Mandement de Mgr Angebault, Evêque d'Angers, à l'occasion de la mort de Grégoire XVI

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Message  FRANC le Dim 29 Sep 2013, 9:45 am

In Collection intégrale et universelle des orateurs sacrés du premier et du second ordre et collection intégrale, ou choisie, de la plupart des orateurs du troisième ordre, publiée, selon l'ordre chronologique, par M. l'abbé M. Migne, Paris, 1844, PP. 424
http://www.archive.org/stream/collectionintgra84mign#page/212/mode/1up
MANDEMENT
A l'occasion de la mort du Souverain Pontife N. S.-P. le Pape Grégoire XVI, et de l'élection du Pape futur.
SUR LA PAPAUTÉ, par Mgr Guillaume Angebault ( 1790-1869), Evêque d'Angers.
« Nos très-chers frères,
Sous la houlette chérie de son pasteur, l'Eglise marchait avec confiance et priait le divin Maître qui veille à ses destinées de prolonger encore les jours du saint Pontife qu'elle entourait de ses respects et de Son amour. Il nous était si doux d'entendre ceux qui avaient eu le bonheur d'approcher de sa personne sacrée nous parler de sa bonté paternelle, de l'affabilité avec laquelle il les avait accueillis, de cette dignité tempérée
par l'aménité qui commandait les hommages du respect à ce potentat même qu'en présence de l'auguste vieillard, trahissait une émotion involontaire. (1) Le prélat fait sans doute ici allusion à la visite de Nicolas Ier, empereur de Russie à Rome, vers la fin de 1845.
Pontife vénéré, la prévoyance du prince des pasteurs vous avait choisi pour ces temps difficiles, comme elle sait toujours discerner ceux auxquels elle confie le gouvernail quand la barque doit être agitée par des orages.
Et voilà, N. T. CF., qu'au moment même où nous nous reposions doucement dans le calme de la sécurité, le messager qui, à travers les airs, transporte si rapidement les nouvelles, est venu nous apprendre à la fois et la maladie et la mort du chef auguste de l'Eglise. La lumière d'Israël s'est éteinte, les yeux du Voyant se sont fermés, et des rives du Tibre à celles de la Seine, un cri funèbre s'est fait entendre, répandant partout le deuil et la désolation.
Vous partagerez notre douleur, N. T. C. F., et vous payerez aussi un juste tribut à la mémoire de celui qui, dans la solitude du cloître, s'était formé à la piété et à la science ; qu'au retour de sa captivité l'illustre Pie VII appela à des emplois importants; que son successeur, qui se connaissait si bien en hommes, décora de la pourpre romaine ; auquel fut confiée la direction de la plus vaste, de la plus importante institution,
celle de la Propagande, et que ses vertus et ses talents appelèrent enfin au souverain pontificat. Grégoire ! nom cher à l'Eglise par tout ce qu'il rappelle de services rendus à notre mère commune. Cinq papes de ce nom sont comptés au nombre des saints. Le premier de tous mérita le surnom de Grand. Un autre, comme un mur d'airain, fut opposé aux scandales de son siècle, et sévère pour lui-même encore plus que pour
les autres, il mérita d'être placé sur les autels, malgré les calomnies qui voulurent ternir sa mémoire. Les sciences n'oublieront point celui qui apprit à l'Europe à mesurer le temps d'une manière plus exacte et plus sûre, et qui fit triompher une réforme salutaire. A vous, saint pontife, appartenait la gloire de clore dignement cette liste de vos prédécesseurs, et dans ces temps de défiance et d'exigence, d'apparaître appuyé à la fois sur la science et sur la piété.
Mais au moment où nous perdons celui qui est si digne de nos regrets, notre foi, N. T. C. F., doit-elle rester sans consolations, notre douleur sans espérances?
A cette époque, comme à quelques autres, le génie du mal viendra peut-être battre des mains près d'un catafalque; calculer le nombre d'années d'existence que le christianisme recèle encore dans son sein ; se préparer pour des funérailles, et avec des regrets hypocrites, faire l'éloge funèbre de ce géant, comme il l'appelle, c'est-à- dire du christianisme, dont on veut bien encore reconnaître les services, mais qui a ter-
miné sa course et dont la main vieillie laisse tomber le sceptre qui régissait le monde.
Ne craignez rien, N. T. C. F., du calcul de ces hommes qui croient qu'on peut compter les destinées de l'Eglise sur la même échelle qui leur sert a mesurer la durée des empires. Celui qui en posa les fondements, a voulu que Pierre triomphât de la mort, comme l'Eglise elle-même triomphera de l'enfer. Oui, Pierre est immortel, lui aussi il renaît de ses cendres, et lorsque les impies s'applaudissant, au décès d'un de ses successeurs, croient le tenir enchaîné dans la tombe a laquelle ils viennent appliquer leur sceau, s'ils regardaient bien, ils verraient que, déjà, le linceul de la mort a fait place à un vêtement de gloire et l'immortalité ; s'ils étaient plus attentifs et moins passionnés, ils entendraient l'ange du conclave crier comme autrefois : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Surrexit, non est hic. Le voilà qui surgit de la tombe, il se rend en Galilée, pour y confirmer ses frères. C'est là que bientôt vous le verrez répandant sur tous ses bénédictions et ses bienfaits : Ibi eum videbitis. » {Matth., XXVIII, 7.)
Déjà les princes de l'Eglise se réunissent dans la ville éternelle ; sénat auguste de vieillards qui, dans la balance de la foi, vont peser les destinées de l'Eglise catholique; au milieu desquels, Pierre debout près d'un cercueil à peine fermé, voit déjà celui auquel il va remettre ces clefs qu'il a reçues du premier de tous les papes.
Oui, N. T. C. F., nous aimons à vous donner ces nobles enseignements, ces consolantes instructions. Elles ne sont que la paraphrase de ce mot du grand Bossuet : « Tous les pontifes romains ensemble doivent être considérés comme la seule personne de saint Pierre continuée, dans laquelle la foi ne saurait jamais manquer. » (2)  Accipiendi Romani pontifices tanquam una persona Petri, in qua nunquam fides Petri deficiat. ( Defensio, etc., tome II, p. 191 )
C'est encore ce grain de sénevé qui germe, pousse, s'élève, ajoute successivement à son tronc vigoureux de nouveaux rameaux ; s'étend au loin pour offrir aux oiseaux du ciel l'abri de son ombrage, mais toujours de la même racine lire son suc vivifiant, toujours sur le même tronc élève sa tête majestueuse.
Admirable constitution de l'Eglise catholique ! Elle nous montre une autorité toujours la même, toujours visible, toujours vigilante, remontant au berceau du christianisme, entourée de modestie et d'éclat, de douceur et de force, placée entre les mains d'un vieillard et portant le caractère de la vigueur et de l'énergie. Les voilà ces pontifes, se passant d'âge en âge, et comme de main en main, ces droits, ces devoirs, cette sollicitude, ce zèle qui ne connaît, ni les temps, ni les lieux, ni les personnes, qui est toujours égal, toujours fort comme la mort.{Cant., VIII, 6.) Voilà le noble héritage de tous ces pasteurs, marchant à la suite de Jésus-Christ leur prince ; entourés quelquefois des peuples répétant aussi l'hosanna du triomphe, plus souvent cheminant après le maître à la trace de son sang, et aux trois couronnes qui ornent leur tête, joignant cette couronne d'épines qui convient si bien au vicaire du Crucifié !
Elevez les yeux, N T. C. F., considérez au centre de l'univers catholique, cette chaire antique et vénérée, dépositaire des promesses du divin fondateur; c'est à elle qu’il a été dit qu'elle serait la colonne de la vérité ; que « les portes de l'enfer ne prévaudraient point contre elle. » (Matlh., XVI, 18.) C'est à celui qui le premier l'a occupée, que Jésus-Christ a dit : « Je vous donnerai les clefs du ciel ; tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sera délié. (Ibid., 19.) Paissez mes agneaux, paissez mes brebis. » (Joan. , XXI, 15, 17.) Je ne veux point de distinction dans le troupeau; tout entier il vous sera soumis ; tous marcheront sous la même houlette. « Allez, confirmez vos frères, enseignez toutes les nations, et soyez assurés que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles.» (Luc, XXII, 32 ; Matth.. XXVIII, 20.)
Voilà donc que, partant pour accomplir sa mission, la papauté s'en va, à travers les âges, éclairant, réchauffant, relevant, offrant au faible l'appui de son bras, au savant le secours de ses lumières, au malheureux les trésors de sa charité, à ceux qui pleurent les consolations de la foi, et partout passant en faisant le bien [Act., X.38), comme celui qui l'a envoyée. La voyez-vous, au premier âge, affrontant la hache des bourreaux ; défendant ensuite le dépôt de la foi contre les subtilités de l'erreur; s'opposant en face aux violences de l'hérésie, même couronnée ; puis, au milieu des débris et des ruines, protégeant l'Europe- contre les barbares ; l'éclairant comme un phare élevé au milieu des ténèbres» et l'initiant par le christianisme aux bienfaits de la civilisation? La voyez- vous s'opposant à l'abus de la force, faisant entendre a tous la vérité, prêchant aux rois la douceur, aux peuples la soumission, brisant les fers de l'esclavage ; appelant à sa suite des légions d'apôtres; d'une main les guidant vers les Indes, de l'autre, leur ouvrant les continents du nouveau monde ; adoucissant la férocité des sauvages, ou plaidant leur cause contre la barbarie de leurs tyrans ; enlaçant tous les peuples dans les liens de la charité et de l'amour?
Telle est, N. T. C. F., celle œuvre commencée il y a dix-huit cents ans, et qui, chaque jour, se développe sous des mains successives, mais toujours avec le même esprit. Tel est le siège de Pierre, qui demeure inébranlable comme le roc sur lequel il a été posé. Devant lui les siècles passent en s'inclinant ; les rois, les dynasties courbent leur tête et disparaissent au temps marqué; les trônes s'écroulent et quelquefois avec fracas ; pour lui, il demeure toujours le même, il ne s'use point avec les années (Psal. CI, 28); la main du temps imprime au contraire au front de celui qui y est assis, celte majesté des âges qui commande le respect et la vénération.
Ainsi donc, toute la mission évangélique repose sur Pierre. La chaîne se prolonge, mais Pierre en tient toujours le premier anneau, attaché a la pierre angulaire qui est Jésus-Christ. (I Cor., X, 4.) La grande prophétie va toujours s'accomplissant à travers les obstacles et les siècles : les portes de l'enfer frémissent et ne prévalent pas. L'étendard de Pierre, toujours arboré sur son Eglise, est encore l'étendard des fidèles ; il n'est plus simplement le signal de notre foi, il en est le miracle et la preuve. Il supplée à tout autre prodige, il équivaut à tous. Ne nous demandez plus des aveugles guéris, des boiteux redressés, des morts ressuscités ; Pierre, du haut des cieux, tenant en main la chaîne des pontifes et leur transmettant successivement ses clefs et sa houlette, nous dit encore par eux, comme pendant sa vie mortelle : Voilà l'Eglise qui est fondée sur moi; j'en ai reçu l'empire de Jésus-Christ, et vos pontifes le reçoivent de moi ; comment vous guideraient-ils, s'ils n'étaient envoyés par moi : Quomodo praedicabunt, nisi mittantur ?  ('Rom., X, 15.) Je vous ai reçus dans ma barque; les tempêtes se sont élevées; les
vents se sont déchaînés ; avez-vous peur, passagers d'un jour? Ne craignez rien : malgré les orages, je vous conduirai au port. J'ai vu bien d'autres tempêtes ; mais là, tout à côté, sommeille Celui qui commande aux vents et qui appelle le calme quand il lui plaît.
Que craindriez-vous donc, N. T. C. F.? Non, non, demeurez calmes... et priez. Nous pleurons un pontife vénéré, venez mêler vos larmes à nos larmes, vos supplications à nos supplications; mais, nous vous le répétons, soyez calmes dans l'espérance par la foi. L'issue de ces élections-là n'est pas douteuse, et, si un signe d'en haut ne vient pas faire connaître celui que le ciel a choisi, croyez bien que l'assistance céleste ne fera pas défaut à l'assemblée auguste qui doit remplir le vide fait par la mort ; et si, ce qu'à Dieu ne plaise, des intérêts humains osaient balancer ceux de la foi,  il faudrait encore répéter ce mot si vrai de notre Fénelon : L'homme s'agite, mais Dieu le mène.
A vous donc, ô notre espérance, à vous, mère et maîtresse des Eglises, salut ! A vous, sainte Eglise romaine, à vous, Pierre, à vous, pontifes, ses successeurs, respect , obéissance, amour ! L'un de vous, du nom béni de Grégoire, disait que « dans l'ardeur de la foi et dans le dévouement au siège apostolique, l'Eglise gallicane ne suivait pas, mais devançait toutes les autres.» (3) ( Uptote quae in fervore fidei Christianae ac devotione apostolicae sedis, non sequatur alias, sed  autoccedat ( Epist. Greg. IX, ad epis. Remens. )
Nous croyons mériter encore ce noble éloge. Puisse, ô mère vénérée, puisse cette Eglise gallicane, votre fille bien-aimée, faire toujours votre consolation et votre joie ! Puissent ses lumières s'allumer toujours à votre flambeau ! Puisse son bonheur être toujours de vous chérir ! Puisse sa docilité payer toujours votre sollicitude! Puissent tous les agneaux, puissent surtout les brebis marcher avec empressement sous votre main bénie, afin qu'il n'y ait sur la terre, comme au ciel, qu'un seul troupeau et un seul pasteur ! Unum ovile et unus pastor. (Joan., X, 16.) »
Donné à Angers, le 15 juin 1846.
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