Dimanche de la Quinquagésime (2015)

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Dimanche de la Quinquagésime (2015)

Message  gabrielle le Dim 15 Fév 2015, 7:16 am

LE DIMANCHE DE LA QUINQUAGÉSIME.

Père Louis de Grenade a écrit:Il est du devoir de tout bon général, mes frères, d'armer et de  former ses soldats avant la bataille. La vie humaine étant un combat véritable, au témoignage des saintes Lettres, qui lui donnent tantôt ce nom, tantôt le nom d'épreuve, à cause des nombreux dangers par lesquels elle est traversée; un des principaux devoirs  de la sagesse chrétienne est de munir nos cœurs d’enseignements, qui nous permettent de repousser les maux dont nous sommes  entourés de toutes parts.

Un des moyens les plus efficaces en cette matière consiste à prévoir les attaques auxquelles nous pouvons être en butte, et à préparer d'avance les armes spirituelles propres  à les rendre inutiles. Voilà pourquoi le Roi du ciel entretenait souvent ses disciples des périls auxquels ils devaient être exposés. « Je vous ai annoncé ces choses, leur disait-il un jour, comme nous le rapporte saint Jean, afin que vous ne soyez point scandalisé »

Ainsi avertis par leur Maître des maux à venir, les apôtres ne devaient être étonnés de rien ; rien ne pouvait être pour eux nouveau ou imprévu. Les maux à venir auraient dû être à leurs yeux égaux aux maux présents, les uns n'étant pas moins certains que les autres. C'est toujours dans le dessein de les prévenir et de les préparer au coup de foudre qui allait bientôt retentir à leurs oreilles, que Jésus leur annonce aujourd'hui les épreuves auxquelles il va être soumis.

Si les disciples du Sauveur eussent compris ses paroles, et les eussent conservées dans leur âme, au lieu de se troubler et de perdre l'esprit quand elles furent réalisées, ils auraient admiré plutôt la sagesse, la puissance de leur maître, et ils auraient confirmé leur foi en sa divinité.
Faites en sorte qu'il ne vous arrive rien d'inopiné : la nouveauté double la gravité du mal. Si vous êtes convaincu de cette vérité, aucune adversité ne sera capable de vous surprendre.

Le parti le plus sage est de supporter ce qu'on ne peut pas changer, et de se soumettre sans murmure à la conduite de Dieu, dont la volonté gouverne toutes choses. C'est un mauvais soldat, que celui qui marche en gémissant à la suite de son général.
Aucun remède n'est plus aisé à employer, que de prévoir l'instabilité des choses de cette vie. Grâce à ce remède, les aspects nouveaux qui peuvent s'offrir à nos regards ne soulèveront pas en nos âmes de l'agitation et du trouble.

Employez le remède avant que la maladie se soit développée.

Écoutez l'apôtre saint Jacques : « Qu'est-ce que votre vie ? disait-il aux fidèles de son temps : une vapeur qui paraît un moment et qui se dissipe aussitôt. »

Quoi de plus léger, de plus éphémère qu'une vapeur? Voilà pourtant ce qu'est notre vie.

Si l'on jette un regard sur la fragilité de la chair, écrivait sur ce texte saint Jérôme, sur les changements que nous subissons à chaque instant, sur la perpétuelle mobilité de notre être; si l'on considère que tout ce que nous disons ou écrivons est une partie arrachée irrévocablement à notre existence, on n'hésitera pas à reconnaître que toute chair n'est que de l'herbe, et que son éclat est comme la fleur des champs. L'adolescence succède rapidement à l'enfance ; la jeunesse à l'adolescence ; la vieillesse à l'âge mûr ; et à travers-mille vicissitudes, on est déjà vieillard, qu'on n'a pas eu encore le temps de s'apercevoir que l'on n'est plus jeune. Cette femme dont la beauté attirait sur ses pas un essaim de jeunes hommes, est maintenant courbée par l'âge, labourée par les rides ; et au lieu d'inspirer de l'amour, elle n'inspire que du dégoût.

Comment être ensuite étonnés, mes frères, du changement qui se manifeste en ce qui nous regarde ? Les choses d'ici-bas étant essentiellement sujettes au changement et à la ruine, pourquoi trouver étrange que le périssable périsse, que le changement atteigne les êtres qui lui sont voués ? On n'est pas étonné de voir une pierre tendre vers la terre, et la flamme s'élever dans les airs; ne vous étonnez pas davantage, s'il vous arrive quelque chose de nouveau, si les choses créées conservent leur nature et obéissent à ses lois. C'est une source abondante de consolations dans l'adversité, que la considération de l'instabilité et de la misère de notre condition.

Quoique Jésus prédît clairement à ses disciples les opprobres de sa passion future, ils n'y comprirent rien …

Quoi ! ils ne comprennent rien à un langage si expressif et si net? Ils étaient encore charnels et grossiers, mes frères; et ils n'avaient pas entrevu le mystère de la rédemption des hommes, ni la gloire de la passion du Sauveur. Comme ils aimaient leur maître à leur façon, et qu'ils ne voulaient aucunement sa mort, ils ne pouvaient se faire à l'idée qu'il la subirait un jour. Ainsi que la haine, ainsi que tout sentiment passionné, l'amour aveugle la raison, et l'empêche de discerner la vérité…

Et c'est parce qu'ils ne portaient pas au même point l'amour envers Jésus, que certains Juifs comprirent parfaitement la même prédiction, malgré l'obscurité dont elle était cette fois enveloppée. Le divin Maître ayant dit que le Fils de l'homme devait être élevé, ils lui objectèrent fort ingénieusement ces paroles, où se montre l'intelligence qu'ils avaient du langage du Sauveur : « Nous avons appris par la loi que le Christ demeure éternellement. Pourquoi dites-vous que le Fils de l'homme doit être élevé? Quel est donc ce Fils de l'homme? »

Telle est vraisemblablement la raison pour laquelle nous comprenons aisément la fragilité et la condition périssable du prochain, tandis que nous ne paraissons pas nous douter que sa condition soit la nôtre. Aveuglés par l'amour de nous-mêmes, nous ne voyons rien en ce qui nous regarde : ayant horreur de la destruction et de la mort, nous ne voulons pas croire qu'elles viendront un jour pour nous. De là, ces sentences pleines de morgue sur la fragilité humaine, sur la mort à laquelle sont condamnés tous les hommes, sur ce tribut fatal qu'ils auront tous à payer un jour à la nature. Nous appliquons volontiers ces vérités aux autres ; leur mort ne nous parait ni nouvelle ni prématurée. Mais pour ce qui nous concerne, c'est autre chose. Une voix intérieure, celle de l'amour-propre, et non celle de la raison, nous persuade le calme, et nous assure d'une longue et paisible carrière. « Nous mourons tous les jours, écrivait saint Jérôme à Népotien, nous changeons tous les jours, et nous nous croyons pourtant éternels. » On voit des sexagénaires poser les fondements de somptueux édifices, ou thésauriser avec avidité. Ils ne le feraient certainement pas, s'ils croyaient la mort à leurs portes. Quelle folie plus grande, que de multiplier d'autant plus ses provisions qu'il reste moins de chemin à faire?

On voit des hommes, à cet âge où l'on peut à chaque instant avoir à rendre compte de sa vie, ne songer en rien ni à ce compte à rendre, ni à leur salut. Ils persévèrent dans les crimes où ils gisent depuis de nombreuses années ; ils continuent à détenir le bien d'autrui, à nourrir des haines mortelles, à se vautrer dans la fange de la débauche. La persuasion, la crainte, les supplications, les promesses divines sont impuissantes à les ramener dans les sentiers de la piété et de la justice. Comme de vils animaux, ils demeurent plongés dans le fumier de leur vice, jusqu'au moment où la mort viendra les arracher à l'improviste au mal et à la vie.

Pourraient-ils bien, ces malheureux, vivre et respirer dans un si pressant danger, s'ils n'étaient aveuglés par l'espoir trompeur de vivre encore longtemps ? Sous le coup de cette illusion, ils croient qu'il leur restera toujours assez de moments pour jouir des plaisirs mondains, et expier leurs fautes passées. Ce n'était pas ainsi que pensait le saint vieillard qui, invité pour le lendemain, par un de ses amis, lui répondit : « Comment m'invitez-vous pour demain, moi qui depuis longues années, n'ai jamais eu de lendemain, et me suis disposé tous les jours à la mort ? »

« Jésus, fils de David, ayez pitié de moi. »

Ce trait de l'Évangile nous enseigne, mes frères, et ce que fait le monde lorsqu'on l'abandonne pour retourner à Jésus-Christ, et ce que nous devons faire nous-mêmes lorsque nous avons à subir les invectives du monde. Éloignez-vous de la corruption du siècle, blâmez ses mœurs, fuyez la familiarité de ses amis, méprisez ses décrets et ses lois, embrassez un autre genre de vie que celui qu'il approuve ; aussitôt il se récrie, il vous accuse, il vous poursuit à outrance, et qualifie de noms que lui seul était capable d'inventer vos actions et vous-mêmes. C'est une coutume ancienne parmi les hommes de défigurer la vertu et de glorifier le vice, de donner à l'une des noms ignominieux, et à l'autre des noms propres à l'honorer. Quel est notre devoir en ces circonstances? d'imiter la fermeté de cet aveugle qui, loin de se taire aux interpellations de la foule, n'en criait que plus fort(...)

Et pourquoi obéirions-nous à la voix du monde, et abandonnerions-nous la carrière de la vertu? (…) Nous ne pouvons nous fier à une voix dont nous avons si souvent éprouvé la perfidie. Les accents seraient aussi harmonieux que les accents des fabuleuses sirènes, qu'il nous faudrait y fermer nos oreilles, et les mépriser encore plus que les craindre.

Telle devrait être notre impassibilité au milieu des clameurs du siècle : la raison, la foi, les saintes Écritures nous apprennent assez ce que valent ces clameurs, et ce que vaut aussi la pratique de la piété chrétienne.

Que le monde s'avise de ce qui le regarde ; vous, songez à remplir vos devoirs. Son affaire, à lui, est de déclarer la guerre à la justice : votre affaire, à vous; est de défendre votre âme avec courage et intrépidité.

Les méchants cherchent à attirer les bons dans leurs rangs, parce que, selon la remarque de saint Jérôme, ils s'imaginent que leur culpabilité diminue avec le nombre de leurs complices. Notre devoir est de fermer l'oreille à leurs imprécations.

Attendons-nous à ce qu'ils accablent de sarcasmes les personnes qui n'imitent pas leur conduite : les hommes adonnés au vice vous injurient bien, si vous refusez de partager leurs désordres, «  Ne pas imiter les gens vicieux, dit saint Cyprien, c'est les offenser. »
Pour nous, craignons d'offenser, non les hommes insensés et criminels, mais notre Créateur. Si nous étions assez fous pour nous désister de notre entreprise à cause des injures du monde, il nous arriverait ce qui serait arrivé à l'aveugle de l'Évangile, dans le cas ou il eût écouté les personnes qui voulaient lui imposer silence. Nous perdrions la lumière qu'il recouvra, grâce à sa persévérance.

http://deojuvante.forumactif.org/t1028-evangiles-des-dimanches#13597
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