FLEURS DE NOS FORÊTS - Physionomie de plusieurs enfants de nos sauvages du Canada - Par N.-E. Dionne - 1904.

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FLEURS DE NOS FORÊTS - Physionomie de plusieurs enfants de nos sauvages du Canada - Par N.-E. Dionne - 1904.

Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 2:46 pm


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( Si l'on préfère lire directement dans le livre, en voici le lien : https://archive.org/stream/serviteursetserv00dion#page/234/mode/2up )

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-- Pastedechouan -- Membertou -- Nenascoumat -- Andehoua -- Gannendaris -- Negabamat -- Teotonharason -- Gaudiakteüa -- Ouendraka -- Garaconthié -- Tékakouitha --



FLEURS DE NOS FORÊTS

Avant de faire connaître la physionomie de plusieurs enfants de nos sauvages du Canada, nous avons cru intéresser le lecteur en exposant à ses regards le résumé des efforts des premiers missionnaires et de plusieurs Français pour opérer l'œuvre de leur francisation, que l'on considérait alors comme un acheminement certain vers leur christianisation. Des historiens malavisés ont reproché aux Jésuites, et même à Mgr de Laval, d'avoir systématiquement repoussé toute idée dans ce sens. Or, nous verrons dans les pages qui suivent que ce fut précisément le contraire qui eut lieu. Les missionnaires jésuites, l'évêquede Québec, Champlain, Montmagny, les commis de la compagnie des Cent-Associés, des particuliers se dévouèrent d'un commun accord à l'œuvre de francisation, et s'ils ne réussirent pas dans la mesure qu'ils ambitionnaient, c'est que leur tâche était très ingrate, même impossible au point de vue humain. Ils eurent recours à d'autres moyens, qui furent assez fertiles en bons résultats, comme on pourra s'en assurer à la lecture des dix biographies que nous avons préparées et mises à la fin de ce volume.

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Re: FLEURS DE NOS FORÊTS - Physionomie de plusieurs enfants de nos sauvages du Canada - Par N.-E. Dionne - 1904.

Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 2:58 pm



Au début de la colonie, les Récollets et les Jésuites ne possédaient que très imparfaitement le langage des barbares qu'ils désiraient convertir, au catholicisme. Malgré des études incessantes et des dispositions remarquables chez quelques-uns, les bons Pères mirent plusieurs années à en apprendre certaines notions, faute d'interprètes pour les guider ; d'autres ne le purent jamais. C'est alors qu'ils résolurent d'envoyer en France de jeunes sauvages, afin de les faire instruire des vérités de la religion et de leur apprendre en même temps la langue française. Ainsi formés, ils aideraient les missionnaires dans leurs catéchismes. Plusieurs petits Indiens prirent ainsi le chemin de France, où ils résidèrent dans le couvent des Récollets, à Angers, et chez les Jésuites de Rouen. Sur la liste assez bien fournie de ceux qui firent leur tour de France, figurent en première ligne un Montagnais du nom de Pastedechouan, et un Huron appelé Amantacha par les sauvages et Castor par les Français. Ce dernier a son histoire qui n'est pas dénuée d'intérêt. Sa vie est pleine d'aventures ; on aime à les connaître, parce qu'elles nous font mieux saisir le caractère inconstant du sauvage primitif, susceptible de recevoir les bonnes comme les mauvaises impressions, suivant le milieu où il se trouve.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 2:59 pm




Pastedechouan était encore enfant quand il quitta la cabane de ses parents à Tadoussac. C'était en 1617, deux ans après l'arrivée des Récollets. Le Père d'Olbeau s'était chargé de son instruction religieuse, et dans le voyage qu'il entreprit cette année-là pour le bien de sa communauté, languissante faute de secours pécuniaires, il avait emmené son protégé au couvent de là Baumette, dans la ville d'Angers. Ce fut dans la paroisse de Saint-Maurille que Pastedechouan reçut le saint baptême, (1) suivant la mention qui en est faite au registre de l'état civil.

Pastedechouan, que les relations des jésuites désignent toujours sous le nom de Pierre, avait appris le français durant son séjour en France, d'où il revint, en 1625, avec le Père Joseph de la Roche d'Aillon. A son arrivée, il fut rendu à sa famille, pour le forcer à apprendre de nouveau sa langue maternelle qu'il avait presque complètement oubliée. Tout le temps qu'il avait vécu au couvent de la Baumette, il se conduisit en bon chrétien, accomplissant à la lettre ses devoirs religieux ; mais au milieu des siens il contracta leurs mauvaises habitudes, sinon leurs vices. C'est l'histoire, à peu d'exception près, de tous les sauvages, qui se laissent facilement entraîner par les mauvais exemples et conseils des pervers. La fragilité semble être l'apanage de ces pauvres misérables, qui n'ont pas été formés à la vertu sur les genoux de leurs mères. Education vicieuse du premier âge, qui laisse des traces ineffaçables pour toute la vie !

---

(1) Baptême d'un sauvage du pays de Canada, appelé la Nouvelle-France, du canton de la grande rivière Saint-Laurent, qui est la nation des Mango-Geriniony, qu'on appelle le Pastre-Chouen, qui signifie en français Passe-Rivière, lequel aurait été amené et instruit en la foy chrétienne par frère Jean Dolbeau, récollet de la Baumette, près cette ville d'Angers, et interrogé des principes de la foy par le sieur Garonde, grand archidiacre et chanoine théologal député pour ce faire par les sieurs doyen, chanoine et chapitre. Furent parain, haut et puissant seigneur messire Pierre de Rohan, gouverneur au pays et comté du Mayne ; maraine, haute et puissante et vertueuse dame Antoynette de Bretagne femme et épouse du dit sieur prince, lesquels ont nommé le dit sauvage, que le dit père Jean Dolbeau a assuré être le premier qui avait été baptisé de la dite nation, PIERRE ANTOYNE. — Pierre de Rohan était prince de Guéméné.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:00 pm



Cependant les Jésuites eurent l'œil ouvert sur ce jeune homme, dont ils pouvaient tirer bon parti pour leur œuvre évangélique. Le Père le Jeune en particulier tenait à utiliser ses connaissances pour la rédaction d'un dictionnaire montagnais. La difficulté était de l'attirer au couvent de Notre-Dame-des-Anges, où il semblait n'aller qu'avec répugnance. Il préférait suivre Emery de Caën qui, pour l'attirer à soi, le comblait de politesses, jusqu'à le faire manger à sa table. Bien des obstacles se dressaient entre le missionnaire anxieux de s'instruire et l'interprète si désiré. La Providence intervint pour le jeter dans les bras des Jésuites, sans qu'il leur en coûtât ni sollicitations ni promesses. Emery de Caën s'étant aperçu que Pastedechouan était indigne de son amitié, le chassa du fort Saint-Louis. Ne sachant trop où donner la tête, le fripon courut offrir ses services à Duplessis-Bochart, lieutenant de de Caën. Celui-ci, qui le connaissait bien, lui fit un bon accueil, mais il lui créa tant de misères, qu'à la fin il l'engagea à aller demeurer chez les Jésuites, pour quelques mois au moins ; par ce moyen il rentrerait peut-être dans la bonne voie dont il s'était hélas ! beaucoup écarté. Sa femme, fille de Manitougache, surnommée la Nasse, l'avait même abandonné, à la suite de désagréments qu'elle en avait reçus.

Ainsi rebuté de tout le monde, Pierre-Antoine fut bien aise d'avoir recours aux Jésuites, qui ne demandaient pas mieux que de le recevoir dans leur couvent, pour sauver son âme d'abord, et puis en tirer parti dans leurs travaux de linguistique. Ils l'habillèrent à la française, avec des vêtements que le valet de Du Plessis lui procura, et désormais l'interprète serait l'hôte des Jésuites.

La connaissance des langues sauvages était plus difficile à acquérir à cette époque qu'aujourd'hui ; les missionnaires n'avaient à leur disposition ni grammaire ni glossaire. L'unique ressource reposait sur les truchements. Mais ceux-ci étaient de difficile abord. Marsolet, qui était versé dans la langue algonquine, refusait de communiquer sa science aux religieux, ayant juré, disait-il, " qu'il ne donnerait rien du langage des sauvages à qui que ce fût." Pastedechouan devait se montrer plus conciliant, et le Père le Jeune se mit aussitôt à l'étude, guidé par son nouveau précepteur.

"Ayant donc cette commodité, dit le Père, je me mets à travailler sans cesse, je fais des conjugaisons, déclinaisons, quelque petite syntaxe, un dictionnaire avec une peine incroyable, car il me fallait quelquefois demander vingt questions pour avoir la connaissance d'un mot, tant mon maître peu duit à enseigner variait."

Pierre-Antoine remplit ses fonctions pendant trois mois, du 15 novembre 1632 au 13 février 1633. Dans l'intervalle il mit ordre aux affaires de sa conscience, quoiqu'il refusât toujours de s'approcher de la sainte table, alléguant pour raison qu'il n'avait jamais communié dans son pays, parce qu'il n'était jamais assez bien préparé. "C'était bien différent en France, disait-il, j'étais là mieux disposé qu'ici." L'approche du carême avec son cortège de pénitence parut l'effrayer. A tout instant il posait des questions aux Pères, comme les suivantes : " A quel âge est-on obligé de jeuner ? Est-ce qu'on ne doit pas manger de viande durant quarante jours ? " La peur du jeûne et de l'abstinence fut la cause de son départ du couvent de Notre-Dame-des-Anges.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:02 pm



Un beau matin, Pierre-Antoine disparut sans avertir personne, et il courut se joindre à un parti de chasseurs conduit par son beau-père, la Nasse. L'expédition fut absolument infructueuse. C'est à peine si l'on pût tuer assez de caribous pour ne pas mourir de faim, durant les quinze jours de la vie des bois. Pierre faillit même y perdre la vie ; en traversant une rivière, la glace se déroba sous ses pas, et il ne fut tiré de l'abîme qu'avec les plus grandes difficultés.

De retour à Québec, le déserteur courut se réfugier à nouveau chez les Jésuites, où il était certain de trouver sa place au réfectoire et un bon gîte en tout temps. Il ne fit aucune allusion à son escapade, comme s'il eût fait l'acte le plus naturel du monde. Le Père le Jeune se garda bien de le réprimander ; au contraire, il l'accueillit à bras ouverts, et le réinstalla dans le couvent.

Revenu à de meilleurs sentiments, Pierre-Antoine reprit son cours de linguistique, et le Père le Jeune en profita pour terminer son dictionnaire. Le vendredi-saint le sauvage voulut repartir pour la chasse. Le Père lui dit qu'il n'irait point avant de s'acquitter de son devoir pascal, mais qu'il aurait sa liberté, s'il satisfaisait au précepte de l'Église. La passion de la chasse, plutôt que la satisfaction d'un devoir à accomplir, le décida à se confesser et à communier le jour de Pâques. Le lendemain il quittait le couvent, donnant à entendre qu'il reviendrait. Le malheureux n'en fit rien, car après avoir chassé avec la Nasse, il s'enfonça dans les bois pour aller rejoindre ses frères à Tadoussac.

Qu'advint-il de Pastedechouan par la suite ? Les Relations sont muettes sur son compte, et l'on ignore s'il persévéra dans la foi dans laquelle il n'était pas profondément ancré, comme on a pu s'en assurer à la lecture de ce qui précède. Le Père le Jeune ne cache pas sa pensée à son sujet : " Pour moi, dit-il, j'estime qu'il a la foi, j'en ai de très grands indices : mais comme c'est une foi de crainte et de servitude, et que d'ailleurs, il est enchaîné par une infinité de mauvaises habitudes, il a de la peine de quitter la liberté blâmable des sauvages, pour s'arrêter sous le joug de la loi de Dieu.


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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:04 pm



Jetons maintenant un regard sur la vie du jeune Huron mentionné au début de ce chapitre.

Le premier jour d'août 1626, le Père Charles Lalemant, alors supérieur de la mission du Canada, écrivant à son frère Jérôme, lui disait entre autres choses fort intéressantes : " Voici un petit Huron qui s'en va vous voir ; il est passionné de voir la France. Il nous affectionne grandement, et fait paraître un grand désir d'être instruit. Néanmoins le père et le capitaine veulent le revoir l'an prochain, nous assurant que s'il est content il nous le donnera pour quelques années. Il est fort important de le bien contenter ; car si une fois cet enfant est bien instruit, voilà une porte ouverte pour entrer en beaucoup de nations où il servirait grandement."

Cet entant s'appelait Amantacha ; il était fils de Sarantes, demeurant à Teanaustavaé, village de la nation des Ours. Emery de Caën l'amena avec lui en France, et le conduisit d'abord chez son père à Rouen, puis à Paris. Le duc de Ventadour, alors vice-roi de la Nouvelle-France, le réclama pour le confier aux Jésuites, qui voulaient bien se charger de son éducation, car ils désiraient en faire un missionnaire laïc auprès de ses compatriotes. Du moins c'était le plan du Père Charles Lalemant, qui l'avait choisi à cause de la précocité de son intelligence et de ses excellentes dispositions naturelles.

Le baptême d'Amantacha, qui se fit à Rouen, tut un événement pour la métropole normande, bien qu'on y fût habitué, depuis soixante-quinze ans, à voir circuler dans les rues des Indiens d'Amérique, tant du Brésil que du Canada. Des matelots au service d'Emery de Caën avaient répandu le bruit que le jeune catéchumène était le fils du roi de la Nouvelle-France. C'en était assez pour exciter la curiosité publique. Aussi la cathédrale rouennaise put à peine, ce jour-là, contenir la foule curieuse.

L'archevêque François du Harlay voulut présider lui-même à la cérémonie. Le néophyte fut tenu sur les fonts sacrés par le vice-roi de la province, Henri, duc de Longueville, et par la duchesse de Villars. Amantacha reçut en considération du roi le nom de Louis de Sainte-Foi. C'était dans le temps de l'avent. L'abbé Véron, prédicateur de la station, fit une allusion touchante à cet acte solennel, qui avait attiré l'attention générale ; l'auditoire en fut électrisé, disent les mémoires de l'époque. Cet orateur célèbre fit entrevoir dans cette conquête de l'Église les prémices de la conversion de tout un peuple et les plus consolantes espérances.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:05 pm



Louis de Sainte-Foi retourna en Canada, en 1628, mais il fut pris dans le golfe Saint-Laurent par les Anglais et renvoyé en France avec les Français qui avaient subi le même sort que lui. Il repassa de nouveau l'océan en 1629 sur l'un des vaisseaux de l'amiral Kertk, qui le remit à Champlain. Etienne Brûlé se chargea de le ramener à ses parents, chez qui il séjourna jusqu'après le retour des missionnaires et de Champlain.

La Relation signale son passage à Québec, le 4 juillet 1633. "Louis Amantacha, dit le Père, Huron qui a été baptisé en France, et instruit par nos Pères, et qui aurait fait merveille en son pays, s'il n'eut été pris des Anglais, se vint confesser et communier en notre petite chapelle. Il y avait deux jours qu'il était descendu à Québec, nous venant visiter dès le commencement de son arrivée, je l'invitai à penser un petit moment à sa conscience, il me promit qu'il le ferait, aussi n'y a-t-il pas manqué. "

Amantacha avait puisé chez les Jésuites une excellente éducation religieuse qui devait influer sur sa vie.

L'un des frères Kertk, peu ami des religieux, ne put s'empêcher, un jour, de faire la remarque qu'il leur était réservé de bien élever les enfants. Olivier le Tardif, interprète digne de foi, rapporta ces paroles au Père le Jeune pour les avoir entendues de la bouche même du capitaine huguenot. Ce témoignage désintéressé est d'autant plus précieux à recueillir, qu'à cette époque surtout, les Jésuites étaient en butte aux plus odieuses calomnies, non seulement en France, mais aussi à Québec où leurs ennemis avaient fait distribuer l'Anticotton, infâme libelle d'un bout à l'autre.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:05 pm



Amantacha rendit, cette année-là, un grand service aux marchands français. Les sauvages avaient tué lâchement l'interprète Brûlé, le même qui, lors de la capitulation de Québec, en 1629, avait trahi sa nation pour vendre ses services aux Kertk. Champlain lui prédit alors qu'il finirait mal. En effet, sa conduite licencieuse au milieu des Hurons, ayant attiré sur sa tête la colère de Dieu et la vengeance de ces barbares, l'un d'eux l'assomma d'un coup de hache. Ce crime atroce dont l'auteur était encore inconnu en 1633, avait rendu les Hurons craintifs ; ils redoutaient Champlain et en général tous les Français. Lorsqu'ils descendirent pour la traite, ils n'osèrent se rendre à Québec, de peur qu'on ne leur fît un mauvais parti. Champlain crut que le meilleur moyen de changer leur résolution serait d'expédier Amantacha à leur rencontre, comme porteur d'une mission de paix et non de vengeance. La trahison de Brûlé méritait son châtiment, et Champlain ne voulait pas venger la mort d'un homme qui ne méritait plus d'être considéré comme un Français. En conséquence, Amantacha remonta le fleuve jusqu'au saut Saint-Louis, où ses compatriotes étaient déjà en négociation avec les Algonquins de l'île des Allumettes pour trafiquer leurs pelleteries au rabais. L'émissaire de Champlain s'acquitta si bien de sa mission, que tous les Hurons descendus pour la traite, au nombre de sept cents, se hâtèrent de se rendre à Québec où ils arrivèrent le 27 juillet.

Deux jours plus tard, les Jésuites eurent un long entretien au fort Saint-Louis avec leur ancien élève au sujet des missions huronnes. Le Père de Brébeuf avait résolu d'entreprendre le voyage et d'y séjourner aussi longtemps qu'il plairait à ses supérieurs. Les Pères Daniel et Davost devaient l'accompagner. Amantacha leur dit que trois religieux pour tant de milliers d'âmes à convertir, c'était bien peu, néanmoins il leur donna à entendre qu'ils feraient beaucoup de bien, et il leur promit son entier concours dans leur oeuvre d'évangélisation.

Au bout de quelques jours Amantacha courut demander asile au couvent de Notre-Dame-des-Anges. Il voulait, avant de partir, mettre sa conscience en règle avec Dieu. Le Père le Jeune le prit à part et eut une dernière conversation avec lui, afin de sonder davantage ses dispositions. Voici l'opinion qui lui en resta : "Je ne trouvai rien que de bon en lui, dit-il, c'est l'un des bons esprits que j'aie vu parmi ces peuples. V. R. me permettra, s'il lui plaît, de le recommander à ses prières et à celles de tous nos Pères et Frères de la province ; car, si une fois l'Esprit s'empare de cette âme, ce sera un puissant secours pour ceux qui porteront les bonnes nouvelles de l'Evangile en ces contrées, et au contraire, comme il a fréquenté les Anglais, s'il se porte au mal il gâtera tout : mais nous avons plus de sujet d'espérer le bien, que de craindre le mal." Amantacha devait suivre les missionnaires dans son pays, mais il fut obligé de partir sans eux, car les Pères ne purent commencer la mission huronne que l'année suivante. Il accompagna ses parents et ses compatriotes, une fois la traite terminée.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:06 pm



Au printemps de 1634, la guerre éclata entre les Hurons et les Iroquois. Ces derniers envahirent le territoire des Hurons, en tuèrent deux cents et firent plus de sept cents prisonniers, au nombre desquels se trouvaient Amantacha et son père nommé Sarantes. Celui-ci put réussir à s'échapper ; il se cacha dans la forêt où il demeura trente jours, souffrant de faim, de froid et de maladie. Il y serait mort de misère, si des sauvages de la nation Neutre ne l'eussent rencontré dans sa retraite. Sarantes était dans un état pitoyable ; il avait les jambes paralysées, et ses sauveurs furent obligés de le transporter à bras jusque dans leur village. A son retour à Teanaustayaé, il raconta aux Pères un fait bien extraordinaire, si tant est qu'il soit vrai. Dans son extrême détresse, comprenant qu'il n'avait plus rien à attendre du côté des humains, il adressa une fervente prière au Dieu de son fils Amantacha. " Alors, dit-il, j'aperçus à mes côtés un pot de grès, comme j'en avais vu à Québec, rempli d'une liqueur agréable. En même temps j'entendis une voix qui me disait : Sarantes, aie bon courage, tu ne mourras pas ; prends et bois ce qu'il y a dans ce vase, afin de te fortifier. Après en avoir pris quelques gorgées, je me sentis merveilleusement soulagé. Peu de temps après, je trouvai accroché à une branche un petit sac de blé, qui me conserva la vie jusqu'au moment où je fis la rencontre des sauvages de la nation Neutre."

Les missionnaires n'avaient pu réussir encore à convertir Sarantes. Amantacha pourtant désirait qu'il fût baptisé. Il ne lui ménageait pas ses bons conseils. Avant la guerre avec les Iroquois, il avait tenté un suprême effort pour le faire changer de vie. " Mon père, lui disait-il, puisque vous désirez être chrétien, et que vous voulez descendre aux Français, je vous supplie de prendre garde pourquoi vous désirez le baptême ; n'y mettez point les considérations humaines, faites-le pour honorer Dieu, et pour le salut de votre âme, et non pour l'attente de quelque bien, ou de quelque faveur des Français. Vous avez déjà assez de colliers de porcelaine ; j'en ai encore que je vous laisse. Tout est à vous, n'en recherchez pas davantage ; nous avons assez de bien, si nous croyons en Dieu, et si nous lui obéissons. Quand vous serez là-bas, aux Français, n'allez point jouer de cabanes en cabanes, n'allez point par les maisons des Français, faire l'importun ou le caïman ; visitez souvent monsieur de Champlain, et ne vous éloignez que fort peu des Pères."

Tels étaient les conseils que le fils donnait à son père. Sarantes était joueur et avare, voilà pourquoi Amantacha insistait toujours, pour que les Jésuites attendissent qu'il montrât des dispositions à se corriger, avant de lui conférer le sacrement de baptême.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:07 pm



Au mois de septembre 1636, Amantacha manifesta au Père de Brébeuf le désir de descendre à Québec pour s'y perfectionner dans ses études religieuses. Le Père approuva ce projet, d'autant plus que des petits Hurons devaient se rendre au séminaire de Notre-Dame-des-Anges, pour s'y instruire dans la foi et se faire chrétiens. Mais, des embarras étant survenus, Amantacha résolut de passer l'hiver avec les missionnaires, qui s'étaient fixés au milieu de sa tribu. Ce fut pour son bien : il reprit le chemin du confessionnal qu'il avait quelque peu négligé. A Noël il servait d'interprète pour les catéchismes et les instructions des Pères. Plusieurs traductions écrites du huron en français furent d'un grand secours aux religieux, qui étaient loin d'être familiers avec le langage de leurs ouailles. "Bref, dit l'écrivain de la Relation, il témoigne que véritablement il a la crainte de Dieu." En effet le jeune apôtre, quoique oublieux parfois des leçons qu'il avait reçues dans son adolescence, donnait des marques évidentes de sa foi. Son apostolat volontaire semblait s'exercer surtout auprès des membres de sa famille. Un jour, c'était en septembre 1635, il vint visiter l'un des missionnaires, et il lui demanda la faveur de l'accompagner jusqu'à la bourgade, où demeuraient ses parents, afin de les instruire et de les convertir. Il voulait, en accomplissant cette œuvre de charité, se montrer reconnaissant envers Dieu, qui lui avait conservé la vie, lorsqu'il était prisonnier au milieu des Iroquois. Ces barbares s'étaient contentés de lui couper un doigt, avant de lui donner sa liberté. Les Pères, qui étaient anxieux d'opérer la conversion de cette famille considérable, obtempérèrent de grand cœur au vœu si légitime de leur enfant d'adoption, ils l'emmenèrent à Teanaustayaé où résidaient Sarantes et les siens. Il fallut commencer par leur inculquer la connaissance des premiers mystères de la religion. Amantacha leur fut d'un grand secours à cette besogne ardue. Les sauvages se montrèrent attentifs aux leçons, et prêts à accepter les commandements de Dieu plutôt que les préceptes de l'Église. Sarantes disait que, pour luj, il serait plus difficile d'être deux ou trois jours sans manger, que de se soumettre à toutes les lois divines et humaines. Cependant, les missionnaires les astreignirent à l'abstinence du vendredi et du samedi. Malgré toutes les bonnes dispositions des parents d'Amantacha, les Pères ne jugèrent pas le temps opportun de les baptiser. Sarantes devait mourir avant d'avoir obtenu cet immense bienfait. Sa fin fut bien triste, comme l'atteste le Père le Mercier, dans une lettre du 21 juin 1637, adressée au Père le Jeune : " Un jour, dit-il, que Sarantes se trouva lui seul en sa cabane avec une sienne petite fille, il l'envova chercher d'une certaine racine qu'ils appellent Ondachienroa qui est un poison puissant ; cet enfant y alla fort innocemment, croyant que son père avait dessein de faire quelque médecine, car il avait témoigné quelque petite indisposition ; elle lui en apporte, mais non à son gré, elle y retourne pour la seconde fois ; il en mange son saoul, une grosse fièvre le saisit, et l'emporte en peu de temps."

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:07 pm



Sarantes s'était suicidé. On attribua sa mort au chagrin qu'il avait conçu de la disparition presque mystérieuse de son fils. Durant la semaine sainte de l'année 1635, Amantacha était allé chez les missionnaires pour leur dire adieu et en même temps remplir son devoir pascal, avant de partir en guerre contre les Iroquois, sous le commandement de l'un de ses oncles. A l'époque de la mort de Sarantes, c'est-à-dire vers la fin d'août 1636, Amantacha n'avait pas encore reparu, et ses parents n'en avaient reçu aucune nouvelle. Au mois de mai suivant, sa mère, qui jusque-là avait cru que son fils était mort, s'imagina qu'il était retenu prisonnier chez les Agniers ; elle prétendait même connaître le nom de celui qui l'avait adopté comme son enfant. " Si cela est, dit la Relation, nous avons quelque espérance que Dieu nous le rendra par quelque voie que ce soit. Je sais bien que s'il demeure en cette captivité, ce ne sera pas faute d'avoir, ici et en France, des personnes qui importunent le ciel de vœux et de ferventes prières pour sa délivrance."

La petite fille de Sarantes mourut quelque temps après la mort de son pauvre père. " C'était un esprit fort joli et docile à merveille," écrit la Relation.

Quant à Amantacha ou Louis de Sainte-Foi, on n'en entendit plus jamais parler. Avait-il trouvé la mort durant la campagne qu'il avait entreprise avec son oncle, ou vécut-il captif au milieu des Agniers, comme le croyait sa mère, rien ne nous le dit. En tout cas, il nous est agréable de penser qu'il mourut chrétiennement, comme il avait vécu.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:08 pm



La sollicitude dont Champlain entourait les sauvages de tout âge, était partagée non seulement par les Jésuites, mais encore par les Français les plus marquants. Les Montagnais avaient fini par se familiariser avec l'idée de placer leurs enfants dans les familles des habitants de Québec ; ils en tiraient bon parti pour eux-mêmes, en s'attirant la confiance du gouverneur et des commis. La domesticité devint ainsi le lot d'un bon nombre d'entre eux. La veuve de Louis Hébert, mariée en secondes noces à Guillaume Hubou, avait à son service une petite fille, pour sa nourriture et son entretien. Olivier le Tardif s'était chargé d'une autre enfant qu'il avait placée chez Hubou comme pensionnaire. Les Jésuites en avaient également pris plusieurs dont ils payaient la pension à la veuve Hébert. Celle-ci surveillait leur éducation. Elles étaient vêtues à la mode française ; et se plaisaient beaucoup à leur nouveau régime de vie. Pour rien au monde elles eussent consenti à retourner dans leurs familles, mais elle ne mirent pas d'objection à passer en France, quand les Jésuites résolurent de les y envoyer. Les Hospitalières de Dieppe en demandaient avec instance. Ces bonnes religieuses entretenaient déjà (1635 ) l'espoir de fonder une communauté de leur ordre dans la Nouvelle-France. Ayant quelques petites sauvagesses dans leur couvent, elles pourraient apprendre la langue huronne ou montagnaise avant de venir à Québec. C'eût été, pour elles, une grande consolation en même temps qu'un immense pas de fait, pour l'avancement de l'œuvre qu'elles méditaient dans le silence du cloître.

Si, d'un côté, certains parents cédaient volontiers leur progéniture, il y en avait d'autres qui, avant de les livrer, posaient leurs conditions, dont l'une consistait à ne pas les envover en France. Le Père le Jeune mentionne à ce propos une jeune fille, que son père avait donnée aux Jésuites pour deux ans, pourvu qu'elle restât au pays. C'est d'elle dont parle ce religieux quand il écrit : " O s'il nous était permis d'en envoyer une qui doit rester en la maison dont j'ai parlé, que je consolerais les personnes qui l'auraient ! Cette enfant n'a rien de sauvage que le teint et la couleur ; sa douceur, sa docilité, sa modestie, son obéissance la ferait passer pour une petite Française bien née et bien capable d'instruction. "

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:08 pm



François de Ré, ou Monsieur Gand, comme on l'appelait de son temps, avait pris les sauvages en grande amitié. Sa position de commissaire-général de la Compagnie de la Nouvelle-France, le mettait plus à portée d'être utile à ces pauvres déshérités de la nature. Non seulement il les comblait de faveurs, mais il s'occupait aussi de leurs âmes, en aidant les Jésuites dans leur apostolat sacré. Gand était, à cet égard, l'émule de Champlain, dont le dévouement aux sauvages ne se démentit jamais. Une preuve, entre plusieurs, est le don qu'il fit aux Jésuites de sa terre de Sillery, pour l'établissement d'une résidence. Ce modèle des employés avait aussi ses petits protégés, qu'il faisait nourrir à ses frais par la veuve Hébert. En 1635, il envoyait un de ces enfants à M. des Noyers, secrétaire d'État à Paris, pour qu'il lui fit donner une bonne éducation. L'année suivante, Du Plessis-Bochart emmena en France quatre fillettes, dont une iroquoise, que lui avait donnée le capitaine Makheabichtichiou. La duchesse d'Aiguillon se chargea de son instruction, et la jeune fille, qui fut baptisée sous le nom d'Anne-Thérèse, manifesta un désir extraordinaire de s'instruire. Elle ne se lassait jamais d'entendre parler de Dieu par les carmélites du faubourg Saint-Jacques, à Paris, chez qui elle était installée. La Relation de 1640 fait de grands éloges de sa modestie, de sa délicatesse de conscience, de sa charité et de sa patience dans la maladie. Anne-Thérèse mourut dans ce couvent, en odeur de vertus. " Cette âme qui a pris naissance au milieu de la barbarie, écrit le Père Vimont, s'en alla voir celui qu'elle n'a connu que bien tard, mais avec beaucoup d'ardeur et d'amour."

La Relation de 1637 mentionne la mort d'un sauvage à la Rochelle, le 23 septembre de l'année précédente.

En 1638, un sauvage de l'île de Miscou, fils de Iouanchou, bien connu des Français, passa en France. Lors d'une réception qu'il eut chez le roi, il déposa aux pieds du trône une couronne en porcelaine, ou wampum, comme gage de la fidélité de ses compatriotes à la couronne de France. Louis XIII et la reine lui firent voir le dauphin encore au maillot ; et après lui avoir donné d'autres marques d'amitié, Leurs Majestés lui offrirent en cadeau six habits superbes, où l'on n'apercevait que toile d'or, velours, satin, parure de soie écarlate.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:09 pm



A son retour à Québec, ce jeune sauvage alla trouver M. de Montmagnv, alors gouverneur, auquel il remit les présents royaux. M. de Montmagny en fit lui-même la distribution. Les heureux du jour furent le vieil Iouanchou, son fils, son petit-fils, et trois autres sauvages chrétiens. ?

Le fils du chef de Miscou raconta les merveilles dont il avait été témoin durant son séjour dans la grande capitale. Entre autres choses qui avaient surtout frappé sa curiosité, il cita le Saint-Christophe de Notre-Dame qui l'aurait effravé à première vue, les carosses, qu'il appelait des cabanes roulantes tirées par des orignaux, les suisses de la maison royale. C'est le même qui, après son entrevue avec le roi, disait à un Jésuite : " Retournons dans mon pays, j'ai tout vu puisque j'ai vu le roi." Et ayant terminé le récit de son voyage en présence de ses compatriotes ébahis, le fils d'Iouanchou resta tout un jour sans parler, pensant à tout ce qu'il avait vu d'extraordinaire à Paris.

L'histoire signale encore le passage de plusieurs Indiens dans les grandes villes de France. Presque toutes les nations du Canada v envoyèrent des représentants, depuis l'esquimau du Labrador jusqu'à la tribu la plus reculée de l'ouest américain. Ce va et vient dura bien un siècle, et il cessa lorsque nos ancêtres se virent en possession, chez eux, d'écoles et de maîtres capables de donner l'instruction aux sauvages, devenus plus faciles à apprivoiser, du moment que les pères et mères comprirent que les Français voulaient leur bien à tous.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:15 pm





MEMBERTOU

LE GRAND CAPITAINE SOURIQUOIS

LE PÈRE BIARD, qui a le plus écrit sur les sauvages de l'Acadie, nous apprend que les Souriquois ou Micmacs entre autres, se faisaient facilement baptiser. Membertou, le grand sagamo des Micmacs du temps que Champlain et Lescarbot vivaient à Port Royal, fit exception, car, dit-il, " il était chrétien de cœur, et ne désirait rien tant que de pouvoir être bien instruit pour instruire les autres." Lescarbot avait jeté les premières semences de vérité dans le cœur de l'illustre chef. Les conférences qu'il donnait tous les dimanches, avant l'arrivée des missionnaires, et auxquelles les sauvages assistaient à côté des Français, furent le commencement de son instruction religieuse. Membertou comprenait un peu le français. Toute la famille du vieux sagamo assistait aux leçons de catéchisme avec un recueillement et un esprit de foi édifiants. Peu à peu la lumière se fit dans les âmes de ces enfants des bois, et quand luit le jour, où le prêtre devait verser sur leur front l'eau régénératrice, ils étaient parfaitement éclairés sur nos mystères.

La cérémonie du baptême de Membertou et de sa famille avait été fixée au 24 juin 1610, fête de saint Jean-Baptiste. Les néophytes, au nombre de vingt et un, vinrent prendre leur place dans la cabane de bois, qui servait de chapelle. Chacun, suivant l'expression de Lescarbot, " fit reconnaissance de toute sa vie, confessa ses péchés et renonça au diable qu'il avait servi jusque-là." L'eau sainte ayant coulé sur les têtes, le missionnaire Jessé de Fléché entonna le Te Deum, et le canon du fort fit résonner les échos de la forêt en signe de réjouissance. Membertou fut appelé Henri, du nom du roi de France Henri IV, que l'on croyait encore vivant. Depuis ce moment jusqu'à sa mort, Membertou donna des preuves de sa piété et de sa foi profonde. Il porta croix sur sa poitrine, il assistait régulièrement aux offices religieux. Son exemple fut bientôt suivi par une centaine de ses congénères. Si ce vertueux sagamo eut vécu plus longtemps, il eût certainement converti toute sa nation, car il prêchait de parole et d'exemple. Au témoignage de Lescarbot, il semblait même disposé à vouloir implanter l'étendard du Christ par la force des armes sur toutes les plages acadiennes.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:16 pm



Au commencement de 1611, Membertou alors âgé de plus de cent ans — il avait connu Jacques Cartier lors de son passage à la Baie des Chaleurs en 1534 — tomba malade de dyssenterie. Biencourt l'envoya chercher à la baie Sainte-Marie, où il demeurait d'ordinaire, et le logea dans la cabane du Père Massé, à Port Royal. Louis Hébert lui donna ses soins, mais au bout de quelques jours, l'on s'aperçut que le mal s'aggravait et que la mort était proche. Le Père Massé le confessa et lui donna l'extrême-onction. Ainsi muni des sacrements de l'Église, Membertou fit approcher de son lit tous les membres de sa famille, et dans une exhortation aussi touchante que solennelle, il leur recommanda de rester fermes dans la foi catholique, afin de pouvoir mourir contents comme lui, et de se montrer pleins de déférence pour M. de Poutrincourt, "son frère." Après les avoir tous bénis au nom de la très sainte Trinité, il expira doucement le 18 septembre.

La mort de cet illustre sagamo contrista fort les Jésuites, qui l'aimaient sincèrement. Membertou leur disait souvant : "Hâtez-vous d'apprendre ma langue ; quand vous la saurez, vous m'instruirez mieux, et alors je deviendrai missionnaire comme vous, et ensemble nous convertirons tout le pays." Le Père Biard, dans sa Relation, dit que les "sauvages n'ont pas mémoire d'avoir eu jamais un plus grand sagamo, ni plus autorisé."

Ses funérailles furent très solennelles. Tous les Français de Port-Royal se firent un devoir d'être présents. Les sauvages entouraient le cercueil en pleurant. De la cabane mortuaire le convoi se rendit à la chapelle, les missionnaires en tête, pendant que le canon du fort faisait entendre sa voix majestueuse. L'office divin terminé, le corps fut reconduit, avec la même Pompe, jusqu'au cimetière pour y reposer à l'ombre de la croix.

"Membertou, dit Charlevoix, n'avait rien de barbare que l'extérieur et la fierté... Il était brave et habile guerrier... Il s'était donné sur toute sa nation une autorité que nul autre ne s'était donnée avant lui."

Le fondateur de Québec assure que, de son temps, Membertou avait la renommée d'être "le plus méchant et traître qui fût entre ceux de sa nation." Cependant sa conduite valait mieux que sa réputation, puisque Champlain lui-même déclare que, pendant le long séjour qu'il fit à Port-Royal, Membertou se comPorta toujours comme un bon sauvage.

Lorsque les Français vinrent se fixer à Port-Royal, en 1605, Membertou ne tarda pas à venir du fond de la baie Sainte-Marie, saluer ces étrangers dont il avait appris l'arrivée dès l'année précédente. Membertou était un vieillard. Lescarbot dit à deux reprises qu'il dépassait alors sa centième année, bien qu'il ne parût pas avoir plus de cinquante ans, et qu'il n'eût pas un seul cheveu blanc. Membertou prétendait avoir connu Jacques Cartier ; il était déjà marié à cette époque.

Quoi qu'il en soit, Membertou était le chef d'une nombreuse famille, et il avait sur toute la nation souriquoise une autorité considérable, qui n'avait fait que s'accroître avec le temps." " Il étaitun homme d'esprit," dit encore Charlevoix. Joignons à cette qualité la ruse ordinaire aux sauvages et le calcul dans la conduite et les sentiments sans déloyauté toutefois ni aucun manque de sincérité, et nous aurons reconnu le caractère de ce grand chef ou capitaine. Fin, rusé, loyal, et généreux : tel fut Membertou.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:18 pm



Durant les cinq années qu'il vécut dans le voisinage des Français, jamais son caractère ne se démentit. Toujours calme et réservé, il ne connut aucune de ces petites perfidies propres aux sauvages, et qui laissaient apercevoir chez eux un vice de caractère, dû au défaut d'éducation et à la défiance les uns des autres. Membertou se montra toujours l'ami fidèle et dévoué des Français, dans la mauvaise comme dans la bonne fortune. Toujours prêt à rendre service, il s'engagea, après qu'ils eurent décidé d'abandonner Port-Royal, à prendre soin des constructions et à relever le courage des deux compagnons de Champlain qui avaient consenti à rester gardiens du fort, pour y tenir debout le drapeau de la vieille France.

Poutrincourt avait pris le vieux chef en grande amitié. Pas une fête dans l'enceinte de Port-Royal, sans qu'il eût sa place à table au milieu des compagnons de l'ordre de Bon Temps, dont Lescarbot était l'âme. Ces repas étaient suivis de harangues et de danses à la mode des Indiens dans leurs tabagies. " Membertou, dit Lescarbot, après la danse, haranguait avec une telle véhémence, qu'il étonnait tout le monde ; il racontait les courtoisies et amitiés dont les sauvages étaient l'objet de la part des colons, ce qu'ils en pouvaient espérer à l'avenir, combien la présence d'iceux leur était utile, voire même nécessaire, pour ce qu'ils dormaient sûrement et n'avaient crainte de leurs ennemis."

Quand des sauvages forains arrivaient à Port-Royal, leur première visite était pour Membertou. Lorsque des chefs venaient lui rendre visite, il avait recours à la munificence française pour leur faire bonne chère. Le vin du cellier était mis à contribution, et les sagamos s'en donnaient à cœur joie. Membertou ne dédaignait pas le vin qu'on lui offrait chaque fois qu'il venait au fort. " Cela me réjouit, disait-il, et me procure un bon sommeil." Mais il n'apparaît pas qu'il se soit laissé entraîner à des excès, comme il arrive généralement aux sauvages, quand ils ont l'occasion de boire à leur gré. Sa dignité en eût souffert, et Membertou tenait fortement à ne pas la compromettre. S'absentait-il un jour ou deux, il voulait qu'à son retour à l'habitation, on tirât du canon, en sa qualité de sagamo, et comme tel, disait-il, il avait autant de titres à cet honneur que les capitaines français.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:19 pm



Moreau raconte un fait qui démontre la grande foi de Membertou. Un jour que ses provisions étaient épuisées et que lui manquaient même les ressources de la pêche, parce que le poisson qui devait à cette époque monter de la mer dans la rivière, n'était pas encore arrivé, se souvenant ce qu'on lui avait dit de la puissance de la prière, il se mit à genoux, et il demanda au Père tout puissant, qui donne aux petits oiseaux leur nourriture, de lui envoyer quelques secours dans sa détresse. En même temps, avec une confiance pleine d'abandon, il chargea sa fille d'aller voir si le hareng qu'on attendait, commençait à paraître. Il ne s'était pas relevé, que déjà celle-ci venait à la course en criant : " Le hareng, mon père, le hareng ! " C'est ainsi que Dieu se plaît quelquefois à récompenser la foi de ses bons serviteurs.

En dépit de son grand âge, le sagamo Souriquois avait conservé une grande force physique. Il jouissait de toute la plénitude de ses facultés ; son jugement était sain, sa mémoire parfaite. L'organe de la vision chez lui s'était si bien conservé, qu'il pouvait apercevoir une chaloupe à une distance qui défiait l'œil le plus exercé.

Son amitié pour Champlain, Louis Hébert et les Jésuites, doit nous faire chérir la mémoire de celui que la tradition indienne n'a pas cessé de reconnaître sous le nom de " Grand Capitaine."

Sa conversion, qui en entraîna tant d'autres, doit nous le faire considérer comme le plus grand bienfaiteur de sa nation, qui, depuis, n'a pas quitté le droit sentier. La Providence, dans ses desseins immuables, a sans doute voulu récompenser la famille Souriquoise, en ne permettant pas qu'elle vînt à déchoir ni dans ses croyances au catholicisme ni dans le nombre de ses enfants. La famille des Micmacs est aussi populeuse aujourd'hui qu'elle l'était il y a trois cents ans. Qu'on cherche ailleurs un semblable exemple ?

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:24 pm





François-Xavier Nenascoumat

ALGONQUIN

LE 9 août 1637, le Père Buteux baptisait, aux Trois-Rivières, un sauvage algonquin du nom de Nenascoumat. Son parrain, le chevalier de l'Isle, le nomma François-Xavier. Depuis assez longtemps déjà, ce sauvage nourrissait en lui-même le désir de se faire chrétien. Mais la timidité l'en avait toujours empêché. Après son baptême, il disait au missionnaire : "Je n'osais pas vous aborder, ni ne savais comment vous déclarer les pensées de mon âme ; je souhaitais que vous m'appelassiez."

Nenascoumat déclara aussi au Père Buteux qu'il avait dès sa jeunesse entendu parler de religion par les Jésuites, et que leurs enseignements l'avaient intéressé au point de songer à se faire catholique à la première occasion. Aux Trois-Rivières, où il s'était fixé afin de vivre avec sa famille du rapport d'une petite terre qu'il cultivait tant bien que mal, Nenascoumat était un des sauvages les plus en vue et les mieux notés. Les Jésuites, le gouverneur, François de Ré, premier commis de la Compagnie des Cent-Associés, l'afiectionnaient tout particulièrement, car il était bon, honnête et dévoué aux Français. Son entrée dans la famille catholique ne fit qu'accroître l'estime qu'on lui portait. Il était dangereusement malade, lorsque le Père Buteux lui administra le baptême. Huit jours après, il l'alla visiter dans sa pauvre cabane. Nenascoumat n'eut rien de plus pressé que de communiquer au Jésuite ce dont il avait été témoin sur son lit de douleurs. " Hier, sur le soir, dit-il, pensant à Dieu, je me suis vu entouré d'une grande lumière ; j'ai vu les beautés du ciel, dont tu nous parles ; j'ai vu la maison de ce grand Capitaine qui a tout fait. J'étais dans un plaisir qui ne se peut exprimer. Ceci disparaissant tout-à-coup, je rabaisse mes yeux vers la terre, et vis un gouffre épouvantable qui m'a transi de peur. Il me semble qu'on me dit : ne va pas là. Je n'avais garde de m'en approcher, car je tremblais comme la feuille sur l'arbre poussé du vent. Cette horreur s'évanouissant, aussi bien que la beauté et la lumière qui m'avaient environné, je suis demeuré tout éperdu, avec un désir de croire et d'obéir à Dieu toute ma vie. Assure notre capitaine que voilà, que je crois du profond du cœur."

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:24 pm



La maladie de Nenascoumat dura plus de trois mois, et il donna, tout le temps, des preuves non équivoques de sa foi profonde. Voyant sa famille dans l'affliction, il s'écria : "Mes enfants, croyez en Dieu, imitez en ce point votre père ; je crois en lui avec autant d'assurance que si je le voyais de mes yeux. Ne l'offensez point, et il vous aidera. Je suis déjà mort ; quand mon corps sera en terre, demeurez auprès des Pères et leur obéissez."

Puis, s'adressant à Dieu, il disait : "Vous êtes mon Seigneur et mon maître, ordonnez de ma vie et de ma mort, je souhaite la mort pour vous voir, et je voudrais vivre pour le bien de ma famille."

Ce langage si chrétien, rempli d'un si grand abandon à la Providence, faisait pleurer tous les assistants. Les Pères eux-mêmes, prévoyant tout le bien que la religion pourrait tirer d'un sauvage aussi sincèrement dévoué au service de Dieu, s'adressèrent au Ciel par des prières ferventes pour obtenir sa guérison. Cette faveur leur fut accordée, et Nenascoumat revint à la santé, à la grande satisfaction de tous.

Depuis quelque temps déjà, les Jésuites désiraient bâtir une grande maison à Sillery dans le but de retenir les sauvages en lieu fixe ; il deviendrait alors plus facile de les christianiser et de les affermir ensuite dans la foi. Ayant manifesté aux Pères son intention d'aller se fixer avec sa famille dans un lieu où déjà les Algonquins étaient en nombre, entre autres Negabamat, leur chef, son grand ami et catholique comme lui, ceux-ci n'hésitèrent pas un instant à recevoir Nenascoumat, devenu le modèle des sauvages, ainsi que tous les membres de sa famille. Nenascoumat avait sa femme, trois garçons et trois filles, quand il devint l'hôte des Jésuites à Sillery. Negabamat, de son côté, n'avait que quatre enfants et son épouse. Ces deux familles formèrent le noyau des sauvages sédentaires, qui devait grossir avec le temps et former une mission importante. Etant toutes deux logées dans la même maison, elles n'avaient qu'une même table, et vivaient en commun ; jamais un différend ne surgit au milieu de ces gens grossiers. Mais aussi disons qu'ils étaient pieux ; ils assistaient à la messe tous les jours ; ils fréquentaient les sacrements avec assiduité ; enfin leur vie ordinaire était profondément chrétienne. Le plus ardent et le plus courageux pour manifester sa foi et donner le bon exemple était Nenascoumat, le bras droit des Jésuites, l'âme de leur maison. On cite des traits remarquables de sa ferveur.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:26 pm



Un jour qu'il y avait festin à la maison de Sillery pour recevoir des amis qui n'étaient pas chrétiens, et que le service de la table comprenait des plats de chevreuil, Nenascoumat refusa de faire gras comme les autres, parce qu'on était en carême. "Est-ce que ces mets ne te tentent pas un peu, lui dit un Jésuite en souriant ?"—" Nikanis, répondit Nenascoumat, au commencement du carême je mis mon cœur sous cette table ; c'est pourquoi mes yeux ont beau voir de la chair, ils n'en souhaitent pas, car ils n'ont plus de cœur ; et puis ne faut-il pas que nous souffrions un peu aussi bien que les autres chrétiens ? nous voulons contenter Dieu aussi bien que vous autres."

Une autre fois, étant à la chasse, Nenascoumat se trouva sans nourriture, si ce n'est un morceau de pain sec et une couple de chevreuils qu'il avait tués. Il aima mieux passer deux jours à jeun plutôt que de rompre son abstinence de carême. Pourtant le missionnaire lui avait dit, qu'en pareil cas, il n'était pas tenu à suivre la loi de l'Eglise.

Nenascoumat était adroit, industrieux et bon travailleur. Il aurait désiré que tous les siens fussent à leur devoir et se missent en quête de trouver leur nourriture et de gagner le pain de leur famille, même au prix des plus grands sacrifices. Il admirait l'ordre qui présidait chez les Pères dans leur genre de vie. "C'est chose étrange, disait-il un jour, que vous sachiez tout ce que vous devez faire par le son d'une cloche, sans qu'on vous dise rien, et sans vous parler les uns aux autres. Si tôt que vous entendez cette cloche, les uns sortent, les autres entrent, les uns vont au travail, les autres vont prier ; elle vous fait lever et coucher, et sans parole elle fait par un même son tous les commandements qu'il faut faire. Il n'en est pas de même parmi nous autres : si je veux induire mes gens au travail, il faut dire bien des paroles, et après tout cela je ne suis guère obéi."

En 1639, Nenascoumat n'avait plus que deux enfants, un garçon de vingt à vingt-deux ans et une fille âgée d'environ dix-huit. Celle-ci avait refusé d'épouser un sauvage idolâtre, d'après la sage détermination de ses parents. Quant au garçon, il était parti pour la guerre contre les Iroquois, et s'étant arrêté aux Trois-Rivières, il alla loger chez les Jésuites, et leur demanda le baptême, à cause des dangers qu'il allait encourir. Après l'avoir examiné, les Pères le trouvèrent suffisamment préparé et consentirent à sa demande. On lui donna le nom de Vincent. C'est le même qui en 1645 fut blessé à mort par les Sokokis, et transporté à Québec où il mourut dans une salle de l'Hôtel-Dieu, donnant les plus beaux exemples de résignation à la volonté de Dieu.

Vincent était marié et avait une petite fille qu'il avait consacrée à Dieu dès sa naissance. Les religieuses ursulines s'étaient chargées de son éducation, et la façonnèrent aux coutumes françaises. Elle devint fort gentille et surtout très pieuse, si bien qu'elle émerveillait tout le monde par ses belles manières et sa bonne humeur. On la conduisit à son père mourant, qui ne put se lasser de l'admirer dans son joli costume et de l'embrasser à maintes et maintes reprises. Ces caresses furent la cause de la mort de cette enfant. Elle contracta la fièvre qui allait bientôt emporter son père, et mourut entre les bras des religieuses, six mois plus tard.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 3:26 pm



François-Xavier Nenascoumat tomba malade de nouveau en 1689 et se fit interner à l'Hôtel-Dieu. On crut qu'il allait mourir, et un Jésuite lui administra le saint Viatique et l'extrême-Onction en présence du gouverneur Montmagny, du chevalier de l'Isle et de plusieurs Français. Après quoi, le Jésuite lui demanda s'il se rappelait encore cette vision du paradis et de l'enfer qu'il avait eue quelque temps auparavant. " Nikanis, dit-il, il peut se faire que je n'aie pas dit vrai, car je t'ai dit que j'avais vu la demeure du grand Capitaine du Ciel. Je ne sais pas si c'était sa maison, mais ce que j'ai vu était si beau et si ravissant, que je crus que c'était là sa demeure ; il n'y a rien de semblable en terre ; j'ai encore cette beauté si imprimée en l'esprit, que je ne crois pas jamais en perdre la mémoire."

Puis, adressant la parole aux personnes qui entouraient son lit, il s'écria : " Mes amis, vous me faites plaisir de me visiter et de prier Dieu pour moi ; je vous assure que si je vais au ciel, comme je l'espère, je le prierai pour vous. "

Quelques jours plus tard, Nenascoumat appela ses enfants auprès de lui, et il leur donna sa bénédiction, puis leur recommanda de persévérer dans la foi, d'obéir aux Jésuites, et de ne rien mettre dans sa fosse.

Aux Jésuites Nenascoumat disait : " Nikanis, ne t'attriste point, je meurs fort volontiers, je ne crains point la mort, je m'ennuie sur la terre, et j'espère que j'irai au ciel."

Toutes ces paroles, dignes du plus parfait chrétien, ne pouvaient manquer de consoler les bons Pères. Ceux-ci s'intéressaient au sort de ce brave Algonquin, qui, depuis son baptêine, ne leur avait donné que des consolations. Nenascoumat mourut quelques jours plus tard, avec tous les signes de prédestination. On lui fit de belles funérailles, dignes d'un héros chrétien. La mission de Sillery toute entière porta longtemps le deuil de celui qui en avait été un des premiers et des plus fermes soutiens.

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Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 5:30 pm





ANDEHOUA

HURON

1618-1654

ANDEHOUA : tel est le nom d'un sauvage de la tribu huronne qui, venu enfant à Québec, entra au séminaire de Notre-Dame-des-Ânges que les Jésuites avaient ouvert vers 1635 dans leur résidence, au confluent de la rivière Saint-Charles et du ruisseau-Lairet. Les Pères avaient en vue la formation de la jeunesse, huronne surtout, afin de recueillir des vocations religieuses pour le besoin de leurs missions. Il était entendu que l'on n'admettrait que ceux chez qui l'intelligence et d'excellentes dispositions brilleraient d'un plus vif éclat. Le Père Daniel fut leur premier directeur et précepteur. Connaissant assez la langue des Hurons, il mit tout en œuvre pour inculquer des notions religieuses dans le cœur de ses élèves que le vice n'avait pas encore flétris, afin de les baptiser au plus tôt. Ils étaient astreints à une règle, qui, sans être sévère, devait être un fardeau assez lourd pour ces enfants, accoutumés à la liberté la plus complète. Les heures de classe et d'étude étaient entremêlées de récréations pendant lesquelles il leur était permis de se livrer à des jeux et à des amusements propres à leur caractère national, comme la chasse, la pêche, la fabrication des arcs et des flèches. Aussi s'en donnaient-ils à cœur joie aux heures de récréation et les jours de congé.

Avoir les sauvages sédentaires et puis agriculteurs, telle était, en outre, l'ambition des Jésuites. Ils comprenaient l'immense avantage de les retenir auprès d'eux, non seulement dans le but de les convertir à la foi, mais aussi pour protéger la petite colonie de Québec contre les attaques des sauvages ennemis. En ouvrant leurs portes aux enfants, ils étaient sûrs que leurs parents chercheraient à se rapprocher d'eux et à devenir leurs amis.


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Roger Boivin

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Re: FLEURS DE NOS FORÊTS - Physionomie de plusieurs enfants de nos sauvages du Canada - Par N.-E. Dionne - 1904.

Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 5:32 pm



Andehoua appartient au premier groupe de séminaristes. Il était doué d'un excellent naturel ; il joignait à une douceur presque angélique une disposition extraordinaire pour l'apostolat. N'étant encore que catéchumène, il allait au-devant des gens de son pays que le commerce des fourrures attirait à Québec, et il leur expliquait les commandements de Dieu. Les pauvres Hurons se regardaient avec étonnement, et semblaient ravis de ce qu'un des leurs eut pu devenir prédicateur de l'Évangile comme les missionnaires français eiix-mêmes. C'était aussi une grande consolation pour les Jésuites de voir ce petit sauvage si rempli de zèle pour la glorification du nom de Dieu.

Andehoua fut baptisé en 1638 sous le nom d'Armand-Jean, en l'honneur du Cardinal de Richelieu, qui s'appelait Armand. Le gouverneur Montmagny fut son parrain. Le nouveau chrétien commença aussitôt son œuvre de prédication, et l'on peut dire qu'il fut une des lumières du catholicisme parmi les siens. Il jouissait d'un bon esprit, d'un jugement solide et surtout d'une grande et forte piété. Mais laissons au Père Le Jeune le soin de nous raconter le genre de vie de cet autre Louis de Gonzague :

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Roger Boivin

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Re: FLEURS DE NOS FORÊTS - Physionomie de plusieurs enfants de nos sauvages du Canada - Par N.-E. Dionne - 1904.

Message  Roger Boivin le Mer 23 Déc 2015, 5:33 pm



" Armand-Jean, qui a été baptisé le premier, a l'esprit bon et le jugement assez ferme : je ne l'ai point vu chanceler depuis qu'il a conçu ce qui est de notre créance ; il est porté à se vaincre dans son naturel un peu brusque, en quoi il n'a pas peu profité... Pendant l'hiver il a bien le courage de se faire quelquefois violence, par le motif d'une patience vraiment chrétienne, soit à tenir ses mains dans l'eau glacée, soit à y entrer parfois jusqu'à la ceinture, sous prétexte de quelque nécessité qui s'en présente, soit travaillant tête nue quand il pleut, lors même que tous les autres se mettent à couvert. Ce n'est pas là l'humeur des sauvages qui ne connaissent pas Jésus-Christ.

"Il est de si bon exemple parmi les ouvriers, que jamais il ne mettra la main à l'œuvre, qu'auparavant il n'ait levé le cœur et les mains à Dieu pour lui dédier son action. Au reste, il s'applique si bien à ce qu'on lui commande, qu'il n'y a travail auquel il ne réussisse passablement.

" Depuis son baptême, il se confesse et communie tous les huit jours, avec une dévotion et une modestie qui nous fait reconnaître en lui la présence de la grâce. Surtout il a une aversion grande pour le péché, notamment de l'impureté. Il ne faut que se figurer les débordements d'un sauvage lubrique pour admirer ce que je vais dire. Se sentant attaqué la nuit en songe de quelque pensée messéante, il se lève en sursaut, se met à genoux pour prier Dieu jusqu'au son de quatre heures pour le lever : alors il me vient trouver avec tant de confusion et d'humilité, qu'il me fut aisé de connaître que le prince des superbes avait quitté la place. Il s'accusait, comme coupable, d'un grand acte de vertu qu'il avait exercé. Il désirait fort jeûner les vendredis et samedis de l'année, pour la dévotion sensible que Dieu lui communiqua à la passion du Fils, et aux douleurs de la Mère ; mais nous le contentâmes sur ce que Notre-Seigneur aurait égard à sa bonne volonté dans son travail. Voici un trait de sa grande résignation.

"Il avait une jambe gelée : son compagnon voulant aller à la chasse, et ne sachant rien de son imcommodité, le presse de lui tenir compagnie ; lui, de peur de lui déplaire, se lève de grand matin, et se dispose comme s'il eut dû partir quant et lui ; durant la messe il prie Dieu à ce qu'il inspire son instructeur ce qui serait sa volonté, étant tout près de partir, si on le jugeait à propos. Dieu y pourvut, car de bonne rencontre je l'arrêtai, avant vu la mauvaise disposition de sa jambe."

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