont pleins d’inquiétude, et l’âme n’est tranquille qu’en voyant la fin de son action; c’est à la fin qu’elle tend; c’est la fin qu’elle désire, qu’elle espère, qu’elle appelle de ses voeux, et il n’y a de triomphe pour elle que dans le complet achèvement.



--------------------------------------------------


1. Vairon cite cette cérémonie comme une institution de Numa (De lingua lat., lib. VI, § 13[/i]). Sur la fête des Terminales, voyez Ovide, Fastes, livre II, V. 639 et suiv.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Dim 12 Fév 2017, 9:35 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. VIII a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE VIII.

POURQUOI LES ADORATEURS DE JANUS LUI ONT

DONNÉ TANTÔT DEUX VISAGES ET TANTÔT QUATRE.  




 Mais voyons un peu comment on explique cette statue à double face. On dit que Janus a deux visages, l’un devant, l’autre derrière, parce que notre bouche ouverte a quelque ressemblance avec la forme du monde, ce qui fait que les Grecs ont appelé le palais de la bouche ouranos (ciel), comme aussi quelques poètes latins ont donné au ciel le nom de palais 1. Ce n’est pas tout: notre bouche ouverte a deux issues, l’une extérieure du côté des dents; l’autre intérieure vers le gosier. Et voilà ce qu’on a fait du monde avec un mot grec ou poétique qui signifie palais 2! Mais quel rapport y a-t-il entre tout cela et l’âme et la vie éternelle ? Qu’on adore ce dieu seulement pour la salive qui entre ou sort sous le ciel du palais, je le veux bien; mais quoi de plus absurde à des gens incapables de trouver dans le monde deux portes opposées l’une à l’autre et servant à y introduire les choses du dehors et à en rejeter celles du dedans, que de vouloir, de notre bouche et de notre gosier auxquels le monde ne ressemble en rien, figurer le monde sous les traits de Janus, à cause du palais seul auquel Janus ne ressemble pas davantage ? D’autre part, quand on lui donne quatre faces en le nommant double Janus, on veut y voir un emblème des quatre parties du monde; comme si le monde regardait quelque chose hors de soi ainsi que Janus regarde par ses quatre visages !



Et puis, si Janus est le monde et si le monde a quatre parties, il s’ensuit que le Janus à deux faces est une fausse image, ou si elle est vraie en ce sens que l’Orient et l’Occident embrassent le monde entier, l’emblème ne laisse pas d’être faux à un autre point de vue; car en considérant les deux autres parties du monde, le Septentrion et le Midi, nous ne disons pas que le monde est double, comme on appelle double le Janus à quatre visages. Toujours est-il que si on a trouvé dans la bouche de l’homme une analogie avec le Janus à double visage, on ne saurait trouver dans le monde rien qui ressemble aux quatre portes figurées par les quatre visages de Janus; à moins que Neptune n’arrive au secours des interprètes, tenant à la main un poisson qui, outre la bouche et le gosier, nous présente à droite et à gauche la double ouverture de ses ouïes. Et cependant, avec toutes ces portes, il n’en est pas une seule par laquelle l’âme puisse échapper aux vaines superstitions, à moins qu’elle n’écoute la vérité, qui a dit: "Je suis la porte 1 ".



-----------------------------------------------



1. Allusion à cette expression d’Ennius: le palais du ciel, rapportée par Cicéron, De nat. deor., lib.II, cap. 18. ―2. On ne trouve nulle part, ni dans Plutarque, ni dans Macrobe, ni dans Servius, aucune trace de cette étrange théorie du dieu Janus, que saint Augustin paraît emprunter à Varron. ―1. Jean X, 9.




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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Lun 13 Fév 2017, 11:56 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. IX a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE IX.

DE LA PUISSANCE DE JUPITER,

ET DE CE DIEU COMPARÉ À JANUS.




Je voudrais encore savoir quel est ce Jovis qu’ils nomment aussi Jupiter. C’est, disent-ils, le dieu de qui dépendent les causes de tout ce qui se fait dans le monde. Voilà une fonction admirable et dont Virgile exprime fort bien la grandeur dans ce vers célèbre: "Heureux qui a pu connaître les causes des choses ! 2"



Mais d’où vient qu’on place Jupiter après Janus ? Que le docte et pénétrant Varron nous réponde là-dessus:  "C’est, dit-il, que Janus gouverne le commencement des choses, et Jupiter leur accomplissement. Il est donc juste que Jupiter soit estimé le roi des dieux; car si l’accomplissement a la seconde place dans l’ordre du temps, il a la première dans l’ordre de l’importance". Cela serait vrai s’il s’agissait ici de distinguer dans les choses l’origine et le terme de leur développement. Ainsi, partir est l’origine d’une action, arriver en est le terme; l’étude est une action qui commence et qui se termine à la science; or partout, en général, le commencement n’est le premier qu’en date et la perfection est dans la fin. C’est un procès déjà vidé entre Janus et Terme 3 mais les causes dont on donne le gouvernement à Jupiter sont des principes efficients et non des effets; et il est impossible, même dans l’ordre du temps, que les effets et les commencements des effets soient avant les causes; car ce qui fait une chose est toujours antérieur à la chose qui est faite.



Qu’importe donc que les commencements soient gouvernés par Janus ? Ils n’en sont pas pour cela antérieurs aux causes efficientes gouvernées par Jupiter; car de même que rien n’arrive, rien aussi ne commence qui ne soit précédé d’une cause. Si donc c’est ce dieu, arbitre de toutes les causes et de tout ce qui existe et arrive dans la nature, que l’on salue du nom de Jupiter et que l’on adore par tant d’opprobres et d’infamies, je dis qu’il y a là une impiété plus grande qu’à ne reconnaître aucun dieu. Ne serait-il pas, en effet, préférable d’appeler Jupiter quelque objet digne de ces adorations honteuses, quelque fantôme, par exemple, comme celui qu’on présenta, dit-on, à Saturne à la place de son enfant, plutôt que de se figurer un dieu tout à la fois tonnant et adultère, maître du monde et asservi à l’impudicité, disposant de toutes les causes des actions naturelles et ne sachant pas donner des causes légitimes à ses propres actions ?



Je demanderai ensuite, en supposant que Janus soit le monde, quel sera le rôle de Jupiter parmi les dieux ? Varron n’a-t-il pas déclaré que les vrais dieux sont l’âme du monde et ses parties ? Par conséquent, tout ce qui n’est pas cela n’est pas vraiment dieu. Dira-t-on que Jupiter est l’âme du monde et que Janus en est le corps, c’est-à-dire qu’il est le monde visible ? Mais à ce compte, Janus n’est pas vraiment dieu, puisqu’il est accordé par nos adversaires que la divinité consiste, non dans le corps du monde, mais dans l’âme du monde et dans ses parties; et c’est ce qui a fait dire nettement à Varron que Dieu, pour lui, n’est autre chose que l’âme du monde, et que si le monde lui-même est appelé Dieu, c’est au même sens où un homme est appelé sage à cause de son âme, bien qu’il soit composé d’une âme et d’un corps; ainsi le monde, quoique formé d’une âme et d’un corps, doit à son âme seule d’être appelé dieu. D’où il suit que le corps du monde, pris isolément, n’est pas dieu; il n’y a de divin que l’âme toute seule, ou la réunion de l’âme et du corps, de telle façon pourtant que dans cette réunion même, la divinité vienne de l’âme et non pas du corps. Si donc Janus est le monde, et si Janus est dieu, comment Jupiter sera-t-il dieu, à moins d’être une partie de Janus ? Or, on a coutume, au contraire, d’attribuer l’univers entier à Jupiter, d’où vient ce mot du poète: " …Tout est plein de Jupiter 1".



Si donc on veut que Jupiter soit dieu, bien plus qu’il soit le roi des dieux, il faut nécessairement qu’il soit le monde, afin de pouvoir régner sur les autres dieux, c’est-à-dire sur ses propres parties. Voilà sans doute en quel sens Varron, dans cet autre ouvrage qu’il a composé sur le culte des dieux, rapporte les deux vers suivants de Valérius Soranus 1: "Jupiter tout-puissant, père et mère des rois, des choses et des dieux, dieu unique, embrassant tous les dieux[/i]". Varron explique en son traité que le mâle est ici le principe qui répand la semence, et la femelle celui qui la reçoit; or, Jupiter étant le monde, toute semence vient de lui et rentre en lui: "C’est pourquoi", ajoute Varron, "Soranus appelle Jupiter père et mère, et fait de lui tout ensemble l’unité et le tout; car le monde est un et cet un comprend tout 2".




------------------------------------------


2. Géorgiques liv. II, V. 490.―3. Voyez plus haut le chap. VII.― 1. Virgile, Eglogues III, V, 60. ―1. Valérius, de Sora, ville du Latium, est ce savant homme dont parle Cicéron dans le De orat., lib. III,  cap, II. Pline lui attribue (Hist. nat.., Praefat., et lib. III, cap. 5-9) un ouvrage intitulé Epoptidon  sont peut-être tirés les deux vers que citent Varron et saint Augustin.―2.  Jupiter est également appelé mâle et femelle dans un vers orphique cité par l’auteur du De mundo, cap. 7]/i] et par Eusèbe (Praepar. Evang., lib. III, cap. 9).




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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Mar 14 Fév 2017, 10:10 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. X a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE X.

S’IL ÉTAIT RAISONNABLE DE

DISTINGUER JANUS DE JUPITER.  




Si donc Janus est le monde, et si Jupiter l’est aussi, pourquoi, n’y ayant qu’un seul monde, Janus et Jupiter sont-ils deux dieux ? Pourquoi ont-ils chacun son temple et ses autels, ses sacrifices et ses statues ? Dira-t-on qu’autre chose est la vertu des commencements, autre chose celle des causes, et que c’est pour cela qu’on a nommé l’une Janus et l’autre Jupiter? Je demanderai à mon tour: si parce qu’un homme est revêtu d’un double pouvoir ou parce qu’il exerce une double profession, on est autorisé à voir en lui deux magistrats ou deux artisans ? Pourquoi donc d’un seul Dieu, qui gouverne les commencements et les causes, ferait-on deux dieux distincts, sous prétexte que les commencements et les causes sont deux choses distinctes ? A ce compte, il faudrait dire aussi que Jupiter est à lui seul autant de dieux qu’on lui a donné de noms différents à cause de ses attributions différentes, puisque les objets qui sont l’origine de ces noms sont différents. Je vais en citer quelques exemples.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Mer 15 Fév 2017, 9:51 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. XI a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE XI.

DES DIVERS SURNOMS DE JUPITER, LESQUELS NE SE

RAPPORTENT PAS À PLUSIEURS DIEUX, MAIS À UN SEUL  




Jupiter a été appelé Victor, Invictus, Opitulus, Iimpulsor, Stator, Centipeda, Supinalis, Tigillus, Almus, Ruminus, et autres surnoms qu’il serait trop long d’énumérer; tous ces titres sont fondés sur la diversité des puissances d’un même dieu, et non sur la diversité de plusieurs dieux.[ On a nommé Jupiter Victor, parce qu’il est toujours vainqueur; Invictus, parce qu’il est invincible; Opitulus, parce qu’il est secourable aux faibles; Propulsor et Stator, Centipeda et Supinalis, parce qu’il donne et arrête le mouvement, parce qu’il soutient et renverse tout; Tigillus 1, parce qu’il est l’appui du monde; Almus 2, parce qu’il nourrit les êtres; Ruminus 3, parce qu’il allaite les animaux. De toutes ces fonctions, il est assez clair que les unes sont grandes, les autres mesquines, et cependant on les attribue au même dieu.



De plus, n’y a-t-il pas plus de rapport entre les causes et les commencements des choses, qu’entre soutenir le monde et donner la mamelle aux animaux ? Et cependant on a voulu, pour les commencements et les causes, admettre deux dieux, Janus et Jupiter, en dépit de l’unité du monde, au lieu que pour deux fonctions bien différentes en importance et en dignité on s’est contenté du seul Jupiter, en l’appelant tour à tour Tigillus et Ruminus.  Je pourrais ajouter qu’il eût été plus à propos de faire donner la mamelle aux animaux par Junon que par Jupiter, du moment surtout qu’il y avait là une autre déesse, Rumina, toute prête à l’aider dans cet office; mais on me répondrait que Junon elle-même n’est autre que Jupiter, comme cela résulte des vers de Valérius. Soranus déjà cités: "Jupiter tout-puissant, père et mère des roi!, des choses et des dieux".



Mais alors pourquoi l’appeler Ruminus, du moment, qu’à y regarder de près, il est aussi la déesse Rumina ? Si, en effet, c’est une chose indigne de la majesté des dieux, comme nous l’avons montré plus haut, que pour un même épi de blé, un dieu soit chargé des nœuds du tuyau et un autre de l’enveloppe des grains, combien n’est-il pas plus indigne encore qu’une fonction aussi misérable que l’allaitement des animaux soit partagée entre deux dieux, dont l’un est Jupiter même, le roi de tous les dieux, et qu’il la remplisse, non pas avec sa femme Junon, mais avec je ne sais quelle absurde Rumina ? A moins qu’il ne soit tout ensemble Ruminus et Rumina, Ruminus pour les mâles et Rumina pour les femelles. Dirai-je qu’ils n’ont pas voulu donner à Jupiter un nom féminin ?



Mais il est appelé père et mère dans les vers qu’on vient de lire, et d’ailleurs je rencontre sur la liste de ses noms celui d’une de ces petites déesses que nous avons mentionnées au quatrième livre 1, la déesse Pecunia. Sur quoi je demande pour quel motif on n’a pas admis Pecunius avec Pecunia, comme on a fait Ruminus avec Rumina; car enfin, mâles et femelles, tous les hommes regardent à l’argent.




---------------------------------------------------------



1. Tigillum signifie soliveau. ―2. Almus, nourricier.―3. De ruma, mamelle.― 1. Livre I. chap. 21.




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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Jeu 16 Fév 2017, 9:35 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. XII a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE XII.

JUPITER EST AUSSI APPELÉ PECUNIA.  





 Mais quoi ! Ne faut-il pas admirer la raison ingénieuse qu’on donne de ce surnom ? Jupiter, dit-on, s’appelle Pecunia, parce que tout est à lui. O la belle raison d’un nom divin ! Et n’est-ce pas plutôt avilir et insulter celui à qui tout appartient que de le nommer Pecunia ? Car au prix de ce qu’enferment le ciel et la terre, que vaut la richesse des hommes ? C’est l’avarice qui seule a donné ce nom à Jupiter, pour fournir à ceux qui aiment l’argent le prétexte d’aimer une divinité, et non pas quelque déesse obscure, mais le roi même des dieux. Il n’en serait pas de même si on l’appelait Richesse. Car autre chose est la richesse, autre chose est l’argent. Nous appelons riches ceux qui sont sages, justes, gens de bien quoique n’ayant pas d’argent ou en ayant peu; car ils sont effectivement riches en vertus qui leur enseignent à se contenter de ce qu’ils ont, alors même qu’ils sont privés des commodités de la vie; nous disons au contraire que les avares sont pauvres, parce que, si grands que soient leurs trésors, comme ils en désirent toujours davantage, ils sont toujours dans l’indigence.



Nous disons encore fort bien que le vrai Dieu est riche, non certes en argent, mais en toute-puissance. Je sais que les hommes pécunieux sont aussi appelés riches, mais ils sont pauvres au dedans, s’ils sont cupides. Je sais aussi qu’un homme sans argent est réputé pauvre, mais il est riche au dedans, s’il est sage. Quel cas peut donc faire un homme sage d’une théologie qui donne au roi des dieux le nom d’une chose qu’aucun sage n’a jamais désirée 1?  N’eût-il pas été plus simple, sans la radicale impuissance du paganisme à rien enseigner d’utile à la vie éternelle, de donner au souverain Maître du monde le nom de Sagesse plutôt que celui de Pecunia ? Car c’est l’amour de la sagesse qui purifie le cœur des souillures de l’avarice, c’est-à-dire de l’amour de l’argent.




-----------------------------------------------------------------------



1. Allusion à un passage de Salluste, De conj. Catil., cap. 11.




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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Ven 17 Fév 2017, 8:59 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. XIII a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE XIII.

SATURNE ET GÉNIUS NE SONT AUTRES QUE JUPITER.  




Mais à quoi bon parler davantage de ce Jupiter, à qui peut-être il convient de rapporter toutes les autres divinités  Et dès lors la pluralité des dieux ne subsiste plus, du moment que Jupiter les comprend tous, soit qu’on les regarde comme ses parties ou ses puissances, soit qu’on donne à l’âme du monde partout répandue le nom de plusieurs dieux à cause des différentes parties de l’univers ou des différentes opérations de la nature. Qu’est-ce, en effet, que Saturne ? "C’est", dit Varron, "un des principaux dieux, dont le pouvoir s’étend sur toutes les semences". Or, n’a-t-il pas expliqué tout à l’heure les vers de Valérius Soranus en soutenant que Jupiter est le monde, qu’il répand hors de soi toutes les semences et les absorbe toutes en soi ?



Jupiter ne diffère donc pas du dieu dont le pouvoir s’étend sur toutes les semences. Qu’est-ce maintenant que Génius ? "Un dieu," dit Varron," qui a autorité et pouvoir sur toute génération". Mais le dieu qui a ce pouvoir, qu’est-il autre chose que le monde, invoqué par Valérius sous le nom de "Jupiter père et mère de toutes choses ?" Et quand Varron soutient ailleurs que Génius est l’âme raisonnable de chaque homme, assurant d’autre part que c’est l’âme raisonnable du monde qui est Dieu, ne donne-t-il pas à entendre que l’âme du monde est une sorte de Génie universel ? C’est donc ce Génie que l’on nomme Jupiter; car si vous entendez que tout Génie soit un dieu et que l’âme de chaque homme soit un Génie, il en résultera que l’âme de chaque homme sera un dieu, conséquence tellement absurde que les païens eux-mêmes sont obligés de larejeter; d’où il suit qu’il ne leur reste plus qu’à nommer proprement et par excellence Génius le dieu, qui est, suivant eux, l’âme du monde, c’est-à-dire Jupiter.




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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Sam 18 Fév 2017, 9:12 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. XIV a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE XIV.

DES FONCTIONS DE MERCURE ET DE MARS.  




Quant à Mercure et à Mars, ne sachant comment les rapporter à aucune partie du monde ni à aucune opération divine sur les éléments, ils se sont contentés de les faire présider à quelques autres actions humaines et de leur donner puissance sur la parole et sur la guerre. Or, si le pouvoir de Mercure s’étend aussi sur la parole des dieux, il s’ensuit que le roi même des dieux lui est soumis, puisque Jupiter ne peut prendre la parole qu’avec le consentement de Mercure, ce qui est absurde.  Dira-t-on qu’il n’est maître que du discours des hommes ? Mais il est incroyable que Jupiter, qui a pu s’abaisser jusqu’à allaiter non seulement les enfants, mais encore les bêtes, d’où lui est venu le nom de Ruminus, n’ait pas voulu prendre soin de la parole, laquelle élève l’homme au-dessus des bêtes ?



Donc Mercure n’est autre que Jupiter. Que si l’on veut identifier Mercure avec la parole, (comme font ceux qui dérivent Mercure de medius currens 1, parce que la parole court au milieu des hommes; et c’est pourquoi, selon eux, Mercure s’appelle en grec Hermes, parce que la parole ou l’interprétation de la pensée se dit hermeneia  2 , d’où vient encore que Mercure préside au commerce, où la parole sert de médiatrice entre les vendeurs et les acheteurs; et si ce dieu a des ailes à la tête et aux pieds, c’est que la parole est un son qui s’envole; et enfin le nom de messager qu’on lui donne vient de ce que la parole est la messagère de nos pensées), tout cela posé, que s’ensuit-il, sinon que Mercure, n’étant autre que le langage, n’est pas vraiment un dieu ?



Et voilà comment il arrive que les païens, en se faisant des dieux qui ne sont pas même des démons, et en adressant leurs supplications à des esprits immondes, sont sous l’empire, non des dieux, mais des démons. Même conclusion pour ce qui regarde Mars: dans l’impossibilité de lui assigner aucun élément, aucune partie du monde où il pût contribuer à quelque action de la nature, ils en ont fait le dieu de la guerre, laquelle est le triste ouvrage des hommes. D’où il résulte que si la déesse Félicité donnait aux hommes la paix perpétuelle, le dieu Mars n’aurait rien à faire. Veut-on dire que la guerre même fait la réalité de Mars comme la parole fait celle de Mercure ? Plût au ciel alors que la guerre ne fût pas plus réelle qu’une telle divinité !




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1. Qui court au milieu. Arnobe et Servius dérivent Mercurius de medicurrius. (Voyez Arnobe, Contra Gent., lib. III, pp.. 112-113, et Servius, ad Georg., lib. III, V, 302) ―2. Cette étymologie est une de celles que donne Platon dans le Cratyle (trad. fr., tome XI, page 70.)


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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Dim 19 Fév 2017, 9:46 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. XV a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE XV.

DE QUELQUES ÉTOILES QUE LES PAÏENS ONT

DÉSIGNÉES PAR LES NOMS DE LEURS DIEUX.    




 On dira peut-être que ces dieux ne sont autre chose que les étoiles auxquelles les païens ont donné leurs noms; et, en effet, il y a une étoile qu’on appelle Mercure et une autre qu’on appelle Mars; mais il y en a une aussi qu’on appelle Jupiter, et cependant les païens soutiennent que Jupiter est le monde. Ce n’est pas tout, il y en a une qu’on appelle Saturne, et cependant Saturne est déjà pourvu d’une fonction considérable, celle de présider à toutes les semences; il y en a une enfin, et la plus éclatante de toutes, qu’on appelle Vénus, et cependant on veut que Vénus soit aussi la lune, bien qu’au surplus les païens ne tombent pas plus d’accord au sujet de cet astre que ne firent Vénus et Junon au sujet de la pomme d’or. Les uns, en effet, donnent l’étoile du matin à Vénus, les autres à Junon; mais, ici comme toujours, c’est Vénus qui l’emporte, et presque toutes les voix sont en sa faveur. Or, qui ne rirait d’entendre appeler Jupiter le roi des dieux, quand on voit son étoile si pâle à côté de celle de Vénus ? L’étoile de ce dieu souverain ne devrait-elle pas être d’autant plus brillante qu’il est lui-même plus puissant ?



On répond qu’elle paraît moins lumineuse parce qu’elle est plus haute et plus éloignée de la terre; mais si elle est plus haute parce qu’elle appartient à un plus grand dieu, pourquoi l’étoile de Saturne est-elle placée plus haut que Jupiter ? Est-ce donc que le mensonge de la fable, qui a fait roi Jupiter, n’a pu monter jusqu’aux astres, et que Saturne a obtenu dans le ciel ce qu’il n’a pu obtenir ni dans son royaume ni dans le Capitole 1? Et puis, pourquoi Janus n’a-t-il pas son étoile ? Est-ce parce qu’il est le monde et qu’à ce titre il embrasse toutes les étoiles ? Mais Jupiter est le monde aussi, et cependant il y a une étoile qui porte son nom. Janus se serait-il arrangé de son mieux, et, au lieu d’une étoile qu’il devait avoir dans le ciel, se serait-il contenté d’avoir plusieurs visages sur la terre ?



Enfin, si c’est seulement à cause de leurs étoiles qu’on regarde Mercure et Mars comme des parties du monde, afin d’en pouvoir faire des dieux, le langage et la guerre n’étant point des parties du monde, mais des actes de l’humanité, pourquoi n’a-t-on pas dressé des temples et des autels au Bélier, au Taureau, au Cancer, au Scorpion et autres signes célestes, lesquels ne sont pas composés d’une seule étoile, mais de plusieurs, et sont placés au plus haut des cieux avec des mouvements si justes et si réglés ? Pourquoi ne pas les mettre, sinon au rang des dieux choisis, au moins parmi les dieux de l’ordre plébéien 2.




-------------------------------------------------------------------


1. Il faut rappeler ici deux choses; d’abord, que, selon la mythologie païenne, Saturne fut chassé de son royaume de Crète par Jupiter, son fils, puis, que la colline du Capitole était consacrée à Saturne, avant de l’être à Jupiter.―2. Cette argumentation rappelle trait pour trait celle de Cotta contre le stoïcien Balbus, dans le De natura deorum de Cicéron (livre III, chap. 20.)


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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Lun 20 Fév 2017, 10:58 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. XVI a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE XVI

D’APOLLON, DE DIANE ET

DES AUTRES DIEUX CHOISIS.




Ils veulent qu’Apollon soit devin et médecin; et cependant, pour lui donner une place dans l’univers, ils disent qu’il est aussi le soleil, et que sa sœur Diane est la lune et tout ensemble la déesse des chemins. De là vient qu’ils la font vierge, les chemins étant stériles; et s’ils donnent des flèches au frère et à la sœur, c’est comme symbole des rayons qu’ils lancent du ciel sur la terre. Vulcain est le feu, Neptune l’eau, Dis ou Orcus l’élément inférieur et terrestre. Liber et Cérès président aux semences: le premier à celle des mâles, la seconde à celle des femelles, ou encore l’un à ce qu’elles ont de liquide, et l’autre à ce qu’elles ont de sec. Et ils rapportent tout cela au monde, c’est-à-dire à Jupiter, qui est appelé père et mère, comme répandant hors de soi toutes les semences et les recevant toutes en soi. Ils veulent encore que la grand-mère des dieux soit Cérès, laquelle n’est autre chose que la terre, et qu’elle soit aussi Junon. C’est pourquoi on la fait présider aux causes secondes, quoique Jupiter, en tant qu’il est le monde entier, soit appelé, comme nous l’avons vu, père et mère des dieux. Pour Minerve, dont ils ont fait la déesse des arts, ne trouvant pas une étoile où la placer, ils ont dit qu’elle était l’éther, ou encore la lune. Vesta passe aussi pour la plus grande des déesses, en tant qu’elle est la terre, ce qui n’a pas empêché de lui départir ce feu léger mis au service de l’homme, et qui n’est pas le feu violent dont l’intendance est à Vulcain 1.



Ainsi tous les dieux choisis ne sont que le monde; les uns le monde entier, les autres, quelques-unes de ses parties: le monde entier, comme Jupiter; ses parties, comme Génius, la grand- Mère, le Soleil et la Lune, ou plutôt Apollon et Diane; tantôt un seul dieu en plusieurs choses, tantôt une seule chose en plusieurs dieux: un dieu en plusieurs choses, comme Jupiter, par exemple, qui est le monde entier et qui est aussi le ciel et une étoile. De même, Junon est la déesse des causes secondes, et elle est encore l’air et la terre, et elle serait en outre une étoile, si elle l’eût emporté sur Vénus. Minerve, elle aussi, est la plus haute région de l’air, ce qui ne l’empêche pas d’être en même temps la lune, qui est pourtant située dans la région la plus basse. Voici enfin qu’une seule et même chose est plusieurs dieux: le monde est Jupiter, et il est aussi Janus; la terre est Junon, et elle est aussi la grande Mère et Cérès.



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1. Même argument dans la bouche de Balbus chez Cicéron (De nat. Dor., lib. II, cap. 27.)



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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Mar 21 Fév 2017, 10:12 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. XVII a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE XVII.

VARRON LUI-MÊME A DONNÉ COMME

DOUTEUSES SES OPINIONS TOUCHANT LES DIEUX.




On peut juger, par ce qui précède, de tout le reste de la théologie des païens: ils embrouillent toutes choses en essayant de les débrouiller et courent à l’aventure, selon que les pousse ou les ramène le flux ou le reflux de l’erreur; c’est au point que Varron a mieux aimé douter de tout que de rien affirmer sans réserve. Après avoir achevé le premier de ses trois derniers livres, celui où il traite des dieux certains, voici ce qu’il dit sur les dieux incertains au commencement du second livre: "Si j’émets dans ce livre des opinions douteuses touchant les dieux, on ne doit point  le trouver mauvais. Libre à tout autre, s’il  croit la chose possible et nécessaire, de  trancher ces questions avec assurance;  pour moi, on m’amènerait plus aisément à révoquer en doute ce que j’ai dit dans le premier livre, qu’à donner pour certain tout ce  que je dirai dans celui-ci". C’est ainsi que Varron a rendu également incertain, et ce qu’il avance des dieux incertains, et ce qu’il affirme des dieux certains.



Bien plus, dans le troisième livre, qui traite des dieux choisis, passant de quelques vues préliminaires sur la théologie naturelle aux folies et aux mensonges de la théologie civile, où, loin d’être conduit par la vérité des choses, il est pressé par l’autorité de la coutume: "Je vais parler, dit-il, des dieux publics du peuple romain,  de ces dieux à qui on a élevé des temples et  des statues; mais, pour me servir des expressions de Xénophane de Colophon 1 je dirai plutôt ce que je pense que ce que j’affirme; car l’homme a sur de tels objets des  opinions, Dieu a la science". Ce n’est donc qu’en tremblant qu’il promet de parler de ces choses, qui ne sont point à ses yeux l’objet d’une claire compréhension et d’une ferme croyance, mais d’une opinion incertaine, étant l’ouvrage de la main des hommes. Il savait bien, dans le fait, qu’il y a au monde un ciel et une terre; que le ciel est orné d’astres étincelants, que la terre est riche en semences, et ainsi du reste; il croyait également que toute nature est conduite et gouvernée par une force invisible et supérieure qui est l’âme de ce grand corps; mais que Janus soit le monde, que Saturne, père de Jupiter, devienne son sujet, et autres choses semblables, c’est ce que Varron ne pouvait pas aussi positivement affirmer.



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1. Philosophe grec du sixième siècle avant l’ère chrétienne, fondateur de l’école d’Elée. Voyez Aristote, Metaphys., livre I, ch. 4, et Cicéron, Acad., livre II, ch. 3.



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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Mer 22 Fév 2017, 9:31 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. XVIII a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE XVIII.

QUELLE EST LA CAUSE LA PLUS VRAISEMBLABLE

DE LA PROPAGATION DES ERREURS DU PAGANISME.  




Ce qu’on peut dire de plus vraisemblable sur ce sujet, c’est que les dieux du paganisme ont été des hommes à qui leurs flatteurs ont  offert des fêtes et des sacrifices selon leurs mœurs, leurs actions et les accidents de leur vie, et que ce culte sacrilège s’est glissé peu à peu dans l’âme des hommes, semblable à celle des démons et amoureuse de frivolités, pour être bientôt propagé par les ingénieux mensonges des poètes et par les séductions des malins esprits. En effet, qu’un fils impie, poussé par l’ambition ou par la crainte d’un père impie, ait chassé son père de son royaume, cela est plus aisé à croire que de s’imaginer Saturne vaincu par son fils Jupiter, sous prétexte que la cause des êtres est antérieure à leur semence; car si cette explication était bonne, jamais Saturne n’eût existé avant Jupiter, puisque la cause précède toujours la semence et n’en est jamais engendrée. Mais quoi ! Dès que nos adversaires s’efforcent de relever de vaines fables et des actions purement humaines par des explications tirées de la nature, les plus habiles se trouvent réduits à de telles extrémités, que nous sommes forcés de les plaindre.  


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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Jeu 23 Fév 2017, 8:55 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. XIX a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE XIX.

DES EXPLICATIONS QU’ON DONNE

DU CULTE DE SATURNE.  




"Quand on raconte (c’est Varron qui parle)  que Saturne avait coutume de dévorer ses enfants, cela veut dire que les semences rentrent au même lieu où elles ont pris naissance. Quant à la motte de terre substituée à Jupiter, elle signifie qu’avant l’invention du labourage, les hommes recouvraient  les blés de terre avec leurs mains". A ce compte, il fallait dire que Saturne était la terre, et non pas la semence, puisqu’en effet la terre dévore en quelque sorte ce qu’elle a engendré, quand les semences sorties de son sein y rentrent de nouveau. Et cette motte de terre, que Saturne prit pour Jupiter, quel rapport a-t-elle avec l’usage de jeter de la terre sur les grains de blé ? Est-ce que la semence, ainsi recouverte de terre, en était moins dévorée pour cela ? Il semblerait, à entendre cette explication, que celui qui jetait de la terre emportait le grain, comme on emporta, dit-on, Jupiter, tandis qu’au contraire, en jetant de la terre sur le grain, cela ne servait qu’à le faire dévorer plus vite. D’ailleurs, de cette façon, Jupiter est la semence, et non, comme Varron le disait tout à l’heure, la cause de la semence. Aussi bien, que peuvent dire de raisonnable des gens qui veulent expliquer des folies ?



"Saturne a une faux, poursuit Varron, comme symbole de l’agriculture". Mais l’agriculture n’existait pas sous le règne de Saturne, puisqu’on fait remonter ce règne aux temps primitifs, ce qui signifie, suivant Varron, que les hommes de cette époque vivaient de ce que la terre produisait sans culture. Serait-ce qu’après avoir perdu son sceptre, Saturne aurait pris une faux, afin de devenir sous le règne de son fils un laborieux mercenaire, après avoir été aux anciens jours un prince oisif ? Varron ajoute que dans certains pays, à Carthage par exemple, on immolait des enfants à Saturne, et que les Gaulois lui sacrifiaient même des hommes faits, parce que, de toutes les semences, celle de l’homme est la plus excellente. Mais qu’est-il besoin d’insister sur une folie si cruelle ? Il nous suffit de remarquer et de tenir pour certain que toutes ces explications ne se rapportent point au vrai Dieu, à cette nature vivante, immuable, incorporelle, à qui l’on doit demander la vie éternellement heureuse, mais qu’elles se terminent à des objets temporels, corruptibles, sujets au changement et à la mort. "Quand on dit que Saturne a mutilé le Ciel, son père, cela signifie, dit encore Varron, que la semence divine n’appartient pas au Ciel, mais à Saturne, et cela parce que rien au Ciel, autant qu’on en peut juger, ne provient d’une semence". Mais si Saturne est fils du Ciel, il est fils de Jupiter; car on reconnaît d’un commun accord que le Ciel est Jupiter.



Et voilà comme ce qui ne vient pas de la vérité se ruine de soi-même, sans que personne n’y mette la main.[Varron dit aussi que Saturne est appelé Cronos, mot grec qui signifie le Temps, parce que sans le temps les semences ne sauraient devenir fécondes; et il y a encore sur Saturne une foule de récits que les théologiens ramènent tous à l’idée de semence. Il semble tout au moins que Saturne, avec une puissance si étendue, aurait dû suffire à lui tout seul pour ce qui regarde la semence; pourquoi donc lui adjoindre d’autres divinités, comme Liber et Libera, c’est-à-dire Cérès ? Pourquoi entrer, comme fait Varron, dans mille détails sur les attributions de ces divinités relativement à la semence, comme s’il n’avait pas déjà été question de Saturne ?




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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Ven 24 Fév 2017, 12:11 pm

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. XX a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE XX.

DES MYSTÈRES DE CÉRÈS ÉLEUSINE.  




Entre les mystères de Cérès, les plus fameux sont ceux qui se célébraient à Eleusis, ville de l’Attique. Tout ce que Varron en dit ne regarde que l’invention du blé attribuée à Cérès, et l’enlèvement de sa fille Proserpine par Pluton. Il voit dans ce dernier récit le symbole de la fécondité des femmes: "La terre, dit-il, ayant été stérile pendant quelque temps, cela fit dire que Pluton avait enlevé et retenu aux enfers la fille de Cérès, c’est-à-dire la fécondité même, appelée Proserpine, de proserpere (pousser, lever). Et comme après cette calamité qui avait causé un deuil public on vit la fécondité revenir, on dit que Pluton avait rendu Proserpine, et on institua des fêtes solennelles en l’honneur de Cérès". Varron ajoute que les mystères d’Eleusis renferment plusieurs autres traditions, qui toutes se rapportent à l’invention du blé.



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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Sam 25 Fév 2017, 10:15 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. XXI a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE XXI.

DE L’INFAMIE DES MYSTÈRES

DE LIBER OU BACCHUS.




Quant aux mystères du dieu Liber, qui préside aux semences liquides, c’est-à-dire non seulement à la liqueur des fruits, parmi lesquels le vin tient le premier rang, mais aussi aux semences des animaux, j’hésite à prolonger mon discours par le récit de ces turpitudes; il le faut néanmoins pour confondre l’orgueilleuse stupidité de nos adversaires. Entre autres rites que je suis forcé d’omettre, parce qu’il y en a trop, Varron rapporte qu’en certains lieux 1 de l’Italie, aux fêtes de Liber, la licence était poussée au point d’adorer, en l’honneur de ce dieu, les parties viriles de l’homme, non dans le secret pour épargner la pudeur, mais en public pour étaler l’impudicité. On plaçait en triomphe ce membre honteux sur un char que l’on conduisait dans la ville, après l’avoir d’abord promené à travers la campagne. A Lavinium, on consacrait à Liber un mois entier, pendant lequel chacun se donnait carrière en discours scandaleux, jusqu’au moment où le membre obscène, après avoir traversé la place publique, était mis en repos dans le lieu destiné à le recevoir.



Là il fallait que la mère de famille la plus honnête allât couronner ce  déshonnête objet devant tous les spectateurs. C’est ainsi qu’on rendait le dieu Liber favorable aux semences, et qu’on détournait de la terre tout sortilège en obligeant une matrone à faire en public ce qui ne serait pas permis sur le théâtre à une courtisane, si les matrones étaient présentes. On voit maintenant pourquoi Saturne n’a pas été jugé suffisant pour ce qui regarde les semences; c’est afin que l’âme corrompue eût occasion de multiplier les dieux, et qu’abandonnée du Dieu véritable en punition de son impureté, de jour en jour plus impure et plus misérablement prostituée à une multitude de divinités fausses, elle couvrît ces sacrilèges du nom de mystères sacrés et s’abandonnât aux embrassements et aux turpitudes de cette foule obscène de démons.



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1. Saint Augustin se sert du mot compita, ce qui a fait conjecturer qu’il s’agissait ici des fêtes nommées Compitalia.



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Re: SAINT AUGUSTIN — CITÉ DE DIEU— LIVRE VII— LES DIEUX CHOISIS.

Message  ROBERT. le Dim 26 Fév 2017, 10:59 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre VII, cap. XXII a écrit:

LIVRE SEPTIÈME: LES DIEUX CHOISIS.


CHAPITRE XXII

DE NEPTUNE, DE SALACIE

ET DE VÈNILIE.




Neptune avait pour femme Salacie, qui figure, dit-on, la région inférieure des eaux de la mer: à quoi bon lui donner encore Venilia 1? Je ne vois là que le goût dépravé de l’âme corrompue qui veut se prostituer à un plus grand nombre de démons. Mais écoutons les interprétations de cette belle théologie et les raisons secrètes qui vont la mettre à couvert de notre censure: "Venilia, dit Varron, est l’eau qui vient battre le rivage 2, Salacie l’eau qui rentre dans la pleine mer (salum)". Pourquoi faire ici deux déesses, puisque l’eau qui vient et l’eau qui s’en va ne sont qu’une seule et même eau ? En vérité, cette fureur de multiplier les dieux ressemble elle-même à l’agitation tumultueuse des flots. Car bien que l’eau du flux et celle du reflux ne soient pas deux eaux différentes, toutefois, sous le vain prétexte de ces deux mouvements, l’âme "qui s’en va et qui ne revient plus 3" se plonge plus avant dans la fange en invoquant deux démons. Je t’en prie, Varron, et je vous en conjure aussi, vous tous qui avez lu les écrits de tant de savants hommes, et vous vantez d’y avoir appris de grandes choses,



de grâce expliquez-moi ce point, je ne dis pas en partant de cette nature éternelle et immuable qui est Dieu seul, mais du moins selon la doctrine de l’âme du monde et de ses parties qui sont pour vous des dieux véritables. Que vous ayez fait le dieu Neptune de cette partie de l’âme du monde qui pénètre la mer, c’est une erreur supportable; mais l’eau qui vient battre contre le rivage et qui retourne dans la pleine mer, voyez-vous là deux parties du monde ou deux parties de l’âme du monde, et y a-t-il quelqu’un parmi vous d’assez extravagant pour le supposer ? Pourquoi donc vous en a-t-on fait deux déesses, sinon parce que vos ancêtres, ces hommes pleins de sagesse, ont pris soin, non pas que vous fussiez conduits par plusieurs dieux, mais possédés par plusieurs démons amis de ces vanités et de ces mensonges ? Je demande en outre de quel droit cette explication théologique exile Salacie de cette partie inférieure de la mer où elle vivait soumise à son mari; car, identifier Salacie avec le reflux, c’est la faire monter à la surface de la mer. Serait-ce qu’elle a chassé son mari de la partie supérieure pour le punir d’avoir fait sa concubine de Venilia ?




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1. Cette Venilia n’est pas la même dont saint Augustin a parlé au livre CV, ch. II. Dans Virgile (Enéide, livre X, vers 76), il est question d’une déesse Venilia, qui parait n’être qu’une nymphe. (Voyez Servius, ad Aeneid., I, 1) ― 2. Il y a ici entre Venilia et venire, Salacia et salum des rapporta supposés d’étymologie presque intraduisibles.  ― 3. Allusion à ces paroles du psaume LXXVII, 44: Spiritus vadens et non rediens.




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