Le Martyre de la Vendée.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Mer 12 Oct 2016, 6:13 am

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« Le lendemain, 20 décembre, nous dit le baron de Wismes son petit-neveu, le vieillard fut conduit au supplice.

« Dans le court trajet de la prison à l'échafaud, dressé en permanence sur la place du Bouffay, il chanta le psaume Miserere et l'hymne Vexilla Regis.

« Devant cet héroïque courage, on vit les assistants et les soldats de l'escorte verser des larmes d'attendrissement et de pitié.

« Arrivé au pied de l'instrument du supplice, le confesseur de la foi se mit à genoux, et d'une voix forte, qui ne trahissait aucune émotion, il entonna le psaume Laudate Domimim, omnes gentes : Vous tous, peuples de la terre, bénissez le Seigneur. »

C'était son action de grâces à Dieu, pour la mort qu'il allait subir.

« Se relevant ensuite, et jetant un regard de compassion sur ses bourreaux et sur ses juges, Carrier, Fouquet et Lamberty : « Vous me faites mourir injustement, leur dit-il ; dans un an, vous périrez comme moi. »

C'était une prophétie.

Le 10 décembre 1794, Fouquet, Lamberty et Carrier portaient leur tête sur l'échafaud.


Ne dirait-on pas que notre martyrologe vendéen nous offre la copie fidèle des plus belles scènes du martyrologe romain, dans les trois premiers siècles de l'Église? C'est que les martyrs de la persécution révolutionnaire sont soutenus et exaltés par le même Esprit divin qui transportait les victimes de Néron, de Septime-Sévère et de Dioclétien.

Le 12 du mois d'août 304, un diacre de Catane, Euplius, comparaissait devant le tribunal du gouverneur de Sicile, Calvisien. Arrivé près du rideau qui fermait le prétoire du juge, Euplius s'écria : « Je suis chrétien, et je désire mourir pour le nom de Jésus-Christ. »

Le juge dicta la sentence : « Nous ordonnons qu'Euplius, convaincu d'être chrétien, ait la tête tranchée en punition de son opiniâtreté à mépriser les édits du prince. »

En entendant cet arrêt de mort, le diacre s'écrie : « Je rends grâce à Dieu et à Jésus-Christ, parce que j'arrive au moment de recevoir ma couronne. »

On lui attacha au coup le livre des Évangiles, qu'il portait sur lui quand il fut arrêté. Un crieur public, marchant devant le condamné, criait à haute voix : « Voilà cet Euplius, ce chrétien, cet ennemi des empereurs et des dieux ! »

Le martyr s'avançait d'un pas ferme vers le lieu du supplice, comme on marche au festin. La foule qui le suivait était saisie d'étonnement, à la vue d'un pareil courage.

Et Euplius, l'âme toute pleine de l'Esprit Saint, levant les mains et les yeux vers le ciel, chantait : «Je vous rends grâce, ô Seigneur Jésus, parce que votre puissance m'a soutenu et consolé. Confirmez en moi jusqu'à la fin les sentiments que vous m'avez inspirés. »

Le martyr se met ensuite à genoux, et présente la tête au glaive de l'exécuteur (1). »

N'est-ce pas la glorieuse fin de Louis-Joachim de la Roche-Saint-André (2) ?
__________________________________________________________

(1)  RUINART, pp. 438, 439. — (2)  Voir GUILLON, T. III, p. 462; de SUYROT, Notice sur l'auteur des ÉLÉVATIONS. — Des renseignements complémentaires ont été fournis par le baron de Wismes, petit-neveu du martyr.


A suivre : Martyre de JACQUES-CLAUDE GUIBERT, natif de Saint-Laurent-sur-Sèvre.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Jeu 13 Oct 2016, 6:46 am

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§ XV

Martyre de JACQUES-CLAUDE GUIBERT,
natif de Saint-Laurent-sur-Sèvre,
25 décembre 1793.

JACQUES-CLAUDE GUIBERT, né à Saint-Laurent-sur-Sèvre, fut vicaire de Verzins, dans le district de Cholet.

Saisi et détenu d'abord dans les prisons de Savenay, il comparut devant la commission militaire qu'on venait d'y former, et qui avait reçu la consigne de faire périr tous les Vendéens qu'on lui livrait, et surtout les prêtes catholiques.

Le 25 décembre 1793, elle condamna Jacques Claude Guibert à la peine de mort, sous l'inculpation de Brigand de la Vendée.

Le vicaire de Verzins appartient à notre martyrologe, par le lieu de sa naissance (1).
_________________________________________

(1) GUILLON, T  III, p  229.

A suivre :   Martyre de SIMON-JOSEPH CAMUS, curé de Thouarsais.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Ven 14 Oct 2016, 6:52 am

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§ XVI

Martyre de SIMON-JOSEPH CAMUS,
curé de Thouarsais,
décembre 1793

SIMON-JOSEPH CAMUS,  natif de Fontenay-le-Comte, fut curé de Thouarsais.

Il suivit ses paroissiens dans l'expédition d'Outre-Loire.

Dans la déroute du Mans, il fut arrêté, ramené en ville et massacré par les républicains, vers la fin de septembre 1793. (2)
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(2) GUILLON, T  II, p. 360.

A suivre : Mort de FRANÇOIS-JACQUES RELIQUET, curé de la Boissière-de-Montaigu.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Sam 15 Oct 2016, 5:40 am

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§  XVII

Mort de FRANÇOIS-JACQUES RELIQUET,
curé de la Boissière-de-Montaigu,
décembre 1793.

FRANÇOIS-JACQUES RELIQUET, né à Vieillevigne, en 1748, était curé de la Boissière-de-Montaigu le 19 mai 1784, date de sa première signature sur les registres de cette paroisse.


Il refusa le serment, et suivit d'abord l'armée de Charette, où son frère, Gabriel Reliquet, avait un commandement, notamment à l'époque de la défaite de Challans, le 13 avril 1793.

Il séjourna pendant quelque temps à Vieillevigne, se cachant dans les métairies d'alentour.

Enfin, il passa la Loire avec l'armée catholique, et fut tué dans la déroute de Savenay, suivant l'acte de notoriété qui fut dressé par le juge de Montaigu, le 29 mai 1800. (1)
____________________________________________________

(1)  Note communiquée par M. E. BOURLOTON, d'après les papiers de l'abbé PONTDEVIE.

A suivre : Martyre de MARIE-MADELEINE-JEANNE DEAU, religieuse

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Dim 16 Oct 2016, 5:28 am

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§ XVIII

Martyre de MARIE-MADELEINE-JEANNE DEAU,
religieuse du couvent de Notre-Dame de Fontenay,
vers la fin de 1793.

MARIE-MADELEINE-JEANNE DEAU, religieuse du couvent de Notre-Dame de Fontenay, était née à Bourgneuf, dans le diocèse de la Rochelle.

Chassée de son monastère en 1791, elle continuait à pratiquer, dans le monde, toutes les vertus de son saint état, et s'employait à l'instruction des petits enfants.

Les révolutionnaires trouvèrent un grief monstrueux dans ses vertus comme dans ses bonnes œuvres, et l'accusèrent d'avoir brodé, pour les soldats vendéens, des images du Sacré-Cœur. II n'en fallait pas davantage pour provoquer contre la sainte fille une sentence de mort.

Elle dut comparaître à la barre du tribunal criminel de la Vendée, qui siégeait à Fontenay, et qui la condamna, comme fanatique à périr sur l'échafaud.

Marie-Madeleine-Jeanne Deau fut exécutée vers la fin de 1793 (2).
_______________________________________________

(2) GUILLON, T. II. p. 542.

A suivre : Martyre de MARIE DE MARMANDE

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Lun 17 Oct 2016, 6:51 am

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§ XIX

Martyre de MARIE DE MARMANDE,
de St-Laurent-sur-Sèvre,
vers la fin de 1793.

MARIE DE MARMANDE, pieuse  fille  de Saint-Laurent-sur- Sèvre, fut une des victimes contre lesquelles les soldats de l'athéisme exercèrent leurs fureurs les plus atroces. Ils l'assassinèrent et la coupèrent par morceaux.

« Sa piété, dit Guillon, et son zèle pour la religion, furent la cause principale de sa mort.  »

Le martyre de Marie de Marmande eut lieu vers la fin de 1793 (1).
__________________________________________

(1)  GUILLON, T. IV, p. 17.

A suivre : Martyre de FRANÇOIS NICOLAS,  vicaire de Chambretaud…

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Mar 18 Oct 2016, 6:38 am

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§ XX

Martyre de FRANÇOIS NICOLAS,
vicaire de Chambretaud,
dans le cours de l'année 1793.

FRANÇOIS NICOLAS, à l'époque de la Révolution, était vicaire de Chambretaud depuis le 20 décembre 1780.

Après avoir refusé le serment schismatique, il ne voulut point s'expatrier et resta dans la paroisse de Chambretaud. Il se tenait habituellement dans la ferme de Saint-Aubin.

Dénoncé par une mendiante qu'il assistait de ses aumônes, il fut arrêté, conduit devant la commission militaire de Mortagne et condamné à mort.

Les bourreaux l'enterrèrent vivant, laissant hors de la fosse la tête, qu'ils visaient comme une cible, à qui tirerait le plus juste.

Un vieillard, mort il y a quelques années, à 93 ans, René Baubry, caché derrière un mur, disait avoir entendu tirer, à intervalles, une vingtaine de coups de fusil.

Quand les horribles exécuteurs furent fatigués de ce jeu, ils coupèrent la tête à leur victime.

La tête du martyr fut roulée, tout le jour, dans les rues de Mortagne.

Guillon donne à cette mort la date approximative de 1793 (2).
__________________________________________________________

(2) Note communiquée par M. E. BOURLOTON, d'après les dossiers de l'abbé PONTDEVIE. Les erreurs de Guillon, T. IV, p. 138, sont relevées dans cette note.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Mer 19 Oct 2016, 6:13 am

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§ XXI

Martyre de Monsieur F. NŒAU,
curé-prieur de  Saint-Hilaire  de Soullans,
dans le cours de l'année 1793
(1).

L'abbé F. NŒAU  avait été nommé vicaire de la paroisse de Saint-Hilaire de Soullans en 1786, pendant que Monsieur Guillon en était curé-prieur. En 1793, celui-ci donna sa démission en faveur de son vicaire.

Quelques mois après la prise de possession du nouveau titulaire, la tourmente révolutionnaire éclatait. Monsieur Nœau refusa, de la façon la plus énergique le serment à la Constitution civile du clergé. Comme beaucoup d'autres prêtres excellents, il pouvait mettre ses jours en sûreté, en prenant le chemin de l'exil. Il ne voulut point abandonner son troupeau à la merci des loups qui menaçaient d'envahir le bercail. Il se déguisa en paysan (1) et resta caché dans la contrée.

A la faveur des ténèbres de la nuit, il réunissait les fidèles dans les granges, y célébrait la messe, bénissait les mariages, baptisait les nouveau-nés, prêchait à tous le courage et la résignation chrétienne. Il ne craignait point d'aller visiter les malades et d'administrer les mourants, au péril de sa vie, portant sur lui le Saint Sacrement dans toutes ses courses apostoliques.

Un jour, il fut surpris par les Bleus au moment où il venait d'achever une cérémonie religieuse. Le dévoué pasteur eut à peine le temps de recommander son âme à Dieu.

C'est dans un pré, non loin de la ferme des Clouzils, qu'il fut impitoyablement fusillé, avec l'un de ses paroissiens, compagnon fidèle de ses périlleux voyages et de sa vie de prêtre proscrit.

« Il avait fait, la veille, la procession du Saint Sacrement. On a dû trouver sur lui les saintes espèces; car il ne sortait jamais sans les porter sur sa poitrine, nous dit un chroniqueur contemporain: et en cela, ajoute le chroniqueur, sa prudence n'a pas toujours été en raison de son zèle (1). »

En louant le zèle héroïque du curé-prieur de Saint-Hilaire de Soullans, nous aurions peine à blâmer sa prudence. En portant toujours sur son cœur celui qui fait la force des martyrs, fortitudo martyrum, n'avait-il pas, pour justifier sa sainte audace, l'exemple d'un grand nombre de martyrs des premiers siècles ? (2)
______________________________________________________

(1) CHAMARD,  Les Origines, p. 363. — (1) M. NŒAU  portait les habits de noces du père d'un vieillard décédé il y a peu d'années, Simon VÉRONNEAU, des Rochelles  en Soullans. — (1) Mémoires de l'abbé REMAUD, curé de Maché, ancien aumônier de Charette. —  (2) Semaine catholique de Luçon, 16 novembre 1879, p. 248. — Notre Notice est pleinement conforme à la tradition locale.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Jeu 20 Oct 2016, 5:35 am

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§ XXII

Martyre de FRANÇOIS HOUSSIN,
curé des Brouzils,
1er janvier 1794.

FRANÇOIS HOUSSIN  naquit à Angers, en 1742.

Il fut curé des Brouzils à partir du 27 mai 1776.

Il refusa le serment et suivit l'armée catholique au delà de la Loire.

Fait prisonnier à la déroute du Mans, il fut conduit à Angers et cité, à la fin de décembre 1793, devant la commission militaire dite de Saumur, qui le condamna à mort pour :

1° « Avoir entretenu des correspondances avec les Brigands de la Vendée ;

2° « Avoir enfreint la loi relative à la déportation des prêtres réfractaires ;

3° « Avoir, après cette infraction à la loi, excité, suivi ou maintenu la révolte qui a éclaté dans le département de la Vendée ;

4° « Avoir, par ses discours perfides, séduit les esprits faibles, en leur disant que, pour être agréable à l'Auteur de la nature et jouir d'un heureux avenir, il fallait massacrer tous les défenseurs de la République ;

5° « Avoir provoqué au rétablissement de la royauté, et à l'anéantissement du peuple français. »

Monsieur François Houssin fut guillotiné le 1er janvier 1794, à 4 heures du soir, à Angers, sur la place du Ralliement, avec quatre autres prêtres insermentés de l'Anjou et de la Touraine (1).
_______________________________________________________

(1) Note communiquée par Monsieur E. BOURLOTON, d'après les dossiers de M. l'abbé PONTDEVIE. Cette note relève les erreurs de GUILLON, T. III, p. 316. — Archives de la cour d'appel d'Angers.

A suivre : Martyre de Mademoiselle VICTOIRE DE JOURDAIN

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Ven 21 Oct 2016, 6:36 am

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§ XXIII

Martyre de Mademoiselle VICTOIRE DE JOURDAIN,
des Herbiers,
7 janvier 1794.

Mademoiselle VICTOIRE DE JOURDAIN, dit Guillon, est une des plus illustres martyres de la pudeur et de la foi que la Vendée catholique ait données à l'Église.

A l'époque de la Révolution française, elle habitait les Herbiers avec sa mère et sa sœur. Elles furent toutes trois arrêtées par les agents révolutionnaires, traînées à Nantes, traduites devant la commission militaire de Carrier, et condamnées, comme complices des Brigands, à périr dans les eaux de la Loire.

La sentence, portée le 7 janvier 1794, fut exécutée le même jour, ou peu après.

La mère et la sœur de Victoire sont noyées les premières.

Calme et modeste, notre héroïne vient la dernière et marche courageusement au supplice. Mais le soldat qui la conduit s'est épris, dans le trajet, des charmes de la jeune Vendéenne, et lui fait la proposition de la sauver à des conditions qui épouvantent sa vertu.

Arrivée sur le bord du fleuve, Victoire de Jourdain se  précipite tout à coup dans les flots, et tombe sur un monceau de cadavres qui la soutiennent à la surface.

— Je n'ai pas assez d'eau, s'écrie-t-elle ; aidez-moi.

Les bourreaux la poussent, et la gracieuse martyre de la virginité est engloutie (1).

Saint Jean Chrysostome a célébré l'héroïsme de trois nobles femmes d'Antioche, sainte Domnine et ses deux filles, Bérénice et Prosdoce, qui se noyèrent pour éviter les outrages des soldats dont elles étaient les captives (2).

Après le martyre de Victoire de Jourdain, la Vendée n'a rien à envier à la ville d'Antioche.
_______________________________________________________

(1) BOURNISEAUX, Histoire des guerres de la Vendée, T. III, p. 239. GUIILON, T. III p. 369.
(2) EUSÈBE, Hist. ecclés. Liv. VIII, c. XII. S. J. CHRYSOSTOME, T. II, pars post. p. 629, édit. Migne.

A suivre : Martyre de JEAN-BAPTISTE TRIQUERIE, religieux cordelier du couvent d'Olonne.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Sam 22 Oct 2016, 6:06 am

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§ XXIV

Martyre de JEAN-BAPTISTE TRIQUERIE,
religieux cordelier du couvent d'Olonne,
21 janvier 1794.

JEAN-BAPTISTE TRIQUERIE, était né à Laval, dans la paroisse de la Trinité, le 1er juillet 1738. Il fut d'abord simple religieux cordelier du couvent d'Olonne, puis gardien du couvent de Laval.

En 1792, il fut incarcéré dans sa ville natale, avec treize autres prêtres sexagénaires ou infirmes, qui avaient, comme lui, refusé le serment et n'avaient pas voulu quitter le sol de France après le décret du 26 du mois d'août.

Les 14 captifs furent délivrés par les Vendéens ; mais quand l'armée catholique évacua le pays, au mois de décembre 1793, ils se reconstituèrent spontanément prisonniers.

Dans le cours de janvier 1794, on leur fit subir un premier interrogatoire, dans lequel on leur proposa de jurer qu'ils renonçaient à la religion catholique, apostolique et romaine, et de ne reconnaître aucun culte en France que celui de la déesse Raison.

Un non absolu et unanime fut leur réponse.

On leur demanda s'ils étaient encore dans le dessein d'enseigner la religion catholique, apostolique et romaine.

—  Oui, dès que nous le pourrons, répondent les quatorze confesseurs de la foi.

Cet interrogatoire servit de base à leur condamnation.

Le 21 janvier, on leur intima l'ordre de se rendre au tribunal, et avant leur départ de la prison, on les obligea de payer un salaire à leurs geôliers.

Dix d'entre eux firent le trajet à pied ; les 4 autres, trop infirmes pour marcher, furent jetés sur une charrette, qui se trouvait par hasard dans la rue.

Le nouvel interrogatoire qu'on leur fit subir fut à peu près le même pour les 14 accusés. On exigeait de chacun d'eux le serment de ne professer aucune religion, surtout la religion catholique.

Tous protestèrent énergiquement de leur refus.

—  Veux-tu prêter le serment, dit un juge au Père Triquerie.

— Quel est donc le serment que vous exigez de moi ? dit le religieux.

— Le serment que nous exigeons de toi, c'est d'être fidèle à la République, de ne professer aucune religion, pas même la catholique, qui est sans doute la tienne.

— Ce serment, je ne le ferai jamais, répond le vieillard ; je serai fidèle à Jésus-Christ jusqu'au dernier soupir.

Après cette protestation, sentant bien qu'il venait de prononcer lui-même sa sentence de mort, l'accusé se sentit défaillir.

Dans ces suprêmes épreuves, l'infirmité de l'homme n'en révèle qu'avec plus d'éclat l'héroïsme du martyr.

Madame Duret, cousine du religieux, envoya chercher un peu de vin pour le soutenir…

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Dim 23 Oct 2016, 6:19 am

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§ XXIV

Martyre de JEAN-BAPTISTE TRIQUERIE,
religieux cordelier du  couvent  d'Olonne,
21 janvier 1794.

(suite)


Madame Duret, cousine du religieux, envoya chercher un peu de vin pour le soutenir.

Irrité de cet acte d'humanité, un membre de ce tribunal de sang, Guilbert, prêtre apostat, fit conduire cette femme en prison, et après cinq semaines de réclusion, elle fut condamnée à mort ; mais le chirurgien des prisons la fît évader pendant la nuit.

On a conservé, d'après l'affiche qui en fut faite, le texte de la sentence prononcée contre le Père Triquerie et ses treize compagnons de captivité.

« La liberté ou la mort !

« La République française une et indivisible.

« Jugement de la commission révolutionnaire établie par les représentants du peuple dans le département de la Mayenne, qui condamne à mort... Jean-Baptiste Triquerie... Séance publique tenue en la commune de Laval, le 2 pluviose, an II de la République, et le 1er de la mort du tyran, vu l'interrogatoire de Jean-Baptiste Triquerie, Ambroise, etc., par lequel il est prouvé que, requis par la loi de prêter le serment exigé des fonctionnaires publics, ils s'y sont constamment refusés...,sur ce, considérant que les principes que ces hommes professaient étaient les mêmes qui avaient allumé la guerre de la Vendée..., la commission révolutionnaire, entendu le citoyen Volclerc, accusateur public, et ses conclusions, condamne à mort les dits prêtres, et ordonne que le présent jugement sera exécuté sur-le-champ, et qu'en conformité de la loi, leurs biens, meubles et immeubles seront et demeureront acquis au profit de la République.

« La même commission révolutionnaire, vu l'interrogatoire de RENÉ SORIN, de Saint-Paul-Montpenit, de FRANÇOIS DRAPEAU, laboureur de la commune de Beaurepaire, de JOSEPH VERDEAU, menuisier de la commune de Sainte-Cécile....par lequel il est prouvé qu'ils ont fait partie des Brigands de la Vendée..., entendu l'accusateur public, condamne à mort les dits Sorin, Drapeau, Verdeau, etc. »

Les 14 prêtres entendirent prononcer leur sentence avec le calme des anciens martyrs. Avant d'aller au supplice, ils se donnèrent le baiser de paix, se confessèrent mutuellement, et entendirent les confessions des Vendéens qui devaient être exécutés avec eux.

En marchant à l'échafaud, ils se disposaient à chanter le Salve Regina, mais ils en furent empêchés par le bourreau.

Arrivés au pied de la guillotine, ils se tenaient là, recueillis, comme devant un autel, attendant le moment du sacrifice.

Après l'exécution de la première victime, ils levèrent les yeux au ciel, en action de grâces, et se dirent entre eux quelques paroles, sans doute pour exprimer leur joie du bonheur dans lequel venait d'entrer le nouveau martyr.

— « Taisez-vous, cabaleurs, taisez-vous », leur crie alors, d'une voix brutale et courroucée, le commandant de gendarmerie..

Lorsque ces 14 têtes de prêtres sont tombées, les unes après les autres, sous le couperet du bourreau, les trois soldats de la Vendée militaire, trois martyrs aussi, sont exécutés à leur tour.

Les corps furent transportés, dans deux tombereaux, à la lande dite la Croix-de-Bataille, sur la paroisse d'Avenières, et jetés dans une fosse commune.


Le 9 du mois d'août 1816, on les transféra solennellement, avec toutes les cérémonies religieuses, dans l'église paroissiale d'Avenières.

Sur ces restes vénérables, fut érigé un très beau monument, qui porte gravé le récit de la mort glorieuse de ces confesseurs de la foi.

Une croix de mission s'élève à la place même où ils furent immolés, et sur l'une des faces du piédestal, on lit l'inscription suivante :

Sur cette place,
Le jour même de l'anniversaire de la mort de Louis XVI,
Quatorze  prêtres,
Dont les noms sont inscrits  au Livre de vie,
Ayant  dû  choisir  entre  le  serment  et   la  mort,
Scellèrent de leur sang la pureté de leur foi ;
Et conformément aux dernières paroles de l'un d'eux,
Après avoir appris au peuple à bien vivre,
Ils  lui  apprirent  encore  à  bien   mourir (
1).
_________________________________________________________

(1) GUILLON. T. I, pp. 343-345. T. II, pp. 74-79.


A suivre : Martyre de PIERRE-MARIE CHAPELAIN,  vicaire de Saint-Hilaire-de-Mortagne.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Lun 24 Oct 2016, 6:55 am

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§ XXV

Martyre de PIERRE-MARIE CHAPELAIN, vicaire
de Saint-Hilaire-de-Mortagne.

28 janvier 1794.

PIERRE-MARIE CHAPELAIN naquit aux Epesses, vers 1762, d'une famille aisée et profondément chrétienne.

Entré dans les ordres, il fut nommé vicaire de Saint-Hilaire-de-Mortagne, le 8 novembre 1790. Il refusa le serment, comme son curé, Monsieur Painaud. Celui-ci s'exila, et le vicaire se retira dans son pays natal, au milieu de sa famille.

Traqué par les persécuteurs comme tous les prêtres fidèles, il dut pourvoir à sa sûreté.

Au témoignage de deux curés des Epesses, Messieurs Fort et Bréau, il se cachait, d'ordinaire, dans le creux d'un vieil arbre, disait souvent la messe au milieu des bois, et remplissait toutes les fonctions du saint ministère dans cette paroisse, alors privée de pasteur.

Sur la fin de janvier 1794, une des colonnes infernales lancées par Turreau faisait des battues dans cette partie du Bocage.

Des amis dévoués, qui apportaient au prêtre proscrit de la paille, pour lui servir de couche dans sa cachette, en avaient laissé tomber quelques brins au pied de l'arbre. Cet indice donna l'éveil aux Bleus, qui vinrent surprendre et saisir le fugitif pendant la nuit.

Cette nuit-là même, il devait célébrer le saint sacrifice dans une métairie du voisinage.

Trois hommes, qui lui apportaient ce qui était nécessaire pour la messe furent arrêtés avec lui. Les quatre captifs furent conduits devant les autorités républicaines, fusillés et inhumés dans le jardin de la famille Fourneau, le 28 janvier 1794.


On dit que le corps de l'abbé Chapelain resta deux jours sans sépulture.

Les restes des quatre victimes furent retrouvés en 1845, avec des lambeaux d'ornements sacrés, et sur l'ordre du propriétaire du terrain, on les déposa dans une nouvelle fosse, creusée tout près de la première.

En 1800, Monsieur Vincent Chapelain, frère de l'abbé Pierre-Marie, et député de la Vendée au conseil des Cinq-Cents, provoquait une enquête juridique sur la mort du martyr. Il fit comparaître quatre témoins, qui affirmèrent la vérité des faits que nous venons de raconter.

Notre récit est également confirmé par un rapport que le général Haxo adressait à Turreau, et qui est daté des Epesses, le jour même de l'exécution.

« Je suis arrivé aux Epesses le 26 janvier, à 5 heures du soir. Deux soldats ont trouvé dans le tronc d'un arbre un prêtre non assermenté : je l'ai fait fusiller. Il avait sur lui 15 louis, tant en or qu'en assignats et une montre d'or. J'ai donné aux deux volontaires, pour récompense, 100 livres ; je suis porteur du reste (1). »

_________________________________________________

(1) Ce rapport est cité par SAVARY, T. III, p. 95. - V. GUILLON, T. II., p. 406.

Nous devons presque tous les détails de cette Notice à l'obligeance de M. E. BOURLOTON, qui les a puisés aux meilleures sources, dans les documents recueillis par l'abbé PONTDEVIE.

Pour l'enquête de 1800, voir les archives nationales, section F 7, carton 5769.

A suivre : Martyre de JEAN-BAPTISTE REMAUD, curé des Clouzeaux.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Mar 25 Oct 2016, 6:53 am

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§ XXVI

Martyre de JEAN-BAPTISTE REMAUD , curé des Clouzeaux, tué aux Essarts, vers le commencement de 1794.

JEAN-BAPTISTE REMAUD, né à Chavagnes-en-Paillers, était curé des Clouzeaux en 1791.

Il prêta le serment restrictif, qui équivalait à un refus.

Ne voulant pas s'expatrier, il s'était d'abord caché dans les environs de sa paroisse, puis réfugié à Chavagnes, son lieu de naissance, où ses deux neveux étaient, l'un curé, l'autre vicaire.

En 1794, il s'était retiré aux Essarts.

Vers le commencement de cette même année, il venait de dire sa messe, dans un grenier du Logis de la Vrignonnière, quand on lui annonça l'arrivée d'un détachement de cavalerie républicaine. Il sortit pour s'assurer du fait, fut saisi par les patriotes et massacré. Ses bourreaux lui arrachèrent la langue et mirent son corps en lambeaux.

Il fut enterré dans la prairie voisine du Logis de la Vrignonnière.

L'attention et le respect des fidèles restèrent tournés vers cette tombe vénérable, et le peuple crut y voir comme un miraculeux rayonnement de gloire. C'est la tradition locale, dit Monsieur l'abbé Grolleau, doyen des Essarts. que de nombreux témoins ont aperçu, le soir, une lumière mystérieuse, qui brillait sur les restes de ce prêtre, immolé en haine de la foi (1).

Vers 1840, Madame Jaud, propriétaire du manoir de la Vrignonnière, avait observé que l'herbe ne poussait jamais sur la tombe de Monsieur Remaud. Frappée de ce phénomène, elle eut l'idée de faire exhumer le corps du martyr. On le trouva dans un état de parfaite conservation, mais au premier contact, les chairs tombèrent en poussière, et il ne resta que les ossements (1), qui furent d'abord transportés dans le cimetière de la paroisse, et qui sont aujourd'hui déposés dans l'église.

Le sacristain d'alors prit comme une relique l'os du pouce, maintenant entre les mains de Madame la vicomtesse de Rougé (2).
_____________________________________________________________

(1) « Bon nombre des habitants de la Vrignonnière ont vu, le soir, une lumière dans l'endroit où M. REMAUD fut enterré. Une de mes sœurs m'a assuré avoir vu plusieurs fois cette lumière.» Témoignage du Frère FÉLIX, dans une lettre datée du 22 octobre 1899. — (1)  Témoignage du Frère FÉLIX, dans la même lettre. — (2) Revue du Bas-Poitou, 12e année, 3e liv., p. 339. — Voir aussi les Mémoires de l'abbé REMAUD, aumônier de Charette et frère du martyr.

A suivre : Martyre de CHARLES RETAILLEAU, curé des Landes-Genusson.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Mer 26 Oct 2016, 7:23 am

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§ XXVII

Martyre de  CHARLES RETAILLEAU, curé des Landes-Genusson, vers le commencement de 1794.

CHARLES RETAILLEAU, fils de René Retailleau et de Jeanne Cousseau, est probablement né à la Verrie, où sa famille habitait quelque temps avant la Révolution française.

Il fut d'abord vicaire des Landes-Genusson, dont le curé était alors l'abbé Thoumazeau, prêtre distingué, qui a laissé dans cette paroisse un profond et glorieux souvenir.

Vers 1768, Charles Retailleau fut nommé curé de Sainte-Soulle, dans l'Aunis (3). Il y resta près de 20 ans.

Il possédait, à Saint-Aubin-les-Ormeaux, la moitié d'une métairie, dont les revenus furent, en grande partie, employés au profit de son église paroissiale.

Dans les dernières années de son ministère à Sainte-Soulle, le mauvais état de sa santé lui rendait très difficiles les devoirs de sa charge, et il songeait à prendre sa retraite.

On raconte que son évêque, le visitant un jour dans sa cure, le confirma dans cette résolution.

— Monsieur le curé, lui dit le prélat en le quittant, je vois que vous avez besoin de repos. Vous avez fait dire bien des chapelets à Sainte-Soulle ; il est temps que vous retourniez respirer le bon air de votre Bocage. C'est là que vous devez finir vos jours, aurait ajouté l'évêque, d'un ton prophétique.

Est-ce de l'histoire ou de la légende ? nous ne saurons le dire, ce qui est certain, c'est que l'abbé Retailleau quitta Sainte Soulle et se retira dans la paroisse de la Gaubretière, à Bouillé, où il avait des membres de sa famille. II y séjourna quelques mois à titre d'aumônier. Sa santé se raffermit sans doute, car en 1789, à la mort de Monsieur Thoumazeau, il accepta la cure des Landes-Genusson.

On pouvait entendre déjà les premiers grondements de la tourmente révolutionnaire. On allait entrer dans cette époque terrible, où les pasteurs des âmes ne pourront rester dignes de leur divin ministère, qu'en élevant leur courage et leurs vertus à la hauteur de l'héroïsme du martyre.

L'abbé Charles Retailleau fut du nombre de ces pasteurs héroïques.

Fermement résolu à ne pas quitter son troupeau, il prit sa demeure au Grand Logis, où il se croyait plus en sûreté que dans sa cure.

Les alertes étaient fréquentes. II sortait alors par une porte dérobée, traversait le jardin, et se réfugiait à 300 mètres environ du Logis, dans un champ appelé le Pâtis de la Tissonnière. II s'était ménagé, dans le fourré touffu d'une grande haie, une cachette qu'il semblait presque impossible de découvrir.

Mais Dieu avait décrété que le bon pasteur donnerait sa vie pour ses brebis. Un jour, le curé fut averti trop tard de l'arrivée des Bleus. Comme il se rendait en toute hâte à son refuge accoutumé, il fut aperçu par les féroces soldats de la République, et fusillé dans le champ même où il cherchait son salut.

Sa servante fut tuée dans ce même champ, 80 mètres plus loin, où elle s'était cachée au milieu des ajoncs.

Un parent de la victime affirmait au curé actuel de la Chapelle-Achard. Monsieur l'abbé J.-B. Poiraud, que le corps du saint prêtre fut coupé en morceaux, ainsi que le cadavre de trois religieuses, qui s'étaient cachées tout près de là.

Le dernier acte signé par l'abbé Charles Retailleau est un acte de sépulture, daté du 22 octobre 1793 (1).
__________________________________________________________

(3) Nous avons déjà dit que le doyenné de Saint-Laurent-sur-Sèvre appartenait alors au diocèse de la Rochelle. — (1) Tous les détails de cette Notice nous sont certifiés par la tradition locale, et par M. l'abbé J.-B. POIRAUD, ancien vicaire des Landes-Genusson.

A suivre : Martyre de trois religieuses augustines, les sœurs MAROT, JOBARD et MEUNIER.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Jeu 27 Oct 2016, 5:14 am

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§ XXVIII Martyre de trois religieuses augustines,
les sœurs
MAROT, JOBARD et MEUNIER,
retirées aux environs de la Gaubretière et des Landes-Genusson,
vers le commencement de 1794.

Après la suppression des ordres monastiques, trois religieuses augustines d'un couvent de Cholet, la sœur MAROT, supérieure, et les sœurs JOBARD et MEUNIER, s'étaient réfugiées aux environs de la Gaubretière et des Landes-Genusson.

Formant une petite communauté, elles continuaient à remplir ensemble tous les exercices et les devoirs de la vie religieuse.

Mais vers la fin de 1793 ou vers le commencement de 1794, un parti de soldats républicains, sur l'indication des patriotes de l'endroit, pénètrent dans la pieuse retraite de ces saintes filles. Ils les traînent en dehors de leur demeure, en menaçant de les mettre à mort, si elles refusent de crier Vive la République.

— Plutôt mourir, s'écrient-elles, s'élançant vers le Christ brisé d'un calvaire voisin. Elles en saisissent les débris, et entonnent ensemble le cantique : Vive Jésus, vive sa croix.

C'est devant ce calvaire que les bourreaux leur tranchent la tête, et le sang des trois innocentes victimes empourpre les fragments dispersés de la croix (2).
______________________________________________

(2) GUILLON, T. III, p. 353, T. IV, pp. 18 et 65.
Nous croyons que les sœurs MAROT, JOBARD et MEUNIER sont les trois religieuses massacrées avec le curé des Landes-Genusson.
V. la Notice du § XXVII.


A suivre : Martyre  d'une  jeune   orpheline   de Chavagnes, nommée JEANNE.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Ven 28 Oct 2016, 6:16 am

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§ XXIX

Martyre d'une jeune orpheline de Chavagnes,
nommée
JEANNE,
23 février 1794

Au village du Cormier, dans la paroisse de Chavagnes-en-Paillers, il y avait, en 1794, une jeune et pieuse orpheline, que nous ne connaissons que sous le nom de JEANNE

Dans sa pauvreté et dans son isolement, elle ne savait où trouver un asile pour abriter sa faiblesse et sa vertu.

« Dans une de ses fuites devant les colonnes infernales, le 23 février 1794, elle se joignit, nous dit l'abbé Augereau, à ma grand'mère, qui fuyait aussi et traînait avec elle ses cinq enfants en bas âge. Les fugitives s'étaient blotties dans le coin d'un champ, lorsqu'un soldat les aperçoit, tire son sabre, rouge encore du sang que le féroce patriote vient de verser. »

A cette vue, Jeanne veut fuir, mais le bourreau lui barre le passage. L'enfant, se voyant perdue, va s'asseoir sur un sillon, et là, cachant sa belle et candide figure dans ses deux mains, elle demeure immobile, en attendant la mort.

Le barbare se précipite vers la jeune victime, et la frappe à plusieurs reprises pour lui trancher la tête. Mais les vêtements et les longs cheveux de Jeanne résistaient au tranchant du sabre. Le soldat la frappe de nouveau pour lui fendre le crâne. La coiffe et l'abondante chevelure de l'orpheline amortissent encore le coup. Le massacreur s'acharne, et pour en finir, il plonge son arme dans la poitrine de la jeune fille

Jeanne s'affaisse et meurt sur le sillon, comme la fleur tranchée par le soc de la charrue, languescit moriens. La jeune martyre n'avait pas poussé un cri. Elle mourait dans les parfums de son innocence et de sa vertu.

C'est une petite reine, que cette orpheline, Jeanne de Chavagnes !

Comme Agnès, la martyre romaine de 13 ans, Jeanne la Vendéenne trouve dans sa mort cette royauté du charme, que tout le monde reconnaît et que tout le monde subit (1).
______________________________________________

(1)  Que devint la pauvre femme témoin du massacre de JEANNE?

« Ma grand'mère, pétrifiée de terreur, nous dit l'abbé Augereau, serrait ses cinq enfants autour d'elle. Déjà l'horrible assassin de l'orpheline s'avançait vers le groupe, quand survint un autre soldat, plus digne de porter une épée. Jetant un coup d'œil sur le cadavre de la jeune fille : « Misérable, dit-il au meurtrier, qu'as-tu fait ? Un homme d'honneur respecte les enfants. Tu n'es qu'un lâche et un scélérat.

— C'est une Brigande ; cela me suffit, répond l'assassin. Ce matin, j'en ai tué une demi-douzaine, et je vais en faire autant à toute cette nichée.

— Cela ne sera pas, reprend l'énergique et noble soldat ; à cette femme et à ces petits enfants, tu ne toucheras pas ; je te le défends.

Et le mettant aussitôt en joue : « Si tu fais un pas de plus, ajoute-t-il, tu es mort !

Le misérable baissa la tête et s'éloigna.

« Quand il fut parti, le généreux patriote s'approche de ma grand'mère, ajoute le chroniqueur auquel nous empruntons ce récit. — « Emmenez ces enfants, lui dit-il ; et fuyez ; d'autres soldats doivent passer après nous. »

A suivre : Martyre de FRANÇOIS SUIRE, meunier à la Rabatelière.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Sam 29 Oct 2016, 6:07 am

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§ XXX

Martyre de FRANÇOIS SUIRE,
meunier de la Rabatelière,
avril 1794.

La courte Notice qui suit, sur le martyre de FRANÇOIS SUIRE, est connue de tout le monde à la Rabatelière; elle n'est que l'expression de la tradition locale.

Le 9 du mois d'avril 1794, une patrouille républicaine, passant par cette paroisse, y saisit deux pauvres meuniers, François Suire et l'un de ses amis, nommé Bretaud (2).

Suire, âgé de 43 ans, père de cinq enfants encore en bas âge, était meunier au moulin à eau du château de la Rabatelière.

Les républicains emmenèrent avec eux leurs captifs. Chemin faisant, l'officier qui commandait la colonne offre leur grâce aux deux Vendéens, s'ils veulent adhérer à la religion prétendue nationale. C'était leur demander l'apostasie.

—  Non, répondent les deux paysans ; nous préférons la mort.

—  Eh bien ! dit alors l'officier, criez au moins Vive la République.

Bretaud se résigne ; mais Suire repousse avec énergie cette seconde proposition, qu'il regardait comme une apostasie déguisée.

—  Misérable, lui dit l'officier républicain, tu vas laisser dans la plus affreuse misère ta femme et tes enfants !

—  Crier Vive la République, répond l'héroïque chrétien, c'est crier A bas la religion catholique; en poussant ce cri, je croirais proférer un blasphème. Fusillez-moi ; Dieu, qui me donne le courage de mourir pour sa cause, saura bien nourrir la veuve et les orphelins que je lui abandonne.

Arrivée sur la lande du Cormier, dans la paroisse de Chavagnes-en-Paillers, la colonne, qui se rendait à Montaigu, fit halte. C'est sur cette lande qu'elle fusilla ce meunier, confesseur de la foi, et jeta son corps dans le fond d'un fossé.


Bretaud fut emmené à Montaigu, et condamné à moudre le blé des patriotes. Il put s'évader six mois après, et c'est lui qui a raconté à la pauvre veuve tous les détails de la glorieuse mort de Suire.

On s'empressa de chercher le corps de la noble victime. On le trouva dans le fossé, sous une couche d'herbes, de fougères et de ronces, et on le transporta dans le cimetière de sa paroisse. Il était conservé intact et sans corruption. Le cadavre du meunier était comme embaumé dans les parfums et dans la bonne odeur de son martyre.

Sur un  tronc d'arbre dépouillé  de son écorce, et qui était près du corps de François Suire, une main amie avait gravé celte simple épitaphe : Celui-ci est mort pour son Dieu.

Quand la veuve alla demander à Monsieur Guesdon, curé de la paroisse, une messe pour son mari, et lui en offrir l'honoraire : « Je ne veux point de votre argent, répondit le prêtre : soyez sûre que Dieu, qui a si bien gardé le corps de votre mari, aura bien mieux gardé son âme (1). »
________________________________________________________

(2)  L'abbé Suire, mort curé de la Pommeraie, était petit-fils de François Suire; l'abbé Bretaud, curé actuel de l'Herbergement, est l'arrière petit-fils du Bretaud mentionné dans notre récit. Le moulin est encore occupé par les descendants du martyr. —  (1) Les Paysans vendéens, par le comte DE CHABOT, p. 55.

A suivre : Martyre  de  la  veuve  MARIE-GUILLOTTE   BOISARD

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Dim 30 Oct 2016, 6:13 am

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§ XXXI

Martyre  de  la  veuve  MARIE-GUILLOTTE BOISARD,
domiciliée à Challans,
25 juin 1794.

La veuve MARIE-GUILLOTTE   BOISARD  était une simple ouvrière, qui gagnait sa vie à la journée.

Née à Legé, vers 1734, elle avait son domicile à Challans.

Quand les novateurs révolutionnaires affichèrent la prétention d'arracher aux fidèles leur culte et leurs légitimes pasteurs, la pieuse veuve, bravant toutes les violences des persécuteurs, manifestait hautement son attachement inviolable pour la foi catholique.

C'est pour ce motif qu'elle fut arrêtée, traînée à Paris malgré son grand âge, et condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire, le 25 juin 1794.

Cette sentence frappait Marie-Guillotte Boisard comme « convaincue de s'être déclarée l'ennemie du peuple, en servant, de diverses manières, les complots des prêtres, dans le département de la Vendée, en contribuant, soit directement, soit indirectement, à tous les excès dont s'étaient souillés les fanatiques. »

Elle fut exécutée le même jour (2).
_________________________________________

(2) GUILLON, T. II, p. 242.

A suivre : Vie,  captivité et glorieuse  mort de l'amiral LOUIS-CHARLES, COMTE DU CHAFFAULT

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Lun 31 Oct 2016, 5:44 am

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§ XXXII

Vie,  captivité et glorieuse  mort de l'amiral
LOUIS-CHARLES, COMTE DU CHAFFAULT,
29 Juin 1794.

LOUIS-CHARLES, COMTE DU CHAFFAULT, lieutenant-général des armées navales de France, tire son nom du fief Du Chaffault, dans la paroisse de Bourgenais, près de Nantes. Sa famille habitait, depuis la fin du xve siècle, la Sénardière, près de Montaigu. Elle possédait, dans la même contrée, les seigneuries de Chambretaud, de Melay et de la Goyère.

Né en 1709, l'amiral Du Chaffault mourut en 1794, dans les prisons de Nantes.

Son existence se partagea entre les dangers de la mer et des combats, la paix de la vie des champs, les œuvres de charité chrétienne, et les pratiques d'une franche et profonde piété.

Après chacune de ses campagnes, l'amiral venait à Melay, sa résidence de prédilection. Là, il savait utiliser les loisirs que lui laissait la guerre, dans les travaux plus féconds et les œuvres plus utiles, que lui permettait la liberté de son séjour champêtre.

C'est à Melay qu'il composa l'ouvrage intitulé : Les signaux de nuit et de brume, pour l'escadre du roy.

Plus sage, plus avisé et plus actif que la plupart des grands propriétaires de nos jours, il dirigeait lui-même les travaux agricoles de ses domaines, et donnait à l'agriculture une vigoureuse impulsion. Il passait presque tout son temps au milieu de ses fermiers. On le voyait souvent dès le matin dans les champs. Il ôtait son habit d'amiral, qu'il suspendait aux branches des arbres, et le Cincinnatus vendéen conduisait lui-même la charrue, de ses nobles et robustes mains.

On peut croire que la Révolution de 1793 n'eût jamais ravagé et déshonoré la France, si toute la noblesse qui assiégeait les antichambres de Versailles avait eu la pensée de rentrer dans ses terres, et comme l'amiral Du Chaffault, de mettre la main à la charrue, sans tourner la tête en arrière, pour donner un regret à la splendide oisiveté de la cour.

Ce laborieux seigneur de Melay était si vénéré dans le pays, que les paysans ne passaient jamais devant son uniforme, quand il l'avait suspendu sur la branche de l'arbre voisin, sans s'incliner et le saluer avec respect.

C'est Monseigneur de Beauregard qui nous donne ces curieux détails dans ses Mémoires.

« Du Chaffault, nous dit-il encore, était véritablement un homme des temps antiques ; il ne lui manquait aucune vertu, et ses mérites étaient relevés par la simplicité la plus aimable et la plus naïve.

« Il était d'une piété angélique. Dans sa vie de marin, quand il s'embarquait pour quelque expédition, il emmenait toujours avec lui un capucin de Nantes, son confesseur et son ami (1). »

La chapelle de Melay (2), dans laquelle l'amiral aimait à faire célébrer la messe, était comme le foyer religieux, où les fermiers venaient s'unir, sous le regard de Dieu, à la famille seigneuriale.

Il est aisé de comprendre ce que la vieille Vendée puisait de vie et de force chrétienne dans le fond si riche et si pur de ces habitudes patriarcales.

Le sillon, le foyer et le clocher paroissial, nous voulons dire l'agriculture, la famille et la religion, voilà les trois grandes et nobles choses qui faisaient jadis la fortune, et qui seraient encore aujourd'hui le salut de la société française.

Dans cet intérieur béni du seigneur de Melay, on voyait encore, à partir de 1789, une auguste et douce figure de prêtre ; c'était l'abbé Louis-Joachim de la Roche-Saint-André, beau-frère de Du Chaffault, et dont nous avons retracé plus haut l'édifiante histoire.


Leurs jours coulaient heureux, partagés entre le travail, la prière et ces conversations distinguées, dont la bonne société d'alors avait gardé le privilège.

Mais l'effroyable et honteuse époque de 1793 amenait d'autres temps, d'autres hommes et un régime nouveau. Du Chaffault et l'abbé de la Roche, l'un et l'autre plus qu'octogénaires, payèrent de leur vie leur fidélité aux principes conservateurs de l'ordre social et religieux. Le premier dirigeait à Montaigu la défense des Vendéens, attaqués chez eux par les envahisseurs révolutionnaires ; le second confirmait dans la foi les habitants de la contrée. Ce fut pour tous les deux un crime capital.

Le commandant de place Chavannes fit arrêter le vieil amiral, qui fut conduit à Nantes. On l'enferma dans le château de Lusançay, transformé en maison de détention. C'est là que, pendant dix mois, il eut à subir les privations et les souffrances d'une dure captivité et les outrages de ses gardiens. Mais ce qu'il y avait de plus cruel pour son cœur, c'était d'entendre les cris des malheureux qu'on noyait en masse dans les flots de la Loire, au pied des murs de sa prison. La seule consolation de cette grande âme était d'exercer sa charité envers ses compagnons d'infortune. Il leur distribuait les dernières ressources que lui avaient laissées ses persécuteurs, et leur prodiguait tous les services qu'il pouvait leur rendre.

Un soldat de la compagnie de Marat eut un jour l'insolence d'aller s'asseoir, la pipe à la bouche, près du noble comte. Il lui dit en le tutoyant, et avec l'impudeur particulière à cette époque : « Citoyen, ton château vient d'être brûlé ; les trésors que tu avais enfouis ont été découverts et confisqués. »

Le bon vieillard ne répondit à cette provocation que par le silence et l'indifférence calme d'une âme qui plane au-dessus des choses de ce monde.

Le 29 juin 1794. le comte Du Chaffault, âgé de 87 ans, succombait dans sa prison aux souffrances de sa captivité, plutôt qu'aux infirmités de la vieillesse, et augmentait le nombre des victimes de la Révolution (1).
__________________________________________________________________

(1)  Mémoires, pp. 83-85. — (2) Cette chapelle, incendiée pendant la Révolution, a été restaurée, en 1867, par Monsieur l'abbé de SUYROT. — (1) Voir dans la Biographie universelle, l'article sur le comte Du Chaffault, signé par son petit-neveu, l'abbé de Suyrot.

A suivre : Vie et martyre d' ANDRÉ-GEORGES BRUMAULD DE BEAUREGARD, théologal et vicaire général de Luçon

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Mar 01 Nov 2016, 6:34 am

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§ XXXIII

Vie et martyre d' ANDRÉ-GEORGES BRUMAULD DE BEAUREGARD,
théologal et vicaire général de Luçon,
27 juillet 1794.

« On nommait André de Beauregard le saint homme
et c'est ainsi que le désignaient, à Poitiers,
les vieillards qui l'ont connu. »

(Vie de Jean de Beauregard.)

« Ma mère l'appelait mon saint théologal. »

(Mémoires de Jean de Beauregard,  p. 198.)


Cette sorte de canonisation populaire, décernée au pieux ANDRÉ-GEORGES BRUMAULD DE BEAUREGARD, trouvera sa pleine justification dans la Notice que nous allons lui consacrer.

André était le frère de Jean de Beauregard, dont nous avons longuement parlé dans les chapitres précédents.

Il naquit à Poitiers, le 17 mars 1745, d'une noble et religieuse famille, qui est encore dignement représentée, dans le Poitou, par Monsieur Hilaire de Curzon, arrière petit-neveu du saint théologal.

Sa meilleure école fut celle du foyer domestique, dans la pure et saine atmosphère d'une famille des anciens jours, digne de donner à l'Eglise deux confesseurs de la foi.

Heureux l'homme à qui Dieu donne une sainte mère!

André reçut du ciel cette faveur insigne, de voir la beauté de la vertu lui apparaître près de son berceau, dans la douce et sainte physionomie de sa mère.

C'est le souvenir et la vision lointaine de cette chère figure maternelle qui suivaient Jean de Beauregard dans les forêts de la Guyane, et dont l'absence était la peine la plus dure de son exil, disait-il en versant des larmes.

Madame de Beauregard était une de ces femmes, dont le mérite suffit à la gloire de leur maison. Attentive près des vieillards, indulgente pour les jeunes têtes, gracieuse pour tous, elle était aimée de tous ceux qui l'approchaient. La supériorité de sa vertu faisait taire l'envie ; son ingénieuse bonté était un charme ; sa charité inépuisable était la providence des malheureux.

Inculquer à ses enfants l'horreur du mal, leur inspirer l'amour de Dieu, qui partout les voit et partout les aime, en un mot, les former à la solide piété chrétienne, telle était la plus active et la plus constante de ses sollicitudes. Tous ses exemples comme ses paroles étaient de vives et persévérantes leçons de vertu.

Le jeune André profita si bien de cette éducation familiale, que déjà Madame de
Beauregard pouvait l'appeler son saint enfant, comme elle le nommera plus tard son saint théologal.

Aussi, dès ses plus tendres années, il faisait l'édification de la famille.

L'auteur de la Vie de Monseigneur Jean de Beauregard nous dit qu'un précepteur sage et pieux, enseigna d'abord au futur évêque d'Orléans les premiers éléments des connaissances humaines, et qu'on lui fit suivre ensuite les cours du collège de Poitiers, dirigé par les jésuites (1). »

Nous croyons qu'André passa par la même filière, qu'il porta dans ses premières études la même application que son frère, et qu'il en remporta les mêmes succès.

En 1763, il entrait au séminaire de Saint-Sulpice…
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(1) Vie de Monseigneur de Beauregard, Poitiers 1842, pp. 6, 8.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Mer 02 Nov 2016, 6:20 am

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§ XXXIII

Vie et martyre d' ANDRÉ-GEORGES BRUMAULD DE BEAUREGARD,
théologal et vicaire général de Luçon,
27 juillet 1794.

(suite)

En 1763, il entrait au séminaire de Saint-Sulpice, et cédant à l'attrait invincible qui l'attirait à l'état ecclésiastique, il s'engagea bientôt dans les ordres sacrés.

André était diacre lorsque son frère Jean alla le rejoindre au séminaire, en 1768. Il faisait l'édification de ses condisciples et de ses supérieurs, dont il s'était concilié l'estime et l'admiration. Aussi le nouveau séminariste fut-il reçu avec une grande faveur. « Je ne vous demande qu'une chose, lui dit le célèbre abbé Couturier, c'est d'imiter votre frère (1) . »

On ne pouvait faire d'André un plus bel éloge.


André de Beauregard, déjà chanoine de Notre-Dame de Poitiers, fut nommé chanoine titulaire de la cathédrale de Luçon en 1762, sur la présentation de Monsieur de la Rochefoucauld, ami de sa famille.

Monseigneur Gaultier d'Ancyse attendait qu'il eût terminé ses études théologiques pour le fixer auprès de sa personne, quand le jeune prêtre prit la détermination d'entrer dans la société des Sulpiciens.

L'évêque fit alors passer le canonicat d'André sur la tête de Jean, son frère.

La Providence disposait tout pour réunir les deux frères, pour rattacher leurs destinées à l'Eglise de Luçon et en faire une des gloires les plus pures de la Vendée.

Une santé déjà minée par le travail ne permit pas au nouveau sulpicien de se vouer longtemps à l'éducation de la jeunesse cléricale. Quand il sortit de Saint-Sulpice, en 1772, Monseigneur Gaultier l'appela près de lui, avec le double titre de chanoine théologal et de grand vicaire.

En 1776, son successeur, Monseigneur de Mercy (2), lui continua la même confiance et les mêmes faveurs, ainsi qu'à son frère Jean.


Les deux Messieurs de Beauregard habitèrent le même toit et vécurent de la même vie. La joie de leur union fraternelle s'embellissait souvent pour eux de tous les charmes de la vie de famille, par la présence de leur pieuse mère et de leur sœur, Madame de Curzon, dont la terre était voisine de la ville épiscopale. Il s'établit entre les deux chanoines une sainte émulation pour la vertu. Tous deux avaient également compris la sublimité du sacerdoce, et tous deux travaillaient à mettre leur conduite en harmonie avec la sainteté de leur divin ministère.

Comme s'il eût pressenti le terme prochain de sa carrière, André semblait vouloir beaucoup vivre en peu de temps, et l'ardeur de son zèle, nous dit un historien, effrayait les âmes les plus saintes (1).


C'est dans les dernières années qui précédèrent la Révolution française que le théologal entreprit de fonder à Luçon un pensionnat, destiné à donner une éducation solide et chrétienne à une soixantaine de jeunes filles nobles, sans fortune.

« Le plan me parut très beau, nous dit son frère, mais je le crus impossible à réaliser. Monseigneur de Mercy ne voulut répondre de rien ; tout le monde lui fut contraire, et je craignais que nous ne fussions ruinés par ces dépenses. Le théologal nous disait avec une confiance inébranlable : « Vous verrez que tout ira bien. »

Et en effet, le pensionnat fut fondé sous le nom de Petit Saint-Cyr, et doté d'un revenu de 47.000 livres.

« André était trop modeste, nous dit Jean de Beauregard, pour s'établir le chef de cette œuvre brillante. Il se tint à l'écart, et fit mettre à la tête de cette belle maison Monseigneur de Mercy et Monsieur Defresne, doyen du chapitre. On lui offrit une pension franche pour l'une des filles de ma sœur, Madame de Curzon ; il la refusa, et demanda seulement pour cette élève la préférence dans l'admission au pensionnat, et nous payâmes la pension. »

Dans un cahier écrit de sa main sous ce titre : Ce qu'on se proposait dans le pensionnat de Luçon, le saint théologal témoigne de la hauteur de ses vues, et l'on peut y constater que son intelligence était à la hauteur de sa vertu (1).

Il avait aussi le projet de fonder un établissement pour l'éducation des enfants des riches fermiers de la Plaine et du Marais. Dieu lui tiendra compte de ce désir et de tant d'autres, que n'a pu réaliser cet apôtre, dévoré du zèle de la gloire de Dieu et de la sanctification des âmes.


« Je dois à la mémoire de mon frère, nous dit Monseigneur de Beauregard, de déclarer que, dans le cours de sa vie, et surtout dans l'intimité de notre commun domicile, je ne lui ai connu que des vertus. Il était véritablement humble et d'une douceur admirable ; mais son âme était courageuse, et quand il était persuadé qu'une chose était juste, bonne et utile, il ne changeait jamais. Il avait le talent précieux d'user des circonstances. Il les attendait avec patience, disant parfois que la Providence faisait les affaires des hommes. »

Sa charité envers les pauvres semblait en faire le Vincent de Paul de la ville épiscopale. Il donnait sans compter tout ce qu'il possédait, et ne songeait même pas à se faire vêtir. Quand il venait à manquer de linge ou de vêtements, son frère lui faisait porter ce qui était nécessaire, et quelquefois Jean eut de la peine à l'empêcher d'envoyer le tout à l'hôpital.

Par suite de l'absence de leur évêque…
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(1)  Vie de Monseigneur de Beauregard, p. 16. — (2)  Monseigneur de Mercy fut sacré évêque de Luçon le 18 février 1776. —  (1) Vie de Monseigneur de Beauregard, p. 26. — (1) Sur le Petit Saint-Cyr, voir l'Annuaire de la Société d'émulation de la Vendée, 35e année, p. 94.

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Message  Louis le Jeu 03 Nov 2016, 6:10 am

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§ XXXIII

Vie et martyre d' ANDRÉ-GEORGES BRUMAULD DE BEAUREGARD,
théologal et vicaire général de Luçon,
27 juillet 1794.

(suite)


Par suite de l'absence de leur évêque, les deux Messieurs de Beauregard furent chargés de l'administration du diocèse, durant la période difficile et redoutable de 1790 à 1793. Ils s'associèrent à toutes les courageuses manifestations des évêques et des prêtres de France contre l'odieuse Constitution civile du clergé . Ils firent imprimer des dissertations, et surtout les brefs du pape : ils répandirent ces écrits avec profusion dans tout le diocèse.

Ces protestations soulevèrent contre eux les timides, les lâches et un certain nombre d'hommes pervers, dévoués ou vendus à la Révolution.

Un Monsieur de V... était alors sénéchal de Luçon. Il devait toute sa fortune à l'Eglise; il se rangea parmi les persécuteurs.

Deux des brochures des abbés de Beauregard lui avaient été adressées ; il en fut irrité. Rencontrant un jour les deux vicaires généraux, il les interpelle brutalement.

— Monsieur le théologal, dit-il à André, d'un ton de colère, prenez garde à vous ; votre tête ne tient pas bien sur vos épaules. Et vous, Monsieur le grand chantre (1), dit-il à l'autre, on pourra vous envoyer à Madagascar.

La menace s'est en partie réalisée : André a porté sa tête sur l'échafaud, et Jean fut déporté à la Guyane.

La persécution commençait.

Au mois d'avril 1791, on avait saisi à Sainte-Hermine une lettre circulaire, envoyée par le théologal au curé de la Réorthe. Cette lettre, datée de Luçon, contenait pour Messieurs les curés des instructions sages et précises, sur la conduite à tenir dans la célébration du culte catholique, en face des intrus, qui avaient envahi les églises paroissiales.

« Messieurs les curés, disait le vicaire général, au nom de son évêque, sentiront la nécessité de s'assurer au plus tôt d'un lieu où ils puissent exercer leurs fonctions et réunir leurs fidèles, dès que le pasteur schismatique se sera emparé de leur église. Une simple grange, un autel portatif, une chasuble d'indienne, des vases d'étain suffiront, dans un cas de nécessité, pour célébrer les saints mystères.

« Monseigneur l'évêque de Luçon proposa à Messieurs les curés :

1° « De tenir un double registre, où seront inscrits les actes de baptême, mariage et sépulture des catholiques de la paroisse. Un de ces registres restera entre leurs mains ; l'autre sera par eux déposé, tous les ans, entre les mains d'une personne de confiance.

2° « Ils tiendront un autre registre double, où seront inscrits les actes de dispenses concernant les mariages. Ces actes seront signés de deux témoins sûrs et fidèles.

3° « Ils dresseront en secret un procès-verbal de l'institution du prétendu curé, et de l'invasion par lui faite de l'église paroissiale et du presbytère. Dans ce procès-verbal, ils protesteront formellement contre tous les actes de la juridiction qu'il voudrait exercer comme curé de la paroisse, etc.

« Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien nous informer du moment de votre remplacement, s'il a lieu ; de l'installation de votre prétendu successeur, des dispositions de vos paroissiens à cet égard ; des moyens que vous croyez devoir prendre pour le service de votre paroisse et de votre demeure, si vous êtes absolument forcé d'en sortir.

« Vous ne doutez sûrement pas que tous ces détails nous intéressent bien vivement. Vos peines sont les nôtres, et notre vœu le plus ardent serait de pouvoir, en les partageant, en adoucir l'amertume.

« J'ai l'honneur d'être, avec un respectueux et inviolable attachement, votre très humble et très obéissant serviteur. »

On dénonça cette lettre, dans laquelle André de Beauregard exprimait si nettement son horreur du schisme, et son attachement inébranlable à la foi orthodoxe de l'Église (1).

Le vicaire général fut traduit devant le tribunal criminel de Fontenay…
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(1) L'abbé Jean de Beauregard joignait à son titre de grand vicaire celui de grand chantre du chapitre. — (1) Vie de Monseigneur J. de Beauregard, pp. 44, 45. — Note IV, pp. 436-440.  



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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Ven 04 Nov 2016, 6:00 am

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§ XXXIII

Vie et martyre d' ANDRÉ-GEORGES BRUMAULD DE BEAUREGARD,
théologal et vicaire général de Luçon,
27 juillet 1794.

(suite)


Le vicaire général fut traduit devant le tribunal criminel de Fontenay et emprisonné sous l'inculpation « d'avoir envoyé des lettres anonymes, tenu des correspondances clandestines pour répandre une doctrine dangereuse, et mis en circulation des écrits contraires aux décrets de l'Assemblée nationale (2). »

L'accusé, paraissant devant les juges, répondit fort noblement, nous dit son frère, dont l'appréciation ne peut être contestée. Mais, comme il s'était servi des termes mêmes de la Constitution, pour revendiquer la liberté d'exprimer sa pensée, il se reprocha toujours de n'avoir pas fait, en face du tribunal, une profession publique et éclatante de sa foi. Il chercha depuis toutes les occasions de réparer ce que la délicatesse de sa conscience appelait une lâcheté.

On verra bientôt que l'avenir le servit à souhait, et que sa profession de foi, devant les tribunaux révolutionnaires, eut tout l'éclat et la grandeur du martyre.


André de Beauregard fut acquitté par le tribunal de Fontenay. Mais le jour même où le jugement était rendu, arrivaient en Vendée les commissaires nationaux Gallois et Gensonné. Ils prirent connaissance de cette procédure, et blâmèrent hautement, dans leur rapport, le ministère public de n'avoir pas fait arrêter ce criminel. A l'appui de leur dire, ils transcrivaient en entier la lettre au curé de la Réorthe : « André Beauregard, écrivaient-ils, ex-grand vicaire de l'ex-évêque de Luçon et chanoine théologal, âgé de 49 ans, a été l'un des conspirateurs les plus audacieux et les plus fanatiques ; prêtre réfractaire, il a refusé de prêter le serment de liberté et d'égalité.

« Ses lettres et celles qui lui ont été adressées prouvent qu'il ne s'est occupé qu'à répandre et à propager son système liberticide de résistance et de rébellion à la loi. Il est constant que c'est lui qui a été le principal agent, dans le département de la Vienne, des ouvrages incendiaires et fanatiques fabriqués par les ci-devant évêques et autres contre-révolutionnaires.

« Arrêté et conduit au Comité de sûreté générale de la Convention, et condamné à la déportation, il s'est soustrait à l'exécution de ce jugement, et n'a fait usage de sa liberté que pour se rendre dans les départements de la Vendée et des Deux-Sèvres, pour y fomenter la guerre civile qui a éclaté.

« Les réponses de ce conspirateur, lors de son arrestation, ne font qu'ajouter à la nécessité de faire subir à ce scélérat la peine de ses forfaits. »

« Cet acte d'accusation, dit Dom Chamard, est un titre de gloire pour le saint théologal, et prouve qu'il est mort martyr de la foi catholique (1). »


L'inculpé parvint à se procurer le rapport des commissaires. Il le fit imprimer et répandre dans toute la France, avec une vigoureuse réponse, qu'il signa et qui acheva de déchaîner contre lui toutes les fureurs révolutionnaires.

« Si on appelle coalition, écrivait-il, le développement des principes de la foi, un ferme attachement à l'autorité de l'Eglise et à son légitime pasteur, elle existe, cette coalition, entre Monsieur de Mercy et la grande majorité de son clergé ; ils ne s'en défendront pas. Mais ce n'est pas à l'époque de la prestation de serment qu'elle a pris naissance ; ce n'est pas dans le territoire du département de la Vendée qu'elle est circonscrite; elle s'étend à tous les légitimes pasteurs, à tous les fidèles enfants de l'Église catholique.

« Ce concert d'attachement à l'enseignement, à la juridiction de l'Église et à ses légitimes pasteurs, fondé sur l'autorité de l'Écriture, sur la foi de tous les siècles, sur la nature même de la juridiction spirituelle, nous ne pouvons nous dispenser de le dire, serait-il un plan d'opposition à la loi? Est-ce un plan d'opposition de ne point reconnaître pour pasteurs de l'Église des ministres que l'Église n'a pas institués? Mais c'est un point essentiel qui tient au dogme de la foi, que tout pasteur institué par la seule puissance civile et sans les formes canoniques n'a dans l'Église aucun pouvoir légitime, que ceux qui méconnaissent l'autorité de l'Église ou de ses légitimes pasteurs se rendent coupables de schisme ; que ceux qui occupent leurs places sont des usurpateurs que l'Église désavoue, que les fidèles doivent méconnaître et qu'il faut éviter.

« Il est bien démontré, par le rapport de Messieurs les commissaires, que les habitants du département de la Vendée conservent pour leurs anciens pasteurs un attachement presque unanime ; qu'ils ne sont pas moins éloignés de reconnaître ceux que la nouvelle Constitution leur présente. Mais est-ce un crime aux yeux de la loi, qui accorde la liberté des opinions et du culte ? Quoi ! ne point changer de foi avec les événements, croire aujourd'hui ce qu'on croyait  hier; ne point admettre une Église différente de celle que 18 siècles ont admise, ce serait ce qu'on appelle un système d'opposition aux décrets? Et cette liberté n'est refusée qu'aux catholiques romains, ou, s'ils en font usage, elle est dénoncée comme l'effet d'un complot criminel, le résultat de la politique intéressée de prêtres égarés et factieux !

« Ah ! sans doute, ils avaient un puissant intérêt, ces généreux pontifes lorsque, sourds aux cris des tribuns, et à la fureur d'un peuple qui fait entendre ses menaces autour de l'assemblée, ils ont refusé le serment au péril de leur vie, avec une fermeté, une unanimité qui a fait naître, dans les cœurs aigris par la haine, le sentiment de l'admiration !

« Mais quel intérêt supérieur à celui de la foi a pu soutenir le courage de ces dignes successeurs des apôtres, qui nous rappellent, dans ce siècle irréligieux, les plus beaux temps de l'Église, et relèvent, par leur constance, la gloire de l'épiscopat dépouillé ?

« Est-ce un autre intérêt qui a déterminé ces vénérables curés à renoncer à tout, plutôt que d'admettre un serment que leur conscience repousse ? Dépouillés de leurs revenus, réduits à un traitement humiliant et incertain, les entendez-vous se permettre la moindre plainte ? Destitués de leurs places, chassés de leurs demeures, placés entre les remords et l'indigence, ont-ils cessé de montrer la même résignation, le même attachement à leurs principes? Les a-t-on vu opposer la résistance à l'autorité, à la calomnie des dénonciateurs ? Non : leur silence, celui de leurs adversaires déposent également en leur faveur, et seuls suffiraient pour prouver qu'ils ne sont pas moins amis de l'ordre et de la paix, que fidèles à tous les devoirs dont les ministres des autels doivent donner l'exemple. »

Comme Gallois et Gensonné, les jacobins de la contrée estimaient que la fière et libre parole du théologal était un…
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(2)  Revue du Bas-Poitou, 10e année, 4e livr., p. 405. —  (1) Les Origines, pp. 149, 150.

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Re: Le Martyre de la Vendée.

Message  Louis le Sam 05 Nov 2016, 5:15 am

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§ XXXIII

Vie et martyre d' ANDRÉ-GEORGES BRUMAULD DE BEAUREGARD,
théologal et vicaire général de Luçon,
27 juillet 1794.

(suite)


Comme Gallois et Gensonné, les jacobins de la contrée estimaient que la fière et libre parole du théologal était un danger pour la République. Ils résolurent de se défaire à tout prix de cet inflexible réfractaire. André de Beauregard, sur un avis secret du procureur syndic du département, prit le parti de quitter la Vendée. Il alla rejoindre son évêque à Paris, le 16 novembre 1791. Ce n'était pas le souci de sa sécurité personnelle qui pouvait lui inspirer une pareille détermination ; il se jetait dans le plus ardent foyer de la persécution religieuse. Mais il voulait sans doute informer Monseigneur de Mercy de la situation exacte du diocèse, rendre compte de son administration, et prendre, pour l'avenir, l'avis et la direction de l'autorité épiscopale.

Le séjour de l'abbé André dans la capitale se prolongea jusqu'au 15 octobre 1792.

Que fit-il pendant ces 11 mois ? A défaut de renseignements biographiques bien précis, nous pouvons tout dire en trois mots : il mena la vie d'un saint ; il se dévoua aux intérêts de l'Église : il fit l'apprentissage du martyre.

En Vendée, un arrêté du Directoire départemental, daté du 9 mars 1792, le signalait, avec Monsieur Herbert curé de Maillé et les deux Messieurs Baudouin, comme un des ennemis les plus dangereux de la Constitution (1). Il nous apprend lui-même que, le 6 septembre, trois jours après le massacre des Carmes, il fut arrêté et cité devant un tribunal. Après l'interrogatoire qu'on lui fit subir, deux hommes, le sabre nu, furent chargés de le garder à vue, pendant 24 heures. L'évêque intrus du Calvados, Fauchet, instruit de cette arrestation, courut à la section, sollicita chaudement la liberté du captif et finit par l'obtenir.

Jean de Beauregard, que la persécution avait également chassé de la Vendée, était alors retiré chez sa mère, à Moulinet.

« Nous apprîmes, nous dit-il, que les prêtres, les évêques détenus aux Carmes avaient été  massacrés. Nous étions fort inquiets sur le sort de mon frère, le théologal de Luçon, dont nous n'entendions pas parler et dont la correspondance était interrompue. Nous restâmes plusieurs semaines dans ces vives inquiétudes. Je savais que, fort estimé des évêques, et surtout de celui de Luçon et de Clermont, prélat fort distingué, il était admis dans leurs réunions, et chargé par eux de plusieurs affaires importantes et compromettantes.

« Enfin, nous le vîmes arriver, vêtu en laïc, dans un état déplorable et avec une grande tristesse. Ce bon frère était connu et estimé de tout le clergé, même parmi les prêtres infidèles.

« Il me dit une chose qui m'a toujours causé plus que de l'étonnement, et à lui, une douleur amère; car, c'est la première plainte qu'il ait épanchée dans mon cœur : son évêque, et surtout le doyen de Luçon son ami, avec lequel il partageait son logement, l'abandonnèrent la surveille des massacres et s'évadèrent de Paris, sans lui avoir donné le moindre avis (1). »


Ce bonheur de se retrouver ensemble ne fut pas de longue durée pour les deux frères. L'abbé Jean nous a déjà raconté comment ils furent vendus par un traître. Vers la fin de décembre 1792, un officier de volontaires frappait à la porte de la maison de Moulinet, se disant allié de la famille et demandant l'hospitalité. On lui fait un cordial accueil ; il dîne avec les Messieurs de Beauregard ; et après avoir mangé de leur pain, après s'être chauffé à leur foyer, il courait à Poitiers pour dénoncer ses hôtes. Ils furent condamnés à la déportation (2). »

Le 1er janvier 1793, leur mère, qui se trouvait à la ville, vint elle-même à Moulinet leur apprendre la sentence d'exil qui venait d'être prononcée contre eux. Ils reçoivent cette nouvelle avec le plus grand calme ; depuis longtemps ils avaient fait le sacrifice de leur repos et de leur vie. Les deux frères disent leur messe avec cette pieuse tranquillité d'âme qu'ils portaient autrefois à l'autel du chapitre de la cathédrale ; puis ils se rendent tous deux à Poitiers, pour se mettre à la disposition de la justice républicaine.

Le théologal était malade. Madame de Beauregard, qui voulait sauver au moins l'un de ses fils, obtint, à force de sollicitations, qu'André ne serait pas banni du sol français. Dieu voulait que cette cruelle faveur conduisit le saint théologal à la gloire du martyre.

On l'interna dans le couvent de la Visitation de Poitiers, dont on avait fait une prison, et sa détention se prolongea jusqu'au mois d'avril 1794….
_____________________________________________________

(1) V. les Pièces justificatives, Note I.
(1)  Mémoires, pp. 3-5.
(2)  Vie de Monseigneur de Beauregard, pp. 61-62.

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