L'INFAILLIBILITÉ

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Mar 29 Nov 2016, 9:29 am

POLITIQUE RÉELLE.



XXI.
Usage de la liberté.

Pour fixer l'usage et l'étendue de notre liberté, il faillait en connaître l'essence ! Le pouvoir d'accomplir soi-même la loi, ne saurait devenir celui de la violer, moins encore celui de la perdre et de la tourner contre elle-même. La liberté n'est pas pour elle, mais pour l'homme, mais pour son bien, mais pour la loi. A qui d'abord appartient-elle, sinon au bien et à la loi ? D'ici, l'on voit où elle se développe et où elle s'amoindrit ; où elle doit être illimitée, et où il lui importe d'être réglée et conservée. Créée en vue du bien, la liberté ne saurait attaquer le bien sans se détruire, sans être le contraire de la liberté. De là les conséquences, que l'histoire a tirées : liberté illimitée pour le bien, pour l'Église, par exemple, parce qu'elle est l'action de Dieu sur l'homme; liberté réglée pour l'individu, pour la presse , par exemple , parce qu'elle est l'action de l'homme sur autrui (1) !

N'oublions point ceci : la liberté, créée pour le mérite , se circonscrit au terrain du mérite. Tout ce qui le dépasse est autant de perdu pour l'homme, de détruit dans la Société. Multiplions autant que possible, devant la liberté, les occasions de mériter; réduisons celles où elle peut démériter, et dès lors s'affaiblir. C'est le principe, c'est le point éclairé, et d'où il faut discrètement mener la lumière sur le reste; c'est le nœud des difficultés contemporaines. Personne ne demande l'inquisition telle que les princes l'exercèrent en Espagne , ni la licence telle qu'elle éclate chez les peuples en révolution. On demande le bien dans la liberté possible : et cette thèse, une fois démontrée, rallierait tous les esprits honnêtes et sensés. On doit toujours poser la question de la liberté dans son rapport avec le bien.

Ne serait-elle point guidée partout où elle pourrait nuire, soit à elle-même, soit à autrui? L'homme, en effet, n'est pas seul, et sa liberté se limite encore à celle de ses semblables. Il y eut évidemment confusion ! c'est la Justice qui est sans limites , parce qu'elle est l'accomplissement de toutes les libertés. Et ici, l'homme possède un bien plus doux et plus vénéré que la liberté, parce que ce bien contient et toutes les libertés et toute l'égalité possible. Ceux qui font leur unique thèse de la liberté absolue, et l'opposent à la justice, à la famille, aux droits acquis, à la vérité, à la loi, à la Société elle-même, nous offrent une triste idée de leur jugement ! L'homme ne doit être attaqué ni dans son âme, ni dans sa famille, ni dans ses biens, ni dans ses mœurs, ni dans ses droits acquis , ni dans la Société, qui les garantit tous. Car c'est elle qui le recueille, qui l'édifie , et le respecte dans tout son être. L'État défend sa personne contre la violence , l'Église défend son âme contre l'erreur. Enclin au mal, condamné au travail , en proie à la misère et aux passions , il est ouvert de tous côtés aux entreprises du mensonge : et lui laisser la faculté de communiquer ses erreurs aux foules sans expérience, c'est attenter au plus sacré des droits de l'homme. Accorder à la presse une liberté illimitée, c'est vouloir que le peuple appartienne au premier venu.

La liberté n'est point là. Elle naît avec notre âme, elle se lie à tout homme, se développe comme lui, et c'est à quoi l'on reconnaît la véritable liberté. Elle n'est ni l'apanage ni le profit de l'écrivain, qu'on peut toujours acheter ou mettre en prison. « Esclave né, dit Boileau, de quiconque l'achète ». La liberté a pour gardien les Aristocraties. Chez les peuples chrétiens, elle s'ouvre pour l'homme avec la vie , s'assied à son foyer, l'accompagne en son champ, paraît avec lui au sein de la cité , s'épanouit dans ses vertus et dans ses mœurs. Elle veille à ce qu'il ne soit frustré de ses droits, ni comme homme, ni comme père, ni comme propriétaire, ni comme citoyen; à ce qu'on ne lui ôte point, par exemple, la faculté de tester, celle d'élever entièrement ses fils dans sa foi, de défendre les droits qui s'attachent à ses biens, à sa cité, à sa Province , sous le prétexte dérisoire de lui offrir des libertés dont les hommes de lettres sont seuls appelés à jouir.

1. Pour l'homme, pour celui qui se trompe, liberté complète d'écrire. de penser et d'agir : pour l'Église, pour celle que Dieu dirige, surveillance sévère dans tous les mouvements ! Voilà la logique du siècle : il ne saurait manquer d'en recueillir les fruits...


A suivre... XXII. La liberté de la presse annule celle de l'Église.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Mer 30 Nov 2016, 7:31 am

POLITIQUE RÉELLE.



XXII.
La liberté de la presse annule celle de l'Église.

Peut-on laisser, en conscience, la charge auguste d'enseigner les Nations à quelques hommes formés par la rhétorique, et en dehors précisément des études que réclame la politique ? Docteur en théologie, docteur en histoire, docteur en morale, docteur en économique, docteur dès lors en Politique ! Tels sont, aux yeux de tout homme sérieux, les titres à présenter pour obtenir du Souverain le privilége redoutable de parler aux nations. Vous demandez la liberté de la presse, c'est sans doute pour annoncer aux hommes des vérités nouvelles, et dont vous les croyez privés? Où sont les détenteurs de ces vérités supérieures au bon sens et à la tradition ?. . Et qui peut croire à une presse instruisant les nations?

Non, vous voulez ôter l'homme des mains maternelles de l'Église pour le livrer à des littérateurs. Égarer l'homme ou le séduire est une étrange profession. Les pasteurs des peuples peuvent-ils fermer les yeux sur cette iniquité fatale ?

Mais la science n'est pas ici la seule condition ; il en existe une seconde, et c'est sur ce point qu'on s'oublie ! Le droit d'enseigner les nations, qui appartient à l'Église, ne saurait même s'exercer par les Rois d'une manière absolue. Ce droit dont les Rois, appelés par l'Église évêques extérieurs , ne disposent auprès des âmes que dans les choses extérieures (1), telles que les Sciences, les Lettres et les Arts, dans les choses qui se lient aux besoins de l'État, telles que la justice et les lois, l'agriculture et l'industrie, la guerre, le commerce et l'administration ; ce droit de pénétrer dans l'esprit de leurs peuples, de captiver leurs cœurs, est le plus grand, le plus auguste de la Couronne. Le Prince peut seul le conférer. Le Prince qui abandonne cette charge vraiment épiscopale , ce pouvoir précieux , n'est pas digne de conserver les autres : il a fait peu de cas de l'âme de ses peuples. Quand il accorde ce droit si cher, au citoyen qu'il en a jugé digne , le Souverain lui confère une charge non moins grave que celle dont il investit le gouverneur d'une Province ou le commandant d'une armée. Et lorsqu'il la confie, il ne reconnaît point un droit, il cède un privilège (1) , un privilège de la Couronne.

Le Christianisme en s'éloignant nous laisse dans la nuit ; les hommes, comme saisis d'un rêve , répètent des mots et demandent des choses dont ils n'ont pas le sens. Dans le mouvement qui entraîne les nations catholiques depuis que l'absolutisme se substitue à l'action de l'Église ; dans le besoin qui appelle partout la liberté de la presse, se manifeste cet instinct sacré : que la loi de l'esprit doit régner chez les hommes. Cette idée, affaiblie du triomphe de l'ordre moral, nourrit en nous une image trompeuse des biens que nous avons perdus ; tant notre cœur désire la lumière et redoute la force qui menace la conscience, la liberté des enfants de Dieu !

1. Il se rapporte, directement, au bien temporel de l'État, et indirectement, à l'exécution des lois divines, dit S. Thomas.
1. Sous la Monarchie française, qui conservait le sens des nobles choses et de la dignité de l'homme, aucun livre ne se publiait qu'avec Privilège du Roi.



A suivre... XXIII. La liberté politique annule la liberté pratique.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Jeu 01 Déc 2016, 7:46 am

POLITIQUE RÉELLE.



XXIII.
La liberté politique annule la liberté pratique.

Au sein des nations chrétiennes, les hommes ont toujours possédé des droits privés et des droits publics ; les uns pour l'individu, les autres, pour la Société. Les libertés véritables reposent sur la famille, sur la propriété, sur la commune , sur la Province. Quand l'État se substitue à ces grands faits, il n'y a plus de libertés chez les peuples. Ces libertés réelles se forment avec eux ; elles demandent des Aristocraties pour les produire et pour les protéger. Un peuple privé d'Aristocratie appartient au despotisme. Ces Aristocraties elles-mêmes sont fondées sur des conditions morales et politiques qu'on ne saurait ébranler sans renverser les peuples et leur propre constitution historique.

Au reste, tout le monde sait que les nations chrétiennes arrivent à une sage liberté. Mais une sage liberté est une liberté sage, facile à définir : accroître sans mesure la liberté du bien, et réduire avec soin celle de faire le mal, celle de se détruire (1). Repousser une semblable liberté , serait avouer qu'on réclame les droits de l'orgueil et non ceux de la liberté. Car, dès qu'elle prétend se donner à elle-même sa Loi, décider de l'existence qu'il faut laisser à Dieu, à l'homme, à la famille, à la propriété, aux aristocraties, à la commune, à la cité, à la Société elle-même, c'est d'une pareille liberté qu'il faut dire, elle n'a ni foi ni loi, ni feu ni lieu. On croit la France avide de cette liberté, qu'on appelle illimitée ou absolue. On la disait aussi folle d'égalité l Mais la France précisément ne reprit confiance, après 1848, que parce qu'on retirait à la Tribune, à la presse, aux associations politiques, cette liberté illimitée. Voilà qui doit tranquilliser. Car s'il fallait combler l'orgueil, chacun sait quand on y parviendrait !

En politique, l'extrême liberté est la servitude des bons. La liberté politique, telle qu'on la voulait de nos jours, détruit la liberté pratique, et, pour peu qu'on la laisse aller, nous ôte celle d'exister... Ce n'est pas d'elle que viennent au peuple la Foi, la justice et la paix, mais de la solidité de la loi. Eh bien ! ceux qui produisent ces trois choses, le prêtre, le juge et le paysan, ne songent qu'à la liberté vraie, qui est le triomphe de la loi ; ils songent au droit de l'homme qui possède la Foi, au droit de l'homme qui crée un capital, au droit de l'homme qui crée une famille, au droit de l'homme qui défend les intérêts de sa cité. Voilà des libertés pratiques, auxquelles ils songent avant tout ! Restent les beaux esprits. Faut-il exposer une Nation pour deux ou trois cents hommes de lettres? Ne puisons pas de conseils dans la foule. Les désirs du peuple sont comme les appétits du corps, on ne peut les écouter sans le détruire.

Dernièrement l'Angleterre, par la voix du journal qui exprime le mieux ses secrètes pensées , disait naïvement en parlant de la France : « C'est un pays auquel il faut imposer le rétablissement de la liberté de la presse et de la discussion parlementaire (1) ; de façon que si l'on ne peut en supprimer la force matérielle, on supprime du moins la puissance que trouve ce pays dans l'unité de ses conseils. » C'est ainsi qu'en 1815, en compensation des frontières qu'on laissait encore à la France, l'ambassadeur anglais demandait le maintien, au Code civil, de ce partage des successions qui, brisant les familles à mesure qu'elles se forment, prive à jamais les nations d'une aristocratie, arrête leur croissance, les condamne à passer alternativement de l'anarchie au despotisme. L'Angleterre, qui en doute? nous féliciterait d'une brèche nouvelle faite à l'hérédité, à ce dernier rempart de la famille et de tout capital ! Avant de repousser les inspirations de l'Église et les faits de l'histoire, que la France écoute du moins les leçons de ses ennemis...

1. La Révolution se garde bien de faire la grande distinction entre la liberté de bien faire et la liberté de mal faire! Pour découvrir laquelle des deux est chère à ceux qui demandent à si grands cris la liberté, regardons à leurs mœurs...

1. Nous parlons de la liberté de la presse, et souvent celle de la Tribune devient plus dangereuse encore par la régularité avec laquelle elle peut miner le siège d'un malheureux gouvernement. Cet esprit d'opposition que les parlementaires, encore étonnés de leur chute, appellent, pour la justifier, « LA PENTE FATAL DE NOTRE TEMPS », est la pente éternelle de l'homme, le fatal besoin de briser tous les jougs, d'envier tous les biens. Pente de notre temps? En de hors de la vérité, comme on peut se payer de mots !


A suivre... XXIV. La Révolution et notre liberté.


Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Ven 02 Déc 2016, 11:42 am

POLITIQUE RÉELLE.



XXIV.
La Révolution et notre liberté.

Un matin la France s'éveille et ne trouve plus ni son Église, ni ses Rois, ni sa Noblesse, ni ses ordres, ni ses corporations, ni ses Provinces, ni ses municipalités, ni ses coutumes, ni son droit public, ni ses libertés dans la famille , dans la propriété , dans la commune, dans la cité ; enfin, ni ses universités, ni ses abbayes, ni sa marine, ni ses colonies... plus rien de son histoire, plus rien de son passé. Qui détruisit en un jour toute la constitution historique d'un peuple? La Révolution l Et ce peuple dansait de joie autour de ce monceau de ruines., et les grands, les hommes d'État et les savants, fatigués de ne plus attirer l'attention de la foule, s'écrièrent aussi : Gloire à la Révolution, à qui nous devons tous nos droits, à qui nous devons tous nos biens !... Jamais l'homme de cœur ne vit un spectacle plus navrant.

La Révolution est la grande illusion , le mensonge le plus vaste qui ait paru sur la terre. Aux méchants pressés sous ses drapeaux, elle joint la multitude des cœurs qu'elle a séduits : les méchants seuls , jusqu'à ce jour, s'armaient contre le monde. L'Islamisme n'entraînait que les âmes déjà captives de leurs sens, et le Protestantisme, que celles que dominait leur moi; mais, atteignant la raison même, la Révolution voit peu à peu les âmes généreuses entrer dans ses redoutables filets. Là est l'immensité du péril... Avouer que les cœurs dans l'humilité, secourus par des traditions ou de fortes doctrines , pourront seuls désormais échapper ; c'est dire que le monde est à la veille de périr.

L'illusion ! Qui comptera les cœurs déjà tombés sous son empire, — depuis ceux qui prétendent à l'égalité absolue, au partage des biens, à l'inutilité des Trônes, à la félicité sur la terre, — jusqu'à ceux qui veulent y proclamer une liberté sans limite, y restreindre l'action des lois, prier les Souverains de partager leurs sceptres, rompre l'écluse du capital, — enfin, jusqu'aux imaginations convaincues que la vérité va par elle-même triompher de l'erreur, que la liberté suffira pour assurer le règne de l'Église, qu'elle peut aliéner son Patrimoine, se passer de l'État, et abdiquer tout pouvoir temporel?, car, telle est la progression, lorsqu'on redescend l'échelle de l'erreur. Que d'hommes aujourd'hui pensent conduire le monde à une ère nouvelle, à une ère plus grande, et le conduisent à sa fin (1) ! Oui, ce que Révolution renferme de plus terrible, c'est l'illusion. Pas une vérité dont elle n'ait tiré un mensonge, pas un mensonge qu'elle n'appuie sur une vérité ! C'est au nom de ce qu'il y a de plus divin en nous, la liberté humaine, qu'elle a détruit la Foi dans la moitié de l'Europe, brisé les droits acquis par les provinces, par les cités, par la famille, par la propriété, jeté les âmes dans l'athéisme et la Société moderne sur le bord de l'abîme.

Et l'homme moderne est si vain, il a gardé si peu du bon sens que possédaient nos pères , qu'il s'est vu dépouiller des libertés acquises par dix-huit cents ans de pratique chrétienne ! des libertés réelles , qui s'attachaient à la propriété, à la famille, à la cité, à l'individu même pour lui faire une place au milieu des nations. Il a lui-même échangé ces libertés, propres au bien, contre des libertés illusoires, propres au mal, et dans lesquelles il voit insensiblement disparaître la famille, la propriété, sa personnalité même, sa Foi, ses coutumes, ses droits !

Si une illusion, une hérésie, a suffi jusqu'ici pour ébranler l'Europe, y renverser les plus puissants États, qu'attendre de la Révolution, qu'attendre de l'illusion définitive (1) ? Les axiomes sont ébranlés ; déjà les Rois ont douté d'eux-mêmes, et sont descendus de leurs Trônes ; de grands esprits, rappelant ces mots redoutables : Les étoiles tomberont du Ciel, sont tombés du sein de la lumière ; et le sublime écrivain de l'époque a disparu dans l'abîme aux regards consternés de ses contemporains. A quoi servira le génie ? Si les chrétiens eux-mêmes mettent un pied sur les bords de l'illusion immense, tout est perdu. Laissons des insensés, laissons tous ceux qu'emportent les hérésies , le libéralisme ou le panthéisme, ces âmes privées des ailes du véritable amour, désirer pour l'Église les trois libertés mêmes qui conspirent sa ruine , liberté de conscience, de la presse et des cultes, ces libertés qu'ont proclamé ses ennemis...

1. Sur cette terre , le mensonge et la séduction seront les derniers maux... « Cette conjuration contre le Ciel revêt un caractère qu'elle n'avait point pris dans les siècles passés, celui d'une profonde et séduisante hypocrisie. On veut épurer l'œuvre de Dieu, qu'on démolit! Et telle est la sagesse avec laquelle l'esprit du mal a dressé ses embûches qu'il égare des esprits droits, qu'il les fascine au point de s'en faire des défenseurs. Il s'opère sous nos yeux ce qu'on verra au dernier jour : un grand mystère de séduction. Il semble, si cela était possible , que les élus mêmes n'y échapperaient pas. » — Mandement de Mgr l'Évêque de Digne, au clergé de son diocèse ; 1861.

1. « La Révolution, s'écrie S. S. Pie IX, dans l'Encyclique du 8 décembre 1849; la Révolution est inspirée par Satan lui-même. (Expression qui rappelle involontairement la pensée si connue du comte de Maistre !). Son but est de détruire de fond en comble l'édifice du Christianisme, et de reconstituer sur les ruines l'ordre social du Paganisme ! »



A suivre... XXV. La Révolution séduit plusieurs esprits chrétiens.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Sam 03 Déc 2016, 10:11 am

POLITIQUE RÉELLE.



XXV.
La Révolution séduit plusieurs esprits chrétiens.

Le trop malheureux écrivain qui lui-même arrêtait ce programme, et conseillait au Clergé de France de mendier son pain a travers nos campagnes, pour y trouver la liberté, réclamait de plus la rupture entre l'Église et l'État, afin de séparer la cause de l'Église de celle du Pouvoir monarchique, qu'il croyait seul en butte aux haines de la Révolution (1). Les illusions perdront ce monde... Pour un Théologien, que c'était peu connaître l'homme! Si déjà les âmes qu'agite le mal, portent une haine si grande au Pouvoir, parce qu'il surveille leurs actes extérieurs, quelle horreur n'éprouvent-elles pas contre l'Église, dont le regard les suit dans leur conscience ? Les populations déchaînées n'ont-elles pas pour suivi les prêtres avec plus de fureur que tous les agents du Pouvoir? Croire que les hommes se porteraient d'eux-mêmes vers la Foi, c'est-à-dire vers le bien, vers la justice et vers la vérité, s'ils trouvaient une liberté sans limite dans la presse, la conscience et les lois, n'est-ce point oublier et la Foi et le motif qui la fit donner à la terre ? oublier la thèse chrétienne elle-même ?

C'est sur ces points, malheureusement, que les disciples de M. de La Mennais virent le génie du maître. On crut qu'il venait ouvrir le passage entre le monde ancien et un monde nouveau, éclos de la Révolution. Était-ce un monde moderne, ou bien un monde malade ? « La Révolution, s'écriait le maître, donne au Catholicisme une seconde naissance (1). » « La Révolution française sortit de l'Évangile, écrivait un disciple à l'écart, en tête de ses vastes publications (2). La chute du puissant esprit n'emporta point les traces faites dans l'imagination. Des âmes possédées d'un noble mais trop pressant désir de conduire à la Foi une Révolution qu'elles croyaient pleine de grands instincts, voulurent en ménager d'abord, mais en épousèrent bientôt les sympathies. Pour diriger des sentiments qu'ils pensaient mieux connaître, associer la Foi à ces progrès nouveaux , ils continuèrent de présenter la liberté de la presse, de la conscience et des cultes comme l'uni que voie de salut pour l'Église ; ils continuèrent de repousser pour elle la protection, toujours dans la pensée qu'une liberté illimitée suffit à son triomphe... C'est bien peu connaître ce monde. L'Église n'est affligée, ni dans la Chine ni dans les Indes, de la protection de l'État, et elle trouve en Amérique la pleine liberté de lutter: son triomphe y est-il plus grand?

C'est l'illusion du jour. On croit que la liberté fera tout, et qu'elle va couvrir la terre des biens que dix-huit cents ans de Foi n'ont pas su lui donner l La liberté, c'est l'homme même, et l'homme est atteint par le mal...

On a pris une circonstance passagère pour une règle de tous les temps. 1830 bannissait l'Église de l'ordre légal ; vaincue par la Révolution, et, toujours au nom de la liberté nouvelle, l'Église fut enfermée dans un réseau de lois. On crut renverser cet échafaudage en venant demander pour Elle sa part légale dans cette liberté. Ceux qui, rompant la maille du libéralisme, sur prirent alors quelques immunités pour l'Église, ont bien mérité de la Foi, ils ont acquis une gloire immortelle. Mais, cet état ne pouvait durer. Aujourd'hui que, furieux d'en avoir si longtemps attendu la ruine , les ennemis de l'Église voudraient étouffer dans la boue, faut-il leur en laisser la liberté parce que cette liberté servit un jour à les confondre? — Ce fut notre principe : nous demandions des libertés complètes, nous devons les demander encore. — Soyons fidèles à nos principes, mais d'abord recevons de l'Église les principes auxquels nous devons cette fidélité. « Ces doctrines sur la liberté de la presse et des cultes, écrit le Cardinal Pacca à M. de La Mennais, sont en opposition avec l'enseignement, avec les maximes et la pratique de l'Église.

Elles ont beaucoup étonné et affligé le S. Père. Si, en certaines circonstances, la prudence exige de les tolérer comme un moindre mal, de telles doctrines NE PEUVENT JAMAIS ÊTRE PRÉSENTÉES PAR UN CATHOLIQUE COMME UNE CHOSE DÉSIRABLE (1) . »

Penser qu'une liberté sans limite rétablira le règne de la Foi, et la fera chérir des hommes, c'est avant tout oublier ce qu'est l'homme. Pour assurer ce triomphe, certes, il ne faut point la contrainte : mais il faut l'appui de l'État, le respect de l'État, les exemples donnés par l'État, parce que le peuple est attentif à la pensée des grands ; parce que le peuple veut toujours imiter ceux qu'il admire et dont il sent le pouvoir sur lui. La contrainte extérieure est absurde et abominable, parce qu'elle prend la place de la contrainte morale, de cette noble fille de la lumière et de l'exemple. C'est pour la liberté de notre âme que l'Église combat, en réclamant les exemples et la protection de l'État !. Mais l'absence de Théologie a réduit partout les questions à des proportions littéraires.

Si déjà la justice et la paix, si désirées des hommes, demandent sur la terre ces organisations puissantes qu'on nomme Gouvernements , combien plus encore faut-il assurer une protection à la Vérité, si méconnue, et si peu désirée des cœurs (2) ? La liberté pour l'Église ; oui d'abord si vous la lui avez ôtée, et si votre société n'est plus qu'une concurrence horrible entre le bien et le mal ; mais si, avec cette liberté , vous méprisez l'Église, si vous la laissez veuve du respect, des exemples et de l'amour du Souverain , vous la verrez mourir comme au sein des États protestants. Et, pour asseoir la liberté, rêver lorsqu'on est catholique, un Souverain protestant sur le trône de France, est une idée étrange, un triste expédient...

Tout provient d'une même illusion , d'une impression qu'on se cache à soi-même : on a moins confiance en l'Église qu'aux promesses de la liberté ! De cette liberté doit sortir l'avenir des nations , et l'Église ne le voit point...

1. « L'Église, pour rester ce qu'elle doit être, sera contrainte de s'isoler de la Société politique , afin de recouvrer sa force première et divine. » « Que l'Église donc, évitant de lier sa cause à celle des gouvernements, se concentre en elle-même. » Des progrès de la Révolution cont. l'Égl., par M. l'abbé de La Mennais, chap. IX : Devoirs du Clergé dans les circonstances présentes; Paris, 1829! — « La séparation de l'Église et de l'État a l'avantage d'attaquer le gallicanisme pratique. » Affaires de Rome, 1836.

1. Affaires de Rome, par M. de La Mennais.
2. Début de l'Hist. parlement, de la Révol., par M. Bûchez.

1. Lett. de S. E. le Card. Pacca à M. de La Mennais; écrite par l'ordre de S. S. Grégoire XVI. Rome, août 1832.
2. De glace pour la vérité, l'homme est de feu pour le mensonge.



A suivre... XXVI. De la Révolution naquit le néo-christianisme.

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique le Dim 04 Déc 2016, 6:57 am

POLITIQUE RÉELLE.



XXVI.
De la Révolution naquit le néo-christianisme.

Entre ceux qui considèrent la religion comme une infirmité, une susceptibilité maladive de l'homme, et ceux qui voient sa gloire dans cet élan du cœur vers Dieu, dans ce retour de l'âme vers sa Cause première, il y a place à bien des systèmes, dont le plus odieux est celui qui voudrait abolir chez les hommes de pareils sentiments. Écartez Dieu, l'homme n'a plus de comptes à rendre ; il n'est pas seulement libre, il est indépendant, il devient absolu, Sicut Du. En devenant fragment de la divinité, il doit être fraction de la Souveraineté : une telle conception aura ses retentissements (1) .

Du point de vue d'une complète indépendance ontologique et religieuse, se déduit aussitôt celui d'une complète indépendance politique. Le passé, ses coutumes, nos principes, la Foi, deviennent des absurdités. Telle est, en soi, la thèse du libéralisme, la thèse qui part de la liberté pour nier toute loi. Rien de plus beau que d'être libéral, de plus mauvais que de fausser et de perdre la liberté par le libéralisme...

Avec le libéralisme n'espérez pas trouver votre point de suture, la liberté ne le fournira pas. Au fond vous demandez la liberté du bien, c'est-à-dire de l'Église ; au fond il vous demande la liberté du mal, c'est-à-dire de la Révolution. S'il désirait sérieusement la liberté, il la verrait d'abord dans un passé où pendant dix-huit cents ans le christianisme s'est appliqué à la faire croître dans les âmes, dans les droits privés et dans les droits publics des peuples, dans la famille et dans l'hérédité, dans la cité, dans la propriété , dans toutes ces institutions aujourd'hui abattues ou ébranlées de la main du libéralisme. Mais il a en horreur ce passé parce que le Christianisme, la liberté du bien, y pouvait triompher.

Le libéralisme éclate en France aussitôt que le siècle dernier achève d'étouffer la Théologie. Ce fut la chute des grandes notions, la décadence de la pensée, la roule faite au despotisme. Ce sont, au reste, les enfants du libéralisme qui viendront le servir... Hommes de trop de foi, alors seulement vous les reconnaîtrez ! Mais ceux à qui vous présentez la main préféreront le despotisme à la confession.

Or ici arrivent en foule les imaginations avides, dont la sincérité alimente la thèse de la Révolution. A la suite des cœurs révoltés contre Dieu, accourt la longue série des âmes éblouies par les nouveautés et dévorées par l'illusion. Rien ne leur paraît plus sensé que cette liberté nouvelle, que l'Église semble oublier!

Croire que l'on puisse confier la justice et les droits au bon vouloir des hommes : voilà le libéralisme ; croire que l'on puisse leur confier la vérité : voilà le néo-christianisme. C'est-à-dire que la première erreur engendra la seconde chez des âmes plus élevées, mais aussi inexpérimentées. C'est encore l'oubli de la Chute, encore de la politique faite en dehors de la Théologie.

Mais oubliant la Chute, on oublie ce qui vient de la Rédemption. Aujourd'hui, on ne voit plus le Christianisme, tant il est bien assimilé à la nature humaine. Pour les uns, la confusion est complète, et de là le socialisme ; pour les autres, elle est partielle, et de là diverses écoles qui viennent expirer vers la Foi. Les philosophes attribuent à l'homme tout ce qui lui vient de la Grâce ; les libéraux, au citoyen tous les droits qui lui viennent de la Société (1) ! Eh ! comment la politique et la philosophie échapperaient-elles à l'illusion lors que, sur tant de points, des chrétiens la partagent?. Dernièrement, j'exprimais cette observation, lorsque M. l'abbé Noirot me dit : « Si la philosophie , si le monde aujourd'hui se trompe , c'est la faute du Christianisme, il a mis dans la nature humaine une puissance de liberté et de raison que l'on prend maintenant pour des faits naturels. »

L'Église n'a pu voir plus longtemps ses chers fils désunis sur ces questions graves. Elle a parlé ; il suffit de rappeler aujourd'hui des Paroles sacrées que les événements, sans doute, nous ont fait oublier.

Après avoir demandé » une régénération dans l'Église « , le grand écrivain, condensant ses erreurs, ajoutait : » Nos vues tendent à unir la cause de l'Église à la cause de la liberté, par conséquent, à rompre l'alliance entre l'Église et les vieilles Souverainetés, (1)»  etc.  Et l'Encyclique de Sa Sainteté Grégoire XVI répondit :  « Comme il est constant ,  d'après les paroles du Concile de Trente, que l'Église  est instruite par Jésus-Christ et enseignée par l'Esprit-Saint, il est souverainement absurde et injurieux de  mettre en avant une prétendue régénération devenue  nécessaire à son existence ...» Et ensuite:  « De la  source infecte de l'indifférentisme découle cette  maxime absurde, ou plutôt ce délire, qu'il faut garantir à chacun la liberté de conscience. » On prépare la voie à cette pernicieuse erreur par la liberté d'opinions sans bornes ; et pour le malheur de la Société,  religieuse et civile, on répète avec impudence qu'il  en résultera un avantage pour la Foi. Mais qui peut mieux donner la mort à l'âme, s'écrie S. Augustin, que la liberté de l'erreur? Tout frein étant ôté pour retenir les hommes, leur nature inclinée succombe au mal ; nous pouvons dire avec vérité que le puits de l'abîme est ouvert »... Et enfin : « De là le fléau le plus mortel pour la Société, car, de toute antiquité, les États qui ont brillé par leur puissance « ont péri par ce seul mal : la liberté illimitée des opinions... Là se rapporte cette liberté funeste, et DONT ON NE SAURAIT AVOIR ASSEZ D'HORREUR, la liberté de la presse pour publier quelque écrit que ce soit, liberté que quelques-uns osent solliciter avec tant d'ardeur ! « Nous sommes épouvantés , Vénérables Frères , en considérant de quelles erreurs monstrueuses nous sommes accablés ! 0 douleur ! on a l'impudence de soutenir que le déluge d'erreurs qui découle de là est bien compensé par tout livre qui paraîtrait pour défendre la vérité l Quel homme en son bon sens dira : « Il faut laisser librement se vendre les poisons, les boire même, puisqu'il est un remède tel que celui qui en use parvient, quelquefois, à échapper à la mort (1) ? »

Mais, avant de poursuivre, revenons à cette thèse d'une liberté qui devrait remplacer la Protection pour l'Église.

1. Après Voltaire, d'Alembert et Dupuis, viennent Hegel, Feuerbach et Stirner, pour conclure que « Dieu est encore au néant, et qu'il ne prend conscience de lui que dans l'homme... Que l'homme doit s'adorer lui-même, car il n'a pas d'autre Dieu; et que celui qu'on imagine n'est qu'une abstraction destructrice de l'Humanité. »

1. Les anciens étaient grands par la tradition ; et l'on vit succomber les peuples à mesure qu'ils la perdaient. Les modernes ne sont grands que par le christianisme; la liberté et la raison les quittent à mesure qu'ils veulent s'en éloigner.

1. « ... Dès lors à détruire ce fait que, de part et d'autre, on croyait avoir un égal intérêt à conserver. Je viens dire à l'Église : Séparez-vous des Rois, tendez la main aux peuples, ils vous soutiendront de leurs robustes bras La liberté de l'Église sortira de la liberté des peuples... etc. » ... Introd., tome Xe des œuvres. Affaires de Rome, pag. 25.

1. Encyclique Mirari, de S. S. Grégoire XVI, à tous les Patriarches, Archevêques et Évêques; donnée à Rome le jour de l'Assomption de la B. Vierge Marie, l'an 1832, 2e de son Pontificat.



A suivre... XXVII. L'Église a droit à la protection comme à la liberté.

Monique

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Re: L'INFAILLIBILITÉ

Message  Monique Hier à 10:18 am

POLITIQUE RÉELLE.



XXVII.
L'Église a droit à la protection comme à la liberté.

Si par liberté pour l'Église, on entend qu'elle sera l'objet suprême de la sollicitude de l'État, qu'elle se verra entourée de son respect, de son amour, rien de plus juste, rien de plus sage. Si par ces mots on veut laisser au mal, à l'erreur, à la multitude de ses ennemis, les mêmes libertés qu'à l'Église, nous glissons dans l'abîme.

Eh! quoi, l'État protégera la justice, il protégera l'innocence, les arts, les sciences, la propriété, le droit, la liberté, et il ne protégera pas la vérité, cette liberté et ce droit de notre âme? Tout sera secouru, hormis la vérité? L'homme vaut moins, alors, que les choses qui sont faites pour lui. Mais il est évident qu'on n'y avait point réfléchi... Pour étendre la protection à tout, excepté à la vérité, c'est-à-dire à la base des lois, du droit et de la Société , il fallait là quelque grand préjugé.

Des chrétiens, des esprits qui, dès-lors, partent du dogme de la Chute, ne demanderont pour l'Église exactement que la liberté ? la liberté pour la vérité et l'erreur pêle-mêle?. Et le penchant au mal qui l'emporte dans notre cœur sur le désir du bien ! Il faut donc vous le dire : mettre la vérité en champ clos avec l'erreur, le bien avec le mal, la justice avec nos passions, c'est livrer la vérité à l'erreur, le bien au mal, la justice à nos passions... Je lus un jour ces mots de celui qui nous effraya par sa chute : Le malheur est qu'on n'a pas assez foi en la puissance de la vérité! Je vis tout à coup que cet esprit merveilleux ne possédait pas le premier mot de la science qui l'élevait au Sacerdoce (1). Quelle illusion chez un théologien ! Avoir la Foi et oublier les résultats de la faute d'Adam ! oublier que l'homme livré à lui-même ne saurait arriver à la vérité et s'établir dans la justice, que l'Église est là précisément pour lui rapporter l'une, et l'Autorité pour lui assurer l'autre! Ne plus voir ce qui nécessite la constante intervention des sacrements, dans l'homme, et des lois, dans la Société! Enfin, perdre de vue que la vérité et la justice, réunies, ont une peine extrême à maintenir la Civilisation, à l'empêcher de rentrer dans la barbarie, où l'entraîne éternellement la Chute! La Chute! Mais la Société entière n'est établie qu'en vue de cet immense événement... On croit la Société chrétienne un fait entièrement humain , une chose toute naturelle : après l'Église, rien en vérité n'est plus surnaturel...

Les bons, organisés pour maintenir chez les autres la justice et la paix, voilà toute la Société. Et sans l'autorité qui le protège , comment le petit nombre chez les hommes produirait-il le miracle de contenir le plus grand?... On ferme les yeux aux faits ; il n'y a pas, sur la terre, de prodige plus étonnant après celui de la Grâce, qui nous y fait opérer le bien ! L'Autorité tire les hommes du néant de l'état sauvage ; ils y retombent aussitôt qu'ils repoussent sa main. Les civilisations anciennes, dont on a tant parlé, étaient le fruit d'une tradition et de l'Autorité, elles succombaient à mesure que s'affaiblissaient ces deux faits (1). Trouvez une nation hors de l'Autorité, une Civilisation réelle hors de la Grâce et de la Vérité ! L'Autorité est le point qui excite le plus l'admiration des sages : après ces deux incomparables dons, elle est le don le plus précieux fait aux hommes.

En contenant le mal, c'est elle qui crée la liberté, qui conserve les droits et les biens acquis. Toute justice vient du Roi : c'est en ce sens qu'il faut l'entendre. Ne voyons-nous donc plus cette phalange sacrée qui , suivant les diverses fonctions , nous apporte la justice, le sacerdoce, l'enseignement, l'administration, les exemples, la bienfaisance, l'industrie et la production? Il est des hommes qui, sans le Code, ne seraient jamais dans la justice, et qui, sans la force, ne seraient jamais dans la paix ; de même, sans le droit, sans la propriété, il en est qui consommeraient tout ce que produisent les autres, et en trois pas nous mèneraient à l'état sauvage. C'est à l'Autorité qu'on doit toute la Société ; pourquoi dès lors soustraire à sa protection la Vérité, sur laquelle, chez des êtres libres, tout le reste s'appuie?.. Certes! il faut être homme de bien pour comprendre ce monde, mais pas au point de n'y voir que le bien, surtout de croire qu'il triomphera sûrement si l'on nous laisse liberté entière. Dans ma jeunesse j'entendais dire que l'humanité ne rencontrait d'autre obstacle en ce monde que les gouvernements ; que tout progrès y consistait à restreindre l'Autorité et à nous délivrer peu à peu de l'oppression des lois. Aussitôt que j'ai pu par moi-même voir l'homme , et l'étudier d'assez près, j'ai compris combien ces idées étaient vaines, et où se trouvait le bon sens.

Alors, ne voulez-vous aucune liberté? — C'est-à-dire que nous les voulons toutes, et d'abord celle qui les produit. Aucune liberté ! Nous voulons la plus grande, celle que Dieu a faite pour l'homme, la liberté elle-même, la faculté d'accomplir de soi-même sa loi, le pouvoir de bien faire : ce que nous repoussons, c'est la facilité avouée de violer de soi-même sa loi, le pouvoir de mal faire, l'orgueil, plaçant l'homme au-dessus de Dieu ! C'est parce que nous méprisons une liberté puérile, qui n'est venue au monde que sur les ruines des libertés positives, acquises par les peuples chrétiens; c'est parce que des insensés nous enferment dans une révolution qui aboutit de toute part au despotisme, et qu'il faut pourtant échapper à une servitude ou à une barbarie sans bornes, que nous réclamons la liberté réelle, cette liberté des enfants de Dieu qui fit naître les droits privés et les droits publics des peuples, ces droits que, par illusion et par égarement, vous avez renversés ! Avec le bon sens, avec l'histoire nous demandons la liberté de ceux qui accroissent la Foi, les droits, la justice, la paix, la vertu, la charité et le pain chez les hommes ; avec le bon sens, avec l'histoire nous repoussons la violence de ceux qui diminuent la Foi , les droits, la justice, la paix, la vertu, la charité, le pain ! Il est aisé d'être logique et franc lorsqu'on part d'un principe, contrairement à une époque qui ne fait que répéter un mot ; lorsque l'on sait que notre liberté est le pouvoir angélique du bien, l'instrument du mérite, et que, hors du mérite, elle expire ! car, de là, se déduit la Société tout entière.... El vous, montrez-nous vos principes jusque dans la racine ; nous attendons vos métaphysiciens! De tant d'éclat dans le talent est-il sorti une lumière ? Déjà vous subissez le sort des esprits littéraires. Pour résister à une époque, il faut être enraciné plus profond...

Les idées pures aujourd'hui nous abusent ; on persiste à les interroger comme on l'eût fait avant la Chute. L'Homme est tombé ; en vain Rousseau voudrait en invoquer la nature première, en rétablir les droits innés, retrouver les prérogatives d'un état d'innocence : ses à priori ne sont plus. Les idées philosophiques nous trompent; la Doctrine complète ne peut sortir que de l'Église, les idées politiques, que de l'expérience. Voilà pourquoi si peu d'hommes sont aptes à gouverner, et pourquoi la Providence nous procure, par l'Hérédité, des Rois préparés de sa main.... Croire à la liberté illimitée de la presse, de la conscience et des cultes, croire que l'on puisse confier la vérité, la justice au bon vouloir des peuples, n'est pas une ignorance légère, ou une illusion éphémère , mais l'erreur capitale, l'illusion qui déracinera la Chrétienté. C'est sur le principe opposé que la Civilisation s'est assise. Si au moment le plus alarmant , si lorsqu'elle a de la Protection un plus pressant besoin, ses premiers défenseurs déclarent qu'elle doit s'en passer, tout est perdu...

Il n'y a plus de traditions, plus de métaphysique, et l'on veut faire de la Politique ! Dans la Foi, il existe un trésor de lumière, mais on ne l'ouvre pas. On ne rencontre que des esprits littéraires. En France effectivement les phrases sont très-claires ; c'est la pensée qui est obscure, qui est toujours dans le néant. Aussi, que la moindre idée s'avance et se découvre entièrement, on crie à l'exagération. Mais tirez la vôtre des limbes, que nous la connaissions enfin (1). Ne croyez pas défendre les principes parce que vous en présentez quelques-uns. Les principes sont les branches d'un arbre : vous leur ôtez la vie si vous les détachez du tronc, et vous faites périr le tronc si vous offensez la racine. Montrez une doctrine sous tant de thèses empruntées à ces temps ! Si l'on est à la fois privé de doctrines et d'obéissance, vous le sentez, il ne reste plus rien... Honneur aux personnes, à toute pensée magnanime, à toute noble intention ; mais que les idées particulières s'effacent dans le danger commun ! Le monde est à cette heure dans la crise fatale, l'avenir se décide de main. Le libéralisme et le gallicanisme vont cette fois périr, ou la Civilisation ne s'en relève pas...

Justement alarmée de l'invasion de ces erreurs chez les peuples chrétiens, l'Église, répétons-le, a élevé la voix. Dans l'Encyclique de 1832, S. S. Grégoire XVI, continuant, s'écrie : « Ces faits condamnent l'insolence de ceux qui, enflammés de l'ardeur d'une liberté immodérée, travaillent à ébranler les Droits des puissances , lorsqu'ils n'apportent aux peuples que la servitude sous le masque de la liberté. Et nous n'avons rien de plus heureux à attendre, ni pour la Religion ni pour les Gouvernements, en écoutant les vœux de ceux qui désirent voir l'Église séparée de l'État , la concorde se rompre entre le Sacerdoce et l'Empire. Il est certain que cette union, qui FUT TOUJOURS SI SALUTAIRE AUX INTÉRÊTS DE LA SOCIÉTÉ RELIGIEUSE ET DE LA SOCIÉTÉ CIVILE, est redoutée de tous  les partisans d'une liberté sans frein. (1) » A coup sûr, on ne saurait nier que, parmi les prérogatives sacrées de l'Église, l'une des principales ne soit celle de discerner ce qui est nécessaire à sa défense, utile à sa conservation. Eh bien! puisqu'elle a prononcé, sera-t-il bien, sera-t-il sage d'ouvrir un avis opposé? Entendons-nous mieux que l'Église elle-même les premiers intérêts dé l'Église ? Hélas ! ceux qui prétendent la conseiller restent si convaincus de s'être mis au bon chemin, qu'ils croient voir l'Église elle-même s'en écarter , s'écarter des voies de l'avenir ! Elle aurait égaré sa boussole ; 89 l'aurait trouvée, et le libéralisme se hâte d'en avertir la sainte Église... Il ne sent point qu'il dérive, il pense que c'est l'Église qui s'éloigne du bord : ainsi l'homme emporté par un fleuve rapide, voit le rivage fuir....

Non, quelles que soient ces menaces d'un schisme qui envelopperait les nations, l'Église, pour les flatter, ne les laissera point tomber dans un mensonge, dans un abîme qui les engloutirait. Et comme entre ceux qui chérissent l'Église, la bonne foi est profonde, la bonne foi est sans bornes, nous entrerons dans le sens des grandes paroles qui suivent le texte déjà cité : « Que les Princes, nos très-chers fils, considèrent que ce n'est pas seulement pour le Gouvernement de la Société temporelle , mais surtout pour la PROTECTION de l'Église, que le Pouvoir leur a été donné ; que d'ailleurs tout ce qui se fait pour l'avantage de l'Église, se fait dans l'intérêt de leur puissance, dans l'intérêt de leur repos. »

1. Cette illusion est à ce point le centre de nos erreurs contemporaines, qu'on la retrouve aussi naïve, trente ans après, sur les lèvres du libéralisme officiel. « On pensait donc qu'en laissant la vérité et le mensonge aux prises, la vérité finirait par l'emporter. On avait dans notre liberté, ajoute M. Thiers, une confiance, hélas! bien altérée aujourd'hui. » (Hist. du Cons. et de l'Emp., t. XVIII, p. 270.) La vérité aurait cette puissance si l'homme était innocent...

1. Diminuez l'Autorité, et le bien diminue ; renversez-la, le bien s'arrête, la révolution commence, la foule cesse de travailler, s'abandonne à l'ivresse et entre dans le crime en raison de la durée de la révolution. Voilà, l'homme rendu à la liberté, redevenu ce qu'il est! Et ne pas voir le fait, se laisser éblouir par les mots que trouve notre orgueil, c'est reprendre la route ouverte par les Girondins.

1. Entrer dans toutes les questions sans Doctrines ni obéissance, comme le fait notre époque, est une grande frivolité. L'esprit, en France, dépouillé des principes par le siècle dernier, puis de la pensée, par le nôtre, se nourrit d'un pain doré, mais bien léger.
Détrompé sur la vérité, étourdi de l'éternel retour d'un langage vulgaire, empesé, mais brillant, le public ne peut plus distinguer le produit de la rhétorique du fruit de la pensée. Il abandonne la doctrine pour le discours. Notre esprit est tombé dans la servilité : la place du despotisme est faite. Après avoir frappé nos aristocraties politiques, la frivolité atteint la fragile tige de l'aristocratie de l'esprit. La vérité que ferat-elle? la rhétorique nous inonde, et couvre tout d'un émail emprunté à la langue. Idée vieille, idée fausse, idée nulle, sans ombre de réalité, tout revient et prend vie sous ce vernis banal.
Et c'est ce qu'on nomme talent... On ne vit que pour l'apparence. Nos thèses et nos livres, par le titre, la nature et la forme, semblent écrits par des marchands : tout dans la devanture, et rien dans la maison... La rhétorique achèvera d'énerver les notions de la Foi après avoir éteint, chez nous, jusqu'à la dernière idée philosophique. Elle a remplacé l'âme, elle a tué l'esprit , annulé la vérité même , elle porte le dernier coup à la Société française. La littérature est le linceul de la pensée. A cette heure elle descend dans la lâcheté, et nous pousse comme un troupeau aux portes de la barbarie.

1. L'Encyclique, Mirari; idem. 1832.



A suivre... XXVIII. La tolérance dans l'État, et non l'indifférence.

Monique

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