Dimanches du Carême (2015)

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Message  gabrielle le Dim 22 Fév 2015, 7:31 am

Premier dimanche du Carême

Jésus-Christ permet au démon de le tenter, pourquoi? pour quatre raisons, toutes prises de notre intérêt :

1° pour nous fortifier, en surmontant, dit saint Grégoire, nos tentations par ses tentations mêmes, comme par sa mort il a surmonté la notre ;

2° pour nous encourager, en nous proposant son exemple ;

3° pour nous rendre plus vigilants et plus circonspects, eu nous faisant connaître que personne ne se doit croire en assurance, puisqu'il est attaqué lui-même ;

4° pour nous instruire, en nous montrant de quelles armes nous devons user, et comment nous pouvons nous défendre. Mais deux choses surtout sont remarquables : l'une, qu'il ne va au désert, où il est tenté, que par l'inspiration de l'Esprit de Dieu; l'autre, qu'il n'y est tenté qu'après s'être prémuni du jeune et de la mortification de la chair. D'où nous tirerons deux conséquences (..)

Deux sortes de tentations : les unes volontaires, les autres involontaires. Or, dans les tentations volontaires, en vain espérons-nous le secours de Dieu, si nous ne sortons de l'occasion


Dans quelque obligation que nous puissions être et que nous soyons en effet d'exposer quelquefois notre vie, c'est une vérité incontestable, fondée sur la première loi de la charité, que nous nous devons à nous-mêmes, qu'il ne nous est jamais permis d'exposer notre salut. Or il est évident que nous l'exposons, et par conséquent que nous péchons autant de fois que nous nous engageons témérairement dans la tentation. Je m'explique. Il n'y a personne qui n'ait, et en soi-même, et hors de soi-même, des sources de tentations qui lui sont propres : en soi-même, des passions et des habitudes : hors de soi-même, des objets et des occasions, dont il a personnellement à se défendre, et qui sont par rapport à lui des principes de péché. Car on peut très-bien dire de la tentation ce que saint Paul disait de la grâce : que comme il y a une diversité de grâces et d'inspirations, qui toutes procèdent du même esprit de sainteté, et dont Dieu, qui opère en nous, se sert, quoique différemment, pour nous convertir et pour nous sauver, aussi il y a une diversité de tentations que le même esprit d'iniquité nous suscite, pour nous corrompre et pour nous perdre. Nous savons assez quel est le faible par où il nous attaque plus communément; et pour peu d'attention que nous ayons sur notre conduite, nous distinguons sans peine, non-seulement la tentation qui prédomine en nous, mais les circonstances qui nous la rendent plus dangereuse.

(,,,)ce qui est tentation pour l'un, ne l'est pas pour l'autre ; ce qui est occasion de chute pour celui-ci, peut n'être d'aucun danger pour celui-là (…)Le savoir, et ne pas fuir le danger, c'est ce que j'appelle s'exposer à la tentation contre l'ordre de Dieu. Or je prétends qu'un chrétien alors ne doit point attendre de Dieu les secours de grâces préparées pour combattre la tentation et pour la vaincre. Je prétends qu'il n'est pas en droit de les demander à Dieu, ni même de les espérer. Je vais plus loin, et je ne crains point d'ajouter que, quand il les demanderait, Dieu, selon le cours de sa providence ordinaire, est expressément déterminé à les lui refuser. Que puis-je dire de plus fort pour faire voir à ces âmes présomptueuses le désordre de leur conduite, et pour les faire rentrer dans les saintes voies de la prudence des justes?

(…) tout homme qui, témérairement et contre l'ordre de Dieu, s'engage dans la tentation, ne doit point compter sur ces grâces de protection et de défense, sur ces grâces de résistance et de combat, si nécessaires pour nous soutenir. Par quel titre les prétendrait-il, ou les demanderait-il à Dieu? Par titre de justice ? ce ne seraient plus des grâces, ce ne seraient plus des dons de Dieu, si Dieu les lui devait. Par titre de fidélité? Dieu ne les lui a jamais promises. Par titre de miséricorde? il y met par sa présomption un obstacle volontaire, et il se rend absolument indigne des miséricordes divines. Le voilà donc, tandis qu'il demeure dans cet état et qu'il y veut demeurer, sans ressource de la part de Dieu, et privé de tous ses droits à la grâce : j'entends à cette grâce dont parle saint Augustin, et qu'il appelle victorieuse, parce que c'est par elle que nous triomphons de la tentation.

Je dis plus : non-seulement l'homme ne peut présumer alors que Dieu lui donnera cette grâce victorieuse, mais il doit même s'assurer que Dieu ne la lui donnera pas. Pourquoi? parce que Dieu lui-même s'en est ainsi expliqué, et qu'il n'y a point de vérité plus clairement marquée dans l'Écriture que celle-ci: savoir, que Dieu, pour punir la témérité du pécheur, l'abandonne et le livre à la corruption de ses désirs. Et ne me dites point que Dieu est fidèle, et que la fidélité de Dieu, selon saint Paul, consiste à ne pas permettre que nous soyons jamais tentés au-dessus de nos forces. Dieu est fidèle, j'en conviens; mais ce sont deux choses bien différentes, de ne pas, permettre que nous soyons tentés au-dessus de nos forces, et de nous donner les forces qu'il nous plaît quand nous nous engageons nous-mêmes dans la tentation.

L'un n'est point une conséquence de l'autre; et sans préjudice de sa fidélité, Dieu peut bien nous refuser ce qui, nous n'avons nulle raison d'espérer. Il est fidèle dans ses promesses : mais quand et où nous a-t-il promis de secourir dans la tentation celui qui cherche la tentation? Pour raisonner juste et dans les principes de la foi, il faudrait renverser la proposition, et conclure de la sorte : Dieu est fidèle, il est infaillible dans ses paroles ; donc il abandonnera dans la tentations celui qui s'expose à la tentation, puisque sa parole y est expresse, et qu'il nous l'a dit en termes formels. Or la fidélité de Dieu n'est pas moins intéressée à vérifier cette formidable menace : Quiconque aime le péril, y périra: (..) qu'à s'acquitter envers nous de cette consolante promesse : Le Seigneur est fidèle, et jamais il ne nous laissera tenter au-delà de notre pouvoir(…)

Mais, sans insister davantage sur les promesses de Dieu ou sur ses menaces, je prends la chose en elle-même. En vérité un homme qui témérairement et d'un plein gré s'expose à la tentation, qui volontairement entretient la cause et le principe de la tentation, a-t-il bonne grâce d'implorer le secours du ciel et de l'attendre ? Si c'était l'intérêt de ma gloire, lui peut répondre Dieu, si c'était un devoir de nécessité, si c'était un motif de charité, si c'était le hasard et une surprise qui vous eût engagé dans ce pas glissant, ma providence ne vous manquerait pas, et je ferais plutôt un miracle pour vous maintenir. Et en effet, quand autrefois, pour tenter la vertu des vierges chrétiennes, on les exposait dans des lieux de prostitution et de débauche, la grâce de Dieu les y suivait. Quand les prophètes, pour remplir leur ministère, paraissaient dans les cours des princes idolâtres, la grâce de Dieu les y accompagnait. Quand les solitaires, obéissant à la voix et à l'inspiration divine, sortaient de leurs déserts, et entraient dans les villes les plus débordées pour exhorter les peuples à la pénitence, la grâce de Dieu y entrait avec eux. Elle combattait dans eux et peur eux ; elle remportait d'éclatantes et de glorieuses victoires, parce que Dieu lui-même, tuteur et garant de leur salut, les conduisait : ils étaient à l'épreuve de tout. Mais aujourd'hui, par des principes bien différents, vous vous livrez vous-mêmes à tout ce qu'il y a pour vous dans le monde de plus dangereux et de plus propre à vous pervertir. Mais aujourd'hui, pour contenter votre inclination, vous entretenez des sociétés libertines  et  des amitiés pleines de scandale, des conversations dont la licence corromprait, si je puis ainsi parler, les anges mêmes. Mais aujourd'hui, par un engagement, ou de passion, ou de faiblesse, vous souffrez auprès de vous des gens contagieux, démons domestiques, toujours attentifs à vous séduire, et à vous inspirer le poison qu’ils portent dans l'âme.(…)

Je dis que ces grâces sur quoi vous fondez votre espérance n'ont point été destinées de Dieu pour vous fortifier en de pareilles conjonctures, et que vous ne les aurez jamais, tandis que vous vivrez dans le désordre (…)  

Ah ! mes Frères, reprend saint Bernard , s'il était vrai, comme vous voulez vous le persuader , que Dieu de sa part fût toujours également prêt à nous défendre et à combattre pour nous, soit lorsque malgré ses ordres nous nous jetons dans le danger, soit lorsque nous nous trouvons innocemment surpris, il faudrait conclure que les Saints auraient pris là-dessus des mesures bien fausses et des précautions bien inutiles. Ces hommes si célèbres par leur sainteté, et que l'on nous propose pour modèles, ces hommes consommés dans la science du salut l'auraient bien mal entendu, si la grâce se donnait indifféremment à celui qui aime la tentation, et à celui qui la craint ; à celui qui l'excite et qui s'y plaît, et à celui qui la fuit. C'est bien en vain qu'ils s'éloignaient du commerce du monde (…)

Mais pensez-en tout ce qu'il vous plaira, il est difficile que tous les Saints se soient trompés ; et quand il s'agit de la conscience, j'en croirai toujours les Saints, plutôt que le monde et tous les partisans du monde : car les Saints parlaient, les Saints agissaient par l'Esprit de Dieu : et l'Esprit de Dieu ne fut jamais, ni ne peut jamais être sujet à l'erreur.

(…) Pourquoi Dieu refuse-t-il sa grâce à un pécheur qui s'expose lui-même à la tentation? c'est pour l'intérêt et pour l'honneur de sa grâce même ; et la raison qu'en apporte Tertullien est bien naturelle et bien solide : Parce qu'autrement, dit-il, le secours de Dieu deviendrait le fondement et le prétexte de la témérité de l'homme. Voici la pensée de ce Père : Dieu, tout libéral qu'il est, doit ménager ses grâces de telle sorte, que le partage qu'il en fait ne nous soit pas un sujet raisonnable de vivre dans une confiance présomptueuse. Cette proposition est évidente. Or, si je savais que dans les tentations même où je m'engage contre la volonté de Dieu, Dieu infailliblement me soutiendra, je n'userais plus de nulle circonspection ; je n'aurais plus besoin du don de conseil, ni de la prudence chrétienne. Pourquoi? parce que je serais aussi invincible et aussi fort en cherchant l'occasion qu'en l'évitant : ainsi la grâce, au lieu de me rendre vigilant et humble me rendrait lâche et superbe.

Que fait donc Dieu? Me voyant prévenu d'une illusion si injurieuse à sa sainteté même, il me prive de sa grâce ; et par là il justifie sa providence du reproche qu'on lui pourrait faire, d'autoriser mon libertinage et ma témérité.

(,,,) Ne vous y trompez pas, mes Frères, et ne pensez pas que cette force spirituelle de la grâce qui doit vaincre la tentation  ou nous aider à la vaincs soit abandonnée à notre discrétion. Dieu la tient en réserve, mais pour qui ? pour les chrétiens sages et prévoyants, et non pas pour les aveugles et les négligents. A qui en fait-il part? à ces âmes justes, qui se défient de leur faiblesse, et qui s'observent elles-mêmes. Mais pour ces âmes audacieuses et précipitées, qui marchent sans réflexion, bien loin d'avoir des grâces de choix à leur communiquer, il se fait comme un point de justice de les livrer aux désirs de leur cœur; et ce châtiment, quoique terrible, est conforme à la nature de leur péché.

(…)En s'engageant dans la tentation, il tente Dieu même; et tenter Dieu, c'est un des plus grands désordres dont la créature soit capable, et qui, dans la doctrine des Pères, blesse directement le premier devoir de la religion : (…) Or, ce péché ne peut être mieux puni que par l'abandon de Dieu. Voici comment raisonne sur ce point l'ange de l'école, saint Thomas. Dans le langage de l'Écriture, nous trouvons, dit ce saint docteur, qu'on peut tenter Dieu en trois manières différentes

Premièrement, quand nous lui demandons un miracle sans nécessité

Secondement, quand nous voulons borner la toute puissance de Dieu ; et c'est ce que Judith reprocha aux habitants de Béthulie, lorsque, assiégés par Holopherne, et désespérant du secours d'en-haut, ils étaient prêts à capituler à se rendre (…) Qui êtes-vous, leur dit-elle, et comment osez-vous vous tenter le Seigneur, en marquant un terme à sa miséricorde et à son pouvoir ?

Enfin quand nous sommes de mauvaise foi avec Dieu, et que nous ne tenons pas à son égard une conduite sincère et droite
(…) Or, un chrétien qui s'expose à la tentation, fondé sur la grâce de Dieu dont il présume, se rend tout à la fois coupable  de ces trois sortes de péchés.

Car d'abord  il demande à Dieu  une miracle sans nécessité   Pourquoi? parce que, ne faisant rien pour se conserver, il veut que Dieu seul le conserve; et que, n'employant pas la grâce qu'il a, il se promet de la part de Dieu la grâce qu'il n'a pas. La grâce qu'il a, c'est une grâce de fuite : mais il ne veut pas fuir. La grâce qu'il n'a pas, c'est une grâce de combat: mais comptant néanmoins que Dieu combattra pour lui, il veut affronter le péril, c'est-à-dire qu'il renverse, ou qu'il voudrait  renverser toutes les lois de la Providence.

L'ordre naturel est qu'il se retire de l'occasion, puisqu'il le peut; mais il ne le veut pas; et cependant il veut que Dieu l'y soutienne par un concours extraordinaire, en sorte qu'il n'y périsse pas. N'est-ce pas vouloir un miracle, et le miracle le plus inutile?

(…)voilà ce qui a rendu les Saints si attentifs sur eux-mêmes, si timides et si réservés.

(…)Ne crains point, jette-toi hardiment dans cet abîme, vois cette personne, entretiens cette liaison ; Dieu a commis des anges pour ta sûreté, et ils te conduiront dans toutes tes voies (…)  C'est ainsi qu'il nous parle, (Le Tentateur) et nous l'écoutons ; et nous nous persuadons que les anges du ciel viendront en effet à notre secours, je veux dire que les grâces divines descendront sur nous; et nous fermons ensuite les yeux à tout, pour marcher avec plus d'assurance dans les voies les plus dangereuses, et au lieu de répondre comme Jésus-Christ « : vous ne mettrez point à l'épreuve la toute-puissance de votre Dieu, nous hasardons tout sans hésiter; nous voulons que Dieu  fasse pour nous ce qu'il n'a pas fait pour son Fils ; nous lui demandons un miracle, qu'il s'est, pour m'exprimer de la sorte, refusé à lui-même.

De plus, et au même temps que le pécheur présomptueux tente Dieu par rapport à sa toute-puissance , il ose encore le tenter par rapport à sa miséricorde, saint Augustin  dit ,  que cette miséricorde n'est que pour ceux qui se trouvent dans la tentation, sans l'avoir voulu ; et nous voulons qu'elle soit encore pour ceux qui donnent entrée à la tentation, qui se familiarisent avec la tentation , qui nourrissent en eux et qui fomentent la tentation, comme si nous étions maîtres des grâces de Dieu , et qu'il fût en notre pouvoir d'en disposer. Or, qui sommes-nous pour cela

(…) Enfin, nous tentons Dieu par hypocrisie, lorsque nous implorons sa grâce dans une tentation dont nous craignons d'être délivrés, et d'où nous refusons de sortir. Dieu peut bien nous répondre ce que Jésus-Christ répondit aux Juifs : Hypocrites, pourquoi me tenter?

(…)  car nous lui demandons une chose, mais de bouche, tandis qu'au fond et dans le cœur nous en voulons une autre. Nous le prions d'éloigner de nous la tentation, et nous-mêmes, contre sa défense expresse, nous nous en approchons. Nous lui disons : Seigneur, ayez égard à notre faiblesse, et sauvez-nous de la violence et des surprises du tentateur ; et cependant, par une contradiction monstrueuse, nous devenons nos propres (…) N'est-ce pas user de dissimulation avec Dieu? n'est-ce pas lui insulter?

(…) voilà ce qui vous rendra éternellement inexcusables devant Dieu. Quand on vous reproche vos désordres, vous vous en prenez à votre condition, et vous prétendez que vous vivez est un séjour de tentations, mais de tentations inévitables, mais de tentations insurmontables ; c'est ainsi que vous en parlez, que vous rejetez sur des causes étrangères ce qui vient de vous-mêmes et de votre fonds. Mais il faut une fois justifier Dieu sur un point où sa providence est tant intéressée ; il faut, en détruisant ce vain prétexte, vous obliger à tenir un autre langage, et à reconnaître humblement votre désordre.  (..)

(…) pour ceux qui y demeurent contre leur devoir, contre leur profession, contre leur conscience ; pour ceux dont on demande ce qu'ils y font, et pourquoi ils y sont; dont on dit : Ils sont ici, et ils devraient être là ; en un mot, pour ceux que l'esprit de Dieu n'y a pas conduits. Êtes-vous de ce caractère et de ce nombre? alors, j'en conviens, il est presque infaillible que vous vous y perdrez. C'est un torrent impétueux qui vous emportera; car comment y résisterez-vous, puisque Dieu n'y sera pas avec vous?

(…) Comptez-vous parmi vos devoirs tel et tel attachement dont la seule passion est le nœud, et qu'il faudrait rompre; tant d'assiduités auprès d'un objet vers qui l'inclination vous porte, et dont il faudrait vous séparer?

Je ne le puis, dites-vous. Vous ne le pouvez? Et moi je prétends (souffrez cette expression), oui, je prétends qu'en parlant de la sorte, vous mentez au Saint-Esprit, et vous faites outrage à sa grâce.

Ah! Chrétiens, disons la vérité, on a trop affaibli, ou même trop avili les droits de Dieu. S'il s'agit du service des hommes, on ne reconnaît point d'engagement nécessaire; tout est sacrifié, et tout le doit être ; puisque l'ordre de Dieu le veut ainsi. Mais s'agit-il des intérêts de Dieu même, on se fait un obstacle de tout, on trouve des difficultés partout, et l'on manque de courage pour les surmonter. (…)

On écoute un mondain, on entre dans ses raisons, on les fait valoir, on le ménage, on a des égards pour lui, on lui donne du temps; on dit que l'occasion, quoique prochaine, ne lui est plus volontaire, quand il ne la peut plus quitter sans intéresser son honneur : et on lui laisse à décider, tout mondain qu'il est, si son honneur y est en effet intéressé, et intéressé suffisamment pour contrebalancer celui de Dieu : on veut qu'il puisse demeurer dans cette occasion, ou du moins qu'on ne puisse l'obliger à en sortir, s'il n'en peut sortir sans se scandaliser lui-même; et on s'en rapporte à lui-même, ou plutôt à sa passion et à son amour-propre, pour juger en effet s'il le peut. On cherche tout ce qui lui est en quelque sorte favorable, pour ne le pas rebuter; c'est-à-dire qu'on l'autorise dans son erreur, qu'on l'entretient dans son libertinage, qu'on le damne et qu'on se damne avec lui.

Bourdaloue

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Message  ROBERT. le Dim 22 Fév 2015, 11:23 am

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Les prêtres "ouvriers" des années '50, et ceux qui voulaient aller évangéliser

dans les lupanars, les "clubs", les grills, etc n'ont pas lu ce sermon de Bourdaloue.
ROBERT.
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Message  gabrielle le Dim 01 Mar 2015, 7:53 am

Deuxième Dimanche de Carême.

Bourdaloue a écrit:Pour confondre les injustes reproches des libertins et des hérétiques contre la loi de Jésus-Christ, j'avance deux propositions :

1° C'est une loi sainte et parfaite, mais dans sa perfection elle n'a rien d'outré;

2° c'est une loi modérée, mais dans sa modération elle n'a rien de lâche.

A prendre les choses en elles-mêmes, et dans les termes de ce devoir légitime qui assujettit la créature au Créateur, il ne nous appartient pas de contrôler, ni même d'examiner la loi que Jésus-Christ nous a apportée du ciel, et qu'il est venu publier au monde. Car puisque les souverains de la terre ont le pouvoir de faire des lois, sans être obligés à dire pourquoi; puisque leur volonté et leur bon plaisir suffit pour autoriser les ordres qu'ils portent, sans que leurs sujets en puissent demander d'autre raison, il est bien juste que nous accordions au  moins le même privilège, et que nous rendions le même hommage à celui qui non-seulement est notre législateur et notre maître, mais notre Sauveur et notre Dieu. Ce qui nous regarde donc, c'est de nous soumettre à sa loi, et non point de la soumettre à notre censure ; c'est d'observer sa loi avec une fidélité parfaite, et non point d'en faire la discussion par une curiosité présomptueuse.

(…) il se trouve que jamais loi dans le monde n'a été plus critiquée, et, par une suite nécessaire, plus combattue, ni plus condamnée que la loi de Jésus-Christ ; et l'on peut dire d'elle ce que le Saint-Esprit dans l'Ecclésiaste a dit du monde en général, que Dieu, par un dessein particulier, a voulu, ce semble, l'abandonner aux disputes et aux contestations des hommes (…)

Car cette loi, toute sainte et toute vénérable qu'elle est, a été, si j'ose m'exprimer de la sorte, depuis son institution, le problème de tous les siècles. Les païens, et même dans le christianisme les libertins, suivant les lumières de la prudence charnelle, l'ont réprouvée comme trop sublime et trop au-dessus de l'humanité, c'est-à-dire comme affectant une perfection outrée, et bien au-delà des bornes que prescrit la droite raison. Et plusieurs, au contraire, parmi les hérétiques, préoccupés de leurs sens, l'ont attaquée comme trop naturelle et trop humaine, c'est-à-dire comme laissant encore à l'homme trop de liberté, et ne portant pas assez loin l'obligation étroite et rigoureuse des préceptes qu'elle établit. Les premiers l'ont accusée d'indiscrétion, et les seconds de relâchement. Les uns, au rapport de saint Augustin, se sont plaints qu'elle engageait à un détachement des choses du monde chimérique et insensé(…)

(…)et les autres, téméraires et prétendus réformateurs, lui ont reproché que sur cela même elle usait de trop d'indulgence, et qu'elle exigeait encore trop peu. Savez-vous, Chrétiens, ce que je voudrais d'abord inférer de là ? Sans pénétrer plus avant, ma conclusion serait que la loi chrétienne est donc une loi juste, une loi raisonnable, une loi conforme à la règle universelle de l'esprit de Dieu : pourquoi ? parce qu'elle tient le milieu entre ces deux extrémités. Car comme le caractère de l'esprit de l'homme est de se laisser toujours emporter à l'une ou à l'autre, et que le caractère de l'esprit de Dieu  selon la maxime de saint Grégoire, pape, consiste dans une sage modération, il est d'une conséquence presque infaillible qu'une loi que les hommes ont osé tout à la fois condamner et d'excès et de défaut, est justement celle où se trouve ce tempérament de sagesse et de raison, qui en fait, selon la pensée du Prophète royal, une loi sans tache

Et certes, ajoute saint Augustin (cette remarque est importante), si la loi de Jésus-Christ avait été parfaitement au gré des païens, dès-là elle aurait cessé, pour ainsi dire, d'être raisonnable ; et si les libertins l'approuvaient, dès là elle nous devrait être suspecte, puisqu'elle aurait plu, et qu'elle plairait encore à des hommes vicieux et corrompus. Pour être ce qu'elle doit être, pour être une loi irréprochable, il faut nécessairement qu'elle ne soit pas de leur goût

(…) J'avoue donc que la loi de Jésus-Christ est une loi sainte et parfaite ; mais je soutiens au même temps que dans sa perfection elle n'a rien d'outré, comme l'esprit du monde se le persuade. J'avoue que c'est une loi modérée, et comme telle, proportionnée à la faiblesse des hommes ; mais je prétends que dans sa modération elle n'a rien de lâche, comme l'esprit de l'hérésie se l'est figuré. (…)

Saint Chrysostome traitant le même sujet, la loi de Jésus-Christ dans sa perfection n'a rien qui doive blesser la prudence humaine la plus délicate ; et la rejeter comme une loi outrée, c'est lui faire injure et ne la pas connaître. Soit que nous ayons égard aux obligations générales qu'elle impose à tous les états; soit que nous considérions les règles particulières qu'elle trace à chaque condition, partout elle porte avec soi, si je puis user de ce terme, le sceau d'une raison souveraine qui la dirige; partout elle fait voir qu'elle est émanée du conseil de Dieu, comme de sa source.(…)

Elle oblige l'homme à se renoncer soi-même, à mortifier son esprit, à crucifier sa chair; elle veut qu'il étouffe ses passions, qu'il abandonne ses intérêts, qu'il supporte un outrage sans se venger, qu'il se laisse enlever ses biens sans les redemander ; elle lui commande deux choses en apparence les plus contradictoires, du moins les plus paradoxes, l'une de haïr ses proches et ses amis, l'autre d'aimer ses persécuteurs et ses ennemis ; elle lui fait un crime de rechercher les richesses et les grandeurs, une vertu d'être humble, une béatitude d'être pauvre, un sujet de joie d'être persécuté et affligé ; elle règle jusques à ses désirs, jusques à ses pensées; elle lui ordonne, en telle occasion qui se présente, de s'arracher l'œil, de se couper le bras ; enfin elle le réduit à la nécessité même de verser son sang, de donner sa vie, de souffrir la mort, et la plus cruelle mort, dès que l'honneur de sa religion le demande, et qu'il est question de prouver sa foi. Or, tout cela, mes chers auditeurs, est raisonnable ; et tellement raisonnable, que si la loi évangélique ne l'exigeait pas, tout intéressé que j'y puis être, et quelle que soit la corruption de mon cœur, j'aurais peine à ne la pas condamner. (…)

(…) il est raisonnable que je me renonce moi-même ; c'est de quoi je ne puis douter sans me méconnaître et sans ignorer ce que je suis. Car puisque je ne suis de moi-même que vanité et que mensonge ;(…)  n'est-il pas juste que me regardant moi-même et me voyant tel, je conçoive de l'horreur pour moi-même, je me haïsse moi-même, je me détache de moi-même? Et voilà le sens de ce grand précepte de Jésus-Christ(…)

Il ne veut pas que je renonce ni à mes vrais intérêts, ni à la vraie charité que je me dois à moi-même, ni à la vraie justice que je puis me rendre ; mais parce qu'il y a une fausse justice que je confonds avec la vraie; parce qu'il y a une fausse charité, qui me flatte et qui me séduit ; parce qu'il y a un faux intérêt, dont je me laisse éblouir et qui me perd, et que ce que j'appelle moi-même n'est rien autre chose que tout cela, il veut que pour me défaire de tout cela, je me défasse de moi-même, en me renonçant moi-même.

Il est raisonnable que je mortifie ma chair, parce qu'autrement ma chair se révoltera contre ma raison et contre Dieu même ; que je captive mes sens, parce qu'autrement la liberté que je leur donnerais m'exposerait à mille tentations(…)  

Il est raisonnable que la vengeance me soit défendue ; car que serait-ce si chacun était en droit de satisfaire ses ressentiments, et à quels excès nous porterait une aveugle passion? Raisonnable, non-seulement que j'oublie les injures déjà reçues, mais que je sois prêt à en essuyer encore de nouvelles ; et qu'en mille conjonctures où ma faiblesse me ferait perdre la charité, si je m'opiniâtrais à faire valoir dans toute la rigueur mes prétentions, je me relâche de mes prétentions, et je me désiste de mes demandes : pourquoi ? parce que la charité est un bien d'un ordre supérieur, et que je ne dois risquer pour nul autre ; parce qu'il n'y a rien que je ne doive sacrifier pour conserver la grâce qui se trouve inséparablement liée à l'amour du prochain. Raisonnable, que cet amour du prochain s'étende jusqu'à mes ennemis même les plus mortels, puisque, sans parler de la grandeur d'âme, de cette grandeur héroïque et chrétienne qui paraît dans l'amour d'un ennemi et dans les services qu'on lui rend, la foi m'enseigne que cet homme, pour être mon ennemi, n'en est pas moins mon frère, et que d'ailleurs j'attendrais moi-même, si j'étais ennemi de Dieu, que Dieu usât envers moi de miséricorde, et qu'il me prévînt de sa grâce (…)  

Raisonnable, par un retour qui semble d'abord bien surprenant et bien étrange, que je haïsse mes amis, mes proches, ceux mêmes à qui je dois la vie, quand ceux à qui je dois la vie, quand ceux à qui je suis le plus étroitement uni par les liens du sang et de l'amitié, sont des obstacles à mon salut : car alors la raison veut que je m'en éloigne, que je les fuie, que je les abhorre (…)

(…) si donc Jésus-Christ nous impose cette même loi en certaines conjonctures, savoir, quand l'attachement d'un fils à son père, d'une femme à son mari, est incompatible avec les intérêts de Dieu et l'obéissance qui lui est due, pouvons-nous dire que c'est trop en demander?

Apprenez-le de saint Jérôme : c'est qu'il n'est point permis de désirer ce qu'il n'est pas permis de rechercher ; c'est que toute loi qui laisse les désirs dans l'impunité est une loi imparfaite, propre à faire des hypocrites plutôt que des justes(…)

(…) qu’il n'y a d'heureux sur la terre que les pauvres de cœur, puisque la source la plus ordinaire de nos chagrins est l'attachement aux biens de la vie. Mais enfin, et voici le point capital, pourquoi réduire des hommes faibles à cette affreuse nécessité, ou d'être apostats et anathèmes, ou d'endurer à certains temps de persécution le plus rigoureux martyre? Car c'est là-dessus que la loi de notre Dieu pourrait paraître aux sages du monde d'un caractère plus outré. Elle nous ordonne, et nous l'ordonne sous peine d'une éternelle damnation, d'être habituellement disposés à mourir, plutôt même que de déguiser notre foi. Or, cela, dites-vous, est-il raisonnable? Et moi je réponds : En pouvez-vous douter; et pour s'en convaincre, faut-il autre chose que les premiers principes de la raison? En effet, on demande s'il est raisonnable de s'exposer à la mort, plutôt que de trahir la foi qu'on doit à son Dieu : mais moi je demande s'il n'est pas raisonnable qu'un sujet soit prêt à perdre la vie, plutôt que de trahir la foi qu'il doit à son prince? mais moi je demande s'il n'est pas raisonnable qu'un homme d'honneur soit en disposition de souffrir tout, plutôt que de commettre une lâcheté et une perfidie?(…)   le martyre pour Dieu sera-t-il censé une folie, et le martyre pour le monde une vertu?

Soyons raisonnables, et nous avouerons que la loi de Jésus-Christ l'est encore plus que nous. Soumettons-nous de bonne foi à tout ce que la raison ordonne, la loi évangélique n'aura plus rien qui nous choque. Car si elle nous choque, c'est parce qu'elle nous assujettit trop à la raison, et qu'elle n'accorde rien à notre passion

J'ajoute que par une disposition d'ailleurs toute divine, comme elle n'a rien d'outré dans sa perfection, elle n'a rien aussi de lâche dans sa modération.

Il est vrai que la loi chrétienne ne désespère pas les pécheurs ; mais sans les désespérer, elle leur inspire une crainte bien plus salutaire que le désespoir; et sans leur ôter la confiance, elle sait bien rabattre leur présomption. Il est vrai qu'en toutes choses elle ne conclut pas à la damnation ; mais sans y conclure absolument, elle ne manque pas sur mille sujets d'en proposer le danger, d'une manière à saisir de frayeur les Saints mêmes. Il est vrai que dans l'ordre des péchés elle ne condamne pas tout comme mortel; mais à quiconque connaît Dieu, à quiconque veut efficacement son salut, elle donne une grande horreur de tout péché, même du véniel. Il est vrai qu'elle distingue les préceptes des conseils ; mais elle déclare au même temps que le mépris des conseils dispose à la transgression des préceptes, et que l'un est une suite presque infaillible de l'autre.(…)

Puisqu'il y a un Dieu, et que les preuves les plus sensibles et les plus évidentes me le démontrent; puisqu'il faut l'honorer, ce Dieu, par un culte propre et par l'exercice d'une religion, je ne puis manquer en embrassant celle-ci, où je découvre un fonds de sagesse et de sainteté qui ne peut venir que d'en-haut, et qui est incontestablement au-dessus de l'homme.(…)  

Il n'y a qu'une religion sage comme la nôtre, c'est-à-dire d'une sagesse toute sainte, d'une sagesse établie sur le fondement de toutes les vertus, à quoi je ne puis refuser de me rendre, parce que c'est sans contredit l'ouvrage de Dieu, et que je n'ai rien à y opposer. (…)  

Ah ! Seigneur, c'est un bien pour moi, et un bien que je ne puis assez estimer, d'avoir connu votre loi, et de l'avoir embrassée. C'est là que je dois m'en tenir; et pour m'y conserver, je dois être prêt, comme vos martyrs, à sacrifier tout et à répandre mon sang(…)

Il est de la grandeur de Dieu d'avoir droit de commander aux hommes de grandes choses, et d'exiger d'eux de grands services; mais il est aussi de la même grandeur de Dieu que ces grands services qu'il exige des hommes, non-seulement ne les accablent point par le poids de leurs difficultés, mais qu'ils leur deviennent agréables et qu'ils y trouvent de la douceur. Car, comme dit le savant Cassiodore, la gloire d'un maître aussi grand que Dieu est d'être tellement servi, qu'on se fasse de l'obligation même de le servir un bonheur et une félicité.

Il est vrai que Jésus-Christ, notre souverain législateur, nous a proposé sa loi comme un joug et comme un fardeau ; mais au même temps il nous a fait entendre que ce fardeau était léger, et que ce joug était doux il n'a invité à le prendre que ceux qui se trouvaient déjà chargés d'ailleurs et fatigués; s'engageant à les soulager, et toutefois ne leur promettant point d'autre soulagement que de leur imposer son joug et de les obliger à le porter.  Mystère qui semblait d'abord impossible et contradictoire, mais dont l'accomplissement a fait connaître l'infaillible vérité; mystère confirmé par l'expérience de tous les justes, et même de tous les pécheurs, puisqu'il est évident que rien n'est plus capable de soulager un pécheur chargé de la pesanteur de ses crimes, et fatigué de la servitude du monde, que de prendre le joug de Jésus-Christ et de s'y soumettre parfaitement.

Ah ! Seigneur, que votre loi est douce pour ceux qui la goûtent, et qu'il faut être grossier et sensuel pour ne la goûter pas! Et en effet, si David pouvait parler de la sorte en vivant sous une loi de rigueur, telle que fut la loi de Moïse, ce serait, non point seulement une honte, mais un crime de n'en pas dire autant de la loi chrétienne, puisque c'est une loi de grâce et une loi de charité. Remarquez bien, s'il vous plaît, ces deux qualités qui sont essentielles à la loi de Jésus-Christ. Loi de grâce, et loi de charité : voilà ce qui vous met en état de l'observer, malgré toute la difficulté de ses devoirs, et ce qui anéantira devant Dieu toutes vos excuses(…)

C'est une loi de grâce où Dieu nous donne infailliblement de quoi accomplir ce qu'il nous commande; disons mieux, où Dieu lui-même accomplit en nous ce qu'il exige de nous : que pouvez-vous souhaiter de plus? Ce qui vous empêche d'accomplir la loi, ce qui vous fait même désespérer de l'accomplir jamais, ce sont, dites-vous, les inclinations vicieuses de votre cœur, c'est cette chair conçue dans le péché qui se révolte sans cesse contre l'esprit. Mais imaginez-vous, mes Frères, répond saint Chrysostome, que Dieu vous parle en ces termes : O homme, je veux aujourd'hui vous ôter ce cœur, et vous en donner un autre; vous n'avez que la force d'un homme, et je veux vous donner celle d'un Dieu. Ce n'est point vous seulement qui agirez, vous qui combattrez, vous qui résisterez; c'est moi-même qui combattrai dans vous, moi-même qui triompherai de ces inclinations et de cette chair corrompue. Si Dieu s'adressait à vous de la sorte, s'il vous faisait cette offre, oseriez-vous encore vous plaindre?(…)

(…) n'est-il pas étrange que, ne faisant rien de tout ce qu'il faudrait faire pour vous faciliter l'observation de la loi, vous osiez encore vous plaindre de ses difficultés, au lieu de vous en prendre à vous-mêmes et à votre lâcheté? Dieu aura bien de quoi la confondre cette lâcheté criminelle, en vous détrompant de l'erreur qui en était le principe et qui lui servait de prétexte. Car il vous dira, avec bien plus de raison qu'à sou peuple : Non, ce n'est point la rigueur de ma loi qui peut et qui doit vous justifier; ce commandement que je vous faisais (ce sont les paroles de Dieu même dans l'Écriture), n'était ni trop éloigné, ni trop au-dessus de vous. Il n'était point élevé jusqu'au ciel, pour vous donner sujet de dire : Qui pourra y atteindre? il n'était point au-delà des mers, pour vous donner lieu de demander : Qui osera se promettre d'y parvenir? Au contraire, vous l'aviez auprès de vous, il était au milieu de votre cœur; vous le trouvez dans votre condition, dans votre état, pour pouvoir aisément l'accomplir : comment cela? Parce que ma grâce y était au même temps attachée. Or, Dieu, par ces paroles, ne prétendait rien autre chose que de détruire tous nos prétextes, quand nous nous dispensons de garder la loi, et que nous la considérons seulement en elle-même, sans considérer les secours qui y sont si abondants.

Voilà ce que les amateurs du monde ne comprennent pas, et ce qu'ils pourraient néanmoins assez comprendre par eux-mêmes et par leurs propres sentiments. Ils ne nous entendent pas quand nous leur parlons des merveilleux effets de la charité de Dieu dans un cœur ; mais qu'ils en jugent par ce que fait dans eux l'amour même du monde. A quelles lois les tient-il asservis, ce monde qu'ils idolâtrent? lois de devoir, justes, mais pénibles; lois de péché, injustes et honteuses; lois de coutume, extravagantes et bizarres; lois de respect humain, cruelles et tyranniques ; lois de bienséance, ennuyeuses et fatigantes. Cependant, parce qu'ils aiment le monde, ce qu'il y a dans le service du monde de plus fâcheux, de plus incommode, de plus dur, de plus rebutant, leur devient aisé. Rien ne leur coûte pour satisfaire aux devoirs du monde, pour se conformer aux coutumes du monde, pour observer les bienséances du monde, pour mériter la faveur du monde. Or, qu'ils aiment Dieu comme ils aiment le monde, que, sans changer de sentiments, mais seulement d'objet, au lieu de demeurer toujours attachés au monde, ils commencent à s'attacher à Dieu : cette loi du Seigneur, qui leur paraît impraticable, changera, pour ainsi dire, de nature pour eux.

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Message  ROBERT. le Dim 01 Mar 2015, 5:24 pm

.
En ce 2e Dimanche de Carême, voici les Gants de l'Évêque:

http://messe.forumactif.org/t5502-les-gants-de-leveque#104134
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Message  gabrielle le Dim 08 Mar 2015, 7:27 am

Troisième dimanche de Carême

La fin de l'Evangile de ce jour nous fournit un exorde approprié à ce discours. Le Seigneur venait d'énoncer de sa bouche d'or les paroles dont vous avez entendu la lecture, lorsqu'une femme, qui se trouvait dans la foule, fut tellement ravie d'admiration pour sa doctrine que, ne se contenant plus, elle éclata, et fit entendre cette parole qui témoignait de ses transports : «  Heureux le sein qui vous a porté, heureuses les mamelles que vous avez sucées. » Le Seigneur, sans repousser la glorification de sa bienheureuse mère, mais montrant qu'elle avait une autre gloire plus grande, répondit : « Plus heureux sont ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la pratiquent. » En effet, dit saint Augustin, Marie fut plus heureuse en recevant la foi du Christ, qu'en concevant la chair du Christ. Car c'était plus de le concevoir spirituellement dans l'âme, que de le concevoir corporellement dans le sein; la parenté spirituelle étant plus précieuse aux yeux de Dieu que la parenté charnelle.

Cela étant, chacun de nous peut imiter la Mère de Dieu dans ce qu'elle a de plus excellent. Quoiqu'il n'y ait qu'une seule Mère du Christ selon la chair, parce que seule elle l'a conçu corporellement et enfanté; cependant, selon l'esprit, comme le dit saint Ambroise, quiconque entendant la parole de Dieu la conserve si bien au fond du cœur, qu'il enfante par ses œuvres ce qu'il a conçu dans son âme, celui-là devient spirituellement la mère du Christ, au témoignage de celui-là même qui a dit : «  Quiconque fait la volonté de mon Père, qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère. » Et l'excellence de cette parenté spirituelle nous est révélée par le même Seigneur, dans le présent évangile, quand il dit : «  Plus heureux ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la pratiquent !» Il ne tient qu'à vous d'avoir part à une telle béatitude, si vous écoutez la parole de Dieu avec la ferveur et le fruit que nous demandons.

L'évangéliste saint Luc raconte qu'on présenta au Sauveur un homme obsédé du démon, et à qui ce démon avait conféré trois bienfaits pour prix de l'hospitalité. Car il l'avait rendu aveugle, sourd et muet. Ce sont là, en effet, les trois présents que cet hôte généreux fait non-seulement aux corps, mais aussi aux âmes de ceux qu'il obsède. Dès que le Seigneur eut eu chassé le démon du corps obsédé, les trois fléaux disparurent avec leur auteur.

La foule, qui était présente, admirait dans sa simplicité les miracles du Sauveur ; mais les Pharisiens, aveuglés par l'orgueil et l'envie, se dirent entr'eux : « C'est par Béelzébub, prince des démons, qu'il chasse les démons. »

Que votre nom soit béni dans tous les siècles, Seigneur Jésus, vous qui, vivant parmi les hommes, après les avoir comblés de tant et de si grands bienfaits, en avez recueilli ce prix, qu'ils attribuaient au prince des démons les œuvres les plus éclatantes de votre divinité. Qu'y avait-il autre chose à attendre de notre malice? et quelle autre chose pouvait venir de voire immense bonté? Un ancien a dit : Il est royal, d'entendre dire du mal, après qu'on a fait le bien.(…)

Seigneur, vous avez recueilli l'outrage de la bouche de bien des gens que vous aviez comblés de vos bienfaits, et guéris de leurs maux.

Au reste le Seigneur, comprenant la disposition de l'esprit des pharisiens, démontre d'abord par des raisons qu'il n'a aucun commerce avec les démons, et que ce qu'il fait, il le fait par la puissance de Dieu. — Puis, après avoir exposé la condition des esprits mauvais, il déclare que c'est le comble de l'impiété non-seulement de ne pas glorifier les œuvres de la puissance divine, et ses bienfaits merveilleux envers le genre humain  mais encore de les attribuer à la puissance des démons. Il dit donc :

« Tout royaume divisé en lui-même sera détruit. » C'est comme s'il avait dit : Vous voyez comment je chasse les démons; ce n'est pas en les priant, en les suppliant; c'est en ordonnant, c'est en vertu de ma puissance, que je les expulse des corps humains. Ce n'est pas ainsi qu'un démon chasse un démon; ce serait un acte d'inimitié, d'hostilité. Or les démons ne se font point la guerre. Car, s'ils se la faisaient, ils seraient divisés; et, s'ils étaient divisés, leur empire ne serait pas solide. Tout empire, en effet, divisé en lui-même, est près de sa ruine ; car toute division est le commencement de la ruine.

Ainsi, chaque chose,  comme elle aime son être, aime par conséquent son intégrité et son unité. Elle fait résistance à sa division, de même qu'à sa corruption ; parce que sa division, c'est sa corruption et sa mort. Or comme l'empire des démons est stable et éternel, puisqu'ils ont juré une haine éternelle au royaume de Dieu, il s'ensuit que nul démon ne fait la guerre à un démon, et ne cherche à le déposséder, comme vous me voyez faire. Donc, je suis, non pas l'ami, mais l'ennemi du démon, puisque je le combats à outrance.

D'ailleurs, si je chasse les démons avec le secours de Béelzébub, avec quel secours les chassent mes disciples qui sont vos fils? Si personne ne songe à attribuer aux démons la puissance de ces pauvres pécheurs, de ces hommes illettrés, pourquoi attribuez-vous la mienne aux démons, puisque le pouvoir de mes disciples est le même que le mien? Ce que font ceux-ci, ils le font en vertu de ma puissance ; si donc, ce qu'ils font, personne ne l'attribue aux artifices des démons, pourquoi attribuer à ces démons ce que je fais?

«  Lorsque le fort armé garde sa maison, tout ce qu'il possède est en paix, etc. »
Voici le sens : Un fort armé garde sa maison, et possède en paix son butin. Survient un plus fort qui le dépossède de son foyer, qui lui enlève ses armes, qui distribue ses dépouilles, et met en liberté ses prisonniers. Celui-ci doit-il être tenu pour l'ami du premier, ou pour son ennemi mortel? Si donc je tiens la même conduite contre le démon, si je poursuis avec tant de constance le prince de ce monde, pendant qu'il règne en paix, si je brise ses armes, si je dévoile tous ses moyens de nuire, si je le chasse, comme de son foyer et de sa demeure, des corps et des âmes des hommes assaillis par lui, comment puis-je être regardé comme l'ami de celui à qui je fais une guerre si acharnée ?

Non-seulement par les coups portés, mais par la différence des œuvres et des tendances, vous pouvez juger de notre incompatibilité. Car vous voyez combien différentes les œuvres des démons et les miennes. La passion du démon est de flétrir l'honneur de Dieu; la mienne, de le rehausser; il égorge les brebis de Dieu, je cherche à les préserver; il les disperse, je les rassemble; enfin il entraine les hommes à l'impiété, à tous les désordres, pour les mener à la mort éternelle; moi, au contraire, je les exhorte à la piété, à la justice, à toutes les vertus, pour les conduire à la vie éternelle. Comment pourraient s'accorder ceux qui sont séparés par un abîme, par des tendances et des œuvres si opposées? Car, si celui qui n'est pas avec moi est contre moi; si celui qui ne recueille pas avec moi, dissipe; comment serait-il mon ami, celui qui est entré dans une telle lutte contre moi, et dont les œuvres sont les antipodes de mes œuvres?
« Lorsque l'esprit immonde est sorti d'un homme, etc. »

Commençons par établir que dans toutes les âmes humaines réside, ou Dieu, ou le démon, « Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Jésus-Christ, dit l'Apôtre, il n'est pas à Jésus-Christ. » Or, s'il n'est pas à Jésus-Christ, à qui sera-t-il, sinon au démon ? Car, en ce monde, il n'y a que deux empires : l'empire du bien, et l'empire du mal. Le chef de l'empire du bien est le Christ ; le chef de l'empire du mal est le démon, qui pour cela est appelé dans les saints Livres le prince de ce monde. Quiconque n'appartient pas au Christ, appartient donc au prince de ce monde, autrement au démon. Il  suit de là que, où n'habite pas l'Esprit du Christ, là l'esprit du mal établit son domicile. Ainsi, le démon habite dans toutes les âmes des méchants, ce qui est le comble du malheur. Qu'espérer, en effet, d'une âme qu'habite un hôte si funeste et si horrible? Et cependant cet esprit exécrable est chassé de l'homme par la vraie pénitence, quand celui-ci déplore ses péchés passés, et se proposant fermement de les éviter à l'avenir, a recours, au moins par le désir, aux clefs de l'Eglise et ou à l'absolution sacramentelle.(…)

Chassé de ce domicile par la vertu de la pénitence, cet esprit immonde s'en va par des lieux arides et sans eau. Par ces lieux, presque tous les interprètes entendent, soit les nations infidèles, soit les fidèles vivant à la manière des infidèles, et que le démon possède en vertu d'une ancienne domination et d'une longue habitude du péché. Ces lieux sont dits arides et sans eau, d'abord, pour que nous sachions que ce domicile est peu agréable au démon, comme des lieux arides sont un séjour peu agréable pour les hommes; ensuite, afin que nous comprenions le malheur et les mœurs de tels hommes, qui sont comparés à la stérilité d'un désert hérissé de ronces et d'épines ; parce qu'il n'y a en eux nul soin de régler leur vie, nul goût pour la vertu, nul fruit de bonnes œuvres, nul rafraîchissement de piété, de compassion, de dévotion ; mais tout y est aride, stérile, infertile. (…)

(…) comme le salut des âmes est la nourriture de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ainsi la perte des âmes est la pâture du diable. Elle est dite de plus sa pâture choisie, parce que la perte des justes est pour lui un plus vif sujet de joie que la perte des méchants. Cette pâture choisie, il tâche de l'arracher comme à la table du Christ, afin de la dévorer, triomphant moins de son succès, que de notre ruine et de l'injure faite à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Car, dit saint Cyprien, ce ne sont pas ceux qu'il a déjà subjugués, qu'il cherche ; ceux-là sont ses captifs, il les tient : il harcelle ceux en qui il voit habiter le Christ. Et quoiqu'il convoite tous les élus, sa rage néanmoins redouble contre ceux qui, autrefois ses sujets, sont parvenus à se débarrasser de lui. Saint Grégoire l'a dit : La rage de l'ennemi redouble, quand il a perdu sa domination perverse(…)

Ne trouvant donc pas son repos dans de tels lieux, il cherche ardemment à rentrer dans sa première demeure ; il la trouve vacante, bien balayée et ornée. C'est, dit Cajetan, un trope (figure de style) qui exprime l'état d'une âme prête à recevoir le démon ; c'est-à-dire que, dénuée de soutiens et de fortifiants spirituels, elle prête une entrée facile aux ennemis. On voit par là qu'il y a deux états dangereux pour l'âme : l'un, quand elle est déjà possédée du démon ; l'autre quand elle est près d'être possédée par lui. Comme une forteresse, assiégée par une armée nombreuse, ouvre quelquefois ses portes à l'ennemi, et quelquefois se trouve si dénuée de fore forces, qu'elle est facile à prendre d'assaut ; ainsi parfois notre âme est déjà occupée par le démon, lorsque, par exemple, elle est tombée dans un péché mortel ; parfois elle est voisine de ce péril, quand elle est dépourvue d'armes et de secours spirituels, quand elle n'est pas nourrie par la lecture, pas munie de la prière, quand elle n'évite pas les occasions du péché, qu'elle ne veille pas sur elle attentivement; quand elle ne garde pas avec une vigilance de tous les instants ses yeux, ses oreilles, sa langue et les autres sens, qui sont les entrées de l'âme. Lorsqu'elle n'est pas revêtue de ces armes, elle est exposée sans défense aux coups et aux attaques des ennemis(…)

(…) ceux qui disent qu'il n'y a pas beaucoup à s'inquiéter de ces petites choses, (péchés véniels) ne réfléchissent pas quel est l'ennemi qu'ils ont à combattre, quel est le monde où ils s'agitent, quelle est la faiblesse de la chair qui les enveloppe : toutes choses qui exigent de nous d'autant plus de vigilance, que le monde est plus mauvais, que la nature de notre chair est plus frêle, et notre ennemi plus infatigable. Aussi saint Bernard dit-il: ‘Nous tous qui végétons dans les régions de l'ombre de la mort, dans l'infirmité de notre corps, dans ce lieu de tentation, si nous y réfléchissons bien, nous trouverons que nous nous débattons misérablement sous un triple mal : car nous sommes faciles à séduire, impuissants à l'œuvre, faibles à la résistance. De là vient que, si nous voulons discerner le bien du mal, nous sommes trompés ; que si nous tentons de faire le bien, nous défaillons; que si nous essayons de résister au mal, nous sommes terrassés et vaincus. » Tout cela montre clairement combien nous avons besoin d'armes spirituelles, pour combattre tant d'ennemis. (…)

Mais quelles sont les armes de cette milice?

«Qu'un saint livre soit dans vos mains, dans votre cœur la pensée du Seigneur; que la prière soit incessante, que les bonnes-œuvres ne se ralentissent point; afin que, quand approchera l'ennemi, il trouve un cœur en armes, et fermé pour lui. »

Alors il ne trouvera pas la maison vide, et facile à occuper. Ainsi donc, frères, que personne ne se flatte, que personne ne se fasse illusion, en méprisant ces minutieuses précautions. Car les faits eux-mêmes, à défaut d'autres raisons, vous accuseraient. Ne voyez-vous pas tous les jours ceux qui cherchent dans ces pieux exercices des armes spirituelles, passer bien des années sans commettre un seul péché mortel, tandis que ceux qui en sont destitués, se laissent facilement prendre à tous les pièges du diable, et boivent l'iniquité comme l'eau? Qu'espérer en effet d'un homme sans armes entouré d'ennemis armés? Or l'âme qu'ici nous appelons désarmée, le Seigneur l'appelle une âme vacante, et dont le démon prend possession sans résistance.(…)

Mais, dites-vous, je ne sens ni la force, ni la puissance des ennemis dont vous me parlez. —La raison en est que vous n'avez jamais essayé à sortir de vos maux, à briser les fers dont vous enchaînaient vos passions. L'oiseau pris au piège, tant qu'il ne bouge pas dans le piège , qu'il mange le grain servant d'amorce, et s'en délecte, il ne sent pas la puissance du piège ; mais quand il veut s'envoler, il reconnaît alors une force dont il n'avait pas le sentiment; ainsi, qui que vous soyez, vous qui êtes travaillé par la haine du prochain, ou qui brûlez de la soif de la vengeance, ou qui vous délectez dans vos gains mal acquis, ou qui êtes enlacé dans les liens d'un impudique amour, commencez par sortir de ces filets, par rompre les fers du démon, par triompher d'une longue habitude du vice, et alors vous sentirez qu'elle est la force et la puissance du démon.

Les esprits du mal trouvant donc la maison vide, y entrent, et reprennent la place qu'ils avaient auparavant. Spectacle déplorable ! abîme de malheur ! Cela seul ne devrait-il pas suffire pour faire haïr le péché, de penser qu'après l'avoir commis, l'homme devient le lit des démons, qui y entrent et qui y habitent? Malheureux, vois quel hôte tu repousses, et quel hôte tu admets ; tu bannis Dieu, et tu reçois le diable ; tu chasses la vie, et tu prends la mort ; tu bannis la lumière, et tu admets le prince des ténèbres.(…)

Si donc il est si lamentable qu'une cité soit désertée des hommes et habitée par des bêtes, que sera-ce, je vous le demande, que d'être abandonné de Dieu, source de tout bien, et d'être la demeure du démon, auteur de tout mal ? (…)

Je l'avoue ingénument, cette considération fait que tant d'horribles attentats dont chaque jour se souillent les hommes du siècle ne me surprennent pas et ne me transportent pas trop d'indignation contre les délinquants. Qu'y a-t-il d'étonnant que ces forfaits soient commis par des hommes en qui réside le démon, par des hommes qu'il gouverne, qu'il excite, qu'il aveugle, et sur qui il exerce sa tyrannie ? (…) tout individu est tel que l’esprit qui le dirige.

(…) quels sont ses moyens, les armes du démon — Il s'attache à boucher toutes les issues, par lesquelles pourrait entrer dans l'âme quelque secours du ciel. Ainsi, il obstrue de la manière la plus ingénieuse les yeux et les oreilles, de peur que par ces portes ne puisse briller quelque étincelle, qui dissiperait les ténèbres et la cécité de l'âme. Il traite de malheureuses âmes comme le démoniaque de notre Évangile, qu'il avait fait sourd et aveugle. Il ferme donc les yeux intérieurs et les oreilles, pour qu'elles ne fassent pas attention aux vérités éternelles et mêmes à celles qu'elles croient fermement. Voilà pourquoi le Seigneur dit à Ezéchiel : " Fils de l'homme, vous demeurez au milieu d'un peuple rebelle, au milieu de gens qui ont des yeux pour voir, et qui ne voient point ; qui ont des oreilles pour entendre et qui n'entendent point"

Père Louis de Grenade

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Dimanches du Carême (2015) Empty Les trois présents du démon à la Secte.

Message  ROBERT. le Dim 08 Mar 2015, 5:18 pm

Père Louis de Grenade a écrit:
...L'évangéliste saint Luc raconte qu'on présenta au Sauveur un homme obsédé du démon, et à qui ce démon avait conféré trois bienfaits pour prix de l'hospitalité. Car il l'avait rendu aveugle, sourd et muet. Ce sont là, en effet, les trois présents que cet hôte généreux fait non-seulement aux corps, mais aussi aux âmes de ceux qu'il obsède. Dès que le Seigneur eut eu chassé le démon du corps obsédé, les trois fléaux disparurent avec leur auteur...
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http://messe.forumactif.org/t6365-dimanches-du-careme-2015#115196
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3e paragraphe à partir du haut

Les trois présents du démon à la Secte.


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Message  gabrielle le Dim 15 Mar 2015, 7:13 am

Quatrième dimanche de Carême

SUR LA PROVIDENCE.


Bourdaloue a écrit:Pour corriger un désordre, il faut d'abord s'appliquer à le connaître ; et pour le connaître, il en faut chercher et découvrir le principe. Je parle ici d'un homme du monde qui vit dans un profond oubli de Dieu, qui semble avoir secoué le joug de Dieu, qui s'est fait comme une habitude et un état de se rendre indépendant de Dieu; enfin, qui, sans se déclarer néanmoins ouvertement, mais par la malheureuse possession où il s'est établi d'agir selon son gré et en libertin, est devenu, si j'ose m'exprimer ainsi, un déserteur, ou, si vous voulez, un apostat de la providence de Dieu : conduite la plus déplorable, mais effet le plus commun de la dépravation du siècle. Je veux vous en faire voir le dérèglement, et voici comment je le conçois. Quiconque renonce à la Providence, et veut se soustraire à l'empire de Dieu, ne le peut faire qu'en l'une ou en l'autre de ces deux manières, savoir: par un esprit d'infidélité, parce qu'il ne reconnaît pas cette Providence, et qu'il ne la croit pas; ou par une simple révolte de cœur, parce qu'en la croyant même, et en la supposant, il ne veut pas se soumettre à elle. (…)

Si c'est par un esprit d'infidélité, et parce qu'il ne croit pas la Providence, je vous demande quel désordre est comparable à celui-là : de ne pas croire, ce qui est sans contestation la chose non-seulement la plus croyable, mais le fondement de toutes les choses croyables? de ne pas croire ce qu'ont cru les païens les plus sensés, par la seule lumière de la raison; de ne pas croire ce qu'indépendamment de la foi nous éprouvons nous-mêmes sans cesse, ce que nous sentons, ce que nous sommes forcés de confesser en mille rencontres, par un témoignage que nous arrachent les premiers mouvements de la nature ; mais surtout de ne pas croire la plus incontestable vérité, par les raisons mêmes qui l'établissent, et qui seules sont plus que suffisantes pour nous en convaincre. Or, tel est l'état du mondain qui ne veut pas reconnaître la Providence.  (…)

Car le mondain s'aveugle, dit saint Chrysostome, dans la source même des lumières, qui est l'être de Dieu, puisque la première et la plus immédiate conséquence qui se tire de l'être de Dieu, ou de l'existence de Dieu, c'est qu'il y a une Providence. D'où il s'ensuit qu'en renonçant à cette Providence, ou bien il ne connaît plus de Dieu (affreuse impiété!), ou bien il se fait un dieu monstrueux, c'est-à-dire un dieu qui n'a nul soin de ses créatures : un dieu qui ne s'intéresse ni à leur conservation, ni à leur perfection; un dieu qui n'est ni juste, ni sage, ni bon, puisqu'il ne peut rien être de tout cela sans providence. De là il se réduit, ajoute saint Chrysostome, à être plus que païen dans le christianisme ; ou, tout chrétien qu'il est, à prendre parti avec ce qu'il y a eu dans le paganisme de plus vicieux et de plus corrompu. Car à peine s'est-il trouvé des sectes païennes qui aient nié la Providence, ou qui en aient douté, sinon celles qui, par leurs abominables maximes, portaient les hommes aux plus infâmes excès et aux plus sales voluptés; celles pour qui il était à souhaiter qu'il n'y eût dans le monde ni Dieu, ni loi, ni châtiment, ni récompense, ni providence, ni justice.

Ce n'est pas assez : comme le mérite de la foi est de nous faire espérer contre l'espérance même : (…)le crime du mondain sur le sujet de la Providence, est de se rendre incrédule et insensé contre sa raison  
même. Car enfin le mondain lui-même, suivant le seul instinct de sa raison, admet, sans l'apercevoir, une Providence à laquelle il ne pense pas. Comment cela?

Je m'explique. Il croit qu'un état (choses courantes de la vie) ne peut être bien gouverné que par la sagesse (…) il conclut, sans hésiter, qu'il y a un esprit, une intelligence qui y préside. Mais il prétend raisonner tout autrement à l'égard du monde entier; et il veut que, sans providence, sans prudence, sans intelligence, par un pur effet du hasard, ce grand et vaste univers se maintienne dans l'ordre merveilleux où nous le voyons. N'est-ce pas aller contre ses propres lumières, et contredire sa raison?

Ajoutez les preuves sensibles et personnelles que le mondain, sans sortir hors de lui-même, trouve dans lui-même; mais sur lesquelles son obstination l'aveugle et l'endurcit. Car il n'y a point d'homme qui, repassant dans son esprit les années de sa vie, et rappelant le souvenir de tout ce qui lui est arrivé, ne doive s'arrêter à certains points fixes, je veux dire à certaines conjonctures où il s'est trouvé, à certains périls d'où il est échappé, à certains événements heureux ou malheureux, mais extraordinaires et singuliers, qui l'ont surpris et frappé, et qui sont autant de signes visibles d'une Providence. Or,  cela est vrai de tous les hommes sans exception(…)


(…) qu’est-ce que le monde, disait Cassiodore, sinon le grand théâtre et la grande école de la Providence, où, pour peu qu'on fasse de réflexion, l'on apprend à tous moments qu'il y a dans l'univers une puissance et une sagesse supérieure à celle des hommes, qui se joue de leurs desseins, qui ordonne de leurs destinées, qui élève et qui abaisse, qui appauvrit et qui enrichit, qui mortifie et qui vivifie, qui dispose de tout, comme l'Arbitre suprême de toutes choses. Il n'y a donc point d'hommes dans le monde qui, selon les règles ordinaires, dussent croire d'une foi plus ferme la Providence, que ceux qui se piquent d'avoir la science du monde et d'être les sages du monde; mais, par un secret jugement de Dieu, il n'y en a point qui soient communément plus infidèles touchant la Providence, et qui semblent plus la méconnaître. (…)

Leur aveuglement va encore plus loin , et il consiste en ce qu'ils ne veulent pas rendre librement et chrétiennement à la Providence un aveu qu'ils lui rendent souvent par nécessité, ou plutôt par emportement de chagrin et de désespoir. Car prenez garde : ce mondain qui oublie Dieu et la Providence, tandis qu'il est dans la prospérité et que tout lui succède selon ses désirs, est le premier à murmurer contre cette même Providence et contre Dieu, quand il lui survient une disgrâce qu'il n'avait pas prévue ; comme si c'était un soulagement pour lui d'avoir à qui s'en prendre dans son malheur, il en accuse Dieu, et, par la plus étrange contradiction , il l'attribue à cette Providence même qu'il niait par une fière et orgueilleuse impiété. Or, qu'y a-t-il de plus bizarre que de ne vouloir pas reconnaître une Providence pour lui obéir et pour se conformer à elle; et d'en reconnaître une pour l'outrager?

Voici quelque chose encore de plus surprenant : c'est que souvent le libertin veut douter de la Providence, par les raisons mêmes qui prouvent invinciblement la Providence, et qui seules devraient suffire pour la lui persuader. Car sur quoi fonde-t-il ses doutes touchant la providence d'un Dieu? sur ce qu'il voit le monde rempli de désordres. Et c'est pour cela même, dit saint Chrysostome, qu'il doit conclure nécessairement qu'il y a une Providence. En effet, pourquoi ces désordres dont le monde est plein sont-ils des désordres, et pourquoi lui paraissent-ils désordres, sinon parce qu'ils sont contre l'ordre et qu'ils répugnent à l'ordre? Or, qu'est-ce que cet ordre auquel ils répugnent, sinon la Providence? Il se fait donc une difficulté de cela même qui résout la difficulté, et il devient infidèle par ce qui devait affermir sa foi. (…)

(…)Mais supposons qu'il le fasse sans préjudice de sa foi, et par une simple révolte de cœur : autre désordre encore moins soutenable, de croire une Providence qui préside au gouvernement du monde, et de ne vouloir pas se soumettre à elle, de ne vouloir pas se régler par elle, ni agir de concert avec elle; d'être assez téméraire, ou plutôt assez insensé, non-seulement pour affecter de s'en rendre indépendant, mais pour prétendre arriver malgré elle aux fins qu'on se propose, et venir à bout de ses entreprises par d'autres moyens que ceux qu'elle a marqués.(…)


En croyant même une Providence, on vit dans le monde comme si l'on ne la croyait pas. Car on croit une Providence (appliquez-vous, mon cher auditeur, et reconnaissez-vous ici), on croit une Providence, et toutefois on agit dans les affaires du monde avec les mêmes inquiétudes, avec les mêmes empressements, avec les mêmes impatiences, avec le même oubli de Dieu dans les succès, avec le même abattement dans les afflictions, avec la même présomption dans les entreprises , que si cette Providence était un nom vide , et qu'elle ne décidât de rien, ni n'eût part à rien. En effet, si la foi de la Providence entrait dans la conduite de notre vie autant qu'elle y devrait entrer , c'est-à-dire si nous ne perdions jamais cette Providence de vue, et si chacun de nous ne se regardait que comme un sujet né pour exécuter ses ordres, dès là il n'y aurait rien dans nous que de raisonnable : nous ne serions ni passionnés, ni emportés, ni vains, ni inquiets, ni fiers, ni jaloux, ni ingrats envers Dieu, ni injustes envers les hommes : soumis à cette Providence, nous aurions dans le monde des intérêts sans attachement, des prétentions sans ambition , des avantages sans orgueil ; nous n'abuserions ni des biens, ni des maux, et nous conserverions en toutes choses cette sainte modération de sentiments et de désirs, qui, selon la maxime de saint Paul, nous rendrait modestes dans la prospérité et patients dans l'adversité. (…)


(…)Nous recevons de Dieu des bienfaits sans les reconnaître, et des châtiments sans en profiter. Ce qui devrait nous convertir, nous endurcit ; et ce qui devrait nous sanctifier, nous irrite et nous désespère. Nous nous élevons, où il faudrait nous humilier; et nous nous troublons, où il faudrait bénir Dieu et nous consoler. Des succès d'autrui nous nous faisons par envie de honteux chagrins, et des chagrins d'autrui de malignes joies. Il n'y a pas un mouvement de notre cœur qui ne soit, pour ainsi parler, hors de sa place ; et cela, parce que ce n'est plus du premier mobile, je veux dire de la foi d'une Providence, que nous recevons l'impression. Or, dès là, Seigneur, comment ne serions-nous pas de toutes vos créatures les plus criminelles, puisqu'en nous retirant d'une conduite aussi sainte et aussi droite que la vôtre, il ne nous reste plus que des voies trompeuses et détournées, où nous faisons autant de chutes que de pas ?


(…) remarquez que cet homme du siècle qui se détache de la Providence, pour ne plus dépendre d'elle, ne le fait, ou que pour vivre au hasard et pour suivre en aveugle le cours de la fortune, dont le torrent entraîne toutes les âmes faibles ; ou que pour se gouverner selon les vues de la prudence humaine, dont les sages du monde prennent le parti. Or, je soutiens que l'un et l'autre est pour Dieu l'outrage le plus sensible, et il n'y a personne de vous qui n'en doive convenir avec moi. (…)

(…)Qu'un homme soit dans la fortune, c'est une divinité pour nous; ses vices nous deviennent des vertus, ses paroles des oracles, ses volontés des lois. Oserai-je le dire? Qu'un démon sorti de l'enfer se trouvât dans un haut degré d'élévation et de faveur, on lui offrirait de l'encens. Mais que ce même homme qu'on idolâtrait vienne à déchoir, et qu'il ne se trouve plus en place, à peine le regarde-t-on. Tous ces faux adorateurs disparaissent, et sont les premiers à l'oublier (…)


Il semble que le parti de ceux qui abandonnent la Providence pour se conduire selon la prudence humaine,  devrait être exposé à moins de désordres ; mais c'est en quoi nous nous trompons. Dans ces partisans de la fortune, il y a plus de témérité ; mais dans ces sages du monde, il y a plus d'orgueil. Or, rien n'offense plus Dieu que l'orgueil ; et n'est-ce pas ici qu'il paraît évidemment? Car, quel orgueil qu'un homme faisant fond sur soi-même, s'assurant de soi-même, ne comptant que sur soi-même, se croie suffisamment éclairé pour se gouverner soi-même, et pour avoir droit ensuite de s'applaudir à soi-même de ses avantages, jusques à dire intérieurement, comme ces impies dans l'Ecriture; C'est moi qui me suis fait ce que je suis; c'est par mon industrie et par mon travail que je suis parvenu là : l'établissement de ma maison, le succès de mes affaires, le rang que je tiens, tout cela est l'ouvrage de mes mains, et non de la main du Seigneur.  Quel orgueil, que n'ayant pas assez de lumières pour nous passer en mille conjonctures du conseil des hommes, nous pensions en avoir assez pour n'être pas obligés de consulter Dieu?(…)


(…)Car enfin, du  moment que l'homme entreprend de se gouverner indépendamment de Dieu, il se charge devant Dieu de toutes les suites. Si elles sont malheureuses, il en prend sur lui le crime ; et comme la prudence humaine, même la plus raffinée,  est sujette à mille erreurs, qui peut dire combien de dettes il accumule les unes sur les autres, dont il faudra rendre compte un jour au souverain Juge? Quand j'ai recours à Dieu, c'est-à-dire quand, après avoir mûrement délibéré selon l'esprit de ma religion, et tâché de bonne foi à connaître l'ordre de Dieu, je viens à décider et à conclure, je puis alors avoir cette confiance, ou que je conclus sûrement, ou que si je manque, Dieu suppléera à mon défaut; que si je m'égare, Dieu aura d'autres voies pour me redresser, et qu'il ne m'imputera pas mon égarement : pourquoi? parce qu'autant qu'il était en moi, j'ai suivi les règles de la prudence chrétienne, en le priant de m'éclairer, et usant des moyens qu'il m'a donnés pour m'instruire de sa volonté. Mais quand je veux moi-même me conduire, je dois répondre de moi-même, et en répondre à un Dieu jaloux de ses droits, et qui, offensé de mon orgueil, n'est pas dans la disposition de me faire grâce. De là, en quels abîmes vais-je me précipiter?(…)


C'est un sentiment de saint Augustin qui ne peut être contesté, et qui me paraît aussi propre à nous imprimer une haute idée de Dieu, qu'à nous donner une connaissance parfaite de nous-mêmes ; savoir, que Dieu ne serait pas Dieu, si, hors de lui, nous pouvions trouver un bonheur solide; et que la preuve la plus convaincante et la plus sensible qu'il est notre dernière fin et notre souveraine béatitude, est qu'en nous éloignant de lui par le péché, nous devenons malheureux (…)
tout esprit qui se dérègle, et qui veut sortir des bornes de la sujétion et de la dépendance en se séparant de vous, Seigneur, trouve sa peine dans lui-même.(…)

(…)C'est qu'en renonçant à cette providence adorable, l'homme demeure, ou sans conduite, ou abandonné à sa propre conduite, source infaillible de tous les maux; c'est qu'en quittant Dieu, il oblige Dieu pareillement à le quitter, et à retirer de lui cette protection paternelle, qui fait, selon l'Ecriture, toute la félicité des justes sur la terre ; c'est qu'il se prive par là de la plus douce, ou plutôt de l'unique consolation qu'il peut avoir en certaines adversités, où la foi seule de la Providence le pourrait soutenir ; enfin, c'est que ne voulant pas dépendre de Dieu par une soumission libre et volontaire, il en dépend malgré lui par une soumission forcée, et que, refusant de se captiver sous une loi d'amour, il ne peut éviter d'être assujetti aux lois les plus dures d'une rigoureuse justice (…)


(…) ce qui fait tous les jours le malheur de l'homme, c'est l'homme même, obstiné à ne vouloir dépendre que de lui-même. Ce qui rend l'homme malheureux, ce n'est point ce qui est hors de lui, ni ce qui est au-dessus de lui, ni ce qui paraît même plus déclaré contre lui ; mais il est lui-même la source de ses peines, parce qu'il veut être lui-même la règle de ses actions.(…)

(…)si l'homme, réduit à lui-même, ne suit que ses propres vues, dès lors le voilà dans l'inquiétude, dans l'irrésolution, dans le trouble, ne pouvant plus s'assurer de rien, obligé à se défier de tout, livré à ses caprices, à ses inégalités, à ses inconstances, esclave d'une imagination qui le joue, sujet aux altérations d'un tempérament qui le domine. Comme il est rempli de passions, et de passions toutes contraires, il doit s'attendre à en être déchiré; et s'il se renferme dans lui-même, dès lors le voilà, selon les différentes situations, accablé de tristesse, saisi de crainte, envenimé de haine, infatué d'amour, dévoré d'une ambition démesurée, desséché des plus malignes envies, transporté de colère, outré de douleur, trouvant en lui-même non pas un supplice, mais un enfer.(…)

(…) A quoi lui sert, dit saint Augustin, cette raison non soumise à Dieu et bornée à ses faibles lumières, sinon à le rendre encore plus malheureux, à lui découvrir des biens auxquels il ne peut parvenir, à lui représenter des maux qu'il ne saurait éviter, à exciter en lui des désirs qu'il ne contente jamais, à lui causer des repentirs qui le tourmentent toujours, à lui donner du dégoût pour ce qu'il a, à lui faire sentir la privation de ce qu'il n'a pas, à lui faire apercevoir dans le monde mille injustices qui le désespèrent, et mille indignités qui le révoltent? Il raisonne sur tout, mais ses raisonnements l'affligent ; il prévoit tout, mais ses prévoyances le tuent ; il affecte d'être prudent et sage, mais n'est-ce pas de cette prudence même et de cette vaine sagesse que naissent ses amertumes et ses chagrins? S'il se laissait conduire à Dieu, la seule vue d'une Providence occupée à veiller sur lui fixerait ses pensées, bornerait sa cupidité, adoucirait ses passions, fortifierait sa raison, et dans ce calme de toutes les puissances de son âme il serait heureux : mais parce qu'il veut l'être sans Dieu et par lui-même, il ne trouve hors de Dieu et dans lui-même que misère et affliction d'esprit.

Que fera-t-il donc? convaincu de son insuffisance et ne voulant pas s'attacher à Dieu, mettra-t-il sa confiance dans les hommes ? Ah ! mes chers auditeurs, autre misère encore plus grande. Car, dit le Saint-Esprit, malheur à celui qui s'appuie sur l'homme et sur un bras de chair (…)

(…)Et en effet, sans parler du reste, à quelle servitude cet état n'engage-t-il pas? quelle bassesse, en secouant le joug de Dieu, de s'imposer le joug de l'homme; c'est-à-dire de ne plus vivre qu'au gré de l'homme, de ne plus subsister que par son crédit, de n'avoir plus d'autres volontés que les siennes, de ne plus faire que ce qui lui plaît, d'être obligé sans cesse à le prévenir, à le ménager, à le flatter; d'être toujours en peine si l'on est dans ses bonnes grâces ou si l'on n'y est pas, s'il est content ou s'il ne l'est pas ! Est-il un esclavage plus ennuyeux et plus fatigant? Mais dépendre de Dieu, dont je suis sûr que la providence ne me peut manquer, voilà ce qui fait ma félicité, (…)

(…)si je confie ma destinée et mon sort, à des hommes volages, à des hommes intéressés, à des hommes amateurs d'eux-mêmes, qui ne me considèrent que pour eux-mêmes, et qui compteront pour rien de m'abandonner dès que je commencerai de leur être à charge ou que je cesserai de leur être utile (…)

(…) Et afin que l'expérience nous rendît sensible ce point de foi, ce sont ceux dont la faveur opiniâtrement recherchée et inutilement entretenue, par une juste punition de Dieu, fait tous les jours plus de misérables, plus d'hommes trompés, délaissés, sacrifiés, et par conséquent plus de témoins de cette grande vérité, que dans les enfants des hommes, je dis même selon le monde, il n'y a point de salut (…)

(…)voici le comble de l'aveuglement du siècle. Quelque persuadé que l'on soit d'une vérité dont on a tant de preuves, et qu'il nous est si important de bien comprendre, on s'obstine à la combattre, et l'on aime mieux être malheureux en dépendant de la créature, que d'être heureux en s'assujettissant au Créateur.(…)

(…)Demandez à ces adorateurs de la faveur, à ces partisans et à ces esclaves du monde, ce qui se passe en eux ; et voyez s'il y en a un seul qui ne convienne que sa condition a mille dégoûts, mille déboires, mille mortifications inévitables, et que c'est une perpétuelle captivité.(…)

(…)ils se voient oubliés, négligés, méprisés; ah! mes Frères, s'écrie saint Augustin, c'est alors qu'ils rendent un hommage solennel à cette Providence dont ils n'ont pas voulu dépendre. Et c'est alors même aussi que Dieu a son tour, et que, par une espèce d'insulte que lui permet sa justice, et qui ne blesse en rien sa miséricorde, il croit avoir droit de leur répondre, avec ces paroles du Deutéronome(…) Où sont ces dieux dont vous vous teniez sûrs, et qui devaient vous maintenir? ces dieux dont la protection vous rendait si fiers, où sont-ils?  Qu'ils paraissent maintenant, et qu'ils viennent vous secourir. C'étaient vos dieux, et vous faisiez plus de fond sur eux que sur moi : eh bien ! Adressez-vous donc à eux dans l'extrémité où vous êtes ; et puisque vous les avez servis comme des divinités, qu'ils vous tirent de l'abîme, et qu'ils vous relèvent (…)

(…)tandis que cette foi m'éclaire, et que je suis bien persuadé de ce principe qu'il y a un Dieu, dispensateur des biens et des maux, en sorte qu'il ne m'arrive rien que par son ordre, et que pour mon salut et pour sa gloire, j'ai dans moi un soutien contre tous les accidents; quelque indocile, quelque révolté même que je sois selon les sentiments naturels, je ne laisse pas au moins dans la partie supérieure de mon âme, et suivant les vues que me donne la foi, de me dire à moi-même : J'ai tort de murmurer et de me plaindre : Dieu l'a ainsi ordonné; et puisque c'est sa volonté, je dois m'y soumettre. Or, en me condamnant de la sorte, je me console, et cette pensée me fortifie : quoique je ne la goûte pas peut-être d'abord, il suffit que je l'approuve, et que j'y puisse revenir quand il me plaira, pour qu'elle me soit une ressource toujours présente dans ma douleur. (…)

(…) Car de deux sortes de providences que Dieu exerce sur les hommes, l'une de sévérité et l'autre de bonté, l'une de justice et l'autre de miséricorde, au même temps qu'il se soustrait à cette providence favorable en qui il devait chercher son repos, il se trouve livré à cette providence rigoureuse qui le poursuit pour lui faire sentir son empire le plus dominant. Comme si Dieu lui disait : Tu n'as pas voulu te ranger sous celle-ci, tu souffriras de celle-là : car je les ai substituées l'une à l'autre par une loi éternelle et irrévocable; et dans l'étendue que je leur ai donnée, rien ne peut être hors de leur ressort. La providence de mon amour n'a pu t'engager, ce sera donc désormais la providence de ma justice qui te contiendra, qui te réprimera; qui, par des vengeances tantôt secrètes, tantôt éclatantes, se fera sentir à toi, qui, tantôt par des humiliations, tantôt par des afflictions, tantôt par des prospérités dont tu seras enivré, tantôt par des adversités dont tu seras accablé, tantôt par des douceurs qui t'empoisonneront le cœur, tantôt par des amertumes qui t'aigriront, qui te soulèveront et ne te corrigeront pas, te réduira malgré toi dans la dépendance.

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Message  Roger Boivin le Dim 15 Mar 2015, 7:58 am


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Message  gabrielle le Dim 22 Mar 2015, 8:02 am

Temps de la Passion

Dimanche de la Passion,

Sur les causes de la haine des hommes contre la Vérité

Le monde ne peut point vous haïr; et il me hait, parce que je rends témoignage de lui que ses œuvres sont mauvaises.

Bossuet a écrit:Les hommes presque toujours injustes, le sont en ceci principalement, que la vérité leur est odieuse.

Les pécheurs haïssent la vérité en Dieu et la persécutent.

(…) Et en effet, chrétiens, quand la vérité ne fait autre chose que de se montrer elle-même dans ses belles et adorables maximes, un cœur serait bien farouche, qui refuserait son affection à sa divine beauté ; mais lorsque ce même éclat qui ravit nos yeux, met au jour nos imperfections et nos défauts, et que la vérité non contente de nous montrer ce qu'elle est, vient à nous manifester ce que nous sommes, alors comme si elle avait perdu toute sa beauté en nous découvrant notre laideur, nous commençons aussitôt à la haïr, et ce beau miroir nous déplaît à cause qu'il est trop fidèle. Étrange égarement de l'esprit humain, que nous souffrions en nous-mêmes si facilement des maux dont nous ne pouvons supporter la vue, que nous ayons les yeux plus tendres et plus délicats que la conscience, et que pendant que nous haïssons tellement nos vices que nous ne pouvons les voir, nous nous y plaisions tellement que nous ne craignions pas de les nourrir , comme si notre âme insensée mettait son bonheur à se tromper elle-même, et se délivrait de ses péchés  en y ajoutant le plus grand de tous, qui est celui de n'y penser pas et celui même de les méconnaître !

« Tous ceux qui font mal, dit le Fils de Dieu », haïssent la lumière et craignent de s'en approcher, à cause qu'elle découvre leurs mauvaises œuvres.  S'ils haïssent la lumière, ils haïssent par conséquent la vérité, qui est la lumière de Dieu et la seule qui peut éclairer les yeux de l'esprit.

Saint Thomas  pose pour fondement que le principe de la haine, c'est la contrariété et la répugnance; tellement que les hommes ne sont capables d'avoir de l'aversion pour la vérité, qu'autant qu'ils la considèrent dans quelque sujet particulier où elle combat leurs inclinations. Or nous la pouvons regarder  ou en tant qu'elle réside en Dieu, ou en tant que nous la sentons en nous-mêmes, ou en tant qu'elle nous paraît dans les autres ; et comme en ces trois états elle contrarie les mauvais désirs, elle est aussi l'objet de la haine des hommes déréglés et mal vivants. Et en effet, ces lois immuables de la vérité sur lesquelles notre conduite doit être réglée, soit que nous les regardions en leur source, c'est-à-dire en Dieu, soit que nous les écoutions parler en nous-mêmes dans le secret de nos cœurs, soit qu'elles nous soient montrées par les autres hommes nos semblables, crient toujours contre les pécheurs, quoiqu'avec des effets très-différents. En Dieu qui est le juge suprême, la vérité les condamne ; en eux-mêmes et dans leur propre conscience, elle les trouble ; dans les autres hommes, elle les confond ; et c'est pourquoi partout elle leur déplaît.  Ainsi, en quelque manière que Jésus-Christ nous enseigne, soit par les oracles qu'il prononce dans son Évangile, soit par les lumières intérieures qu'il répand dans nos consciences, soit par les paroles de vérité qu'il met dans la bouche de nos frères, il a raison de se plaindre que les hommes du monde(…)  

(…)les lois primitives et invariables qui condamnent  tous les vices, sont en Dieu éternellement; et il m'est aisé de vous faire entendre que la haine qu'ont des pécheurs pour la vérité, s'emporte jusqu'à l'attaquer dans cette divine source. Car comme j'ai déjà dit que le principe de la haine c'est la répugnance, et qu'il n'y a point de plus grande contrariété que celle des hommes pécheurs avec ces lois premières et originales, il s'ensuit que leur aversion pour la vérité s'étend jusqu'à celle qui est en Dieu, ou plutôt qui est Dieu même(…)

(…) pour comprendre l'audace de cet attentat et en découvrir les conséquences, il faut que je vous explique avant toutes choses la nature de la haine.

(…) la haine imprime dans l’âme un désir de destruction et, si je puis l'appeler ainsi, une intention meurtrière. C'est le disciple bien-aimé qui nous l'enseigne en ces termes : « Celui qui hait son frère est homicide. » Il ne dit pas, chrétiens : Celui qui répand son sang ou qui lui enfonce un couteau dans le sein. Mais celui qui le hait est homicide ; tant la haine est cruelle et malfaisante.

(…)nous faisons mourir dans notre cœur celui que nous haïssons ; mais il faut dire de plus qu'en l'éloignant de notre cœur, nous ne le pouvons souffrir nulle part. Aussi sa présence blesse notre vue; se trouver avec lui dans un même lieu, nous paraît une rencontre funeste ; tout ce qui vient de sa part nous fait horreur ; et si nous ne réprimions cette  maligne passion, nous voudrions être entièrement défaits  de cet objet odieux. Telle est l'intention secrète de la haine(…)

(…)Tous ceux qui transgressent la loi de Dieu haïssent sa vérité sainte, puisque non-seulement ils l’éloignent d'eux, mais encore qu'ils lui sont contraires ; la détruisant en eux-mêmes et ne lui donnant aucune place dans leur vie, ils voudraient la pouvoir détruire partout où elle est, et principalement dans son origine : ils s'irritent contre ces lois, ils se fâchent que ce qui leur plait désordonnément leur soit si sévèrement défendu ; et se sentant trop pressés par la vérité, ils voudraient qu'elle ne fût pas. Car que souhaite davantage un malfaiteur que l'impunité dans son crime? et pour avoir cette impunité, ne voudrait-il pas pouvoir abolir et la loi qui le condamne, et la vérité qui le convainc, et la puissance qui l'accable ? Et tout cela n'est-ce pas Dieu même, puisqu'il est lui-même sa vérité, sa puissance et sa justice ? (…)

(…)Considérez, ô pécheurs, quelle est votre audace : c'est à Dieu que vous en voulez ; et puisque ses vérités vous déplaisent, c'est lui que vous haïssez et que vous voudriez qu'il ne fût pas (…)

Mais afin que nous entendions que tel est le dessein des pécheurs, Dieu a permis qu'il se soit enfin découvert en la personne de son Fils. Il a envoyé Jésus-Christ au monde, c'est-à-dire il a envoyé sa Vérité et sa Parole. Qu'a fait au monde ce divin Sauveur? Il a censuré hautement les pécheurs superbes, il a découvert les hypocrites, il a confondu les scandaleux, il a été un flambeau qui a mis à chacun devant les yeux toute la honte de sa vie. Quel en a été l'événement? Vous le savez; et Jésus-Christ l'a exprimé dans mon texte : « Le monde me hait, dit-il, parce que je rends témoignage que ses œuvres sont mauvaises » (..) et ailleurs, en parlant aux Juifs : « C'est pour cela, dit-il, que vous voulez me tuer, parce que ma parole ne prend point en vous  » et que ma vérité vous est à charge. Si donc c'est la vérité qui a rendu Jésus-Christ odieux au monde, si c'est elle que les Juifs ingrats ont persécutée en sa personne, qui ne voit qu'en combattant par nos mœurs la doctrine de Jésus-Christ, nous nous liguons contre lui avec ces perfides, et que nous entrons bien avant dans la cabale sacrilège qui a fait mourir le Sauveur du monde ?

Oui, mes frères, quiconque s'oppose à la vérité et aux lois immuables qu'elle nous donne, fait mourir  spirituellement la justice et la sagesse éternelle qui est venue nous les apprendre, et se revêtit d'un esprit de juif pour crucifier, encore une fois , le Fils de Dieu (…) Et ne dites pas, chrétiens, que vous ne combattez pas la vérité sainte que Jésus-Christ a prêchée, puisqu'au contraire vous la professez. Car ce n'est pas en vain que le même Apôtre a prononcé ces paroles : « Ils professent de connaître Dieu, et ils le renient par leurs œuvres (…)

Que s'il est ainsi, chrétiens, si nous combattons par nos œuvres la sainte vérité de Dieu, qui ne voit combien il est juste qu'elle nous combatte aussi à son tour et qu'elle s'arme contre nous de toutes ses lumières pour nous confondre, de toute son autorité pour nous condamner, de toute sa puissance pour nous perdre ? Il est juste et très-juste que Dieu éloigne de lui ceux qui le fuient, et qu'il repousse violemment ceux qui le rejettent. (…) « Retirez-vous de moi, maudits ; » et : « Je ne vous connais pas. » Et après que sa vérité aura prononcé de toute sa force cet anathème, cette exécration, cette excommunication éternelle, (…) où iront-ils ces malheureux ennemis de la vérité et exilés de la vie ? où, étant chassés du souverain bien, sinon au souverain mal?

(…) Je tremble en disant ces choses ; et certes quand ce serait un ange du ciel qui dénoncerait aux mortels ces terribles jugements de Dieu, le sentiment de compassion le ferait trembler pour les autres : maintenant que j'ai à craindre pour vous et pour moi, quel doit être mon étonnement, et combien dois-je être saisi de frayeur !

(…) le ciel, et le soleil, et les astres, et les éléments, et les animaux, et enfin toutes les parties de cet univers ont reçu leurs lois particulières, qui ayant toutes leurs secrets rapports avec cette loi éternelle qui réside dans le Créateur, font que tout marche en concours et en unité suivant l'ordre immuable de sa sagesse. S'il est ainsi, chrétiens, que toute la nature ait sa loi, l'homme a dû aussi recevoir la sienne, mais avec cette différence que les autres créatures du monde visible l'ont reçue sans la connaître, au lieu qu'elle a été inspirée à l'homme dans un esprit raisonnable et intelligent, comme dans un globe de lumière dans lequel il la voit briller elle-même avec un éclat encore plus vif que le sien, afin que la voyant il l'aime, et que l'aimant il la suive par un mouvement volontaire.

(…) nous portons en nous-mêmes et la loi de l'équité naturelle, et la loi de la justice chrétienne. La première nous est donnée avec la raison en naissant dans cet ancien monde, selon cette parole de l'Évangile, que a Dieu illumine tout homme venant au monde  ;  et la seconde nous est inspirée avec la foi, qui est la raison des chrétiens, en renaissant dans l'Église qui est le monde nouveau ; et c'est pourquoi le baptême s'appelait dans l'ancienne Église le mystère d'illumination(…) Ces lois ne sont autre chose qu'un extrait fidèle de la vérité primitive, qui réside dans l'esprit de Dieu; et c'est pourquoi nous pouvons dire sans crainte que la vérité est en nous. Mais si nous ne l'avons pas épargnée dans le sein même de Dieu, il ne faut pas s'étonner que nous la combattions en nos consciences. (…)

Car comme nous la touchons de plus près et que nous pouvons pour ainsi dire mettre nos mains dessus, nous pouvons aussi pour notre malheur la mutiler et la corrompre, la falsifier et l'obscurcir(…)

Deux choses sont nécessaires pour nous connaître nous-mêmes et la justice de nos actions : que nous ayons les règles dans leur pureté, et que nous nous regardions dedans comme dans un miroir fidèle. Car en vain le miroir est-il bien placé, en vain sa glace est-elle polie, si vous n'y tournez le visage, il ne sert de rien pour vous reconnaître; non plus que la règle de la vérité, si vous n'en approchez pas pour y contempler tel que vous êtes. C'est ici que nous errons doublement. Car et nous altérons la règle, et nous nous déguisons nos mœurs à nous-mêmes. (…)

(…)il est mal aisé de détruire tout à fait en nous cette règle de vérité, qui est si profondément empreinte en nos âmes; et quelque petit rayon qui nous en demeure, c'est assez pour convaincre nos mauvaises mœurs et notre vie licencieuse. Cette pensée nous chagrine ; mais notre amour-propre s'avance à propos pour nous ôter cette inquiétude : il nous présente un fard agréable, il donne de fausses couleurs à nos intentions, il dore si bien nos vices que nous les prenons pour des vertus. Voilà, chrétiens, les deux manières par lesquelles nous falsifions et l'Évangile et nous-mêmes : nous craignons de le découvrir en sa vérité et de nous voir nous-mêmes tels que nous sommes. Nous ne pouvons nous résoudre à nous accorder avec l'Évangile par une conduite réglée ; nous tâchons de nous approcher en déguisant l'un et l'autre, faisant de l'Évangile un assemblage, monstrueux de vrai et de faux, et de nous-mêmes un personnage de théâtre qui n'a que des actions empruntées et à qui rien ne convient moins que ce qu'il paraît.

S'il appartient à la vérité de régler les hommes et de les juger souverainement, à plus forte raison, chrétiens, elle a droit de les censurer et de les reprendre(…)

(…) « comme on nous enseigne par le précepte ce que nous avons à faire, on nous montre  par les reproches que si nous ne le faisons pas c'est par notre faute. »

(…)quelque front qu'aient les pécheurs, le péché est toujours timide et honteux. C'est pourquoi qui médite un crime, médite pour l'ordinaire une excuse : c'est surprise, c'est fragilité, c'est une rencontre imprévue. Il se cache ainsi à lui-même plus de la moitié de son crime. Dieu lui suscite un censeur charitable, mais rigoureux, qui perçant toutes ses défenses, lui fait sentir que c'est par sa faute ; et lui ôtant tous les vains prétextes, ne lui laisse que son péché avec sa honte. (…)il faut jeter quelquefois au front des pécheurs impudents des vérités toutes sèches, qui les fassent rentrer en eux-mêmes d'étonnement et de surprise; et si les corrections doivent emprunter en plusieurs rencontres une certaine douceur de la charité qui est tendre et compatissante, elles doivent aussi emprunter souvent quelque espèce de rigueur et de dureté de la vérité qui est inflexible.

(…) ils écouteront volontiers une satire publique des mœurs de leur siècle, et cela pour quelle raison? C'est « qu'ils aiment, dit saint Augustin, la lumière de la vérité, mais ils ne peuvent souffrir ses censures : » (…)  « Elle leur plaît quand elle se découvre, parce qu'elle est belle; elle commence à les choquer quand elle les découvre eux-mêmes, » parce qu'ils sont difformes (…)

(…) que les hommes qui ne veulent pas obéir à la vérité souffrent du moins qu'on les reprenne; s'ils la dépossèdent de son trône, du moins qu'ils ne la retiennent pas tout à fait captive ; s'ils la dépouillent avec injustice de l'autorité du commandement, qu'ils lui laissent du moins la liberté de la plainte. Quoi! Veulent-ils encore étouffer sa voix? Veulent-ils qu'on loue leurs péchés, ou du moins qu'on les dissimule, comme si faire bien ou mal c'était une chose indifférente ? Ce n'est pas ainsi, chrétien, que l'Évangile l'ordonne. Il veut que la censure soit exercée et que les pécheurs soient repris, parce que, dit saint Augustin, « s'il y a quelque espérance de salut pour eux, c'est par là que doit commencer leur guérison ; et s'ils sont endurcis et incorrigibles, c'est par là que doit commencer leur supplice. »

Mais ne faut-il pas user de condescendance? N'est-ce pas une doctrine évangélique, qu'il faut s'accommoder à l'infirmité humaine? Il le faut, n'en doutez pas, chrétiens; mais voici l'esprit véritable de la condescendance chrétienne. Elle doit être dans la charité, et non pas dans la vérité. (…) Car pour ce qui est de la vérité et de la doctrine, il n'y a plus à espérer d'accommodement (…)

Mais afin qu'elle se trouve en notre vie, désirons aussi, chrétiens, qu'elle soit en sa pureté dans la bouche et la doctrine de ceux à qui nous en avons donné la conduite, qu'ils nous reprennent pourvu qu'ils nous guérissent, qu'ils nous blessent pourvu qu'ils nous sauvent, qu'ils disent ce qu'il leur plaira pourvu qu'ils disent la vérité.

http://deojuvante.forumactif.org/t1028-evangiles-des-dimanches#13625
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Message  gabrielle le Dim 29 Mar 2015, 7:15 am

Dimanches du Carême (2015) Passio10

LE  DIMANCHE  DES  RAMEAUX,
SUR LA NÉCESSITÉ DES SOUFFRANCES

Bossuet a écrit:Courons par la patience au combat qui nous est proposé, jetant les yeux sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi. Hebr., XII, 1, 2.

C'était la volonté du Père céleste que les lois des chrétiens fussent écrites premièrement en Jésus-Christ. Nous devons être formés selon l'Évangile, mais l'Évangile a été formé sur lui-même. « Il a fait, dit l’Écriture, avant que de parler; » il a pratiqué premièrement ce qu'il a prescrit : si bien que sa parole est bien notre loi; mais la loi primitive, c'est sa sainte vie. Il est notre Maître et notre Docteur, mais il est premièrement notre modèle.

Pour entendre solidement cette vérité fondamentale, il faut remarquer avant toutes choses que le grand mystère du christianisme, c'est qu'un Dieu a voulu ressembler aux hommes, afin d'imposer aux hommes la loi de lui ressembler. Il a voulu nous imiter dans la vérité de notre nature, afin que nous l'imitassions dans la sainteté de ses mœurs ; il a pris notre chair, afin que nous prenions son esprit; enfin nous avons été son modèle dans le mystère de l'incarnation, afin qu'il soit le nôtre dans toute la suite de sa vie. Voilà un grand jour qui se découvre pour établir la vérité que je prêche, qui est la nécessité des souffrances (…)

Que dans le mystère de l'incarnation le Fils de Dieu nous ait regardés comme son modèle, je l'ai appris de saint Paul dans la divine Épitre aux Hébreux. « Il a dû, dit cet Apôtre des Gentils, se rendre en tout semblable à ses frères : »

Vous voyez donc manifestement que le Fils de Dieu, en venant au monde, a voulu nous regarder comme son modèle dans sa bienheureuse incarnation. Mais pourquoi cela, chrétiens, si ce n'est pour être à son tour notre original et notre exemplaire? Car comme il est naturel aux hommes de recevoir quelque impression de ce qu'ils voient, ayant trouvé parmi nous un Dieu qui a voulu nous être semblable, nous devons désormais être convaincus que nous n'avons plus à choisir un autre modèle. « Il n'a pas pris les anges, mais il a pris la postérité d'Abraham  » pour plusieurs raisons, je le sais; mais celle-ci n'est pas la moins importante : « Il n'a pas pris les anges, » parce qu'il n'a pas voulu donner un modèle aux anges; « il a pris la postérité d'Abraham, » parce qu'il a voulu servir d'exemplaire à la race de ce patriarche, « non à sa race selon la chair, mais à la race spirituelle qui devait suivre les vestiges de sa foi  » comme dit le même Apôtre en un autre lieu; c'est-à-dire, si nous l'entendons, aux enfants de la nouvelle alliance.

Par conséquent, chrétiens, nous avons en Jésus-Christ une loi vivante et une règle animée. Celui-là ne veut pas être chrétien, qui ne veut pas vivre comme Jésus-Christ. C'est pourquoi toute l'Écriture nous prêche que sa vie et ses actions sont notre exemple, jusque-là qu'il ne nous est permis d'imiter les saints  qu'autant qu'ils ont imité Jésus-Christ; et jamais saint Paul n'aurait osé dire avec cette liberté apostolique : « Soyez mes imitateurs, » s'il n'avait en même temps ajouté : « Comme je le suis de Jésus-Christ.

Et ne vous persuadez pas que je vous propose  en ce lieu une entreprise impossible. Car dans un original de peinture, on considère deux choses, la perfection et les traits. La copie, pour être fidèle, doit imiter tous les traits, mais il ne faut pas espérer qu'elle en égale la perfection. Ainsi je ne vous dis pas que vous puissiez atteindre jamais à la perfection de Jésus; il y a un degré suprême qui est toujours réservé à la dignité d'exemplaire; mais je dis que vous le devez copier dans les mêmes traits, que vous devez pratiquer les mêmes choses. Et en voici la raison dans la conséquence des mêmes principes : c'est que nous devons suivre, autant qu'il se peut, en ressemblant au Sauveur, la règle qu'il a suivie en nous ressemblant. Il s'est rendu en tout semblable à ses frères, et ses frères doivent en tout lui être semblables. « A l'exception du péché, il a pris, dit l’Apôtre, toutes nos faiblesses; » nous devons prendre par conséquent toutes ses vertus; il s'est revêtu en vérité de l'intégrité de notre chair; et nous devons nous revêtir en vérité, autant qu'il est permis à des hommes, de la plénitude de son esprit, « parce que, comme dit l'Apôtre, celui qui n'a pas l'esprit de Jésus-Christ, il n'est pas des siens : »  

Il reste maintenant que nous méditions quel est cet esprit de Jésus; mais si peu que nous consultions l'Écriture sainte, nous remarquerons aisément que l'esprit du Sauveur Jésus est un esprit vigoureux, qui se nourrit de douleurs et qui fait ses délices des afflictions. C'est pourquoi il est appelé par le saint prophète : « Homme de douleurs et qui sait ce que c'est que l'infirmité : » Ne diriez-vous pas, chrétiens, que cette sagesse éternelle s'est réduite, en venant au monde, à ne savoir plus que les afflictions? Il parle, si je ne me trompe, de cette science que l'École appelle expérimentale; et il veut dire, si nous l'entendons, que parmi tant d'objets divers  qui s'offrent de toutes parts à nos sens, Jésus-Christ n'a rien goûté de ce qui est doux; il n'a voulu savoir par expérience que ce qui était amer et fâcheux, les douleurs et les peines ; et c'est pour cette raison qu'il n'y a aucune partie de lui-même qui n'ait éprouvé la rigueur de quelque supplice exquis, parce qu'il voulait profiter dans cette terrible science qu'il était venu apprendre en ce monde, je veux dire la science des infirmités .

Et certainement il est tellement véritable qu'il n'est né que pour endurer, et que c'est là tout son emploi, tout son exercice, qu'aussitôt qu'il voit arriver la fin de ses maux, il ne veut plus après cela prolonger sa vie. Je n'avance pas ceci sans raison, et il est aisé de nous en convaincre par une circonstance considérable que saint Jean a remarquée dans sa mort comme témoin oculaire. Cet Homme de souffrances étant à la croix tout épuisé, tout mourant, considère qu'il a enduré tout ce qui était prédit par les prophéties, à la réserve du breuvage amer qui lui était promis dans sa soif. Il le demande avec un grand cri, ne voulant pas laisser perdre  une seule goutte du calice de sa passion : «  Sitio ». Et après cette aigreur et cette amertume dont ce Juif impitoyable  arrosa sa langue, après ce dernier outrage dont la haine insatiable de ses ennemis voulut encore le persécuter  dans son agonie, voyant dans les décrets éternels qu'il n'y a plus rien à souffrir : C'en est fait, dit-il, « tout est consommé  » ; je n'ai plus rien à faire en ce monde. Allez, Homme de douleurs et qui êtes venu apprendre nos infirmités, il n'y a plus de souffrances dont vous ayez désormais à faire l'épreuve ; votre science est consommée, vous avez rempli jusqu'au comble toute la mesure, vous avez fourni toute la carrière des peines; mourez maintenant quand il vous plaira, il est temps de terminer votre vie. Et en effet, aussitôt « il rendit son âme : » Et inclinato capite tradidit spiritum , mesurant la durée de sa vie  mortelle à celle de ses souffrances.

à suivre en la Semaine Sainte.
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Message  gabrielle le Lun 30 Mar 2015, 8:09 am

Bossuet a écrit:Vous êtes attendris ; mais ajoutons encore comme un dernier trait, pour vous faire connaître toute l'étendue de l'ardeur qu'il a de souffrir, c'est qu'il a voulu endurer beaucoup plus que ne demandait la rédemption de notre nature, et en voici la raison. S'il s'était réduit à souffrir ce que la nécessité d'expier nos crimes exigeait de sa patience, il ne nous aurait pas donné l'idée tout entière de l'estime qu'il fait des afflictions, et nous aurions pu soupçonner qu'il les aurait regardées plutôt comme un mal nécessaire que comme un bien désirable. C'est pourquoi il ne lui suffit pas de mourir pour nous et de payer à son Père par ce sacrifice ce qu'exigeait sa juste vengeance de la victime publique de tous les pécheurs. Non content d'acquitter ses dettes, il songe aussi à ses délices qui sont les souffrances; et comme dit admirablement ce célèbre poète de Carthage, «il veut se rassasier, avant que de mourir, par le plaisir d'endurer : » Ne diriez-vous pas que selon le sentiment de ce grand homme toute la vie du Sauveur était un festin dont tous les mets étaient des tourments ; festin étrange selon le siècle, mais que Jésus a trouvé digne de son goût. Sa mort suffisait pour notre salut; mais sa mort ne suffisait pas à cette avidité de douleurs, à cet appétit de souffrances : il a fallu y joindre les fouets, et cette sanglante couronne qui perce sa tête, et ce cruel appareil de supplices presque inconnus; peines nouvelles et inouïes, afin, dit Tertullien, qu'il mourût rassasié pleinement de la volupté de souffrir  Eh bien la loi des souffrances vous semble-t-elle écrite sur notre modèle en des caractères assez visibles?

Jetez, jetez les yeux sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi, durant ces jours salutaires consacrés à la mémoire de sa passion ; regardez-le parmi ses souffrances. Chrétiens, c'est de ses blessures que vous êtes nés ; il vous a enfantés à la vie nouvelle parmi ses douleurs immenses ; et la grâce qui vous sanctifie, et l'esprit qui vous régénère, est coulé sur vous avec son sang de ses veines cruellement déchirées. Enfants de sang, enfants de douleur, quoi ! vous pensez vous sauver parmi les délices ! On se fait un certain fait de délicatesse; on en affecte même plus qu'on n'en ressent; c'est un air de qualité de se distinguer du vulgaire par un soin scrupuleux d'éviter les moindres incommodités : cela marque qu'on est nourri dans un esprit de grandeur. O corruption des mœurs chrétiennes ! Quoi ! est-ce que vous prétendez au salut sans porter imprimé sur vous le caractère du Sauveur?

N'entendez-vous pas l'apôtre saint Pierre qui vous dit « qu'il a tant souffert, afin que vous suiviez son exemple et que vous marchiez sur ses pas ? » N'entendez-vous pas saint Paul qui vous prêche « qu'il faut être configuré à sa mort, afin de participer à sa résurrection glorieuse ? » Mais n'entendez-vous pas Jésus-Christ lui-même qui vous dit que pour marcher sous ses étendards, il faut se résoudre à porter sa croix, comme lui-même a porté la sienne? Et en voici la raison, qui nous doit convaincre, si nous sommes entrés comme il faut en société avec Jésus-Christ. Ne voyez-vous pas, chrétiens, que l'ardeur qu'il a de souffrir n'est pas satisfaite, s'il ne souffre dans tout son corps et dans tous ses membres? Or c'est nous qui sommes son corps et ses membres : « Nous sommes la chair de sa chair, et les os de ses os  » comme dit l'Apôtre ; et c'est pourquoi le même saint Paul ne craint point de dire qu'il manque quelque chose de considérable à la passion de Jésus-Christ , s'il ne souffre dans tous les membres de son corps mystique, comme il a voulu endurer dans toutes les parties du corps naturel.

Entendons un si grand mystère; entrons profondément dans cette pensée. Jésus-Christ souffrant nous porte en lui-même ; nous sommes, si je l'ose dire, plus son corps que son propre corps, plus ses membres que ses propres membres; quiconque a l'esprit de la charité et de la communication chrétienne, entend bien ce que je veux dire. Ce qui se fait en son divin corps, c'est la figure réelle de ce qui se doit accomplir en nous. Ah ! regardez le corps de Jésus; «depuis la plante des pieds jusqu'à la tête, il n'y a rien en lui de sain ni d'entier  » tout est meurtri, tout est déchiré, tout est couvert de marques sanglantes. Mais avant même que les bourreaux aient mis sur lui leurs mains sacrilèges, voyez dans le jardin des Olives le sang qui se déborde par tous ses pores et coule à terre à grosses gouttes ; toutes les parties de son corps sont teintes de cette sueur mystérieuse ; et cela veut dire que l'Église qui est son corps, que les fidèles qui sont ses membres, doivent de toutes parts dégoutter de sang et porter imprimé sur eux le caractère de sa croix et de ses souffrances.
Eh quoi donc! pour donner du sang à Jésus, faudra-t-il ressusciter les Nérons, les Domitiens et les autres persécuteurs du nom chrétien?

Faudra-t-il renouveler ces édits cruels par lesquels les chrétiens étaient immolés à la vengeance publique ? Non, mes frères; à Dieu ne plaise que le monde soit si ennemi de la vérité, que de la persécuter par tant de supplices ! Lorsque nous souffrons humblement les afflictions que Dieu nous envoie, c'est du sang que nous donnons au Sauveur, et notre résignation tient lieu de martyre. Ainsi sans ramener les roues et les chevalets sur lesquels on étendait nos ancêtres, il ne faut pas craindre que la matière  manque jamais à la patience; la nature a assez d'infirmités. Lorsque Dieu nous exerce par des maladies ou par quelque affliction d'une autre nature, notre patience tient lieu de martyre. S'il met la main sur notre famille, en nous ôtant nos parents, nos proches, enfin ce qui nous est cher par quelque autre titre de piété; si nous lui offrons avec soumission un cœur blessé et ensanglanté par la perte qu'il a faite de ce qu'il aimait justement, c'est du sang que nous donnons au Sauveur. Et puisque nous voyons dans les saintes Lettres que l'amour des biens corruptibles est appelé tant de fois la chair et le sang, lorsque nous retranchons cet amour qui ne peut être arraché que de vive force, c'est du sang que nous lui donnons.

Les médecins disent, si je ne me trompe, que les larmes et les sueurs naissent de la même matière dont le sang se forme ; je ne recherche pas curieusement si cette opinion est véritable ; mais je sais que devant le Seigneur Jésus, et les larmes et les sueurs tiennent lieu de sang. J'entends par les sueurs, chrétiens, les travaux que nous subissons pour l'amour de lui, non avec une nonchalance molle et paresseuse, mais avec un courage ferme et une noble contention. Travaillons donc pour sa gloire(…)  Mais sans sortir de nous-mêmes, quel sang est plus agréable au Sauveur Jésus que celui de la pénitence? Ce sang que le regret de nos crimes tire du cœur par les yeux, je veux dire le sang des larmes amères, qui est nommé si élégamment par saint Augustin  «le sang de nos âmes, » lorsque nous le versons devant Dieu en pleurant sincèrement nos ingratitudes, n'est-ce pas du sang que nous lui donnons?

Mais pourquoi vous marquer avec tant de soin les occasions de souffrir, qui viennent assez d'elles-mêmes ? Non, mes frères, sans ressusciter les tyrans, la matière ne manquera jamais à la patience : la nature a assez d'infirmités, les affaires assez d'embarras, le monde assez d'injustices, sa faveur assez d'inconstance; il y a assez de bizarreries dans le jugement des hommes, et assez d'inégalité dans leur humeur contrariante : si bien que ce n'est pas seulement l'Évangile, mais encore le monde et la nature qui nous imposent la loi des souffrances. Il n'y a plus qu'à nous appliquer à en tirer tout le fruit qui se doit attendre d'un chrétien; et c'est ce qu'il faut vous montrer dans la seconde partie.

à suivre
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Message  gabrielle le Mar 31 Mar 2015, 7:42 am

Bossuet a écrit:Lorsque nous verrons, chrétiens, Jésus-Christ sortir du tombeau, couronné d'honneur et de gloire, la lumière d'immortalité qui rejaillira  de ses plaies et de là se répandra sur son divin corps, nous fera sensiblement reconnaître les merveilleux avantages que produit le bon usage des afflictions. Toutefois Jésus ne veut point attendre ce jour pour nous apprendre cette vérité par expérience ; et sans sortir de sa croix, il entreprend de nous montrer  par un grand exemple quelles sont les consolations de ceux qui souffrent avec patience. Mais comme cet exemple de consolation ne peut nous être donné en sa personne sacrée, qui doit être au contraire jusqu'à la mort l'exemple d'un entier abandonnement, ce que l'ordre de ses mystères ne lui permet pas de nous montrer encore en lui-même, il nous le découvre dans ce voleur pénitent auquel il inspire parmi les souffrances des sentiments d'une piété toute chrétienne, qu'il couronne aussitôt de sa propre bouche par la promesse d'une récompense éternelle (…) Je ne m'étendrai pas, chrétiens, à vous prouver par un long discours que Dieu aime d'un amour particulier les âmes souffrantes. Pour ignorer cette vérité, il faudrait n'avoir aucune connaissances des principes du christianisme : mais afin qu'elle vous profite en vos consciences, je tâcherai de vous faire entendre par les Écritures divines les causes de cet amour ; et la première qui se présente à ma vue, c'est la contrition d'un cœur pénitent.

Il est certain, âmes saintes, qu'un cœur contrit et humilié dans le souvenir de ses fautes, est un grand sacrifice à Dieu et une oblation de bonne odeur plus douce que tous les parfums. Mais ce sacrifice d'humiliation ne s'offre jamais mieux que dans les souffrances. Car nous voyons par expérience qu'une âme dure et impénitente, qui durant ses prospérités n'a peut-être jamais pensé à ses crimes, commence ordinairement à les confesser  au milieu des afflictions. Et la raison en est évidente : c'est qu'il y a dans le fond de nos consciences un certain sentiment secret de la justice divine, qui nous fait connaître manifestement, dans une lumière intérieure qui nous éclaire, que sous un Dieu si bon que le nôtre l'innocence n'a rien à craindre ; et qu'il lui est si naturel d'être bienfaisant à ses créatures, qu'il ne ferait jamais de mal à personne, s'il n'y était forcé par les crimes. De sorte que le pécheur obstiné, lequel ébloui des faveurs du monde, ne pense plus à ses crimes, et parce qu'il n'y pense plus, s'imagine aussi que Dieu les oublie; en même temps qu'il se sent frappé, il réveille en sa conscience ce sentiment endormi de la justice divine; et touché de la crainte de ses jugements, il confesse avec amertume les désordres de sa vie passée.

C'est ce que fait à la croix notre voleur converti. Il entend son compagnon qui blasphème, et il s'étonne avec raison que la vengeance présente ne l'ait pas encore abaissé sous la justice divine  « Quoi ! dit il, étant condamné, la rigueur du tourment ne t'a pas encore appris à craindre Dieu ! »Voyez comme son supplice ramène à son esprit la crainte de Dieu et la vue de ses jugements. C'est ce qui lui fait humblement confesser ses crimes : « Pour nous, continue ce saint patient, si nous sommes punis rigoureusement, nos crimes l'ont bien mérité : » Voyez comme il s'humilie, comme il baise la main qui le frappe, comme il reconnaît et comme il adore la justice qui le châtie. C’est là l'unique moyen de la changer en miséricorde. Car notre Dieu, chrétiens, qui ne se réjouit pas de la perdition des vivants, mais qui repasse sans cesse en son cœur les moyens  de les convertir et de les réduire, ne nous frappe durant cette vie, qu'afin de nous abaisser sous sa main puissante par l'humiliation de la pénitence ; et il est bien aise de voir que le respect que nous lui rendons sous les premiers coups, l'empêche d'étendre son bras à la dernière vengeance. Éveillons-nous donc, mes chers frères, dès les premières atteintes de la justice divine ; prosternons-nous devant Dieu, et crions de tout notre cœur : O Dieu, nous le méritons, et vous nous frappez justement .
Mais passons encore plus loin : jetons les yeux sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi ; imitons notre heureux voleur, qui s'étant considéré comme criminel, tourne ensuite un pieux regard sur l'innocent qui souffre avec lui : « Et celui-ci, dit-il, qu'a-t-il fait ? » Cette pensée adoucit ses maux. Car pendant que le juste endure, le coupable se doit-il plaindre ?

C'est, mes frères, de ces deux objets que nous devons nous occuper parmi les douleurs, j'entends Jésus-Christ et nous-mêmes, notre crime et son innocence. Il a souffert comme nous souffrons; mais il s'est soumis à souffrir par un sentiment de miséricorde, au lieu que nous y sommes obligés par une loi indispensable de la justice. Pécheurs, souffrons pour l'amour du juste, pour l'amour de la miséricorde infinie qui nous sauve, qui expose son innocence à tant de rigueurs; souffrons les corrections salutaires de la justice qui nous châtie, qui nous ménage et qui nous épargne. O le sacrifice agréable ! ô l'hostie de bonne senteur !  ces sentiments forceront le ciel, et les portes du paradis nous seront ouvertes.

Mais, mes frères, les afflictions ne nous servent pas seulement pour nous faire connaître nos crimes ; elles sont un feu spirituel où la vertu chrétienne est mise à l'épreuve, où elle est rendue digne des yeux de Dieu même et de la perfection du siècle futur. Que la vertu doive être éprouvée comme l'or dans la fournaise, c'est une vérité connue et très-souvent répétée dans les saintes Lettres; mais afin d'en entendre toute l'étendue, il faut ici observer que le feu opère deux choses à l'égard de l'or : il l'éprouve et le fait connaître ; s'il est véritable, il le purifie et le raffine ; et c'est ce que font bien mieux les afflictions à l'égard de la vertu chrétienne. Je ne craindrai point de le dire : jusqu'à ce que la vertu se soit éprouvée dans l'exercice des afflictions, elle n'est jamais assurée. Car comme on ne connaît point un soldat jusqu'à ce qu'il ait été à la guerre ; ainsi la vertu chrétienne n'étant pas pour la montre ni pour l'apparence, mais pour l'usage et pour le combat, tant qu'elle n'a pas combattu, elle ne se connaît pas elle-même. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul ne lui permet pas d'espérer, jusqu'à ce qu'elle ait passé par l'épreuve : « La patience produit l'épreuve, et l'épreuve, dit-il, produit l’espérance. » Et voici la raison solide de cette sentence apostolique, c'est que la vertu véritable attend tout de Dieu; mais elle ne peut rien attendre de Dieu, jusqu'à ce qu'elle soit telle qu'il la juge digne de lui. Or elle ne peut jamais reconnaître si elle est digne de Dieu, si ce n'est par l'épreuve que Dieu nous propose. Cette épreuve, ce sont les souffrances. Par conséquent, chrétiens, jusqu'à ce qu'elle soit éprouvée par l'affliction, son espérance est toujours douteuse ; et son fondement le plus ferme, aussi bien que son espérance la plus assurée, c'est l'exercice des afflictions. Que peut espérer un soldat que son capitaine ne daigne éprouver ? Mais au contraire, quand il l'exerce dans des entreprises laborieuses, il lui donne sujet de prétendre. O piété délicate, qui n'a jamais goûté les afflictions, piété nourrie à l'ombre et dans le repos, je t'entends discourir de la vie future ; tu prétends à la couronne d'immortalité, mais tu ne dois pas renverser l'ordre de l'Apôtre : « La patience produit l'épreuve, et l'épreuve produit l'espérance. » Si donc tu espères la gloire de Dieu, viens que je te mette à l'épreuve que Dieu a proposée à ses serviteurs. Voici une tempête qui s'élève, voici une perte de biens, une insulte, une contrariété, une maladie : quoi! tu te laisses aller au murmure, pauvre piété déconcertée ! tu ne peux plus te soutenir, piété sans force et sans fondement ! Va, tu n'as jamais mérité le nom d'une piété chrétienne ; tu n'en étais qu'un vain simulacre ; tu n'étais qu'un faux or qui brille au soleil, mais qui ne dure pas dans le feu, mais qui s'évanouit dans le creuset. Tu n'es propre qu'à tromper les hommes par une vaine apparence, mais tu n'es pas digne de Dieu ni de la pureté du siècle futur.

à suivre
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Message  ROBERT. le Mar 31 Mar 2015, 12:57 pm

Bossuet a écrit: ..le pécheur obstiné, lequel ébloui des faveurs du monde, ne pense plus à ses crimes, et parce qu'il n'y pense plus, s'imagine aussi que Dieu les oublie...
http://messe.forumactif.org/t6365-dimanches-du-careme-2015#115785    (2e paragraphe)

Dieu est toujours en acte. Seulement notre obstination nous fait croire qu'Il oublie.
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Message  gabrielle le Mer 01 Avr 2015, 7:24 am

Bossuet a écrit:La véritable vertu chrétienne non-seulement se conserve, mais encore se raffine et se purifie dans le feu des afflictions ; et si nous nous savons connaître nous-mêmes, nous comprendrons aisément combien elle a besoin d'y être épurée. Nous nous plaignons ordinairement pourquoi on nous ôte cet ami intime, pourquoi ce fils, pourquoi cet époux qui faisait toute la douceur de notre vie : quel mal faisions-nous en les aimant, puisque cette amitié est si légitime? Je ne veux point entendre ces plaintes dans la bouche d'un chrétien, parce qu'un chrétien ne peut ignorer combien la chair et le sang se mêlent dans les affections les plus légitimes, combien les intérêts temporels, combien d'inclinations différentes qui naissent en nous de l'amour du monde. Et toutes ces inclinations corrompent la pureté de notre or, je veux dire la perfection de notre vertu, par un indigne mélange. Si tu savais, ô cœur humain ! combien le monde te prend aisément, avec quelle facilité tu t'y engages ; que tu louerais la main charitable qui vient rompre violemment tes liens, en te troublant dans l'usage des biens de la terre ! Il se fait en nous, en les possédant, certains nœuds secrets, certains lacets invisibles, qui engagent même un cœur vertueux insensiblement dans quelque amour déréglé des choses présentes, et cet engagement est plus dangereux en ce qu'il est ordinairement plus imperceptible. Si la vertu s'y conserve, elle perd quasi toute sa beauté par le mélange de cet alliage ; il est temps de la mettre au feu, afin qu'il en fasse la séparation. Et cela de quelle manière? « C'est qu'il faut, dit saint Augustin, que cet homme apprenne, en perdant ces biens, combien il péchait en les aimant. » Qu'on lui dise que cette maison est brûlée, et cette somme perdue sans ressource par une banqueroute imprévue, aussitôt le cœur saignera, la douleur de la plaie lui fera sentir par combien de fibres secrètes ces richesses tenaient au fond de son âme, et combien il s'écartait de la droite voie par cet engagement vicieux(…)  D'ailleurs il connaîtra mieux par expérience la fragilité des biens de la terre, dont il ne se voulait laisser convaincre par aucuns discours. Dans ce débris des biens périssables, il s'attachera plus fortement aux biens éternels, qu'il commençait peut-être à trop oublier.

Que si la vertu chrétienne se dégage et se purifie parmi les souffrances, par conséquent, âmes fidèles, Dieu qui aime sur toutes choses la simplicité et la réunion parfaite de tous nos désirs en lui seul, n'aura rien de plus agréable que la vertu ainsi éprouvée. Mais afin de le connaître par expérience, jetez les yeux sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi ; voyez comme il traite cet heureux voleur dont je vous ai déjà proposé l'exemple. Mais plutôt voyez avant toutes choses à quel degré de perfection sa vertu se trouve élevée par le bon usage qu'il fait de ce moment de souffrances : quoiqu'il n'ait commencé sa conversion qu'à l'extrémité de sa vie, une grâce extraordinaire nous fait voir en lui un modèle accompli de patience et de vertu consommée. Vous lui avez déjà vu confesser et adorer la justice qui le frappe, produire enfin tous les actes d'une pénitence parfaite ; écoutez la suite de son histoire ; ce n'est plus un pénitent qui vous va parler, c'est un saint d'une piété et d'une foi consommée. Non content d'avoir reconnu l'innocence de Jésus-Christ contre lequel il voit tout le monde élevé avec tant de rage, il se tourne à lui, chrétiens, et il lui adresse ses vœux : Seigneur, souviens-toi de moi, quand tu reviendras dans l’éclat de  ton règne. Je triomphe de joie, mes frères ; mon cœur est rempli de ravissement, quand je vois la foi de cet homme.

Un mourant voit Jésus mourant, et il lui demande la vie. Un crucifié voit Jésus crucifié, et il lui parle de son royaume. Ses yeux n'aperçoivent que des croix, et sa foi ne lui représente qu'un trône. Quelle foi et quelle espérance ! Lorsque nous mourons, chrétiens, nous savons que Jésus-Christ est vivant; et notre foi chancelante a peine de s'y confier. Celui-ci voit mourir Jésus avec lui, et il met en lui son espérance : mais encore en quel temps et dans quelle rencontre de choses? Dans le temps que tout le monde condamne Jésus, et que même les siens l'abandonnent, lui seul est réservé, dit saint Augustin, pour le glorifier à la croix : « Sa foi a commencé de fleurir, quand la foi même des apôtres a été flétrie  »

à suivre
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Message  ROBERT. le Mer 01 Avr 2015, 10:24 am

Bossuet a écrit:Seigneur, souviens-toi de moi, quand tu reviendras dans l’éclat de  ton règne. Je triomphe de joie, mes frères ; mon cœur est rempli de ravissement, quand je vois la foi de cet homme.

Un mourant voit Jésus mourant, et il lui demande la vie. Un crucifié voit Jésus crucifié, et il lui parle de son royaume. Ses yeux n'aperçoivent que des croix, et sa foi ne lui représente qu'un trône. Quelle foi et quelle espérance !
 
(...) Dans le temps que tout le monde condamne Jésus, et que même les siens l'abandonnent, lui seul est réservé, dit saint Augustin, pour le glorifier à la croix : « Sa foi a commencé de fleurir, quand la foi même des apôtres a été flétrie  »
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Message  gabrielle le Jeu 02 Avr 2015, 7:45 am

Bossuet a écrit:Les disciples ont délaissé Celui qu'ils savaient être l'auteur de la vie, et celui-ci reconnaît pour maître le compagnon de sa mort et de son supplice, «digne certainement, dit saint Augustin, de tenir un grand rang parmi les martyrs, puisqu'il reste presque seul auprès de Jésus à faire l'office de ceux qui devaient être les chefs de cette armée triomphante. » Vous vous étonnez, chrétiens, de le voir tout d'un coup élevé si haut : mais c'est que dans l'usage des afflictions la foi et la piété font de grands progrès, quand elles se savent servir de cet avantage incroyable de souffrir avec Jésus-Christ. C'est ce qui avance en un moment notre heureux larron à une perfection si éminente ; et c'est ce qui lui attire aussi de la bouche du Fils de Dieu des paroles si pleines de consolation :En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec dans la paradis. Aujourd'hui, quelle promptitude ! avec moi, quelle compagnie ! dans le paradis, quel repos ! Que je finirais volontiers sur cette aimable promesse et sur cet exemple admirable d'humilité et de patience en ce saint voleur, de bonté et de miséricorde dans le Fils de Dieu! Mais il y a des âmes de fer que les douceurs de la piété n'attendrissent pas; et il faut, pour les émouvoir, leur proposer le terrible exemple de la vengeance exercée sur celui qui souffre la croix avec un cœur endurci et impénitent. C'est par où je m'en vais conclure.

Il est assuré, chrétiens, et peut-être vous vous souviendrez que je l'ai déjà prêché dans cette chaire, que la prospérité des impies et cette paix qui les enfle et qui les enivre jusqu'à leur faire oublier la mort, est un commencement de vengeance, par laquelle Dieu les livrant à leurs passions brutales et désordonnées, leur laisse « amasser un trésor de haine, comme parle le saint Apôtre, en ce jour d'indignation et de fureur implacable. » Mais si nous voyons dans les saintes Lettres que Dieu sait, quand il lui plaît, punir les impies par une félicité apparente, cette même Écriture, qui ne ment jamais, nous enseigne qu'il ne les punit pas toujours en cette manière, et qu'il leur fait sentir quelquefois la pesanteur de son bras par des événements sanglants et tragiques. Cet endurci Pharaon, cette prostituée Jézabel, ce maudit meurtrier Achab, et sans sortir de notre sujet, ce larron impénitent et blasphémateur, rendent témoignage à ce que je dis et nous font bien voir, chrétiens, que la croix qui nous est, si nous le voulons, un gage assuré de miséricorde, peut être tournée par notre malice en un instrument de vengeance : tant il est vrai, dit saint Augustin  « qu'il faut considérer, non ce que l'on souffre, mais dans quel esprit on le souffre; » et que les afflictions que Dieu nous envoie  peuvent aisément changer de nature, selon l'esprit dont on les reçoit.

Les hommes endurcis et impénitents qui souffrent sans se convertir commencent leur enfer dès cette vie, et ils sont une vive image des horreurs de la damnation. Chrétiens, si vous voulez voir quelque affreuse représentation de ces gouffres où gémissent les esprits dévoyés, n'allez pas rechercher, n'allez pas rappeler les images ni des fournaises ardentes , ni de ces monts ensoufrés qui nourrissent dans leurs entrailles des feux immortels , qui vomissent des tourbillons d'une flamme obscure et ténébreuse, et que Tertullien appelle élégamment pour cette raison « les cheminées de l'enfer : » Voulez- vous voir aujourd'hui une vive peinture de l'enfer et un tableau animé d'une âme condamnée, voyez un homme qui souffre et qui ne songe point à se convertir.

En effet le caractère propre de l'enfer, ce n'est pas seulement la peine, mais la peine sans la pénitence. Car je remarque deux sortes de feux dans les Écritures divines : « Il y a un feu qui purge et un feu qui consume et qui dévore  » Ce dernier est appelé dans l'Évangile « un feu qui ne s'éteint pas, » pour le distinguer de ce feu qui s'allume pour nous épurer, et qui ne manque jamais de s'éteindre quand il a fait cet office. La peine accompagnée de la pénitence, c'est un feu qui nous purifie ; la peine sans la pénitence, c'est un feu qui nous dévore et qui nous consume, et tel est proprement le feu de l'enfer. C'est pourquoi nous concluons selon ces principes que les flammes du purgatoire purifient les âmes, parce qu'où la peine est jointe à la pénitence, les flammes sont purgatives ou purifiantes ; et au contraire que le feu d'enfer ne fait que dévorer les âmes, parce qu'au lieu de la componction de la pénitence, il ne produit que de la fureur et du désespoir.

Par conséquent concluons qu'il n'y a rien sur la terre qui doive nous donner plus d'horreur que des hommes frappés de la main de Dieu et impénitents tout ensemble. Non, il n'y a rien de plus horrible, puisqu'ils portent déjà sur eux le caractère essentiel de la damnation. Tels sont ceux dont David parlait comme d'un prodige, que Dieu avait dissipés, et qui n'étaient pas touchés de componction ; serviteurs vraiment rebelles et opiniâtres, qui se révoltent sous la verge, frappés et non corrigés, abattus et non humiliés, châtiés et non convertis. Tel était le déloyal Pharaon, qui s'endurcissait tous les jours sous les coups incessamment redoublés de la vengeance divine. Tels sont ceux dont il est écrit dans l’Apocalypse  que Dieu les ayant frappés d'une plaie horrible, de rage ils mordaient leurs langues, et blasphémaient le Dieu du ciel, et ne faisaient point pénitence. Tels hommes ne sont-ils pas comme des damnés, qui commencent leur enfer à la vue du monde pour nous effrayer par leur exemple, et que la croix précipite à la damnation avec ce larron endurci? On leur arrache les biens de cette vie; ils se privent de ceux de la vie future : si bien qu'étant frustrés de toutes parts, pleins de rage et de désespoir et ne sachant à qui s'en prendre, ils élèvent contre Dieu leur langue insolente par leurs murmures et par leurs blasphèmes; « et il semble, dit Salvien, que leurs crimes se multipliant avec leurs supplices, la peine même de leurs péchés soit la mère de nouveaux désordres : »

Apprenez donc, ô pécheurs, qu'il ne suffit pas d'endurer beaucoup, et qu'encore que selon la règle ordinaire ceux qui souffrent en cette vie aient raison d'espérer du repos en l'autre, par la dureté de nos cœurs cette règle n'est pas toujours véritable. Plusieurs sont à la croix, qui sont bien éloignés du crucifié; la croix dans les uns est une grâce, la croix dans les autres est une vengeance. De deux hommes mis en croix avec Jésus-Christ, l'un y a trouvé la miséricorde, l'autre les rigueurs de la justice; l'un y a opéré son salut, l'autre y a commencé sa damnation ; la croix a élevé jusqu'au paradis la patience de l'un, et a précipité jusqu'à l'enfer l'impénitence de l'autre. Tremblez donc parmi vos souffrances qu'au lieu d'éprouver maintenant un feu qui vous purge dans le temps, vous n'allumiez par votre faute un feu qui vous dévore dans l'éternité.

Et vous, ô enfants de Dieu, quelque fléau qui tombe sur vous, ne croyez jamais que Dieu vous oublie; et ne vous persuadez pas que vous soyez confondus avec les méchants, quoique vous soyez mêlés avec eux, désolés par les mêmes guerres, emportés par les mêmes pestes, affligés des mêmes disgrâces, battus enfin des mêmes tempêtes. « Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui  » et il sait bien démêler les siens de cette confusion générale. Le même feu fait reluire l'or et fumer la paille : «Le même mouvement, dit saint Augustin, fait exhaler la puanteur de la boue et la bonne odeur des parfums ; » et le vin n'est pas confondu avec le marc, quoiqu'ils portent tous deux le poids du même pressoir. Ainsi les mêmes afflictions qui désolent, consument les méchants, purifient les justes ; et quoi que l'on vous reproche, vous ne serez jamais confondus, pourvu que vous ayez le courage de vous discerner.

Quand un malade demande à boire, chacun se presse pour le servir; lui seul s'imagine que le temps est long. «Aujourd'hui, » dit le Fils de Dieu. Ne crains pas, ce sera bientôt. Cette vie passera bien vite; elle s'écoulera comme un jour d'hiver, où le matin et le soir se touchent de près; ce n'est qu'un jour, ce n'est qu'un moment, que l'ennui et l'infirmité fait paraître long. Quand il sera écoulé, vous verrez alors combien il est court. O quand vous serez dans la vie future ! — Mais je gémis dans la vie présente, et je suis accablé de maux. — Eh bien, abandonnez-vous à l'impatience : en serez-vous bien plus soulagé, quand vous aurez ajouté le mal du chagrin et peut-être celui du murmure aux autres qui vous tourmentent? Profitez du moins de votre misère, de peur que vous ne soyez du nombre de ceux auxquels saint Augustin à dit ce beau mot : « Vous perdez l'utilité de vos souffrances : » « Vous perdez l'utilité de votre misère, vous êtes devenus misérables, et vous êtes demeurés méchants. »

Fin
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Message  Roger Boivin le Jeu 02 Avr 2015, 10:47 am




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