DU FANATISME. — DU FANATISME DANS l'ÉGLISE CATHOLIQUE.

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DU FANATISME. — DU FANATISME DANS l'ÉGLISE CATHOLIQUE.

Message  Roger Boivin le Jeu 14 Juil 2016, 9:47 am


Extrait de l'ouvrage :
« LE PROTESTANTISME COMPARÉ AU CATHOLICISME DANS SES RAPPORTS AVEC LA CIVILISATION EUROPÉENNE »
Par l'Abbé Jacques Balmès - 1875 - tome I - page 95 : https://archive.org/stream/leprotestantisme01balm#page/94/mode/2up :



CHAPITRE VIII.

DU FANATISME. — DU FANATISME DANS l'ÉGLISE CATHOLIQUE.


Il serait injuste d'accuser une religion de fausseté, uniquement parce qu'il s'est trouvé des fanatiques dans son sein : autant vaudrait les rejeter toutes, puisqu'on n'en saurait trouver une qui soit exempte de cette plaie. La question n'est donc point de savoir s'il s'est présenté des fanatiques au sein d'une religion, mais si cette religion même donne naissance au fanatisme, l'excite, lui donne carrière. En y regardant de près, on découvrira au fond du cœur de l'homme un germe fécond de fanatisme : l'histoire da l'humanité en offre tant de preuves, qu'à peine trouverait-on un fait plus incontestable. Feignez telle illusion que voudrez, racontez telle vision extravagante, imaginez tel système dénué de sens commun, mais ayez soin de colorer le tout d'une teinte religieuse, soyez assuré que des prosélytes enthousiastes prendront à cœur vos dogmes, les propageront, se livreront à votre cause avec ardeur, avec aveuglement : vous aurez, en un mot, autour de votre drapeau une troupe de fanatiques.


Roger Boivin

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Re: DU FANATISME. — DU FANATISME DANS l'ÉGLISE CATHOLIQUE.

Message  Roger Boivin le Jeu 14 Juil 2016, 9:51 am


Certains philosophes ont rempli bien des pages de déclamations contre le fanatisme ; on dirait qu'ils se sont donné la mission de le bannir de la terre ; ils ont fatigué le monde de leçons philosophiques, et ont fulminé contre le monstre avec toute la vigueur de leur éloquence. A la vérité, le mot fanatisme, dans leur bouche, a pris un sens si vaste, que toute espèce de religion s'y est trouvée comprise. Mais je veux supposer qu'ils aient combattu uniquement le vrai fanatisme ; dans ce cas même, sans prendre tant de peine, ils auraient beaucoup mieux fait, selon moi, d'examiner quelques instants cette matière avec un esprit d'analyse, afin de la traiter avec calme, avec attention, et sans préjugés.

Sans doute, ces philosophes s'étaient aperçus que le fanatisme est une infirmité naturelle de l'esprit de l'homme ; dès lors, comment pouvaient-ils espérer de bannir entièrement de la terre ce monstre maudit ? Jusqu'à ce jour, ce me semble, aucune des graves infirmités qui forment comme le patrimoine de l'espèce humaine n'a cédé aux efforts de la philosophie. Au nombre des erreurs qui ont eu cours dans le dix-huitième siècle, une erreur capitale a été la manie des types. On s'est forgé un type de la nature de l'homme, de la société, de chaque chose ; et tout ce qui ne s'est point ajusté à ce type, tout ce qui n'a pu se ployer pour entrer dans ce moule a dû essuyer une attaque furieuse d'éloquence philosophique.


Roger Boivin

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Re: DU FANATISME. — DU FANATISME DANS l'ÉGLISE CATHOLIQUE.

Message  Roger Boivin le Jeu 14 Juil 2016, 9:54 am


Mais quoi ! niera-t-on qu'il existe du fanatisme dans le monde ? Non, assurément. Niera-t-on que ce soit là un mal ! C'est un mal très-grave. De quelle manière parviendra-t-on à l'extirper ? On n'y parviendra pas. Comment en pourra-t-on diminuer l'étendue, en atténuer la force, en enchaîner la violence ? En donnant à l'homme une saine direction. Sera-ce par la philosophie ? Nous le verrons tout à l'heure.

Quelle est l'origine du fanatisme ? Commençons par fixer le véritable sens de ce mot. Par fanatisme, en prenant ce mot dans son acception la plus large, on entend une vive exaltation d'un esprit dominé fortement par une opinion fausse ou exagérée. Si l'opinion est vraie, si elle est contenue dans ses justes limites, il n'y a point fanatisme, ou s'il y en a, c'est uniquement par rapport aux moyens employés pour servir cette opinion. Dans ce cas, il y a aussi jugement erroné, puisqu'on croit que l'opinion vraie autorise ces moyens ; donc il y a déjà erreur ou exagération. Que si l'opinion vraie se trouve soutenue par des moyens légitimes, si d'ailleurs l'occasion est opportune, il n'y a point de fanatisme, quelles que soient l'exaltation, l'effervescence de l'esprit, quelle que soit l'énergie des efforts ou la grandeur des sacrifices. Dès lors, il y aura enthousiasme dans l'esprit, héroïsme dans l'action, mais point de fanatisme. Sans quoi les héros de tous les temps et de tous les pays resteraient flétris du stigmate de fanatiques.


Roger Boivin

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Re: DU FANATISME. — DU FANATISME DANS l'ÉGLISE CATHOLIQUE.

Message  Roger Boivin le Jeu 14 Juil 2016, 9:59 am


Considéré dans cette généralité, le fanatisme s'étend à tous les objets dont s'occupe l'esprit humain. C'est ainsi qu'il y a des fanatiques en religion, en politique, dans les sciences même et dans la littérature. Néanmoins, si l'on remonte à l'étymologie et si l'on s'en tient à l'usage, le mot fanatisme ne s'applique proprement qu'aux matières religieuses : c'est pourquoi le nom seul de fanatique, sans aucun complément, désigne un fanatique en religion, tandis que, s'appliquant à d'autres objets, il doit être accompagné de l'épithète qui le qualifie : ainsi l'on dira fanatiques en politique, fanatiques en littérature, etc.

Il est hors de doute qu'en matière de religion l'homme est très-porté à se laisser dominer par une idée en faveur de laquelle son esprit s'exalte, qu'il veut transmettre à tous ceux qui l'entourent et propager de toutes parts : il en vient jusqu'à s'efforcer de communiquer cette idée par les moyens les plus violents.

Jusqu'à un certain point le même phénomène se produit en d'autres questions. Mais dans les choses de la religion il acquiert un caractère qui le met absolument à part. C'est qu'ici l'âme humaine prend une force nouvelle, une énergie terrible. Pour elle, plus de difficultés, plus d'obstacles ni d'entraves. Les intérêts matériels disparaissent ; les plus grandes souffrances prennent du charme ; les tourments ne sont rien ; la mort même se présente comme une illusion séduisante.

Ce fait varie selon les individus, selon les idées, selon les mœurs de la nation au sein de laquelle il se produit ; mais, dans le fond, c'est toujours le même. En examinant la racine de ce fait, on trouvera que la violence des sectaires de Mahomet et l'extravagance des disciples de Fox procèdent d'une source commune.


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Re: DU FANATISME. — DU FANATISME DANS l'ÉGLISE CATHOLIQUE.

Message  Roger Boivin le Jeu 14 Juil 2016, 10:03 am


Il en est de cette passion comme de toutes les autres : si elles produisent de très-grands maux, c'est qu'elles dévient de leur objet légitime, ou qu'elles tendent vers cet objet par des moyens contraires aux règles de la raison et de la prudence. Le fanatisme, à le bien considérer, n'est que le sentiment religieux hors de sa voie. Or, le sentiment religieux accompagne l'homme du berceau à la tombe ; on le trouve infus au sein de la société à toutes les époques de l'existence du genre humain. En vain s'est-on efforcé de rendre l'homme irréligieux ; l'impiété complète n'a été jusqu'à ce jour qu'une folie exceptionnelle, individuelle, contre laquelle l'humanité n'a cessé de protester ; et le sentiment religieux est si fort, si vif, il exerce sur l'homme une influence tellement illimitée, qu'à peine écarté de son objet légitime et détourné du droit sentier, il produit des résultats funestes. C'est que deux causes douées d'une redoutable puissance se trouvent aussitôt combinées : l'aveuglement complet de l'esprit, et une énergie irrésistible dans la volonté.

Dans leurs déclamations contre le fanatisme, maints protestants et philosophes se sont montrés particulièrement prodigues d'injures envers l'Église catholique ; et, certes, ils auraient dû garder plus de mesure, ne fût-ce que par respect pour la bonne philosophie. L'Église, assurément, ne se vantera point d'avoir guéri toutes les folies humaines : elle ne prétendra pas davantage avoir banni du cœur de ses enfants tout fanatisme, au point qu'on n'en ait plus vu, de temps à autre, quelques effets. Mais ce qui est véritablement pour elle un titre de gloire, c'est que nulle religion n'a mieux compris par quels moyens pouvait être prévenue et guérie cette infirmité de l'esprit humain. Grâce aux mesures prises par l'Église, le fanatisme, en naissant, se voit emprisonné dans un cercle étroit. Dans ce cercle, il pourra bien délirer quelque temps, mais ce délire n'entraînera aucunes conséquences funestes.


Roger Boivin

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Re: DU FANATISME. — DU FANATISME DANS l'ÉGLISE CATHOLIQUE.

Message  Roger Boivin le Jeu 14 Juil 2016, 10:06 am


Le plus souvent, lorsque l'âme se trouve heureusement convaincue de sa propre faiblesse et pénétrée de respect pour une autorité infaillible, on voit se calmer et se dissiper, à leur origine même, ces égarements, ces rêves, qui, nourris et avivés par le temps entraînent l'homme aux plus grandes extravagances, quelquefois aux crimes les plus horribles. S'il arrive que le délire, à sa naissance, ne puisse être entièrement étouffé, du moins il restera isolé ; il n'altérera point le dépôt de la vraie doctrine, et les liens qui unissent tous les fidèles comme les membres d'un même corps ne seront point brisés. S"agit-il de révélations, de prophéties, d'extases ? Tant que ces phénomènes conservent un caractère privé et n'atteignent point les vérités de la foi, l'Église, communément, dissimule, tolère, s'abstient d'intervenir, et se tait, abandonnant à la critique la discussion des faits, laissant les fidèles dans une entière liberté de croire ce qui leur plaît. Mais si ces choses prennent un caractère plus grave, si le visionnaire entre dans des explications sur quelque point de doctrine, aussitôt vous verrez se déployer l'esprit de vigilance. Attentive à écouter s'il s'élève quelque part une voix qui s'écarte de ce qui a été enseigné par le divin Maître, l'Église fixe un regard observateur sur le nouveau prédicant. Elle examine ce qui peut révéler en lui l'homme qui erre, trompé par ses illusions, ou le loup couvert de la peau de brebis. Elle fait entendre un cri d'avertissement, elle prévient tous les fidèles ou de l'erreur ou du péril, et sa voix rappelle la brebis égarée. Que si celle-ci, fermant l'oreille, ne veut suivre que ses caprices, l'Église la sépare du troupeau, la déclare semblable au loup. Dès cet instant, l'erreur ou le fanatisme ne peuvent plus se trouver chez aucun de ceux qui ont à cœur de demeurer fidèles à l'Église.


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Re: DU FANATISME. — DU FANATISME DANS l'ÉGLISE CATHOLIQUE.

Message  Roger Boivin le Jeu 14 Juil 2016, 10:09 am


Sans aucun doute les protestants reprocheront aux catholiques la multitude de visionnaires qu'a présentés l'Église. Rappelant les révélations faites par un grand nombre de nos Saints, ils nous accuseront de fanatisme. Et ce fanatisme, diront-ils, n'est point resté borné à de médiocres effets ; il a produit les résultats les plus considérables. « A eux seuls, dira-t-on, les fondateurs des ordres religieux n'offient-ils pas le spectacle d'une longue suite de fanatiques, qui, dupes eux-mêmes de leurs illusions, ont exercé autour d'eux, par leurs paroles et leur exemple, la plus étonnante fascination. »

Ce n'est pas ici le lieu de m'étendre sur les ordres religieux ; je me propose de le faire en un autre endroit de cet ouvrage. Cependant je ne puis me dispenser de faire une observation. Supposons que toutes les visions et les révélations de nos Saints soient de pures illusions, je ne vois point que nos adversaires puissent en aucune façon s'en autoriser pour taxer l'Église de fanatisme. Et d'abord, en ce qui est des visions d'un particulier, ces visions, qui ne sortent point de la sphère individuelle, pourront bien être empreintes d'illusion ou, si l'on veut, de fanatisme ; mais ce fanatisme ne sera nuisible à personne et ne parviendra point à troubler la société. Qu'une pauvre femme se croie honorée de faveurs particulières du ciel ; qu'elle se figure entendre fréquemment la sainte Vierge s'entretenir avec les anges, chargés de messages de la part de Dieu : tout cela pourra exciter la crédulité des uns, la raillerie des autres ; mais, à coup sûr, il n'en coûtera à la société ni une goutte de sang ni une larme.


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Re: DU FANATISME. — DU FANATISME DANS l'ÉGLISE CATHOLIQUE.

Message  Roger Boivin le Jeu 14 Juil 2016, 10:12 am


Quant aux fondateurs des ordres religieux, en quoi donnent-ils prise à l'accusation de fanatisme ? Passons sous silence le respect profond que méritent leurs vertus, et la reconnaissance que l'humanité leur doit pour les services inestimables qu'elle en a reçus ; supposons-les abusés dans toutes leurs inspirations : nous pourrons sans doute appeler cela illusion, mais non fanatisme. Chez eux, en effet, point de frénésie, ni de violence. Ce sont des hommes qui se défient d'eux-mêmes, qui, bien que se croyant divinenient appelés à quelque grand dessein, ne mettent la main à l'œuvre qu'après s'être prosternés aux pieds du Souverain Pontife. Ils soumettent à son jugement les règles sur lesquelles ils établiront l'ordre nouveau. Ils lui demandent ses lumières, écoutent avec docilité sa décision, et ne réalisent rien sans sa permission. Quelle ressemblance y a-t-il donc entre les fondateurs des ordres religieux et des hommes que l'on a vus, à la tête d'une multitude furieuse, tuant, détruisant, laissant partout, en témoignage de leur mission prétendue, une trace de sang et des ruines ?

Dans les fondateurs des ordres religieux nous voyons des hommes qui, dominés fortement par une idée, s'attachent à la réaliser, au prix même des plus grands sacrifices. Leur conduite nous présente une idée arrêtée, se développant avec constance, d'après un plan concerté, et toujours en vue d'un but éminemment religieux et social. Avant tout, ce plan est soumis au jugement d'une autorité, examiné mûrement, corrigé ou retouché selon les conseils de la prudence. Le philosophe impartial (je laisse, en ce moment, de côté toute opinion religieuse) pourra trouver dans tout cela plus ou moins d'illusion, plus ou moins de préjugé, plus ou moins de prudence. Mais il n'y saurait voir de fanatisme ; car ici rien n'en présente le caractère.



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Re: DU FANATISME. — DU FANATISME DANS l'ÉGLISE CATHOLIQUE.

Message  Roger Boivin le Ven 04 Nov 2016, 1:49 pm



LE PROTESTANTISME COMPARÉ AU CATHOLICISME DANS SES RAPPORTS AVEC LA CIVILISATION EUROPÉENNE - Par l'Abbé Jacques Balmès - 1875 :

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