Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

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Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mar 11 Oct 2016, 10:17 am

Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID.— Table des Matières. a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


 LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


Dans la première partie de ce livre, du premier chapitre au deuxième, saint Augustin expose le développement des deux cités, d’après l’Histoire sainte, depuis Noé jusqu’à Abraham; dans la dernière partie, il s’attache à la seule cité céleste depuis Abraham jusqu’aux rois hébreux.


→  nota:  Voilà la table des matières du Livre XVIe; je viendrai, de temps à autre, mettre les liens correspondants.


CHAPITRE PREMIER. SI, DEPUIS NOÉ JUSQU’À ABRAHAM, IL Y A EU DES HOMMES QUI AIENT SERVI LE VRAI DIEU.

Chapitre II. DE CE QUI A ÉTÉ FIGURÉ PROPHÉTIQUEMENT DANS LES ENFANTS DE NOÉ.  

Chapitre III. GÉNÉALOGIE DES TROIS ENFANTS DE NOÉ.    

Chapitre IV. DE BABYLONE ET DE LA CONFUSION DES LANGUES.  

Chapitre V. DE LA DESCENTE DE DIEU POUR CONFONDRE LES LANGUES.        

Chapitre VI. COMMENT IL FAUT ENTENDRE QUE DIEU PARLE AUX ANGES.  

Chapitre VII. COMMENT, DEPUIS LE DÉLUGE, TOUTES SORTES DE  BÊTES ONT PU PEUPLER LES ÎLES LES PLUS ÉLOIGNÉES.  

Chapitre VIII. SI LES RACES D’HOMMES MONSTRUEUX DONT PARLE L’HISTOIRE VIENNENT D’ADAM OU DES FILS DE NOÉ.  

Chapitre IX. S’IL Y A DES ANTIPODES.  

Chapitre X. GÉNÉALOGIE DE SEM, DANS LA RACE DE QUI LE PROGRÈS DE LA CITÉ DE DIEU SE DIRIGE VERS ABRAHAM.

Chapitre XI. LA LANGUE HÉBRAÏQUE, QUI ÉTAIT CELLE DONT TOUS LES HOMMES SE SERVAIENT D’ABORD, SE CONSERVA DANS LA POSTÉRITÉ D’HÉBER, APRÈS LA CONFUSION DES  LANGUES.

Chapitre XII. DU PROGRÈS DE LA CITÉ DE DIEU, À PARTIR D‘ABRAHAM.    

Chapitre XIII. POURQUOI L’ÉCRITURE NE PARLE POINT DE NACHOR, QUAND SON PÈRE THARÉ PASSA DE CHALDÉE EN MÉSOPOTAMIE.  

Chapitre XIV. DES ANNÉES DE THARÉ, QUI MOURUT À HARAN.  

Chapitre XV. DU TEMPS DE PROMISSION OÙ ABRAHAM SORTIT DE HARAN, D’APRÈS L’ORDRE DE DIEU.  

Chapitre XVI. DES PROMESSES QUE DIEU FIT À ABRAHAM.    

Chapitre XVII. DES TROIS MONARCHIES QUI FLORISSAIENT DU TEMPS D’ABRAHAM, ET NOTAMMENT  DE CELLE DES ASSYRIENS.

Chapitre XVIII.DE LA SECONDE APPARITION DE DIEU À ABRAHAM, À QUI IL PROMET LA TERRE DE CHANAAN POUR LUI ET SA POSTÉRITÉ.  

Chapitre XIX. DE LA PUDICITÉ DE SARAÏ, QUE DIEU PROTÈGE EN ÉGYPTE, OÙ ABRAHAM LA FAISAIT PASSER, NON POUR SA FEMME, MAIS POUR SA SŒUR.  

Chapitre XX. DE LA SÉPARATION D’ABRAHAM ET DE LOT, QUI EUT LIEU SANS ROMPRE LEUR UNION.  

Chapitre XXI. DE LA TROISIÈME APPARITION DE DIEU À ABBAHAM, OÙ IL LUI RÉITÈRE LA PROMESSE DE LA TERRE DE CHANAAN POUR  LUI ET SES DESCENDANTS À PERPÉTUITÉ.  

Chapitre XXII. ABRAHAM SAUVE LOT DES MAINS DES ENNEMIS ET EST BÉNI PAR MELCHISÉDECH.  

Chapitre XXIII. DIEU PROMET À ABRAHAM QUE SA POSTÉRITÉ SERA AUSSI NOMBREUSE QUE LES ÉTOILES, ET LA FOI D’ABRAHAM AUX PAROLES DE DIEU LE JUSTIFIE, QUOIQUE NON CIRCONCIS.  

Chapitre XXIV. CE QUE SIGNIFIE LE SACRIFICE QUE DIEU COMMANDA À ABRAHAM DE LUI OFFRIR, QUAND CE PATRIARCHE LE PRIA  DE LUI DONNER QUELQUE SIGNE DE L’ACCOMPLISSEMENT DE SA PROMESSE

Chapitre XXV. D’AGAR, SERVANTE DE SARAÏ, QUE SARAÏ DONNA POUR CONCUBINE À SON MARI.  

Chapitre XXVI. DIEU PROMET À ABRAHAM, DÉJA VIEUX, UN FILS DE SA FEMME SARAÏ, QUI ÉTAIT STÉRILE; IL LUI ANNONCE QU’IL SERA LE PÈRE DES NATIONS, ET CONFIRME SA PROMESSE PAR LA CIRCONCISION.  

Chapitre XXVII. DE LA RÉPROBATION PORTÉE CONTRE TOUT ENFANT  MÂLE QUI N’AVAIT POINT ÉTÉ CIRCONCIS LE HUITIÈME JOUR, COMME AYANT VIOLÉ L’ALLIANCE DE DIEU.  

Chapitre XXVIII. DU CHANGEMENT DE NOM D’ABRAHAM ET DE SARAÏ, LESQUELS N’ÉTAIENT POINT EN ÉTAT, CELLE-CI  À CAUSE DE SA STÉRILITÉ, TOUS DEUX À CAUSE DE LEUR ÂGE, D’AVOIR DES ENFANTS, QUAND ILS EURENT ISAAC.  

Chapitre XXIX. DES TROIS ANGES QUI APPARURENT À ABRAHAM AU CHÊNE DE MAMBRÉ.  

Chapitre XXX. DESTRUCTION DE SODOME; DÉLIVRANCE DE LOT; CONVOITISE INFRUCTUEUSE D’ABIMÉLECH POUR SARA.

Chapitre XXXI. DE LA NAISSANCE D’ISAAC, DONT LE NOM EXPRIME LA JOIE ÉPROUVÉE PAR SES PARENTS.

Chapitre XXXII. OBÉISSANCE ET FOI D’ABRAHAM ÉPROUVÉES PAR LE SACRIFICE DE SON FILS; MORT DE SARA.  

Chapitre XXXIII. ISAAC ÉPOUSE RÉBECCA, PETITE-FILLE DE NACHOR.  

Chapitre XXXIV. CE QU’IL FAUT ENTENDRE PAR LE MARIAGE  D’ABRAHAM  AVEC CÉTHURA, APRÈS LA MORT DE SARA.  

Chapitre XXXV. DES DEUX JUMEAUX QUI SE BATTAIENT DANS LE VENTRE DE RÉBECCA.

Chapitre XXXVI. DIEU BÉNIT ISAAC, EN CONSIDÉRATION DE SON PÈRE ABRAHAM.    

Chapitre XXXVII. CE QUE FIGURAIENT PAR AVANCE ÉSAÜ ET JACOB.  

Chapitre XXXVIII. DU VOYAGE DE JACOB EN MÉSOPOTAMIE POUR S’Y MARIER, DE LA VISION QU’IL EUT EN CHEMIN, ET DES QUATRE FEMMES QU’IL ÉPOUSA, BIEN QU’IL N’EN DEMANDÂT QU’UNE.    

Chapitre XXXIX. POURQUOI JACOB FUT APPELÉ ISRAËL.  

Chapitre XL. COMMENT ON DOIT ENTENDRE QUE JACOB  ENTRA, LUI SOIXANTE-QUINZIÈME, EN ÉGYPTE.

Chapitre XLI. BÉNÉDICTION DE JUDA.

Chapitre XLII. BÉNÉDICTION DES DEUX FILS DE JOSEPH PAR JACOB.  

Chapitre XLIII. DES TEMPS DE MOÏSE, DE JÉSUS NAVÉ,  DES JUGES ET DES ROIS JUSQU’À DAVID.    



Dernière édition par ROBERT. le Mar 22 Nov 2016, 10:16 am, édité 43 fois (Raison : ajout de liens +mise en forme)

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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mar 11 Oct 2016, 10:19 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. I a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE PREMIER.

SI, DEPUIS NOÉ JUSQU’À ABRAHAM, IL Y A EU

DES HOMMES QUI AIENT SERVI LE VRAI DIEU.




Il est difficile de savoir par l’Ecriture si, après le déluge, il resta quelques traces de la sainte cité, ou si elles furent entièrement effacées pendant quelque temps, en sorte qu’il n’y eût plus personne qui adorât le vrai Dieu. Depuis Noé, qui mérita avec sa famille d’être sauvé de la ruine générale de l’univers, jusqu’à Abraham, nous ne trouvons point que les livres canoniques parlent de la piété de qui que ce soit. On y rapporte seulement que Noé, pénétré d’un esprit prophétique et lisant dans l’avenir, bénit deux de ses enfants, Sem et Japhet; c’est aussi à titre de prophète qu’il ne maudit pas son fils coupable, Cham, dans sa propre personne, mais dans celle de Chanaan. Voici ses paroles: "Maudit soit  l’enfant Chanaan ! Il sera l’esclave de ses  frères". Or, Chanaan était né de Cham, qui, au lieu de couvrir la nudité de son père endormi, l’avait mise au grand jour. De là vient encore que cette bénédiction de ses deux autres enfants, de l’aîné et du cadet: "Que  le Seigneur Dieu bénisse Sem ! Chanaan  sera son esclave. Que Dieu comble de joie Japhet, et qu’il habite dans les maisons de Sem 1 !" cette bénédiction, dis-je, et la vigne que Noé planta, et son ivresse, et sa nudité, et la suite de ce récit, tout cela est rempli de mystères et voilé de figures 2.


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1. Genèse IX, 25-27. ― 2. Comp. Conf. Faust.,  lib. XII, cap. 22 et seq.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mer 12 Oct 2016, 10:08 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. II a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE II.

DE CE QUI A ÉTÉ FIGURÉ PROPHÉTIQUEMENT

DANS LES ENFANTS DE NOÉ.  




Mais les événements ont assez découvert ce que ces mystères tenaient caché. Qui ne reconnaît, à considérer les choses avec un peu de soin et quelque lumière, que les prophéties sont accomplies en Jésus-Christ? Sem, de qui le Sauveur est né selon la chair, signifie Renommé. Or, qu’y a-t-il de plus renommé que Jésus-Christ dont le nom jette une odeur si agréable de toutes parts qu’il est comparé, dans le Cantique des cantiques, à un parfum épanché 1? N’est-ce pas aussi dans les maisons de Jésus-Christ, c’est-à-dire dans ses églises, qu’habite cette multitude nombreuse de nations figurée par Japhet, qui signifie: Etendue? Pour Cham, qui signifie: Chaud, Cham, dis-je, qui était le second fils de Noé, entre Sem et Japhet, comme se distinguant de l’un et de l’autre, et ne faisant partie ni des prémices d’Israël, ni de la plénitude des Gentils, que figure-t-il, sinon les hérétiques, hommes ardents et animés, non de l’esprit de sagesse, mais d’une impatience qui les transporte et leur fait troubler le repos des fidèles ? Cette ardeur aveugle tourne, du reste, au profit de ceux qui s’avancent dans la vertu, suivant cette parole de l’Apôtre: "Il faut qu’il y ait des hérésies, afin que l’on reconnaisse par là ceux qui sont solidement vertueux 2". C’est pour cela qu’il est écrit ailleurs: "Un homme sage se servira utilement de celui qui ne l’est pas 3".



Tandis que la chaleur inquiète des hérétiques, agite plusieurs questions qui concernent la foi, leur contradiction nous oblige de les examiner avec plus de soin, afin de pouvoir mieux les défendre contre eux, en sorte que les difficultés qu’ils proposent servent à l’instruction des fidèles. On peut dire aussi que non-seulement ceux qui sont publiquement séparés de l’Eglise, mais encore tous ceux qui, se glorifiant d’être chrétiens, vivent mal, sont représentés par le second fils de Noé; car ils annoncent par leur foi la passion du Sauveur figurée par la nudité de ce patriarche, et en même temps ils la déshonorent par leurs actions. C’est d’eux qu’il est dit: "Vous les reconnaîtrez par leurs fruits 1". De là vient que Cham fut maudit en son fils comme en son fruit, c’est-à-dire en son œuvre, et que Chanaan signifie leurs mouvements, c’est-à-dire leurs œuvres. Quant à Sem et Japhet, c’est-à-dire la circoncision et l’incirconcision (ou, pour les désigner autrement avec l’Apôtre, les Juifs et les Gentils, mais appelés et justifiés), ayant connu en quelque façon que j’ignore la nudité de leur père, laquelle figure la passion du Rédempteur, ils prirent leur manteau sur leurs épaules, et, marchant à reculons, en couvrirent Noé et ne voulurent point voir ce que le respect leur faisait cacher 2. Ainsi, nous honorons ce qui a été fait pour nous dans la passion de Jésus-Christ, et nous ne laissons pas toutefois d’avoir en horreur le crime des Juifs. Le manteau que prirent ces deux enfants de Noé pour couvrir la nudité de leur père, signifie le divin sacrement, et leurs épaules, la mémoire des choses passées, parce que l’Eglise célèbre la passion du Sauveur comme déjà arrivée, et ne la regarde pas comme une chose à venir, maintenant que Japhet demeure dans les maisons de Sem et que leur mauvais frère habite au milieu d’eux.



Mais ce mauvais frère est esclave de ses bons frères en son fils, c’est-à-dire en son œuvre, lorsque les gens de bien se servent des méchants ou pour l’exercice de leur patience, ou pour l’affermissement de leur vertu. En effet, l’Apôtre témoigne qu’il y en a qui ne prêchent pas Jésus-Christ avec une intention pure. « "Mais pourvu, dit-il, que Jésus-Christ soit annoncé, par prétexte ou  par un vrai zèle, il n’importe, je m’en réjouis et m’en réjouirai toujours 3". C’est Jésus-Christ qui a planté la vigne, dont le Prophète dit: "La vigne du Seigneur des armées, c’est la maison d’Israël 4". Et il a bu du vin de cette vigne, soit que par ce vin on entende le calice dont il dit aux enfants de Zébédée: "Pouvez-vous boire le calice que je dois boire 5 ?" et encore: "Mon père, si cela se peut, que ce calice passe sans que je le boive ! 6" par où il marque sans contredit sa passion, soit que, comme le vin est le fruit de la vigne, on veuille entendre plutôt par là qu’il a pris de la vigne même, c’est-à-dire de la race des Israélites, sa chair et son sang, afin de pouvoir souffrir pour nous, et qu’il s’est enivré et qu’il a été nu 1, parce que c’est là qu’a paru sa faiblesse, dont l’Apôtre dit: "S’il a été crucifié, c’est un effet de sa faiblesse 2".



Mais ainsi que le déclare le même Apôtre: "Ce qui paraît faiblesse en Dieu est plus fort que toute la force des hommes, et sa folie apparente est plus sage que toute leur sagesse 3". Quand l’Ecriture, après avoir dit de Noé qu’il demeura nu 4 ajoute: dans sa maison, cela montre ingénieusement que c’étaient des hommes de même origine que Jésus-Christ, savoir des Juifs, qui devaient lui faire souffrir le supplice de la mort et de la croix. Les réprouvés annoncent cette passion de Jésus-Christ seulement de bouche et au dehors, parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’ils annoncent; mais les gens de bien portent gravé au dedans d’eux-mêmes un si grand mystère, et adorent dans leur cœur cette faiblesse et cette folie de Dieu, parce qu’elles surpassent tout ce qu’il y a de plus fort et de plus sage parmi les hommes. C’est ce qui est très-bien figuré, d’un côté, par Cham, qui sortit pour publier la nudité de son père, et, de l’autre, par Sem et Japhet qui, touchés de respect, entrèrent pour la cacher, fidèle image de ceux qui honorent intérieurement ce mystère.



Nous sondons ces secrets de l’Ecriture comme nous pouvons. D’autres le feront peut-être avec plus ou moins de succès; mais, de quelque façon qu’on le fasse, il faut toujours tenir pour constant que ces choses n’ont pas été faites ni écrites sans mystère, et qu’il ne les faut rapporter qu’à Jésus-Christ et à son Eglise, qui est la Cité de Dieu annoncée dès le commencement du monde par des figures dont nous voyons tous les jours la réalité. L’Ecriture donc, après avoir parlé de la bénédiction des deux enfants de Noé et de la malédiction du second, ne fait mention jusqu’à Abraham d’aucun serviteur du vrai Dieu. Ce n’est pas néanmoins, à mon avis, qu’il n’y en ait eu quelques-uns dans cet espace de temps, qui est de plus de mille ans 5, mais c’est qu’il aurait été trop long de les rapporter tous, et que cela serait plus de l’exactitude d’un historien que de la prévoyance d’un prophète.



Aussi bien, le dessein de l’auteur des saintes  lettres, ou plutôt de l’esprit de Dieu, dont il était l’organe, n’est pas seulement de raconter le passé, mais d’annoncer l’avenir, en tant qu’il concerne la Cité de Dieu. Tout ce qui y est dit de ceux qui n’en sont pas les citoyens, n’est que pour lui servir d’instruction ou pour rehausser sa gloire. Il ne faut pas s’imaginer toutefois que tous les événements qui y sont rapportés aient une signification mystique; mais ce qui ne signifie rien y est mis en vue de ce qui a une signification. Il n’y a que le soc qui fende la terre, mais pour cela les autres parties de la charrue sont nécessaires. Dans les instruments de musique, on ne touche que les cordes ; elles seules font le son, et néanmoins on y joint d’autres ressorts qui servent à nouer et à tendre ces cordes retentissantes. Ainsi, dans l’histoire prophétique, on marque quelques événements qui n’ont aucune portée figurative, afin d’y attacher, pour ainsi dire, ceux qui figurent quelque chose.




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1. Cantique  I, 2.— 2. I Corinthiens II, 19. —  3. Proverbes X, 4.― 1. Matthieu VII, 20. — 2. Genèse IX, 23. — 3. Philippiens I, 15; 17 et 18. —  4. Isaïe V, 7. — 5. Matthieu XX, 22. — 6. Matthieu XXVI, 39.― 1. Genèse IX, 21. — 2. II Corinthiens  XIII, 4.—3. I Corinthiens I, 25. — 4. Genèse IX, 21.―5. Ce chiffre est celui de la version des Septante; il est beaucoup moindre dans le texte hébreu et dans la Vulgate.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Jeu 13 Oct 2016, 10:18 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. III a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE III.

GÉNÉALOGIE DES TROIS ENFANTS DE NOÉ.    




Il faut considérer maintenant la généalogie des enfants de Noé, et en dire ce qui sera nécessaire pour marquer le progrès de l’une et de l’autre cité. L’Ecriture commence par Japhet, le plus jeune des fils de Noé, qui eut huit enfants 1, l’un desquels en eut trois, l’autre quatre, ce qui fait quinze en tout. Cham, le second fils de Noé, en eut quatre, plus cinq petits-fils, dont l’un lui donna deux arrière-petits-fils, ce qui fait onze. Après quoi l’Ecriture revient à Cham et dit: "Chus (qui est l’aîné de Cham) engendra Nemrod, qui était un géant et un grand chasseur contre le Seigneur; d’où est venu le proverbe:  Grand chasseur contre le Seigneur comme Nemrod. Les principales villes de son royaume étaient Babylone, Arach, Achad et Chalanné, dans le territoire de Sennaar. De cette contrée sortit Assur, qui bâtit Ninive, Robooth, Halach et, entre Ninive et Halach, la grande ville de Résen 2". Or, ce Chus, père du géant Nemrod, est nommé le premier entre les enfants de Cham, et l’Ecriture avait déjà fait mention de cinq de ses fils et de deux de ses petits-fils. Il faut donc qu’il ait engendré ce géant après la naissance de ses petits-fils, ou, ce qui est plus probable, que l’Ecriture l’ait cité à part, parce qu’il était très-puissant; car en même temps elle parle aussi de son royaume, qui prit naissance dans la fameuse Babylone et autres villes ou contrées déjà citées. Quant à ce qu’elle dit d’Assur, qu’il sortit de cette contrée de Sennaar, qui dépendait du royaume de Nemrod, et qu’il bâtit Ninive et les autres villes dont elle fait mention, cela n’arriva que longtemps après; mais elle en parle ici en passant et par occasion, à cause de l’empire fameux des Assyriens que Ninus, fils de Bélus et fondateur de cette grande ville de Ninive, qui prit son nom, étendit merveilleusement.



Pour Assur, d’où sont sortis les Assyriens, il n’était pas fils de Cham, mais de Sem, aîné de Noé; d’où II paraît que, dans la suite, des descendants de Sem possédèrent le royaume de Nemrod, et, s’étendant plus loin, fondèrent d’autres villes dont Ninive fut la première. De là, l’Ecriture remonte à un autre fils de Cham, nommé Mesraïm, et à ses sept enfants, et elle en parle, non comme de particuliers, mais comme de nations, disant que de la sixième sortit celle des Philistins; ce qui en fait huit. Ensuite elle retourne à Chanaan, en qui Cham fut maudit, et fait mention d’onze de ses fils et de certaines contrées qu’ils occupaient. Ainsi toute la postérité de Cham monte à trente et une personnes. Reste à parler des enfants de Sem, aîné de Noé; car c’est lui qui termine cette généalogie. Mais il y a ici quelque obscurité dans la Genèse, où il n’est pas aisé de découvrir quel fut le premier fils de Sem. Voici ce qu’elle dit: "De Sem, père de tous les enfants d’Héber et frère aîné de Japhet, naquirent Elam, etc. 1" Par là, il semblerait qu’Héber fût fils immédiat de Sem, et cependant il n’est que le cinquième de ses descendants. Sem, entre autres fils, engendra Arphaxad, Arphaxad engendra Caïnan 2, Caïnan engendra Salé, et Salé engendra Héber. L’Écriture a voulu faire entendre par là que Sem est le père de tous ses descendants, tant fils que petits-fils et autres de sa race; et ce n’est pas sans raison qu’elle parle d’Héber avant que de parler des fils de Sem, quoiqu’il ni soit, comme je viens de le dire, que le vingtième de sa race, à cause que c’est de lui que les Hébreux ont pris leur nom, bien que d’autres veuillent que ce soit d’Abraham, mais avec moins d’apparence 1.



Ainsi l’Ecriture nomme d’abord six enfants de Sem, l’un desquels en eut quatre; puis elle fait mention d’un autre fils de Sem qui lui engendra un petit-fils, et celui-ci un arrière-petit-fils dont sortit Héber. Héber eut deux fils, dont l’un fut nommé Phaleg, c’est-à-dire: Divisant, à cause, dit l’Ecriture, que de son temps la terre fut divisée; l’autre eut douze fils; de sorte que toute la postérité de Sem est de vingt personnes. De cette manière, tous les descendants des trois fils de Noé, c’est-à-dire quinze de Japhet, trente et un de Cham et vingt-sept de Sem, font soixante-treize. Après, l’Ecriture ajoute : "Voilà les enfants de Sem selon leurs familles, leurs langues, leurs contrées et leurs nations 2". Et parlant de tous ensemble: "Voilà les familles des enfants de Noé, selon leurs générations et leurs peuples: d’elles fut peuplée la terre après le déluge 3". On voit par là que c’est de nations et non d’hommes en particulier que parle l’Ecriture, lorsqu’elle fait mention de ces soixante-treize, ou plutôt soixante-douze personnes, comme nous le montrerons ci-après, et que c’est pour cela qu’elle en a omis plusieurs de la postérité de Noé, non qu’ils n’aient eu des enfants aussi bien que les autres, mais parce qu’ils n’ont pas fait souche comme eux et n’ont pas été pères d’un peuple.





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1. Saint Augustin suit en cet endroit, selon la remarque du docte Léonard Coquée, une version grecque de l’Ecriture qui donne à Japhet un huitième enfant du nom d’Elisa; mais cet Elisa ne se trouve ni dans le texte hébreu, ni dans la paraphrase chaldéenne, ni dans les manuscrits grecs que saint Jérôme a eus sous les yeux. Voyez le traité de ce Père: Quœst. hebr. in Genesim. ―2. Genèse X, 8 et seq. ―1. Genèse X, 21. ―2. Ce Caïnan, qui est donné par tous les manuscrits de la version des Septante et par saint Luc (III, 36), ne se trouve ni dans le texte hébreu, ni dans la Vulgate.―  1. Comp. Retract., lib. II, cap. 16. ― 2. Genèse X, 31.― 3. Genèse X, 32.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Ven 14 Oct 2016, 9:39 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. IV a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE IV.

DE BABYLONE ET DE LA CONFUSION DES LANGUES.  




Mais, quoique l’Ecriture rapporte que ces nations furent divisées chacune en leur langue, elle ne laisse pas ensuite de revenir au temps où elles n’avaient toutes qu’un seul langage, et de déclarer comment arriva la différence qui y survint. "Toute la terre, dit-elle, parlait une même langue, lorsque les hommes, s’éloignant de l’Orient, trouvèrent une plaine dans la contrée de Sennaar, où ils s’établirent. Alors ils se dirent l’un à l’autre: Venez, faisons des briques et les cuisons au  feu. ils prirent donc des briques au lieu de  pierres, et du bitume au lieu de mortier, et  dirent: Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet s’élève jusqu’au ciel, et faisons  parler de nous avant de nous séparer. Mais  le Seigneur descendit pour voir la ville et la  tour que les enfants des hommes bâtissaient,  et il dit: Voilà un seul peuple et une même  langue, et, maintenant qu’ils ont commencé  ceci, ils ne s’arrêteront qu’après l’avoir  achevé. Venez donc, descendons et confondons leur langue, en sorte qu’ils ne s’entendent plus l’un l’autre. Et le Seigneur les  dispersa par toute la terre, et ils cessèrent  de travailler à la ville et à la tour. De là vient  que ce lieu fut appelé Confusion, parce que  ce fut là que Dieu confondit le langage des  hommes et qu’il les dispersa ensuite par  tout le monde 1". Cette ville, qui fut appelée Confusion, c’est Babylone, et l’histoire profane elle-même en célèbre la construction merveilleuse.



En effet, Babylone signifie: Confusion, et nous voyons par là que le géant Nemrod en fut le fondateur, comme l’Ecriture l’avait indiqué auparavant en disant que Babylone était la capitale de son royaume, quoiqu’elle ne fût pas arrivée au point de grandeur où l’orgueil et l’impiété des hommes se flattaient de la porter. Ils prétendaient la faire extraordinairement haute et l’élever jusqu’au ciel, comme parlait l’Ecriture, soit qu’ils n’eussent ce dessein que pour une des tours de la ville, soit qu’ils l’étendissent à toutes; l’Ecriture ne parle que d’une, mais c’est peut-être de la même manière qu’elle dit le soldat pour signifier toute une armée, ou la grenouille et la sauterelle pour exprimer cette multitude de grenouilles et de sauterelles qui furent deux des plaies qui affligèrent l’Egypte 2. Mais qu’espéraient entreprendre contre Dieu ces hommes téméraires et présomptueux avec cette masse de pierres, quand ils l’auraient élevée au-dessus de toutes les montagnes et de la plus haute région de l’air ? En quoi peut nuire à Dieu quelque élévation que ce soit de corps ou d’esprit ? Le sûr et véritable chemin pour monter au ciel est l’humilité. Elle élève le cœur en haut, mais au Seigneur, et non pas contre le Seigneur, comme l’Ecriture le dit de ce géant, qui était un chasseur contre le Seigneur 3.



C’est en effet ainsi qu’il faut traduire, et non: devant le Seigneur, comme ont fait quelques-uns
, trompés par l’équivoque du mot grec, qui peut signifier: l’un et l’autre 1. La vérité est qu’il est employé au dernier sens dans ce verset du psaume: "Pleurons devant le Seigneur qui nous a faits 2"; et au premier dans le livre de Job, lorsqu’il est dit: "Vous vous êtes emportés de colère contre le Seigneur 3".Et que veut dire un chasseur sinon un trompeur, un meurtrier et un assassin des animaux de la terre ? Il élevait donc une tour contre Dieu avec son peuple, ce qui signifie un orgueil impie, et Dieu punit avec justice leur mauvaise intention, quoiqu’elle n’ait pas réussi. Mais de quelle façon la punit-il ? Comme la langue est l’instrument de la domination, c’est en elle que l’orgueil a été puni, tellement que l’homme, qui n’avait pas voulu entendre les commandements de Dieu, n’a point été à son tour entendu des hommes, quand il a voulu leur commander. Ainsi fut dissipée cette conspiration, chacun se séparant de celui qu’il n’entendait pas pour se joindre à celui qu’il entendait; et les peuples furent divisés selon les langues et dispersés dans toutes les contrées de la terre par la volonté de Dieu, qui se servit pour cela de moyens qui nous sont tout à fait cachés et incompréhensibles.



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1. Genèse XI, 9 .― 2. Exode X, 4 et al.; Psaume LXXVII, 45 .― 3. Genèse X, 9.― 1. Le mot grec enantion, remarque saint Augustin, signifie également devant et contre.―2. Psaume  XCIV, 6.- 3. Job, XV, 13, selon Les Septante.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Sam 15 Oct 2016, 10:06 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. V a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE V.

DE LA DESCENTE DE DIEU POUR CONFONDRE LES LANGUES.        




 "Le Seigneur, dit l’Ecriture, descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les enfants des hommes4", c’est-à-dire non les enfants de Dieu, mais cette société d’hommes qui vit selon l’homme, et que nous appelons la cité de la terre. Cette descente de Dieu ne doit pas s’entendre matériellement, comme s’il changeait de lieu, lui qui est tout entier partout; mais on dit qu’il descend, lorsqu’il fait sur la terre quelque chose d’extraordinaire qui marque sa présence. De même, quand on dit qu’il voit quelque chose, ce n’est pas qu’il ne l’eût vue auparavant, lui qui ne peut rien ignorer, mais c’est qu’il l’a fait voir aux hommes. On ne voyait donc pas cette ville comme on la vit depuis, quand Dieu eut montré combien elle lui déplaisait. Toutefois on peut fort bien entendre que Dieu descendit sur cette ville, parce que ses anges, en qui il habitait, y descendirent, en sorte que ces paroles: "Dieu dit: Ils ne parlent tous qu’une même langue", et le reste, et ensuite: "Venez, descendons et confondons leur langage1", ne seraient qu’une récapitulation pour expliquer ce que l’Ecriture avait déjà dit: "que le Seigneur descendit".



En effet, s’il était déjà descendu, que voudrait dire ceci: "Venez, descendons et confondons leur langage", ce qui semble bien s’adresser aux anges et signifier que celui qui était dans les anges descendait par leur ministère ? Il faut encore remarquer à ce propos que le texte hébreu ne dit pas: Venez et confondez, mais: "Venez et confondons", pour faire voir que Dieu agit tellement par ses ministres, que ses ministres agissent avec lui, suivant cette parole de l’Apôtre "Nous sommes les coopérateurs de Dieu2".



------------------------------------------------------------------

4. Genèse XI, 5. ―1.Genèse  II, 6-7. — 2. I Corinthiens III, 9.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Dim 16 Oct 2016, 9:27 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. VI a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE VI.

COMMENT IL FAUT ENTENDRE

QUE DIEU PARLE AUX ANGES.  




On pourrait croire que les paroles de la Genèse: "Faisons l’homme", auraient été aussi adressées aux anges, si Dieu n’ajoutait: "A notre image". Ce dernier trait est décisif et ne nous permet pas de croire que l’homme ait été fait à l’image des anges, ou que Dieu et les anges n’aient qu’une même image. Nous avons donc raison d’entendre ce pluriel: "Faisons", des personnes de la Trinité. Et néanmoins comme cette Trinité n’est qu’un Dieu, après que Dieu a dit: "Faisons", l’Ecriture ajoute: "Et Dieu fit l’homme à l’image de Dieu 3". Elle ne dit pas: Les dieux firent; ou: A l’image des dieux. — Or, dans le passage discuté tout à l’heure, on pourrait également trouver une trace de la Trinité, comme si le Père, s’adressant au Fils et au Saint-Esprit, leur eût dit: "Venez, descendons et confondons leur langage"; mais ce qui retient l’esprit, c’est qu’ici rien n’empêche d’appliquer le pluriel aux anges. Ces paroles, en effet, leur conviennent mieux, parce que c’est surtout à eux à s’approcher de Dieu par de saints mouvements, c’est-à-dire par de pieuses pensées, et à consulter les oracles de la vérité immuable qui leur sert de loi éternelle dans leur bienheureux séjour.



Ils ne sont pas eux-mêmes la vérité; mais participant à cette vérité créatrice de toutes choses, ils s’en approchent comme de la source de la vie, afin de recevoir d’elle ce qu’ils ne trouvent pas en eux. C’est pourquoi le mouvement qui lei porte vers elle est stable en quelque façon, parce qu’ils ne s’éloignent jamais d’elle. Or, Dieu ne parle pas aux anges comme nous nous parlons les uns aux autres, ou comme nous parlons à Dieu ou aux anges, ou comme les anges nous parlent, ou comme Dieu nous parle par les anges; il leur parle d’une manière ineffable, et cette parole nous est transmise d’une manière qui nous est proportionnée. La parole de Dieu, supérieure à tous ses ouvrages, est la raison même, la raison immuable de ces ouvrages; elle n’a pas un son fugitif, mais une vertu permanente dans l’éternité et agissante dans le temps.



C’est de cette parole éternelle qu’il se sert pour parler aux anges; et quand il lui plaît de nous parler de la sorte au fond du cœur, nous leur devenons semblables en quelque façon: pour l’ordinaire, il nous parle autrement. Afin donc de n’être pas toujours obligé dans cet ouvrage de rendre raison des paroles de Dieu, je dirai ici, une fois pour toutes, que la vérité immuable parle par elle-même à la créature raisonnable d’une manière qui ne se peut expliquer, soit qu’elle s’adresse à la créature par l’entremise de la créature, soit qu’elle frappe notre esprit par des images spirituelles, ou nos oreilles par des voix ou des sons.



Expliquons encore ces mots: "Et maintenant qu’ils ont commencé ceci, ils ne s’arrêteront qu’après l’avoir achevé". Quand Dieu parle de la sorte, ce n’est pas une affirmation, c’est plutôt une interrogation menaçante comme celle-ci dans Virgile: "On ne prendra pas les armes ! toute la ville ne se mettra pas à leur poursuite 1"



La parole de Dieu doit donc être entendue ainsi: Ils ne s’arrêteront donc pas avant que d’avoir achevé 2 ! — Mais, pour revenir à la suite du récit de la Genèse, disons que des trois enfants de Noé sortirent soixante et treize ou plutôt soixante et douze nations d’un langage différent qui commencèrent à se répandre par toute la terre et ensuite à peupler les îles. Mais les peuples se sont bien plus multipliés que les langues; car nous savons que dans l’Afrique plusieurs nations barbares n’usent que d’un seul langage. A l’égard des îles, qui peut douter que, le nombre des hommes croissant, ils n’aient pu y passer à l’aide de vaisseaux ?




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3. Genèse  I, 26-27.― 1. Enéide, livre IV, v. 592.―2. Il y a ici sur la différence de non et de nonne en latin une remarque intraduisible.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Lun 17 Oct 2016, 8:45 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. VII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE VII.

COMMENT, DEPUIS LE DÉLUGE, TOUTES SORTES DE

BÊTES ONT PU PEUPLER LES ÎLES LES PLUS ÉLOIGNÉES.  




 On demande comment les bêtes qui ne naissent pas de la terre ainsi que les grenouilles1 , mais par accouplement, comme les loups et autres animaux, ont pu se trouver dans les îles après le déluge, à moins qu’elles ne soient provenues de celles qui avaient été sauvées dans l’arche. Pour les îles qui sont proches, on peut croire qu’elles y ont passé à la nage; mais il y en a qui sont si éloignées du continent qu’il n’est pas probable qu’aucun de ces animaux ait pu y arriver de la sorte. On peut répondre à cela que les hommes les y ont transportées sur leurs vaisseaux pour les faire servir à la chasse, et enfin que Dieu même a fort bien pu les y transporter par le ministère des anges. Que si elles sont sorties de la terre, comme à la création du monde, quand Dieu dit: "Que la terre produise une âme vivante2", cela fait voir clairement que des animaux de tout genre ont été mis dans l’arche, moins pour en réparer l’espèce que pour être une figure de l’Eglise qui devait être composée de toutes sortes de nations.


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1. Ici, comme plus haut, saint Augustin parait favorable aux générations spontanées. Voyez livre XV, ch. 8.―2. Genèse I, 24.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mar 18 Oct 2016, 9:48 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. VIII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE VIII.

SI LES RACES D’HOMMES MONSTRUEUX DONT PARLE

L’HISTOIRE VIENNENT D’ADAM OU DES FILS DE NOÉ.  




On demande encore s’il est croyable qu’il soit sorti d’Adam ou de Noé certaines races d’hommes monstrueux dont l’histoire fait mention 3. On assure, en effet, que quelques-uns n’ont qu’un œil au milieu du front, que d’autres ont la pointe du pied tournée en dedans; d’autres possèdent les deux sexes dont ils se servent alternativement, et ils ont la mamelle droite d’un homme et la gauche d’une femme; il y en a qui n’ont point de bouche et ne vivent que de l’air qu’ils respirent par le nez; d’autres n’ont qu’une coudée de haut, d’où vient que les Grecs les nomment Pygmées 1; on dit encore qu’en certaines contrées il y a des femmes qui deviennent mères à cinq ans et qui n’en vivent que huit. D’autres affirment qu’il y a des peuples d’une merveilleuse vitesse qui n’ont qu’une jambe sur deux pieds et ne plient point le jarret; on les appelle Sciopodes 2, parce que l’été ils se couchent sur le dos et se défendent du soleil avec la plante de leurs pieds; d’autres n’ont point de tête et ont les yeux aux épaules; et ainsi d’une infinité d’autres monstres de la sorte, retracés en mosaïque sur le port de Carthage et qu’on prétend avoir été tirés d’une histoire fort curieuse. Que dirai-je des Cynocéphales 3, dont la tête de chien et les aboiements montrent que ce sont plutôt des bêtes que des hommes ? Mais nous ne sommes pas obligés de croire tout cela. Quoi qu’il en soit, quelque part et de quelque figure que naisse un homme, c’est-à-dire un animal raisonnable et mortel, il ne faut point douter qu’il ne tire son origine d’Adam, comme du père de tous les hommes.



La raison que l’on rend des enfantements monstrueux qui arrivent parmi nous peut servir pour des nations tout entières. Dieu, qui est le créateur de toutes choses, sait en quel temps et en quel lieu une chose doit être créée, parce qu’il sait quels sont entre les parties de l’univers les rapports d’analogie et de contraste qui contribuent à sa beauté. Mais nous qui ne le saurions voir tout entier, nous sommes quelquefois choqués de quelques-unes de ses parties, par cela seul que nous ignorons quelle proportion elles ont avec tout le reste. Nous connaissons des hommes qui ont plus de cinq doigts aux mains et aux pieds; mais encore que la raison nous en soit inconnue, loin de nous l’idée que le Créateur se soit mépris ! Il en est de même des autres différences plus considérables: Celui dont personne ne peut justement blâmer les ouvrages, sait pour quelle raison il les a faits de la sorte. Il existe un homme à Hippone-Diarrhyte 1, qui a la plante des pieds en forme de croissant, avec deux doigts seulement aux extrémités, et les mains de même. S’il y avait quelque nation entière de la sorte, on l’ajouterait à cette histoire curieuse et surprenante. Dirons-nous donc que cet homme ne tire pas son origine d’Adam ?



Les androgynes, qu’on appelle aussi hermaphrodites, sont rares, et néanmoins il en paraît de temps en temps en qui les deux sexes sont si bien distingués qu’il est difficile de décider duquel ils doivent prendre le nom, bien que l’usage ait prévalu en faveur du plus noble. Il naquit en Orient, il y a quelques années, un homme double de la ceinture en haut; il avait deux têtes, deux estomacs et quatre mains, un seul ventre d’ailleurs et deux pieds, comme un homme d’ordinaire, et il vécut assez longtemps pour être vu de plusieurs personnes qui accoururent à la nouveauté de ce spectacle. Comme on ne peut pas nier que ces individus ne tirent leur origine d’Adam, il faut en dire autant des peuples entiers en qui la nature s’éloigne de son cours ordinaire, et qui néanmoins sont des créatures raisonnables, si, après tout, ce qu’on en rapporte n’est point fabuleux: car supposez que nous ignorassions que les singes, les cercopithèques 1 et les sphinx sont des bêtes, ces historiens nous feraient peut-être croire que ce sont des nations d’hommes 2. Mais en admettant que ce qu’on lit des peuples en question soit véritable, qui sait si Dieu n’a point voulu les créer ainsi, afin que nous ne croyions pas que les monstres qui naissent parmi nous soient des défaillances de sa sagesse ? Les monstres dans chaque espèce seraient alors ce que sont les races monstrueuses dans le genre humain. Ainsi, pour conclure avec prudence et circonspection: ou ce que l’on raconte de ces nations est faux, ou ce ne sont pas des hommes, ou, si ce sont des hommes, ils viennent d’Adam.



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3. Voyez Pline (Hist. nat., lib. VII, cap.2), Solinus (Polyhist., capp. 28 et 55), Aulu-Gelle (Noct. Att., lib. Ix, cap. 4), Isidore (Origin., lib. XI, cap. 3) et ailleurs.― 1. De pugmé, coudée.―2. De skia, ombre, et pous, podos, pied.―3. De kuon, kunos, chien, et kephale, tête. ―1. Il y avait deux Hippone en Afrique: Hippone la Royale (d’où la Bône actuelle tire son nom) et Hippone-Diarrhyte, en arabe Ben Zert, d’où est venu le nom de Bizerte. C’est Hippone la Royale qui a eu pour évêque saint Augustin. ―1. Les cercopithèques sont des singes à longue queue (de kerkos, queue, et pitheko, singe).―2. Il est intéressant de rapprocher ici la Cité de Dieu et le Discours sur les révolutions du globe. Le bon sens de saint Augustin semble aller quelquefois au-devant de la science de Cuvier. L’illustre naturaliste se défie de ces espèces monstrueuses qu’on suppose perdues aujourd’hui: "C’est, dit-il, une erreur qui vient d’une critique imparfaite. On a pris des peintures d’animaux fantastiques pour des descriptions d’animaux réels... C’est dans quelque recoin d’un de ces monuments (les monuments d’Egypte, ornés de peintures) qu’Agatharchides aura vu son taureau carnivore, dont la gueule, fendue jusqu’aux oreilles, n’épargnait aucun autre animal, mais qu’assurément les naturalistes n’avoueront pas; car la nature ne combine ni des pieds fourchus, ni des cornes, avec des dents tranchantes". — D’autre fois, selon Cuvier, on se sera trompé à quelque ressemblance: "Les grands singes auront paru de vrais cynocéphales, de vrais sphinx, de vrais hommes à queue, et c’est ainsi que saint Augustin aura cru voir un satyre". (Discours sur les révolutions du globe, page 87).




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

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Dernière édition par ROBERT. le Mer 09 Nov 2016, 10:24 am, édité 2 fois (Raison : correction des numéros de notes.)

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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mer 19 Oct 2016, 9:40 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. IX a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE IX.

S’IL Y A DES ANTIPODES.  




Quant à leur fabuleuse opinion qu’il y a des antipodes, c’est-à-dire des hommes dont les pieds sont opposés aux nôtres et qui habitent cette partie de la terre où le soleil se lève quand il se couche pour nous, il n’y a aucune raison d’y croire. Aussi ne l’avancent-ils sur le rapport d’aucun témoignage historique, mais sur des conjectures et des raisonnements, parce que, disent-ils, la terre étant ronde, est suspendue entre les deux côtés de la voûte céleste, la partie qui est sous nos pieds, placée dans les mêmes conditions de température, ne peut pas être sans habitants 1 . Mais quand on montrerait que la terre est ronde, il ne s’ensuivrait pas que la partie qui nous est opposée ne fût point couverte d’eau. D’ailleurs, ne le serait-elle pas, quelle nécessité qu’elle fût habitée, puisque, d’un côté, l’Ecriture ne peut mentir, et que, de l’autre, il y a trop d’absurdité à dire que les hommes aient traversé une si vaste étendue de mer pour aller peupler cette autre partie du monde  2. — Voyons donc si nous pourrons trouver la Cité de Dieu parmi ces hommes qui, selon la Genèse, furent divisés en soixante-douze nations et autant de langues. Il est évident qu’elle a persévéré dans les enfants de Noé, surtout dans l’aîné, qui est Sem, puisque la bénédiction de Japhet enferme en quelque sorte celle de Sem, et qu’il doit habiter dans les demeures de ses frères.


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1. Voyez sur la notion des Antipodes chez les géographes anciens la note de Louis Vivès, en son commentaire de la Cité de Dieu, tome II, page 118.―2. On remarquera que saint Augustin, sans nier d’une manière absolue la possibilité physique des antipodes, se borne à élever une difficulté très-sérieuse en elle-même et particulièrement délicate pour on chrétien, celle de concilier les données de la géographie avec l’unité des races humaines. Lactance s’était montré beaucoup moins réservé, quand il traitait d’inepte la conception d’une terre ronde et d’hommes ayant la tête plus bas que les pieds. (Inst. lib., III, cap. 24). Est-ce par ces puissantes raisons que le pape Zacharie accusa la théorie des antipodes de perversité et d’iniquité ? (Epist. X ad Bonif.)
 

Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Jeu 20 Oct 2016, 9:45 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. X a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE X.

GÉNÉALOGIE DE SEM, DANS LA RACE DE QUI LE PROGRÈS

DE LA CITÉ DE DIEU SE DIRIGE VERS ABRAHAM.




Il faut donc prendre la suite des générations depuis Sem, afin de faire voir la Cité de Dieu à partir du déluge, comme la suite des générations de Seth l’a montrée auparavant. C’est pour cela que l’Ecriture, après avoir montré la cité de la terre dans Babylone, c’est-à-dire dans la confusion, retourne au patriarche Sem, et commence par lui l’ordre des générations jusqu’à Abraham, marquant combien chacun a vécu, avant que d’engendrer celui qui continue cette généalogie, et combien il a vécu depuis. Mais il faut, en passant, que je m’acquitte de ma promesse, et que je rende raison de ce que dit l’Ecriture, que l’un des enfants d’Héber fut nommé Phaleg, parce que la terre fut divisée de son temps 1. Que doit-on entendre par cette division, si ce n’est la diversité des langues ?



L’Ecriture, laissant de côté les autres enfants de Sem, qui ne contribuent en rien à la suite des générations, parle seulement de ceux qui la conduisent jusqu’à Abraham; ce qu’elle avait déjà fait avant le déluge dans la généalogie de Seth. Voici comme elle commence celle de Sem: "Sem, fils de Noé, avait cent ans lorsqu’il engendra Arphaxad, la seconde année après le déluge; et il vécut, encore depuis cinq cents ans, et engendra des fils et des filles 2". Elle poursuit de même pour les autres avec le soin d’indiquer l’année où chacun a engendré celui qui sert à cette généalogie, et la durée totale de sa vie, et elle ajoute toujours qu’il a eu d’autres enfants, afin que nous n’allions pas demander sottement comment la postérité de Sem a pu peupler tant de régions et fonder ce puissant empire des Assyriens que Ninus étendit si loin. Mais, pour ne pas nous arrêter plus qu’il ne convient, nous ne marquerons que l’âge auquel chacun des descendants de Sem a eu le fils qui continue la suite de cette généalogie, afin de supputer combien d’années se sont écoulées depuis le déluge jusqu’à Abraham.



Deux ans donc après le déluge, Sem, âgé de cent ans, engendra Arphaxad; Arphaxad engendra Caïnan à l’âge de cent trente-cinq ans; Caïnan avait cent trente ans quand il engendra Salé; Salé en avait autant lorsqu’il engendra Héber; Héber cent trente-quatre lorsqu’il engendra Reü; Reü cent trente-deux quand il engendra Sarug ; Sarug cent trente quand il eut Nachor; Nachor soixante-dix-neuf à la naissance de son fils Tharé; et Tharé, à l’âge de soixante-dix ans, engendra Abram 1, que Dieu appela depuis Abraham 2 . Ainsi, depuis le déluge jusqu’à Abraham, il y a mille soixante-douze ans, selon les Septante 3, car on dit qu’il y en a beaucoup moins, selon l’hébreu: ce dont on ne rend aucune raison bien claire.



Lors donc que nous cherchons la Cité de Dieu dans ces soixante-douze nations dont parle l’Ecriture, nous ne saurions affirmer positivement si dès ce temps, où les hommes ne parlaient tous qu’un même langage 4, ils abandonnèrent le culte du vrai Dieu, de telle sorte que la vraie piété ne se soit conservée que dans les descendants de Sem par Arphaxad jusqu’à Abraham; ou bien si la cité de la terre ne commença qu’à la construction de la tour de Babel; ou plutôt si les deux cités subsistèrent, celle de Dieu dans les deux fils de Noé, qui furent bénis dans leurs personnes et dans leur race, et celle de la terre, dans le fils qui fut maudit ainsi que sa postérité. Peut-être est-il plus vraisemblable qu’avant la fondation de Babylone il y avait des idolâtres dans la postérité de Sem et de Japhet, et des adorateurs du vrai Dieu dans celle de Cham; au moins devons-nous croire qu’il y a toujours eu sur la terre des hommes de l’une et de l’autre sorte.



Dans les deux psaumes 5 où il est dit: "Tous ont quitté le droit chemin et se sont corrompus; il n’y en a pas un qui soit homme de bien, il n’y en a pas un seul" on lit ensuite: "Ces impies qui ne font que du mal et qui dévorent mon peuple comme ils feraient un morceau de pain, ne se reconnaîtront-ils jamais ? Le peuple de Dieu était donc alors; et ainsi ces paroles: "Il n’y en a pas un qui soit homme de bien, il n’y en a pas un seul", doivent s’entendre des enfants des hommes, et non de ceux de Dieu. Le Prophète avait dit auparavant: "Dieu a jeté les yeux du haut  du ciel sur les enfants des hommes, pour voir s’il y en a quelqu’un qui le connaisse et qui le cherche"; après quoi il ajoute: "Il n’y en a pas un qui soit homme de bien", pour montrer qu’il ne parle que des enfants des hommes, c’est-à-dire de ceux qui appartiennent à la cité qui vit selon l’homme, et non selon Dieu.



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1. Genèse X, 25. — 2. Genèse XI, 10-11.―1. Genèse XI, 10-26. — 2. Genèse XVII, 5.―3. Ce chiffre est aussi celui de Sulpice Sévère (Hist. sac., lib. I, cap. 5). ― 4. Genèse XI, 1. — 5. Psaume XIII, 3 ; 4;2;
Psaume LII, 4;5; 8.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Ven 21 Oct 2016, 10:05 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XI a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XI.

LA LANGUE HÉBRAÏQUE, QUI ÉTAIT CELLE DONT

TOUS LES HOMMES SE SERVAIENT D’ABORD,

SE CONSERVA DANS LA POSTÉRITÉ D’HÉBER,

APRÈS LA CONFUSION DES LANGUES.




De même que l’existence d’une seule langue avant le déluge n’empêcha pas qu’il n’y eût des méchants et que tous les hommes n’encourussent la peine d’être exterminés par les eaux, à la réserve de la maison de Noé, ainsi, lorsque les nations furent punies par la diversité des langues, à cause de leur orgueil impie, et répandues par toute la terre, et que la cité des méchants fut appelée Confusion ou Babylone, la langue dont tous les hommes se servaient auparavant demeura dans la maison d’Héber. De là vient, comme je l’ai remarqué ci-dessus, que l’Ecriture, dans le dénombrement des enfants de Sem, met Héber le premier, quoiqu’il ne soit que le cinquième de ses descendants. Comme cette langue demeura dans sa famille 1, tandis que les autres nations furent divisées suivant les temps, celle-là fut depuis appelée hébraïque. Il fallait bien en effet lui donner un nom pour la distinguer de toutes les autres qui avaient aussi chacune le sien, au lieu que, quand elle était seule, elle n’avait point de nom particulier.



On dira peut-être: Si la terre fut divisée eu plusieurs langues du temps de Phaleg, fils d’Héber, celle de ces langues qui était auparavant commune à tous les hommes devait plutôt prendre son nom de Phaleg. Mais il faut répondre qu’Héber n’appela son fils Phaleg, c’est-à-dire Division, que parce qu’il vint au monde lorsque la terre fut divisée par langues, et que c’est ce qu’entend l’Ecriture, quand elle dit: "La terre fut divisée de son temps 2". Si Héber n’eût encore été vivant lors de cette division, il n’eût pas donné son nom à la langue qui demeura dans sa famille 1. Ce qui nous porte à croire que cette langue est celle qui était d’abord commune à tous let hommes, c’est que le changement et la multiplication des langues ont été une peine du péché, et partant que le peuple de Dieu a du être exempt de cette peine. Aussi n’est-ce pas sans raison que cette langue a été celle d’Abraham, et qu’il ne l’a pu transmettre à tous ses enfants, mais seulement à ceux qui, issus de Jacob, ont composé le peuple de Dieu, reçu son alliance, et mis au monde le Christ. Héber lui-même n’a pas fait passer cette langue à toute sa postérité, mais seulement à la branche d’Abraham.



Ainsi, bien que l’Ecriture ne marque pas précisément qu’il y eût des gens de bien, lorsque les méchants bâtissaient Babylone, cette obscurité n’est pas tant pour nous priver de la vérité que pour exercer notre attention. Lorsqu’on voit, d’un côté, qu’il existe d’abord une langue commune à tous les hommes, qu’il est fait mention d’Héber avant tous les autres enfants de Sem, encore qu’il n’ait été que le cinquième de ses descendants, et que la langue des patriarches, des prophètes et de l’Ecriture même est appelée langue hébraïque, et lorsqu’on demande, de l’autre côté, où cette langue, qui était commune avant la division des langues, s’est pu conserver, comme il n’est point douteux d’ailleurs que ceux parmi lesquels elle s’est conservée n’aient été exempts de la peine du changement des langues, que se présente-t-il à l’esprit, sinon qu’elle est demeurée dans la famille de celui dont elle a pris le nom, et que ce n’est pas une petite preuve de la vertu de cette famille d’avoir été à couvert de cette punition générale ?



Mais il se présente encore une autre difficulté: comment Héber et Phaleg son fils ont-ils pu chacun faire une nation ? Il est certain au fond que le peuple hébreu est descendu d’Héber par Abraham. Comment donc tous les enfants des trois fils de Noé, dont parle l’Ecriture, ont-ils établi chacun une nation, si Héber et Phaleg n’en ont fait qu’une ? Il est fort probable que Nemrod a fondé aussi sa nation, et que l’Ecriture a fait mention à part de ce personnage, à cause de sa stature extraordinaire et de la vaste étendue de son empire; de sorte que le nombre des soixante-douze langues ou nations demeure toujours. Quant à Phaleg, elle n’en parle pas pour avoir donné naissance à une nation; mais à cause de cet événement mémorable de la division des langues qui arriva de son temps. On ne doit point être surpris que Nemrod ait vécu jusqu’à la fondation de Babylone et à la confusion des langues; car de ce qu’Héber est le sixième, depuis Noé, et Nemrod seulement le quatrième, il ne s’ensuit pas que Nemrod n’ait pas pu vivre jusqu’au temps d’Héber. Lorsqu’il y avait moins de générations, les hommes vivaient davantage, ou venaient au monde plus tard. Aussi faut-il entendre que, quand la terre fut divisée en plusieurs nations, non seulement les descendants de Noé, qui en étaient les pères et les fondateurs, étaient nés, mais qu’ils avaient déjà des familles nombreuses et capables de composer chacune une nation.



C’est pourquoi il ne faut pas s’imaginer qu’ils soient nés dans le même ordre où l’Ecriture les nomme; autrement, comment les douze fils de Jectan, autre fils d’Héber et frère de Phaleg, auraient-ils pu déjà faire des nations, si Jectan ne vint au monde qu’après Phaleg, puisque la terre fut divisée à la naissance de Phaleg ? Il est donc vrai que Phaleg a été nommé le premier, mais Jectan n’a pas laissé que de venir au monde bien avant lui; en sorte que les douze enfants de Jectan avaient déjà de si grandes familles qu’elles pouvaient être divisées chacune en leur langue. On aurait tort de trouver étrange que l’Ecriture en ait usé de la sorte, puisque dans la généalogie des trois enfants de Noé, elle commence par Japhet, qui était le cadet. Or, les noms de ces peuples se trouvent encore aujourd’hui en partie les mêmes qu’ils étaient autrefois comme ceux des Assyriens et des Hébreux; et en partie ils ont été changés par la suite des temps, tellement que les plus versés dans l’histoire en peuvent à peine découvrir l’origine. En effet, on dit que les Egyptiens viennent de Mesraïm, et les Ethiopiens de Chus, deux des fils de Cham, et cependant on ne voit aucun rapport entre leurs noms  actuels et leur origine. A tout considérer, on trouvera que, parmi ces noms, il y en a plus de ceux qui ont été changés que de ceux qui sont demeurés jusqu’à nous.




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1. Voyez plus bas, livre XVIII, ch. 39. ― 2. Genèse X, 25.― 1. Les avis, dit un habile commentateur de la Cité de Dieu, Léonard Coquée, sont partagés  sur cette question. Dans leur chronique, nommée Seder-Holam, c’est-à-dire Ordre des temps, les Juifs placent l’époque de la division des langues aux dernières années de la vie de Phaleg, trois cent quarante ans après le déluge, dix ans avant la mort de Noé. Maintenant, pourquoi Héber donna-t-il à son fils le nom de Phaleg, qui signifie division ? C’est qu’il possédait le don de prophétie et lisait la prochaine division des langues dans l’avenir. Tel parait être le sentiment de saint Jérôme en son livre des traditions hébraïques, et saint Chrysostome abonde dans le même sens (Hom. XXX in Genes.)




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques, soulignés
et gras ajoutés.

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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Sam 22 Oct 2016, 9:51 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.

CHAPITRE XII.

DU PROGRÈS DE LA CITÉ DE DIEU, À PARTIR D‘ABRAHAM.    




Voyons maintenant le progrès de la Cité de Dieu, depuis le temps d’Abraham, où elle a commencé à paraître avec plus d’éclat et où les promesses que nous voyons aujourd’hui accomplies en Jésus-Christ sont plus claires et plus précises. Abraham, au rapport de l’Ecriture 1, naquit dans la Chaldée, qui dépendait de l’empire des Assyriens. Or, la superstition et l’impiété régnaient déjà parmi ces peuples, comme parmi les autres nations. La seule maison de Tharé, père d’Abraham, conservait le culte du vrai Dieu et vraisemblablement aussi la langue hébraïque, quoique Jésus Navé 2 témoigne qu’Abraham même était d’abord idolâtre. De même que la seule maison de Noé demeura pendant le déluge pour réparer le genre humain, ainsi, dans ce déluge de superstitions qui inondaient l’univers, la seule maison de Tharé fut comme l’asile de la Cité de Dieu; et comme, après le dénombrement des généalogies jusqu’à Noé, l’Ecriture dit: "Voici la généalogie de Noé 3 , de même, après le dénombrement des générations de Sem, fils de Noé, jusqu’à Abraham, elle dit: "Voici la généalogie de Tharé. Tharé engendra Abram, Nachor et Aran. Aran engendra Lot, et mourut du vivant de son père Tharé, au lieu de sa naissance, au pays des Chaldéens, Abram et Nachor se marièrent. La femme d’Abram s’appelait Saraï, et celle de Nachor, Melcha, fille d’Aran 4". Celui-ci eut aussi une autre fille nommée Jescha, que l’on croit être la même que Sara, femme d’Abraham.



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1. Genèse XI, 28 ― 2. Josué, XXIV, 2 ― 3. Genèse VI, 9. ― 4. Genèse XI, 27-29.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Dim 23 Oct 2016, 11:17 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XIII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XIII.

POURQUOI L’ÉCRITURE NE PARLE POINT DE NACHOR, QUAND

SON PÈRE THARÉ PASSA DE CHALDÉE EN MÉSOPOTAMIE.  




L’Ecriture raconte ensuite comment Tharé avec tous les siens laissa la Chaldée, vint en Mésopotamie et demeura à Haran; mais elle ne parle point de son fils Nachor,comme s’il ne l’avait pas emmené avec lui. Voici de quelle façon elle fait ce récit: "Tharé prit donc son fils Abram, Lot, fils de son fils Aran, et Saraï, sa belle-fille, femme de son fils Abram, et il les emmena de Chaldée en Chanaan, et il vint à Haran où il établit sa demeure 1". Il n’est point ici question de Nachor ni de sa femme Melcha. Lorsque plus tard Abraham envoya son serviteur chercher une femme à son fils Isaac, nous trouvons ceci: "Le serviteur prit dix chameaux du troupeau de son maître et beaucoup d’autres biens, et se dirigea vers la Mésopotamie, en la ville de Nachor  2". Par ce témoignage et plusieurs autres de l’histoire sacrée, il paraît que Nachor sortit de la Chaldée, aussi bien que son frère Abraham, et vint habiter avec lui en Mésopotamie. Pourquoi l’Ecriture ne parle-t-elle donc point de lui, lorsque Tharé passe avec sa famille en Mésopotamie, tandis qu’elle ne marque pas seulement qu’il y mena son fils Abraham, mais encore Saraï, sa belle-fille, et son petit-fils Lot ?



Pourquoi, si ce n’est peut-être qu’il avait quitté la religion de son père et de son frère pour embrasser la superstition des Chaldéens, qu’il abandonna depuis, ou parce qu’il se repentit de son erreur, ou parce qu’il devint suspect aux habitants du pays et fut obligé d’en sortir, afin d’éviter leur persécution. En effet, dans le livre de Judith, quand Holopherne, ennemi des Israélites, demande quelle est cette nation et s’il lui faut faire la guerre, voici ce que lui dit Achior, général des Ammonites: "Seigneur, si vous vouiez avoir la bonté de m’entendre, je vous dirai ce qui en est de ce peuple qui demeure dans ces montagnes prochaines, et je ne vous dirai rien que de très vrai. Il tire son origine des Chaldéens; et comme il abandonna la religion de ses pères pour adorer le Dieu du ciel, les Chaldéens le chassèrent, et il s’enfuit en Mésopotamie, où il demeura longtemps. Ensuite leur Dieu leur commanda d’en sortir, et de s’en aller en Chanaan, où ils s’établirent, etc."3 On voit clairement par là que la maison de Tharé fut persécutée par les Chaldéens, à cause de la religion et du culte du vrai Dieu.




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1. Genèse XI, 31. — 2. Genèse XXIV, 10. — 3. Judith, V, 5-9.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Lun 24 Oct 2016, 10:35 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XIV a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XIV.

DES ANNÉES DE THARÉ, QUI MOURUT À HARAN.  




Or, après la mort de Tharé, qui vécut, dit-on, deux cent cinq ans en Mésopotamie, l’Ecriture commence à parler des promesses que Dieu fit à Abraham; elle s’exprime ainsi: "Tout le temps de la vie de Tharé à Haran  fut de deux cent cinq ans, puis il mourut  1". Il ne faut pas entendre ce passage comme si Tharé avait passé tout ce temps à Haran; l’Ecriture dit seulement qu’il y finit sa vie, qui fut en tout de deux cent cinq ans: on ignorerait autrement combien il a vécu, puisque l’on ne voit point quel âge il avait quand il vint dans cette ville; et il serait absurde de s’imaginer que, dans une généalogie qui énonce si scrupuleusement le temps que chacun a vécu, il fût le seul oublié. Cette omission, il est vrai, a lieu pour quelques-uns; mais c’est qu’ils n’entrent point dans l’ordre de ceux qui composent la série de générations depuis Adam jusqu’à Noé, et depuis Noé jusqu’à Abraham : il n’est aucun de ces derniers dont l’Ecriture ne marque l’âge.

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1. Genèse  XI, 32.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
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Message  ROBERT. le Mar 25 Oct 2016, 10:12 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XV a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XV.

DU TEMPS DE PROMISSION OÙ ABRAHAM SORTIT

DE HARAN, D’APRÈS L’ORDRE DE DIEU.  



L’Ecriture, après avoir parlé de la mort de Tharé, père d’Abraham, ajoute: "Et Dieu dit à Abram: Sortez de votre pays, de votre parenté et de la maison de votre père 2". Il ne faut pas penser que cela soit arrivé dans l’ordre qu’elle rapporte; cette opinion donnerait lieu à une difficulté insoluble.



En effet, à la suite de ce commandement de Dieu à Abraham, on lit dans la Genèse: "Abram sortit donc avec Lot pour obéir aux  paroles de Dieu; et Abram avait soixante-quinze ans lorsqu’il sortit de Haran 3" . Comment cela se peut-il, si la chose arriva après la mort de Tharé ? Tharé avait soixante-dix ans quand il engendra Abraham; si l’on ajoute les soixante-quinze ans qu’avait Abraham lorsqu’il partit de Haran, on a cent quarante-cinq ans. Tharé avait donc cet âge à l’époque où son fils quitta cette ville de Mésopotamie. Ce dernier n’en sortit donc pas après la mort de son père, qui vécut deux cent cinq ans: il faut entendre dès lors que c’est ici une récapitulation assez ordinaire dans l’Ecriture 1, qui, parlant auparavant des enfants de Noé, après avoir dit 2 qu’ils furent divisés en plusieurs langues et nations, ajoute: "Toute la terre parlait un même langage 3".



Comment étaient-ils divisés en plusieurs langues, si toute la terre ne parlait qu’un même langage, sinon parce que la Genèse reprend ce qu’elle avait déjà touché  ? Elle procède de même dans la circonstance qui nous occupe: elle a parlé plus haut de la mort de Tharé 4, mais elle revient à la vocation d’Abraham, qui arriva du vivant de son père, et qu’elle avait omise pour ne point interrompre le fil de son discours. Ainsi, lorsqu’Abraham sortit de Haran, il avait soixante-quinze ans, et son père cent quarante-cinq 5. D’autres ont résolu autrement la question: selon eux, les soixante-quinze années de la vie d’Abraham doivent se compter du jour qu’il fut délivré du feu où il fut jeté par les Chaldéens pour ne vouloir pas adorer cet élément, et non du jour de sa naissance, comme n’ayant proprement commencé à naître qu’alors. 6



Mais saint Etienne dit, touchant la vocation d’Abraham, dans les Actes des Apôtres: "Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il demeurât à Haran, et lui dit: Sortez de votre pays, et de votre parenté, et de la maison de votre père, et venez en la terre que je vous montrerai  7". Ces paroles de saint Etienne font voir que Dieu ne parla pas à Abraham après la mort de son père, qui mourut à Haran, où Abraham demeura avec lui, mais avant qu’il habitât cette ville, bien qu’il fût déjà en Mésopotamie. Il en résulte toujours qu’il était alors sorti de la Chaldée; et ainsi ce que saint Etienne ajoute: "Alors Abraham sortit du pays des Chaldéens et vint demeurer à Haran 8 », ne montre pas ce qui arriva après que Dieu lui eut parlé (car il ne sortit pas de la Chaldée après cet avertissement du ciel, puisque saint Etienne dit qu’il le reçut dans la Mésopotamie), mais se rapporte à tout le temps qui se passa depuis qu’il en fut sorti et qu’il eut fixé son séjour à Haran. Ce qui suit le prouve encore:  "Et après la mort de son père, dit le premier martyr, Dieu l’établit en cette terre que vos pères ont habitée et que vous habitez encore aujourd’hui".



Il ne dit pas qu’il sortit de Haran après la mort de son père, mais que Dieu l’établit dans la terre de Chanaan après que son père fut mort. Il faut dès lors entendre que Dieu parla à Abraham lorsqu’il était en Mésopotamie, avant de demeurer à Haran, où il vint dans la suite avec son père, conservant toujours en son cœur le commandement de Dieu, et qu’il en sortit la soixante-quinzième année de son âge et la cent quarante-cinquième de celui de son père. Saint Etienne place son établissement dans la terre de Chanaan, et non sa sortie de Haran, après la mort de son père, parce que son père était déjà mort, quand il acheta cette terre et commença à la posséder en propre. Ce que Dieu lui dit: "Sortez de votre pays, de votre parenté et de la maison de votre père", bien qu’il fût déjà sorti de la Chaldée et qu’il demeurât en Mésopotamie, ce n’était pas un ordre d’en sortir de corps, car il l’avait déjà fait, mais d’y renoncer sans retour. Il est assez vraisemblable qu’Abraham sortit de Haran  avec sa femme Sara, et Lot, son neveu, pour obéir à l’ordre de Dieu, après que Nachor eut suivi son père.




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2. Genèse XI!, 1. — 3. Genèse XII, 4.― 1. Saint Augustin en cite plusieurs exemples dans son livre De doctr. Christ., lib. III, n. 52-54.― 2. Genèse XII, 1. — 3. Genèse XII, 4. — 4. Genèse XI, 32.―5. Comp.- Quœst. in Gen., qu. 28.― 6. Cette solution du problème est celle de saint Jérôme.―7. Actes VII, 2-3. — 8. Actes VII,  4.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mer 26 Oct 2016, 10:02 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XVI a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XVI.

DES PROMESSES QUE DIEU FIT À  ABRAHAM.    




Il faut parler maintenant des promesses que Dieu fit à Abraham et où apparaissent clairement les oracles de notre Dieu, c’est-à-dire du vrai Dieu, en faveur du peuple fidèle annoncé par les Prophètes. La première est conçue en ces termes: "Le Seigneur dit à Abraham: Sortez de votre pays, de votre parenté, et de la maison de votre père, et allez en la terre que je vous montrerai. Je vous établirai chef d’un grand peuple; je vous bénirai, et rendrai votre nom illustre en vertu de cette bénédiction. Je bénirai ceux qui vous béniront, et maudirai ceux qui vous maudiront, et toutes les nations de  la terre seront bénies en vous  1". Il est à remarquer ici que deux choses sont promises à Abraham: l’une, que sa postérité possédera la terre de Chanaan, ce qui est exprimé par ces mots: "Allez en la terre que je vous montrerai, et je vous établirai chef d’un grand peuple"; et l’autre, beaucoup plus excellente et qu’on ne doit pas entendre d’une postérité charnelle, mais spirituelle, qui ne le rend pas seulement père du peuple d’Israël, mais de toutes les nations qui marchent sur les traces de sa foi. Or, celle-ci est renfermée dans ces paroles: "Toutes les nations de la terre seront bénies en vous".



Eusèbe pense que cette promesse fut faite à Abraham la soixante-quinzième année de son âge, comme s’il était sorti de Haran aussitôt qu’il l’eut reçue, et cette opinion a pour but de ne point contrarier la déclaration formelle de l’Ecriture qui dit qu’Abraham avait soixante-quinze ans quand il sortit de Haran 1; mais si la promesse en question fut faite cette année, Abraham demeurait donc déjà avec son père à Haran, attendu qu’il n’en eût pas pu sortir, s’il n’y eût été. Cela n’a rien de contraire à ce que dit saint Etienne: "Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham lorsqu’il était en Mésopotamie avant de demeurer à  Haran 2 ; il s’agit seulement de rapporter à la même année et la promesse de Dieu à Abraham qui précède son départ pour Haran et son séjour en cette ville et sa sortie du même lieu. Nous devons l’entendre ainsi, non-seulement parce qu’Eusèbe, dans sa Chronique, commence à compter depuis l’an de cette promesse et montre qu’il s’écoula quatre cent trente années jusqu’à la sortie d’Egypte, époque où la loi fut donnée, mais aussi parce que l’apôtre saint Paul  3 suppute de la même manière.



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1.Genèse  XII, 1 et seq.. ―1. Genèse XII, 4. — 2. Actes VII, 2. — 3. Galates III, 17.





Traduction par M. SAISSET, 1869.
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Message  ROBERT. le Jeu 27 Oct 2016, 11:23 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XVII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XVII.

DES TROIS MONARCHIES QUI FLORISSAIENT DU TEMPS

D’ABRAHAM, ET NOTAMMENT  DE CELLE DES ASSYRIENS.




En ce temps-là, il y avait trois puissants empires où florissait merveilleusement la cité de la terre, c’est-à-dire l’assemblée des hommes qui vivent selon l’homme sous la domination des anges prévaricateurs, savoir: ceux des Sicyoniens, des Egyptiens et des Assyriens 4. Celui-ci était le plus grand et le plus puissant de tous; car Ninus, fils de Bélus, avait subjugué toute l’Asie, à la réserve des Indes. Par l’Asie, je n’entends pas parler de celle 1 qui n’est maintenant qu’une province de la seconde partie de la terre (ou, selon d’autres, de la troisième), mais de cette troisième partie elle-même, le monde étant ordinairement partagé en trois grandes divisions, l’Asie, l’Europe et l’Afrique, qui ne forment pas au reste trois portions égales. L’Asie s’étend du midi par l’orient jusqu’au septentrion; au lieu que l’Europe ne s’étend que du septentrion à l’occident, et l’Afrique de l’occident au midi, de sorte qu’il semble que l’Europe et l’Afrique n’occupent ensemble qu’une partie de la terre et que l’Asie toute seule occupe l’autre.



Mais on a fait deux parties de l’Europe et de l’Afrique, à cause qu’elles sont séparées l’une de l’autre par la mer Méditerranée. En effet, si l’on divisait tout le monde en deux parties seulement, l’orient et l’occident, l’Asie tiendrait l’une, et l’Europe et l’Afrique l’autre. Ainsi, des trois monarchies qui existaient alors, celle des Sicyoniens n’était pas sous les Assyriens, parce qu’elle était en Europe: mais comment l’Egypte ne leur était-elle pas soumise, puisqu’ils étaient maîtres de toute l’Asie, aux Indes près ? C’est donc principalement dans l’Assyrie que florissait alors la cité de la terre, cité impie dont la capitale était Babylone, c’est-à-dire Confusion, nom qui lui convient parfaitement. Ninus en était roi et avait succédé à son père Bélus, qui avait tenu le sceptre soixante-cinq ans: lui-même régna cinquante-deux ans, et en avait déjà régné quarante-trois lorsqu’Abraham vint au monde, c’est-à-dire environ douze cents ans avant la fondation de Rome, qui fut comme la Babylone d’Occident.




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4. Dans tous ces développements historiques, saint Augustin suit la chronique d’Eusèbe.― 1. L’Asie Mineure, qu’on appelait quelquefois l’Asie tout court.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
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Message  ROBERT. le Ven 28 Oct 2016, 9:56 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XVIII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XVIII.

DE LA SECONDE APPARITION DE DIEU À ABRAHAM, À QUI

IL PROMET LA TERRE DE CHANAAN POUR LUI ET SA POSTÉRITÉ..  




Abraham sortit donc de Haran a soixante-quinzième année de son âge, et la cent quarante-cinquième de celui de son père, et passa avec Lot, son neveu, et sa femme Saraï, dans la terre de Chanaan jusqu’à Sichem, où il reçut encore un avertissement du ciel, que l’Ecriture rapporte ainsi: "Le Seigneur apparut à Abraham, et lui dit: Je donnerai cette terre à votre postérité 1". Il ne lui est rien dit ici de cette postérité qui devait le rendre père de toutes les nations, mais seulement de celle qui le rendait père du peuple hébreu: c’est en effet ce peuple qui a possédé la terre de Chanaan.



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1. Genèse XII, 7.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
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Message  ROBERT. le Sam 29 Oct 2016, 11:09 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XIX a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XIX.

DE LA PUDICITÉ DE SARAÏ, QUE DIEU PROTÈGE EN ÉGYPTE, OÙ ABRAHAM

LA FAISAIT PASSER, NON POUR SA FEMME, MAIS POUR SA SOEUR.  




Lorsque ensuite Abraham eut dressé un autel en cet endroit 2 et invoqué Dieu, il alla demeurer au désert, d’où, pressé de la faim, il passa en Egypte. Là il dit que Saraï était sa sœur, ce qui était vrai parce qu’elle était sa cousine germaine 3, de même que Lot, qui le touchait au même degré, est aussi appelé son frère. Il dissimula donc qu’elle était sa femme, mais il ne le nia pas, remettant à Dieu le soin de son honneur, et se gardant comme homme des insultes des hommes. S’il n’eût pris en cette rencontre toutes les précautions possibles, il aurait plutôt tenté Dieu que témoigné sa confiance en lui. Nous avons dit beaucoup de choses à ce sujet en répondant aux calomnies de Fauste le manichéen 4. Aussi arriva-t-il ce qu’Abraham s’était promis de Dieu, puisque Pharaon, roi d’Egypte, qui avait choisi Saraï pour épouse, frappé de plusieurs plaies, la rendit à son mari 5. Loin de nous la pensée que sa chasteté n’ait reçu aucun outrage de ce prince, tout portant à croire qu’il en fut détourné par ces fléaux du ciel.


----------------------------------------------------------------


2. Genèse. XII,7 et seq. ―3. Voyez plus haut, livre XV, ch. 16.  ― 4. Comp. Faust., lib. XXII, cap. 36. ―  5. Genèse XII, 20.



Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Dim 30 Oct 2016, 11:29 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XX a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XX.

DE LA SÉPARATION D’ABRAHAM ET DE LOT,

QUI EUT LIEU SANS ROMPRE LEUR UNION.  




Lorsqu’Abraham fut retourné d’Egypte dans le lieu d’où il était sorti, Lot, son neveu, se sépara de lui sans rompre la bonne intelligence qui était entre eux, et se retira vers Sodome. Les richesses que tous deux avaient acquises et les fréquents démêlés de leurs bergers les déterminèrent à prendre ce parti, afin d’empêcher que les querelles des serviteurs ne vinssent à jeter la désunion parmi les maîtres. Abraham, voulant prévenir ce malheur, dit à Lot: "Je vous prie, qu’il n’y ait point de différend entre vous et moi, ni entre vos bergers et les miens, puisque nous sommes frères. Toute cette contrée n’est-elle pas à nous ? Je suis donc d’avis que nous nous séparions. Si vous allez à gauche, j’irai à droite; et si vous allez à droite, j’irai à gauche" 1 . Il se peut que la coutume reçue dans les partages, où l’aîné fait les lots et le cadet choisit de là son origine.


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1. Genèse XII, 8-9.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Lun 31 Oct 2016, 10:42 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXI a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXI.

DE LA TROISIÈME APPARITION DE DIEU À ABBAHAM,

OÙ IL LUI RÉITÈRE LA PROMESSE DE LA TERRE DE

CHANAAN POUR  LUI ET SES DESCENDANTS À PERPÉTUITÉ.  




Après qu’Abraham et Lot se furent ainsi séparés et que l’un se fut fixé dans la terre de Chanaan et l’autre à Sodome, Dieu apparut à Abraham pour la troisième fois, et lui dit: "Regardez de tous côtés, autant que votre vue peut s’étendre vers les quatre points du monde; je vous donnerai, à vous et à tous vos descendants jusqu’à la fin du siècle, toute cette terre que vous voyez, et je multiplierai votre postérité comme la poussière de la terre. Si quelqu’un peut compter les grains de poussière de la terre, il pourra aussi compter votre postérité. Levez-vous, et mesurez cette terre en long et en large, car je vous la donnerai 2". On ne voit pas bien si, dans cette promesse, est comprise celle qui a rendu Abraham père de toutes les nations; on peut néanmoins le conjecturer d’après ces paroles: "Je multiplierai votre postérité comme la poussière de la terre", expression figurée que les Grecs appellent hyperbole et qui a lieu quand ce qu’on dit d’une chose la surpasse de beaucoup.



Qui ne sait combien la poussière de la terre surpasse le nombre des hommes, quel qu’il puisse être, depuis Adam jusqu’à la fin du siècle, et à plus forte raison la postérité d’Abraham, soit la charnelle, soit la spirituelle ? En effet, cette dernière postérité est peu de chose en comparaison de la multitude des méchants, et cependant, malgré sa petitesse, elle forme encore un nombre innombrable, d’où vient que l’Ecriture la désigne par la poussière de la terre. Mais elle n’est innombrable qu’aux hommes, et non à Dieu, qui sait même le compte de tous les grains de poussière. Ainsi, comme l’hyperbole de l’Ecriture est mieux remplie par les deux postérités d’Abraham, on peut croire que cette promesse s’applique à l’une et à l’autre 1.



Si j’ai dit que cela n’est pas très-clair, c’est que le seul peuple juif a tellement multiplié qu’il s’est presque répandu dans toutes les contrées du monde, de sorte qu’il suffit pour justifier l’hyperbole, outre qu’on ne peut pas nier que la terre dont il est question ne soit celle de Chanaan. Néanmoins, ces mots: "Je vous la donnerai, à vous et à vos descendants jusqu’à la fin du siècle", peuvent en faire douter, si, par cette expression, jusqu’à la fin du siècle, on entend éternellement; mais si on les prend comme nous pour la fin de ce monde et le commencement de l’autre, il n’y a point de difficulté. Bien que les Juifs aient été chassés de Jérusalem, ils demeurent dans les autres villes de la terre de Chanaan et y demeureront jusqu’à la fin du monde; ajoutez à cela que, quand cette terre est habitée par des chrétiens, c’est la postérité d’Abraham qui l’habite.




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2. Genèse XII,  14-17. ― 1. Comp. Cont. Faust., lib. XXII, cap. 89.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mar 01 Nov 2016, 10:17 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXII.

ABRAHAM SAUVE LOT DES MAINS DES

ENNEMIS ET EST BÉNI PAR MELCHISÉDECH.  




Abraham, après avoir reçu cette promesse, alla demeurer en un autre endroit de cette contrée, près du chêne de Mambré, qui était en Hébron 2. Ensuite, les ennemis ayant ravagé le pays de Sodome et vaincu les habitants en bataille rangée, Abraham, accompagné de trois cent dix-huit des siens, alla au secours de Lot, que les vainqueurs avaient fait prisonnier, et le délivra de leurs mains après les avoir défaits, sans vouloir rien prendre des dépouilles que le roi de Sodome lui offrait. C’est en cette occasion qu’il fut béni par Melchisédech 3, prêtre du Dieu souverain, dont il est beaucoup parlé dans l’Epître aux Hébreux 4, que plusieurs disent être de saint Paul, ce dont quelques-uns ne tombent pas d’accord 5. On vit là pour la première fois le sacrifice que les chrétiens offrent aujourd’hui à Dieu par toute la terre, pour accomplir cette parole du Prophète à Jésus-Christ, qui ne s’était pas encore incarné: "Vous êtes prêtre pour jamais selon l’ordre de Melchisédech 1"  Il ne dit pas selon l’ordre d’Aaron, lequel devait être aboli par la vérité dont ces ombres étaient la figure.

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2. Genèse XIII, 18. — 3. Genèse XIV, 1-20. — 4. Hébreux, chap. VII.―5. Marcion, Basilide et plusieurs autres hérétiques niaient l’authenticité de l’Epître aux Hébreux. ― 1. Psaume CIX, 5.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
italiques et
gras ajoutés.

.

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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Mer 02 Nov 2016, 10:17 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXIII a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXIII.

DIEU PROMET À ABRAHAM QUE SA POSTÉRITÉ SERA AUSSI

NOMBREUSE QUE LES ÉTOILES, ET LA FOI D’ABRAHAM

AUX PAROLES DE DIEU LE JUSTIFIE, QUOIQUE NON CIRCONCIS.  




 Dieu parla encore à Abraham dans une vision 2, et l’assura de sa protection et d’une ample récompense; et comme Abraham se plaignit à lui qu’il était déjà vieux, qu’il mourrait sans postérité, et qu’Eliézer, l’un de ses esclaves, serait son héritier, Dieu lui promit qu’il aurait un fils, et que sa postérité serait aussi nombreuse que les étoiles du ciel; par où il me semble que Dieu voulait spécialement désigner la postérité spirituelle d’Abraham. Que sont, en effet, les étoiles, pour le nombre, en comparaison de la poussière de la terre, à moins qu’on ne veuille dire qu’il y a ici cette ressemblance qu’on ne peut compter les étoiles et que l’on ne saurait même toutes les voir ?



On en découvre à la vérité d’autant plus qu’on a de meilleurs yeux; mais il résulte précisément de là qu’il en échappe toujours quelques-unes aux plus clairvoyants, sans parler de celles qui se lèvent et se couchent dans l’autre hémisphère. C’est donc une rêverie de s’imaginer qu’il y en a qui ont connu et mis par écrit le nombre des étoiles, comme on le dit d’Aratus 3 et d’Eudoxe  4; et l’Ecriture sainte suffit pour réfuter cette opinion. Au reste, c’est dans ce chapitre de la Genèse que se trouve la parole que l’Apôtre rappelle pour relever la grâce de Dieu: "Abraham crut Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice 5"; et il prouve par là que les Juifs ne devaient point se glorifier de leur circoncision, ni empêcher que les incirconcis ne fussent admis à la foi de Jésus-Christ, puisque, quand la foi d’Abraham lui fut imputée à justice, il n’était pas encore circoncis.




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2. Genèse XV, 1 et seq. ―3. On sait qu’Aratus est l’auteur d’un poème astronomique, souvent traduit du grec en latin, notamment par Cicéron. Il florissait vers l’an 280 avant J-C. ―4. Eudoxe, de Cnide, contemporain de Platon, et son compagnon de voyage en Egypte, si l’on en croit la tradition. Il est cité par Aristote (Metaph., lib. XII, cap. 7) et par Cicéron (De divin., lib. II, cap. 42) comme un astronome de premier ordre. ―5.Genèse XV, 6; Romains IV, 3, et Galates III, 6.




Traduction par M. SAISSET, 1869.
à suivre…
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Re: Saint Augustin — Cité de Dieu — Livre XVI — DE NOÉ À DAVID. (complet)

Message  ROBERT. le Jeu 03 Nov 2016, 9:34 am

Saint Augustin, in La Cité de Dieu, Livre XVI, cap. XXIV a écrit:

LIVRE SEIZIÈME: DE NOÉ À DAVID.


CHAPITRE XXIV.

CE QUE SIGNIFIE LE SACRIFICE QUE DIEU COMMANDA À ABRAHAM

DE LUI OFFRIR, QUAND CE PATRIARCHE LE PRIA  DE LUI DONNER

QUELQUE SIGNE DE L’ACCOMPLISSEMENT DE SA PROMESSE




Dans cette même vision, Dieu lui dit encore: "Je suis le Dieu qui vous ai tiré du pays des Chaldéens, pour vous donner cette terre et vous en mettre en possession". Sur quoi, Abraham lui ayant demandé comment il connaîtrait qu’il la devait posséder, Dieu lui répondit: "Prenez une génisse de trois ans, une chèvre et un bélier de même âge, avec une tourterelle et une colombe". Abraham prit tous ces animaux; et, après les avoir divisés en deux, mit ces moitiés vis-à-vis l’une de l’autre; mais il ne divisa point les oiseaux. Alors, comme il est écrit, les oiseaux descendirent sur ces corps qui étaient divisés, et Abraham s’assit auprès d’eux. Sur le coucher du soleil il fut saisi d’une grande frayeur qui le couvrit de ténèbres épaisses, et il lui fut dit: "Sachez que votre postérité demeurera parmi des étrangers qui la persécuteront et la réduiront en servitude l’espace de quatre cents ans; mais je ferai justice de leurs oppresseurs, et elle sortira de leurs mains, chargée de dépouilles. Pour vous, vous vous en irez en paix avec vos pères, comblé d’une heureuse vieillesse, et vos descendants ne reviendront ici qu’à la quatrième génération, car les Amorrhéens n’ont pas encore comblé la mesure de leurs crimes". Comme le soleil fut couché, une flamme s’éleva tout à coup et l’on vit une fournaise fumante et des brandons de feu qui passèrent au milieu des animaux divisés. Ce jour-là, Dieu fit alliance avec Abraham et lui dit: "Je donnerai cette terre à vos enfants, depuis le fleuve d’Egypte jusqu’au grand fleuve d’Euphrate;  je leur donnerai les Cénéens, les Cénéséens, les Cedmonéens, les Héthéens, les Phéréséens, les Raphaïtes, les Amorrhéens, les Chananéens, les Hévéens, les Gergéséens et les Jébuséens 1"



Voilà ce qui se passa dans cette vision; mais l’expliquer en détail nous mènerait trop loin et passerait toutes les bornes de cet ouvrage. Il suffira de dire ici qu’Abraham ne perdit pas la foi dont l’Ecriture le loue, pour avoir dit à Dieu: "Seigneur, comment connaîtrai-je que je dois posséder cette terre ?" Il ne dit pas: Comment se pourra-t-il faire que je la possède ? Comme s’il doutait de la promesse de Dieu, mais: Comment connaîtrai-je que je dois la posséder ? Afin d’avoir quelque signe qui lui fit connaître la manière dont cela devait se passer: de même que la Vierge Marie n’entra en aucune défiance de ce que l’ange lui annonçait, quand elle dit: "Comment cela se fera-t-il, car je ne connais point d’homme  1?" Elle ne doutait point de la chose, mais elle s’informait de la manière 2. C’est pourquoi l’ange lui répondit: "Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre  3". Ici, de même, Dieu donna à Abraham le signe d’animaux immolés, comme la figure de ce qui devait arriver et dont il ne doutait pas. Par la génisse était signifié le peuple juif soumis au joug de la loi; par la chèvre, le même peuple pécheur, et par le bélier, le même encore régnant et dominant.



Ces animaux ont trois ans, à cause des trois époques fort remarquables: depuis Adam jusqu’à Noé, depuis Noé jusqu’à Abraham, et depuis Abraham jusqu’à David, qui, le premier d’entre les Israélites, monta sur le trône par la volonté de Dieu après la réprobation de Saül, dernière époque durant laquelle ce peuple prit ses plus grands accroissements. Que cela figure ce que je dis, ou toute autre chose, au moins ne douté-je point que les hommes spirituels ne soient désignés par la tourterelle et par la colombe; d’où vient qu’il est dit qu’Abraham ne divisa point les oiseaux. En effet, les charnels sont divisés entre eux, mais non les spirituels, soit qu’ils se retirent du commerce des hommes, comme la tourterelle, soit qu’ils vivent avec eux, comme la colombe. Quoi qu’il en soit, l’un comme l’autre de ces deux oiseaux est simple et innocent; et ils étaient un signe que, même dans ce peuple juif, à qui cette terre devait être donnée, il y aurait des enfants de promission et des héritiers du royaume et de la félicité éternelle. Pour les oiseaux qui descendirent sur ces corps divisés, ils figurent les malins esprits, habitants de l’air et toujours empressés de se repaître de la division des hommes charnels.



Abraham, venant s’asseoir auprès d’eux, signifie que, même au milieu de ces divisions des hommes charnels, il y aura toujours quelques vrais fidèles jusqu’à la fin du monde. Par la frayeur dont Abraham fut saisi vers le coucher du soleil, entendez que, vers la fin du monde, il s’élèvera une cruelle persécution contre les fidèles, selon cette parole de Notre-Seigneur dans l’Evangile: "La persécution sera si grande alors, qu’il n’y en a jamais eu de pareille 1"



Quant à ces paroles de Dieu à Abraham:  "Sachez que votre postérité demeurera parmi des étrangers qui la persécuteront et la tiendront captive l’espace de quatre cents ans", cela s’entend sans difficulté du peuple juif qui devait être captif en Egypte. Ce n’est pas néanmoins que sa captivité ait duré quatre cents ans, mais elle devait arriver dans cet espace de temps; de même que l’Ecriture dit de Tharé, père d’Abraham, que tout le temps de sa vie à Haran fut de deux cent cinq ans  2, non qu’il ait passé toute sa vie en ce lieu, mais parce qu’il y acheva le reste de ses jours. Au reste, l’Ecriture dit quatre cents ans pour faire un compte rond, car il y en a un peu plus, soit qu’on les prenne du temps que cette promesse fut faite à Abraham, ou du temps de la naissance d’Isaac. Ainsi que nous l’avons déjà dit, depuis la soixante-quinzième année de la vie d’Abraham que la première promesse lui fut faite, jusqu’à la sortie d’Egypte, on compte quatre cent trente ans, dont l’Apôtre parle ainsi: "Ce que je veux dire, c’est que Dieu ayant contracté une alliance avec Abraham, la loi, qui n’a été donnée que quatre cents ans après, ne l’a pu rendre nulle, ni anéantir la promesse faite à ce patriarche 3". L’Ecriture a donc fort bien pu appeler ici quatre cents ans ces quatre cent trente ans; outre que depuis la première promesse faite à Abraham jusqu’à celle-ci, cinq années s’étaient déjà écoulées, et vingt-cinq jusqu’à la naissance d’Isaac 4 .



Ce qu’elle ajoute que le soleil étant déjà couché, une flamme s’éleva tout d’un coup, et que l’on vit une fournaise fumante et des brandons de feu qui passèrent au milieu des animaux divisés, cela signifie qu’à la fin du monde les charnels seront jugés par le feu. De même, en effet, que la persécution de la Cité de Dieu, qui sera la plus grande de toutes sous l’Antéchrist, est marquée par cette frayeur extraordinaire qui saisit Abraham sur le coucher du soleil, symbole de la fin du monde, ainsi ce feu, qui parut après que le soleil fut couché, marque le jour du jugement qui séparera les hommes charnels que le feu doit sauver, de ceux qui sont destinés à être damnés dans ce feu. Enfin, l’alliance de Dieu avec Abraham, signifie proprement la terre de Chanaan, où onze nations 1 sont nommées depuis le fleuve d’Egypte jusqu’au grand fleuve d’Euphrate. Or, par le fleuve d’Egypte, il ne faut pas entendre le Nil, mais un petit fleuve qui la sépare de la Palestine et passe à Rhinocorure 2.




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1. Genèse XV, 7-21. ― 1. Luc, I, 34. ― 2. Comp. saint Ambroise, De Abrah. patr., lib. II, cap. 8. ―3. Luc, I, 35. ―1. Matthieu XXIV, 21. — 2. Genèse XI, 32. — 3. Galates III, 17. ― 4. Comp. saint Augustin, Quœst. in Exod., qu. 47. —1. Onze, suivant les Septante; car la Vulgate et le texte hébreu nomment dix nations seulement. ―2. Rhinocorure, ville située sur les confins de l’Egypte et de l’Arabie. Voyez Diodore de Sicile (lib. II, cap. 62).




Traduction par M. SAISSET, 1869.
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