Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Ven 04 Nov 2016, 9:49 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXV a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXV.

D’AGAR, SERVANTE DE SARAÏ, QUE SARAÏ

DONNA POUR CONCUBINE À SON MARI.  




 Viennent ensuite les enfants d’Abraham, l’un de la servante Agar, et l’autre de Saraï, la femme libre, dont nous avons déjà parlé au livre précédent 3. En ce qui touche les rapports d’Abraham avec Agar, on ne doit point les lui imputer à crime  4, puisqu’il ne se servit de cette concubine que pour en avoir des enfants, et non pour contenter sa passion, et plutôt pour obéir à sa femme que dans l’intention de l’outrager Elle-même crut en quelque façon se consoler de sa stérilité en s’appropriant la fécondité de sa servante, et en usant du droit qu’elle avait en cela sur son mari, selon cette parole de l’Apôtre: "Le mari n’est point maître de son corps, mais sa femme 5 ". Il n’y a ici aucune intempérance, aucune débauche. La femme donne sa servante à son mari pour en avoir des enfants, le mari la reçoit avec la même intention; ni l’un ni l’autre ne recherche le dérèglement de la volupté, ils ne songent tous deux qu’au fruit de la nature.



Aussi, quand la servante devenue enceinte commença à s’enorgueillir et à mépriser sa maîtresse, comme Saraï, par une défiance de femme, imputait l’orgueil d’Agar à son mari, Abraham fit bien voir de nouveau qu’il n’était pas l’esclave, mais le maître de son amour, qu’il avait gardé, en la personne d’Agar, la foi qu’il devait à Saraï, qu’il n’avait connu la servante que pour obéir à l’épouse, qu’il avait reçu d’elle Agar, mais qu’il ne l’avait pas demandée, qu’il s’en était approché, mais qu’il ne s’y était pas attaché, qu’il avait engendré, mais qu’il n’avait point aimé. Il dit en effet à Saraï: "Votre servante est en votre pouvoir, faites-en ce qu’il vous plaira 1". Homme admirable, qui use des femmes comme un homme en doit user, de la sienne avec tempérance, de sa servante avec docilité, et chastement de l’une et de l’autre !




---------------------------------------------------


3. Au chapitre 3. ―4. Comme faisait Fauste le Manichéen. Voyez le Cont. Faust., lib. II, cap. 30. ―5. I Corinthiens VII, 4.  ― 1. Genèse XVI, 6.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Sam 05 Nov 2016, 6:16 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXVI a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXVI.

DIEU PROMET À ABRAHAM, DÉJA VIEUX, UN FILS DE SA FEMME SARAÏ,

QUI ÉTAIT STÉRILE; IL LUI ANNONCE QU’IL SERA LE PÈRE DES NATIONS,

ET CONFIRME SA PROMESSE PAR LA CIRCONCISION.  




Lorsque dans la suite Ismaël fut né d’Agar, Abraham pouvait croire que cette naissance accomplissait ce qui lui avait été promis dans le temps où, pour le faire renoncer au dessein qu’il avait d’adopter son serviteur, Dieu lui dit: "Celui-ci ne sera pas votre héritier, mais un autre qui sortira de vous 2". De peur donc qu’il ne crût que cette promesse fût accomplie dans le fils de sa servante, "comme Abraham était déjà âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, Dieu lui apparut et lui dit: Je suis Dieu, travaillez à me plaire, et menez une vie sans reproche, et je ferai alliance avec vous, et je vous comblerai de tous les biens. Alors Abram se prosterna par terre, et Dieu ajouta: C’est moi, je ferai alliance avec vous, et vous serez le père d’une grande multitude de nations. Vous ne vous appellerez plus Abram, mais Abraham, parce que je vous ai fait le père de plusieurs nations. Je vous rendrai extrêmement puissant, et vous établirai sur un grand nombre de peuples et des rois sortiront de vous. Je  ferai alliance avec vous, et après vous avec vos descendants; et cette alliance sera éternelle, afin que je sois votre Dieu et celui de toute votre postérité. Je donnerai à vous et à vos descendants cette terre où vous êtes maintenant étranger, toute la terre de Chanaan, pour la posséder à jamais, et je serai leur Dieu. Dieu dit encore à Abraham: Pour vous vous aurez soin de garder mon alliance, et votre postérité après vous. Or, voici l’alliance que je désire que vous et vos enfants observiez soigneusement. Tout mâle parmi vous sera circoncis; cette circoncision se fera en la chair de votre prépuce, et sera la marque de l’alliance qui est entre vous et moi. Tous les enfants mâles qui naîtront de vous seront circoncis au bout de huit jours. Vous circoncirez aussi les esclaves, tant ceux qui naîtront chez vous que les autres que vous achèterez des étrangers. Et cette circoncision sera une marque de l’alliance éternelle que j’ai contractée avec vous. Tout mâle qui ne la recevra pas le huitième jour sera exterminé comme un infracteur  de mon alliance. Dieu dit encore à Abraham: Votre femme ne s’appellera plus Saraï, mais Sara: je la bénirai et vous donnerai d’elle un fils que je bénirai aussi, et qui sera père de plusieurs nations, et des rois sortiront de lui. Là-dessus, Abraham  se prosterna en terre, en souriant et disant en lui-même: J’aurai donc un fils à cent  ans, et Sara accouchera à quatre-vingt-dix ?  Conservez seulement en vie, dit-il à Dieu, mon fils Ismaël ! Et Dieu lui dit: Oui, votre femme Sara vous donnera un fils que vous nommerez Isaac. Je ferai une alliance éternelle avec lui, et je serai son Dieu et le Dieu de sa postérité. Pour Ismaël, j’ai exaucé votre prière; je l’ai béni et je le rendrai extrêmement puissant. Il sera le père de douze nations, et je l’établirai chef d’un grand peuple. Mais je contracterai alliance avec Isaac, dont votre femme Sara accouchera l’année qui va venir 1 ».



On voit ici des promesses plus expresses de la vocation des Gentils en Isaac, en ce fils de promission, qui est un fruit de la grâce et non de la nature 2, puisqu’il est promis à une femme vieille et stérile. Bien que Dieu concoure aussi aux productions qui se font selon les lois ordinaires de la nature, toutefois, lorsque sa main puissante en répare les défaillances, sa grâce paraît avec beaucoup plus d’éclat. Et parce que cette vocation des Gentils ne devait pas tant arriver par la génération des enfants que par leur régénération, Dieu commanda la circoncision, lorsqu’il promit le fils de Saraï. S’il veut que tous soient circoncis, tant libres qu’esclaves, c’est afin de signifier que cette grâce est pour tout le monde. Que figure, en effet la circoncision, sinon la nature renouvelée et dépouillée de sa vieillesse 1 ? Le huitième jour représente-t-il autre chose que Jésus-Christ, qui ressuscita à la fin de la semaine, c’est-à-dire après le jour du sabbat 2 ? Les noms même du père et de la mère sont changés; tout respire la nouveauté, et l’Ancien Testament fait pressentir le Nouveau. Qu’est-ce, en effet, que le Nouveau Testament, sinon la manifestation de l’Ancien, et qu’est-ce que celui-ci, sinon la figure de l’autre ? Le rire d’Abraham est un témoignage de joie et non de défiance. Ces mots qu’il dit en son cœur: "J’aurai donc un fils à cent ans, et Sara accouchera à quatre-vingt-dix", ne sont pas non plus d’un homme qui doute, mais d’un homme qui admire. Quant à ces paroles de Dieu à Abraham: "Je donnerai à vous et à vos descendants cette terre où vous êtes maintenant étranger, toute cette terre de Chanaan, pour la posséder éternellement"; si l’on demande comment cela s’est accompli ou doit s’accomplir, attendu que la possession d’une chose, quelque longue qu’elle soit, ne peut pas durer toujours; il faut dire qu’éternel se prend en deux façons, ou pour une durée infinie, ou pour celle qui est bornée par la fin du monde.



---------------------------------------------------------------------


2. Genèse XV, 4. ―1. Genèse XVII, 1-21. ―2. Voyez l’Epître aux Galates, IV, 11-31. ―1. Comp. saint Augustin, Cont Faust., lib. XVI, cap. 29. ―2. Voyez le traité de saint Augustin: Du péché originel, n. 36.






Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Dim 06 Nov 2016, 11:27 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXVII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXVII.

DE LA RÉPROBATION PORTÉE CONTRE TOUT ENFANT

MÂLE QUI N’AVAIT POINT ÉTÉ CIRCONCIS LE HUITIÈME JOUR,

COMME AYANT VIOLÉ L’ALLIANCE DE DIEU.  




On peut encore demander comment il faut interpréter ceci: "Tout enfant mâle qui ne sera point circoncis le huitième jour sera exterminé comme infracteur de mon alliance". Ce n’est point l’enfant qui est coupable, puisque ce n’est pas lui qui a violé l’alliance de Dieu, mais bien les parents qui n’ont pas eu soin de le circoncire. On doit répondre à cela que les enfants même ont violé l’alliance de Dieu, non pas en leur propre personne, mais en la personne de celui par qui tous les hommes ont péché 3. Aussi bien, il y a d’autres alliances que celles de l’Ancien et du Nouveau Testament. La première alliance que Dieu fit avec l’homme est celle-ci: "Du jour où vous mangerez de ce fruit, vous mourrez  1"; ce qui a donné lieu à cette parole de l’Ecclésiastique: "Tout homme vieillira comme un vêtement". Tel est l’arrêt porté dès l’origine du siècle: "Vous mourrez de mort 2". En effet, comment cette parole du Prophète: "J’ai regardé tous les pécheurs du monde comme des prévaricateurs 3", pourrait-elle s’accorder avec cette autre de saint Paul: "Où il n’y a point de loi, il n’y a point de prévarication 4", si tous ceux qui pèchent n’étaient pas coupables de la violation de quelque loi ? C’est pourquoi, si les enfants mêmes, comme la foi nous l’enseigne, naissent pécheurs, non pas proprement, mais originellement, d’où résulte la nécessité du baptême pour remettre leurs péchés, il faut croire aussi qu’ils sont prévaricateurs à l’égard de cette loi qui a été donnée dans le paradis terrestre, en sorte qu’il est également vrai de dire qu’où il n’y a point de loi, il n’y a point de prévarication, et que tous les pécheurs du monde sont des prévaricateurs.



Ainsi, comme la circoncision était le signe de la régénération, c’est avec justice que le péché originel, qui a violé la première alliance de Dieu, perdait ces enfants, si la régénération ne les sauvait, Il faut donc entendre ainsi ces paroles de l’Ecriture: "Tout enfant mâle, etc.", comme si elle disait: Quiconque ne sera point régénéré périra, parce qu’il a violé mon alliance lorsqu’il a péché en Adam avec tous les autres hommes. Si elle avait dit: Parce qu’il a violé cette alliance que je contracte avec vous, on ne pourrait l’entendre que de la circoncision; mais comme elle n’a point exprimé quelle alliance l’enfant a violée, il est permis de l’entendre de celle dont la violation peut se rapporter à lui par voie de solidarité. Si toutefois quelqu’un prétend que cela doit s’appliquer exclusivement à la circoncision, et que l’enfant qui n’a point été circoncis a violé en cela l’alliance, il faut qu’il cherche une manière raisonnable de dire qu’une personne a violé une alliance, quoique ce ne soit pas elle qui l’ait violée, mais d’autres qui l’ont violée en lui; outre qu’il est injuste qu’un enfant, qui demeure incirconcis sans qu’il y ait de sa faute, soit réprouvé, à moins qu’on ne remonte à un péché d’origine.



--------------------------------------------


3. Romains V, 12.― 1. Genèse II, 17. – 2. Ecclésiastique XIV, 18, selon les Septante. – 3. Psaume CXVIII, 119. – 4. Romains  IV, 15.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Lun 07 Nov 2016, 10:30 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXVIII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXVIII.

DU CHANGEMENT DE NOM D’ABRAHAM ET DE SARAÏ,

LESQUELS N’ÉTAIENT POINT EN ÉTAT, CELLE-CI  À CAUSE

DE SA STÉRILITÉ, TOUS DEUX À CAUSE DE LEUR ÂGE,

D’AVOIR DES ENFANTS, QUAND ILS EURENT ISAAC.  




Lors donc qu’Abraham eut reçu de Dieu cette promesse: "Je vous ai rendu père de peuples nombreux, et je veux accroître votre puissance et vous élever sur les nations; et des rois sortiront de vous, et je vous donnerai de Sara un fils que je bénirai, et il sera le père de plusieurs nations, et des rois sortiront de lui"; magnifique promesse que nous voyons maintenant accomplie en Jésus-Christ, Abraham et sa femme changèrent de nom, et l’Ecriture ne les appelle plus Abram ni Saraï, mais Abraham et Sara. Elle rend raison de ce changement de nom à l’égard d’Abraham: "Car, dit le Seigneur, je vous ai établi père de plusieurs nations". C’est le sens du mot Abraham; pour Abram, qui était son premier nom, il signifie illustre père. L’Ecriture ne rend point raison du changement de nom de Saraï, mais les traducteurs hébreux disent que Saraï signifie ma princesse, et Sara, vertu; d’où vient cette parole de l’épître aux Hébreux: "C’est aussi par la foi que Sara reçut la vertu de concevoir 2".



Or, ils étaient tous deux fort âgés, ainsi que l’Ecriture le témoigne, et Sara, qui d’ailleurs était stérile, n’avait plus ses mois, de sorte que, n’eût-elle pas été stérile, elle eût été incapable de concevoir. Une femme, quoique âgée, si elle a encore ses mois, peut avoir des enfants, mais d’un jeune homme, et non d’un vieillard; et de même un vieillard peut en avoir d’une jeune femme, comme Abraham, après la mort de sa femme, en eut de Céthura, parce qu’il rencontra en elle la fleur de la jeunesse. C’est pourquoi l’Apôtre regarde comme un grand miracle 3 que le corps d’Abraham étant mort, il n’ait pas laissé d’engendrer. Entendez par là que son corps était impuissant pour toute femme arrivée à l’âge de Sara. Car il n’était mort qu’à cet égard; autrement c’eût été un cadavre. Il y a une autre solution de cette difficulté: on dit qu’Abraham eut des enfants de Céthura, parce que Dieu lui conserva, après la mort de Sara, le don de fécondité qu’il avait accordé: mais l’explication que j’ai suivie me semble meilleure; car s’il est vrai qu’à cette heure un vieillard de cent ans soit hors d’état d’engendrer, il n’en était pas de même alors que les hommes vivaient plus longtemps.



-----------------------------------------------------


1. Genèse XVII, 5. — 2. Hébreux XI, 11. — 3. Romains VI, 19.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mar 08 Nov 2016, 10:22 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXIX a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXIX.

DES TROIS ANGES QUI APPARURENT À ABRAHAM AU CHÊNE DE MAMBRÉ.  




Dieu apparut encore à Abraham au chêne de Mambré dans la personne de trois hommes, qui indubitablement étaient des anges 1, quoique plusieurs estiment que l’un d’eux était Jésus-Christ, qui était visible, à les en croire, avant que de s’être revêtu d’une chair 2. Je tombe d’accord que Dieu, qui est invisible, incorporel et immuable par sa nature, est assez puissant pour se rendre visible aux yeux des hommes, sans aucun changement en son essence, non par soi-même, mais par le ministère de quelqu’une de ses créatures; mais s’ils prétendent que l’un de ces trois hommes était Jésus-Christ, parce qu’Abraham s’adressa à tous trois comme s’ils n’eussent été qu’un seul homme, ainsi que le rapporte l’Ecriture: "Il aperçut trois hommes auprès de lui, et aussitôt il courut au-devant d’eux, et dit: Seigneur, si j’ai trouvé grâce auprès de vous … 3"  cette présomption n’a rien de concluant; car la même Ecriture témoigne que deux de ces anges étaient déjà partis pour détruire Sodome, lorsqu’Abraham s’adressa au troisième et l’appela son Seigneur, le conjurant de ne vouloir pas confondre l’innocent avec le coupable et de pardonner à Sodome.



En outre, lorsque Lot parle aux deux premiers anges, il le fait comme s’il ne parlait qu’à un seul. Après qu’il leur a dit: "Seigneur, venez, s’il vous plaît, dans la maison de votre serviteur 4", l’Ecriture ajoute: "Les anges le prirent par la main, lui, sa femme et ses deux filles, parce que Dieu lui faisait grâce. Et aussitôt qu’ils l’eurent tiré hors de la ville, ils lui dirent: Sauvez-vous, ne regardez point derrière vous, et ne demeurez point dans toute cette contrée; sauvez-vous dans la montagne, de peur que vous ne soyez enveloppé dans cette ruine. Et Lot leur dit: Je vous prie, Seigneur, puisque votre serviteur a trouvé grâce auprès de vous, etc.1"  



Ensuite le Seigneur lui répond aussi au singulier, par la bouche de ces deux anges en qui il était, et lui dit: "J’ai eu pitié de vous 2" il est bien plus croyable qu’Abraham et Lot reconnurent le Seigneur en la personne de ses anges, et que c’est pour cela qu’ils lui adressèrent la parole. Au surplus, ils prenaient ces anges pour des hommes; ce qui fit qu’ils les reçurent comme tels et les traitèrent comme s’ils avaient besoin de nourriture; mais d’un autre côté, il paraissait en eux quelque chose de si extraordinaire que ceux qui exerçaient ce devoir d’hospitalité à leur égard ne pouvaient douter que Dieu ne fût présent en eux, comme il a coutume de l’être dans ses prophètes.



De là vient qu’ils les appelaient quelquefois Seigneurs au pluriel
en les regardant comme les ministres de  Dieu, et d’autres fois Seigneur au singulier, en considérant Dieu même qui était en eux. Or, l’Ecriture témoigne que c’étaient des anges, et ne le témoigne pas seulement dans la Genèse, où cette histoire est rapportée, mais aussi dans l’épître aux Hébreux, où faisant l’éloge de l’hospitalité: "C’est, dit-elle, en pratiquant cette vertu que quelques-uns, sans le savoir, ont reçu chez eux des anges mêmes 3". Ce fut donc par ces trois hommes que Dieu, réitérant à Abraham la promesse d’un fils nommé Isaac qu’il devait avoir de Sara, lui dit: "Il sera chef d’un grand peuple, et toutes les nations de la terre seront bénies en lui 4". Paroles qui contiennent une promesse pleine et courte du peuple d’Israël, selon la chair, et de toutes les nations, selon la foi.




-------------------------------------------------------------------------------



1. Genèse  XVIII, 1 seq. ―2. C’est l’opinion de Tertullien (De carne Christi, cap. 7; Cont. Jud., cap. 9; et alibi), de saint Irénée (lib. III, cap. 6, et lib. IV, cap. 26) et de quelques autres Pères de l’Eglise. Saint Ambroise, au contraire (De Abrah., lib. I, cap. 5), a soutenu le même sentiment que saint Augustin défend ici et en d’autres écrits (De Trin., lib., II, n. 21; Cont. Maxim,, cap. 26, n. 5 et 6).― 3. Genèse  XVIII, 1-3. — 4.  Genèse XIX, 2.― 1. Genèse XIX, 16 et seq.―2. Genèse XIX, 21 ―3. Hébreux. XIII, 2 .― 4. Genèse XVIII, 18




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mer 09 Nov 2016, 9:50 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXX a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXX.

DESTRUCTION DE SODOME; DÉLIVRANCE DE LOT;

CONVOITISE INFRUCTUEUSE D’ABIMÉLECH POUR SARA.




Lot étant sorti de Sodome après cette promesse, une pluie de feu tomba du ciel 5 et réduisit en cendre ces villes infâmes, où le débordement était si grand que l’amour contre nature y était aussi commun que les autres actions autorisées par les lois 1. Ce châtiment effroyable fut une image du jugement dernier 2 . Pourquoi, en effet, ceux qui échappèrent de cette ruine reçurent-ils des anges l’ordre de ne point regarder derrière eux, sinon parce que, si nous voulons éviter la rigueur du jugement à venir, nous ne devons pas retourner par nos désirs aux habitudes du vieil homme dont nous nous sommes dépouillés par la grâce du baptême. Aussi la femme de Loi, ayant contrevenu à ce commandement, fut punie sur-le-champ, et son changement en statue de sel est un avertissement très-sensible donné aux fidèles pour qu’ils aient à se garantir d’un semblable malheur 3. Dans la suite, Abraham, à Gérara, employa, pour préserver sa femme, le même  moyen dont il s’était servi en Egypte 4; en sorte qu’Abimélech, roi de ces pays, lui rendit Sara sans l’avoir touchée. Et comme il blâmait Abraham de son stratagème, celui-ci, tout en avouant que la crainte l’avait obligé d’en user de la sorte, ajouta: "De plus, elle est vraiment ma sœur, car elle est fille de mon père, quoiqu’elle ne le soit pas de ma mère 5". En effet, Sara, du côté de son père, était sœur d’Abraham et une de ses plus proches parentes; et elle était si belle que même à cet âge, elle pouvait inspirer de l’amour.


-----------------------------------------------------------------------------



5. Genèse XIX, 24.― 1. Voyez plus haut, livre XIV, ch. 18.―2. Voyez l’Epître de saint Jude, v. 7. Comp. II Pierre, II, 6.— 3. Luc, XVII, 32-33. — 4. Genèse XX, 2. — 5. Genèse XX, 12.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Jeu 10 Nov 2016, 8:51 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXXI a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXXI.

DE LA NAISSANCE D’ISAAC, DONT LE NOM EXPRIME

LA JOIE ÉPROUVÉE PAR SES PARENTS.




Après cela, un fils naquit à Abraham 6 de sa femme Sara, selon la promesse de Dieu, et il le nomma Isaac, nom qui signifie rire, car le père avait ri quand un fils lui fut promis, témoignant par là sa joie et son contentement, et la mère avait ri aussi quand la promesse lui fut réitérée par les trois anges, quoique ce rire fût mêlé de doute, comme l’auge le lui reprocha  7. Mais ce doute fut ensuite dissipé par l’ange. Voilà d’où Isaac prit son nom. Sara montre bien que ce rire n’était pas un rire de moquerie, mais de joie, lorsqu’elle dit, à la naissance d’Isaac  "Dieu m’a fait rire, car quiconque saura ceci se réjouira avec moi 8". Peu de temps après, la servante fut chassée de la maison avec son fils; et l’Apôtre voit ici une figure des deux Testaments, où Sara représente la Jérusalem céleste, c’est-à-dire la Cité de Dieu 1.



----------------------------------------------


6. Genèse XXI, 2. —  7. Genèse  XVIII, 12. — 8. Genèse XXI, 6. ―1. Galates IV, 26.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

.


Dernière édition par ROBERT. le Ven 11 Nov 2016, 9:54 am, édité 1 fois

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Ven 11 Nov 2016, 9:54 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXXII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXXII.

OBÉISSANCE ET FOI D’ABRAHAM ÉPROUVÉES PAR

LE SACRIFICE DE SON FILS; MORT DE SARA.  




Cependant Dieu tenta Abraham 2 en lui commandant de lui sacrifier son cher fils Isaac, afin d’éprouver son obéissance et de la faire connaître à toute la postérité. Car il ne faut pas répudier toute tentation, mais au contraire on doit se réjouir de celle qui sert d’épreuve à la vertu 3. En effet, l’homme, le plus souvent, ne se connaît pas lui-même sans ces sortes d’épreuves ; mais s’il reconnaît en elles la main puissante de Dieu qui l’assiste, c’est alors qu’il est véritablement pieux, et qu’au lieu de s’enfler d’une vaine gloire, il’ est solidement affermi dans la vertu par, la grâce. Abraham savait fort bien que Dieu ne se plaît point à des victimes humaines; mais quand il commande, il est question d’obéir et non de raisonner. Abraham crut donc que Dieu était assez puissant pour ressusciter son fils, et on doit le louer de cette foi.



En effet, quand il hésitait à chasser de sa maison sa servante et son fils, sur les vives sollicitations de Sara, Dieu lui dit: "C’est d’Isaac que sortira votre postérité 4". Cependant il ajouta tout de suite: "Je ne laisserai pas d’établir sur une puissante nation le fils de cette servante, parce que c’est votre postérité". Comment Dieu peut-il assurer que c’est d’Isaac que sortira la postérité d’Abraham, tandis qu’il semble en dire autant d’Ismaël ? L’Apôtre résout cette difficulté, quand, expliquant ces paroles: "C’est d’Isaac que sortira votre postérité", il dit: "Cela signifie que ceux qui sont enfants d’Abraham selon la chair ne  sont pas pour cela enfants de Dieu; mais qu’il n’y a de vrais enfants d’Abraham que ceux qui sont enfants de la promesse  5".



Dès lors, pour que les enfants de la promesse soient la postérité d’Abraham, il faut qu’ils sortent d’Isaac, c’est-à-dire qu’ils soient réunis en Jésus-Christ par la grâce qui les appelle. Ce saint patriarche, fortifié par la foi de cette promesse, et persuadé qu’elle devait être accomplie par celui que Dieu lui commandait d’égorger, ne douta point que Dieu ne pût lui rendre celui qu’il lui avait donné contre son espérance. Ainsi l’entend et l’explique l’auteur de l’Epître aux Hébreux:  "C’est par la foi, dit-il, qu’Abraham fit éclater son obéissance, lorsqu’il fut tenté au sujet d’Isaac; car il offrit à Dieu son fils unique, malgré toutes les promesses qui lui avaient été faites, et quoique Dieu lui eût dit: C’est d’Isaac que sortira votre véritable postérité. Mais il pensait en lui-même que Dieu pourrait bien le ressusciter après sa mort". Et l’Apôtre ajoute: "Voilà pourquoi Dieu l’a proposé en figure  1".



Or, quelle est cette figure, sinon celle de la victime sainte dont parle le même Apôtre, quand il dit: "Dieu n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré à la mort pour nous tous 2 ?" Aussi Isaac porta lui-même le bois du sacrifice dont il devait être la victime, comme Notre-Seigneur porta sa croix. Enfin, puisque Dieu a empêché Abraham de mettre la main sur Isaac, qui n’était pas destiné à mourir, que veut dire ce bélier, dont le sang symbolique accomplit le sacrifice, et qui était retenu par les cornes aux épines du buisson ? Que représente-t-il, si ce n’est Jésus-Christ couronné d’épines par les Juifs avant que d’être immolé ?



Mais écoutons plutôt la voix de Dieu par la bouche de l’ange: "Abraham, dit l’Ecriture, étendit la main pour prendre son glaive et égorger son fils. Mais l’ange du Seigneur lui cria du haut du ciel: Abraham ? A quoi il répondit: Que vous plaît-il ? — Ne mettez point la main Sur votre fils, lui dit l’ange, et ne lui faites point de mal; car je connais maintenant que vous craignez votre Dieu, puisque vous n’avez pas épargné votre fils bien-aimé pour l’amour de moi 3" . "Je connais maintenant", dit Dieu, c’est-à-dire: j’ai fait connaître; car Dieu ne l’avait pas ignoré. Lorsque ensuite Abraham eut immolé le bélier au lieu de son fils Isaac, l’Ecriture dit: "Il appela ce lieu[/i] le Seigneur a vu, et c’est pourquoi nous disons aujourd’hui : "Le Seigneur est apparu sur la montagne" .



De même que Dieu dit: "Je connais maintenant", pour dire: J’ai fait maintenant connaître; ainsi Abraham dit: Le Seigneur a vu, pour dire: Le Seigneur est apparu ou s’est fait voir. "Et l’ange appela du ciel Abraham pour la seconde fois, et lui dit: J’ai juré par moi-même, dit le Seigneur, et pour prix de ce que vous venez de faire, n’ayant point épargné votre fils bien-aimé pour l’amour de moi, je vous comblerai de bénédictions, et je vous donnerai une postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable de la mer. Vos enfants se rendront maîtres des villes de leurs ennemis; et toutes les nations de la terre seront bénies en votre postérité, parce que vous avez obéi à ma voix 1". C’est ainsi que Dieu confirma par serment la promesse de la vocation des Gentils , après qu’Abraham lui eut offert en holocauste ce bélier, qui était la figure de Jésus-Christ. Dieu le lui avait souvent promis, mais il n’en avait jamais fait serment, et qu’est-ce que le serment du vrai Dieu, du Dieu qui est la vérité même, sinon une confirmation de sa promesse et un reproche qu’il adresse aux incrédules ?



Après cela, Sara mourut âgée de cent vingt-sept ans 2, lorsque Abraham en avait cent trente-sept; il était en effet plus vieux qu’elle de dix ans, comme il le déclara lui-même, quand Dieu lui promit qu’elle lui donnerait un fils: "J’aurai donc, dit-il, un fils à cent ans, et Sara accouchera à quatre-vingt-dix ?" Abraham acheta un champ où il ensevelit sa femme. Ce fut alors, ainsi que le rapporte saint Etienne 3, qu’il fut établi dans cette contrée, parce qu’il commença à y posséder un héritage; ce qui arriva après la mort de son père, qui eut lieu environ deux ans auparavant.




------------------------------------------------------------------


2. Genèse XXII, 1.―3. Comp. saint Augustin, Quœst. in Gen., qu. 37, et in Exod., qu. 18. Saint Ambroise avait dit à la même occasion et dans le même sens (De Abr., lib. I, cap. 8): "Autres sont les tentations de Dieu, autres celles du diable;  le diable nous tente pour nous perdre, Dieu pour nous sauver".― 4. Genèse XXI, 12. — 5. Romains IX, 8.. ―1. Hébreux  XI, 17-19. — 2. Romains  VIII, 32. . 3. Genèse XXII, 10-17. ―1. Genèse XXII, 16 et seq.― 2. Genèse XXIII, 1. —3. Actes VII, 4.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Sam 12 Nov 2016, 10:49 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXXIII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXXIII.

ISAAC ÉPOUSE RÉBECCA,

PETITE-FILLE DE NACHOR.  




 Ensuite Isaac, âgé de quarante ans, à l’époque où son père en avait cent quarante, trois ans après la mort de sa mère, épousa Rébecca, petite-fille de son oncle Nachor 4. Or, quand Abraham envoya son serviteur en Mésopotamie, il lui dit: "Mettez votre main sur ma cuisse, et me faites serment par le Seigneur et le Dieu du ciel et de la terre que vous ne choisirez pour femme à mon fils aucune des filles des Chananéens 1". Qu’est-ce que cela signifie, sinon que le Seigneur Dieu du ciel et de la terre devait se revêtir d’une chair tirée des flancs de ce patriarche ?  Sont-ce là de faibles marques de la vérité que nous voyons maintenant accomplie en Jésus-Christ ?


--------------------------------------------------------


4. Genèse XXIV, 2- 3.  ― 1. Genèse I, 2.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Dim 13 Nov 2016, 12:47 pm

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXXIV a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXXIV.

CE QU’IL FAUT ENTENDRE PAR LE MARIAGE

D’ABRAHAM  AVEC CÉTHURA, APRÈS LA MORT DE SARA.  




Que signifie le mariage d’Abraham avec Céthura 2 après la mort de Sara  [/sup]3[/sup] ? Nous sommes loin de penser qu’un si saint homme l’ait contracté par incontinence, surtout dans un âge si avancé. Avait-il encore besoin d’enfants, lui qui croyait fermement que Dieu lui en donnerait d’Isaac autant qu’il y a d’étoiles au ciel et de sable sur le rivage de la mer ? Mais si Agar et Ismaël, selon la doctrine de l’Apôtre 4, sont la figure des hommes charnels de l’Ancien Testament, pourquoi Céthura et ses enfants ne seraient-ils pas de même la figure des hommes charnels qui pensent appartenir au Nouveau ? Toutes deux sont appelées femmes et concubines d’Abraham, au lieu que Sara n’est jamais appelée que sa femme. Quand Agar fut donnée à Abraham, l’Ecriture dit: Saraï, femme d’Abraham, prit sa servante Agar dix ans après qu’Abraham fut entré dans la terre de Chanaan, et la donna pour femme à son mari 5". Quant à Céthura, qu’il épousa après la mort de Sara, voici comment l’Ecriture en parle: "Abraham épousa une autre femme nommée Céthura 6".



Vous voyez que l’Ecriture les appelle toutes deux femmes; mais ensuite elle les nomme toutes deux concubines:  "Abraham, dit-elle, donna tout son bien à son fils Isaac; et quant aux enfants de ses concubines, il leur fit quelques présents, et les éloigna de son vivant de son fils Isaac, en les envoyant vers les contrées d’Orient 7". Les enfants des concubines, c’est-à-dire les Juifs et les hérétiques, reçoivent donc quelques présents, mais ne partagent point le royaume promis, parce qu’il n’y a point d’autre héritier qu’Isaac, et que ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont fils de Dieu, mais les enfants de la promesse 1, Dieu dont se compose cette postérité de qui il a été dit: "Votre postérité sortira d’Isaac 2". Je ne vois pas pourquoi I’Ecriture appellerait Céthura concubine, s’il n’y avait quelque mystère là-dessous. Quoi qu’il en soit, on ne peu pas justement reprocher ce mariage à ce patriarche. Que savons-nous si Dieu ne l’a point permis ainsi afin de confondre, par l’exemple d’un si saint homme, l’erreur de certains hérétiques 3 qui condamnent les seconde noces comme mauvaises ? Abraham mourut 4 à l’âge de cent soixante et quinze ans; son fils en avait soixante et quinze, étant venu au monde la centième année de la vie de son père.


------------------------------------------------


2. Au témoignage de saint Jérôme, la tradition hébraïque identifiait Céthura avec Agar.―3. Genèse XXV, 1. —  4. Galates IV, 24. — 5. Genèse XVI, 3. — 6. Genèse XXV, 1 —  7. Genèse XXV, 5. ―1. Romains XX. 8. — 2. Genèse XXX, 12.― 3. Ces hérétiques sont les cataphryges ou cataphrygiens, branche de la grande secte des gnostiques. Voyez saint Augustin, De haeres. ad Quodvultdeum, haer. 26.― 4. Genèse XXV, 17.





Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Lun 14 Nov 2016, 10:29 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXXV a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXXV.

DES DEUX JUMEAUX QUI SE BATTAIENT

DANS LE VENTRE DE RÉBECCA..  




Voyons maintenant le progrès de la Cité de Dieu dans les descendants d’Abraham. Comme Isaac n’avait point encore d’enfants à l’âge de soixante ans, parce que sa femme était stérile, il en demanda à Dieu, qui l’exauçai mais dans le temps que sa femme était enceinte, les deux enfants qu’elle portait se battaient dans son sein. Les grandes douleurs qu’elle en ressentait lui firent consulter Dieu qui lui répondit: "Deux nations sont dans votre sein, et deux peuples sortiront de vos entrailles; l’un surmontera l’autre, et l’aîné sera soumis au cadet  5". L’apôtre saint Paul 6 tire de là un grand argument en faveur de la grâce, en ce que, avant que ni l’un ni l’autre ne fussent nés et n’eussent fait ni bien ni mal, le plus jeune fut choisi sans aucun mérite antérieur, et l’aîné réprouvé. Il est certain que, par rapport au péché originel, ils étaient également coupables, et que ni l’un ni l’autre n’avaient commis aucun péché qui leur fût propre; mais le dessein que je me suis proposé dans cet ouvrage ne me permet pas de m’étendre davantage sur ce point, outre que je l’ai fait amplement ailleurs 7.



A l’égard de ces paroles: "L’aîné sera soumis au cadet", presque tous nos interprètes l’expliquent du peuple juif, qui doit être assujetti au peuple chrétien; et dans le fait, bien qu’il semble que cela soit accompli dans les Iduméens issus de l’aîné (il avait deux noms, Esaü et Edom), parce qu’ils ont été assujettis aux Israëlites sortis du cadet; néanmoins il est plus croyable que cette prophétie: "Un peuple surmontera l’autre, et l’aîné servira le cadet", regardait quelque chose de plus grand; et quoi donc, sinon ce que nous voyons clairement s’accomplir dans les Juifs et dans les Chrétiens ?



----------------------------------------------


5. Genèse XXV, 23. — 6. Romains IX, 11.―7. Voyez les écrits de saint Augustin De peccato originali, De libero arbitrio et gratia, De correptione et gratia, De prœdestinatione sanctorum, etc.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mar 15 Nov 2016, 7:59 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXXVI a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXXVI.

DIEU BÉNIT ISAAC, EN CONSIDÉRATION

DE SON PÈRE ABRAHAM.    




Isaac reçut aussi la même promesse que Dieu avait si souvent faite à son père, et l’Ecriture en parle ainsi: "Il y eut une grande famine sur la terre, outre celle qui arriva du temps d’Abraham; en sorte qu’Isaac se retira à Gérara, vers Abimélech, roi des Philistins. Là, le Seigneur lui apparut et lui dit: Ne descendez point en Egypte, mais demeurez dans la terre que je vous dirai; demeurez-y  comme étranger, et je serai avec vous et vous bénirai; car je vous donnerai, ainsi qu’à votre postérité, toute cette contrée, et j’accomplirai le serment que j’ai fait à votre père Abraham. Je multiplierai votre postérité comme les étoiles du ciel, et lui donnerai cette terre-ci, et en elles seront bénies toutes les nations de la terre, parce qu’Abraham, votre père, a écouté ma voix et observé mes commandements  1" Ce patriarche n’eut point d’antre femme que Rébecca, ni de concubine; mais il se contenta pour enfants de ses deux jumeaux. Il appréhenda aussi pour la beauté de sa femme, parce qu’il habitait parmi des étrangers, et, suivant l’exemple de son père, il l’appela sa sœur, car elle était sa proche parente du côté de son père et de sa mère. Ces étrangers, ayant su qu’elle était sa femme, ne lui causèrent toutefois aucun déplaisir. Faut-il maintenant le préférer à son père pour n’avoir eu qu’une seule femme ? Non, car la foi et l’obéissance d’Abraham étaient tellement incomparables, que ce fut en sa considération que Dieu promit, au fils tout le bien qu’il lui devait faire.



"Toutes les nations de la terre, dit-il, seront bénies en votre postérité, parce que votre père Abraham a écouté ma voix et observé mes commandements"; et dans une autre vision: "Je suis le Dieu de votre père Abraham,  ne craignez point, car je suis avec vous et vous ai béni, et je multiplierai votre postérité à cause d’Abraham, votre père 1";  paroles qui montrent bien qu’Abraham a été chaste dans les actions mêmes que certaines personnes, avides de chercher des exemples dans l’Ecriture pour justifier leurs désordres, veulent qu’il ait faites par volupté. Cela nous apprend aussi à ne pas comparer les hommes ensemble par quelques actions particulières, mais par toute la suite de leur vie. Il peut fort bien arriver qu’un homme l’emporte sur un autre en quelque point, et qu’il lui soit beaucoup inférieur pour tout le reste. Ainsi, quoique la continence soit préférable au mariage, toutefois un chrétien marié vaut mieux qu’un païen continent, et même celui-ci est d’autant plus digne de blâme qu’il demeure infidèle en même temps qu’il est continent. Supposons deux hommes de bien: sans doute celui qui est plus fidèle et plus obéissant à Dieu vaut mieux, quoique marié, que celui qui est moins fidèle et moins soumis, encore qu’il garde le célibat; mais toutes choses égales d’ailleurs, il est indubitable qu’on doit préférer l’homme continent à celui qui est marié.



----------------------------------------------------


1. Genèse  XXVI, 1-5.  ―1. Genèse XXVI, 24.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mer 16 Nov 2016, 10:27 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXXVII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXXVII.

CE QUE FIGURAIENT PAR AVANCE ÉSAÜ ET JACOB.  




Or, les deux fils d’Isaac, Esaü et Jacob, croissaient également en âge, et l’aîné vaincu par son intempérance, céda volontairement au plus jeune son droit d’aînesse pour un plat de lentilles 2. Nous apprenons de là que ce n’est pas la qualité des viandes, mais la gourmandise qui est blâmable. Isaac devient vieux et perd la vue par suite de son grand âge 3. Il veut bénir son aîné, et, sans le savoir, il bénit son cadet à la place de l’autre, qui était velu, et auquel le cadet s’était substitué en ayant soin de se couvrir les mains et le cou d’une peau de chèvre, symbole des péchés d’autrui. Afin qu’on ne s’imaginât pas que cet artifice de Jacob fût répréhensible et ne contînt aucun mystère, l’Ecriture a eu soin auparavant de nous avertir "qu’Esaü était un homme farouche et grand chasseur, et que Jacob était un homme simple et qui demeurait au logis  1".


Quelques interprètes, au lieu de simple, traduisent sans ruse. Mais qu’on entende sans ruse ou simple, ou encore sans artifice, en grec aplastos quelle peut être, en recevant cette bénédiction, la ruse de cet homme sans ruse, l’artifice de cet homme simple, la feinte de cet homme incapable de mentir, sinon un très-profond mystère de vérité ? Cela ne paraît-il point dans la bénédiction même ? "L’odeur qui sort de mon fils, dit Isaac, est semblable à l’odeur d’un champ émaillé de fleurs que le Seigneur a béni. Que Dieu fasse tomber la rosée du ciel sur vos terres et les rende fécondes en blé et en vin; que les nations vous obéissent, et que les princes vous adorent. Soyez le maître de votre frère, et que les enfants de votre père se prosternent devant vous. Celui qui vous bénira sera béni, et celui qui vous maudira sera maudit 2".



La bénédiction de Jacob, c’est la prédication du nom de Jésus-Christ par toutes les nations. Elle se fait, elle s’accomplit en ce moment même. Isaac est la figure de la loi et des prophètes. Cette loi, ces prophéties, par la bouche des Juifs, bénissent Jésus-Christ sans le connaître, n’étant pas connues elles-mêmes par les Juifs. Le monde, comme un champ, est parfumé du nom de ce Sauveur. La parole de Dieu est la pluie et la rosée du ciel qui rendent ce champ fécond. Sa fécondité est la vocation des Gentils. Le blé et le vin dont il abonde, c’est la multitude des fidèles que le blé et le vin unissent dans le sacrement de son corps et de son sang. Les nations lui obéissent, et les princes l’adorent. Il est le maître de son frère, parce que son peuple commande aux Juifs. Les enfants de son père l’adorent, c’est-à-dire les enfants d’Abraham selon la foi, parce qu’il est lui-même fils d’Abraham selon la chair. Celui qui le maudira sera maudit, et celui qui le bénira sera béni. Ce Christ, qui est notre sauveur, est béni, je le répète, par la bouche des Juifs, dépositaires de la loi et des prophètes, bien qu’ils ne les comprennent pas et qu’ils attendent un autre Sauveur.



Lorsque l’aîné demande à son père la bénédiction qu’il lui avait promise, Isaac s’étonne; et, après avoir vu qu’il avait béni l’un pour l’autre, il admire cet événement, et toutefois ne se plaint pas d’avoir été trompé: au contraire, éclairé sur ce grand mystère par une lumière intérieure, au lieu de se fâcher contre Jacob, il confirme la bénédiction qu’il lui a donnée. "Quel est, dit-il, celui qui m’a apporté de la venaison dont j’ai mangé avant que vous vinssiez ? Je l’ai béni et il demeurera béni 1". Qui n’attendrait ici la malédiction d’un homme en colère, si tout cela ne se passait plutôt par une inspiration d’en haut que selon la conduite ordinaire des hommes ? O merveilles réellement arrivées, mais prophétiquement; arrivées sur la terre, mais inspirées par le ciel; arrivées par l’entremise des hommes, mais conduites par la providence de Dieu ! A examiner toutes ces choses en détail, elles sont si fécondes en mystères, qu’il faudrait des volumes entiers pour les expliquer; mais les bornes que je me suis prescrites dans cet ouvrage m’obligent à passer à d’autres considérations.




---------------------------------------------------------



2. Genèse XXV, 33- 34. — 3. Genèse XXVII, 1. ― 1. Genèse XXV, 27. — 2. Genèse XX, 27 et seq.― 1. Genèse XXVII, 33.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Jeu 17 Nov 2016, 10:09 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXXVIII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXXVIII.

DU VOYAGE DE JACOB EN MÉSOPOTAMIE POUR S’Y MARIER,

DE LA VISION QU’IL EUT EN CHEMIN, ET DES QUATRE FEMMES

QU’IL ÉPOUSA, BIEN QU’IL N’EN DEMANDÂT QU’UNE.    




 Jacob est envoyé par ses parents en Mésopotamie pour s’y marier. Voici ce que son père lui dit à son départ: "Ne vous mariez pas parmi les Chananéens; mais allez en Mésopotamie, chez Bathuel, père de votre mère, et épousez là quelqu’une des filles de Laban, frère de votre mère. Que mon Dieu vous bénisse, et vous rende puissant, afin que vous soyez père de, plusieurs peuples. Qu’il vous donne, et à votre postérité, la bénédiction de votre père Abraham, afin que vous possédiez la terre où vous êtes maintenant étranger et que Dieu a donnée à Abraham  2".  Ici paraît clairement la division des deux branches de la postérité d’Isaac, celle de Jacob et celle d’Esaü. Lorsque Dieu dit à Abraham:  "Votre postérité sortira d’Isaac",  il entendait parler nécessairement de celle qui devait composer la Cité de Dieu, et cette postérité d’Abraham fut dès cet instant séparée de celle qui sortit de lui par les enfants d’Agar et de Céthura; mais il était encore douteux si cette bénédiction d’Isaac était pour ses deux enfants ou seulement pour l’un d’eux. Or, le doute disparaît maintenant dans cette bénédiction prophétique qu’Isaac donne à Jacob, lorsqu’il lui dit: "Vous serez le père de plusieurs peuples; que Dieu vous donne la bénédiction de votre père Abraham".



Pendant que Jacob allait en Mésopotamie, il reçut en songe l’oracle du ciel que l’Ecriture rapporte en ces termes: "Jacob, laissant le puits du serment, prit son chemin vers Haran , et, étant arrivé en un lieu où la nuit le surprit, il ramassa quelques pierres qu’il trouva là, et, après les avoir mises sous sa tête, il s’endormit. Comme il dormait, il lui sembla voir une échelle dont l’un des bouts posait sur terre et l’autre touchait au ciel, et les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. Dieu était appuyé dessus, et il lui dit: Je suis le Dieu d’Abraham, votre père, et le Dieu d’Isaac; ne craignez point. Je vous donnerai à vous et à votre postérité la terre où vous dormez, et le nombre de vos enfants égalera la poussière de la terre. Ils s’étendront depuis l’orient jusqu’à l’occident depuis le midi jusqu’au septentrion, et toutes les nations de la terre seront bénies en vous et en votre postérité. Je suis avec vous et vous garderai partout où vous irez, et je vous ramènerai en ce pays-ci, parce que je ne vous abandonnerai point que je n’aie accompli tout ce que je vous ai dit. Alors Jacob se réveilla, et dit: Le Seigneur est ici et je ne le savais pas. Et étant saisi de crainte: Que ce lieu, dit-il , est terrible ! Ce ne peut être que la maison de Dieu et la porte du ciel. Là-dessus il se leva, et prenant la pierre qu’il avait mise sous sa tête, il la dressa pour servir de monument, et l’oignit d’huile par en haut, et nomma ce lieu la maison de Dieu  1"  Ceci contient une prophétie; et il ne faut pas s’imaginer que Jacob versa de l’huile sur cette pierre à la façon des idolâtres, comme s’il en eût fait un Dieu, car il ne l’adora point, ni ne lui offrit point de sacrifice; mais comme le nom de Christ vient d’un mot grec qui signifie onction  2, ceci sans doute figure quelque grand mystère. Notre Sauveur lui-même semble expliquer le sens symbolique de cette échelle dans l’Évangile, lorsqu’après avoir dit de Nathanaël: "Voilà un véritable Israélite en qui il n’y a point de ruse 1", pensant à la vision qu’avait eue Israël, qui est le même que Jacob, il ajoute: "En vérité, en vérité, je vous dis que vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre sur le fils de l’homme 2 ».


Jacob continua donc son chemin en Mésopotamie, pour y choisir une femme. Or, l’Ecriture nous apprend pourquoi il en épousa quatre dont il eut douze fils et une fille, lui qui n’en avait épousé aucune par un désir illégitime. Il était venu pour prendre une seule épouse; mais comme on lui en supposa une autre à la place de celle qui lui était promise 3, il ne la voulut pas quitter, de peur qu’elle ne demeurât déshonorée; et comme en ce temps-là il était permis d’avoir plusieurs femmes pour accroître sa postérité, il prit encore la première à qui il avait déjà donné sa foi. Cependant, celle-ci étant stérile, elle lui donna sa servante pour en avoir des enfants; ce que son aînée fit aussi, quoique elle-même en eût déjà. Jacob n’en demanda qu’une, et il n’en connut plusieurs que pour en avoir des enfants, et à la prière de ses femmes, qui usaient en cela du pouvoir que les lois du mariage leur donnaient sur lui.




-----------------------------------------------------------------



2. Genèse XXVIII, 1 et seq .―  1. Genèse XXVIII, 10-19. ― 2. Xrisma ―1. Jean, I, 47―2. Jean  I, 51. – 3. Genèse  XXIX, 23.





Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Ven 18 Nov 2016, 10:12 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXXIX a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXXIX.

POURQUOI JACOB FUT APPELÉ ISRAËL.  




Or, Jacob eut douze fils et une fille de quatre femmes. Ensuite, il vint en Egypte, à cause de son fils Joseph qui y avait été mené et y était devenu puissant, après avoir été vendu par la jalousie de ses frères. Jacob, comme je viens de le dire, s’appelait aussi Israël, d’où le peuple descendu de lui a pris son nom, et ce nom lui fut donné par l’ange qui lutta contre lui à son retour de Mésopotamie 4 et qui était la figure de Jésus-Christ. L’avantage qu’il voulut bien que Jacob remportât signifie le pouvoir que Jésus-Christ donna sur lui aux Juifs au temps de sa passion. Toutefois, il demanda la bénédiction de celui qu’il avait surmonté, et cette bénédiction fut l’imposition de ce nom même. Israël signifie voyant Dieu, ce qui marque la récompense de tous les saints à la fin du monde. L’ange le toucha à l’endroit le plus large de la caisse et le rendit boiteux. Ainsi le même Jacob fut béni et boiteux: béni en ceux du peuple juif qui ont cru en Jésus-Christ, et boiteux en ceux qui n’y ont pas cru, car l’endroit le plus large de la cuisse marque une postérité nombreuse. En effet, il y en a beaucoup plus parmi ses descendants en qui cette prophétie s’est accomplie: "Ils se sont égarés du droit chemin, et ont boité  1".


-------------------------------------------------------


4. Genèse  XXXII, 28.―1. Psaume XVII, 49.
`


Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Sam 19 Nov 2016, 2:31 pm

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XL a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XL.

COMMENT ON DOIT ENTENDRE QUE JACOB

ENTRA, LUI SOIXANTE-QUINZIÈME, EN ÉGYPTE. 




L’Ecriture dit 2 que soixante-quinze personnes entrèrent en Egypte avec Jacob, en l’y comprenant avec ses enfants; et dans ce nombre elle ne fait mention que de deux femmes, l’une fille, et l’autre petite-fille de ce patriarche. Mais à considérer la chose exactement, elle ne veut point dire que la maison de Jacob fût si grande le jour ni l’année qu’il y entra, puisqu’elle compte parmi ceux qui y entrèrent des arrière-petits-fils de Joseph, qui ne pouvaient pas être encore au monde. Jacob avait alors cent trente ans, et son fils Joseph trente-neuf. Or, il est certain que Joseph n’avait que trente ans, ou un peu plus, quand il se maria. Comment donc aurait-il pu en l’espace de neuf ans avoir des arrière-petits-fils ? Quand Jacob entra en Egypte, Ephraïm et Manassé, enfants de Joseph, n’avaient pas encore neuf ans. Or, dans le dénombrement que l’Ecriture fait de ceux qui y entrèrent avec lui, elle parle de Machir, fils de Manassé et petit-fils de Joseph, et de Galaad, fils de Machir, c’est-à-dire arrière-petit-fils de Joseph. Elle parle aussi de Utalaam, fils d’Ephraïm, et de Edem, fils de Utalaam, c’est-à-dire d’un autre petit-fils et arrière-petit-fils de ce patriarche 3.



L’Ecriture donc, par l’entrée de Jacob en Egypte, n’entend pas parler du jour ni de l’année qu’il y entra, mais de tout le temps que vécut Joseph qui fut cause de cette entrée. Voici comment elle parle de Joseph: "Joseph demeura en Egypte avec ses frères et toute la maison de son père, et il vécut cent dix ans, et il vit les enfants d’Ephraïm jusqu’à la troisième génération  4", c’est-à-dire Edem, son arrière-petit-fils du côté d’Ephraïm. C’est là, en effet, ce que l’Ecriture appelle troisième génération. Puis elle ajoute: "Et les enfants de Machir, fils de Manassé, naquirent sur les genoux de Joseph", c’est-à-dire Galaad, son arrière-petit-fils du côté de Manassé, dont l’Ecriture, suivant son usage, qui est aussi celui de la langue latine 1, parle comme s’il y en avait plusieurs, ainsi que de la fille unique de Jacob, qu’elle appelle les filles de Jacob. Il ne faut donc pas s’imaginer que ces enfants de Joseph fussent nés quand Jacob entra en Egypte, puisque l’Ecriture, pour relever la félicité de Joseph, dit qu’il les vit naître avant que de mourir; mais ce qui trompe ceux qui n’y regardent pas de si près, c’est que l’Ecriture dit: "Voici les noms des enfants d’Israël qui entrèrent en Egypte avec Jacob, leur père 2". Elle ne parle donc de la sorte que parce qu’elle compte aussi toute la famille de Joseph, et qu’elle prend cette entrée pour toute la vie de ce patriarche, parce que c’est lui qui en fut cause.




------------------------------------



2. Genèse XLVI, 17. — 3. Genèse L, 22; Nombres XXVI, 29 et seq. — 4. Genèse  L, 22.  ―1. Voyez Aulu-Gelle (Noct. att., lib. II, cap. 13) et le Digeste (lib. I, tit. 16, De verborum significatione, § 148).― 2. Genèse  XLVI, 8.





Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Dim 20 Nov 2016, 7:36 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XLI a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XLI.

BÉNÉDICTION DE JUDA.




Si donc, à cause du peuple chrétien, en qui la Cité de Dieu est étrangère ici-bas, nous cherchons Jésus-Christ selon la chair dans la postérité d’Abraham, laissant les enfants des concubines, Isaac se présente à nous; dans celle d’Isaac, laissant Esaü ou Edom, se présente Jacob ou Israël; dans celle d’Israël, les autres mis à part, se présente Juda, parce que Jésus-Christ est né de la tribu de Juda. Voyons  pour cette raison la bénédiction prophétique que Jacob lui donna lorsque, près de mourir, il bénit tous ses enfants: "Juda, dit-il, vos frères vous loueront; vous emmènerez vos ennemis captifs; les enfants de votre père vous adoreront. Juda est un jeune lion; vous vous êtes élevé, mon fils, comme un arbre qui pousse avec vigueur; vous vous êtes couché pour dormir comme un lion et comme un lionceau: qui le réveillera ? Le sceptre ne sera point ôté de la maison de Juda, et les princes ne manqueront point jusqu’à ce que tout ce qui lui a été promis soit accompli. Il sera l’attente des nations, et il attachera son poulain et l’ânon de son ânesse au cep de la vigne. Il lavera sa robe dans le vin, et son vêtement dans le sang de la grappe de raisin. Ses yeux sont rouges de vin, et ses dents plus blanches  que le lait 1".



J’ai expliqué tout ceci contre Fauste le manichéen 2, et j’estime en avoir dit assez pour montrer la vérité de cette prophétie. La mort de Jésus-Christ y est prédite par le sommeil; et par le lion, le pouvoir qu’il avait de mourir ou de ne mourir pas. C’est ce pouvoir qu’il relève lui-même dans l’Evangile, quand il dit: "J’ai pouvoir de quitter mon âme, et j’ai pouvoir de la reprendre. Personne ne me la peut ôter; mais c’est de moi-même que je la quitte et que je la reprends 3". C’est ainsi que le lion a rugi et qu’il a accompli ce qu’il a dit. A cette même puissance encore se rapporte ce qui est dit de sa résurrection: "Qui le réveillera ?" c’est-à-dire que nul homme ne le peut que lui-même, qui a dit aussi de son corps: "Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours 4". Le genre de sa mort, c’est-à-dire son élévation sur la croix, est compris en cette seule parole: "Vous vous êtes élevé".



Et ce que Jacob ajoute ensuite: "Vous vous êtes couché pour dormir", l’Évangéliste l’explique lorsqu’il dit: "Et penchant la tête, il rendit l’esprit 5"; si l’on n’aime mieux l’entendre de son tombeau, où il s’est reposé et a dormi, et d’où aucun homme ne l’a ressuscité, comme les prophètes ou lui-même en ont ressuscité quelques-uns, mais d’où il est sorti tout seul comme d’un doux sommeil. Pour sa robe qu’il lave dans le vin, c’est-à-dire qu’il purifie de tout péché dans son sang, qu’est-ce autre chose que l’Eglise ? Les baptisés savent quel est le sacrement de ce sang, d’où vient que l’Ecriture ajoute: "Et son vêtement dans le sang de la grappe. Ses yeux sont rouges de vin". Qu’est-ce que cela signifie, sinon les personnes spirituelles enivrées de ce divin breuvage dont le Psalmiste dit: "Que votre breuvage qui enivre est excellent !" — "Ses dents sont plus a blanches que le lait 6"; c’est ce lait que les petits boivent chez l’Apôtre  7, c’est-à-dire les paroles qui nourrissent ceux qui ne sont pas encore capables d’une viande solide. C’est donc en lui que résidaient les promesses faites à Juda, avant l’accomplissement desquelles les princes, c’est-à-dire les rois d’Israël, n’ont point manqué dans cette race. Lui seul était l’attente des nations, et ce que nous en voyons maintenant est plus clair que tout ce que nous en pouvons dire.



------------------------------------------


1. Genèse  XLIX,8 et seq. ―2. Cont. Faust, lib. XII, cap. 42. ―3. Jean X, 18.— 4. Jean II, I9. – 5. Jean XIX, 30. —  6. Psaume XXII, 5. — 7. I Corinthiens  III, 2.





Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Lun 21 Nov 2016, 10:43 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XLII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XLII.

BÉNÉDICTION DES DEUX  FILS DE JOSEPH PAR JACOB.  




Or, comme les deux fils d’Isaac, Esaü et Jacob, ont été la figure de deux peuplés, des Juifs et des Chrétiens, quoique selon la chair les Juifs ne soient pas issus d’Esaü, mais bien des Iduméens, pas plus que les Chrétiens ne le sont de Jacob, mais bien des Juifs, tout le sens de la figure se résume en ceci:  "L’aîné sera soumis au cadet"; il en est arrivé de même dans les deux fils de Joseph. L’aîné était la figure des Juifs, et le cadet celle des Chrétiens. Aussi Jacob, les bénissant, mit sa main droite sur le cadet qui était à sa gauche, et sa gauche sur l’aîné qui était à sa droite; et comme Joseph, leur père, fâché de cette méprise, voulut le faire changer, et lui montra l’aîné: "Je le sais bien, mon fils, répondit-il, je le sais bien. Celui-ci sera père d’un peuple et deviendra très-puissant; mais son cadet sera plus grand que lui, et de lui sortiront plusieurs nations 1". Voilà deux promesses clairement distinctes. "L’un , dit l’Ecriture, sera père d’un peuple, et l’autre de plusieurs nations". N’est-il pas de la dernière évidence que ces deux promesses embrassent le peuple juif et tous les autres peuples de la terre qui devaient également sortir d’Abraham, le premier selon la chair, et le reste selon la foi ?


-----------------------------------------


1 . Genèse  XLVIII, 13-14; 17-19.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mar 22 Nov 2016, 9:54 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XLIII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XLIII.

DES TEMPS DE MOÏSE, DE JÉSUS NAVÉ,

DES JUGES ET DES ROIS JUSQU’À DAVID.    




 Après la mort de Jacob et de Joseph, le peuple juif se multiplia prodigieusement pendant les cent quarante-quatre années qui restèrent jusqu’à la sortie d’Egypte, quoique les Égyptiens, effrayés de leur nombre, leur fissent subir des persécutions si cruelles que, même à la fin, ils tuèrent tous les enfants mâles qui venaient au monde. Alors 2 Moïse, choisi de Dieu pour exécuter de grandes choses, fut dérobé à la fureur de ces meurtriers et porté dans la maison royale, où il fut nourri et adopté par la fille de Pharaon, nom qui était commun à tous les rois d’Egypte. Là il devint assez puissant pour affranchir ce peuple de la captivité où il gémissait depuis si longtemps, ou, pour mieux dire, Dieu, conformément à la promesse qu’il avait faite à Abraham, se servit du ministère de Moïse pour délivrer les Hébreux. Obligé d’abord de s’enfuir en Madian 1  pour avoir tué un Égyptien qui outrageait un Juif, revenu ensuite par un ordre exprès du ciel, il surmonta les mages de Pharaon 2 par la puissance de l’esprit de Dieu. Après ces prodiges, comme les Égyptiens refusaient encore de laisser sortir le peuple de Dieu, il les frappa de ces dix plaies si fameuses: l’eau changée en sang, les grenouilles, les moucherons, les mouches canines, la mort des bestiaux, les ulcères, la grêle, les sauterelles, les ténèbres et la mort de leurs aînés.



Enfin, les Égyptiens, vaincus par tant de misères, furent, pour dernier malheur, engloutis sous les flots, tandis qu’ils poursuivaient les Juifs, après leur avoir permis de s’en aller. La mer, qui s’était ouverte pour donner passage aux Hébreux, submergea leurs ennemis par le retour de ses ondes. Depuis, ce peuple passa quarante ans dans le désert sous la conduite de Moïse, et c’est là que fut fait le tabernacle du témoignage, dans lequel Dieu était adoré par des sacrifices, figures des choses à venir. La loi y fut aussi donnée sur la montagne au milieu des foudres, des tempêtes et de voix éclatantes qui attestaient la présence de la divinité. Ceci arriva aussitôt que le peuple fut sorti d’Egypte et entré dans le désert, cinquante jours après la pâque et l’immolation de l’agneau, qui était si véritablement la figure de Jésus-Christ immolé sur la croix et passant de ce monde à son père (car Pâque en hébreu signifie passage  3), que lorsque le Nouveau Testament fut établi par le sacrifice de Jésus-Christ, qui est notre Pâque, cinquante jours après, le Saint-Esprit, appelé dans l’Évangile le doigt de Dieu 4, descendit du ciel afin de nous faire souvenir de l’ancienne figure, parce que la loi, au rapport de l’Ecriture, fut aussi écrite sur les tables par le doigt de Dieu.



Après la mort de Moïse, Jésus, fils de Navé, prit la conduite du peuple et le fit entrer dans la terre promise qu’il partagea. Ces deux grands et admirables conducteurs achevèrent heureusement de grandes guerres, où Dieu montra que les victoires signalées qu’il fit remporter aux Hébreux sur leurs ennemis étaient plutôt pour châtier les crimes de ceux-ci que pour récompenser le mérite des autres. A ces deux chefs succédèrent les Juges, le peuple étant déjà établi dans la terre promise, afin que la première promesse faite à Abraham touchant un seul peuple et la terre de Chanaan commençât à s’accomplir, en attendant que l’avènement de Jésus-Christ accomplît celle de toutes les nations et de toute la terre. C’est en effet la foi de l’Évangile qui en devait faire l’accomplissement, et non les pratiques légales; et cette vérité est figurée d’avance, en ce que ce ne fut pas Moïse qui avait reçu pour le peuple la loi sur la montagne, mais Jésus, à qui Dieu même donna ce nom, qui fit entrer les Hébreux dans la terre promise. Sous les Juges, il y eut une vicissitude de prospérités et de malheurs, selon que la miséricorde de Dieu ou les péchés du peuple en décidaient.


De là on passa au gouvernement des Rois, dont le premier fut Saül, qui, ayant été réprouvé avec toute sa race et tué dans une bataille, eut pour successeur David. C’est de ce roi que Jésus-Christ est surtout appelé fils par l’Ecriture. C’est par lui que commença en quelque sorte la jeunesse du peuple de Dieu, dont l’adolescence avait été depuis Abraham jusqu’à lui. L’évangéliste saint Matthieu n’a pas marqué sans intention mystérieuse, dans la généalogie de Jésus-Christ, quatorze générations depuis Abraham jusqu’à David 1sup]. En effet, c’est depuis l’adolescence que l’homme commence à être capable d’engendrer; d’où vient que saint Matthieu commence cette généalogie à Abraham, qui fut père de plusieurs nations, quand son nom fut changé. Avant Abraham donc, c’était en quelque sorte l’âge qui suivit l’enfance du peuple de Dieu, depuis Noé jusqu’à ce patriarche; et ce fut pour cette raison qu’il commença en ce temps-là à parler la première langue, c’est-à-dire l’hébraïque.



La vérité est que c’est au sortir de l’enfance (qui tire son nom 2 de l’impossibilité où sont les nouveau-nés de parler, que l’homme commence à user de la parole, et de même que ce premier âge est enseveli dans l’oubli, le premier âge du genre humain fut aboli par les eaux du déluge. Ainsi dans le progrès de la Cité de Dieu, comme le livre précédent contient le premier âge du monde, celui-ci contient le second et le troisième. En ce troisième âge fut imposé le joug de la loi, qui est figurée par la génisse, la chèvre et le bélier de trois ans 1 ; on y vit paraître une multitude effroyable de crimes, qui jetèrent les fondements du royaume de la terre, où néanmoins vécurent toujours des hommes spirituels figurés par la tourterelle et par la colombe.



------------------------------------------------


2. Exode II, 5 ― 1. Exode II, 15. – 2. Exode II,  8-11. – 3. Exode XII, 11. – 4. Luc, XI, 20. ―1. Matthieu I, 17.― 2. Infantia, de fari, parler, et de la particule négative in.―1. Genèse XV, 9.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

.



Fin du LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


À suivre: LIVRE DIX-SEPTIÈME: DE DAVID À JÉSIUS-CHRIST.

ROBERT.

Nombre de messages : 29789
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum