Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

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Message  Louis le Mer 16 Avr 2014, 12:05 pm

CHAPITRE III


Guérison des missionnaires. — Langue huronne. — Épidémies. —  Faveurs célestes.



Alors dans toute la force de l'âge, et doué d’une constitution robuste, le P. Jogues, triompha complètement de la maladie, Dieu le réservant pour une fin plus glorieuse.

Vers le milieu d'octobre, il se sentit assez bien rétabli pour recommencer à travailler. Les autres malades reprenaient aussi peu à peu leurs forces, et tous soupiraient après le moment de se remettre à l’œuvre. Ils avaient une première préparation indispensable à faire qui s'accommodait bien avec leur état de convalescence, c’était l’étude de la langue huronne.

Après avoir été un hôpital, leur cabane se changea en école, et le P. Jogues se rangea humblement comme ses frères au nombre des élèves du P. de Brébeuf, déjà assez habile pour instruire les autres.

La connaissance de cette langue était une des grandes difficultés de cette mission. On y a vu deux missionnaires, qui avaient donné en France des preuves incontestables de leur talent, ne pas pouvoir réussir à posséder cette langue de manière à s’en servir pour la propagation de l’Évangile. Son mécanisme, ses éléments constitutifs et sa syntaxe ont un caractère particulier. Plusieurs lettres de notre alphabet lui manquent, comme B, F, L, M, F, Q, X, F. En revanche les Hurons donnent aux lettres H et K une articulation gutturale commune à plusieurs langues sauvages, mais inconnue aux Français, et qu’on a exprimé par Khi. Un grand nombre de mots ne semblent formés que de voyelles. « C’est sans doute cette absence de labiales, dit le P. de Brébeuf, qui est cause que les sauvages ont tous les lèvres ouvertes de si mauvaise grâce. »

La variété des mots composés n’a pas de limites, et c’est la richesse de cette langue. Les substantifs et les adjectifs se conjuguent, et les verbes peuvent se modifier à l’infini.

Avant l’arrivée des Français, ces peuples enfants n’avaient pas de mots pour exprimer la religion, la vertu, la science; et la plupart des idées métaphysiques leur étaient inconnues. Aussi les missionnaires furent-ils longtemps embarrassés pour exprimer nos mystères et en donner l’explication. Il fallait souvent une longue périphrase pour remplacer un mot.

Le P. Jogues s’appliqua avec ardeur à ce travail ingrat…

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Message  Louis le Jeu 17 Avr 2014, 11:26 am

Le P. Jogues s’appliqua avec ardeur à ce travail ingrat, et Dieu bénit ses efforts. Il se vit bientôt en état de rendre quelques services. Pour ménager ses forces, le P. de Brébeuf, l'exempta d'abord des excursions lointaines et pénibles. Il lui donna le soin de veiller au matériel, de diriger les travaux des domestiques et la culture du petit champ voisin de la cabane. Les Pères avaient déjà profité de quelques grains de froment mêlés avec d’autres provisions venues d’Europe. Cultivés avec soin, ils avaient multiplié, et on visait à obtenir, s’il était possible, une petite récolte qui, en cas de nécessité, pourrait fournir des pains d’autel. C’est ce qui arriva. En 1637 ils récoltèrent un demi-boisseau, de froment. Ils parvinrent même à faire un petit baril de vin avec le raisin sauvage qui abonde dans ces forêts vierges.

Afin de montrer aux sauvages qu’ils cherchaient à s’identifier avec eux, les missionnaires hurons avaient adopté en grande partie leur manière de vivre, pour ce qui regarde le logement et la nourriture.

Le P. Jogues se pliait à tout avec la plus grande facilité. On aurait dit qu’il était depuis longtemps habitué à vivre dans un pareil milieu.

Malgré la difficulté de la position, leur règlement intérieur se rapprochait le plus possible de celui d’une communauté régulière.

Nous devons à deux ouvriers de cette mission à cette époque, des détails curieux sur les habitudes et le règlement suivis par les missionnaires hurons.

Ils nous initient à leur vie intime, et nous révèlent tout ce qu’elle exigeait de sacrifice, de privations et d’assujettissement.

« Nos habitations sont d’écorces comme celles des sauvages, écrivait le P. Chaumonot (1), sans division intérieure, excepté pour la chapelle. Faute de tables et d’ustensiles de ménage, nous mangeons par terre, et nous buvons dans des écorces d’arbres. Tout l’appareil de notre cuisine et de notre réfectoire consiste dans un grand plat d’écorce plein de sagamité, à laquelle je ne vois rien de semblable que la colle qui sert à tapisser les murs. La soif ne nous gêne guère, soit parce que nous ne nous servons jamais de sel, soit parce que notre nourriture est toujours très-liquide. Notre lit est formé d’une écorce d’arbre sur laquelle nous mettons une couverture. Pour les draps, on n’en parle même pas pour les malades; mais la plus grande incommodité, c’est la fumée qui, faute de cheminée, remplit toute la cabane et gâte tout ce qu’on voudrait garder. Quand certains vents soufflent, il n’est plus possible d’y tenir, à cause de la douleur que ressentent les yeux. En hiver nous n’avons pas la nuit d’autre lumière que celle du feu de la cabane, qui nous sert pour réciter notre bréviaire, pour étudier la langue et pour toute chose. Le jour nous nous servons de l’ouverture laissée au haut de la cabane, et qui est à la fois cheminée et fenêtre. »

De son côté, le P. Fr. Duperron…

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(1) Le P. Chaumonot a laissé au Canada un glorieux souvenir de zèle et de vertu. Après avoir été missionnaire chez les Hurons et chez les Iroquois, il resta pendant plus de quarante ans, chargé des Hurons fugitifs retirés près de Québec. On a de lui une autobiographie pleine d'intérêt. Il mourut à Québec en 1693, à l’âge de quatre-vingt-deux ans, après avoir pu célébrer sa cinquantième année de prêtrise, de vie religieuse et de mission.

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Message  Louis le Lun 21 Avr 2014, 12:15 pm


De son côté, le P. Fr. Duperron (1) nous donne, dans une lettre du 27 avril 1639, la distribution du temps pour chaque jour :

« A 4 heures on sonne le lever; suit l’oraison. À la fin d’icelle commencent les messes jusqu’à 8 heures, pendant lesquelles on garde le silence, — on lit son livre spirituel, — on dit ses petites heures. A 8 heures on ouvre la porte aux sauvages jusqu’à 4 heures du soir. Quelques Pères vont visiter les cabanes ; à 2 heures on sonne pour l’examen; suit le dîner, pendant lequel on fait lecture d’un chapitre de la Bible, et  au souper on lit la Philagie de Jésus , du P. du Barry. On dit le Benedicite et les Grâces en huron, à cause des sauvages qui y sont présents.

« A 4 heures on congédie les sauvages non chrétiens, et nous disons tous ensemble Matines et Laudes, à l’issue desquelles nous faisons entre nous des consultes pendant trois quarts d’heure, touchant l’avancement et l’empêchement de la foi dans ces contrées. Ensuite nous conférons de la langue jusqu’au souper, qui est à 6 heures 1/2. A 8 heures les litanies, l’examen. (Mss. de la Bibl. Richel.)

Aussitôt que les forces du P. Jogues furent assez bien rétablies, il prit part à la vie active et aux travaux apostoliques de ses frères. Il accompagnait dans leurs courses les missionnaires plus exercés dans la langue ; il répétait aux enfants les leçons élémentaires du catéchisme, leur enseignait les prières et administrait le baptême aux moribonds.

Cependant les besoins des âmes devenaient de plus en plus pressants. La maladie commençait à se répandre parmi les sauvages. Renfermée d’abord dans le village où habitaient les Pères, elle avait gagné les villages voisins et menaçait tout le pays. La préoccupation des missionnaires était de connaître les malades pour pouvoir les assister, et, s’il était possible, les disposer à recevoir le baptême. Ils organisèrent des visites régulières dans les villages, et établirent une espèce de service médical, qui était le moyen le plus efficace pour pénétrer dans les cabanes.

La pénurie de toutes choses dans laquelle vivaient les missionnaires était très-grande…

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(1) Le P. François Duperron arriva en Canada en 1638, travailla douze ans chez les Hurons, et retourna en Europe après la destruction de cette mission. Revenu en Canada cinq ans après, il dut bientôt rentrer en France. Il existe de lui à Rome une lettre touchante adressée au T. R. P. Gal pour obtenir de revoir sa mission. II l’obtint en effet en 1665, mais ce fut pour y mourir la même année.

Son frère Joseph Imbert fut comme lui missionnaire au Canada pendant dix-sept années. Il retourna en Europe en 1658.

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Message  Louis le Mar 22 Avr 2014, 12:24 pm

La pénurie de toutes choses dans laquelle vivaient les missionnaires était très-grande; leurs remèdes, souvent réduits à de très-minimes proportions, n’en méritaient plus le nom. Un petit paquet de séné fut distribué à plus de cinquante personnes. Les moindres petites parts passaient pour remède, et Dieu leur donnait quelquefois un tel succès, que les sauvages ne mettaient pas en doute leur efficacité. Souvent ce n’était que deux ou trois pruneaux, cinq ou six grains de raisin, une pincée de sucre dans de l’eau, un petit morceau de citron ou d’orange, etc.

La confiance aveugle de ces âmes simples dans le succès des remèdes donna lieu à plus d’une scène plaisante. Un capitaine vint demander un jour aux missionnaires quelque chose pour soulager sa sœur qui souffrait de violents maux de tête. Il signalait surtout certain onguent qu’il avait vu appliquer récemment sur un abcès, et qui avait très-bien réussi. On essaya inutilement de lui représenter que le mal n’était pas de la même nature. Il fallut se rendre à ses instances. On lui ouvre la boîte aux onguents, et il dit aussitôt que c’était précisément là ce qu’il lui fallait. Voyant des onguents de différentes couleurs, il en prit de blanc, de rouge et de vert, et en forma un emplâtre qu’il appliqua au milieu du front de la malade. Son triomphe fut complet quand le lendemain il la trouva très-soulagée.

Cependant la contagion continuait à faire d’affreux ravages. Le village où demeuraient les missionnaires était le plus éprouvé, et ces malheurs passèrent avec raison pour un châtiment du ciel, car c’est dans ce lieu qu’ils avaient trouvé le plus d’insouciance ou même d’opposition pour la grâce de Dieu qu'ils offraient. Ce village fut tellement décimé que peu de temps après ses habitants furent obligés de l’abandonner et de se disperser dans les villages voisins.

« Quoique nous fussions tous les jours et toute la journée auprès des mourants, écrivait le P. Jogues à sa mère le 7 mai 1638, pour tâcher de les gagner à Jésus-Christ, et malgré l'air infect que nous respirions à leurs côtés et au milieu d’eux, il n’est pas un seul de nous qui ait été frappé. Après cela nous serions bien ingrats si nous ne remerciions pas le Seigneur d’une protection aussi visible de sa part, et si nous ne mettions pas désormais notre confiance en sa paternelle bonté. »

Il est vrai que les missionnaires n’avaient pas attendu jusqu’à ce moment pour attirer sur eux cette faveur céleste. En union avec ses frères et tous les Français qui étaient chez les Hurons, le P. de Brébeuf, alors supérieur de la mission, avait fait un vœu solennel pour se mettre à l’abri du fléau. Les prêtres s’engageaient à dire trois messes, l’une en l’honneur de Notre-Seigneur, l’autre en l’honneur de la très-sainte Vierge, et la troisième en l'honneur de saint Joseph, patron du pays. Ceux qui n’étaient pas prêtres devaient faire trois communions et réciter quatre rosaires à la même intention.

Quoique le succès des missionnaires auprès des malades ne répondit pas à leurs désirs et à leurs efforts, ils ne travaillaient pas en vain. Ils apprenaient à mieux connaître les sauvages, et le ciel trouvait toujours à s’enrichir de quelques élus.

« Pendant la maladie, écrivait le P. Jogues à son frère Samuel…

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Mer 23 Avr 2014, 12:46 pm

« Pendant la maladie, écrivait le P. Jogues à son frère Samuel, capucin, les Pères baptisèrent plus de douze cents personnes. Dans le bourg même où ils étaient en butte à la malignité des habitants, il y en eut toujours quelques-uns qui furent curieux de suivre nos instructions ; on en a régénéré environ une centaine dans les eaux du baptême, parmi lesquels vingt-deux petits enfants. » On vit même des villages entiers, comme ceux de Ouenrio et d'Ossossané, solliciter l'intervention des missionnaires pour obtenir l'éloignement du fléau.

Le P. Jogues fut choisi par le P. de Brébeuf pour son compagnon, quand il alla dans ce dernier village pour répondre aux vœux de ses habitants. Il fut témoin de tout ce que le zèle inspira à ce grand serviteur de Dieu, dans cette occasion qui pouvait tourner si bien à l’avantage de la foi. Il vit en détail tout le cérémonial que ces peuples emploient quand ils veulent traiter une affaire importante, et le P. de Brébeuf avait soin de s'y conformer entièrement, pour mieux disposer les esprits en faveur de sa cause. Le P. Jogues assista donc au grand conseil des capitaines et des anciens.

Déjà les principaux moteurs de la mesure, montés sur les cabanes, avaient poussé plusieurs fois le cri d’appel, et à l'heure dite la réunion se formait nombreuse et inquiète. On voulait savoir ce que la Robe-noire allait proposer, et tous les yeux étaient attachés sur sa personne.  

Après la prière que le P. de Brébeuf adressa au grand Esprit, il distribua quelques morceaux de pétun, car les sauvages se croiraient incapables de délibérer si leur calumet n'était pas allumé. Puis il jeta au milieu de l'assemblée une peau d'orignal (1), deux haches et quatre-vingts grains de porcelaine. Avec les sauvages il faut toujours des présents pour appuyer une proposition.

Usant alors de toute la liberté qui lui avait été donnée, le P. de Brébeuf leur dit hautement que la foi était le seul remède à leurs maux. Il les pressa alors fortement de renoncer à toutes leurs pratiques superstitieuses, et d'implorer avec une entière confiance la miséricorde de Dieu. « Comme témoignage de votre bonne volonté et de la sincérité de vos dispositions, leur dit-il, prenez l'engagement solennel d’élever au plutôt dans votre village une chapelle au grand Esprit. » Selon l'usage, le conseil se termina par un festin. Les sauvages paraissaient tous gagnés, mais leur inconstance naturelle, et des incidents imprévus qui survinrent, firent retarder l’exécution de ce pieux projet. Les Pères étaient revenus en hâte à Ihonatiria, car il s'était levé là un nouvel orage contre les missionnaires.

Quelques sauvages venus récemment de Manhatte…

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(1) L'Orignal est le plus  grand animal sauvage du Canada. Il a les mêmes caractères zoologiques que l’élan d’Europe.

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Message  Louis le Jeu 24 Avr 2014, 1:04 pm

Quelques sauvages venus récemment de Manhatte (2) avaient répandu dans le pays que les Européens de ces quartiers (les Hollandais) les avaient avertis du danger qu’ils couraient :


« Méfiez-vous, leur avaient-ils dit, de ces missionnaires catholiques et surtout des Jésuites. Malheur au pays où ils ont réussi à pénétrer, il est bientôt désolé et complètement ruiné. En Europe ils n’osent plus se montrer, et quand on peut les saisir, ils sont aussitôt punis de mort. »


Ces esprits grossiers et crédules, toujours si faciles à impressionner quand il s’agit de leurs intérêts, furent bientôt disposés à ajouter foi aux calomnies que ne cessaient de propager la haine et le fanatisme des méchants. Ils disaient tout haut que les Robes-noires étaient les auteurs de la maladie, et qu’ils avaient dans leurs cabanes la cause de tous les maux. Selon les uns, c’étaient les tableaux et les images suspendus dans la chapelle ; selon d’autres, c’était le tabernacle placé sur l’autel, et dans lequel se gardait le corps d’un enfant tué dans les bois, et conservé avec grand soin. Tout ce qui servait aux missionnaires, leurs moindres actions étaient prises en mauvaise part. Toutes les pratiques de piété, un simple signe de croix cachait quelque mauvais dessein ou passait pour un sort jeté. La promenade des Pères de long en large, la récitation du bréviaire, et jusqu’à la girouette placée au haut d’une perche près de la cabane, tout leur paraissait mystérieux et coupable.

Les plus hardis venaient quelquefois trouver les Pères et les pressaient avec de vives instances, et même des menaces, d’arrêter le fléau ou de leur livrer le mauvais sort, sans consentir à entendre aucune explication.

Le bras de Dieu retenait évidemment les méchants, car ces missionnaires, sans aucune défense au milieu de ces hommes qui se jouaient si facilement de la vie humaine, restèrent tranquilles. On n’osa pas attenter à leur vie. C’est ce qui faisait dire au P. Jogues, en écrivant à sa mère dans ces circonstances : « Dieu a été plus puissant pour protéger ceux qui, « pour sa gloire, se jettent dans les bras de sa Providence, que les hommes n’ont été méchants « pour leur nuire. »

C’est surtout pendant les jours d’épreuves et de maladie que les sauvages idolâtres s’abandonnent à tous les genres de superstitions. Leur simplicité leur fait adopter volontiers tout ce qu’ils s’imaginent pouvoir les soulager. Leur crédulité pour leurs songes ne connaît aucune borne, et jamais sauvage n’a refusé ce qui pouvait servir à l’accomplissement d’un songe. Ils les étudiaient avec soin pour y trouver le remède à leurs maladies, et quand ils croyaient l’avoir découvert, il fallait à tout prix l’employer. Les jongleurs, très-nombreux parmi eux, étaient ordinairement les interprètes intéressés des songes.

Ceux-ci avaient en outre recours à mille pratiques superstitieuses…

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(2) Aujourd’hui New-York.

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Message  Louis le Ven 25 Avr 2014, 12:45 pm

Ceux-ci avaient en outre recours à mille pratiques superstitieuses qu’ils faisaient passer pour des remèdes. Tantôt ils soufflaient avec de grands efforts sur les malades pour chasser les mauvais esprits, tantôt ils offraient des espèces de sacrifices en jetant dans le feu de petits morceaux de tabac et en adjurant les Esprits de protéger la cabane. On les voyait chercher partout le mauvais sort qu’ils supposaient la cause du mal; et quand la guérison paraissait assurée, ils étaient assez habiles pour faire croire qu’ils l’avaient enfin trouvé.

Presque toujours ils se servaient de la danse, qui est fort du goût des sauvages, et qui entre dans leurs pratiques superstitieuses. Elle était quelquefois hideusement obscène, mais le plus souvent elle n’était que grotesque. Les danseurs contrefaisaient les bossus et les boiteux de toute espèce, et se couvraient de masques en bois aux formes les plus ridicules et les plus variées. Tous les masques étaient ensuite attachés à des mannequins qu’on élevait au-dessus de la cabane. Dans leur idée, c’était un moyen de faire peur à la maladie et d’éloigner les Esprits qui font mourir.

En présence de ces grossiers égarements de l’idolâtrie, au milieu de ces résistances opiniâtres d’un grand nombre à la foi, devant ces calomnies de toute nature contre leur œuvre et le baptême, dans ces dangers de mort continuels, les missionnaires n’avaient souvent pas d’autres ressources que de gémir au pied des autels et de prier Dieu pour ces infortunés. Mais leurs cœurs zélés et ardents pour la gloire de leur Dieu souffraient bien plus de toutes ces entraves mises à l'Évangile, que de toutes les privations que leur imposait leur séjour au milieu des sauvages.

C’est ce sentiment que le P. Jogues exprimait à sa mère en lui racontant qu’il y eut un moment où les principaux villages furent complètement fermés aux missionnaires : « Il nous fut impossible de nous y rendre, lui écrivait-il, et nous eûmes la douleur de voir mourir pour ainsi dire sous nos yeux plus d’une centaine de malheureux qui réclamèrent en vain notre assistance. »

Cette vie crucifiée de toute manière pouvait avec raison être regardée comme un long martyre…


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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Sam 26 Avr 2014, 1:10 pm

Cette vie crucifiée de toute manière pouvait avec raison être regardée comme un long martyre. Après l’avoir étudiée par lui-même, le P. Jér. Lalemant ne fit pas difficulté d’écrire dans la Relation de 1639 : « J’avais d’abord douté si l'on pouvait espérer la conversion de ces peuples sans effusion de sang. J’avoue que depuis que je suis ici et que je vois ce qui se passe, c’est-à-dire les combats, les attaques et les assauts généraux à toute la nature, que souffrent chaque jour les ouvriers de l'Évangile, en même temps leur patience, leur courage et leur application continuelle à poursuivre leur but, je commence à douter si quelque autre martyre est plus nécessaire que celui-ci pour l’effet que nous prétendons, et je ne doute point qu’il ne se trouvât plusieurs personnes qui aimeraient mieux recevoir tout d’un coup le tranchant d'une hache sur la tête, que de mener des années durant la vie qu’il faut mener ici tous les jours. »

Mais le consolateur divin, qui habitait au milieu de ses serviteurs et se donnait à eux chaque jour, soutenait leur courage. Il savait même compenser quelquefois tant de souffrances par quelqu’une des consolations ineffables de sa grâce, qui semblent un avant-goût des joies saintes du Ciel.

Le P. Jogues mérita de recevoir vers cette époque une de ces faveurs célestes. Quoique ce ne fût qu’un songe, les circonstances lui en parurent si extraordinaires et les effets si salutaires que, sur l'avis de son confesseur, il crut devoir mettre le tout par écrit. Nous devons au P. Ragueneau l'extrait suivant qu’il en a fait sur l’autographe même, et que nous traduisons du latin :

« Le l5 mai 1637, qui tombait un mardi, la veille de l’Ascension de Noire-Seigneur Jésus-Christ, pendant que dans l'après-dîner j’étudiais la langue huronne avec le P. Chastelain, je me trouvai accablé de sommeil et je le priai de me permettre de prendre un moment de repos. Il me conseilla de me retirer à la chapelle et de me reposer un peu devant le Saint-Sacrement, ajoutant qu’il avait l’habitude d’en agir ainsi et toujours avec profit pour la piété, et que, dans ce sommeil, il avait quelquefois goûté des douceurs célestes.

« Je me levai, mais pensant que je ne pouvais pas sans irrévérence dormir en la terrible et adorable présence de mon souverain Maître, j’allai dans le bois voisin, tout confus de voir que d’autres, même pendant leur sommeil, étaient plus unis à Dieu que je ne l'étais dans l’acte même de la prière.

« A peine couché, je m’endormis et je crus alors que je chantais les psaumes des vêpres avec les autres Pères et nos domestiques. D’un côté était le P. Pierre Pijart (1), très-près de la porte, et j’étais un peu plus loin. Je ne sais qui était de l'autre côté et dans quel ordre.

« Le P. Pijart commença le premier verset du psaume Verba mea auribus percipe, Domine

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(1)  Le P. Pierre Pijart retourna en France en 1650, après quinze années de mission. Claude, son frère aîné, y vint deux ans après lui, et mourut à Québec en grande réputation de vertu, l'année 1683, à l’âge de quatre-vingt-trois ans.

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Dim 27 Avr 2014, 12:11 pm

« Le P. Pijart commença le premier verset du psaume Verba mea auribus percipe, Domine (2) (Seigneur, prêtez l’oreille à mes paroles), (je ne sais pas bien quel est son chiffre). Comme il ne pouvait pas continuer seul, nous l’avons terminé avec lui.

« Ce verset fini, il me semblait que je n’étais plus dans notre cabane, mais dans un lieu que je ne connaissais pas, quand tout à coup j’entendis chanter les versets (j’ai oublié lesquels) qui ont trait à la félicité des Saints et aux délices dont ils jouissent dans le royaume des Cieux. Le chant était si beau, et la mélodie des voix et des instruments si harmonieuse, que je ne me rappelle pas avoir entendu rien de semblable, et même il me semble que tous les concerts même les plus parfaits ne sont rien en comparaison. Mettre en parallèle cette harmonie avec celle de la terre serait lui faire injure.

« Cependant ce concert si admirable des anges fit naître en moi un amour de Dieu si grand, si ardent, si embrasé, que ne pouvant plus supporter une telle surabondance de suavité, tout mon pauvre cœur semblait se fondre et se répandre sous le poids de cette inexplicable richesse du divin amour. J'éprouvai ce sentiment surtout quand ils chantèrent ce verset que j’ai bien retenu : Introibimus in tabernacalum ejus, adorabimus in loco ubi steterunt pedes ejus (Nous entrerons dans son temple; nous l'adorerons dans le lieu où il a établi sa demeure).

« Encore dans un demi-sommeil, je me mis aussitôt à penser que cela se rapportait aux paroles que m’avait dites le P. Chastelain.

« Je m’éveillai aussitôt, et tout disparut, mais il me resta dans l'âme une si grande consolation que son souvenir me remplit encore d’ineffables délices. Le fruit que j’en ai retiré, c’est, il me semble, de me sentir plus porté, par amour pour Notre-Seigneur, à soupirer après la céleste patrie et les joies éternelles. Heureux moment ! heure bien courte ! Je ne crois pas qu'elle ait duré l’espace d'un Ave, Maria. Si vous nous traitez ainsi dans l’exil, que nous donnerez-vous donc, Seigneur, dans la patrie? » (S. Augustin) (1).

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(2)  PS. V. — (1) Mss. de 1652.

A suivre : Chapitre IV.

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Lun 28 Avr 2014, 1:08 pm

CHAPITRE IV

 Nouvelles résidences. — Résidence de Sainte-Marie, — Mission dans la nation du Petun. — Voyage au saut Sainte-Marie.

La dispersion du village d'Ihonatiria, dont nous avons parlé, entraînait nécessairement le départ des missionnaires. Ils se divisèrent entre deux grands villages où ils faisaient déjà des courses régulières et où ils comptaient un noyau de fervents néophytes.

Le premier, Ossossané, que les missionnaires avaient nommé la Conception, pouvait être regardé déjà comme résidence, puisque depuis un an on y avait élevé une chapelle et une cabane pour les missionnaires. Le P. Jogues y avait fait même plusieurs excursions. « Nos pauvres sauvages, écrivait-il en 1639 à son frère Samuel, nous traitent comme de véritables amis. Nous avons dans le bourg d’Ossossané une cabane de treize brasses de long. On a bâti une chapelle toute de planches, qui attire les yeux et l'admiration de tous les habitants. Outre les discours particuliers que nous allons faire tous les jours dans chaque cabane, on fait publiquement tous les dimanches le catéchisme dans la nôtre, où se réunissent plusieurs des anciens du pays, à la tête desquels est une famille de chrétiens, composée de sept à huit personnes. Ainsi Dieu apaise-t-il la tempête et l’arrête-t-il à son gré. »

L’autre village qui devait remplacer plus particulièrement Ihonatiria, et qui reçut comme lui le nom de Saint-Joseph, était Teanaustayae. C’était un des plus considérables du pays. Ici la foi avait de chauds partisans, mais aussi des ennemis acharnés, qui étaient les grands propagateurs de toutes les calomnies contre la foi et ses apôtres. Pour obtenir un triomphe complet de l'opposition systématique que quelques mauvais sujets mettaient à l’établissement des missionnaires, le P. de Brébeuf, après s’être assuré du concours d’amis dévoués, se présenta hardiment au milieu de l’assemblée des anciens. Il plaida lui-même sa cause et la gagna.

La première messe fut dite dans ce village le 25 juin 1638. C’était dans la cabane du brave Étienne Totiri (1), que nous retrouverons plus tard compagnon de captivité et de souffrance du P. Jogues.

Ce Père fut précisément un de ceux qui allèrent…

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(1) Voy. l’appendice B.

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Mar 29 Avr 2014, 12:41 pm

Ce Père fut précisément un de ceux qui allèrent des premiers résider à ce poste. Son ministère commença heureusement par le baptême d’un prisonnier Iroquois qui allait passer par toutes les horreurs du supplice, et dès la première année, il avait déjà régénéré dans les eaux du baptême quarante-huit enfants et soixante-douze adultes.

Cependant la fondation de ces deux résidences ne répondit pas aux espérances des missionnaires ni aux besoins du pays. Ils se décidèrent, en 1639, à ne pas rester divisés, et à faire choix d’une position assez centrale, mais isolée des villages hurons, et complètement indépendante. Là ils auraient leur centre d’action, d’où ils pourraient rayonner selon les besoins dans toutes les directions. Leur isolement leur permettrait de se concerter quand ils voudraient pour les mesures à prendre dans l'intérêt de la mission, d’offrir un lieu favorable de repos à ceux dont les forces auraient trahi le courage, ou à ceux qui voudraient retremper leurs âmes dans les pieux exercices de la retraite.

Ce choix tomba sur un terrain solitaire au nord-est de la presqu’île huronne, dans la tribu des Attaronchronons, situé à peu près au centre du pays, et sur les bords d’une petite rivière (1) qui se jette près de là dans le grand lac; il était facile d’établir des relations avec toute la contrée.

Ce projet fut fortement approuvé en Europe, et le cardinal de Richelieu ne se contenta pas d’y applaudir, mais il promit une somme considérable pour y établir un fort et y entretenir quelques soldats. Dans l'isolement où ils allaient se trouver, les missionnaires avaient besoin de cette protection contre les invasions si fréquentes et si imprévues des Iroquois.

L’établissement nouveau reçut le nom de Résidence Sainte-Marie , et on se mit immédiatement à l'œuvre. Une vaste enceinte faite de pieux serrés formait une première défense rectangulaire ; une partie devait être consacrée à la culture et à un cimetière. Aux quatre angles on avait élevé une croix en signe de consécration au Seigneur.

Dans l’intérieur était construit le fort qui renfermait la maison des Français, et la chapelle. Un peu plus loin on avait dressé deux grandes cabanes destinées l'une à servir d’hôpital pour les sauvages malades, et l’autre d’hôtellerie pour les voyageurs.

Ce lieu fut bientôt très-fréquenté par les sauvages, mais surtout par les chrétiens. « L’éclat extérieur des cérémonies, dit le P. Ragueneau, la beauté de notre chapelle, qui passe en ce pays pour une merveille du monde, quoique ce ne soit que pauvreté ; les messes, les sermons, les vêpres, les processions et les saluts, qu’on fait avec un appareil qui surmonte tout ce que jamais ont vu les yeux de nos sauvages, leur donne une idée de la majesté de Dieu qu’on leur dit être honoré d’un culte mille fois plus auguste par toute la terre. »

Les catéchumènes venaient …

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(1) Aujourd’hui rivière Wye.

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Message  Louis le Mer 30 Avr 2014, 11:42 am

Les catéchumènes venaient y achever leur instruction, et les bons chrétiens s'y former aux pratiques de la piété. Les malades venaient y chercher des remèdes et y recevoir les suprêmes consolations de la foi. Quelques-uns même ne semblaient demander qu'une chose, c'était de mourir près de leurs pères, et de trouver là une terre bénite pour y reposer en paix.

Le P. Jogues prit une part active à la fondation de la résidence Sainte-Marie, et il y fut attaché dès le commencement avec la charge de diriger les travaux de l’enclos ; ce qui entraînait le soin des domestiques et des ouvriers alors au nombre de quinze. C'étaient les seuls Français qui fussent chez les Hurons. Les Gouverneurs du Canada ne permettaient à personne de s’y établir en dehors de la surveillance des missionnaires, afin de prévenir les grands désordres dont on avait eu à gémir autrefois, et dont le scandale rejaillissait encore sur la religion.

Le P. Jogues trouva en eux des cœurs simples et dociles, qui donnèrent de grands exemples de vertu et de dévouement. Il y avait surtout parmi ces domestiques une catégorie à part qui était spéciale au Canada, et qui rendit les plus grands services à la mission. On les appelait les donnés (1), parce qu'ils se donnaient par contrat et pour la vie au service de la mission, sans recevoir de salaire. Celle-ci profitait de leur travail, et s’engageait à pourvoir à leurs besoins pour le reste de leurs jours. Ils suppléaient aux frères coadjuteurs, qu’il n’était pas possible de se procurer en assez grand nombre pour les besoins des missions ; sans être liés par des vœux, ces donnés formaient une classe intermédiaire entre les religieux et les domestiques. Leur nombre n’était alors que de six, mais il s’éleva jusqu’à vingt-trois en 1649.

Le soin du temporel, confié au P. Jogues, ne l’absorbait pas tellement qu’il ne pût, en même temps, partager les travaux du saint ministère avec les missionnaires attachés au même poste, qui étaient au nombre de trois. Il prenait soin des sauvages qui venaient en grand nombre le visiter, et il faisait des courses fréquentes dans quatre petits villages voisins laissés à la garde des Pères de Sainte-Marie.

En 1640, le P. Jogues reçut une mission plus difficile. Il fut envoyé avec le P. Ch. Garnier pour essayer de fonder une mission chez une nation voisine qui n’avait pas encore été visitée par les missionnaires. Longtemps ennemie des Hurons, elle venait de contracter avec eux une alliance intime.

Déjà en communauté de langue et de mœurs, elle partageait alors…

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(1) Cette dénomination et cette classification nouvelle faite par des religieux de la Compagnie de Jésus et pour leur service, donna lieu à des critiques et à des plaintes qui furent portées jusqu’à Rome. On voulait voir là une innovation, et l’introduction d’une espèce de tiers-ordre comme dans plusieurs Ordres religieux, mais non en usage dans la Compagnie. Le P. Jér. Lalemant rédigea en 1643 un mémoire pour justifier cette mesure, et dissiper ces craintes. Il reçut l’approbation de ses Supérieurs. (Arch. du Gesù.)

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Message  Louis le Jeu 01 Mai 2014, 12:11 pm

Déjà en communauté de langue et de mœurs, elle partageait alors les appréhensions des mêmes dangers de la part des Iroquois. Le moment semblait favorable pour leur parler de la foi.

Il s’agissait de la nation du Petun (1), ainsi nommée par les Français à cause du grand commerce qu’elle faisait de cette plante, dont elle avait comme le monopole. Elle n’était qu’à quarante-huit kilomètres environ des Hurons, dans les montagnes situées au sud-ouest, qu’on nomme aujourd’hui Montagnes Bleues.

Dans ce pays sans route ouverte et sans moyens de transport, le voyage en hiver ne pouvait se faire facilement qu’à pied et en raquettes (2). Alors les nombreux cours d’eau ne pouvaient plus arrêter, et il y avait plus de chance de ne pas rencontrer l’Iroquois.

Soit crainte des ennemis, soit inquiétude sur les résultats d’une pareille entreprise, les guides firent faux bond aux deux missionnaires au moment du départ. Il ne restait à ceux-ci pour se diriger que de vagues indications qui rendaient leur marche tout à fait incertaine; mais les âmes héroïques aiment à voir tous les moyens humains leur manquer, afin de s’abandonner plus généreusement entre les bras de la divine Providence. C’est ce que firent ces hommes de Dieu.  

Ils partirent donc à la garde de Dieu, et sous la conduite de leurs saints Anges. À moitié route ils s’égarèrent, et se virent forcés de s’arrêter pour passer la nuit au milieu des bois. Ils avaient appris des sauvages à enlever la neige dans le lieu où ils voulaient placer leur lit de branches de sapin, et à former autour d’eux un petit parapet pour se protéger contre le vent. Afin de ne pas geler, ils allumèrent un grand feu et s’abandonnèrent alors au sommeil.

Le lendemain, nos voyageurs marchèrent encore longtemps à l’aventure, n’ayant pour toute nourriture qu’un petit morceau de pain; mais enfin ils arrivèrent épuisés, à huit heures du soir, dans le premier bourg de la nation du Petun.

Ils connaissaient les lois de l’hospitalité des sauvages, chez qui l’étranger est toujours le bienvenu, et ils entrèrent hardiment dans la première cabane venue pour y passer la nuit.

Sans le savoir, la Providence les conduisait là comme par la main pour le salut d’une pauvre âme. Le bruit de l’arrivée des Robes-noires fut bientôt connu. Quelques moments après ils voient accourir un jeune homme qui vient les chercher pour une malade de sa cabane. C’était une pauvre femme au moment de la mort. Elle n’avait plus qu’un désir, celui d’être admise à la prière des Français. Les missionnaires accourent et trouvent une âme prévenue des plus ineffables bénédictions de la grâce. Elle eut le bonheur de recevoir le baptême et mourut en paix.

Mais l’enfer ne pouvait pas voir sans frémir les triomphes qui se préparaient pour la foi…

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(1)  Le F. Sagard Récollet, les appelle les Petuneux ou nation petuneuse. Leur nom sauvage est Tiomnontateronons. — (2)  Les raquettes s’attachent solidement sous la chaussure, et empêchent d’enfoncer dans la neige. Leur nom est emprunté à l’instrument du jeu de volant, à cause de quelque ressemblance dans la forme et la structure, mais non dans la dimension.

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Message  Louis le Ven 02 Mai 2014, 11:49 am

Mais l’enfer ne pouvait pas voir sans frémir les triomphes qui se préparaient pour la foi. Il déchaîna aussitôt ses suppôts, et les calomnies répandues chez les Hurons pénétrèrent bientôt dans tous les villages avec un surcroît de terreur. Les deux Pères inspiraient une telle frayeur qu’ils voyaient souvent les femmes et les enfants s'enfuir à leur approche.

Un capitaine chez qui ils avaient logé, fut tout le temps dans les plus grandes appréhensions. Il ne leur cacha pas ses soupçons, et aucune explication ne pouvait les dissiper. Leurs moindres actes, même se mettre à genoux pour prier, lui semblaient des sortilèges. Il fit tout pour les forcer à partir, sans oser les chasser par respect pour les lois de l’hospitalité. Il craignait surtout que dans l’état d’exaspération des esprits, quelques sauvages ne vinssent chez lui donner la mort à ces étrangers. Car chez les sauvages on a tout droit de mort sur un sorcier, mais ils tiennent à n’en pas souiller leur cabane.

La persécution devint si active que les deux missionnaires pouvaient à peine s’arrêter deux jours dans un village. Ils entendaient quelquefois leurs hôtes s’éveiller la nuit en sursaut, et leur commander de sortir au plus vite de la cabane ; d’autres leur criaient du dehors de partir avant le jour et sans s'arrêter dans le village, sans quoi on leur fendrait la tête.

Les deux Pères avaient déjà passé quelques mois dans ces périls continuels, sans trouver possibilité de fonder quelque chose de stable. Ils se décidèrent au retour ; mais leur travail ne fut pas stérile. Ils connaissaient les lieux, et ils avaient préparé les voies. Dès l'année suivante, le P. Ch. Garnier retourna dans ces contrées, et il réussit à y former une église florissante, qu’on nomma Mission des Apôtres, et qu’il a arrosée de son sang en 1649.

En même temps le P. Jogues, regardé déjà comme un missionnaire aguerri, recevait une autre destination importante.

En 1641, des sauvages d’origine algonquine, nommés Ottawas (1), vinrent des bords du lac Supérieur visiter des tribus algonquines qui vivaient près des Hurons, et assister à leur grande fête des morts C’était une grande solennité pour les sauvages de cette contrée, et elle ne se renouvelait que tous les dix ou douze ans.

Parmi les missionnaires résidant chez les Hurons, quelques-uns prenaient soin de ces tribus algonquines et comptaient déjà parmi elles un bon nombre de néophytes. Ils ne manquaient pas d’accourir dans ces grands concours pour établir des relations avec les visiteurs étrangers, et ouvrir ainsi quelque nouvelle voie à l’Évangile.

Frappés de ce qu’ils entendaient dire de la prière…

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(1) Cette nation, que les Français appelèrent les Sauteux parce qu’ils s’étaient fixés dans les environs du saut Sainte-Marie, célèbre rapide qui unit le lac Supérieur au lac Huron, avait habité autrefois la grande rivière qui porte encore leur nom, et qui vient se jeter dans le Saint-Laurent devant l'île de Montréal.

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Message  Louis le Sam 03 Mai 2014, 11:11 am

Frappés de ce qu’ils entendaient dire de la prière des Français et de ce qu'ils voyaient de leurs yeux, les Ottawas répondirent volontiers aux avances des missionnaires, et sur leurs instances ceux-ci promirent d'aller les visiter à l'automne, au saut Sainte-Marie (1), quand ces peuples nomades s'y assemblent pour la pêche du poisson blanc.

Le P. Jogues, bien exercé dans la langue huronne, fut adjoint au P. Charles Raymbault (2), qui possédait très-bien la langue algonquine, et ils partirent le 17 septembre 1641 pour le saut Sainte-Marie. Avec ces deux langues, ils pouvaient se mettre en relation avec les peuples qu’ils allaient rencontrer.

Ils avaient à parcourir dans leur petit canot d’écorce près de 400 kilomètres sur le grand lac huron, en longeant ses rives septentrionales au milieu de la forêt d’îles qui les bordent.

Près de deux mille sauvages de différentes nations les attendaient déjà, et ils leur firent le plus bienveillant accueil. Les Pères y répondirent, selon l'usage, par des présents et des festins. Le capitaine des Sauteux voulut quelque chose de plus. Il éleva la voix au nom de sa nation, et fit les plus vives instances pour retenir les missionnaires au milieu d’eux. « Restez avec nous, leur disait-il, nous vous embrasserons comme frères ; nous apprendrons de vous la prière des Français, et nous serons dociles à votre parole. » (Relat. 1641).

Ces vœux ardents et sincères ne pouvaient pas être exaucés pour le moment…

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(1)  Les sauvages donnaient à ce saut le nom de Skiae, et les premiers Français rappelèrent Saut de Gaston. Il prit le nom de Sainte-Marie vers 1669, au moment de la fondation d’une mission sur ses rives. — (2)  Le P. Raymbault était en Canada depuis 1637, mais sa constitution délicate ne put pas résister à cette vie de missionnaire. Au retour de son excursion, il descendit épuisé à Québec, sentant bien que la fin du combat était arrivée pour lui. Il y mourut le 22 octobre 1642, à l’âge de quarante-et-un ans. « Cet  homme mort à lui-même, écrit l’historien protestant Bancroft, expira au moment où son cœur ardent formait le projet de porter l’Évangile jusqu’aux rives de l’Océan qui sépare l’Amérique de la Chine, et le corps de ce premier apôtre du christianisme chez les tribus du Michigan, fut déposé dans le tombeau que la justice de cette époque, avait élevé pour honorer la mémoire de l’illustre Champlain. Il était martyr du climat. » C’est le premier Jésuite mort à Québec.

On raconte de lui un trait touchant de la fin de sa vie. Depuis longtemps il cherchait à attirer à la foi un chef algonquin qui montrait beaucoup de bonté aux missionnaires. Il ne le gagna qu’au dernier moment, en sorte qu’on peut dire qu’il mourut en triomphant. « Mangouch, lui dit-il d’une voix éteinte, tu vois bien que je vais mourir. A cette heure je ne voudrais pas te tromper. Crois-moi, je t’assure qu’il y a là-bas un feu qui brûlera éternellement ceux qui n’auront pas voulu croire. » Cette vérité, que le barbare avait entendue bien des fois sans en tenir compte, le frappa comme un éclair on passant par la bouche d’un mourant. Il devint fervent chrétien.


Dernière édition par Louis le Dim 04 Mai 2014, 1:06 pm, édité 1 fois (Raison : orthographe)

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Message  Louis le Dim 04 Mai 2014, 12:05 pm

Ces vœux ardents et sincères ne pouvaient pas être exaucés pour le moment. Le petit nombre de missionnaires et les besoins croissants de la mission huronne ne leur permettaient pas de diviser ainsi leurs forces. Ils n’étaient allés si loin que comme de hardis explorateurs de terres nouvelles, pour en étudier le sol, en connaître les habitants, et préparer les voies aux conquêtes de la foi quand l’heure serait venue. Mais le chemin était ouvert et la première semence était jetée.

Les missionnaires ne quittèrent pas cette terre hospitalière sans y laisser une trace de leur passage et comme un signe de prise de possession au nom de la foi. Ils élevèrent une grande croix sur les bords de la rivière pour marquer la limite qu’avait atteinte la prédication de l’Évangile. Ils la tournèrent vers la vaste vallée du Mississipi, qu’on ne leur indiquait que très-vaguement, mais qu’on disait habitée par de nombreuses peuplades de nouvelles nations.

Le but était atteint. Munis de ces renseignements précieux, les deux missionnaires retournèrent avant l’hiver à la mission huronne. Le travail y était toujours abondant, mais les succès ne s’obtenaient qu’au prix de bien des épreuves et de bien des sacrifices.

Le P. Jogues reprit dans la résidence Sainte-Marie ses tranquilles et modestes occupations; mais l’heure des grands combats ne devait pas tarder à sonner pour lui. Il allait se trouver aux prises avec l’ennemi le plus redoutable et le plus acharné des Hurons et de la foi chrétienne. C'était l’Iroquois (1).

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(1) Selon Charlevoix, le nom Iroquois fui donné à ce peuple par les Français. Il vient du mot Hiro ou Hero qui signifie j'ai dit, par où ils terminaient tous leurs discours, comme les anciens Romains, et de koué! cri guttural plus ou moins prolongé, qu’ils faisaient alors entendre pour appuyer leur parole. Le savant George Horn a été chercher une source plus éloignée, mais bien plus hasardée. Il fait descendre ce peuple et son nom des Ircans d’Hérodote. (De l'origine des Américains).

A suivre : chapitre V.

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Lun 05 Mai 2014, 1:15 pm


CHAPITRE V

 Les Iroquois. — Voyage du P. Jogues à Québec. — Sa captivité.

Sans être le plus nombreux (1), le peuple iroquois était le plus terrible de tous ceux que les Français connaissaient alors en Canada. Il n’avait pas la soif de s’enrichir, car cette passion n’entre pas dans le cœur d’un sauvage, mais il voulait dominer et ne supportait pas de rivaux. Depuis près d’un demi-siècle, ses entreprises, toutes couronnées de succès, l’enivraient d’orgueil. Son nom répandait au loin la terreur. Ses voisins avaient tous appris à leurs dépens à redouter sa valeur guerrière, qui n’avait d’égale que sa cruauté.

Les Hollandais de Manhatte avaient commencé depuis peu à leur distribuer des arquebuses, ce qui doublait leurs forces et leur assurait la supériorité sur les autres nations.

Les Iroquois formaient une espèce de république fédérative composée de cinq cantons ou nations que les Français nommaient Agniers, Oneiouts, Onnontagués, Goïogoens et Tsonnontouans (1). Ils étaient commandés, comme tous les autres sauvages, par des chefs ou capitaines, et administrés par les grandes assemblées des anciens. Chaque canton conservait son autonomie et son indépendance dans tout ce qui regardait ses intérêts privés. Dans les causes communes ils unissaient leur action et se prêtaient un mutuel secours.

Leur position géographique favorisait leur instinct guerrier et chasseur et leurs relations extérieures. Echelonnés sur la côte méridionale du lac Ontario et sur la rivière des Mohawks, depuis Niagara jusqu’à la rivière Hudson, ils avaient à l’ouest l'accès facile sur les grands lacs du Canada et même sur le Mississipi, et à l’est ils pouvaient, avec leurs légers canots, descendre jusqu’à l’Atlantique.

Le canton des Agniers, le plus voisin de la colonie hollandaise de Renselaerswich (auj. Albany), et chez lequel nous allons voir bientôt le P. Jogues, entretenait avec ces Européens un commerce actif d’échange pour renouveler les munitions de guerre et de chasse, et pour leur fournir les riches pelleteries, objet de la grande convoitise des marchands. Mais ces relations étaient fatales aux sauvages, non-seulement à cause de la facilité qu'ils trouvaient à contenter leur passion pour les liqueurs enivrantes, mais aussi par la haine religieuse qu'on leur inspirait contre le catholicisme et ses apôtres.

Depuis quelques années les Agniers surtout avaient recommencé à faire une guerre à mort aux sauvages alliés des Français, en particulier aux Hurons et aux Algonquins, qui trafiquaient le plus avec la colonie française. Ils descendaient par le lac Champlain et la rivière Richelieu, qui a gardé longtemps leur nom, et se portaient sur les bords du grand fleuve pour surprendre et piller les convois.

A cette époque, les Français n'avaient encore que…

____________________________________________

(1) En 1650, la population iroquoise s’élevait à peine à vingt cinq mille âmes, et comptait environ deux mille deux cents guerriers (Relat. 1660). — (1) Les Anglais  les nommaient  Mohawks, Oneidas, Onondagas, Cayugas et Sénécas.

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Mar 06 Mai 2014, 11:02 am

A cette époque, les Français n'avaient encore que deux petites villes ou plutôt deux postes dans ces contrées lointaines : Québec et Trois-Rivières. Leur enceinte palissadée n'était défendue que par quelques soldats. Si les Iroquois avaient eu le secret de leur faiblesse, et s'ils avaient mis plus de tactique dans leurs attaques, la colonie n’eût pas résisté longtemps.

Ils semblaient d'abord n'en vouloir qu'aux sauvages et à leurs marchandises; mais la présence d'étrangers dont ils redoutaient la domination, et leur antipathie pour des principes religieux qui contrariaient leurs instincts barbares, les poussèrent à une guerre de destruction qui s’étendit aux nouveau venus comme aux indigènes. Ils étaient en permanence sur le fleuve et sur la rivière des Ottawas. Leurs guerriers, divisés en bandes de vingt cinquante et cent hommes, étaient distribués sur une ligne de plus de quatre cents kilomètres, et dans les positions les plus avantageuses, de manière à être maîtres de tous les passages. Ce qui échappait aux uns tombait infailliblement au pouvoir des autres.

Connaissant l’influence des Français sur les tribus qui s’étaient alliées à eux, les Iroquois ambitionnaient de s’emparer de quelque Peau blanche (c’est-à-dire un Français), et surtout d’une Robe-noire. Le P. Jogues fut leur victime.

Ce qui a été recueilli sur les terribles souffrances de sa première captivité et sur les événements qui se passèrent alors est dû, au récit de chrétiens prisonniers comme lui et qui parvinrent à s’échapper, mais surtout à deux longues lettres dans lesquelles le pieux missionnaire en raconte lui-même à ses Supérieurs les principales circonstances. L’une, pleine de charme et de candeur, respire l’élégance de la plus pure latinité ; c’est un monument précieux de ses combats d’autant plus digne de foi qu’il vient de la plume d’un homme qui a toujours fui l’éclat, et dont la modestie n’a été vaincue que par l’obéissance. Pour retracer ces tristes scènes, il choisit la langue latine pour deux motifs qui montrent en même temps et son humilité et sa piété. « Je pourrai, dit-il avec simplicité, employer plus aisément les paroles mêmes de nos livres saints (1), qui furent ma plus grande consolation dans mes extrêmes tribulations, et en même temps cette lettre sera moins facile à répandre. »

Grâce à une pieuse adresse…

_____________________________________________________

(1) Nous ayons essayé d’indiquer les sources de ces textes, que le P. Jogues ne pouvait citer que de mémoire.  

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Mer 07 Mai 2014, 1:51 pm

Grâce à une pieuse adresse, des frères à qui il aimait à ouvrir son cœur dans l'épanchement de la conversation, sont parvenus à obtenir de lui bien des détails qu’il avait enveloppés du plus profond silence, et dont il semblait ignorer lui-même le mérite. C’est donc en quelque sorte lui-même qui va parler ici.

Dans les communications intérieures qu’il avait eues avec Dieu, en revenant du pays des Sauteux , le P. Jogues reçut une sorte de révélation de ce qui allait lui arriver. Étant prosterné la face contre terre devant le Saint-Sacrement, et demandant avec instance à Notre-Seigneur de boire le calice de ses souffrances et de travailler par là plus efficacement à la gloire de son saint nom, il entendit comme une voix qui répondait aux aspirations de son coeur : « Ta prière a été exaucée, tes vœux seront accomplis; arme-toi de force et de courage (1). » Ces paroles lui restèrent gravées dans la mémoire avec une certitude semblable à celle qu’inspire la foi. Elles lui furent toujours présentes au milieu de ses tourments, et elles le soutenaient. Il ne doutait pas qu’elles ne lui eussent été adressées par Celui pour qui l’avenir n’a rien de caché, et qui seul peut rendre l'homme invincible dans des combats si au-dessus des forces de la nature.

Le P. Jérôme Lalemant (1), alors Supérieur de la mission huronne, sans savoir ce qui s’était passé entre Dieu et son serviteur, avait jeté les yeux sur lui pour une périlleuse entreprise. Il s’agissait d’un voyage à Québec pour les affaires de la mission. Tout en proposant au P. Jogues de s’en charger, il le laissa cependant libre de reculer devant le danger.

C’était alors la plus hasardeuse des expéditions, car le grand fleuve était couvert de guerriers iroquois qui semblaient animés d’un redoublement de rage. Consentir à ce voyage était s’exposer à peu près à la perte certaine de la liberté et de la vie.

L’année précédente, les Français avaient rejeté la paix que les Iroquois proposaient à des conditions inadmissibles, comme on va en juger. En février 1641, deux jeunes gens, François Marguerie et Thomas Godefroy, étant à la chasse, furent surpris par des Iroquois. Les traces de leurs raquettes sur la neige servirent de piste à leurs ennemis pour les découvrir, et ils les emmenèrent dans leur pays. Ils y furent d’abord un sujet de curiosité, et on les traita avec quelques ménagements. Des Iroquois qui avaient été prisonniers des Français les prirent sous leur protection, et l’un d'eux, qui reconnut Marguerie pour en avoir reçu des soins, dit tout haut qu’il ne fallait pas faire mourir ces captifs. Il offrit même des présents pour leur délivrance.

On tint des conseils pour délibérer sur cette affaire…

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(l) Exaudita est oratio tua (Act. X. 31). — Fiet tibi secut a me petisti;  le texte sacré porte : erit tibi quod petisti (4 Reg. II. 10. : Confortare et esto robustus (Jos. I, 6). —  (1) Le P. Jér. Lalemant a été deux fois Supérieur général au Canada : «  C'est le plus saint homme que j’aie connu, écrit la Mère Marie de l'Incarnation. II mourut à Québec en 1673, à rage de quatre-vingts ans.

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Jeu 08 Mai 2014, 11:22 am

On tint des conseils pour délibérer sur cette affaire, et la conclusion fut qu’on devait profiter de ces Français pour traiter de la paix. Cinq cents guerriers partent dans ce but; mais les uns se dispersent sur le grand fleuve pour continuer à piller les Hurons et les Algonquins, et les autres, au nombre de trois cent cinquante, arrivèrent près de Trois-Rivières au commencement de juin.

On vit un matin devant le fort un canot monté par un homme seul et portant un pavillon blanc en signe de paix. C’était Marguerie. Il annonça au nom des Iroquois qu’il venait traiter de la paix avec les Français, mais non avec les sauvages. En secret il prévint les Français que le but des Iroquois était de se rendre maîtres de tous nos alliés, de les exterminer et de s’emparer ainsi du pays entier.

Le Gouverneur de Québec, informé de l’événement, monta à Trois-Rivières. En attendant son arrivée, le prisonnier retourna avec les Iroquois, accompagné d’un autre Français chargé d’une abondante provision de vivres. Le P. Ragueneau, supérieur de la mission, alla dans leur camp et fut bien reçu; mais leurs intentions hostiles aux autres sauvages se manifestèrent ouvertement; et même, pendant ces préliminaires, quelques-uns de leurs coureurs surprirent et massacrèrent des Algonquins.

Le Gouverneur de Montmagny arriva enfin et fut salué par une décharge d'arquebuses. Le P. Ragueneau et M. Nicolet (1) furent députés pour débattre les conditions de la paix. L'assemblée se tint dans le campement iroquois le 10 juin, avec un grand appareil. Onagan, un de leurs capitaines, parla avec beaucoup d'habileté, fît ses présents, et rendit la liberté aux deux Français.

Le Gouverneur consentit à la paix, mais à la condition qu'elle comprendrait les sauvages alliés. Voyant qu'ils n'atteindraient pas leur but, les Iroquois dissimulèrent, et pendant qu'ils retardaient à donner leur réponse, ils insultèrent les Français et tirèrent même des flèches sur leur chaloupe. Le Gouverneur ordonna alors une décharge générale de son artillerie; mais les sauvages s'étalent mis à l'abri, et ils décampèrent la nuit suivante.

La guerre allait reprendre avec plus d'acharnement que jamais.

Pendant cette courte suspension d'armes, le P. de Brébeuf était descendu malade du pays des Hurons et avait échappé aux Iroquois qui le guettaient.

Le P. Jogues fut moins heureux…

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(1) Le sieur Nicolet, d’abord simple interprète des sauvages, mérite, par les services qu’il a rendus, une place honorable dans l’histoire du Canada. Il y arriva en 1618 et périt dans les eaux en 1642. Il est le premier Français qui soit parvenu jusqu’au Mississipi, vers 1639.

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Ven 09 Mai 2014, 12:44 pm

Le P. Jogues fut moins heureux. II connaissait la rupture de la négociation et la haine qu’elle avait ravivée dans le cœur des Iroquois ; mais son sacrifice était préparé de longue main : « On ne fit que me proposer ce voyage, dit-il, sans me le commander. Je m’offris d’autant plus volontiers que la nécessité de l’entreprendre aurait jeté quelque autre missionnaire bien meilleur que moi dans les dangers que nous prévoyions. »

La charité et l'humilité disposaient ainsi la victime. Accoutumé à déférer aux moindres indices de la volonté de ses Supérieurs, il regarda cette proposition comme un ordre du ciel même, et il se prépara à l’exécuter par une retraite de huit jours et une confession générale.

Le 2 juin 1642, quatre canots étaient prêts dans le port de Sainte-Marie. Ils portaient de riches pelleteries qui allaient servir aux échanges des sauvages dans la colonie. Vingt guerriers, la plupart chrétiens, formaient cette expédition, qui demandait des courages à toute épreuve et des âmes d’une trempe énergique. Trois Français, avec le P. Jogues et le P. Raymbault, que sa santé obligeait à changer d'air, complétaient la caravane.

Le signal est donné, et les pagaies en mouvement font voler sur la surface des eaux ces intrépides voyageurs, emportant la bénédiction des Pères, et les vœux des parents et des amis réunis sur le rivage.

Les voyageurs furent trente-cinq jours en route avant d’atteindre Trois-Rivières. Ce trajet de mille kilomètres environ ne s'accomplit pas sans inquiétudes, sans fatigues et sans dangers. Mais l’ennemi ne se présenta pas. Le seul incident fâcheux du voyage fut le naufrage de deux canots en sautant un rapide. Une partie de leur bagage fut perdu.

Pendant cette longue course, le zèle du P. Jogues ne resta pas oisif. Son temps était partagé entre les soins à donner à son compagnon malade, et les exercices de piété qu'il faisait faire régulièrement à sa troupe. Soir et matin il récitait la prière à haute voix, et profitait de la situation critique dans laquelle ils se trouvaient pour leur inspirer à tous la crainte de mourir dans l’état du péché. Puis il s’occupait tantôt des néophytes, dont il nourrissait la ferveur par ses discours, et des catéchumènes, qu’il achevait d’instruire dans la doctrine chrétienne, afin de les tenir prêts à recevoir le baptême en cas de dangers.

Sans s’arrêter longtemps à Trois-Rivières…

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Sam 10 Mai 2014, 1:38 pm

Sans s’arrêter longtemps à Trois-Rivières, la pieuse troupe descendit promptement à Québec, terme de son voyage. Elle y fut reçue au milieu des transports de joie et d’action de grâces. Les Pères de Québec apprirent avec avidité les nouvelles des travaux et des souffrances de leurs frères, et ils se réjouissaient dans la pensée d’avoir une occasion favorable pour leur envoyer quelques secours.

La colonie de Québec fut pour ces sauvages un grand sujet d’édification. Les deux couvents des Ursulines et des Hospitalières (1) excitaient surtout leur admiration, ils ne pouvaient se lasser de les visiter. Tout leur paraissait merveilleux. Ce genre de dévouement, surtout dans un sexe faible et timide, restait pour eux un mystère. Leur surprise croissait encore quand on leur racontait les sacrifices que ces saintes filles avaient faits de leur famille, des douceurs de la patrie, de toutes les commodités de la vie, pour venir les consoler et les instruire, poussées par le seul amour de Dieu et par la charité qu’elles leur portaient.

La mission de Sillery, fondée pour les Algonquins, à quatre kilomètres de la ville, par le Commandeur dont elle portait le nom, était alors dans toute sa ferveur. Elle ne causa pas moins d’étonnement aux Hurons que les communautés de la ville. Ils voyaient là les merveilles qu’avait opérées la prière dans des cœurs naguère idolâtres et livrés au vice et à la superstition. Cette transformation les remplissait d’estime et d’amour pour la foi.

Les affaires des sauvages furent promptement expédiées : des haches, des chaudières, des tubes de verre, des couteaux, des alênes, des couvertures, des arquebuses, des munitions de chasse et de guerre payèrent les riches fourrures qu'ils avaient apportées. Ce commerce d’échanges profitait également aux uns et aux autres et rendait le marché facile.

De son côté, le P. Jogues avait reçu des bagages et des provisions pour une somme de huit mille francs environs, destinés à la mission des Hurons (1). C'étaient surtout des vêtements, des vases sacrés, des ornements d'église et quelques livres, trésor bien précieux dans un pays dénué de tout. Il était aussi chargé de lettres pour les missionnaires.

Après dix-neuf jours passés à Québec à tout préparer pour son retour, le fervent missionnaire était pressé de se remettre en route. Il avait hâte d'aller rejoindre ses frères et de leur apporter quelques secours dans la vie de privation qu’ils menaient. Il retournait avec le même courage et la même confiance en Dieu qu'au moment de son départ.

Sa troupe avait grossi…

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(1) Ces deux précieux établissements, soutiens de la foi en Canada et une de ses gloires, ont continué sans interruption depuis 1639 jusqu'à nos jours, et dans des proportions qui ont grandi avec les besoins, leur apostolat de zèle et de charité. La duchesse d’Aiguillon, nièce de Richelieu, a fondé l'Hôtel-Dieu de Québec, en même temps que madame de la Peltrie, jeune et opulente veuve d'Alençon, y établissait les Ursulines, qui avaient à leur tête la célèbre mère Marie de l'Incarnation. —  (1) La mission comptait alors quatorze Pères Jésuites, quelques frères et d’autres Français chargés des soins temporels, en tout trente-trois personnes, (Relat. 1641-1642.)

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Dim 11 Mai 2014, 11:35 am


Sa troupe avait grossi. Encouragés par le succès de la première partie du voyage, quelques Hurons restés à Québec l'année précédente résolurent de profiter de l'occasion pour retourner dans leur pays La présence du serviteur de Dieu au milieu d'eux leur inspirait une grande confiance. Deux Français, René Goupil et Guillaume Couture, d’une rare vertu et d’un dévouement à toute épreuve, montaient en même temps chez les Hurons. Ils étaient du nombre des donnés de la mission, et ils méritaient que le P. Jér. Lalemant écrivît, en parlant d'eux dans la Relation de 1643 : « Ces deux jeunes gens étaient incomparables dans leur genre, et très-propres pour ce pays-ci. »

Une jeune huronne, Thérèse Oïouhaton (1), du bourg d’Ossossané, qui depuis deux ans était confiée aux soins des religieuses Ursulines, et qui avait admirablement profité de son éducation, fut réunie à cette troupe pour retourner dans son pays avec son oncle Joseph Téondéchoren. Il fallut toute l’autorité du P. Jogues pour la décider à s’éloigner des Ursulines, pour lesquelles elle avait le plus tendre attachement. Son amour pour la vertu lui faisait appréhender les scandales qu’elle ne manquerait pas de trouver au milieu de ses compatriotes. Mais les missionnaires fondaient de grandes espérances sur ses exemples et sur son influence dans l’intérêt de la foi. Le Seigneur avait d’autres vues sur elle. Malgré son jeune âge, sa vertu allait briller dans les épreuves et les dangers de la captivité.

Cette pieuse troupe formait en tout quarante personnes distribuées dans douze canots. L’histoire nous a conservé les noms de quelques-uns de ces généreux compagnons du P. Jogues que nous verrons jouer un si beau rôle dans les tristes scènes que nous avons à décrire. C’était Joseph Téondéchoren (2), Charles Thondatsaa (3), Étienne Totiri, un autre Etienne, Théodore, Paul Ononhoraton, et surtout Eustache Ahasistari (1) avec son neveu.

Le P. Jogues quitta Québec à la fin de juillet avec ses nombreux compagnons; c’était un événement pour la petite cité. Ses pieux habitants s'intéressaient trop aux succès de la foi pour ne pas accourir et assister à leur départ, afin de leur exprimer encore leurs vœux et leurs espérances.

La petite troupe s'arrêta un moment à Trois-Rivières, où se trouvait alors le Gouverneur, M. de Montmagny (2), pour prendre une mesure qu’on regardait comme très-importante contre les Iroquois. Sur l’ordre du cardinal ministre, il allait élever un fort à l’entrée de la rivière qui servait à ces barbares pour descendre dans la colonie. Il lui donna le nom de Richelieu (3).

Appréhendant les dangers qu’allait courir le P. Jogues avec ses Hurons, le Gouverneur voulut détacher quelques-uns de ses soldats pour leur servir d’escorte; soit amour-propre, soit fatale sécurité, les chefs ne voulurent jamais y consentir. Un sauvage ne croit au danger que quand il est devant l’ennemi; ils ne négligèrent cependant pas de se préparer à tout événement et de redoubler leur prière pour se rendre le Ciel favorable.

Ils célébrèrent à Trois-Rivières…


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(1)  V. l'Appendice C. — (2)  V. l'Appendice D. — (3) V. l'Appendice E. — (1) V. l'Appendice F. — (2)  Les sauvages lui donnèrent le nom d'Onnontio, c’est-à-dire grande montagne (Mons Magnus), et ce nom est resté aux Gouverneurs qui lui ont succédé. — (3) Auj. Sorel ou William Henri. Ce fort Richelieu ne doit pas être confondu avec un fort du même nom, bâti par Champlain en 1634, dans l'île de Sainte-Croix, soixante kilomètres plus haut que Québec, et qui ne fut pas conservé longtemps.


Dernière édition par Louis le Mer 21 Mai 2014, 11:31 am, édité 4 fois (Raison : Présentation, déposer un lien.)

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Lun 12 Mai 2014, 11:28 am

Ils célébrèrent à Trois-Rivières la fête de saint Ignace en s’approchant de la sainte communion.

Le lendemain, veille de leur départ, les Hurons tinrent conseil, comme ils en ont l'usage dans les circonstances difficiles, afin de s’encourager mutuellement. On vit là tout l’empire que la foi exerçait sur leur cœur. « Y aurait-il parmi nous, dit un des capitaines, quelqu’un qui consentirait à ne plus croire en Dieu, quand même il se verrait brûler par les ennemis ? Nous sommes chrétiens pour être heureux au Ciel, et non ici-bas sur la terre. » Tous applaudirent à ce langage, et protestèrent que tels étaient aussi leurs sentiments.

Ahasistari parla le dernier, et il le fit en héros chrétien : « Mes frères, leur dit-il, si je tombe entre les mains des Iroquois, je ne puis espérer de vivre ; mais avant de mourir je leur demanderai ce que les Européens ont apporté dans leur pays : des haches, des couvertures, des chaudières, des arquebuses ; et je leur dirai : Ils ne vous aiment point; ils vous cachent la plus précieuse des marchandises que les Français nous donnent sans la vendre. Ils nous ont fait connaître un Dieu qui a tout créé, un feu éternel destiné à ceux qui l’offensent, un lieu de bonheur sans fin pour ceux qui le servent, où nos âmes et nos corps, qui doivent ressusciter, seront dans la gloire. Je leur dirai encore : voilà ma grande consolation. Exercez donc sur mon corps vos cruautés; vous en séparerez mon âme par vos supplices, mais vous n’arracherez pas cette espérance de mon cœur. » Puis, adressant la parole à Charles Tsondatsaa : « Mon frère, ajouta-il, si Dieu permet que je sois pris par les ennemis et que tu leur échappes, retourne dans ma patrie, assemble mes parents, et dis-leur que s’ils ont de l'attachement pour moi et encore plus pour eux, ils embrassent la prière. Elle seule fortifie et console. Un jour, s’ils suivent le parti de la foi, nous serons réunis. Dieu, le maître de la vie, est donc toute mon espérance, et en quelque lieu que je sois, je veux vivre et mourir pour lui. »

De pareils discours nous reportent au temps où les chrétiens de la primitive Église s’encourageaient au martyre. Il est beau de retrouver dans des cœurs sauvages, encore enfants dans la foi, la même résignation, la même ferveur et la même énergie.

Le second jour d’août, nos voyageurs…

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Mar 13 Mai 2014, 11:26 am


Le second jour d’août, nos voyageurs montèrent en canot et se mirent en route sous d’heureux auspices. Tout semblait favoriser leur navigation. Ils firent le premier jour quarante-huit kilomètres (1), et s’arrêtèrent le soir sur la rive en face des îles du lac Saint-Pierre (2), pour passer la nuit.

Le lendemain ils partirent de bonne heure, en suivant le rivage pour éviter le courant. Quelques-uns en tête tiraient leur canot à la corde, quand deux kilomètres plus haut, ils sont arrêtés tout à coup par des traces de pas d'homme fraîchement imprimées sur le sable.

Ce sont des Iroquois, disent les uns; non, ce sont des Algonquins, disent les autres. Le brave Ahasistari, dont l'expérience et la vertu inspiraient le respect, mit fin à la discussion en s’écriant : « Amis ou ennemis, qu’importe? D’après ces vestiges, ils sont moins nombreux que nous, qu’avons-nous à craindre? » Dans cet élan courageux, il oubliait qu’il était dans un pays ennemi, et qu’il avait tout à redouter d’hommes dont l’astuce égalait la fureur.

En effet, près de là, était en embuscade une bande de soixante-dix Iroquois, conduits par un traître, un Huron iroquisé (1), vil apostat qui se prévalait de sa connaissance de la route, ordinairement suivie par ses anciens compatriotes, pour les attendre en lieu sûr et les surprendre au passage. Cachés dans les joncs et les roseaux, ils guettaient leur proie. Aussitôt qu’ils la virent à leur portée, ils se lèvent en jetant des cris effroyables, et font une décharge générale de leurs arquebuses. Un Huron seul eut la main percée; mais plusieurs canots furent brisés, et ceux qui les montaient durent chercher une retraite dans le bois voisin, entraînant à leur suite une partie des Hurons avant même qu’on eût pu apprécier le danger de la situation et organiser la défense. Le désordre dans une armée est presque toujours le précurseur de la défaite, et si d’habiles chefs peuvent quelquefois en arrêter les suites, avec les sauvages c’est chose impossible.

Eustache, à la vue de l’ennemi, se jeta à genoux, et, au milieu du bruit de la fusillade, on l’entendit s’écrier : « Grand Dieu, c’est à vous seul que j’ai recours ! »

De son côté, le P. Jogues…

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(1) Charlevoix (Hist. de la Nouv.- France ) met à tort la prise du P. Jogues à soixante ou soixante-quatre kilom. de Québec. Il a été trompé par une note de la Mère de l’Incarnation. — (2) Nom donné à une partie très-élargie du fleuve, un peu au-dessus de Trois-Rivières.— (1) On l'appelait l’homme de Mathurin, parce qu’avant d’être pris par les Iroquois et de s’associer à leur haine contre les Français, il conduisit à Québec un jeune homme de ce nom, qui avait rendu chez les Hurons les plus importants services aux missionnaires, et qui retournait en France, où il se consacra à Dieu dans l’ordre des Capucins.



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