LES RELIGIONS ALTÉRÉES DES HOMMES

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LES RELIGIONS ALTÉRÉES DES HOMMES

Message  Roger Boivin le Ven 12 Aoû 2016, 3:38 pm



COMMENT, AUJOURD'HUI, LES RELIGIONS ALTÉRÉES DES HOMMES NE RÉPONDENT POINT AUX BESOINS ESSENTIELS DES ÂMES.


C'est une vieille prétention pour l'homme que celle d'enseigner l'homme, d'éclairer son intelligence, de diriger sa volonté, de lui assurer le bonheur.

Cette prétention, manifestement vaine et malheureuse dans le maître antique, a survécu au christianisme. Aujourd'hui encore, tandis que l'Évangile dit aux âmes : « Vous n'avez qu'un maître qui est le Christ : Magister vester unus est  Ckristus » (Matth. XXIII, 10), il se rencontre des hommes qui disent : « Le maître, c'est moi » ; et d'autres qui, prosternés autour de celui-ci, disent : « Le maître a parlé : Magister dixit. »

L'homme n'a, de nos jours encore, que deux façons d'enseigner l'homme : il l'enseigne par une religion, ou il l'enseigne par une philosophie. Mais une religion ne s'invente pas : il lui faut une tradition, des dogmes transmis, des symboles anciens. Le théurge antique n'inventait pas ses initiations religieuses ; il les avait reçues et les transmettait. Le maître moderne n'invente pas davantage la religion ; il la trouve établie par Jésus-Christ, salutaire, puissante dans le cœur des peuples : il se borne à la modifier dans le sens des passions des hommes, et, après qu'il a contenté les passions d'en bas par le relâchement des règles, il satisfait la passion d'en haut, qui est l'orgueil, en proclamant que son œuvre est une réformation et un renouvellement. Qu'un roi libertin, qu'un patriarche ambitieux, qu'une province séduite ou menacée accepte le mouvement, tout est dit ; nous avons un réformateur et une réforme.

La religion, ainsi touchée, confisquée, altérée par l'homme, présente deux aspects. On peut considérer en elle ce qu'elle a gardé de son origine : par ce côté-là elle est encore la religion, et porte certains fruits de vérité et de vertu. On peut considérer, au contraire, ce qu'elle a reçu du réformateur, ce qu'elle tient de l'homme : or ce qu'elle tient de l'homme, c'est une impuissance absolue de conduire l'homme à ses destinées, qui compense et annule souvent ce qui lui reste de l'inspiration primitive.

Qui voudra nier que le protestantisme n'ait conservé plusieurs des dogmes essentiels du christianisme ? Le protestant croit et professe les dogmes de la Trinité, de l'Incarnation, de la grâce, de l'éternité des peines et des récompenses. Il admet plusieurs sacrements ; il baptise, il prêche, il fait des missions. Il répand sur tout le globe le texte de la parole divine : c'est une gloire incontestable, et qui atteste en lui l'antique impulsion de la vérité. Son zèle est ardent, intelligent ; dans l'état actuel il dispose des plus grandes forces politiques et économiques du globe. Que ne devra-t-il donc pas accomplir pour le salut des âmes ? Son influence chrétienne serait en effet incalculable, si le génie de l'homme n'était intervenu pour substituer ses croyances, ses règles et ses maximes à l'idée divine. Mais l'homme est venu, doué d'une souveraine inaptitude à enseigner et à diriger l'homme. Deux ou trois innovations, deux ou trois altérations de l'idée divine ont suffi pour la frapper d'une stérilité relative qui éclate aux yeux de tous. Que donne le protestantisme aux âmes ? l'Écriture sainte ; et, pour l'interpréter, le libre examen. M'arrêtera-t-on ici en m'opposant l'état de plusieurs Églises protestantes dans lesquelles le peuple n'est point abandonné à son sens propre, mais dirigé dans sa foi et dans son interprétation des Écritures par un ministère pastoral souvent digne de respect ? Je demande alors ce que devient, dans de telles Églises, le fondement du protestantisme ; je demande l'origine de ce prétendu sacerdoce subintroduit après les promesses de l'indépendance. On voit bien que le protestantisme ne se tire du chaos ou ne le retarde que par un retour quelconque à une Église constituée, à un ministère pastoral ; il ne peut rien sans un sacerdoce ; mais qui ne voit que l'idée d'un sacerdoce est absolument incompatible avec les fondements du protestantisme ? Un protestant instruit, conduit, dirigé par son pasteur, est un catholique inconséquent et trompé, ce n'est plus un protestant. Il n'y a de logique et de conséquent dans la réforme que le principe du libre examen.

Or j'entends bien que certaines âmes élevées et délicates, riches d'esprit, d'instruction et de loisirs, trouveront dans la parole de Dieu longuement, gravement, pieusement méditée, une nourriture solide, capable de tromper leur faim et leur soif spirituelles ; capable même de leur donner assez de forces pour s'élever jusqu'à des régions pures d'où elles pourront peut-être un jour apercevoir les sommets de la terre promise, et désirer le retour à la vérité totale. Mais ce choix, cette sérénité, cette indépendance, cette élévation, ce culte spirituel, intérieur, métaphysique, abstrait, sont-ils des conditions de salut proposables à l'ensemble des hommes ? Pour combien d'âmes serait fait le salut éternel si l'abstraction protestante était le chemin du salut ? Vraiment que me parlez-vous de lecture, de méditation, de libre examen ? Inepte et cruelle ironie ! Sept jours par semaine et quatorze heures par jour je demeure courbé sous le fardeau d'un travail écrasant. Qui m'a instruit ? qui m'a initié ? qui m'a formé à ces jugements difficiles ? Vous me donnez la Bible, et je ne sais point lire ; vous me conseillez de former ma conscience sur la doctrine de la justification et de la grâce, et jamais personne ne m'a seulement parlé de Dieu. Ah ! le libre examen du prélat, le libre examen du docteur, le libre examen du riche, le libre examen de la femme savante, je le comprends ! Il pourra certes enfanter des folies, et faire plus de sectes dans une seule Église qu'il n'y a de grains dans une poignée de poudre ; il pourra même enfanter des monstres, et donner lieu, par exemple, à toute une théologie de l'esclavage fort en honneur dans l'Amérique du Sud ; du moins il rencontrera une ambition pour le servir, une convoitise pour le satisfaire et un orgueil pour le flatter. Mais le libre examen du pauvre ! le libre examen de l'ignorant ! le libre examen de la manufacture ! le libre examen de l'hôpital ! le libre examen de l'esclave ! certes ceci n'est point de Dieu. Ce Dieu qui fait lever son soleil sur tous les hommes, ne peut avoir réservé à quelques-uns la surabondance de la lumière éternelle, pour abandonner tout le reste de ses fils au triste sommeil des ombres de la mort : on devine là une autre main que celle du Père des âmes ! Vraiment cette main n'a guère changé de nature pour s'appeler chrétienne ; on la reconnaît à ses œuvres : c'est la main du maître antique, c'est toujours l'homme voulant instruire, diriger et béatifier l'homme.


ENTRETIENS SUR L'ÉGLISE CATHOLIQUE - Abbé Henri Perreyve - Tome I - 1865 : https://archive.org/stream/entretienssurlg00perrgoog#page/n54/mode/2up



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Re: LES RELIGIONS ALTÉRÉES DES HOMMES

Message  Roger Boivin le Ven 12 Aoû 2016, 3:41 pm



LE FOND COMMUN DES RELIGIONS - FAUX SYNCRÉTISME CHRÉTIEN :

http://messe.forumactif.org/t6400-le-fond-commun-des-religions-faux-syncretisme-chretien


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