L'INFAILLIBILITÉ

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Message  Monique le Mer 31 Aoû 2016, 10:18 am

XII.


L'ÉGLISE, CONCORDANCE ET COMPLÉMENT.



Je ne me suis pas laissé le temps de le dire. La pensée, dans l'homme, conclut à une lumière certaine, éclatante, en même temps qu'à une vérité infinie. La raison conclut à l'infaillibilité (1). L'impersonnalité conclut à une unité, à une catholicité qui seules répondent à l'unité, à l'universalité du vrai ; unité, impersonnalité et catholicité que la raison ne possède ici-bas que comme en un mirage, et qu'elle voit à tout instant s'évanouir au sein de nos individualités fragiles et disséminées. Certes, il faut savoir comment notre âme est faite, mais aussi comment elle agit; constater le vrai mis en elle, mais aussi ce qu'il en reste après nous !

Dieu tient en nous la raison, et, hors de nous, l'Église, afin que nos raisons, battues par l'erreur, se reconstruisent dans leur élément éternel. La raison qui, depuis quarante siècles, a fait toutes les tentatives pour se constituer dans d'innombrables philosophies, n'en est sortie qu'à ses dépens. Ici elle a laissé sa base, ici ses premiers éléments ; ici ses caractères, son autorité et son nom. En quelque système qu'on l'étudie, on l'y trouve incomplète ou dénaturée. Elle le sent bien à cette heure ; elle n'a été préservée dans toute son intégrité spéculative, comme dans son intégrité pratique, elle n'est restée vivante qu'au sein des peuples nés de l'Église, quelles qu'en aient été les sévérités. L'Église l'a conservée comme le sang, en en maintenant la pureté.

On parle bien de la raison, mais il la faut connaître. La raison, dans ses éléments, c'est l'idée du bien, l'idée du vrai et l'idée du beau. Elle dit donc de s'attacher à quelque chose de souverainement bien, de souverainement vrai, de souverainement beau !... L'impulsion est donnée ! la Grâce arrive, et accomplit le mouvement. Le cœur humain va à la Foi parce qu'il y sent le bien, profond, pressé, surabondant (1) . Le vrai système est nécessairement le plus beau. Ici la logique du cœur et la logique de la raison se croisent au sein du genre humain dans les racines d'une foi invincible. Il croit, parce que là est la merveille , que la raison déborde ; Credo quia absurdum! Le plus grand élan du cœur doit rencontrer la lumière. La raison donne le vrai , et la Foi donne la vérité. La raison n'est qu'un soupir d'éternel amour emprisonné dans la logique. C'est l'idée de l'Infini en nous : quel trait de lumière sur l'homme !

Un être pourvu du secours d'En-Haut, doit y trouver sa destinée! Un être dont l'esprit est doué de liberté, de responsabilité, un être rationnel, doit avoir une fin surnaturelle. Il fallait un but proportionné au fait inouï de l'existence, à celui de la venue de Jésus-Christ. Il est clair que la vie de l'homme ne peut être ni une vie matérielle, comme celle des animaux, ni une vie pure ment rationnelle, comme si le terme en était ici, mais une vie de Foi, puisqu'il ne saurait atteindre autrement l'Ordre des réalités éternelles: une vie de Foi, de cette foi, argument des choses invisibles, déposée dans la sainte espérance, attente de confiance, en la promesse de Dieu, de la souveraine béatitude dans le Ciel et de tous les moyens sur la terre pour y parvenir. Prendre la raison comme système, serait se fermer sur soi- même, raisonner sur nos fins d'après ce qu'elle en put savoir, n'espérer que ce qu'elle peut promettre, n'avoir d'autre secours ni d'autres engagements que les siens. La transcendance est morale, aussi bien que méta physique. Elle ne serait pas dans la faculté, si elle n'était pas dans l'essence.

(Le plan de Dieu est si beau, que l'esprit veut le déduire par voie de conclusions rationnelles, et voir une raison de nécessité où il n'existe qu'une raison de bonté et de convenance éternelles. Dieu pouvait nous laisser au néant, et Dieu pouvait nous borner à la nature. Aucune nécessité ne l'obligeait de nous donner l'existence , et aucune ne l'obligeait de nous conduire à sa Gloire. Il n'y a pas plus de conclusion absolue de la pure existence à la Vie glorieuse, que du néant à l'existence. Or, si déjà la création n'est point nécessaire, mais libre et de pure bonté , à plus forte raison la Sanctification , l'introduction de l'homme dans l'Ordre surnaturel. Et, à conclure par nécessité de la vie naturelle à la vie surnaturelle, il y aurait une erreur qui dépasserait autant la première que l'Ordre surnaturel dépasse l'ordre de la nature, erreur antimétaphysique, si admirablement saisie et condamnée dans Baïus par l'Église. Les faits révélés par la lumière surnaturelle ne sauraient être le complément absolu des notions révélées par la lumière naturelle.

Au fait, qui pourrait se flatter de posséder la raison d'Aristote ou celle de Platon ? Cependant leur raison n'a point conclu ces faits révélés, sans lesquels, à nos yeux illuminés par la Foi, la raison ne saurait plus aujourd'hui se comprendre, et nous paraît à nous frappée d'inconséquence. Car la raison, fortifiée et éclairée par la lumière surnaturelle, mène à tout autre résultat que la raison blessée et obscurcie par la Chute. Et si moi-même je parle si hardiment de concordance, de complément de la raison, c'est que la mienne se place sur la Foi pour le voir. C'est de là, seulement, que je découvre la sublime nécessité de convenance, l'ineffable couronnement du plan divin l Enfermé dans la raison, comment verrais-je ce qui lui manque? Comment ma pensée eût-elle aperçu cette insuffisance, si elle ne se fût trouvée portée dans une raison supérieure ? Non, la raison n'a pas une échelle pour monter dans l'Ordre surnaturel ; mais, lorsqu'elle y est introduite, elle reprend sa marche au milieu de ce domaine d'ontologie par excellence. Car Dieu ne saurait rien faire qui ne soit selon la raison éternelle ; et l'Ordre révélé, qui ne pouvait sortir des nécessités de la raison naturelle, se déduit de la raison surnaturellement éclairée, et comme du point de vue d'où Dieu lui-même le déduit.)

On prend la raison pour une borne, au lieu d'en suivre la lumière. En présence des faits au-dessus de la nature, on s'écrie i Ma raison ne va point là! Effectivement ! puisque c'est pour ce motif que nous est re mise la Foi , qui vient la couronner et l'accomplir. Et si, du point de vue où nous sommes, la raison ne va pas jusque-là, tant pis pour elle; car, si cet ordre surnaturel n'existe point, les grandes données de la raison s'évanouissent, la bonté infinie et la miséricorde en Dieu, les mérites et la récompense, la perfection dans ses œuvres, leur éclat dans l'être qui les couronne , enfin un but proportionné au miracle de l'existence !

Si l'ordre surnaturel n'existe pas, les faits renversent les lois que la raison a révélées, les jugements qui signalent le mal en l'homme, ses grandes humiliations, ses ignorances, ses éternelles défaites au sein d'une dignité, d'une vérité et d'une liberté qui devraient en définitive triompher de l'ignorance et du mal, toujours et sur toute la terre. Au fait, ce monde et la raison hurlent de se trouver ensemble (1)! Si l'ordre surnaturel n'est pas, telle qu'elle est la Création est entachée, les trois nobles idées s'en vont, rien plus ne saurait s'expliquer, la thèse rationnelle est perdue. Si la raison ne va point là, elle n'est pas.... Le scepticisme reprend la thèse, remet de nouveau le monde sur les chemins du hasard. La conscience n'a plus droit de parler. Pourquoi réclamer dans les faits au nom d'un Ordre au-dessus d'eux, lequel n'existerait point? Nier l'ordre surnaturel, c'est abolir la raison. La plupart des hommes, il est vrai, veulent paraître plutôt la posséder qu'en posséder la plénitude.  

L'ignorant ne s'élève point aux lois que nous attestent les phénomènes; il ne sait pas monter des sens dans la raison , et le sceptique ne sait pas monter de la raison dans la Foi. Malheureusement la logique ne nous oblige point. Peu d'esprits en accomplissent le cercle Newton fut le premier qui arriva à l'attraction, et Ampère à l'identité des trois fluides. On montre la vérité, plutôt qu'on ne la prouve; elle est comme la beauté. Tout cela tient à l'étendue de l'esprit, qui va où il sent la lumière ; comme , en morale , à l'étendue du Cœur, qui va où il sent plus de bien. Au lieu de se borner par la raison , il faut en suivre la portée. Et à force de raisonner, l'homme devient plus petit que lui-même. Condamner l'homme à la raison , c'est le réduire à la nature, qui redevient la conception explicative. Le matérialisme remplacera toujours la Foi. Il faut que la raison trouve sa conception explicative au-dessus d'elle ou au-dessous; qu'elle achève sa donnée ou retombe dans le non-sens. Ou dans l'ordre supérieur à la nature, ou bien dans la nature : mais, alors, adieu les trois idées.

— Que la raison achève sa donnée ! cependant les mystères n'entrent pas dans la raison ! — Ni les lois dans l'expérience... Quoi de plus opposé aux lois physiques que ce que l'observation nous montre? La matière, inerte, divisible et tombant sous les sens; les lois, justement le contraire. Elles constituent un mystère qu'il faut admettre cependant ! Ce n'est qu'en remontant que les sciences se fondent. Chacune va chercher son principe en celle qui lui est supérieure : la géographie dans l'astronomie , l'astronomie dans la mécanique, la mécanique dans les mathématiques, les mathématiques dans la métaphysique , et la métaphysique en Dieu. D'où s'étonner que le fait de l'Église soit au-dessus de la nature, quand tout ce qui vient expliquer la nature réside au-dessus d'elle?

Ce qui est au delà de la nature n'est point contraire à la nature, puisque ce sont ses lois. Ce qui est au delà de la raison n'est point contraire à la raison, puisque ce sont ses conclusions éternelles, les conceptions explicatives qui la confirment et l'achèvent.

1. Conclut, c'est-à-dire que, lorsqu'on lui révèle l'ordre surnaturel, elle passe d'autant plus volontiers de l'ordre naturel à celui-ci, qu'elle voit dans le premier des faits qu'elle ne s'explique plus.
1. A l'entrée des temps nouveaux, ceux qui avaient des sens ont suivi Mahomet ; ceux qui avaient de l'âme ont cru en Jésus-Christ ; ceux qui mouraient d'orgueil se sont attachés à Luther.
1. On pérore aisément sur les grandeurs de la raison ; mais, lors qu'il s'agit de sa signification ici-bas, la question, comme on le voit, perd de sa poésie.
1 . Pourquoi viendrait le philosophe , sinon pour suivre la donnée que le savant a oubliée dans les faits? Non, la raison ne peut aller où va la Foi, mais elle ouvre une induction que vient alors combler la Foi. Je parle de la raison guérie et avertie. Car comment la raison révélerait-elle à la raison sa propre insuffisance ; et lui fournirait-elle les vérités qu'elle n'a point?


A suivre... CHAP. XIII. JÉSUS-CHRIST EST LA RAISON MÉTAPHYSIQUE DE CE MONDE.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Jeu 01 Sep 2016, 10:19 am

XIII.



JÉSUS-CHRIST EST LA RAISON MÉTAPHYSIQUE DE CE MONDE.



De tous les faits, il faut passer à l'invisible. Le mystère n'est pas plus grand (1) dans l'ordre surnaturel que dans celui de la nature. Le tout est de savoir si l'on conclut. C'est ce que Pascal nous dirait. Le problème posé, l'Église arrive par tous les courants de la logique. Elle descend des axiomes, elle est au plan de la Création.

Car, quant à trouver Celui qui l'a visiblement fondée, il suffit d'entrer dans l'histoire. Comment perdre le souvenir des prophéties qui l'annoncent, des miracles qui nous le présentent, des bienfaits qui nous le font voir, des prodiges qui lui ont succédé (2)? Que Celui qui a fait tant d'hommes se soit fait homme pour paraître une fois parmi eux, leur dire le divin motif qui les fit créer, et ce qu'ils ont eux-mêmes à faire, est-ce donc si extravagant? Ah! qu'il est extravagant d'apporter la lumière au monde ! la lumière qui fit éclore les saints et les civilisations les plus nobles, les seules qui aient pu développer la nature humaine. Que cela semble extravagant à ceux qui veulent que Dieu les crée et les oublie, afin de ne devoir rien à personne, de demeurer les souverains de leur moi ! Dieu peut-il s'occuper de nous ? Créer le monde, soit ! mais l'éclairer, mais le conduire ? Combien il est plus judicieux de croire que Dieu nous crée sans nous connaître, sans nous aimer ; plus savant de penser que l'humanité vit sans savoir son but, le monde n'importe précisément pourquoi, et le cœur humain pour lui seul !

La faiblesse de notre raison diminue notre foi. L'homme est si sot qu'il ne s'étonne point d'exister; comment s'étonnerait-il de ce qu'on fait pour son existence ? Le fait même de la création lui échappe, comment songerait-il aux autres? Si l'homme réfléchissait, combien il serait surpris de lui-même ! S'il faisait un pas dans sa raison, combien il serait étonné de se trouver dans l'être l Sentir ce que c'est que l'être, et le distinguer du néant, est le signe d'une raison supérieure. Les bêtes n'éprouvent pas le moindre étonnement d'exister. L'ignorant ne s'étonne de rien de ce qui ravit le savant : c'est l'admiration qui fait l'homme. Mais le savant (1) reste ignorant quand, après avoir parcouru les merveilles de l'être, il s'arrête, sans s'extasier de l'être... Les hommes devraient tous, en se voyant, se féliciter d'exister ; ils feraient preuve à la fois de cœur et de philosophie. Penser à l'existence, à ce que comporte un tel fait, c'est le sublime de la pensée. La foi est le signe de la grandeur des esprits. Saisir d'ici-bas les réalités éternelles, le but qu'a en vue l'Infini, la vérité!

Mais la vérité est sainte ; il faut l'aimer pour la reconnaître, il faut de l'âme pour l'aimer. De là, l'erreur si commune. Le moi nous arrête à chaque pas. Les hommes apportent tous la mesure de leur pensée, et s'écrient : Voilà de la logique ! Sans doute, c'est de la logique ; vous parcourez votre cercle , mais, où placez-vous le compas ? De la logique, chacun en a : mais la Logique ? Avez-vous embrassé l'existence, et pénétré dans l'Infini ? La science, pour s'établir, passe d'un cercle dans un autre; quand la physique s'est expliquée, il faut entrer dans la chimie ; et, quand les affinités sont connues, il faut entrer dans la vie ; etc. Le raisonnement arrive, mais la Logique ne s'arrête pas. Il faut qu'elle aille au but ! Qui me dira si vous y êtes ? Dans la science, dans la morale, dans la pensée, dans les perfections de l'âme, il faut toujours, toujours aller, car nous sortons du néant ! La Logique n'est qu'un élan vers le meilleur.

— Quand la possédons-nous ? — Quand tout demeure expliqué : nous, le mal , ce monde, l'Infini, son amour infini... Une logique qui se dit arrivée. .. On parlera longtemps du siècle qui crut les choses fermées dans sa pensée, et n'a cessé de mépriser celles des siècles ! De la science , et pour tout amoindrir ; de la logique, pour se borner. De la logique? Vous ne vous apercevez même pas du miracle de votre existence, vous n'avez même pas entrevu les desiderata de ce monde. Un fait, et point d'explication : ô philosophes ! L'oubli , voilà votre manière de sortir du problème. De la logique ! dites une paralysie de la raison sur les idées supérieures. La vie , voilà ce qu'il faut expliquer ! Vous y entrez, y travaillez dans l'ignorance et la douleur; y rencontrant des facultés et n'en retrouvant pas l'usage ; une nature qui nous repousse , une raison qui nous ment, un cœur qui nous met dans la peine; un bien pour ne le pas aimer, le vrai pour ne le pas connaître... Enfin , vous êtes nés et vous mourrez sans le vouloir , sans le savoir, pauvres échappés au néant ! Répondez que faites-vous là?... Cette vie ! un but, un but à une chose si grande, le mot de ce double mystère?...

Les temps s'y sont usés, et le monde atteint six mille ans : Jésus-Christ est la raison métaphysique de ce monde (1)... D'ailleurs, toute âme doit sentir qu'elle n'a aucun mérite intrinsèque , puisqu'elle sort du néant , puisqu'en elle il n'y avait rien de l'Infini; que, dès lors, elle ne saurait être créée, ni prendre part un jour à l'Infini que par l'application qui lui est faite d'un Mérite infini , comme déjà était la grâce accordée à l'homme dans l'état d'innocence : Jésus-Christ est la raison MÉTAPHYSIQUE DE CE MONDE... Que dire aux ingrats de l'Infini ? Tout misère et tout néant, ils ne songent même pas à la merveille de leur être!

Quelle logique te condamne, ô ma pensée, quand tu vas précisément au but de la pensée, à savoir, pourquoi Dieu m'a donné ma propre merveille, et m'a déposé en ce monde; à savoir, s'il a bien voulu me le révéler, me mettre lui-même au chemin que parcourra ma liberté? Science ! qu'ai-je besoin de ta pensée ? la mienne est une logique tout entière : d'où viens-tu , où vas-tu, ne te l'a-t-on pas dit?

Qu'il a fallu m'aimer pour m'élever à l'être : et l'on ne me l'aurait jamais dit ! Ne le pouvant porter , cet être , tout couronné des dons d'En-Haut , et retombant par cette liberté dont je fis usage en enfant, Dieu est re venu me relever : et il ne me l'aurait pas dit ! Il a fallu me guérir, ôter de moi le mal , la plaie que faisait le néant : et il ne me l'aurait pas dit ! On m'a créé pour venir en partage à la Vie éternelle, jamais on ne m'en a prévenu!... Je suis las d'entendre les hommes quand mon âme entière se lève comme une logique , pour me montrer son Dieu. Je suis las d'entendre dire que l'Infini ne poursuit dans le monde qu'un but fini. J'ai une raison et des yeux : VERBUM CARO FACTUM EST.

Ou la raison , ou les faits ; et la Foi est une croyance surnaturelle à des faits. Si vous quittez l'a priori, il faut retourner dans l'histoire ; et si vous quittez l'histoire, il faut reprendre l'à priori. L'un ou l'autre, évidemment.


1. Il est plus élevé ; mais c'est toujours Dieu qui opère.
2. Le premier des faits de l'histoire est bien celui de la promesse faite à nos pères du Désiré des nations, et le plus grand, celui de sa venue chez les hommes: Vebbum cabo factum est !
« Le Verbe divin reparaît dans le monde qu'il avait créé dans le commencement.
Absorbé dans les choses terrestres, le Juif n'a pas su reconnaître le Seigneur qui
a créé le monde » I.'..Ann. litur. par le R. P. Abbé de Solesme; lib. VII.

1. La science est peu fière. Elle ne laissera pas passer le plus petit phénomène sans en poursuivre la cause, le plus chétif objet sans eu chercher le but; et elle voit passer l'homme, elle voit passer le monde, sans penser à sa cause, sans demander son but! La pensée trop faible de l'homme a disparu dans l'analyse. Je la nomme analyse ; est-ce de la science que de ne pas savoir ? Passe pour le monde physique ; ici tout va sans nous. Mais le monde moral , si Dieu nous eût attendus pour nous en donner la lumière?..

1. Celui qui entre en ce monde, et n'y voit qu'un hasard, est idiot. Celui qui y voit Dieu, et n'en tire pas une application à la création, est un esprit interrompu. Car il est des gens qui ne sont fous que sur un point; et beaucoup d'hommes restent idiots sur les idées premières. De là, un enseignement.


A suivre... CHAP. XIV. l'Église est la voie, la vérité et la vie.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Sam 03 Sep 2016, 8:56 am

XIV.


L'ÉGLISE EST LA VOIE, LA VÉRITÉ ET LA VIE.


Telle a été dès l'origine, depuis Platon et Aristote jusqu'à S. Thomas et Leibnitz, la marche de la raison vers toute vérité supérieure : prouver premièrement qu'elle est nécessaire, secondement qu'elle existe en effet. Ainsi s'est produite pour nous l'Infaillibilité... Et si notre raison se trouvait aujourd'hui assez affaiblie pour ne plus croire en elle-même, qu'y peut faire celui qui raisonne?

Quiconque a sérieusement compris que l'homme est un être libre, a compris la nécessité d'une lumière en permanence sur la terre ; et, comme cette lumière ne saurait être douteuse , il y a compris la nécessité de l'Infaillibilité ; et, comme cette infaillibilité ne saurait subsister sans organe, il a compris la nécessité de l'Église ; et, comme cette Église pourrait se rompre, il a compris la nécessité du Pape , d'une seule racine à l'Église ; et, comme le Pape est la parole et la racine de l'Église , il a compris la nécessité de l'Infaillibilité du Pape même. Ce sont les anneaux d'une chaîne que tout métaphysicien doit sentir. Accordez-moi l'homme, tout le catholicisme en découle... Mais j'entends l'homme , avec son âme libre !

Dans ce monde, enfin, à quoi faudrait-il croire? oui, à quoi faudrait-il croire, si on ne croyait en vous , Ô Sauveur ! Affirmation de tous les siècles et de tous les principes ; affirmation de la métaphysique , de la morale, de la science, de la Politique, de tous nos droits ; affirmation de la doctrine la plus élevée et la plus exacte qui se soit vue sur la terre, telle est la Foi : ce qu'il y a de plus noble et de plus croyable pour l'homme ! Elle a pour elle la grandeur, elle a pour elle la sainteté. Elle a pour elle les âges , qu'elle a remplis d'admiration , les peuples qu'elle a imbibés d'héroïsme et de joies, par la vertu. « Elle possède! » suivant l'expression de Tertullien. Seule elle a souverainement comblé les âmes ; aucune pensée n'a pu s'élever auprès de la sienne, aucune inspirer un semblable amour. Pour la rejeter, il faudrait lui opposer l'évidence d'une doctrine contraire. Après six mille ans, l'évidence d'une doctrine contraire, vous ne l'aurez jamais.

Mais elle a le céleste inconvénient d'être ce qu'il y a de plus beau ; et si les hommes ne la possèdent par la croyance, ils ne l'atteindront point par le génie. La Foi est le soleil qui éclaire les cimes où ne peut arriver l'esprit (1) .

Seulement quand on croit, le bien est là, il le faut accomplir; or le méchant fuit la lumière... Il faudrait n'avoir point pensé à ce monde, pour y attendre encore la vérité, et ne point reconnaître Celui qui vint nous dire :
« Comme mon Père, le Dieu vivant, m'a envoyé , et comme je vis par mon Père , de « même celui qui vit de ma chair vivra aussi par « moi : c'est ici le pain qui est descendu du Ciel. « Il n'en est pas de ce pain comme de la manne : « vos pères ont mangé la manne, et ils sont « morts; mais celui qui mange de ce pain vivra a éternellement... Je suis la Voie, la Vérité et « la Vie. »

La Voie, c'est lui qui l'ouvre; la Vérité, c'est cette Église; la Vie, c'est ce sacrement de bonheur, ce fruit de Dieu, qu'elle nous tend de sa main sacrée...

1. Parmi les idées que vulgairement on se fait de la Foi, une partie est dénaturée , l'autre d'une trop grande sublimité pour venir à l'esprit autrement que par la croyance. C'est le mot de Pascal : avant de combattre la religion, il faut savoir quelle elle est ! L'homme reçoit la vérité comme l'être : la raison lui sert à la reconnaître et non à l'inventer. Le moindre individu pourra-t-il découvrir , embrasser le mystère de notre destinée ? Avec son idée d'offrir une religion à choisir au jeune homme qui sort du collège, Rousseau nous préparait une génération d'hommes médiocres. Voilà ce qui arrive lorsqu'un homme veut avoir plus d'esprit que la tradition, c'est-à-dire que tous les hommes !


A suivre...CHAP. XV. l'homme, ou l'être enseigné, ne s'explique que par l'Église.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Dim 04 Sep 2016, 10:09 am

XV.


L'HOMME, OU L'ÊTRE ENSEIGNÉ, NE S'EXPLIQUE QUE PAR L'ÉGLISE.


La Foi ne s'affaiblit dans notre âme qu'avec la raison. Parce que l'homme ne réfléchit plus à la valeur de son être, il ne conçoit plus son néant, et parce qu'il ne conçoit plus son néant, il ne songe plus aux devoirs que lui impose le fait sacré de l'existence. Il ne s'inquiète pas plus de la substance que si c'était lui qui l'eût faite. N'est-il pas inouï que cet homme, qui se croit raisonnable, ne s'étonne pas à tout instant de se trouver dans l'être ? Celui qui n'est point frappé de la merveille de son existence, n'est jamais entré dans sa raison.

Que d'hommes, avant Newton, virent des pommes tomber d'un arbre, sans songer que ce qu'ils nommaient leur poids était la force qui les attirait vers la terre ! Autrement, chaque fois que le Globe opère un tour, il verserait ses mers et ses habitants dans l'abîme. Savoir, c'est suivre le sentier des causes, et c'est celui que prit Newton. L'idée de cause produit tout notre esprit; et sa vivacité met en nous le génie. Par l'idée de l'être , qui lui fait distinguer ce qui n'est pas de ce qui est , les effets de la cause , l'homme sent qu'ici-bas rien n'existe et rien n'arrive de soi-même, que l'Infini est la source de toutes les explications. Cette pensée le tient en éveil sur chaque phénomène et le presse d'en atteindre la cause. Enfin c'est par l'idée de cause, qui en soi est l'idée de l'être, qu'il a l'idée du néant; et c'est par l'idée du néant qu'il apprécie l'inexprimable valeur de l'être. Ces deux idées sont réciproques ; elles forment les deux côtés de la raison , elles en complètent la lumière. Le soleil amène la clarté et l'ombre , sans la quelle il n'est pas de tableau. Ainsi l'idée de l'être ne s'affaiblit qu'avec l'idée du néant , et l'idée du néant qu'avec la raison même. Si l'Être n'était pas en vertu de lui-même, si on ne sentait au delà le néant, Dieu perdrait tout son prix , tous les faits seraient absolus , il n'y aurait rien à savoir , il faudrait nous enlever cette sublime idée de cause, qui est la marque que l'Être a mise en notre âme et comme la substance dont il a formé notre esprit. Celui qui laisse s'affaiblir en lui la distinction de l'être et du néant, voit sa raison baisser et sa pensée s'obscurcir; il n'assiste que d'un œil stupide et vain au spectacle de ce monde, toutes les questions s'effacent pour lui, il a perdu l'intelligence. Que l'homme garde dans leur éclat les deux faces de la raison, s'il veut conserver la lucidité intérieure et percevoir les grands problèmes.

La raison , dis-je , en nous donnant l'idée de l'être, nous donne celle du néant. Les deux idées viennent ensemble, et disparaissent de même quand notre raison s'affaiblit. On a perdu l'idée de l'être quand on n'a plus celle du néant. Or l'absence aujourd'hui de celle-ci maintient au fond des esprits une erreur qui reparaît déjà à la racine de toutes nos pensées. C'est là que j'en voulais venir. Oubliant le néant, nous perdons entièrement de vue l'immensité du don de l'existence. Nous la croyons une chose naturelle , une chose qui nous est inhérente , et n'y prenons pas plus garde que si nous l'avions par nous-mêmes. Cette pensée nous suit jusque dans l'ordre spirituel , où l'homme , croyant possédera naturellement quelque chose, ne songe pas plus à la Grâce , d'où lui vient la vie du Ciel , qu'il ne songe à son être. En tout on perd de vue le divin , c'est-à-dire le réel ; et c'est dans cette infirmité métaphysique que l'on aborde l'histoire et la philosophie, la Politique et la Foi.

En religion , par exemple , on ne voit plus , dans le succès de l'Évangile et l'établissement de l'Église, que l'application des lois ordinaires de l'histoire et des conditions de la nature humaine (1). En politique, on considère les nations comme existant d'abord par elles-mêmes, et de là faisant leurs conditions à ceux que Dieu envoie pour les fonder et les conduire. On perd de vue que tout est divin ici-bas, même les lois naturelles, par lesquelles tout a été préparé. Enfin, on oublie complètement ce fait de la Chute, qui, s'il n'a pas remis l'homme au néant, du moins a suspendu sa vie morale, et le rend doublement tributaire. On sort ainsi de toute réalité. On ne s'aperçoit plus que la pente au mal , qui , dans l'homme, l'emporte ouvertement sur le désir du bien , l'a laissé naturellement en dehors de la vérité et de la justice intégrales, c'est-à-dire de la Foi et de la Société véritable ; que partout , hors de la grâce et de l'autorité, ces deux plus précieux biens de la terre, le genre humain retourne à l'état sauvage (2). A force de perdre la pensée, on a perdu l'expérience. Au lieu de l'homme, on étudie un être imaginaire. Ignorant ses conditions réelles d'existence, on lui érige une science illusoire ; on le croit naturellement dans l'être, on le croit source de lumière, indépendant, juge de la vérité ; on le ramène, hélas ! vers ce néant qu'il ne voit plus. L'homme est un être enseigné, comme il est un être créé. Pour posséder la substance, comme pour posséder la vérité , appartient-il à l'Infini ? Sait-il , même , ce que c'est que la vérité?

Pour comprendre que l'homme est un être enseigné, je ne veux que l'expérience. Le peuple , ou plutôt le genre humain , absorbé par le travail , n'a ni le temps ni la puissance de se former d'autres idées que celles qu'il a d'abord reçues. En dehors du peuple, reste le petit nombre de ceux qu'on appelle éclairés. Mais éclairés par qui ? Avant Jésus-Christ que pensaient les gens éclairés? Aujourd'hui que pensent-ils sous le Coran, ou dans la Chine? Reconstruiraient-ils leurs idées à l'aide de leur intelligence ? Mais elle est elle-même , sous le nom d'éducation , un don de la société qui les a faits . L'homme est le fruit de la Société, il n'existe point en dehors. Néanmoins il considère comme siennes les premières idées qu'on lui donne ; le propre de l'orgueil est de s'attribuer ce qu'il reçoit. Les hommes sont fils de leur nation et de leur temps. Et ce n'est pas l'homme seulement qui se trouve enseigné, ajoute admirablement l'orateur de l'époque , ce sont les nations et les siècles; ils s'engendrent les uns les autres; ils héritent des traditions, des préjugés , du caractère et des passions. Seriez-vous ce que vous êtes, si vous étiez nés il y a six cents ans, ou même si vous apparteniez à une autre partie du globe? Pourquoi la France est- elle catholique? la Prusse protestante? et l'Asie musulmane ? Un enseignement divers a prévalu chez ces peuples divers. Les nations et les siècles subissent le joug de l'autorité. On se glorifie même d 'être de son siècle , c'est-à-dire de subir les plus fortes idées de son temps !

Si l'homme n'était un être enseigné , il communiquerait directement avec la Vérité : ses pensées seraient les mêmes par toute la terre. Loin de là; aucune nation, aucune école, aucune autorité humaine n'est parvenue à l'universalité. Où trouver ici-bas une bouche qui n'en contredise une autre et ne la convainque d'erreur? C'est le sort des philosophies... Ou la vérité n'est qu'un nom, et l'homme qu'un douloureux jouet, subissant de tous les esclavages le plus funeste , celui de l'intelligence (puisque partout elle vit dans la servitude des autorités individuelles) ; ou il y a sur la terre une Autorité divine pour l'affranchir, pour lui rendre la vérité.

A quel signe , dès lors, reconnaître l'Autorité libératrice? Au signe de la vérité, l'unité, l'universalité; au caractère que doit avoir la Parole de Dieu , l'infaillibilité. Car, s'il y a quelque chose de remarquable en ce monde , ajoute le célèbre prédicateur, c'est assurément ceci, qu'aucune autorité humaine n'a pu être catholique , c'est-à-dire franchir les bornes d'une école ou d'une nationalité. Toutes les religions, en dehors de l'Église, n'ont jamais été que nationales. Dès qu'un Empire se dissout, il se forme autant de sectes que de royaumes; et si, comme aux États-Unis , la nation n'est pas ramenée à une unité nationale, ces sectes vont se divisant sans fin.

L'unité seule de l'Église, unique sur la terre, est une preuve métaphysique de sa divinité. Pour faire échapper l'homme au joug des idées de l'homme, pour qu'il reprît la liberté de son esprit, il fallait une Autorité qui lui communiqua la pensée divine, par un enseignement divinement établi. La vérité étant le premier des biens (et nul ne se pouvant passer du bien sans lequel il n'en est pas d'autre), le premier des soins de Dieu dut être de rendre universelle son Église , afin qu'elle pût, comme le soleil, éclairer tout homme venant en ce monde (1) : Lux vera quœ illuminât omnem hominem venientem . . .

Telle est aussi, nous l'avons vu, la conclusion de cette raison, universelle par nature, mais que le philosophe retrouve captive et personnelle dans l'individu. Pas de lumière impersonnelle, ou elle possède une garantie et un établissement extérieur. Remarquons bien, ici , que la raison générale n'est en définitive qu'une idée générale ; personne n'a vu la raison générale, personne ne l'a entendue parler. La raison humaine n'existe positivement que dans l'individu. Ce qu'elle serait dans l'humanité, nul ne le sait, nul ne l'a vu. Or, ici, il ne faut pas à l'homme une abstraction réalisée , mais une réalité.

1. Voir les admirables réflexions du R. P. dom Guéranger sur l'Église au IVe siècle.
2. Les théologiens distinguent trois états : celui de pure nature, celui de la nature dans son intégrité, celui de la nature corrompue; et c'est dans ce dernier que nous naissons. On ne rétablira ni l'histoire ni la politique sans rentrer par la Théologie dans la métaphysique, et par la métaphysique dans la Théologie. Comment faire entendre deux hommes qui n'ont plus la même raison? Car il y en a deux en quelque sorte aujourd'hui, celle qui repose sur les axiomes, et celle qui, par les sentiers du panthéisme; est redescendue dans l'absurde.
1. R. P. Lacordaire, Conférences de Notre-Dame ; année 1835.

A suivre...CHAP. XVI. l'écriture, ou la vérité, ne s'explique que par l'Église.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Lun 05 Sep 2016, 9:26 am

XVI.


L'ÉCRITURE OU LA VÉRITÉ, NE S'EXPLIQUE QUE PAR l'ÉGLISE.



S'il existe à priori une Infaillibilité sur la terre , dix-huit cents ans de pratique disent expérimentalement où elle est. Au reste, l'Évangile est là pour rappeler la parole du Fils de l'homme, et celui à qui elle fut adressée... Il ne s'agit pas d'interpréter, mais de lire : « Tu es pierre; sur cette pierre je bâtirai mon Église. »

Il ne faut point oublier que l'Église, qui porte la vérité, est le prolongement du Verbe, la continuation de Jésus-Christ. Elle répète ce qu'il a dit pour que personne ne parle à sa place; elle réitère, continue sa Parole pour que chacun se taise devant elle ; enfin, elle opère pour Lui depuis qu'il est assis à la droite de son Père. Indépendamment des dégradations subies par la raison dans l'intérieur de notre âme, les traditions antiques, suivant le même déclin, s'étaient obscurcies et altérées dans le genre humain. Elles avaient besoin d'être ostensiblement rétablies.

A quoi eût servi de replacer dans la main de l'homme ce qu'elle avait laissé tomber, la Vérité et la Vie? Il fallait encore lui conserver cette vie, et cette parole de vie donnée par Dieu , et qu'on nomme par excellence l'Écriture. Privée d'interprète, l'Écriture serait offerte à l'interprétation de tous, elle retomberait dans le domaine de la raison. Or, si l'Écriture admettait tous les sens, elle ne renfermerait aucun sens. Il faut qu'un seul sens sorte des Écritures, qu'un seul esprit ait droit de l'y puiser, enfin, que cet esprit soit le sien, exclusivement le sien. Dès lors, il est nécessaire que cet esprit découle de la même source que l'Écriture, que Dieu les inspire tous deux. Il faut une bouche infaillible pour expliquer l'infaillible Écriture.

Ces motifs, qu'une haute raison saisit immédiatement, ne tardèrent pas à ressortir de l'expérience. Les premiers hérésiarques attaquèrent de toutes manières les Écritures. Les Évangiles eux-mêmes furent successivement rejetés ; et des écrits supposés furent produits à la place de ceux des Apôtres. Si les choses eussent marché ainsi pendant quelque temps, l'obstination allant son cours, les peuples enfermés dans l'avenir n'eussent pu distinguer les textes saints, sous des écrits multipliés comme les hommes. Les Écritures ont couru, dès le premier moment, un extrême danger de falsification, qui les eût totalement perdues. Il ne fût resté qu'une tradition isolée, plus exposée encore que l'Écriture. C'est contre un pareil malheur qu'est instituée l'Église.

Nous devons à l'Église le miracle de la conservation des Écritures. Comme il fallait les tirer de l'abîme de la discussion, remarquez ce point ! comment l'eût-elle pu sans son Autorité spéciale ? Ce qui fut indispensable au premier moment, pour fixer en quelque sorte le texte, est indispensable dans la suite, pour en fixer l'interprétation. Toutes les sectes qui se sont séparées de l'Église ont cependant pris d'elle les Écritures. Elles l'ont donc toutes reconnue infaillible alors ! Pour ces sectes, c'est Elle qui leur en garantit l'authenticité. En sorte que je n'ai point compris comment elles s'en séparent précisément parce qu'elles n'en veulent plus recevoir l'interprétation de ces mêmes Écritures.

Car les Écoles dissidentes auraient bien pu renouveler les débats des premiers siècles, repousser successivement les Évangiles et les différentes Épîtres. Elles ne firent point, en se séparant, un si grand pas. Reconnaissant toutes les livres du Nouveau Testament, recevant l'Écriture entière des mains de l'Église, et telle que, par son secours, elle a été conservée à tous les siècles, elles oublient cependant quel fut son rôle à l'égard de l'Écriture, et que, si l'Église fut une fois infaillible, elle ne peut avoir perdu ce don depuis qu'elles l'ont quittée... Un pareil malentendu ne peut durer toujours. Exactement par la même raison qu'il a fallu rapporter à l'homme la vérité, il faut la lui conserver.

Ici, l'équation est métaphysique : on devrait s'en apercevoir. Le motif qui fit donner l'Écriture à l'homme lui en fait donner l'interprétation. Vous ne pouvez sortir de là. Historiquement, il en est de même. Enfin, si l'homme se confie à la vérité, il faut, pour cette seule raison, que l'Église ne puisse faillir. L'homme est la merveille de ce monde; la liberté, la merveille de l'homme; et l'Infaillibilité, une loi de la Création.

L'Église, avons-nous dit, est la continuation de Jésus-Christ. Il faut bien que Dieu reste sur la terre pour que l'homme continue d'obéir!

Que dire, maintenant, à ceux qui jamais ne se sont fait cette question : Existe-t-il une vérité sur la terre ? y a-t-il, pour chacun de nous, un moyen certain de la voir ? Il est des hommes dont la raison n'a jamais pu se mettre debout. Ils arrivent en ce monde, et ne se demandent point pourquoi . . .


A suivre...CHAP. XVII. l'homme, ou la liberté, ne s'explique que par l'Église.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Mar 06 Sep 2016, 9:04 am

XVII.


L'HOMME, OU LA LIBERTÉ, NE S'APPLIQUE QUE PAR L'ÉGLISE.




Vous reconnaissez-vous libres, inviolables? Eh bien, une Église chargée du dépôt de la conscience et de la révélation, c'est-à-dire du devoir de vous transmettre la vérité, suppose la connaissance certaine de cette vérité. Si seulement il était possible qu'elle offrît une autre Parole que celle qu'elle a reçue de Dieu, qu'en arriverait-il, je ne dis point pour notre Éternité, mais pour sa propre autorité?

Comment cette Église obtiendrait-elle ma confiance, ma soumission ? Si elle a une autorité sur moi, c'est qu'elle est infaillible : ou, jamais on ne comprit ce mot, la raison, ni cet autre, la liberté... Les hommes possèdent un esprit , esprit libre et inviolable , et ils ne savent en apprécier la valeur !

Et là, je reconnais mon Dieu, parce qu'il est toujours là, toujours au très-saint Sacrement de l'autel, pour parler à mon cœur, toujours sur les lèvres de son Pontife , pour satisfaire à mon esprit. Et il est là , comme le choix que pour mon mérite il me laisse ; il y est suivant le mode établi pour ma liberté. Car je puis dire, si je veux tromper mon cœur : il n'y est pas ! puisqu'il n'y est pas pour mes yeux ; ou, si je veux tromper mon esprit : ce n'est point lui ! puisqu'il disparaît pour l'orgueil. Mais il y est pour l'amour qui jaillit de mon cœur, et je le vois de l'œil sincère de ma raison. Et là ma liberté reste vivante, avec le mérite du vrai , puisqu'elle a le pouvoir du faux , avec le mérite du bien, puisqu'elle a le pouvoir du mal. Et là, je reconnais le Dieu qui m'a donné la liberté.

Il importe que Dieu soit là, parce qu'il importe que je sois libre l Car, il le faut observer aussi, je ne puis sortir de l'Église sans tomber hors de la raison. C'est l'histoire, c'est l'expérience que je consulte ici. Que fait le calvinisme ? Il substitue, en définitive, l'infaillibilité d'un individu à l'infaillibilité de l'Église. Que fait l'anglicanisme? À cette infaillibilité il substitue celle d'un homme ou celle d'une femme, qui définit par son sens propre les règles de discipline et de Foi.... Et le peuple anglais est un peuple libre ? et ce peuple est un peuple fier ? Si notre vie dépendait de l'erreur que nous allons prendre, nous n'entrerions pas de la sorte dans ces absurdités.

Voilà pour l'individu, voici pour la Société. Qui voulons-nous qui obéisse lorsque l'obéissance ne peut pas remonter à Dieu ? Il faut dès lors céder à une convention des hommes , et c'est à l'homme qu'on obéit. Le despotisme est fondé... La liberté, la Société, l'Infaillibilité, trois termes en proportion directe (1) . Que ceux qui sont fidèles à l'une des trois thèses s'unissent les défendre toutes trois ! Il n'est pas bon de séparer ce que Dieu a uni...


1. J'entends la liberté morale, source de notre liberté civile et de nos anciennes libertés publiques ; la liberté créée pour le mérite, et qui, dès lors, a ses frontières dans le mérite.

A suivre...CHAP. XVIII. CE MONDE NE S'EXPLIQUE QUE PAR L'ÉGLISE. .

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Mer 07 Sep 2016, 9:09 am

XVIII.


CE MONDE NE S'EXPLIQUE QUE PAR L'ÉGLISE.



Ce monde ne s'explique que par Jésus-Christ. Sinon le monde serait venu, et la lumière ne serait pas venue au monde... Or Jésus-Christ, étant venu, n'a pu en repartant laisser s'éteindre sa lumière, ni la confier à l'homme, qui déjà l'avait laissé perdre. Il a dû fixer sa lumière sur un flambeau, et de manière qu'on ne pût séparer ce flambeau de cette lumière : ce flambeau est l'infaillibilité de l'Église. L'Évangile apparaît au monde par un témoignage divin : il s'y conserve par un témoignage infaillible. Pour l'homme, les deux problèmes étaient dans une équation absolue.

Il faut que le flambeau soit allumé pour que le monde voie la lumière ; il faut que la lumière soit unie au flambeau pour que l'erreur ne puisse se reproduire ; il faut la double merveille pour que l'homme soit dans le divin fluide où se conserve sa liberté. Encore une fois, où est l'homme sans la lumière ? et la lumière, si l'erreur peut l'anéantir? Un monde n'est pas une illusion.

L'Infaillibilité de l'Église n'est que la suite du miracle de la venue de Dieu sur la terre. Logique, quelle victoire ! quel triomphe complet ! Tu reprends ici ton empire, tu embrasses enfin l'espace entier de la raison... Ce monde : Jésus-Christ; sa lumière : l'Infaillibilité! 0 logique ! sans l'Évangile et sans l'Église, que serais-tu ? une énigme plus grande... du feu jeté dans l'âme pour la brûler.

Ce monde, il le faut expliquer : Jésus-Christ ; sa lumière, il la faut conserver : l'Infaillibilité... Cette thèse a fait tressaillir la terre, elle a fait jaillir chez les peuples le sentiment profond qui a fixé leur Foi et fondé un Age nouveau. L'homme triomphe, la Loi est dans sa conscience ! Et la clef de l'édifice moral devient celle de l'édifice politique. « La Papauté, disait Napoléon , représente l'institution la meilleure et la plus indestructible de la terre : on ne peut ni la dominer ni la détruire. »

Rien ne touche l'homme de plus près que la vérité. Et celui qui nie une autorité enseignante établie de Dieu, a perdu la question. Comment nier dans un monde d'esprits une autorité des esprits, une garantie pour la lumière et pour la liberté ? L'erreur pour les intelligences est un anéantissement. Autorité spirituelle, ou Infaillibilité, la chose est bien la même, car il n'y a que ce qui est infaillible qui ait autorité sur les esprits. Nier au sein des âmes un enseignement établi de Dieu, c'est oublier ce que nous sommes. Le fait de la grandeur de l'homme , de la noblesse de la Création est là. Résoudre la question autrement que le catholique , c'est écraser la pensée , et faire écrouler pour jamais la logique...

Quelle grandeur et quelle gloire dans cette Église qui proclame la divinité de N. S. Jésus-Christ! et sa présence continuelle sur la terre ! Si Jésus-Christ s'en va, sa lumière s'en va avec lui. Si elle n'est pas sur un flambeau, le monde cherchera la lumière. Si elle n'est pas attachée au flambeau, divinement, comme une loi, l'erreur revient l'éteindre. Le monde ne s'explique que par Jésus-Christ. . . Il est toujours expliqué pour la brute, qui trouve l'herbe aux champs, le repos à l'étable, et ne demande point comment...

J'ai donné de l'Église la démonstration que j'ai trouvée dans la raison : pour ceux du moins qui s'élèvent à ses éternelles données. Comme on ne peut rien sur ceux qui les ignorent ou s'en écartent, je dois poursuivre mon chemin.


FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.



A suivre...CHAP. XIX. NÉCESSITÉ DE l'ÉGLISE PAR RAPPORT AU COEUR HUMAIN.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Jeu 08 Sep 2016, 3:29 pm

DEUXIÈME PARTIE


CHAP. XIX.


NÉCESSITÉ DE l'ÉGLISE PAR RAPPORT AU COEUR HUMAIN.



Confie-t-on la loi au criminel pour l'interpréter, et la législation d'un peuple à la foule ? Ne faut-il pas un juge pour garder la loi, et l'État pour en maintenir l'institution? Sans l'un et sans l'autre, où serait la Société ? Sans son Tribunal, où serait la vérité?

Sans l'Église, le Christianisme descendrait insensiblement au niveau de la nature humaine, au lieu de l'élever à sa hauteur. Ceux qui se débattent contre le fait de l'Église sont des esprits hors de l'expérience, qui ne connaissent ni la politique ni l'histoire. A coup sûr, ils ne furent jamais hommes d'État. C'est ici qu'il faut connaître l'homme, au lieu d'en philosopher en enfant. Sans évoquer sa perversité, il me suffit d'observer sa nature ; il me suffit de méditer la donnée même d'une religion qui vient pour relever l'homme de sa chute... Qu'est-ce qu'un être qui ne peut franchir le premier pas sans tomber, qui n'a pu recevoir la Grâce sans aussitôt la perdre, la vérité sans la laisser disparaître? De ce que, par son premier acte, l'homme a rejeté la vérité, ne doit-il plus la rejeter? Et d'abord, sans l'Église, le Christianisme ne se fût pas institué ; institué, il se fût écroulé en deux fois : un premier fragment dans l'Islamisme, sous le poids des sens ; un second dans le Protestantisme, sous les efforts du moi.

Une des immenses preuves, aux yeux de mon esprit, de la divinité du Christianisme, est dans cette connaissance à fond de l'homme, qui ne se borne pas à annoncer la vérité, mais qui, dès le début, lui assure un gardien. Sont-ils bien expérimentés, ceux qui imaginent qu'il suffit de la montrer à l'homme? S'il en était ainsi, il n'en aurait pas eu besoin ! Que de vertus chez ceux qui croient que l'ignorance est, dans notre sein, le seul obstacle à son triomphe ! La vérité ! L'homme, qu'a-t-il fait de la première Révélation ? Courte question, mais qui traîne une réponse de plusieurs mille ans. La vérité confiée à un peuple ! Les protestants diront-ils pourquoi elle dormit plusieurs mille ans sous l'idolâtrie qui a enveloppé le monde? Notre esprit est cruel de ne point voir les faits !

Quelle sagesse ! confier à l'homme le levier qui doit lever l'homme; à l'orgueil, l'instrument qui doit extirper l'orgueil ! Que des hommes qui se sont occupés pendant plusieurs heures de religion, que des hérésiarques, se fassent illusion sur ce point, c'est ce qui dépasse tout d'abord la pensée de celui qui cherche à s'en rendre compte. Je ne me suis jamais expliqué pourquoi les esprits qui touchent à ces questions ont les yeux fermés à toute métaphysique, à toute connaissance de l'homme et de l'histoire. Je m'étonne encore que du premier pas ils n'aient point été emportés, comme de nos jours, aux conséquences de cette idée d'une nature humaine invariablement fixée dans le bien et le vrai, souveraine , à jamais douée d'une raison qui donne à chacun le pouvoir de décider en toute conscience, en toute vérité ! Leur ignorance, voilà leur force. Les conséquences politiques, il est vrai, ont mis deux siècles à s'emparer de la foule...

La Religion n'est qu'une loi supérieure à notre nature, et venant l'élever à son but. Si la nature humaine pouvait s'y élever d'elle-même, la Religion n'existerait point. D'ailleurs, si notre nature pouvait d'elle-même s'élever à ces Fins divines, elle aurait la force divine, elle se serait aussi créée; voilà ce que dit encore la raison. Et si l'homme tombé ne tendait pas à retomber, si sa Sanctification était inévitable, qu'il y eût triomphe absolu, dans son âme, de la grâce et de la vérité, il habiterait déjà le Ciel. Confier à l'homme sa religion, c'est oublier précisément pourquoi elle descend sur la terre. On n'enseignerait pas la vérité à l'homme s'il pouvait la produire ; on ne lui inspirerait pas la vertu si elle émanait de son âme. Si elles régnaient toutes deux dans son sein, comme la loi dans un être, la Religion serait inutile , et vous n'en parleriez pas.

Enfin, si l'on trouvait dans la nature humaine les principes de la conservation du Christianisme, c'est qu'elle n'en aurait pas besoin. Mais vous ne raisonnez jamais. Parce qu'il fit une première chute, l'homme ne doit-il plus retomber ? On ne songe même pas à la donnée dont on dispute... De l'inutilité d'une révélation visible et en permanence, c'est-à-dire du rationalisme, à l'inutilité d'une pratique des dogmes, c'est-à-dire au déisme pur, il n'y a que l'espace d'une conclusion. Que le protestantisme ne s'étonne pas si on l'a tirée pour lui. Le socialisme nous a rapporté la logique.

On fait vulgairement sur la Religion l'erreur que font les révolutionnaires sur la justice et sur l'État. Le mal, dit-on, est qu'on n'a pas assez confiance en la vérité : — Confions-nous enfin à la force morale ! — Dans la Société, la force morale ne peut rien seule, à cause du mal qui règne en l'homme. Sans le Pouvoir, il n'y aurait plus de civilisation. Compter sur l'enthousiasme pour le triomphe de la Foi, c'est oublier précisément ce que nous sommes, et ce que vient faire la Foi. Si Dieu n'intervenait pour la vérité, comme pour la Souveraineté, le monde disparaîtrait. Et c'est parce que ce point de vue, depuis soixante ans, nous échappe, que nous sommes dans les perplexités politiques. L'idée qui ne se produit pas dans une institution est nulle. Les philosophies anciennes sont mortes les unes après les autres. Si quelques systèmes semblent vivre de nos jours, c'est qu'ils sortent, comme excroissances , de l'arbre du Christianisme.

Le fait de la Chute se renouvelle tous les jours; seulement, tous les jours, le Christianisme est là pour le réparer. De son propre poids, l'homme s'écroule ; tout tend à retomber, individus et nations. Le bras de Dieu est sous toute la Création. La Foi abandonnée à elle-même , c'est l'homme abandonné à lui-même, la vérité abandonnée à l'erreur.


A suivre...CHAP. XX. NÉCESSITÉ DE L'ÉGLISE PAR RAPPORT A LA VÉRITÉ.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Sam 10 Sep 2016, 11:23 am

CHAP. XX.


NÉCESSITÉ DE L'ÉGLISE PAR RAPPORT A LA VÉRITÉ.



Non-seulement l'Église est infaillible au point de vue de l'Absolu; non-seulement elle est infaillible au point de vue du temps ; mais elle l'est de fait, puisqu'elle a été créée telle par Jésus-Christ! Quand une institution semblable réunit, premièrement la preuve métaphysique, secondement la preuve logique, enfin la preuve par le fait, et qu'elle agit effectivement comme infaillible depuis dix-huit siècles, du jour où elle sortit des mains du Fondateur, elle peut offrir au monde la Vérité et la Vie; et, oubliant ses ingratitudes, verser sur lui les munificences de Dieu !

Eh bien! il existe deux preuves encore, celles qui nous frappent le plus quand nos regards ne cherchent pas la vérité dans sa source première : l'une est la preuve historique, depuis dix-huit cents ans, l'Église est l'axe du monde ; l'autre est la preuve expérimentale, dans ses décisions dogmatiques, l'Église ne s'est jamais trompée... Preuve métaphysique, preuve logique, preuve par le fait, enfin preuve historique et preuve expérimentale : l'existence de Dieu n'en possède pas davantage , la raison peut s'en apercevoir ! Mais, dira-t-on, il faut toujours un Dieu. Évidemment ; mais, puisqu'il a fait l'homme, il lui faut bien la vérité.

Dieu ne fait point de miracles, dit Pascal, « dans la conduite ordinaire de l'Église. »  C'en serait un étrange, en effet, si l'Infaillibilité ne paraissait que dans un seul ou dans quelques-uns de ses actes. Mais d'exister en tous, sans exception, cela devient comme naturel, le fait tient à l'ordre du monde Car Dieu est sous toute la nature et sous tous ses ouvrages. Il fait constamment face à l'erreur, comme il fait constamment face au néant. Qui ne l'a remarqué, on ne saurait rien reprocher au Bullaire d'Alexandre VI? Rationnellement, on ne peut douter de l'Infaillibilité de toutes les décisions de l'Église sans douter de la puissance de Dieu, qui dit au Chef de l'Église que sa Foi ne faillirait pas.

Non-seulement l'Église, tout en délivrant l'esprit humain de la servitude des autorités particulières, a créé la plus vaste Civilisation qu'on ait vue sur la terre; non-seulement elle en a fait sortir les sociétés les plus élevées qui aient jamais existé ; non-seulement elle leur a assuré des bases qui peuvent les perpétuer à jamais, si elles veulent y rester fidèles ; mais elle n'a pas laissé passer une erreur capable d'attaquer un de leurs principes de vie, sans la clouer à son berceau sous l'anathème d'hérésie.

Sait-on ce que c'est qu'une hérésie? Souvent on parle, souvent on aime à suivre en histoire les faits que produit une idée. Eh bien, un homme de bon sens, je ne parle pas d'un homme faisant des doctrines, a-t-il jamais examiné de près la longue chaîne des hérésies ? A-t-il essayé, par exemple, de ranger d'un côté toutes les hérésies, puisqu'elles ont un même nom; et, de l'autre , toutes les vérités conservées dans l'unité de l'Église, puisqu'elles se lient au même principe ? Après cette simple séparation, vous a-t-il dit auquel des deux esprits il voudrait confier le monde ? Vous a-t-il dit si les premières se trouvent d'aplomb avec les principes sur lesquels notre civilisation est fondée, ou si les secondes , au contraire , viennent les ébranler par le pied? Une chose, au reste, a montré plus de logique que les hommes, c'est la Révolution; car elle sortit directement de ses causes. Examinez si, dans sa projection, elle part des vérités conservées par la sainte Église, ou des idées cultivées par les hérésies l Et si vous ne pouvez juger de toutes, examinez seulement les instincts que ces dernières ont suscités et nourris chez les peuples!... Je plains qui ne vient pas satisfait d'un semblable examen.

De ce point de vue si simple, portez les yeux sur le cœur humain. Comptez ses vices et ses orgueils, puis faites le dénombrement des hérésies... Dans ce tableau comparé, cherchez celle qui ne vint point pour flatter l'un de nos penchants; celle qui, pour se faire un triomphe , n'a pas enfoncé sa racine dans un côté de notre moi. De là, suivez-les toutes, et dites celle qui, conduite à ses conséquences, n'enlève point un élément au monde, une loi à la morale , à l'ordre social, à la Foi ? Si l'Église n'eût frappé de mort toutes ces branches , au moment où elles se détachaient du tronc pour se planter dans le sol, où en serait le Christianisme? En quel inextricable état serait l'Europe aujourd'hui?

Les plus spiritualistes en apparence ne firent-elles pas un détour savant pour porter sur les sommets de la conscience le drapeau de l'orgueil? L'illuminisme le plus dégagé ne ramena-t-il point l'homme, par une voie dérobée, à l'idolâtrie de lui- même et à un état sauvage exalté? Ne sont-ce pas précisément de fortes têtes qui, croyant s'élever en gloire sur les collines les plus éclairées de la Foi, se sont précipitées de ces hauteurs? Qu'eût-on fait contre des erreurs qui tiraient une double sève du Christianisme et de l'orgueil? Sans l'Église, qui les eût arrêtées à temps? Leurs principes, bien que brisés dans les esprits , n'ont-ils pas éclaté par des révolutions , aussi tôt que se rompirent les digues extérieures ? Si de telles erreurs n'avaient été frappées dogmatiquement, juge- t-on de ce qu'elles eussent fait? Si toutes , au principe , avaient pu se fonder en religion , où en seraient les États, où en serait la Société moderne? Celui qui ne les découvrit point alors au sein de la pensée, peut, maintenant, juger les hérésies à leurs fruits ! Il peut , maintenant, dire ce qu'on doit à l'Église!


A suivre...CHAP. XXI. LE CHRISTIANISME, SANS l'ÉGLISE, SOURCE DE NOS ERREURS.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Mar 13 Sep 2016, 10:18 am

CHAP. XXI.


LE CHRISTIANISME, SANS l'ÉGLISE, SOURCE DE NOS ERREURS.



Sans l'Église , le Christianisme fût devenu la doctrine la plus dangereuse. D'un point de départ aussi irréfragable, on eût marché, par la logique du fanatisme, aux erreurs les plus écrasantes. De nos jours, les hommes ne sont partis que du Christianisme pour se prétendre libres , égaux , tous souverains ; enfin , pour effacer toute autorité politique , après avoir banni toute autorité religieuse. Les faits sont encore sous nos yeux.

Si le Christianisme n'eût été protégé dès sa source , et dans son intégrité , par la prévoyance de Jésus-Christ, glissant d'abord d'hérésie en hérésie jusqu'à l'Islamisme, puis de protestantisme en protestantisme (1), par la logique la mieux faite, jusqu'au Socialisme, il serait au niveau de l'homme , l'homme au niveau de la matière. Sans l'Église, toutes les erreurs conçues depuis dix-huit cents ans au sein de la vérité, seraient vivantes à la fois. Il suffit de regarder ce qui se passe en dehors de l'Église ; surtout ce qui s'y passerait si l'on n'était tenu de paraître à une certaine proximité du centre ! D'ailleurs, ceux qui , jetés aujourd'hui sur les dernières limites de la pensée , détruisent jusqu'à la raison, que font-ils donc, sinon de rompre, par une indépendance absolue, avec la doctrine entière de l'Église?

L'Église a conservé le bon sens dans la pensée moderne. Non-seulement elle a empêché le Christianisme d'être entraîné, à son origine, dans une fraternité et une promiscuité qui eût reconduit l'homme à l'état sauvage; mais elle a écarté de sa tête, à mesure qu'elles apparaissaient, toutes ces tentatives de l'orgueil et de la chair, connues sous le nom d'hérésies. Chaque secte reconnaît comme telles les hérésies qui la précèdent ; pourquoi ne reconnaît-elle pas celle qui lui donne le jour? Mais quoi! l'homme, si fort sur la vérité , n'a pu en recevoir une sans la transformer en erreur. Aussitôt que la religion , élevant la nature humaine , lui montre de plus près une idée , l'homme tend la main pour la prendre et la porter vers ses erreurs. Est-ce la doctrine du bien et du mal, par le fait de la chute? voilà les manichéens! Est-ce la doctrine de l'unité de Dieu? voilà les antitrinitaires ! Est-ce la doctrine du Christ Dieu et homme tout ensemble ? voilà les ariens! Est-ce la doctrine de la grâce? voilà les prédestinations ! Est-ce la doctrine du libre arbitre ? voilà le pélagianisme ! Démontre-t-on de nouveau les principes de la grâce? voilà le jansénisme ! La raison voit- elle fleurir naturellement les notions que la Foi lui a surnaturellement acquises? voilà le rationalisme !

La liberté morale vient-elle enrichir l'ordre civil des fruits que la Grâce a fait mûrir sur sa tige, la liberté s'exalte dans la tête faible des hommes , et vous connaissez ses prodiges ! Depuis les simoniaques et les origénistes , jusqu'aux molinistes et aux quakers , on peut compter deux-cent quatre-vingt-huit grandes sectes ayant fait du bruit dans le monde. Oui, confiez la vérité à l'homme! il sut si bien y arriver avant le Christianisme ; depuis , il sait si bien la conserver! Manichéens, Donatistes, Nestoriens , Eutychéens , Monothélites , Ariens, Pélagiens , Sociniens , Luthériens , Anglicans , Jansénistes , Illuminés, qui ne devez pas la vérité à l'Église, que n'êtes-vous parus avant elle? Vous qui devez tout à la Bible, que n'êtes-vous venus plus tôt?

Hors de l'Église, tout est exagération, parce que tout y est passion, que la pensée est la fille du cœur humain. Sans autre prérogative, et par cela seul qu'elle vit de l'autorité, l'Église est délivrée de l'homme... Enfin , elle unit le naturel et le surnaturel , selon les lois mêmes des choses. Venez au sein des sectes : partout des extrêmes qui se combattent, jamais d'infinis qui se touchent ; les deux éléments y luttent dans un chaos sans fin, dans des erreurs interminables.

Les uns veulent qu'Adam ait tout perdu dans la Chute, les autres, qu'il n'ait pas été dégradé ; les uns , qu'il n'y ait pas divinité dans Jésus, les autres qu'il n'y ait pas humanité; les uns , qu'on nie le libre arbitre , les autres, les effets de la grâce; les uns, qu'on sacrifie la prescience à notre liberté, les autres, notre liberté à la prescience; les premiers protestants ne parlent que de la grâce , les derniers , que de la Loi ; les uns veulent qu'on soit justifié par la Foi sans les œuvres, les autres, par les œuvres indépendamment de la Foi; les uns flétrissent la raison (Wittembergeois) , les autres la disent souveraine ; les uns affirment que le Saint-Esprit est là aussitôt qu'on ouvre la Bible, les autres, qu'on doit recourir à toutes les langues pour écarter l'obscurité ; les uns, que Dieu prédestina tout homme en Adam, les autres, que ce décret ne fut porté qu'après la Chute; les uns, partant de l'élément mystique, condamnent les sciences, tandis que d'autres les proclament la source de la vraie religion ; les mérites du Christ, disaient dernièrement les uns , ouvrent le Ciel au croyant , quelles que soient ses prévarications; les mérites du Christ, ont répondu les autres, restent nuls dans notre âme; pour la porter à la vertu, ne lui parlez pas de la grâce, mais d'obéissance à la Loi Et tout ceci serait sans fin. Gloire à l'Église, gloire au bon sens! Sans Elle, où en serait l'esprit humain ? et où en serait la morale (1) ?

A mesure que, par la flexibilité de la logique et l'aveuglement des passions , les hommes , ainsi fondés sur un principe , en déduisaient des conséquences erronées, il a fallu l'Église pour les anéantir, comme la nature anéantit la génération dans les monstres. Peu de personnes le remarquent, rien souvent n'est plus dangereux que l'homme qui a une vérité dans les mains. Il devient d'autant plus à craindre qu'il est à couvert sous un nom. Les Révolutions, comme les factions, n'ont autre chose qu'un nom. Posséder une vérité, c'est ne posséder qu'un anneau dans la chaîne ; chaque conséquence est une vérité nouvelle qui réclame une garantie. De là notre horreur du fanatisme. Plus d'un homme de sens conviendra avec moi que la vérité abandonnée, sans garantie, a peut-être une portée plus dangereuse que l'erreur.

L'homme a rarement conservé la mesure. Qu'il perde la vérité , il disparaît sous l'esclavage ; qu'on la lui rende, il la fausse, et, s'armant d'un dogme monstrueux, il s'ouvre un passage par les révolutions, et retourne à l'état sauvage. Pour celui qui examine les hérésies , d'abord dans leur origine , ensuite dans leurs tendances, enfin dans leurs résultats et dans la conduite de ceux qui les suscitent, ce ne sont que des vérités chrétiennes exagérées ; et , comme il n'y a pas de vertus exagérées, ce sont des excroissances de l'orgueil. Les hérésies sont des vérités auxquelles les hommes ont voulu arracher des erreurs (1). La couche mystique dont elles sont recouvertes trompe le regard. Leurs soulèvements , comme ceux des montagnes , emportent avec eux la couche végétale , mais le rocher est dessous.


1. A supposer qu'il eût vécu jusque-là. Dieu eut raison de dire qu'il soutiendrait l'Église ! Sans lui , sans elle, comment la vérité subsisterait-elle aujourd'hui ?

1. C'est la remarque des hommes de sens ; ce fut celle d'une âme élevée, dont les pensées, récemment publiées par M. le comte de Falloux, nous permettent d'ajouter ici quelques lignes.
« L'Église est à la fois l'orthodoxie en fait de croyances et l'infaillible rectitude en fait de notions morales. Le Symbole passé dans le domaine de l'action donne aux préceptes leur valeur et leur sens ; c'est lui qui garde toutes les vérités dont nous avons besoin, de l'interprétation étroite , de l'extension injuste , de tout déplacement par lequel l'ordre des importances serait interverti. Dieu, qui n'exclut rien parce qu'il embrasse tout, mène de front toutes les simultanéités ; il a fait la place de toutes choses, dans la nature et dans la dualité de l'homme. La morale faite de main d'homme trahit son origine autant par ses exagérations que par ses lacunes ; elle enfle ou réduit le précepte et presque toujours l'improvise : la religion catholique au contraire, instruite par son divin Maître, met ses enfants en garde aussi bien contre le relâchement que contre les excès de la théorie. Elle sait enfin que la vertu a ses degrés, et, en ce qui touche les hommes, qu'elle a aussi si hiérarchie. »

1. L'orgueil trouve tous les terrains bons; à plus forte raison celui du vrai. Le sol de l'erreur n'a point cette fécondité.



A suivre...CHAP. XXII.L'ÉGLISE PORTE LE CHRISTIANISME TOUT ENTIER.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Jeu 15 Sep 2016, 8:26 am

CHAP. XXII.


L'ÉGLISE PORTE LE CHRISTIANISME TOUT ENTIER.



Sans l'Église le protestantisme lui-même n'existerait plus. On se charge de maintenir la source , et il vient y puiser la vie... D'ailleurs, les peuples eussent retiré leur confiance à une religion dont ils eussent vu la base constamment changer et le principe disparaître. La vérité est immuable , elle est la vérité. Enfin , nanti d'une origine de vérités inattaquables, l'orgueil eût aussitôt marché aux plus terribles résultats. En doutez- vous? Jugez-en par les dernières conséquences politiques et économiques qu'en vertu de son principe , les hommes sont venus appliquer aux États! à ce point que le protestantisme ne sait plus aujourd'hui comment séparer, en logique, son principe et son dogme des applications qu'on en fait. Tout d'abord , c'est l'homme qu'il oppose à Bossuet, Jurieu, qui nous apporte l'idée de la souveraineté du peuple ; et son philosophe le plus admiré, Rousseau, qui répand celle des droits de l'Homme, comme effets d'un contrat. Soit dit sans préjudice du courant. Quand l'homme possède, comme la plus grande des conquêtes modernes , la liberté religieuse, comment n'aurait-il pas la liberté politique, l'égalité sociale, économique? La raison de lui fermer l'une de ces sphères d'existence? Partout où la pensée va debout, ne faut-il pas que l'homme et la société puissent entrer? Si ce n'est pas raisonner, que de tirer des principes leurs conséquences , vous lui apprendrez à le faire...

L'Église soutient le Christianisme en entier. Car, plus qu'elle ne le veut, et plus qu'il ne le pense, l'Église porte le protestantisme en rétablissant dans les esprits ce qu'il ne cesse de démolir. C'est à l'Église que les protestants doivent ce qui leur reste de foi, puisque ce sont eux qui l'attaquent, qui la déchirent en tous sens. Il faut un Christianisme total , pour qu'il y ait des christianismes partiels.

Toutes les communions dissidentes empruntent à l'Église leur consistance et leur vie; d'abord, parce qu'elles ne peuvent, qu'elles le sachent ou qu'elles l'ignorent, s'en écarter au delà d'une certaine distance; ce qui empêche à la plupart de passer les frontières du bon sens. Ensuite , parce que les populations , qui n'ont ni la science ni le loisir d'examiner, les considèrent comme des ramifications, et non comme des négations, comme des religions étrangères. Ces peuples peuvent, jusqu'à un certain point, envisager le Christianisme comme un arbre immense, dont l'Église est le tronc, et dont leurs communions sont les branches plus ou moins florissantes. Exceptez-en les fondateurs, à qui l'orgueil fait voir du génie dans leur motif de dissidence, c'est la pensée que conservent de leur situation les diverses populations comprises sous le nom générique de christianisme. Elles pensent qu'il n'aurait pas valu la peine de se séparer, si ce n'avait été pour mieux faire. Mais toutes sentent parfaitement qu'elles ne seront jamais le centre universel.

Leurs esprits élevés, plus vivement pressés sur les limites de la Foi, ne voient plus que cette idée pour se justifier et se rattacher par quelque point à l'unité. M. Guizot a proclamé dernièrement que la vérité renfermait deux éléments. C'est en les réunissant avec soin que les hommes parviennent à l'édifier : autant, du moins, que le permet l'humble condition terrestre ! Dieu seul la réunit pure et complète. Dès lors la religion, comme tout ce qui est grand, se compose de deux idées : l'unité et la variété : l' autorité maintient l'unité, la variété maintient la liberté. (Toutes deux nécessaires, remarquez-le, à la vérité qui est une!) On ne peut séparer l'un de ces éléments sans les sacrifier l'un et l'autre, et, avec eux, la religion. Dans ce magnifique travail de la pensée humaine, l'Église romaine représente le mouvement de l'autorité ; et les Églises dissidentes , celui de la liberté (1). La première apporte à la Foi les avantages de l'unité ; les secondes lui donnent les fruits de la diversité : progrès constants de l'âme humaine , développements indéfinis. Le gouvernement à trois Pouvoirs n'eût pas fait mieux sa théorie!

Ainsi l'union est de se battre , l'harmonie de ne jamais s'entendre! Ce n'est plus la religion qui éclaire et rétablit l'homme, mais l'homme qui éclaire et rétablit la Foi !.. Où est l'unité , si la variété lui présente des titres complétement respectés (2) ? Où est l'Autorité, si la liberté lui doit dicter ses lois, si elle doit lui opposer tous les progrès du genre humain ? Que les hommes se sont divertis de nos jours avec les mots ! Ainsi, la Tradition première fut confiée aux soins de la liberté, et la doctrine de l'unité de Dieu, à la variété des aptitudes du genre humain! Et toutes deux eurent cet avantage, d'ajouter à la Révélation tant de développements variés, de conséquences inattendues, qu'on a fini par l'oublier... Que vous ensemble? Les dissidents le sentent bien. Le protestantisme ne voudrait pas, pour tout au monde, que l'Église disparût. On veut bien s'en écarter, mais non s'en détacher à jamais. Ajoutons que dans les États européens, sans le Catholicisme, la décomposition du protestantisme deviendrait très-rapide. Il perdrait le ressort qui le suscite en liguant ses passions vers un but constant. Proclamez bien jusqu'à la fin les bienfaits de l'autorité unie à la liberté!

Autorité si chère, qu'au fond le devoir est de ne lui point obéir ! Unité si précieuse, que le beau est de s'en détacher, de la faire pâlir devant la noblesse des libres développements de l'homme! Messieurs, vous oubliez qu'il s'agit de la Vérité, que Jésus-Christ vous la donne., et que personne ne vous prie d'y travailler. Chez vous, ce n'est plus la vérité qui forme l'homme, mais l'homme qui édifie la vérité! Un coup d'œil de la raison anéantit tout cela. Si l'homme porte en soi la Vérité, quelle peine se donne-t-il de la produire? D'ailleurs, s'il l'a, personne ne la demande plus... Pense-t-on nous faire confondre les développements de l'âme humaine dans la vertu, avec le principe immuable sur lequel ce développement s'opère? Poursuivez en belles doctrines ; ce n'est plus la Vérité qui vient instruire l'ignorance, mais l'ignorance qui en rassemble les premiers éléments; ce n'est point la Religion qui instruit l'homme et le rachète, mais l'homme qui se met en quatre pour lui donner la variété qu'elle demande, et son couronnement final! Par une telle philosophie , il n'en pouvait être autrement. Je ne m'étonne plus si vous faites des religions. Ayez courage : d'autres déjà vous en font savourer les fruits.

Par cette grande théorie de deux éléments (1) , l'unité et la diversité, l'autorité et la liberté , le protestantisme reste pendu d'un côté à la sainte Église , de l'autre à l'esprit humain. Cela ne peut durer. Mais, pour quelques instants, cela maintient la vie en présence du sens commun, lorsqu'il dit : Qui es-tu?

Que l'hérésie lui réponde en protestant des bonheurs de l'unité et de la diversité réunies , si cela peut contenter son cœur.

1. Ce qui serait, si la pensée, sur ce point, n'avait pas tout reçu de la révélation... L'historien ne voit pas qu'il emprunte le point de vue de la philosophie, le point de vue humain, et non le point de vue réel, celui que nous fournit la Foi.
2. Où ? — Où brille le mieux toute théorie, sur le papier.
1. On nous donnait, il y a quelques années, la théorie des quatre mouvements, aussi pour démontrer la loi morale...


A suivre...CHAP. XXIII. JÉSUS-CHRIST, POUR LA DIGNITÉ DE L'HOMME, ÉTABLIT SA PERMANENCE DANS l'ÉGLISE.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Ven 16 Sep 2016, 8:15 am

CHAP. XXIII.


JÉSUS-CHRIST, POUR LA DIGNITÉ DE l'HOMME, ÉTABLIT SA PERMANENCE DANS l'ÉGLISE.



Dieu, avant de monter au Ciel, établit une autorité pour recevoir sa Parole et la porter dans tous les siècles, afin que la dignité de l'homme n'eût jamais à souffrir. Comme l'Évangile apparut sur la terre avec un témoignage éclatant, celui du Verbe divin, il doit s'y conserver avec un témoignage irrécusable, celui que ce Verbe institue. L'Évangile est entré dans ce monde par une Parole divine ; il doit s'y maintenir par une Parole infaillible.

« Comme mon Père m'a envoyé, dit-il, ainsi je vous « envoie » (S. Jean) ; « et je serai avec vous jusqu'à la « consommation des siècles. » (S. Matthieu.) A celui sur lequel il va fonder l'hérédité spirituelle du vrai : « Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon Église. » ( S. Matthieu . ) Puis la promesse : « Je vous enverrai l'Esprit de vérité, qui vous enseignera toute « vérité. » (S.Jean.) « Allez donc, instruisez les nations « au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit. » (S. Matthieu.) Quatre points fondamentaux , institution complète : envoyée comme fut envoyé le Verbe, l'Église est la continuation de Jésus-Christ, qui sera avec elle jusqu'à la fin ; c'est à saint Pierre et à ses successeurs qu'elle est confiée ; elle sera assistée du Saint-Esprit, qui lui enseignera toute vérité ; et elle a la mission d'aller enseigner les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit! Ces quatre propositions sont les quatre angles sur lesquels s'élève depuis dix-huit siècles l'Église.

Lorsque, pour montrer sa mission, le Verbe divin disait aux Juifs : « Les Écritures me rendent témoignage » ; à leur tour, les docteurs de la loi citaient l'autorité des Écritures, discutaient et rejetaient sa Parole. Jésus-Christ reparti de ce monde, où sera sa doctrine? Lorsque ceux qu'il envoie instruire les nations seront accusés de mal interpréter l'Évangile, ainsi qu'on accusa leur Maître de corrompre les prophéties, ils diront : C'est à nous qu'il a confié sa Parole ; nous qu'il a revêtus des promesses de l'Esprit-Saint , des armes de l'Infaillibilité. Nous ne tirons point notre mission des Écritures : nous la recevons de Jésus-Christ, pour enseigner les Écritures. A moins de résister à la voix même du Verbe, comment rejeter le témoignage qu'il met en nous ?

Pour enseigner aux hommes, il faut une mission de Dieu. Si personne n'a reçu de Dieu l'Autorité, personne n'a droit pour enseigner. Mais où serait l'Autorité, si l'homme pouvait rejeter la voix de Dieu ? Là est l'autorité de l'Église... Si vous repoussez notre témoignage, vous rejetez celui de Jésus-Christ. Par ces mots, les Apôtres réduisaient au silence les hérétiques, encore témoins des faits.

Ainsi, sans se détacher de sa tige, l'Évangile s'étend dans le monde par l'arbre de l'Autorité. L'Autorité est le prolongement de Dieu ; l'Autorité n'est sur la terre que pour conserver notre liberté. Elle est le canal de préservation qui conduit la parole, de la bouche de Dieu, dans l'oreille de l'homme. Question toujours très- simple : Doit-on recevoir l'Écriture par la voie du libre examen, ou par la voie de l'Autorité ; de la bouche d'un homme, ou de la parole maintenue de Jésus-Christ (1) ?

« Qu'on me prouve, dit Zimmerman, qu'en fait de croyance, je sois obligé de me soumettre aux décisions de qui que ce soit, et demain je me fais catholique. » C'est justement le contraire : qu'on me prouve que je doive me soumettre aux décisions de qui que ce soit, et je me fais protestant! Mais qu'on me prouve, qu'en fait de croyance , je doive ne me soumettre à personne autre qu'à Dieu, et je suis catholique !

Ceux qui pensent que l'Évangile doit se communiquer par la bouche de l'homme, oublient que l'homme, créé libre, ne reçoit sa loi que de Dieu. Parce que l'homme fut institué dans la dignité de la liberté, il est préservé dans la gloire de l'Autorité. Sortant des lèvres divines, l'Évangile lui-même arrive à tous les hommes. Ainsi les vibrations de la lumière s'échappent du soleil, traversent tout l'espace, arrivent à notre œi (1).l Le divin témoignage préside à la naissance de l'Évangile ; il doit régler, pour tout homme, sa transmission jusqu'à la fin. Notre dignité n'eût-elle été préservée qu'un jour ? Un jour, nous aurions donné légitimement notre foi, et, devant ceux qui puiseraient leur mission en eux-mêmes, nous devrions abdiquer tous les jours ?

Jésus ne voulut rien laisser à désirer. L'autorité spirituelle , une fois mise en ceux à qui le Verbe la délègue , ceux-ci, par le Saint-Esprit, la délèguent à leur tour, afin qu'elle se transmette jusqu'à nous même. Comme le Verbe (2) a investi de son pouvoir ses Apôtres, ceux-ci en investissent leurs successeurs. Ainsi la Parole se renouvelle d'une manière vivante ; ainsi la Foi circule dans tous les siècles. Ainsi la vie, qui sort de Dieu, se transmet d'être en être, dans l'univers, jusqu'au dernier jour du monde, et rien n'est plus beau sur la terre.
L'Église est la question de la dignité humaine.

1. Qui doit fonder et conserver la religion ? l'homme ou Dieu ? Si c'est l'homme, il n'en a plus besoin, puisqu'elle est en lui en puissance et en fait. Sortez du cercle vicieux !
1. Peut-on interposer un corps dans le trajet de la lumière ?
2. Le Verbe n'est pas le Christ, puisque le Christ est le Verbe fait chair. Mais il faut que l'on sente que le Christ est le Verbe, et que l'Église est le Christ avec nous !

A suivre...CHAP. XXIV. L'ÉGLISE, FONDÉE SUR JÉSUS-CHRIST ET NON SUR L'ÉCRITURE
.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Sam 17 Sep 2016, 8:35 am

CHAP. XXIV.


L'ÉGLISE, FONDÉE SUR JÉSUS-CHRIST ET NON SUR L'ÉCRITURE.



L'Église est une question de bon sens. Les communions dissidentes ont demandé comment, philosophiquement, on en prouve l'existence. On n'en prouve pas l'existence; elle se démontre nécessairement. Elle est le principe premier de tout enseignement.

Supposez que l'Église ne soit pas assistée du Saint- Esprit, que Jésus-Christ ne soit point en elle, personne, entendons bien, personne n'a le droit d'enseigner sur la terre. Si l'Église est faillible, elle n'a plus de raison de parler... la religion même s'éteint, puisqu'elle est la question de la vérité. L'Église est sujette à l'erreur, le Christianisme s'écroule; Dieu lui-même n'a point parlé, il n'a point révélé de loi ; l'homme n'a point d'obligation , il lui reste pour règle la volonté mise en lui. Comme le dit la démocratie, il naquit dans la liberté absolue, c'est-à-dire dans l'indépendance; il n'a de devoirs que ceux auxquels il a consenti. Vienne la force pour soumettre la masse au Contrat, à la volonté générale (1) , qui peut seule ici faire loi ! Ou l'homme est libre, et l'Église est infaillible; ou il est absolu, et la démocratie a raison.

On produit toujours aisément une erreur ; celui qui enlève une pierre à l'édifice se sauve et ne voit plus ce qu'il arrive après lui. Si l'Église est faillible, plus de certitude divine, c'est-à-dire plus de Foi, c'est-à-dire plus d'autre voie naturelle que le doute, d'autre sagesse que l'incertitude, le scepticisme universel. Si l'Église est faillible, supposons même que Dieu ait parlé, vainement vous tenterez de démêler sa Parole, vainement vous tenterez de l'ôter de la bouche qui prétendra l'interpréter. Hors de l'autorité de l'Église, on glisse dans celle de la raison : dès lors , autant de raisons que d'hommes. Enfin (comme on réfléchit peu!), si l'Église est faillible, il n'y a plus d'Église... Je ne saisis pas pourquoi, rejetant l'infaillibilité de l'Église, les protestants coururent former d'autres églises. La logique est faite pour tous : ou l'Église est infaillible, alors pourquoi des désobéissances? ou l'Église est faillible, alors plus de droit d'enseigner. Le genre humain n'est pas plus avancé après Jésus-Christ qu'après la Révélation primitive.

Singuliers hommes ! ils ne voient pas que la liberté suppose la vérité; la vérité, l'Enseignement...

Bel argument ! ils viennent enseigner l'Écriture. Mais la mission de l'expliquer? Ils prétendent se fonder, comme nous, sur l'Écriture. Qui leur a dit que l'Église reposait sur l'Écriture? L'autorité de l'Église n'est fondée ni sur l'Écriture, ni sur la tradition, mais sur Jésus-Christ , ainsi que l'Écriture et la tradition elles- mêmes. L'Église ne repose pas sur l'Écriture , mais , comme l'Écriture , sur son divin Fondateur. On ne prouve point l'Église par l'Écriture , mais par Jésus-Christ, qui l'institue après l'Écriture, pour qu'après lui cette Écriture nous reste à l'état vivant. On conçoit que ceux qui n'ont point reçu l'Église de la main de Dieu, la veuillent tirer de l'Écriture (1) ! Pour eux , leur église est vraie , parce qu'ils l'attestent ; pour nous , l'Église est vraie, parce qu'elle est attestée de Dieu. L'Écriture, qu'elle est chargée de nous donner, disparaîtrait, que, par sa mission directe, l'Église nous enseignerait notre loi. L'Écriture est la parole écrite du Saint-Esprit tombée entre les mains de l'homme ; l'Église en est la parole actuelle et vivante , la langue donnée par Dieu pour en articuler le sens.

Ceci clôt le long débat sur l'Église visible et l'église invisible, soulevé par ceux dont l'église est effectivement invisible. Les Réformés prétendent que l'Esprit-Saint réunit d'abord les âmes dans un même esprit , dans une même croyance ; qu'ensuite , rassemblées en un corps , en un même bercail , elles constituent l'Église ; que de la sorte l'Église visible dérive de l'invisible. Si l'Église dérive ainsi de leur âme, certes elle leur appartient bien! Mais ceux qui n'ont rien réformé enseignent que le divin Maître, comme le disent le bon sens et les faits, a fondé l'Église visible ; qu'il l'a chargée de dispenser sa Parole et ses sacrements ; que le bercail, ainsi formé , a produit la société des âmes, que l'Église visible a produit l'Église invisible. De cette manière, c'est Jésus-Christ qui crée l'Église, et l'Église qui fait les chrétiens. De l'autre, les chrétiens se font eux-mêmes, et créent l'Église. Mais, s'ils existent avant l'Église, qu'ont-ils besoin de l'Église ! Que les hommes ont de peine à se conformer au bon sens !

Comme on le voit, le vrai va au-devant du fait. Mais le fait vient clore toute discussion : « Allez , enseignez les nations, les baptisant, etc.; » dès lors se forment les fidèles. D'un côté, l'on fonde sur Dieu; de l'autre, on fonde sur l'homme. Je ne m'étonne plus si l'homme revint souvent sur son travail...



1. « La loi résulte de la volonté générale. » — Jurieu, Montesquieu, Rousseau, Robespierre, Proudhon et tout son peuple.
1. Et ceux qui n'acceptent point les Écritures la veulent tirer du genre humain ! Jésus-Christ institue l'Église après l'Écriture , comme après le genre humain, pour maintenir et l'Écriture et la raison du genre humain !


A suivre...CHAP. XXV. L'ÉGLISE, OU LA PERMANENCE DU VERBE, EST UNE SOCIÉTÉ VISIBLE.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Dim 18 Sep 2016, 1:02 pm

CHAP. XXV.


L'ÉGLISE, OU LA PERMANENCE DU VERBE, EST UNE SOCIÉTÉ VISIBLE.



L'Église est la société visible fondée par Jésus-Christ, conduite par le Saint-Esprit, où les œuvres du Sauveur sont continuées sur les hommes jusqu'à la fin des temps. Je serai avec vous jusqu'à la fin. Bien qu'animée du Saint-Esprit , elle est visible, et parce que l'homme ne reçoit la parole et l'éducation que du dehors, et parce que le Verbe, au lieu de pénétrer invisiblement dans le cœur de l'homme, s'est fait chair pour venir à lui. Joignant l'exemple à la doctrine , notre Sauveur voulut , pour instruire l'homme, souffrir et agir comme l'homme. L'Église est visible enfin, même selon l'ordre des faits, parce qu'il faut savoir où la prendre, et que, d'ailleurs, Jésus-Christ, comme les Apôtres, dut annoncer sa Parole avant qu'elle format des saints.

Faite sur le modèle de l'homme, qu'elle vient réparer, la Rédemption doit répondre: premièrement, au mode d'enseignement de notre propre nature ; secondement, à l'état du cœur de l'homme, enclin comme il l'est à l'erreur ; troisièmement, à sa dignité d'être libre et inviolable, l'homme ne pouvant donner sa foi qu'à Dieu ; quatrièmement enfin, à l'ordre naturel des faits. Enlevé au monde, Jésus-Christ devait continuer d'agir sur le monde. Lorsque Dieu se reposa au Septième jour, il continuait toutefois l'acte de la création par celui de la conservation du monde. L'Église n'est que l'acte de conservation du monde moral. Elle est à ce dernier ce que la permanence des lois est à l'univers. L'Église, c'est Jésus- Christ en permanence; et l'homme n'obéit qu'à Dieu (1).

Les Réformés sont-ils entrés dans la profondeur de ces mots : Le Verbe s'est fait chair? Quoi ! il apparaît quelque temps chez les hommes pour en disparaître à jamais? Là se clôt le mystère de l'Incarnation? Ceux qui furent en ce temps-là sur la terre en profitèrent pour l'écouter. Les autres feront comme ils pourront ; ils interpréteront les Écritures. Où donc a passé le sens de ces puissantes Paroles : « Je serai avec vous jusqu'à la consommation des temps ! » Jésus-Christ est venu sur la terre, comment le nier? il a parlé aux hommes, fides ex auditu , le fait reste indubitable: mais on se retranche sur le Saint-Esprit pour établir la doctrine du sens intime, de la lumière intérieure , de la voie de la conscience. Ne sont-ce pas vos expressions? Eh bien! il n'est pas jusqu'à l'Esprit-Saint, qui, au lieu de descendre parmi nous d'une manière secrète, invisible et niable, n'ait pris la forme extérieure, la forme de ce qui parle et de ce qui purifie , la forme de Langues de feu! ... Le Verbe s'était fait chair, le Saint-Esprit se fait lumière, descendant visiblement sur la Sainte- Vierge et sur les Apôtres, réunis à Jérusalem. Et l'Église revêt la double visibilité du Verbe et du Saint-Esprit.

Grand enseignement que cette manière dont le Saint-Esprit descendit sur la terre ! Lisez au chapitre deuxième des Actes des Apôtres : « Les disciples étant tous assemblés dans un même lieu, et la Sainte Vierge étant au milieu d'eux , on entendit tout à coup un grand « bruit, comme d'un vent violent venant du ciel, et qui remplit le cénacle , où ils étaient assis. En même temps, ils virent paraître comme des Langues de feu « qui s'arrêtèrent sur chacun d'eux. Aussitôt, ils furent tous remplis du Saint-Esprit , et se mirent à parler « diverses langues ». Ici, autant de traits de lumière que de mots. Il fallait que Jésus-Christ les eût rassemblés par sa parole ! que la Sainte Vierge fût avec eux ! alors descend le Saint-Esprit sous une forme visible ! et aussitôt ils se mettent à parler! Il faudra bien le remarquer : ils ne reçurent point le Saint-Esprit séparément , secrètement , à la manière invisible , pour se chercher, puis se trouver et constituer un corps de saints : l'Église visible ne sortit point de l'église invisible. Au contraire , ils ont été réunis par la Parole de Jésus-Christ , et , la Sainte-Vierge étant avec eux l'Esprit de vérité leur est visiblement envoyé , pour être, suivant la Parole, avec eux jusqu'à la fin ; alors, leurs cœurs sanctifiés s'unissent dans la charité : l'église intérieure procède de l'Église visible, constituée par Jésus-Christ. Le but de sa loi de Grâce étant que les hommes sachent s'aimer et devenir en, comme son Père, son Esprit et Lui-même sont un, il se forme parmi les disciples, et de là parmi les fidèles, une communion immortelle dans ce lien de charité qui les rend saints. Dès lors , à l'union des personnes , à l'unité des doctrines, on reconnaît les membres du Sauveur, on reconnaît son Église !  Les Fidèles, dit l'Apôtre, sont le « Corps de Jésus-Christ. »

« L'Église , répètent les Réformés , est l'Assemblée  des saints «. Les saints existent; puis, naturellement ils s'unissent.  L'Assemblée des saints ! c'est très-beau : et les Saints, qui les a faits? S'ils se sont faits avant l'Église, qu'est-il encore besoin d'Église? Que vient-elle faire ? qu'annonce-t-elle par ici (1) ? l'Esprit ne nous parle-t-il pas à tous , séparément , secrètement ? et ne nous réunissons-nous pas tous, non point pour être enseignés, mais parce que déjà nous sommes enseignés ? on ne dit plus : Allez, enseignez les nations, mais, allez, les nations sont enseignées ! Au lieu de fonder l'Église, le Saint-Esprit vint la dissoudre...

Ici, je n'ai pu décider si l'homme se trompe ou s'il fait tout pour se tromper, si c'est ineptie ou mensonge ; car l'illusion d'où sort une thèse semblable est assurément trop forte. Lorsqu'on prétend que l'Église est l'Assemblée des saints , on exprime précisément la fin , le triomphe de l'Église ; on en montre le couronnement, mais non l'origine ou la base... Et c'est pour ce barbouillage qu'il faut compromettre un monde ?

Autre vérité sur laquelle on greffe l'erreur. Si l'homme n'était en communion qu'avec le corps des Fidèles, s'il ne l'était avec l'esprit qui les vivifie et les rend saints, entés sur l'écorce et non dans la sève, il ne serait qu'un rameau sec et séparé du tronc. Pour devenir membre vivant de cet auguste Corps, il faut nécessairement appartenir à son âme, entrer dans l'esprit du Christ , dans l'alliance intime des saints. De cette sorte, l'Église invisible est, pour le fidèle, non point l'origine , mais la condition et l'accomplissement de l'Église visible, la fin qui l'unit intrinsèquement avec elle. Et , de suite , on prêche que l'église invisible précède l'Église visible ! Par cette dialectique charmante , on veut confondre et la source et la fin, l'origine logique de l'Église en notre âme, avec son origine chronologique et réelle.

Tour d'autant plus heureux, qu'il fait entrevoir combien on doit attacher plus d'importance à l'invisible alliance des âmes avec la société des saints, dans les liens d'une charité intérieure, qu'à cette alliance visible des volontés avec le Corps des pasteurs , dans les liens d'une obéissance extérieure... C'est infiniment beau. Vous avez pris la clef pour vous mettre au labyrinthe , où je vous trouve ; vous tâcherez d'en sortir de front avec la loyauté.

1. L'Église, dit le judicieux Mœlher, c'est Jésus-Christ se renouvelant sans cesse ; c'est la permanente incarnation du Fils de Dieu. Et comme, en Jésus-Christ, la Divinité et l'Humanité sont étroitement unies, de même, dans son Église, le Sauveur est continué selon tout ce qu'il est. L'Église, sa permanente manifestation, est divine et humaine à la fois ; elle est l'unité de ses deux attributs. Unies par des liens intimes, ces deux natures, si ce mot peut nous être permis, se pénètrent l'une l'autre, se communiquent respectivement leurs prérogatives. C'est le divin , sans doute , c'est l'Esprit du Christ qui est infaillible ; mais l'homme aussi est vérité ; car ici le divin n'existe point sans l'humain. Non que l'homme soit infaillible par lui-même, mais il l'est comme organe , comme manifestation de la vérité. C'est de la sorte qu'on comprend comment une mission si grande a pu être confiée à l'homme.  (La Symbolique, t. II, p. 7.)

1. Vous montrez tant de confiance en S. Paul, que faites-vous de sa doctrine? « Jésus-Christ, nous dit-il, adonné à son Église des Évangélistes, des Pasteurs et des Docteurs, pour la formation des saints, et l 'édification du Corps de Jésus-Christ ; afin que nous parvenions tous à l'unité de la Foi, à l'état de l'homme parfait, à la plénitude selon laquelle Jésus-Christ doit être formé en nous. » (Éphés., chap. IV,V.II.)


A suivre...CHAP. XXVI. L'ÉGLISE VISIBLE, FONDEMENT DE L'ÉGLISE INVISIBLE.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Lun 19 Sep 2016, 11:14 am

CHAP. XXVI.


L'ÉGLISE VISIBLE, FONDEMENT DE L'ÉGLISE INVISIBLE.



Pour sauver les hommes de l'erreur, Jésus-Christ est venu se substituer lui-même à la raison , mais dans l'ordre des vérités infinies. Dieu ne s'est pas occupé du monde pendant six jours seulement! Il voulut bien remplacer la raison affaiblie de la chute, par la source même d'où émane la raison , par la Raison surnaturelle. Il Réparait. Qu'a fait Luther? Il a de nouveau substitué sa raison à Jésus-Christ. En soulevant toutes les hypocrisies, en coulant une main ferme au fond de la question, voilà ce qu'on y trouve.

Enlevant à l'Église la présence personnelle de Jésus-Christ, Luther offre pour criterium un fait de conscience, l'inspiration intime du Saint-Esprit. La certitude du chrétien, dit-il formellement, repose sur le témoignage intérieur uni aux preuves bibliques (1), qui, on le sent, sont nécessairement interprétées par le témoignage intérieur. Plus d'Autorité visible, ou d'Infaillibilité ; nous portons le vrai en nous-mêmes, ou le moyen de le saisir. Il n'existe qu'une autorité invisible, la voix intérieure, laquelle procède du Saint-Esprit. La société des élus est elle-même une société purement intérieure (2). Comment le fidèle, dit alors Luther, peut-il être assuré d'avoir pris le vrai sens des Écritures ? Il en est certain, répond-il, quand il peut conclure et dire avec assurance : Voilà la pure et droite doctrine, en elle je veux vivre et mourir (3) ! » Tout ici est textuel.

Si les éléments de la Réforme n'avaient été habillés d'un mysticisme qui les dérobe à la foule, et de principes à double sens qui les défendent par un côté, ils se fus sent dissipés au jour. « Je n'ai point reçu mon Évangile des hommes, écrit Luther à l'électeur Frédéric, mais du Ciel et du Sauveur; je suis donc évangéliste et veux m'appeler ainsi désormais. » Ses amis s'en persuadent. « Le témoignage et l'onction en nous du Saint-Esprit, dit Zwingle, voilà le critorium de la vraie doctrine (4). »

La voix du pasteur ne peut tromper (1). » « Je ne doute point, dit Calvin, que mon enseignement ne soit fondé sur la vocation de Dieu (2). » Comment cela? « L'Écriture est semblable au Verbe créant la lumière quand Dieu dit : que la lumière soit! tant est grande la force de la parole (3) ! » (Il devrait dire celle des mots.) Toujours le aoyoç? intérieur et faillible substitué au Aoyoç visible, vivant et éternel, exactement comme avant l'Incarnation. Il est plus commode d'être l'interprète de Dieu que le disciple de Jésus-Christ...

Mais roulez dans l'abîme de vos idées. Chaque fidèle étant infaillible dans l'ordre de la Foi, puisqu'il y est mû par l'Esprit divin, l'Église devient inutile... Déclarant tout fidèle inspiré d'En-Haut, pourvu qu'il s'adresse en conscience à la Bible, les Réformés durent se passer de l'Église. Il ne restait plus de motif à son Infaillibilité, à son Autorité sur les hommes. « L'Écriture sainte, reprend Luther , est la seule source , l'unique règle de Foi (4) ; et, chaque fidèle est élevé à l'Apostolat pour l'interpréter , par le pouvoir du Saint-Esprit (5). » Tout homme étant éclairé de la sorte , pourvu qu'il ait la Bible en main , les fonctions de l'Église se bornent à colporter un volume sur tous les points du Globe. Ainsi le veut la logique.

Dès lors , que vont-ils faire de la vaste Institution qui, depuis quinze cents ans, a formé les peuples chrétiens? L'Église désignée par Jésus-Christ , où est-elle?

On montre le chemin que prit Jésus dans l'Ascension, on la déclare invisible ! Quelle raison assigner à sa visibilité? le fidèle est instruit par Jésus-Christ (1) ; à son infaillibilité ? le Saint - Esprit enseigne tout à tous et donne la vraie doctrine (2); à son pouvoir de lier et de délier la volonté? Dieu seul est actif en nous (3). Puis , comment s'établit cette église invisible avant de prendre une réalité extérieure ?  La Foi en Jésus-Christ, comme le grain de sénevé, dépose sa racine dans notre intelligence ; si le germe s'y développe , voilà un disciple du Sauveur, il est déjà membre de l'Église invisible. Sa foi et sa charité éclatent alors ; il rencontre des chrétiens tels que lui, ils se rapprochent pour invoquer le Seigneur et produire des œuvres extérieures : dès lors leur église est visible. La véritable église est cette Société de saints, bien qu'elle soit purement intérieure (4). » Je demande par quel miracle le même effet ne se produit partout où l'on porte une Bible ? « Chaque fidèle , dit Luther , est ministre du Très-Haut; il doit annoncer la parole et remettre les péchés (5). » Par quel miracle, encore, chez tous les peuples où l'on dépose des Bibles, ne surgit-il de tels ministres du Très-Haut ? Ou plutôt, quand on ne sème qu'une Bible, pourquoi sort-il des ministres et des églises de toutes les espèces, de toutes les couleurs ?

Car la première question qui vient est bonne : comment, au milieu de ces divers engendrements de la Bible, fécondée du Saint-Esprit, reconnaître le vrai troupeau des fidèles ? Comment reconnaître la vraie doctrine parmi celles qui ne se ressemblent plus ? Ainsi qu'on l'a dit avec bon sens , jugera-t-on , par la sainteté de celui qui prêche , de la vérité de la doctrine ? Alors par où sonder les consciences ? Ou jugera-t-on, par la doctrine, de la sainteté du prédicateur? Alors vous connaissez la vraie doctrine... Pourquoi demande-t-on où est l'Église du Sauveur, sinon pour arriver à la Doctrine du salut ? Si l'on répond que la véritable Église est là où est la véritable doctrine, on répond par la question , c'est-à-dire qu'on ne répond rien. Et vous voulez ravir les hommes à l'Église , pour les rendre à la lumière et à la liberté !

Il y aurait trop d'obscurité, dit Pascal, si la vérité n'avait pas des marques visibles. C'en est une admirable qu'elle se soit toujours conservée dans une Église visible. » L'opinion d'une Église invisible est opposée au fait; opposée au bon sens; opposée à l'expérience; opposée à la nature de l'homme ; opposée à l'état où le laisse la Chute ; opposée à la voix des prophètes, qui partout appellent la Jérusalem resplendissante de clarté, les Saintes collines, la Cité de Dieu, etc.; opposée à la doctrine de S. Paul et des Apôtres ; opposée à la tradition, qui jamais ne prétendit parler d'un être de raison ; opposée aux Pères de l'Église, disant aux hérésiarques : D'où sortez-vous? êtes-vous nés d'hier, qu'on ne vous voyait pas? opposée aux Conciles et aux Symboles , qui l'invoquent par ses caractères et son nom ; enfin opposée à l'Église elle-même, depuis dix-huit cents ans : témoignage dont l'étendue a pris, je pense, une valeur...

Et si vous oubliez les actes du Sauveur instituant son Église, au moins rappelez-vous ses principes : « Allume- « t-on le flambeau, dit-il, pour le cacher sous le boisseau ? ne le place-t-on pas sur le chandelier ? « Et si vous ne pouvez vous élever jusqu'à la raison, au moins restez dans le bon sens, qui vous dit : puisque Dieu veut le salut des hommes par le moyen de l'Église, elle est donc visible pour tous !

Si elle ne brille à tous les yeux, où sera la marque de sa continuité, la marque de son unité, de son universalité, de son Apostolicité ? Et qu'est-ce qu'une Église privée de l'unité, de la continuité, de l'universalité, de l'Apostolicité ? Et qu'est-ce que l'homme, s'il est obligé de lui donner sa foi ?

« La doctrine de l'Église, dit Bossuet, consiste en « quatre points, dont l'enchaînement est inviolable : le « premier, que l'Église est visible ; le second, qu'elle « est toujours ; le troisième, que la vérité y est toujours « professée; le quatrième, qu'il n'est pas permis de « s'éloigner de sa doctrine, ce qui veut dire qu'elle est « infaillible. »

L'Église visible , fondement de l'Église invisible , qu'est-ce dire, sinon, Jésus-Christ fondement de la société des saints? D'ailleurs ne demeure-t-il pas avec nous ? Qu'il faudrait s'en tenir au bon sens !

1. Luther, de Serto arbitrions.
2. Luther, Resp. ad Ambr. catlt.
3. Luther, Com. sur répit. aux Gal. — Cette autorité invisible et cette société des élus auraient civilisé les Barbares?...
4. Zwingle, De verd et falsâ relig.
I . Zwingle, De verd et falsâ relig.
2. Réponse à Sadolet.
3. Zwingle, De certit. verb. Dei : Ecce quanta sit verbi virtus!
4. Luther, Soli, declar. Epitom.
5. Luther, De instituend. minist. Eccles.
1. Expression répétée par Luther.
2. Luther, De instituend. minist. Eccles., t. II.
3. Luther, Servo arbitr. et ailleurs.
4. Luther, Resp. ad ambr. cath. — Confess. August.
5. Luther, De instituend. minist. Eccles.


A suivre...CHAP. XXVII. PROTESTANTISME : SUBSTITUTION DE LA RAISON A JÉSUS-CHRIST, ET DU SAINT-ESPRIT A l'ÉGLISE.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Mar 20 Sep 2016, 9:05 am

CHAP. XXVII.


PROTESTANTISME : SUBSTITUTION DE LA RAISON A JÉSUS-CHRIST, ET DU SAINT-ESPRIT A l'ÉGLISE.



L'origine que le Protestantisme donne à l'Église découvre l'inanité de sa foi. Le Catholicisme fonde la sienne sur Celui qui a tout institué, et le protestantisme, sur ce sol des Écritures ébranlé de tout temps par les hommes, ce sol que, précisément, Jésus-Christ a voulu fixer. Chose inexplicable pour nous qui conservons la liberté des enfants de Dieu : les protestants viennent nous accuser de donner toute notre foi sur une parole infaillible, et eux-mêmes la donnent sur un témoignage humain! Quel empire l'homme a sur lui pour s'égarer!

Le Catholicisme nous montre un Corps enseignant, continuant Jésus-Christ, revêtu de son témoignage, chargé de la céleste mission, dès lors éclairant les âmes pour les faire entrer dans son sein. Les protestants, au contraire, veulent absolument que l'Église ait « germé toute seule du fond des âmes, » et soit sortie , par un pouvoir primesautier, de la croyance intérieure. « Le Saint-Esprit, disent-ils, par une parole invisible éclaire les intelligences, et les réunit dans le même esprit. » Puisque les âmes sont si dociles à la parole invisible, que ne l'entendent-elles partout et toujours? et si, en elles, tout est opéré, qu'ont-elles besoin d'une Église?

Je ne vous reconnais plus. Toujours, dans vos idées, la même confusion : de ce que les âmes, une fois éclairées et réunies par l'Église, y trouvant la lumière et les grâces du Saint-Esprit, s'unissent par le cœur et les œuvres dans le sein de cette mère, vous dites que ce sont elles qui lui ont donné le jour! L'orgueil voulut toujours être cause... Mais, avançons en belles doctrines. « L'antique superstition , dit-on magnifiquement , « considère l'établissement du Seigneur en lui-même, « dans son objet ; tandis que notre croyance Réformée « le voit, subjectivement (1), réalisé dans le fidèle. Celle-là définit l'Église : le Corps des fidèles rassemblés sous « la conduite des légitimes pasteurs; celle-ci la définit, « au contraire : le bercail invisible, l'alliance des âmes  saintes dans le sein de Dieu. » Que dire à des gens qui , en s'énonçant publiquement de la sorte , croient rester dans le bon sens? Pourquoi Luther voulut-il fonder une Église? Parce que l'ancienne est dans son objet, et que la sienne, tout au contraire, se voit subjectivement... Refaites la religion, refaites aussi la raison.

Si l'origine assignée par les Réformés à l'Église fait voir l'inanité de leur foi, leur persistance ici découvre leur mauvaise foi. D'un pas, on est au fond de la question, où, malgré les faveurs du Saint-Esprit, le Sauveur est remplacé par la raison. Il faut bien une pratique aux choses; de la théorie la plus belle, il faut arriver au fait. Et, au fait, l'homme interprète les écritures à la place de l'Église, à qui cependant Jésus-Christ envoie l' Esprit de vérité, pour lui enseigner toutes vérités jus qu'à la fin... Voilà les bénéfices de la rédemption effacés d'un trait, quant à la doctrine, et, on le sait, quant aux secours qui proviennent des sacrements ! Tout ce qu'a fait Notre-Seigneur pour sauver l'homme et lui rendre la vérité, la liberté et la vie, est de nouveau perdu comme dans une seconde Chute... Quel génie! Mais qu'il est bon d'avoir recours au Saint-Esprit, de quitter les obligations visibles pour des vertus invisibles, de remplacer Jésus par la raison! Contre ces conclusions, que Luther cherche à se débattre!

Luther, disent les protestants , pour lui former une racine , a suivi la voix du Ciel. « Les prophètes , la « parole de Dieu, voilà son autorité ; en un mot, l'Écriture Sainte, c'est l'autorité de Luther. » Certes , ils n'ont jamais dit si vrai : cet enseignement de l'Écriture revient à l'autorité de Luther. Et n'en sera-t-il pas de même de ceux qui viendront après lui ? Sur son avis, ne commenteront-ils pas aussi, par eux-mêmes, les Écritures ? et ne mettront-ils pas leur parole à la place de la Parole de Dieu? N'est-ce pas toujours leur sens intime qui fera naître leur témoignage extérieur ; leur pensée qui produira leur foi? Comme le leur dit si profondément la Symbolique de Mœlher : dans le fond, ce n'est pas le livre muet, la lettre morte, qui fait votre foi, mais le sens que vous y donnez : vous êtes donc, à vous-même, votre propre docteur, votre propre témoignage ? Quelle était l'autorité de Luther? ajoute ce judicieux auteur ; tenait-il sa mission du Ciel ? il n'a pas fait de miracle ; des apôtres ? il en est séparé par quinze siècles ; de l'Église catholique ? il la rejette comme la prostituée de Babylone...

Les Écritures, criait Luther, enseignent telle vérité, soutiennent telle opinion, proclament telle conséquence! Mais, quand il tenait ce langage, était-ce l'Écriture qui parlait? Le jugement d'un interprétateur de la Bible est-il le jugement de la Bible ? « Il y a plus à faire, disait Montaigne , à interpréter les interprétateurs qu'à interprêtera les choses. » Les Rabbins, aussi, interprètent la Bible ; de plus, ils sont dans leur langue et dans leur tradition ; que ne prenez-vous leurs décisions , ô hommes !

L'autorité de Luther, c'est celle de l'écriture sainte. Mais quelle autorité avait Luther pour expliquer l'Écriture-Sainte ? Pour suivre ainsi la voix du Ciel, tout protestant peut se séparer de Luther (1). S'il se sépare de l'Église pour expliquer les Écritures, il faut qu'il offre une autre autorité que lui-même. Quelle est cette autorité ? Celle qu'il donne à chacun, à son tour, d'interpréter les Écritures, celle qui règne aujourd'hui sous le nom de libre examen. Dès lors, pourquoi cet homme quand je possède les Écritures ? Puisque l'autorité de Luther, c'est l'autorité des Écritures, voici l'Écriture : pourquoi cet homme entre elle et moi ? Luther est de trop. Ou bien faut-il, jusqu'à la fin, se soumettre à Luther, parce qu'il lui plut de lire dans les Écritures?

S'il faut interpréter les Écritures, Luther me permettra de préférer, à celle d'un homme, l'interprétation des Conciles et du corps entier de l'Église. S'il le veut bien, j'aime mieux écouter ceux à qui Jésus-Christ a dit: Paissez mes agneaux; comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie. » Je préférerai, à la voix du Gel entendue par Luther, le témoignage de ceux à qui ce Verbe fait chair ajoute : « Pierre, j'ai prié pour que ta Foi ne vienne pas à défaillir; je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux ; Vous recevrez le Saint-Esprit; Allez, enseignez les nations. » A croire tout en N.-S. Jésus-Christ, comme bon protestant, il me semble plus simple de prendre le témoignage de celui qui reçut sa Promesse : « Sur toi je bâtirai mon Église, » et de penser que le premier caractère de l'institution de Jésus-Christ est d'être Apostolique , c'est-à-dire sortie des mains de Jésus-Christ. .. Alors, frappé par la définition même de la vérité, je m'élèverai, dans les hauteurs de la pensée , à cette parole éclatante de philosophie, qui réalise au sein des faits les caractères immuables de la vérité et les promesses du fils de Dieu : L'Église est une... elle est sainte... elle est catholique... elle est Apostolique et romaine !

Elle est une si elle est la vérité; elle est sainte si elle est la vérité ; elle est universelle si elle est la vérité ; elle est apostolique, nous vient de Dieu et d'une Foi qui ne faillira point, si elle est la vérité ! Noble philosophie !

1. Ceci n'est que l'argument mis à neuf, et au goût si souvent manifesté par quelques modernes, d'avoir du subjectif et de l'objectif dans toutes leurs questions. Mais, le moyen de se subjectiver comme il faut cet objectif, ou d'objectiver solidement ce subjectif? Ou, pour ceux qui ne sont pas si philosophes, le moyen de découvrir cette Église qui se cache ; d'être certain de sa doctrine, de lui donner, comme à Dieu, notre foi ?

1. Pour le vrai protestant, disait Mgr Rendu, toute doctrine ne peut être que provisoirement admise. L'histoire et le bon sens le disent.



A suivre...CHAP. XXVIII. L'ÉGLISE EST UNE, L'ÉGLISE ELLE EST SAINTE, ELLE EST CATHOLIQUE, ELLE EST APOSTOLIQUE ET ROMAINE.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Mer 21 Sep 2016, 8:48 am

CHAP. XXVIII.


L'ÉGLISE EST UNE, L'ÉGLISE ELLE EST SAINTE, ELLE EST CATHOLIQUE, ELLE EST APOSTOLIQUE ET ROMAINE.



Voilà cette Société dont la définition est celle de la vérité ! Qui lui contesterait un seul des caractères avec lesquels elle vient de traverser dix-huit siècles, s'avançant au milieu des hommes éblouis et déconcertés? Elle est Une : qui opposera son unité à la sienne ? Elle est Sainte : qui lui opposera sa vertu ? Elle est Catholique : qui lui disputera l'universalité, soit dans les vérités qu'elle embrasse, soit dans les hommes qu'elle serre en ses bras, depuis le sauvage qu'elle baptise, jusqu'au saint dont elle conduit la perfection? Elle est Apostolique : mais qui descend plus directement des Apôtres, sont-ce ceux qui se font gloire de procéder des Écritures? Elle est Romaine enfin : mais quel autre que Pierre, sur qui elle est bâtie et qui, dans Rome, la scella de son sang, possède ailleurs un Siège où dès l'origine la vérité soit assise (1) ?

Elle est Apostolique, c'est-à-dire qu'elle n'est ni de l'école d'Arius, ni de celle de Montanus, ni de celle de Sabellius, ni de celle de Priscillianus, ni de celle de Nestorius, ni de celle de Photius, ni de celle de Mahomet, ni de celles de Jean Huss, des Albigeois, de Luther, de Calvin, des Puritains, de tant de malheureux qui firent couler le sang chrétien sur l'autel de l'orgueil ; mais, de l'École qui a pour divin maître Jésus-Christ, et pour premier disciple cet homme fier et doux que Jésus-Christ donne pour chef à ses Apôtres. Elle est Romaine, c'est-à-dire qu'elle n'a porté son Siège ni à Constantinople, ni à la Mecque, ni à Wittemberg, ni à Genève, ni à Londres, ni à Paris, ni à Moscow, en aucun lieu où les rois aient pu la soumettre et s'emparer des consciences que Dieu a mises à l'abri de leur sceptre ; mais qu'elle l'a maintenu dans cette ville éternelle où Pierre transmet à ses successeurs les Clefs que lui remit Jésus. « Le Pape est un Souverain étranger, disait Napoléon, le Pape est hors de Paris, et cela est bien ; il n'est ni à Madrid ni à Vienne, et c'est pour quoi nous supportons son autorité spirituelle. S'il était à Paris, croit-on que les Viennois et les Espagnols consentiraient à recevoir ses décisions ? Chacun est trop heureux qu'en résidant hors de chez soi, il ne réside pas chez des rivaux. Ce sont les siècles qui ont fait cela, et ils l'ont bien fait. »

L'Église réunit tous les caractères de la vérité naturelle : elle est une, elle est universelle ; tous les caractères de la vérité surnaturelle : elle est sainte, elle est Apostolique. Seule, elle possède le double caractère de la raison et de la révélation ; seule au milieu de ceux qui portent l'Évangile, seule, pour attester la liberté de nos âmes, elle fut mise à l'abri des peuples et de leurs rois par cette heureuse main des siècles , qui nous cache celle de Dieu.

Mais les hommes n'ont jamais trouvé rien d'assez clair pour condamner leurs passions ou pour confondre leur orgueil ; les maladies, qui marchent sur les pas des premières, ou les angoisses mortelles qui assaillent le second, ne les ont jamais arrêtés.

Preuve dernière que cette prodigieuse Institution vient du Ciel, c'est qu'elle a apporté la Sainteté sur la terre. Ah ! elle vient de Dieu, celle qui maintient la charité et la vérité chez les hommes... C'est parce que l'Église est toute divine qu'elle échappe à nos conceptions. Mais l'expérience sait juger des vertus qu'elle entretient sur la terre, et la raison, des vérités qu'elle ne tient que du Ciel.

Les masses n'étudient, ni ne discutent, mais reconnaissent l'arbre à ses fruits. En dehors de l'Église, vit-on des fruits surnaturels en ce monde ? Quelle lumière a pu mûrir, au cœur de l'homme, des fruits contraires et supérieurs à la nature , la tempérance, contre nature? la chasteté, contre nature? la pauvreté, contre nature? l'humilité, contre nature? le renoncement, en fin? Voilà de nouvelles branches, cherchons le tronc; reconnaissons l'arbre à ses fruits.

Le métaphysicien ne saurait mieux raisonner que le peuple. Je suis seul dans le monde, j'y cherche la vérité; je veux distinguer la parole de Dieu, du langage des hommes. J'observe ceux qui prétendent la posséder. Les uns agissent suivant la nature, leur moi pour centre , ses fins pour conclusions. D'autres agissent par un principe supérieur à la nature. Si la différence des effets indique la différence des causes, que dirai-je ? Il faut une cause surnaturelle pour susciter des vertus surnaturelles. Attribuerai-je à la nature toute une vie de vertus contre nature ? Dans un moment de surprise, l'homme abandonne jusqu'à sa vie ; mais sa volonté, mais lui-même, mais durant toute sa vie !... L'Église porte la preuve mathématique de sa doctrine.

Qu'elle laisse loin les écoles! Sa notion d'unité et de catholicité répond seule à la raison, puisque la vérité est une, conséquemment universelle; sa notion de sainteté et d'apostolicité répond seule à la révélation, puisque la vérité est sainte , conséquemment divine. Comme la raison , elle n'a point de frontière et ne connaît pas de climats; comme la raison, elle éclaire tout homme venant en ce monde, selon l'ouverture de son cœur; et, comme le soleil, sa lumière franchit les mers , arrive aux peuples les plus lointains , les plus divers de langage. Elle dépasse toutes les hauteurs de la pensée, pour en chasser les ténèbres , et toutes les profondeurs de la conscience, pour y ramener le jour.

Mais que parlé-je d'école? Quelle civilisation peut dire qu'elle ait contenu l'immensité de sa doctrine, ou, moins encore, la pureté de ses vertus ? Point de bornes à l'universalité comme à l'unité intime de sa pensée ; point de défauts qui viennent d'elle ; l'obstacle ne peut naître que des hommes, de l'infirmité de leur raison, de la désobéissance de leur cœur.

La vérité est divine , et non point fille de l'histoire ; elle n'a pas assez du témoignage des hommes, il lui faut celui de Dieu : et c'est ce qu'on nomme l'Autorité. Nul n'est prophète en son pays ! l'homme sent que la lumière, comme la vie, ne vient point de lui-même.

1. On a poussé le badinage jusqu'à nier la présence, à Rome, de saint Pierre. Si saint Pierre ne mourut pas à Rome, sous Néron, où mourut-il ? Saint Irénée et saint Épiplume, en donnant le catalogue des évêques de Rome, placent saint Pierre le premier. Saint Optat nous dit : « Saint Pierre a été le premier qui ait occupé « le Siège de Rome. » Saint Léon : « Rome est devenue la capitale du monde chrétien, « parce que saint Pierre y a établi son Siège. » Saint Augustin et tous les Pères, faisant le dénombrement des évêques qui ont gouverné l'Église de Rome, écrivent : « Lin a succédé à Pierre, et Clément a succédé à Lin. » Les Pères des premiers siècles en savaient-ils moins, sur ce point, que les dissidents de nos jours ?


A suivre...CHAP. XXIX. DU TÉMOIGNAGE ET DE l'AUTORITÉ : PAR QUOI LES PROTESTANTS LA REMPLACENT.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Jeu 22 Sep 2016, 9:13 am

CHAP. XXIX.


DU TÉMOIGNAGE ET DE l'AUTORITÉ : PAR QUOI LES PROTESTANTS LA REMPLACENT.



L'Église est la parole de Jésus-Christ, transmise sans altération jusqu'à nous. Ne confondons point l'Autorité avec le témoignage des hommes. Les dissidents ont pensé que la Religion se transmettait comme l'histoire, avec ses incertitudes, ses démentis et ses lacunes; qu'il fallait lui appliquer nos raisonnements pour l'aider à venir au vrai ou à s'écarter de l'erreur. Ce qui vient des raisonnements soumit-il jamais la raison?

Qui fera taire le doute dans les consciences , et comment y porter la divine paix? L'homme dira : tel apôtre est-il bien compris? Si le témoignage n'offre une condition particulière , s'il ne porte le caractère de l'Autorité, la Foi restera dans la position de l'histoire. Les actes de Dieu n'ont-ils que l'importance de ceux des hommes ? de nous-mêmes, de nos destinées éternelles. Pour connaître la doctrine du salut, il faut un moyen tout extraordinaire. » Or, l'Autorité, c'est le témoignage garanti par Dieu. Sans cela, où puiserait-on la garantie? Si c'est dans vos raisonnements, qu'offrez-vous de plus que les hommes?

Luther met en nous le Saint-Esprit à la place de l'Église... pour lever la difficulté! Il l'avoue, ce n'est point l'homme anéanti par le péché d'Adam , qui peut lire l'Écriture ; certes , cet homme corrompu ne peut porter la main sur l'œuvre de Dieu sans l'anéantir : mais c'est l'Esprit seul , en lui , qui perçoit le sens qu'elle renferme et enseigne à l'homme toute vérité. « Intérieurement instruit par Dieu , le fidèle n'obéit qu'à la voix du Saint-Esprit. » Pour éviter ici un miracle un comme toute loi , on suppose autant de miracles que de fidèles. L'Esprit, au lieu de résider dans l'Église, à laquelle il fut promis , réside en chacun de nous et nous rend à propos infaillibles. Mais ce miracle, qui se répète dans les âmes , est une loi ; dès lors que le fidèle a ce moyen infaillible, il n'a plus besoin qu'on l'instruise, et toute Église est inutile. 0 raisonneur! exagération d'un principe et suppression d'un autre (1).

Ce n'est pas le fidèle qui lit l'Écriture , c'est l'Esprit-saint. Luther a dû rire souvent. Il est clair que si le péché nous avait entièrement destitués du sens privé, ce sens ne saurait étouffer le sens extérieur, ou la Foi ; mais aussi, il ne saurait la reconnaître ni l'embrasser. Singulier moyen de conduire l'homme à la vérité , que de détruire l'intelligence! La Chute n'en a pas fait assez; sauver l'homme, c'est achever de l'abolir. Pour le reste de la doctrine, Luther atteint la même profondeur : il faut rejeter toute coopération , toute activité humaine dans l'affaire du salut; la pensée et le vouloir sont à Dieu seul. Assurément, l'homme est incapable de son salut sans la Grâce et la Vérité; mais l'une et l'autre lui sont offertes pour le lui faire obtenir.

L'Église n'ôte point la raison à notre âme, pour mettre à la place le Saint-Esprit, non plus que la volonté, pour y substituer la Grâce. Nous conservant l'une et l'autre , l'Église y joint le moyen de les rétablir toutes deux. L'Église ne nous dit point : si tu veux te sauver, tais-toi, ne bouge plus. Mais, offrant à la raison la vérité, elle dit : vois la lumière et connais-la. Offrant à la volonté la Grâce, elle dit : suis son impulsion et agis.

Eh quoi ! elle rend à l'homme la raison , en lui donnant la vérité , et la volonté, en lui rendant l'obéissance. Pour mieux faire, vous les lui ôtez toutes deux. 0 raisonneurs !

Que les livres saints soient la source de la vraie doctrine, cela est certain; or ce n'est pas ce que les Réformés disent : mais , que l'Écriture est la seule règle en matière de Foi, et le fidèle, le seul juge en soi de la véritable doctrine ! Que l'homme ne puisse enfanter la Foi dans les cœurs , qu'elle n'y entre que surnaturellement, que par l'action du Saint-Esprit, cela est certain ; or ce n'est pas non plus ce que les Réformés disent : mais, que nous entrons dans la Foi sans opérer un mouvement, que notre conversion est l'œuvre exclusive de Dieu ! Et l'homme ? qu'est-ce que Dieu a créé? et qu'est-il venu racheter? 0 raisonneurs !

Ôter la place du mérite, c'est ôter l'homme. En définitive, comme le Saint-Esprit n'est point en nous à l'état de faculté de l'âme , nous percevons et prononçons bel et bien avec notre sens privé ; là est tout notre saint Esprit. Aussi, les conséquences politiques et morales, qui sont des faits, découlèrent-elles d'une nature bien différente des principes annoncés ! Et personne ne pense aujourd'hui qu'elle nous arrivent du Saint-Esprit...

Ce sens privé est-il chose encore si obscure qu'il produise tant d'illusions ; qu'il puisse remplacer l'Église et devenir le Saint-Esprit?

1. Voici comment notre auteur déjà cité offre avec clarté, sur ce point, la doctrine de l'Église : « Nous puisons la connaissance de Dieu à deux sources : dans la révélation naturelle et dans la révélation surnaturelle. Non-seulement la première enfante la lumière dans nos cœurs, mais encore elle est l'organe qui saisit la révélation extérieure. Elle remplit une double fonction ; ainsi deux témoins déposent en faveur d'une même vérité. Mais la voix intérieure, faussée par la chute, doit se soumettre à celle qui est hors de nous, autrement on ne concevrait plus la nécessité de la révélation de Jésus-Christ. Cependant, ce premier témoin possède une grande influence sur le dernier; souvent il croit en répéter fidèlement les paroles lorsqu'il n'émet que ses propres pensées. Que Carthage ait été prise par Seipio Aemilius, c'est ce que nous font connaître les auteurs anciens : la voix de la conscience se tait sur ce fait. Mais il n'en est pas ainsi des vérités religieuses, qui, passant par notre esprit, peuvent en revêtir les couleurs. Aussi, avec le témoignage de l'Écriture, Dieu nous a-t-il donné l'autorité de l'Église. » La Symbolique.


A suivre...CHAP. XXX. DU SENS PRIVÉ : IL NE PEUT REMPLACER l'ÉGLISE , NI PASSER POUR LE SAINT-ESPRIT.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Ven 23 Sep 2016, 9:08 am

CHAP. XXX.



DU SENS PRIVÉ : IL NE PEUT REMPLACER l'ÉGLISE , NI PASSER POUR LE SAINT-ESPRIT.



Si un tel sens nous donnait la vérité, l'homme vivrait à l'abri de l'erreur, et, comme les anges de lumière, n'aurait plus besoin de la Foi. Mais c'est au sens privé qu'il faut apporter la lumière et conserver la Foi ! C'est lui, bêlas! qui se trompe, et c'est lui qui voudrait juger! lui que la Foi vient conduire, et c'est lui qui la voudrait guider! Oublie-t-on le bon sens avant d'entrer dans la question? Vous parliez de Jésus-Christ, de Rédemption, de Révélation; j'ai toujours cru que l'homme en avait besoin...

En premier lieu , on prit le sens privé pour la raison. Pauvre sens privé! d'abord on le divinise, ensuite on vient l'anéantir. Il doit remplacer l'Église, et le voilà remplacé par le Saint-Esprit. Comme toujours, il faut passer aux exagérations contraires , on commence par l'exalter, on finit par l'abolir. La vérité a bien à faire ! Et d'abord, le sens privé n'est pas la raison. La raison est impersonnelle; c'est une source (1) de lumière comme la Foi ; source à laquelle le sens privé ne puise malheureusement pas toujours. Ainsi que le porte son nom, le sens privé nous est propre; c'est la mesure de notre esprit , la part de raison ou celle de vérité que nous avons su reconnaître ; enfin, c'est nous! La raison est de Dieu , le sens privé est l'homme même, celui sur qui pèse en entier le fatal errare humanum est. Et c'est de lui qu'on attendait la Certitude ! Si , déjà , la raison est insuffisante devant la Foi , qu'en sera-t-il du sens privé, bien au-dessous de la raison ; du sens privé, qui partage les limites de notre nature, et même ses iniquités? Luther eut de bonnes raisons pour lui substituer l'Esprit-Saint... Personne ne nie le Saint-Esprit; mais notre liberté humaine ? cette liberté qui, dans Adam , rejeta le Saint-Esprit ?

En général, l'homme est trop grossier pour l'intelligence dont on lui a fait don. Il ne cesse de mettre en avant sa pensée , de nous parler de son esprit. C'est sa mesure, vite il en fait toute mesure! Je n'admets, s'écrie-t-il, que ce qui entre dans ma raison... et, de la sorte, il s'en fait la limite. Dans son langage, la raison et lui ne font qu'un ; tout ce qui le dépasse n'est plus d'elle. Démontrez-lui la série des conséquences qui lui échappent, pour qu'il s'écrie : Ceci ne peut entrer dans ma raison !

Cependant, Dieu en eut une très-bonne pour nous donner le sens privé. La Foi s'adresse à quelqu'un, j'imagine. Si elle est une lumière, il faut un œil pour la voir, comme, à la libre créature, un mérite à y adhérer. En sorte que ce sens privé , qui leur servit d'abord à écarter l'Église, ne doit pas non plus disparaître pour faire place au Saint-Esprit. Chose à peine croyable , ils ne se sont préoccupés que de l'homme, et ils ne trouvent qu'une ombre au moment de le saisir ! Ils proclament l'esprit humain, appellent de leurs cris la liberté, la philosophie, et les écrasent sans les voir ! En vain la Foi nous apporte la vérité dans le vase de sa parole ; en vain le Saint-Esprit la présente à l'homme, si l'homme n'est lui-même un esprit pour la recueillir. Ôtez le sens privé à l'homme, et le voilà comme l'animal, dont l'ouïe aussi sera frappée par la parole. Il faut une intelligence pour recevoir la lumière, une pensée pour la retenir ; l'esprit ne répond qu'à l'esprit.

La Foi a besoin de trouver en nous la Raison. La Foi lui offre les réalités surnaturelles, comme ce monde lui offrit les réalités naturelles. C'est en ce sens que la raison, dans son développement final, ne saurait précéder la Foi. Mais elle reçut, avant la Foi, un exercice, un commencement qui la rend propre à la reconnaître. Elle eut une première vie, ici-bas, avant d'entrer dans la vie supérieure ; et elle passe de l'ordre de la nature dans l'Ordre au-dessus de la nature. L'âme n'arrive obscure que d'un côté ; elle est formée par ses rapports avec la réalité extérieure, et c'est ce qui remplit l'enfance. Tout est gradué, admirablement prévu, pour celle qui vient en possession de l'imputabilité. Oui, avant la Foi, la raison n'est point accomplie, mais elle est ; la conscience parle en elle , et , distinguant le faux du vrai, peut déjà reconnaître, recevoir la lumière. Elle peut pécher; elle est en âge de raison, dit le langage.... Mais il est singulier que nous rentrions dans l'ombre lorsque nous vient la lumière! Enfin, quand la Foi pénètre chez l'homme, il faut bien qu'elle le rencontre pour lui parler, et si c'était au Saint-Esprit, ce ne serait pas à l'âme ! D'où lui viendrait donc le mérite?

D'ailleurs, comment nous serait-il possible de connaître par un principe qui ne serait pas nous ? C'est nous qui connaissons, dès lors par une faculté qui est nôtre. J'ai cru, lorsque Luther parlait de l'âme, qu'il entendait ce qu'il disait. Pas d'esprit, point de lumière. La psychologie définit l'homme un principe pensant. Notre première pensée est la croyance à notre esprit. « La vie intellectuelle, dit un éminent psychologiste, est une suite continuelle d'actes de foi à l'invisible, à l'externe révélé par l'interne. » Car enfin ce don que Dieu nous fit, à son image et ressemblance, c'est cet esprit, par lequel l'homme adhère à la vérité, et cette volonté, par laquelle il adhère à la grâce, bien que tous deux ne le fassent s'ils ne reçoivent en effet, l'un le goût de la vérité, et l'autre celui du bien, ce qui n'appartient eu propre qu'à l'Infini. Enfin, pour le dire en même temps, cet esprit et cette volonté sont les deux facultés transmises par la création, mais non la lumière et la mesure des choses . Ce sont ces facultés qui ont succombé, ces facultés qu'on a réparées, ces facultés pour lesquelles l'Église conserve la Vérité et la Vie.

Ainsi, pas de métamorphose. Le sens privé reste dans l'homme, toujours le même, toujours prêt à connaître ou à ignorer, toujours libre entre la vérité et l'erreur. Sous prétexte de l'anéantir, ne le faites point comme Dieu. On ne lui demande point de disparaître devant la lumière, mais de ne la pas rejeter; de mettre le Saint-Esprit à sa place , mais de le vouloir bien écouter; de dicter des arrêts infaillibles, mais de ne pas forger d'erreurs. Quoi! ce néant qu'on fit esprit veut décider des lois divines ; ce néant qu'on fit volonté croit avoir de lui-même une portée dans l'Infini! Ce qu'il y a d'être en nous, déjà nous dérobe l'Être... L'aumône est si magnifique qu'elle cache jusqu'à la main qui la donne.

On a parlé de Foi, de chute, de rédemption, d'Écriture, et l'on veut se fier au libre examen : c'est oublier d'un coup tout ce qu'on vient de dire...

1. Seulement, la source est naturelle, et celle de la Foi, surnaturelle; l'une est avec la création, et l'autre, avec la sanctification ; mais l'une et l'autre, pour nous ouvrir un ordre de réalités.


A suivre...CHAP. XXXI. DU LIBRE EXAMEN : IL NE PEUT REMPLACER l'ÉGLISE.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Sam 24 Sep 2016, 7:42 am

CHAP. XXXI.


DU LIBRE EXAMEN : IL NE PEUT REMPLACER l'ÉGLISE.



L'homme est faillible : où le conduira donc le libre examen ? On ne veut point faire deux pas avec la logique. L'intérêt suprême de l'homme , sa fortune éternelle, dépendra d'une chose incertaine? Disons plutôt qu'en proclamant le libre examen nous n'apercevions point toute la question. Nous avons le libre arbitre pour recevoir la lumière et mériter , nous n'avons pas le libre examen pour l'éteindre et perdre notre liberté. Il faut cependant réfléchir; le libre arbitre n'a sa valeur qu'au sein de la lumière.

L'homme n'a besoin que de la liberté : la vérité est l'affaire de Dieu. Il donne la lumière à l'homme comme il lui donne l'être, et parce qu'il le lui donne. Les deux choses viennent de l'Infini. L'homme peut-il être source de la lumière ou de l'être ?

Tout n'est pas libre en l'homme parce qu'il y existe un point libre, qui est la volonté, ou le moi. Un point est libre pour le mérite, un autre est fixe pour l'existence. La raison et la conscience ne sauraient balancer dans l'énoncé de la loi. Si la raison était libre, elle ne serait plus loi; le vrai, le faux seraient facultatifs ; entre le bien et le mal le choix deviendrait légitime, la conscience nous offrirait l'un pour l'autre , et la lumière disparaîtrait.

Dieu se charge de la vérité , et l'homme ne répond que de son vouloir. Si une chose pouvait rendre l'homme encore plus misérable, ce serait un degré de plus d'indépendance. Que deviendrait-il si sa loi découlait de sa volonté, dépendait d'un libre examen ? On n'y réfléchissait pas... Sur quoi se fonderait sa liberté si la lumière pouvait se perdre? On confond trop de choses : l'homme a reçu le libre arbitre, mais s'il prend le libre examen il expose le libre arbitre.

Et devant le libre examen s'évanouit l'Écriture tout aussi bien que l'Église. Car, si l'examen est libre, que lui imposera l'Écriture ? Pourquoi l'Église , s'écrie l'Écriture : ne suis-je pas suffisante ? mais pourquoi l'Écriture , s'écriera la conscience : n'étais-je pas suffisante? Si l'Écriture ferme la bouche à ceux qui croient la conscience suffisante, l'Église ferme la bouche à ceux qui croient que l'Écriture suffit. Mais, si l'Église ne peut clore la bouche à ceux qui croient l'Écriture suffisante, l'Écriture ne peut la clore à ceux qui croient que la raison suffit.

Le protestantisme ne saurait donc souffler mot. Les sceptiques seuls, niant à la fois la conscience, l'Écriture et l'Église, vont jusqu'au bout, jusqu'au point où la logique expire. Et c'est parce qu'ils brisent le dernier fil de la raison qu'on ne saurait les tirer de l'abîme. Niez la vérité même , ou l'édifice entier reparaît. Dites un mot, et tout revient. Parlez de conscience, et voilà sa lumière, voilà l'Écriture; de l'Écriture, et voilà son organe , voilà l'Église...

L'homme est faillible : on ne peut nier un fait. Sur ce fait s'élève l'Église.


A suivre...CHAP. XXXII. RAISON , RÉVÉLATION , ÉGLISE.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Lun 26 Sep 2016, 8:51 am

CHAP. XXXII.


 RAISON , RÉVÉLATION , ÉGLISE.



Qu'est-ce donc que la raison, sinon une révélation intérieure? et l'Écriture, sinon un supplément à la raison, une révélation extérieure ? et l'Église, sinon l'organe de l'Écriture, le complément de la raison? Pour le philosophe, l'Infaillibilité accomplit les promesses de l'impersonnalité rationnelle. Raison, révélation, Église, les trois anneaux de la chaîne...

Mais il la faut embrasser, et l'étendue d'esprit est rare. Le rationaliste s'arrête à la raison, le protestant à l'Écriture. Cependant la raison se montre comme une révélation faite à l'individu : alors pourquoi pas l'Écriture, la révélation faite à l'espèce ? Enfin l'Écriture se montre comme une lumière et une règle supérieure : alors pourquoi pas la règle définitive, l'Infaillibilité qui remonte à Dieu même ?

Le protestantisme ne voit-il pas qu'il ouvre la porte au rationalisme, qui entre chez lui et le tue ? La raison suffit, dit ce dernier, qu'ai-je besoin d'une révélation nouvelle?... Que lui répondre ? car, s'il faut mettre au-dessus de la raison une autorité, qui est l'Écriture, il faut mettre au-dessus de l'Écriture une autorité, qui est l'Église. Si la raison est insuffisante et cherche ailleurs son complément , l'Écriture est incertaine et cherche ailleurs son sens et son autorité... Le protestantisme ne peut amener à lui les esprits s'il ne se fixe dans le Catholicisme.

Le rationalisme est la prison de la raison. Le protestantisme en est le chemin de ronde. L'orgueil tire la porte sur lui. En perdant l'amour et la grâce on perd la clef de l'Infini...

D'abord, en tout ceci, c'est discuter sur le plus ou le moins. Il n'y a au fond qu'une question : celle d'une intervention divine, d'une Révélation. Or, cette question d'une révélation est résolue par la raison , qui en est une elle-même... Ensuite, pour tout esprit métaphysique, cette question de la révélation serait celle de la création, puisqu'il s'agit ici de l'âme... La lumière fait partie de son existence.

Dieu, qui lui donne la Gloire éternelle pour fins, lui en donne la connaissance pour qu'elle puisse y parvenir. Il la lui donne, comme il lui donne l'être, qui n'est ici que le moyen. La Révélation fait, en une sorte, partie de la création même (2). Repousser sur un point l'intervention de Dieu dans notre âme : mais il l'a bien fallu pour la créer, pour lui donner ses fins ! ainsi l'orgueil n'y gagne guère. D'ailleurs ces déductions, venues à priori, et offertes par la raison, seront les seules d'accord avec les faits. Partout les traditions montrent en Dieu non-seulement le Créateur, mais aussi le Législateur.

On ne nie l'intervention divine que par un sentiment exagéré de la liberté. On pense que l'homme peut tout. Avec la liberté, l'homme marche effectivement du point où on le crée au point pour lequel on le crée : mais il ne peut ni se créer, ni connaître les fins ineffables pour les quelles il est créé, à moins que Dieu ne le lui dise. Sa raison n'entre pas dans l'Éternité. Si sa pensée allait si Haut, sa volonté, son être s'y introduirait. Oui, si l'homme découvrait par lui-même ses destinées surnaturelles, ce serait par une affinité de sa nature, ce serait de sa part un pouvoir si absolu, si positivement divin, qu'il aurait à plus forte raison celui de se donner l'être a... Toujours voir dans l'effet plus qu'il n'y a, ou dans la cause moins qu'elle ne possède, c'est là l'erreur et le grand vice de la raison.

Évidemment l'homme reçoit de celui qui le crée la révélation de ses fins, de même qu'il en reçoit la Grâce, ou le moyen d'y parvenir. Nier en même temps la Lumière et la Grâce, c'est rester en dessous de toute métaphysique, c'est perdre les notions de l'Être, car c'est attribuer à tout le propre pouvoir de l'Infini. Du néant à l'être la distance est positivement moins grande que de l'être à l'Existence éternelle. Et si, à l'égard de cette vie de la Gloire, l'homme pouvait ou savait, déjà il serait Dieu et se créerait. Puisque même il a reçu l'être, il ne pouvait donc rien en ce qui regarde l'être, et moins encore en ce qui regarde les Fins surnaturelles, infiniment plus au-dessus de la simple existence que l'existence n'est au-dessus du néant.

Mais ces vérités n'apparaissent qu'au sein d'une raison supérieure, et, les hommes n'ayant pas l'habitude de la mener si haut, Dieu charge la Foi de nous les remettre et de les maintenir. Repousser la Foi, et, d'autre part, ne point tenir les hauteurs de la raison, c'est appeler de tous côtés les ténèbres.

Ni la raison, ni l'Écriture, ni le libre examen, ni l'invisible Saint-Esprit, ne pouvant remplacer l'Église, reprenons notre sujet.

1 . Évidemment encore, aucune nécessité pour l'Ordre annoncé par la révélation : mais l'Ordre surnaturel décrété, nécessité que révélation en soit faite à l'homme, pour qu'il en prenne connaissance. . .
2. Il ne faut donc jamais confondre, puisqu'un abîme les sépare, les vérités rationnelles, remises à la nature, avec les vérités surnaturelles, remises par la grâce.


A suivre...CHAP. XXXIII. LE PRINCIPE D'AUTORITÉ N'EST QUE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'ÉGLISE.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Mar 27 Sep 2016, 9:45 am

CHAP. XXXIII.


LE PRINCIPE D'AUTORITÉ N'EST QUE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'ÉGLISE.



Telle est la notion pure de l'Église, à savoir qu'elle est fondée directement sur Jésus-Christ , et qu'elle n'est que la continuation de sa présence sur la terre.

De cette notion supérieure découlent tous les caractères de l'Église, sa séparation des réformateurs, et l'éternelle noblesse de l'homme.

Voilà le point contre lequel le cours des siècles ne peut rien. Il excite plus d'une envie ; mais le fait est irrévocable. Ou bien , il faudrait que Jésus revînt sur la terre, qu'il retirât son pouvoir à l'Église, et le transmît à une nouvelle institution. Or le cas même est impossible, l'Église ne pouvant errer, puisque, suivant la promesse, Jésus-Christ « demeure en Elle jusqu'à la consommation. » Vous sentez que la donnée reste logique jusqu'à la fin...

Que rarement on raisonne ! Comment l'Église, composée d'hommes, pourrait-elle demeurer dans la sainteté, si Dieu ne demeurait avec elle? Comment pourrait-elle ne pas errer, se maintenir dans l'unité ? Vous êtes-vous , hors de son sein, maintenus dans l'unité? Or, si elle pouvait errer, échapper à l'Unité et à la Sainteté, comment serait-elle chargée par Dieu d'enseigner les nations ? Le titre d'hérésiarque ne peut dispenser d'être fidèle à la raison. La condition fondamentale , absolue, de l'Église est que Dieu soit avec elle jusqu'à la fin. Son origine et sa durée en Jésus-Christ, tel est le fait indispensable, irrévocable.

Que les novateurs cessent de s'agiter ; ils ne peuvent toucher à cette base de l'Église sans anéantir toute église (1). Ils ne sauraient opérer le plus léger mouvement sans entrer rapidement dans un cercle illogique avec leur foi. Point de milieu : ou ils parlent pour Jésus-Christ, visiblement entés dans la promesse faite à Pierre ; ou ils parlent en leur nom et pour leur propre sacerdoce. Jésus-Christ ayant lui-même institué une Église et déclaré lui rester uni, ils ne peuvent se réclamer de l'Écriture sans sortir de Jésus-Christ , rejeter sa volonté et ses pouvoirs. S'ils sortent de Jésus-Christ, tout est dit.

Et néanmoins, dans les ténèbres où tombent aujourd'hui les hommes, une raison supérieure ne saurait s'adresser qu'aux Protestants : c'est-à-dire à ceux qui, au milieu de ce chaos, considèrent encore Jésus-Christ comme le Fils de Dieu, venu pour sauver le monde. Et c'est de leur part un grand génie et une grande preuve de conscience, séparés comme ils le sont de l'axe de la Foi. Car tout ce qui vient après eux est perdu pour la Civilisation. Ceux qui n'ont plus foi en la divinité de Jésus-Christ, déjà n'ont plus foi en la divinité de Dieu même. Niant sa Providence aussi bien que sa Substance infinie, déjà ils croient à la fatalité, rejettent les données supérieures , nient la liberté de l'homme , la légitimité de la Société et de toutes ses institutions. Les erreurs païennes, dans lesquelles ils débouchent maintenant par toutes leurs sciences, entraînant après elles les faibles esprits de la foule, font à cette heure la honte de l'époque, l'effroi des États, et la douleur de ceux qui comprennent la valeur du nom de Jésus-Christ.

Si le Protestantisme revenait à l'autorité, l'Europe serait sauvée. Pourquoi, par un malheur incalculable, tient-il à l'abri, sous un culte, le principe qui détruira le monde , lorsque le Christianisme aurait besoin de réunir toutes ses forces pour le sauver ? En substituant le principe du libre examen au principe d'Autorité, le Protestantisme a substitué, de fait, la raison à Jésus-Christ ; il a replacé notre orgueil sur le trône. S'il persiste en core à abriter dans son sein la source bien visible de toute erreur et de tout mal sur la terre, et à fermer dans cette impasse la conscience de tant d'honnêtes gens en Europe, l'erreur achèvera d'inonder les hommes, les scélérats justifiés et protégés l'emporteront.

Or, le principe d'Autorité n'est que la présence de Jésus-Christ dans l'Église. L'homme ici apprend à se connaître ! Dieu lui-même lui apporte sa loi.

Bien qu'entièrement théologique, cette question est la question capitale en Europe. Il faut s'élever à la plus haute thèse pour concevoir le principe de l'Église. Mais de là, on découvre les fondements de l'ordre politique, on retrouve la racine des Monarchies chrétiennes. Les philosophes, aujourd'hui, ne se placent pas à la hauteur nécessaire pour saisir les données d'une diplomatie supérieure (1). Affaiblis par le poison de toute les erreurs à la fois, les esprits cultivés chancellent un instant, et tombent dans le courant de l'époque ; fort peu conservent le pouvoir de lui préférer la raison. Nos frères dissidents se trouvent seuls au point de vue qui permette de lier les faits qui suivent : Notre-Seigneur Jésus-Christ est Dieu : — lui seul avait le pouvoir de fonder son Église : — connaissant l'homme, il a dû la fonder sur lui-même : — et il l'y a fondée effectivement, personnes et principes, comme le fait voir l'Évangile : — il faut donc remonter à l'époque où Jésus-Christ était sur la terre pour trouver la véritable Église : — dès lors la suivre, dans le fil de transmission de la promesse faite à Pierre, pour déterminer où elle réside aujourd'hui. Chaque trait est lié par un bon sens divin (1).
Toute autre voie est subterfuge.

La réformer? Mais on ne réforme pas ce que Jésus-Christ a formé ! S'en détacher pour faire mieux ? L'orgueil peut seul en offrir la pensée, puisque Dieu demeure avec elle ! Mais l'Écriture, la tradition, la raison générale? Elles rentrent et se retrouvent effectivement vivantes dans l'Église... Avant Jésus-Christ, les hommes possédaient l'Écriture , la Tradition, la raison générale; ils perdirent cependant l'Écriture, la Tradition, la raison, et la civilisation, tout ce que Jésus-Christ a pour but de leur rendre !

Quand la raison des Saints s'est élancée dans la Lumière, pourquoi celle des hommes est-elle venue s'évanouir dans ses raisonnements? Ainsi que le royaume divisé contre lui-même , la Raison moderne succombe, entraînant les nations qu'elle a fondées , si ses fils aujourd'hui ne se tendent la main... Mais, pendant que le monde est dans l'attente des maux qui vont venir, un cri est parti de l'Allemagne. Et la vieille Europe a tressailli d'espérance ; car les fils des héros qui délivrèrent les nations de la servitude de Rome, comme nous ont senti le besoin divin de délivrer aujourd'hui le monde de la folie de la Chair et de l'opprobre de sa dissolution... Nobles esprits que le génie amène, comme saint Augustin , sur les hauteurs de la Foi , quelle ne sera pas votre gloire, dans l'état où se trouve le monde, dans l'état où le libre examen a jeté l'ordre politique , les âmes , la civilisation ! Quels bienfaiteurs de l'humanité, que ceux qui reconduiront à l'Unité les fils qu'elle a tant pleurés ! Autorité religieuse , autorité civile, autorité de l'homme, hérédité, propriété, tout est nié, tout est perdu comme à la veille du dernier cataclysme. Ces droits ne reposaient, visiblement et pour les masses, que sur la volonté de Dieu. Car, pourquoi un homme viendrait-il en exclure un autre d'un champ? pourquoi un homme prétendrait-il hériter de tous les biens de son père? enfin, pourquoi obéirait-il à un homme, et dès lors recevrait-il encore d'un homme la vérité, si Dieu n'avait manifesté sa volonté à l'homme, s'il n'avait lui-même introduit l'Église sur la terre, s'il n'y avait fondé l'Infaillibilité, rétabli la souveraineté, l'hérédité, et la propriété? Ils seront les bienfaiteurs du monde, ceux qui, ramenant à une Mère l'enfant prodigue qu'elle chérit, réuniront le faisceau sacré de l'Europe, l'empêcheront d'entrer vivante dans la tombe que ses malheureux fils, que Luther et Calvin, que nos malheureux frères ont creusée l Car nous sommes vos frères, nous tous portés à l'avant-garde assaillie par la Révolution , nous qui toujours combattons, contre le Protestantisme, mais pour les protestants... Non, la distance qui empêche à ma main de serrer la vôtre, ne peut empêcher votre cœur d'être pressé contre le mien ! Le sentiment céleste qui agite celui qui doit revoir le frère dont il fut séparé, est venu me saisir en vous écoutant , ô vous qui aimez Jésus-Christ , qui aimez sa Lumière! et vous ne pouvez plus dire une parole que je ne me sente inondé de pleurs (1)... Allemagne, terre admirée, terre des mœurs, des vertus de famille et des vieux souvenirs , pays de la grande pensée , quelle joie , en entrant dans ton sol , de retrouver des frères ! Et , s'il y en a plus au Ciel pour une âme qui lui revient que pour celles qui persévèrent , pour vous , il y aura plus de gloire, pour vous, l'Église aura plus de tendresse que pour les quatre-vingt-dix-neuf qui vivent dans sa Lumière ! A vous , de Stolberg et de Haller , qui avez déployé l'étendard de l'union ; à vous , docteurs Léo et Bindewald , qui l'arborez si généreusement ; à vous , âmes loyales, l'élan d'un cœur qui vole tout entier vers vous!

1. D'ailleurs, comment répudier ce fait sans abolir tout enseignement chez les hommes ? Si ce sont les hommes qui interprètent ou parlent, quel homme a besoin d'écouter?
1. Et tel est le malheur d'avoir perdu la Foi. Le génie parvint-il à la remplacer en politique, que la foule des esprits resterait toujours au-dessous.
1. Voir dans l'admirable lettre pastorale de Mgr de Lavastida : « Ici, comme nous nous adressons à ceux qui croient en la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, voici comment nous raisonnons: Si Jésus-Christ est Dieu, tout ce qu'il a fait et enseigné est divin; il a fait une Église, donc elle est divine; il a enseigné une doctrine, donc elle est divine ; il a confié à l'Église le soin de conserver cette doctrine dans tous les temps et de la propager dans le monde, donc l'Église a une mission divine pour conserver cette doctrine, la propager dans toutes les nations, la conserver toujours pure, exempte d'interprétations qui puissent l'altérer. Afin que l'Église puisse remplir sa mission, son Auteur a dû lui fournir, au commencement, tous les moyens nécessaires pour établir sa doctrine, ensuite pour en étendre l'empire, enfin pour la conserver intacte jusqu'à la consommation des siècles. »
1. Voir le Volksblalt, de Hall, publié par le Dr Henri Léo et ses amis.
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A suivre...CHAP. XXXIV. LE PRINCIPE DE l'ÉGLISE BASE DE NOTRE CIVILISATION.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Mer 28 Sep 2016, 9:16 am

CHAP. XXXIV.


LE PRINCIPE DE l'ÉGLISE BASE DE NOTRE CIVILISATION.



Le principe d'Autorité , avons-nous dit , n'est que la présence de Jésus-Christ dans l'Église. Ce principe n'est pas la base uniquement de l'Église. La conscience , la loi moderne , le droit public , la politique des États , tout, en Europe, en dépend. Ou le droit divin ou le droit de l'homme. Et, comme en proclamant le droit de l'homme , ou la raison , il faut être logique et en recueillir les attributs dans l'impersonnalité de la foule , ou Jésus-Christ ou le peuple souverain !

Si la foi en ce fondement divin pouvait vaciller dans l'Église , comment cette foi serait-elle fixée ailleurs ? Où serait le fondement des lois, le fondement du droit, le fondement des mœurs, s'il n'y avait un Dieu vivant, un Dieu qui parle? L'homme au sein de la Société ne serait-il qu'une machine? L'homme vit sur un droit supérieur; mais je dis l'homme, et non la créature violée dans sa nature et dans ses hautes destinées. La question de l'Église est la question de l'Europe civilisée. On l'a vu suffisamment par l'histoire; une seule réflexion découvre intérieurement le fait.

Il faut que l'homme sente une base à sa certitude, il faut une origine à sa loi. Que signifie la Justice, si elle est fille d'un code? le droit , si c'est l'homme qui l'invente? l'inviolabilité, si elle naît d'un contrat? la Souveraineté , si elle dérive de la force ? la Foi , si elle descend de la pensée ? Et les mœurs, ce fluide vivant du corps social , où seront-elles élaborées, sinon sous l'œil du Dieu vivant? Nous agissons ou prêtons serment devant Dieu ; devant quel Dieu ? Jupiter, ou le Dieu des Indes? car, sur la nature de ce Dieu, se forme la nature de ma conscience. Elle est autre avec le Dieu des Turcs, autre avec celui des Déistes, autre avec celui des Panthéistes, autre avec Notre-Seigneur Jésus-Christ. Si ces Dieux se modifient selon les diverses conceptions de l'homme, ma conscience également se modifie selon le Dieu qu'elle a conçu, et qui lui offre ses devoirs. Or, de la conscience, vous le savez, découlent nos mœurs et nos lois (1)... Reste à connaître si les nations civilisées applaudiront aux consciences formées, soit sur les Dieux des hérésies, soit sur ceux des philosophies déistes, fatalistes ou panthéistes ; et si les peuples se complairont dans les lois inspirées par ces Dieux, dont les uns ont des mains, et ne touchent point, une bouche, et ne parlent point ; et les autres , une intelligence , et ne pensent point, une justice, et ne jugent point, un amour infini, et ne récompenseront point.

Si chacun de nous , sur la terre , était accueilli par les mœurs et réglementé par les lois du Dieu que choisit sa pensée, les dissidences n'iraient pas loin. Eh bien! si vous trouvez tant de justice , de respect, de charité, de poésie et de douceur au sein des sociétés chrétiennes, vous le devez à Jésus-Christ !

Quand on a la Foi , il faut en avoir les lumières. Il faut posséder la logique aussi bien que le courage de sa pensée. L'homme étant l'élément et le but de la Société, ce qui a fait la vie et le fondement de l'homme doit faire la vie et le fondement de la Société. Comment se pourrait-il que Jésus-Christ , en sauvant l'homme , ne sauvât pas la Société? que l'Église, qui l'éclaire et le sanctifie, ne conduisît pas la Société à ses fins ? Il faut bien raisonner ! La Société aurait-elle , par hasard , un autre but que l'homme ? Rachetant, rétablissant la nature humaine, Jésus-Christ doit racheter à la fois l'ordre moral, l'ordre civil et l'ordre politique. Celui qui vient délivrer l'homme , lui apporte l'autorité qui convient à la liberté des enfants de Dieu. Aussi (du reste , c'est la vérité historique), Jésus-Christ est-il le fondateur et la source d'une civilisation qui tire de lui son existence avec la force de restreindre le mal que nous portons tous en nous. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il en soit le centre et la vie; que son absence en soit la révolution et la mort. Si nous ne sentons tout cela, quelle est notre métaphysique ?

Toujours on se demande la logique que suivent tous ceux qui sont hors de la Foi...

Mais enfin, il y a plusieurs Dieux parmi vous : il n'y a donc point de Dieu! La pluralité des Dieux est le signe du néant de Dieu. Quand on repousse le Dieu vivant, la nuit de l'athéisme est dans les âmes. Or, l'athéisme intérieur se manifeste par l'athéisme légal. Connaissez-vous ce dernier? C'est l'homme obéissant à l'homme , le despotisme ou l'anarchie : il faut que logique se fasse. Si le principe d'Autorité est la présence du Dieu vivant dans l'Église, puis dans les mœurs et dans les lois ; le principe du libre examen est l'introduction de l'homme dans la Foi, puis dans les mœurs et dans les lois. Pourquoi, dans toute l'antiquité, n'y eut-il pas un peuple libre? Pourquoi l'Europe voit-elle déjà des cendre une moitié de ses fils dans les mains du despotisme , et l'autre, dans celles de la démocratie ? Ne franchissez point ces deux faits sans les voir...

Proclamer l'égalité absolue des croyances , c'est proclamer la négation absolue de la vérité : c'est , pour un gouvernement , briser la pierre des mœurs , rompre le faisceau des lois et, de ses propres mains, déraciner l'obéissance. « Si les Gouvernements ne savent pas où est Dieu, s'écrie un éminent publiciste, où les peuples le chercheront-ils ? Si toutes les croyances sont égales , s'il n'y en a pas d'absolument vraies , dans quel sol prétendra-t-on planter la vérité politique? On oublie que les croyances règlent la vie , et que la vie se règle en vue de l'Éternité. »

Les grands troubles de l'Europe sont nés des hérésies. La rupture des croyances amena celle des lois et des institutions. Du jour où une religion se dissout , il se prépare autant de peuples que de sectes. Les États , fatigués, ont eu recours à des traités d'équilibre, et les Princes à des constitutions. On a cédé une partie de l'autorité dans l'espoir de préserver l'autre. Mais le mal poursuit intérieurement sa marche. On a vu les garanties des lois supérieures tomber les unes après les autres dans les esprits. Et , à l'heure où nous sommes , une matinée de révolution a suffi pour montrer la société renversée dans chaque État... Les foules se pressent sur les dernières barrières pour échapper à la civilisation ; elles espèrent à tout instant être délivrées de la Société , et consommer les biens qu'elle a recueillis. Que l'Église ne maintienne pas le principe de la divinité de Jésus-Christ , et voilà l'Europe en proie aux Dieux divers , sortis des degrés divers de la raison. Que l'Église elle-même ne soit pas fondée sur Jésus-Christ , et elle disparaît sous la diversité des hérésies , sorties des besoins divers de l'orgueil.

La source des idolâtries , comme de toutes les hérésies , n'est-elle pas évidente? Ne voit-on pas tous les hommes faire des efforts inouïs sur eux-mêmes (1) pour réduire leur foi à la mesure de leur cœur? Ainsi la Civilisation sera réduite pour eux.


1. Je ne pense pas qu'on ait l'enfantillage de chercher l'origine des lois dans le décret qui les promulgue, ou l'origine des mœurs dans l'encre des littérateurs.
1. Rien ne doit plus irriter l'homme, en effet, que l'enseignement de la Foi sur l'insuffisance des vertus humaines. Notre orgueil, qui veut se parer des vertus naturelles, ne saurait pardonner à une doctrine qui vient lui en signaler de plus nobles. Quoi ! ces vertus chrétiennes, dont le but est le dépouillement de soi, vont de plus annuler les siennes ! Le moi tentera des efforts désespérés pour détruire sur ce point la Doctrine ; pour établir qu'il suffit d'être honnête, que le reste est pur Mysticisme. (Mand. de Mgr de Digne.) La philosophie, toute pour l'homme , ne saurait céder le point pour lequel elle a pris les ormes. Jamais. jamais les grandes preuves n'arriveront jusqu'à l'esprit, si elles n'y sont attirées par quelque humilité dans le cœur. C'est une vertu qui nous sauve...



A suivre...CHAP. XXXV. NOTRE CIVILISATION REPOSE SUR LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'ÉGLISE.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Jeu 29 Sep 2016, 10:15 am

CHAP. XXXV.


NOTRE CIVILISATION REPOSE SUR LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'ÉGLISE.



Il faut ouvrir les yeux aux faits. Si vous ne croyez pas en Jésus-Christ , Dieu palpable et logique , à qui vous devez votre Civilisation , vous n'aurez demain ni Dieu, ni droit, ni civilisation... Le résultat est inévitable. Pendant que vous discuterez sur le Dieu que vous voulez admettre , vos amis discuteront sur un autre ; ainsi de toutes vos lois et de votre société. Ne sentez-vous pas que le véritable Dieu doit s'imposer à la pensée? S'il en procède, il est moins qu'elle. Les hommes , entendons bien , n'arriveront jamais à fixer en réalité une Foi, un Droit, une Loi. Ce qui dérive de la pensée ne peut conduire et élever la pensée ; ce qui provient de la foule ne peut civiliser la foule.

Le Dieu cherché est déjà perdu. Le Dieu que poursuit la pensée est celui que fuit notre cœur. Ah ! concluez à votre impuissance , voilà six mille ans que l'homme cherche ; à quelle époque ferez-vous mieux ? Avant Jésus-Christ, vous n'avez rien fondé d'humain ; déjà vous périssez, et vos membres sont morts, sur tous les points dont il s'éloigne... Prenez garde; en rejetant comme une trop forte omnipotence la divinité de Jésus-Christ , vous aurez autant de Dieux barbares qu'il plaira à la pensée d'en concevoir. Prenez garde; en rejetant comme un trop grand pouvoir une seule Infaillibilité, vous aurez autant de papes que de Princes, autant d'infaillibilités que d'États. Et le despotisme nous garantira pendant quelques jours encore de la barbarie, où la démocratie nous jettera subitement.

Observons mieux l'esprit humain, et ne nous laissons plus faire illusion par nos erreurs. Elles sont trop logiquement échelonnées sur les degrés du mal, pour n'en pas suivre la loi. Mais voyez-les se graduer suivant les faiblesses du cœur. Tels ne veulent pas se céder complétement à Dieu, disputant avec lui chaque point de leur moi , sur chaque degré de l'orgueil : c'est la série des hérésiarques. Tels voudraient ne lui rien donner de leur cœur, si ce n'est une lointaine admiration parce qu'il créa le monde : c'est la série des philosophes. Tels voudraient ne rien lui céder dans leur âme , mais au contraire l'anéantir, pour s'enfoncer sans reproches dans leurs fureurs et dans leur fange : c'est la série des criminels et des impies. Et tels enfin , pour justifier l'impiété même, et nier jusqu'au mal, viennent se mettre à la place de Dieu : c'est la série des panthéistes ! ici est l'Erreur absolue. Et chacun sait trouver sa place (1).

Les hommes, lorsqu'il s'agit de religion, c'est-à-dire de la perfection que demande leur âme, se gardent bien de se fier à la raison... Ils interrogent leurs penchants, et non la Foi. L'obéissance est un héroïsme.

Ne pensez pas que l'erreur soit une ignorance ou un trait de génie à faux. Tout cœur s'éloigne ou s'approche du centre selon son vol. La vérité est impossible à celui qui, par un point caché de son âme, est engagé dans un principe inférieur. Celui-ci ne veut point que Dieu existe; celui-là y consent encore, pourvu qu'il ne s'occupe plus de lui ; cet autre entend que Dieu veille sur ses biens, mais en lui permettant plusieurs choses ; tel autre, qu'il soit partout loué et connu, mais d'après sa propre méthode; tel, qu'il se contente d'être admiré, mais non aimé et servi ; tel, qu'il règne avec splendeur sur la terre comme au Ciel , mais non qu'il soit là, toujours présent, et sur l'autel et sur le seuil de notre cœur. Seul, le saint veut Jésus-Christ dans tout le sien ; et ce Verbe infini de Dieu reçoit ici une démonstration de la nature humaine elle-même, qui lui fait dire : « J'habite avec délices auprès des fils des hommes ! « Il est venu habiter avec nous , il a voulu habiter en nous ! il fait ses délices de la conversation et de la perfection des hommes : delicias mese esse cum filiis hominuml !

Les sources de nos philosophies mises ainsi à découvert, que pouvez-vous nous dire? Espérez-vous transformer la nature humaine, c'est-à-dire en ôter l'orgueil (1)? Connaissez le cœur humain. Du bon sens, ou nous sommes perdus. Trois points se tiennent, Dieu, la conscience et la loi. Vous ne pouvez toucher au premier sans les renverser ensemble. Quittez Jésus-Christ, Dieu vivant , et vous aurez les Dieux des philosophies, c'est-à-dire l'absence du Dieu protecteur et Sauveur. Quittez le principe d'Autorité, droit divin que Jésus-Christ prête à la loi, et vous aurez les droits de l'homme, c'est- à-dire, sous le nom de souveraineté du peuple, un despotisme qui nous annonce notre fin. On n'arrête pas un corps en sa chute, ni la logique en chemin. Vous n'en êtes point convaincus , vous voudriez reprendre l'épreuve? Je le sais, c'est la manie des modernes. Mais quand l'épreuve sera finie, c'est que nous n'existerons plus...

«Personne, dit le R. P. Dom Guéranger, n'aie bon sens de se demander d'où vient que le grand ressort du monde est brisé, d'où vient que les sociétés sont constamment aux expédients pour vivre quelques années de plus. Cette impossibilité de se protéger qu'éprouve la société moderne vient de ce que Jésus-Christ ne règne plus sur elle. Rien ne vivra, ni ne pourra se défendre, jusqu'à ce qu'il y règne de nouveau.»

Ne saura-t-on jamais embrasser une idée ! Dieu est le seul Saint par essence ; le seul juste, le seul qui ait la vie, la joie, la vérité, le droit, le pouvoir par essence. Les hommes ne possèdent l'être, la vérité, la joie, la justice, le droit, le pouvoir, l'obéissance que par communication. Définitivement tout vient de Dieu. Hors de Dieu, qu'aurons-nous, que fonderons-nous ? Hors de Dieu, le néant... Et que peuvent espérer les hommes lorsqu'ils prétendent fonder sur eux la justice, le droit, la famille, la propriété, le Pouvoir? Quand ils n'obéiront plus à Dieu, QUI VOUDRA LEUR OBÉIR A EUX-MÊMES ?

Il serait étrange que Dieu nous eût tirés du néant, et que la Société, qui nous élève et qui nous forme, ne s'appuyât point sur lui. Pour s'appuyer sur lui, il faut qu'il soit présent , qu'il ait une action , une voix sur la terre ! On veut que tout soit humain ; rien n'est plus humain que de se soumettre à l'homme.

Notre civilisation vit sur la présence de Jésus-Christ dans l'Église. Une chose perdra l'Europe , c'est qu'on y redoute moins aujourd'hui la Révolution que l'Église...

De là, s'il fallait ramener nos regards vers la France, vers cette vieille terre de l'honneur, où gît le nœud des grands problèmes, il me serait impossible également de taire la pensée que je retrouve toujours de bout dans ma conscience : En France , un pouvoir où la Foi ait la plus grande part, sinon pas de pouvoir durable (1)... Les nations n'ont d'autre but que de conduire à Dieu le plus grand nombre des âmes.


1. Ces hérésies, ces philosophies, ces successifs amoindrissements de la vérité, sont les points successifs par lesquels notre esprit retourne au néant. L'Église, par un effort immense, soulève toutes les âmes avec le bras de Jésus-Christ. Retirez l'attraction au globe, tout y retombe en poussière; ôtez l'Église à l'Europe, tout y retourne à la barbarie.

1. Comment l'impiété réussirait-elle en ce monde, si elle n'y arrivait sous le nom de philosophie? et nos passions, si elles ne s'y présentaient comme des religions plus belles ?

1. Le pays de la bravoure est devenu celui de la peur : on tremble devant l'Opinion. Il ne suffit plus d'y flatter la Révolution ; il faut encore se prosterner devant les thèses de sa Littérature philosophique, historique , politique et romancière. Sans cesse elle a le mot de génie à la bouche, et elle ne supporte que la nullité des principes, la petitesse des caractères , et le doute au sein des choses élevées. Tout ce qui se dessine largement lui devient odieux, comme aux tyrans. Mais ce qui apostasie ou déchoit reçoit ses bonnes grâces. Elle sourit à la médiocrité des opinions, des principes et des croyances, décorées par les belles-lettres. Terrible époque, où les hommes courent à la perfection littéraire en s'éloignant de la vérité ! Sous ce nom de Littérature, que de germes ont été étouffés par cette couche de haute ignorance dont le dix-huitième siècle nous couvrit, et qui étend encore une séparation mortelle entre le peuple et la lumière de la Foi !



A suivre...CHAP. XXXVI. LES PROTESTANTS NE POSSÈDENT PAS L'ÉCRITURE.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Ven 30 Sep 2016, 10:04 am

CHAP. XXXVI.


 LES PROTESTANTS NE POSSÈDENT PAS L'ÉCRITURE.



Le fait de l'Église est de la plus haute philosophie. C'est Dieu, c'est sa Parole, c'est sa Grâce qu'il faut conserver aux hommes ; c'est la question de la vérité , c'est la question des sacrements. Autorité divine pour transmettre l'une , pouvoirs sacrés pour communiquer les autres.

Et c'est si simple ! Jésus-Christ venant sauver les hommes , en leur rapportant les deux choses perdues : la Vérité et la Vie ; voulant qu'au lieu de se perdre encore , toutes deux se puissent transmettre , de génération en génération , à tous les hommes ; dès lors , instituant un Corps vivant , capable d'enseigner cette Parole et de communiquer cette Grâce : gardien perpétuel, afin que la Parole se perpétue; canal permanent, afin que la Grâce arrive à tous ; dès lors , la vérité , ou la parole de Jésus-Christ , se transmettant par une autorité fondée sur lui ; la vie, ou la grâce de Jésus-Christ , se communiquant par un ministère venant également de lui ; Jésus , enfin , conférant formellement à ses propres Apôtres tous ces pouvoirs surhumains , qu'ils conféreront de la sorte à leurs successeurs, et promettant de rester lui-même avec eux jusqu'à la fin ; en un mot, le Verbe, qui s'est fait homme, étendant à tous les hommes les bienfaits de la Rédemption , par des moyens positifs, indestructibles, sous une forme visible, indubitable , et priant son Père céleste pour que tous, en cette unité de baptême et de Foi, soient un comme Lui, son Père et l'Esprit ne sont qu'un dans les Cieux : c'est là un plan divin , un plan digne du Créateur !

L'Église se présente comme un groupe d'axiomes ; c'est un système appartenant aux lois du monde.

Aussi , le fait épouvante. On veut quitter en toute hâte ce terrain , pour entrer dans l'Écriture. — Jésus-Christ a-t-il bien donné tant de portée à ses paroles? Voyez, interrogez les Écritures ; c'est à celles-ci, en définitive, qu'il faut en venir (1). » — Or, celui qui sort de l'Église pour se fonder sur l'Écriture , ne voit pas qu'à l'instant le sol disparaît sous ses pieds. Est-ce par l'Écriture qu'il peut établir l'inspiration des Écritures? La belle chose ! cette Ecriture est-elle de la main de Dieu ; l'a-t-il tracée , l'a-t-il signée ? Et puis , connaissez-vous son Ecriture? Ce sont des hommes, n'est-ce pas, qui l'ont écrite sous sa dictée? Ah! des hommes! Et qui me prouve qu'ils ont écrit sous sa dictée? qu'ils en ont été inspirés ? Enfin , parmi les écrits de ces hommes, quels sont ceux qui sont inspirés? Appuyés uniquement sur l'Ecriture, vous voulez établir l'inspiration de l'Écriture : c'est là que je vous attendais. Prouvez les Livres saints avec l'inspiration des Livres saints...

Et d'abord, êtes-vous sûrs de posséder les Livres saints? N'ayant connu ni les Juifs, ni la Synagogue, arrivant quinze cents ans après eux, repoussant le canal infaillible qui aurait pu, de leur époque à la votre, verser la Parole aussi pure , transmettre le sens aussi intact, le protestantisme, quand il se fonde sur l'Écriture, s'appuie sur un fondement dont il n'est pas sûr. Il n'est sûr : ni 1° de l'authenticité du texte, ni 2° de l'exactitude de la version (1) , ni 3° de sa propre interprétation , ni 4°, il l'avouera, de l'inspiration des saints Livres. Vous déclarez que Dieu a parlé par les prophètes. Qu'en savez-vous? Vous prétendez qu'il a pu seul inspirer ces textes. Vous le dites, et vous rejetez en même temps l'Infaillibilité ! Est-ce par l'Écriture, encore une fois, que vous établirez l'Écriture? J'attends de vous autre chose qu'une pétition de principes.

Certainement, l'Écriture est une autorité, mais je veux savoir si c'est elle ! Et c'est si vrai, qu'elle ne fait autorité que lorsqu'elle est reconnue, interprétée, et produite dans son vrai sens par une autre Autorité. Seule, comment serait-elle une autorité, puisqu'on ne sait point si c'est elle? Elle ne nous verse sa lumière qu'en entrant dans notre horizon ; elle ne s'élève à son autorité qu'en atteignant toute sa pureté. Ainsi les deux autorités puisent l'une vers l'autre une force et un éclat incomparables, qui ne se retrouvent plus séparément dans l'Écriture. Et c'est abuser que de la présenter ainsi comme étant l'Écriture.

Celui qui pense qu'avec l'Écriture il peut se passer de l'Église, ne voit donc pas qu'en ses mains ne se trouve pas l'Écriture. Quand le protestant émet un texte pour en démontrer l'inspiration , il commence par la supposer. Ou il n'est pas sûr de sa foi, ou il se fait un moment catholique. Ou catholique ou illogique.

Je reprends l'argument pour qu'on ne dise qu'il a passé inaperçu. Le protestantisme ne peut arriver à la certitude logique de l'inspiration des Livres saints, puisqu'il lui faut invoquer les Livres saints pour l'établir. Mais on oublie tout , on ne réfléchit à rien pourvu que l'on proteste. Encore une fois, comment fonder sur l'Écriture, quand on ne peut fonder la certitude de l'inspiration des Écritures; quand on écarte l'Infaillibilité, QUI TIENT DEBOUT, EN MÊME TEMPS, TOUT L'ÉDIFICE? Aujourd'hui, les Écritures ne peuvent rendre témoignage pour elles-mêmes (1). Il faudrait être sûr qu'elles sont inspirées pour être sûr qu'elles ne se trompent point lorsqu'elles le disent. Donc , quand le protestant déclare l'Écriture inspirée, il fait un cercle vicieux ; et, quand il pense l'interpréter sûrement, il abdique, il se fait catholique un instant. Si court qu'il soit, cet instant lui suffit pour faire passer ses conséquences, mais pour en ôter la raison... Il ne possède donc ni son principe , ni le pouvoir d'en déduire. Il n'a de fondement ni dans la logique, ni dans l'Écriture. Si les philosophes lui demandent pourquoi il croit à la Bible, que peut-il dire ? sinon que telle est sa croyance.

Ce n'est pas tout! L'Écriture est un miracle, puis qu'elle est révélée : elle mène droit au surnaturalisme de la vérité, je veux dire à la manière divine dont elle nous est donnée et conservée... Si Dieu a lui-même révélé l'Écriture , et qu'elle renferme les vérités du salut, il a dû en confier la garde à une autorité, et à une autorité une et infaillible. Car, si elle n'est pas une, où est la vérité? pas infaillible, comment la conservera-t-elle ? La vérité , c'est l'unité; l'Infaillibilité, c'est l'unité ! Voilà comment l'Écriture entonne elle-même l'hymne à l'Unité, à l'Infaillibilité! Non, ce n'est point seulement une vérité révélée qu'admet le protestantisme, mais, s'il est logique, une Autorité toujours une, toujours vivante, et sous l'action directe du Saint-Esprit, d'où lui vient déjà l'Écriture.

Les Catholiques seuls possèdent un Principe; seuls, ils possèdent un enchaînement logique ; les Catholiques ont seuls un système en ce monde. Et c'est moi qu'on accuse d'abdiquer ma raison ! Au fond , si j'éprouve ici une crainte, c'est d'y obéir trop , c'est de ne pas laisser assez de place à ma Foi. Heureusement, ma Foi est d'obéir à Celle où m'a conduit ma raison , et où réside toute raison...

Du moins, je crois avec la raison ! du moins, j'obéis avec elle, et suis fier de ce que la grâce de Dieu et la noble logique sont les seuls maîtres de mon esprit. Croire que Dieu ait créé le monde pour l'oublier, et pour abandonner les hommes sans leur offrir la vérité ? Quelle idée de la Création !


1. Entrées en matière de tous les discussions protestantes.

1. Hors de l'Église, tout homme, pour obtenir le sens réel des Écritures, est obligé de recourir au texte primitif, dès lors, de traverser le latin et le grec pour arriver au syriaque et à l'hébreu. Par devoir, chacun se trouve dans la nécessité d'exécuter cette œuvre immense par lui-même, ou de relever d'un plus savant. Pas de milieu , ou l'Église ou le plus savant ! Le protestantisme n'a fait que remplacer une autorité par une autre, Jésus-Christ par le plus savant. Cela se ré duit là. Cependant mettez une autorité à la place d'une autorité ; la science, qui est diverse, qui discute, qui se contredit, qui doute, qui n'est jamais fixée, à la place de l'Église, et il n'y a rien de fait : il faut établir, maintenant, l'inspiration de ces Écritures, dont il s'agissait tout à l'heure de connaître le sens...

1. Les Écritures rendaient témoignage pour les Juifs, qui possédaient la Synagogue, et parce que c'est à eux que Dieu avait promis le Messie et avait donné les prophètes.



A suivre...CHAP. XXXVII. LES PROTESTANTS NE PEUVENT QUE PROTESTER CONTRE EUX.


Monique

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Date d'inscription : 26/01/2009

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