Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Louis le Ven 22 Aoû 2014, 1:21 pm

CHAPITRE  XIV

Vertus du P. Jogues. — Grâces obtenues par son intercession.

Nous ne rendrions pas pleine justice aux vertus du P. Jogues si nous passions sous silence quelques traits plus intimes, qui ont échappé dans ce récit, et qui nous ont été transmis par son confident et son ami, le P. Buteux, dont les manuscrits ont heureusement échappé à la destruction. Il faut d’abord reconnaître qu'il possédait à un haut degré les heureuses qualités qui, d’après le P. de Brébeuf, devaient caractériser le missionnaire des Hurons.

« Pour les convertir, dit-il, il ne faut pas tant de science que de bonté et de vertu bien solide. Les quatre éléments d’un homme apostolique en la Nouvelle-France sont l’affabilité, l’humilité, la patience et une charité généreuse. Le zèle trop ardent brûle plus qu’il n’échauffe, et gâte tout. Il faut une grande magnanimité et condescendance pour attirer peu à peu ces sauvages. Ils n’entendent pas bien notre théologie, mais ils entendent parfaitement bien notre humilité et notre affabilité, et se laissent gagner. » (Relation de 1636.)


HUMILITÉ  ET MORTIFICATION.

Nous emprunterons volontiers au P. Buteux la belle pensée qu’il met en tête de ses notes sur les vertus du P. Jogues : « J’ai toujours cru que ce qu’on disait et qu’on rapportait par écrit de la vie des saints était la plus petite partie et la moins considérable de ce qu’ils avaient fait, et qu’on ne disait quasi rien de leur intérieur qui est néanmoins le plus bel ornement de leur vie. (Omnis gloria filiæ regis ab in tus, Ps. XLIV (Toute la beauté de la fille de Sion vient de son intérieur). Je pensais que leur humilité leur faisait cacher ce qu’ils avaient fait de plus rare à l’extérieur, comme les miracles ou les grandes souffrances et tourments qu’ils enduraient pour l’amour de Dieu. Je me suis confirmé dans cette pensée l’an passé, où je demeurai avec le P. Jogues la plus grande partie de l’année. La solitude où nous étions et les entretiens familiers que j’ai eus avec lui m’ont fait admirer sa vertu, et découvrir beaucoup de choses que son humilité n’avait jamais manifestées, et néanmoins je n’aurais pas encore su tout ce que je dirai, si je ne me fusse servi du pouvoir que l’obéissance m’avait donné sur celui qui m’était cependant supérieur en tout et pour tout.

« L’humilité est une des vertus que j’ai le plus admirées en lui...

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Message  Louis le Sam 23 Aoû 2014, 11:27 am


HUMILITÉ  ET MORTIFICATION.

(suite)

« L’humilité est une des vertus que j’ai le plus admirées en lui. Elle m’a empêché d’obtenir bien des détails sur ses souffrances et ses combats ; il n’aimait pas à en parler. Le pressant un jour de me dire quelque chose sur ce que Dieu avait fait endurer à son âme dans sa captivité, je ne pus tirer de lui que ces trois mots : Dies isti mali, ces jours étaient mauvais.

« A l’entendre, la Compagnie de Jésus n’avait jamais eu un membre moins capable que lui de servir Dieu, ni de cœur aussi ingrat et aussi infidèle à sa grâce. Il se trouvait indigne de l’habit qu’il portait. Quand il s’entretenait de la faveur que Dieu lui avait faite de souffrir pour son amour, il gémissait sur le peu de profit qu’il en avait retiré, et ses larmes coulaient en abondance. Une de ses grandes fautes, qu’il se reprochait amèrement, était d’avoir eu quelque complaisance à la pensée de la mort comme terme de ses affreuses douleurs.

« Comment arracher quelques paroles un peu à sa louange, de la bouche d’un homme qui se cachait toujours dans l’ombre, pour couvrir les grâces signalées qu’il avait reçues du ciel, — qui était convaincu qu’il ne faisait rien de bon, et que ce qui venait des autres était toujours le meilleur? Il m’interrogeait comme aurait fait un novice sur la manière de faire son oraison et son action de grâces après la sainte messe. Il m’écrivit peu avant son départ pour Québec qu’il voudrait bien passer encore une année avec moi pour s’exercer à la vertu plus solidement qu'il n’avait fait: toutefois, ajoutait-il, j’aimerais encore mieux retourner pour la troisième fois au pays des Iroquois.

« Il a fallu user d’industrie pour obtenir de lui les renseignements qu’on a pu recueillir, non qu’il n’eût pas la soumission parfaite de l’obéissance, mais parce qu’il avait un sentiment si bas de lui-même, qu’il lui semblait ne pouvoir en parler qu’avec dédain. Il paraissait affligé et contraint lorsqu’on lui témoignait quelque estime pour avoir tant souffert pour Jésus-Christ, et lorsqu’on lui demandait à voir ses mains mutilées.

« A son retour en France, la Reine dut renouveler deux fois son invitation avant qu’il se décidât à paraître devant elle. Il ne pouvait se persuader qu’elle en eût véritablement le désir. »

Dans un moment d’épanchement avec le P. Buteux, il lui fît avec simplicité ce touchant et humble aveu : « Dieu m’a donné dès ma plus tendre jeunesse cette pieuse affection envers ceux qui me châtiaient, comme je ne le méritais que trop. Étant écolier, je prenais la férule, et quand je le pouvais, même la main de celui qui me corrigeait, afin de la baiser en signe de reconnaissance affectueuse. Mais je le fis particulièrement aux Iroquois, où, après qu’on nous eut donné la vie, je ne me lassai pas de baiser pendant plusieurs jours consécutifs, les piliers du théâtre ou échafaud sur lequel nous avions enduré, et la vue de ce lieu de supplice m’était un sujet de consolations, d’actions de grâce et de remercîments à Notre-Seigneur pour la faveur qu’il m'y avait faite. »

La dernière année de sa vie, il resta à Montréal…

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Message  Louis le Dim 24 Aoû 2014, 11:21 am


HUMILITÉ  ET MORTIFICATION.
(suite)

La dernière année de sa vie, il resta à Montréal, et, comme s’il eût pressenti l’approche de la mort, il voulut s’y préparer plus immédiatement en faisant une revue générale de sa conscience depuis ses premières années. Il apporta à cette confession, dit encore le P. Buteux qui reçut l’aveu de ses fautes, l’humilité et la candeur d’un enfant.

Il ne pouvait souffrir qu’on eût pour lui les ménagements et les attentions particulières que semblait réclamer l’état de faiblesse de sa santé.

« Je ne manque de rien, disait-il; je ne veux pas que lorsque je retournerai parmi les Iroquois, ma misérable nature tourne la tête vers ces maisons, où elle aura trouvé ses aises. Je n’ai besoin que des choses absolument nécessaires. Pourquoi me donnerais-je de ces adoucissements que je chercherai en vain plus tard? A Dieu ne plaise que je flatte les penchants de ce corps en lui accordant ce qu’il ne pourra pas toujours avoir ! »

Sa ferveur semblait augmenter chaque jour, et sa dévotion au très-Saint-Sacrement était le puissant moyen qu’il employait pour alimenter sa vertu. C’était devant ce Dieu caché qu’il aimait à faire ses exercices spirituels ; ni la rigueur du froid, ni l’in commodité de la chaleur, ni l’importunité des insectes n’étaient capables de le détourner de ses pieuses pratiques. Il assistait à toutes les messes qui se disaient, et il gémissait encore sur sa tiédeur. Il aurait voulu compenser, disait-il, le temps pendant lequel il n’avait pu offrir ce divin sacrifice, et suppléer par anticipation à celui où il serait encore privé de ce bonheur.

Le courage du P. Jogues pour souffrir a inspiré au P. Buteux cette pieuse réflexion :

« J’entreprends ce récit, dit-il, 1° afin de faire voir aux âmes lâches et poltronnes, telles que la mienne, comme c’est à tort que nous fuyons les peines et les mortifications sous le prétexte de santé, puisque ce Père qui a tant enduré est aussi sain et entier que jamais ; et 2° pour donner occasion aux âmes saintes et courageuses de louer Dieu et de le remercier de ce qu’il a encore en ce temps-ci des serviteurs et des âmes fidèles, qui adimplent in corpore suo quœ desunt passionum Christi (qui complètent dans leur corps ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ » (1).

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(1) Col. I, 21.


A suivre :  CHARITÉ ET CHASTETÉ.

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Message  Louis le Lun 25 Aoû 2014, 1:06 pm


CHARITÉ ET CHASTETÉ.

Son ardente charité envers ses frères et envers les sauvages brille déjà par ce que nous avons raconté. Jamais, au milieu de ses souffrances et des raffinements de cruauté de ses bourreaux, il ne se sentit la moindre aversion pour eux. Il éprouvait au contraire pour les Iroquois des sentiments de tendresse et de compassion; il désirait leur salut et sans cesse il priait pour eux. L’une de ses consolations était de penser qu’il avait été le premier à verser son sang pour la gloire de Dieu au milieu de cette nation infidèle, dans l’espérance que cet holocauste hâterait sa conversion.

L’aveuglement de ce peuple et son opposition à la foi affligeaient profondément son âme. Il regardait les excès de sa cruauté avec la pitié compatissante d’une mère affligée à la vue de son enfant atteint de frénésie. D’autres fois il le considérait comme la verge du Seigneur, chargée de châtier ses péchés, et il se courbait avec soumission sous sa main en adorant ses jugements.

Sa chasteté, aussi angélique que sa charité, excita l’admiration des sauvages eux-mêmes. Comme une sentinelle vigilante, il était toujours armé pour la défendre. Le traitement rigoureux qu’il imposait à son corps, déjà si cruellement torturé par ces barbares, prouve bien qu’il ne l’a jamais regardé que comme un esclave à dompter dont on a toujours à craindre la révolte.

L’état de nudité presque complète où on le laissa pendant une partie de sa captivité, fut pour son cœur une croix plus douloureuse que toutes ses autres souffrances.

Un Hollandais protestant, entrant un jour dans la cabane où il était, proféra des paroles indécentes à son adresse, et parla avec ironie de sa pudeur. Le serviteur de Dieu trouva dans son zèle des forces pour flétrir un tel langage. Il en releva si bien l'inconvenance et le crime, que les sauvages lui rendirent justice et dirent hautement que les Français n’étaient pas libertins et dissolus comme les Hollandais. Sa vertu rejaillissait ainsi sur sa nation entière.


A suivre : OBÉISSANCE ET ZÈLE.

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Message  Louis le Mar 26 Aoû 2014, 11:47 am


OBÉISSANCE ET ZÈLE.
Dès son entrée en religion, le P. Jogues avait compris tout le prix de l’obéissance et le secours qu’il trouverait dans sa pratique. Naturellement timide, craintif et même pusillanime, il devenait hardi et intrépide quand il exécutait la volonté de ses Supérieurs. Ceux-ci le connaissaient si bien, que dans les circonstances difficiles ils savaient qu’ils pouvaient s’appuyer sur lui comme sur un rocher. Lorsqu’il avait entendu ce mot : « Allez », il ne connaissait plus d’obstacle, il n’apercevait plus le danger. Avait-il au contraire une décision à prendre de lui-même, il s’arrêtait minutieusement à l’examen des plus petites difficultés, tandis qu’à la voix de ses chefs il ne considérait plus que l'exécution d’un commandement et la volonté de Dieu.

Cette disposition n’échappa pas à l’œil des sauvages. En le voyant si docile à la voix de ses maîtres et si ferme pour tout ce qui regardait la gloire de Dieu, ils lui disaient : « Vraiment, Ondesonk, c’eût été dommage de te faire mourir, car tu fais bien le maître quand tu le juges à propos, et l'enfant obéissant quand on te commande ce qui est raisonnable. »

En effet, il était toujours prêt à obéir au dernier des sauvages dans les choses licites, quelque basses qu’elles fussent; mais aussi il savait résister aux plus puissants lorsqu’il croyait les intérêts de Dieu compromis.

C’est par ces qualités qu’il avait su conquérir de l’empire sur plusieurs d’entre eux. On l’écoutait volontiers, et on finit par le respecter. L’un des anciens, et des plus influents, regardait comme un honneur de recevoir sa visite, et lorsqu’il s’y attendait, il se préparait d’avance à l’accueillir de son mieux et à le bien traiter.

La sainte hardiesse avec laquelle il s’élevait contre des désordres qu’il espérait corriger, excitait l’admiration des plus sensés, et ils lui disaient souvent : « Tu parles trop hardiment, tu te feras tuer. Si, ici où tu es captif et seul de ton parti, tu nous tiens tête, que ferais-tu donc si tu étais libre et parmi les tiens? Tu ne parlerais certes pas en faveur des Iroquois. » Ils ne connaissaient ni la charité ni l'intrépidité évangélique.

Dans les courses que fit le P. Jogues chez les Hollandais pendant sa captivité…

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Message  Louis le Mer 27 Aoû 2014, 11:30 am



OBÉISSANCE ET ZÈLE.
(suite)


Dans les courses que fit le P. Jogues chez les Hollandais pendant sa captivité, ils l’invitèrent souvent à prendre un peu de ces boissons spiritueuses que les sauvages appelaient de l'eau de feu et dont ils faisaient un si étrange abus dans la traite; il refusa constamment d’en goûter, pour montrer à ceux-ci l'horreur qu’il éprouvait pour cette liqueur, cause d’ivrognerie, de débauches et de tant de désordres.

Pendant sa captivité il eut la consolation de baptiser plus de soixante personnes, car il ne laissait échapper aucune des occasions que lui offrait la Providence d'ouvrir aux âmes les portes du ciel.

Ses maîtres le conduisirent un jour dans une bourgade voisine pour assister à des danses et à des jeux. Il les suivit, mais avec d’autres desseins que le plaisir. A peine arrivé il se déroba à la foule et au tumulte, et il se glissa dans les cabanes pour consoler les malades et les mourants, et leur administrer le baptême. Dans l’une de ces habitations il trouva cinq petits enfants atteints de la même maladie et prêts d’expirer. Leurs parents avaient couru à la réjouissance, en sorte qu’il eut tout le loisir de remplir son ministère et de les régénérer par le sacrement. Trois jours après, il apprit que tous s’étaient envolés au ciel.

Le zèle dont toute la vie du P. Jogues fut la constante expression, était la véritable chaîne qui le retint si longtemps captif des Iroquois. Plusieurs occasions de s’échapper s’étaient offertes à lui, mais il en repoussait toujours l’idée comme une tentation, à cause du bien qu'il trouvait à faire aux âmes. S’il finit par consentir enfin à s’évader, ce fut, comme nous l’avons vu, à cause de la crainte fondée que sa mort ne compromît les intérêts de la foi. Sa consolation était au contraire de penser qu’il pourrait peut-être un jour évangéliser ces contrées qu’il avait arrosées de son sang.

Le Seigneur lui accorda en effet cette grâce du retour, mais c’était pour consommer son sacrifice là où il l’avait si héroïquement commencé.

Le sang du martyr ne fut pas répandu en vain…




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Message  Louis le Jeu 28 Aoû 2014, 1:36 pm


OBÉISSANCE ET ZÈLE.
(suite)


Le sang du martyr ne fut pas répandu en vain. Il féconda cette terre impie. Quelques années plus tard, la foi alla y planter son étendard, et on y vit fleurir toutes les vertus chrétiennes.

Un autre fruit précieux de ce magnanime sacrifice, ce fut d’augmenter l’ardeur de ses frères et d’exciter dans leur cœur une sainte émulation de zèle et de vertu. « La rage des Iroquois, écrivait peu après le P. Jér. Lalemant, ne rendra pas inutile le mystère de la croix de Jésus-Christ. Nous serons pris, nous serons massacrés, nous serons brûlés, passe ! Le lit ne fait pas toujours la plus belle mort. Je ne vois ici personne baisser la tête. Au contraire on demande de monter aux Hurons, et tous protestent que les feux des Iroquois sont un de leurs motifs pour entreprendre un voyage si dangereux (1). »

La mort du serviteur de Dieu ne fut que le prélude des rudes épreuves par lesquelles allait passer l’Église naissante du Canada. Ce fut son époque la plus sanglante, mais aussi la plus glorieuse.

Enhardis par l’impunité et par le succès, les Iroquois se répandirent de tous côtés en portant partout la terreur et la destruction. Les plus éprouvés furent les Hurons et leurs missionnaires.

Dès 1647, un de leurs villages fut détruit tout entier avec tous ses habitants. Les Iroquois firent de toute la contrée une vaste ruine. Les PP. de Brébeuf, Gabriel Lalemant, Charles Garnier, Antoine Daniel, périrent de leurs mains, ainsi qu’un grand nombre de leurs néophytes. Mais ces jours d’infortune furent des jours de triomphe pour la foi; à l’école du malheur l’homme devient souvent sage. Les Hurons sollicitèrent en grand nombre le bienfait du baptême. Ils reconnaissaient dans les épreuves de l’adversité le châtiment qu’avait mérité leur longue et coupable résistance à la grâce. Dans leur résignation toute chrétienne, ils montrèrent un courage et une énergie de caractère qui seront, plus encore que leurs exploits guerriers, leur plus beau titre de gloire.

Quand les missionnaires purent enfin pénétrer dans les cantons iroquois, ils trouvèrent encore vivant le souvenir du serviteur de Dieu, et ils éprouvèrent plus d’une fois d’une manière sensible les effets de sa puissante protection.

Le P. Jacques de Lamberville, un des apôtres des Iroquois, obtint lui-même une de ces faveurs signalées, dans l’intérêt d’un Iroquois malade. Ses parents, très-attachés à leurs superstitions et renommés pour leur fanatisme, avaient eu recours à toutes les jongleries possibles pour obtenir sa guérison; mais le mal continuait à faire des progrès alarmants. Averti du danger par quelques néophytes, le missionnaire essaya inutilement de pénétrer près du malade. Dans cette extrémité, il s’adressa au P. Jogues pour faire lever les obstacles. Sa prière ne fut pas vaine. II terminait à peine son invocation que les portes si obstinément fermées s’ouvrirent comme d’elles-mêmes. Le malade l'accueillit volontiers et se montra docile à ses enseignements. La grâce avait triomphé, les heureuses dispositions du moribond le rendirent bientôt digne du baptême. Revenu à la santé, le nouveau néophyte ne se démentit pas et se montra fidèle jusqu’à la mort (1).

Les exemples et la puissance du serviteur de Dieu produisirent aussi d’heureux fruits même en France…

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(1) Relat., de 1647.

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Message  Louis le Ven 29 Aoû 2014, 12:39 pm


OBÉISSANCE ET ZÈLE.
(suite)


Les exemples et la puissance du serviteur de Dieu produisirent aussi d’heureux fruits même en France. La mère Catherine de Saint-Augustin, cette célèbre religieuse hospitalière de Québec, dont le P. Ragueneau a écrit la vie merveilleuse, lui dut sa vocation au Canada.

Novice à quinze ans au couvent de Bayeux, elle avait déjà un désir ardent de se consacrer à ces missions lointaines, et ce désir était partagé par sa sœur aînée, déjà professe chez les Ursulines.

Mais leurs parents, et surtout le père, M. de Longpré, y mettait une opposition si absolue, que la sœur aînée finit par abandonner complètement son projet. Il n’en fut pas de même de Catherine.

Pour appuyer son refus, le père adressa une requête au Parlement, et de son côté Catherine intéressait le ciel en sa faveur. Elle triompha. La Relation des missions du Canada qui racontait les travaux, les souffrances et la mort du P. Jogues, venait d’arriver en France. Elle tomba entre les mains de M. de Longpré, qui la lut avec le plus vif intérêt. La nuit suivante il se trouva très-fortement pressé de céder aux instances de sa fille, en sorte qu’à son réveil il sentit son cœur tout changé. Au même moment et de la même manière son épouse, alors très-éloignée de lui, éprouva le même changement. Ce fut pour eux un avertissement du ciel; ils ne voulurent pas mériter le reproche de s’être opposés à la volonté de Dieu, et ils donnèrent à leur fille le consentement qu’elle attendait.

Une guérison, qui tient du prodige, arriva quelques années après dans une communauté de Poitiers…

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Message  Louis le Sam 30 Aoû 2014, 11:22 am


OBÉISSANCE ET ZÈLE.
(suite)


Une guérison, qui tient du prodige, arriva quelques années après dans une communauté de Poitiers. On y possédait un objet pieux qui avait servi au P. Jogues. Une des religieuses, nommée Marie Prévost, lui dut la vie. À la suite de l’ouverture d’un abcès considérable, elle fut atteinte d’une fièvre maligne du plus mauvais caractère. Les douleurs devinrent aiguës et bientôt intolérables. Se rappelant alors la relique du P. Jogues, elle pria la Supérieure de l’appliquer sur sa plaie. Au premier moment la douleur augmenta considérablement, puis elle cessa tout à coup, et la malade se trouva complètement guérie.

L’année suivante, à la même époque et dans les mêmes circonstances, le mal reparut. La religieuse se souvint du bienfait qu’elle avait reçu, mais en se reprochant de n’avoir pas été assez reconnaissante envers son bienfaiteur. Elle eut de nouveau recours à lui, et elle promit de publier bien haut le prodige si elle guérissait. Sa prière fut encore exaucée, et elle obtint sa guérison immédiate. On en dressa aussitôt un acte authentique avec l’approbation de l’évêque, et il se conservait dans les archives des Jésuites à Paris (1).

Terminons ce récit par ce beau témoignage de l’écrivain américain déjà cité:

« Le P. Jogues est un des plus beaux exemples de la vertu catholique qu’ait vu notre continent. Les prêtres, ses confrères, admiraient son humilité, et ils nous disent qu’elle allait jusqu’au mépris de lui-même, le plus haut degré de la vertu à leurs yeux. Il se regardait en effet comme un néant, et ne vivait que pour faire la volonté de Dieu, manifestée par ses supérieurs.

Quoique d’une très grande douceur, il avait de l’énergie et de la vivacité dans le caractère. Nous l’avons vu pendant sa captivité, se montrer humblement soumis aux moindres caprices de ses maîtres; mais un mot qui blessait sa foi le changeait d’agneau en lion, et ses lèvres, qui paraissaient si timides, savaient prendre alors  le ton de la menace et du reproche. » (The Jes. in N. Amer.)


_________________________________________________

(1) Glorias del 2° siglo  de la C. de Jes. —  P. Jos. Cassani. .S. J.


FIN

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Re: Le P. Isaac Jogues, premier Apôtre des Iroquois.

Message  Roger Boivin le Sam 14 Jan 2017, 10:02 pm


Le p. Isaac Jogues de la Compagnie de Jésus, premier apôtre des Iroquois - par Martin, Félix, 1804-1886 -- publié en 1873 :

https://archive.org/stream/lepisaacjoguesde00martuoft?ref=ol#page/n9/mode/2up

Table des chapitres :

https://archive.org/stream/lepisaacjoguesde00martuoft?ref=ol#page/350/mode/2up


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