Grand schisme d'Occident...

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Grand schisme d'Occident...

Message  Louis le Jeu 30 Mai 2013, 3:25 pm

 
 
Élection d'Urbain VI, reconnu par tous les cardinaux et par toute l'Église.
Salutaires conseils que sainte Catherine de Sienne donne au nouveau Pape.
Urbain VI s’aliène les cardinaux français qui jettent des doutes sur son élections et commencent le grand schisme d’Occident.
Lettres qu’écrit à ce sujet sainte Catherine de Sienne.
Manifeste des cardinaux français ; réponse d’un magistrat de Florence.
Urbain VI  créé de nouveaux cardinaux.
Les cardinaux français font un autre Pape sous le nom de Clément VII.
Lettre de sainte Catherine de Sienne aux cardinaux italiens.
Le roi de France, Charles V, quitte le Pape Urbain VI pour Robert de Genève, dit Clément VII. Lettre que lui écrit à ce sujet sainte Catherine de Sienne.
La plus grande partie de la chrétienté continue à reconnaître Urbain VI.
Réponse mémorable de la nation anglaise aux cardinaux français et à la nation française. Réflexions.
Prédictions consolantes de  sainte Catherine de Sienne sur des temps qui viendront après les maux qu’elle avait annoncés. Nous commençons à voir l’accomplissement de ces prédictions.
Dernières actions, vertus et mort édifiante du roi Charles V.  
Christine de Pisan.
Bertrand Dugesclin.
Mort de Charles le Mauvais, roi de Navarre.
Commencement de Charles VI. Analyse de son règne par Chateaubriand.
Vertus guerrières et chrétiennes du maréchal de Boucicaut.
Soulèvements et révolutions en Angleterre par les sectateurs de Wicleff ou lollards.Richard II est détrôné par Henri IV, qui le fait mourir de faim, et qui après un règne plein de troubles et de révoltes, meurt lui-même frappé de Dieu.
Son fils, Henri V, étouffe une nouvelle insurrection des lollards.
Henri V gagne la bataille d’Azincourt, se voit maître de la France et de l’Angleterre, et meurt dans la force de l’âge.
Sous ces trois règnes, l’Angleterre continue à reconnaître les Pontifes romains  et non celui d’Avignon.Bon usage que les Papes faisaient en Angleterre de certaines nominations à eux réservées.
Vie, vertus et martyre de saint Jean Népomucène.
Vie de saint Pierre de Luxembourg, évêque de Metz.
État de l’Orient. Le sultan Bajazet menace de faire manger l’avoine à ses chevaux à Saint-Pierre de Rome. Il est vaincu et mis dans une cage de fer par Tamerlan. Guerres effroyables de ce dernier.
Successions sanglantes sur les trônes de Hongrie et de Naples.
État de l’Espagne et du Portugal.
Découvertes du prince Henri de Portugal sur l’Océan et en Afrique.
Commencements de Saint Vincent Ferrier.
Comment des saints pouvaient se trouver dans les deux obédiences. Réflexion de saint Antonin.  
Travaux apostoliques, miracles et vertus de saint Vincent Ferrier.
Dernières actions, extases et mort de sainte Catherine de Sienne.
Sainte Catherine de Suède.
Défauts d’Urbain VI, ses vertus et sa mort.
Élection et premières actions de Boniface IX. Il propose des moyens de terminer le schisme.
Mort de Robert de Genève, dit Clément VII. Son caractère. Ce que Clémangis dit de lui et de l’état de l’Église.
Les cardinaux d’Avignon élisent Pape Pierre de Lune sous le nom de Benoit XIII ; il manque à son serment de concourir à la réunion. La France se retire de son obédience, sans entrer dans celle de Boniface.
La ville de Rome se soumet de toute manière à la souveraineté de Boniface IX. Dernières actions et mort de ce Pape.
Pontificat d’Innocent VII.
Élection de Grégoire XII. Ses négociations avec Pierre de Lune pour la réunion ne paraissent pas sincères.
Efforts des anciens cardinaux des deux obédiences pour procurer la réunion. Ils tiennent le concile de Pise et élisent Alexandre V, qui meurt peu après.
Concile d’Udine, tenu par Grégoire XII.
Les cardinaux de l’obédience d’Alexandre V lui donnent pour successeur Jean XXIII. Ses premières actions.
Commencement de saint Antonin.
Le bienheureux Jean-Dominique, Frère prêcheur.
Commencement de saint Laurent Justiniani.
Étendue des trois obédiences.
Ouverture du concile de Constance par Jean XXIII. Ordre des questions à traiter, droit de suffrages, manière de les recueillir.
Le bienheureux Jean-Dominique, cardinal de Raguse, nonce de Grégoire XII à Constance, pour céder volontairement le pontificat en son nom.
Le concile, sans mentionner pourtant le bel exemple des évêques d’Afrique, pense et insiste de plus en plus pour que les trois Papes se démettent pour procurer l’union. Jean XXIII, qui a de la peine à y entendre, s’enfuit de Constance.
Quatrième et cinquième session du concile. Scission entre les cardinaux et les autres Pères. Décrets fameux de ces deux sessions.
Quel est le sens de ces décrets.
Quelle autorité peuvent-ils avoir dans l’Église.
De la sixième à la douzième session, les prélats de Constance  procèdent contre Jean XXIII,finissent par le déposer, et il y acquiesce.
Parallèle entre la conduite de l’empereur Sigismond et des prélats de Constance, au quinzième siècle, et la conduite du roi arien Théodoric et des évêques d’Italie et de France, au commencement du sixième.
La rigueur dont on use envers Jean XXIII est désapprouvée en France.
Grégoire autorise le concile de Constance et y abdique par son ambassadeur.
Voyage de l’empereur Sigismond en Espagne pour procurer la réunion. Le concile procède contre Pierre de Lune, dit Benoît XIII, et le dépose.
Règlements du concile pour la tenue du conclave.
Élection de Martin V, qui réunit toute la chrétienté.
Mystère de l’unité de l’Église catholique, d’après Bossuet.
Les Pères de l’Église ont signalé quelque chose de plus intime encore dans l’unité de sa hiérarchie.
Qu’est-ce qu’un hérétique ?
Quelle était l’hérésie de Wiclef.
Son ignorance et ses blasphèmes réfutés d’avance par le formulaire du Pape saint Hormisdas.
Les erreurs de Wiclef pénètrent en Bohême.
Jean Hus et Jérôme de Prague répandent en Bohême les erreurs de Wiclef. Leurs violences contre le Pape, qui les condamne, et contre les catholiques.
Jean Hus est cité au concile de Constance, auquel il en avait appelé lui-même.
D’après ses  propres paroles, il part de Prague et arrive à Constance sans sauf-conduit.
Le sauf-conduit de l’empereur Sigismond est tout bonnement un passe-port qui ne pouvait le soustraire au tribunal où il était cité et auquel il avait  appelé lui-même.
Circonstances équivoques concernant l’époque précise où Jean Hus reçut ce passe-port.
Confiance de Jean Hus le long du chemin. Son arrivée à Constance; il y est mis en arrestation, puis s’échappe de la ville, mais est repris et renfermé dans le palais pontifical.
Jérôme de Prague, arrivé clandestinement à Constance, s’enfuit, et demande à se justifier devant le concile, sauf à subir la peine des hérétiques si on peut le convaincre. Jean Hus parle de même.
Double sens du mot convaincre. Abus qu’en font Jean Hus et Jérôme de Prague. Langage de Jean Hus, plein d’équivoques.
Jean Hus est entendu plusieurs fois en audience publique par le concile.
Jean Hus promet de se rétracter, puis refuse.
Ses livres condamnés au feu. Lui-même condamné comme hérétique et livré au bras séculier. Substance de ses principaux écrits.
Jérôme de Prague se rétracte, puis retombe. Sa condamnation.
Le concile décide que la communion sous les deux espèces n’est pas nécessaire.
Doctrine de Jean Petit sur le tyrannicide. Ce que le concile en condamne.
Doctrine de Gerson, de Major et d’Almain, sur l’origine et la responsabilité du pouvoir temporel.
Doctrine des théologiens du concile de Constance sur le même sujet.
Les mêmes idées au temps de Charlemagne, et dans les théologiens et les jurisconsultes.
Caractère différents du pouvoir spirituel. Mauvais raisonnement de Gerson et de ses semblables. Leurs  ouvrages doivent être lus avec précaution.
Le concile de Constance prononce déposition contre les rois, reines, etc. qui ne se conformeraient pas à certains de ses décrets.
Deux bulles de Martin V pour la condamnation des erreurs. Son projet de réforme.
Concordat de Martin V avec chaque nation. Ses actes généraux de réforme.
Dénonciation de la doctrine de Jean de Falkenberg pour le fond dans celle de Jean Petit. Martin V défend, comme saint Gélase, d’appeler du Pape au concile. En quel sens Martin V approuve les décisions de Constance. Fin du concile.
Martin V va de Constance à Rome. Balthasar Cossa, autrefois Jean XXIII, vient se jeter à ses pieds et le reconnaît pour chef de l’Église.
Mort de Pierre de Lune. Extinction des restes de son schisme.
Derniers travaux et mort de saint Vincent Ferrier.
Le bienheureux Marcolin, du même ordre de Saint-Dominique.
Le bienheureux Jacques d’Ulm, du même ordre.
La bienheureuse  Clara Gambacorti, du même ordre.
Le bienheureux Pierre de Palerme.
Saint Bernardin de Sienne, de l’ordre de Saint-François.
Commencement de saint Jean de Capistran, du même ordre.
Le bienheureux Matthieu d’Agrigente, du même ordre.
La bienheureuse Angéline de Corbara, fondatrice du tiers-ordre régulier de Saint-François.
Les bienheureuses Lucie et Élisabeth, du tiers-ordre de Saint-François.
Sainte Radegonde ou Radiane, servante en Bavière.
Le bienheureux Bourcard, curé en Suisse.
Le bienheureux Oddin Barotto, curé de Fossano, en Piémont.
Merveilleuse réformation dans l’ordre des Bénédictins par un monastère ruiné de Padoue.
Le bienheureux Nicolas de Prusse.
La bienheureuse Marguerite d’Ombrie, religieuse augustine.
La bienheureuse Lidwine, vierge en Hollande.
Le bienheureux Louis Allamani, cardinal.
Le bienheureux Louis Albergati, Chartreux, cardinal et évêque de Bologne.
Martin V reçoit les ambassadeurs de l’empereur grec Paléologue pour la réunion ; il indique un concile à Pavie, puis à Sienne, où il est encore interrompu et indiqué à Bâle. Le Pape confirme les universités de Rostock et de Louvain. Sa mort.
___________________________________________________
 
 
 
* Note de Louis :
 
Histoire universelle de l'Eglise catholique.... 1872.  Rohrbacher, René François (1789-1856).
 
Numérisé par Gallica et provenant des collections  BnF.
 
Nous l’utiliserons pour fin non commerciale.
 
A la fin du livre de l'abbé Rohrbacher, il y a une table et sommaires : nous nous en servirons comme balises et nous les rapporterons dans ce fil au fur et à mesure de leur emploi.
 
 Bien à vous.


Dernière édition par Louis le Ven 01 Nov 2013, 6:39 am, édité 119 fois (Raison : Déposer un lien.)

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Re: Grand schisme d'Occident...

Message  Louis le Jeu 30 Mai 2013, 3:28 pm

Élection d'Urbain VI, reconnu par tous les cardinaux et par toute l'Église.

Le Pape Grégoire XI était mort le 27 mars 1378. Le 19 du mois d'avril les seize cardinaux qui étaient à Rome écrivirent aux six qui étaient demeurés à Avignon une lettre où ils disaient : « Afin que vous sachiez la vérité de ce qui s'est ici passé, et n'ajoutiez pas foi à ceux qui vous sont autrement rapporté, sachez qu'après la mort de notre seigneur et père le Pape Grégoire XI, de sainte et heureuse mémoire, nous sommes entrés en conclave le 7 de ce mois, et, le lendemain matin, vers l'heure de tierce, nous avons élu librement et unanimement pour Pape le seigneur Barthélemi , archevêque de Bari, homme distingué par l'éclat de grands mérites et de beaucoup de vertus, et nous avons déclaré cette élection en présence d'une très-grande multitude de peuple. Le 9 de ce mois, l'élu, intronisé publiquement, a pris le nom d'Urbain, et, le jour de Pâques, il a été couronné solennellement dans la basilique du prince des apôtres, aux acclamations d'un peuple innombrable. Nous vous mandons ces choses afin que, comme vous avez été affligé de la mort du seigneur Grégoire, vous vous réjouissiez avec nous d'avoir obtenu ce nouveau père; car nous espérons de celui dont il tient la place sur la terre que sous son gouvernement l'état de l'Église romaine et catholique refleurira et que la foi orthodoxe prendra d'heureux accroissements 1. »

Cette lettre est signée de seize cardinaux qui étaient à Rome, notamment de Robert de Genève, fait cardinal-prêtre des Douze-Apôtres en 1371, et de l'Aragonais Pierre de Lune, fait cardinal-diacre de Sainte-Marie en Cosmedin l'an 1375, l'un et l'autre par le Pape Grégoire XI. Le cardinal Robert de Genève écrivit en son particulier à l'empereur Charles IV, au roi de France, Charles V, au roi d'Angleterre, Richard II, témoignant de la libre élection d'Urbain VI 2. D'autres cardinaux écrivirent individuellement, dans le même sens, à d'autres personnages 1.

Les six cardinaux d'Avignon répondirent à la lettre des seize par une autre où ils reconnurent Urbain pour Pape ; ils lui écrivirent plusieurs fois à lui-même en cette qualité. Le cardinal d'Amiens, venant à Rome, de sa légation de Toscane, le 25 avril, fut reçu en consistoire comme légat et salua Urbain comme Pape. Ainsi il fût reconnu expressément par les vingt-trois personnes qui composaient alors le sacré collège. Reconnu par tous les cardinaux il le fut par tous les royaumes chrétiens, notamment par la France, où l'on trouve plusieurs actes datés de son pontificat 2.

Cependant…


_________________________________________

1 Raynald, ann. 1478, n. 19; D'Acheri,Spicileg. t. 1, p. 763, édit. in-fol. Gesta Pontificum Romanorum, auctore Pallatio, Venetiis, 1688, t. 3, p. 356.— 2 Pallat., Gesta. t. , col. 355.
1 Pallat., Gesta, t. 3, col. 355. — 2 Pez.


Dernière édition par Louis le Jeu 30 Mai 2013, 3:42 pm, édité 1 fois

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Re: Grand schisme d'Occident...

Message  ROBERT. le Jeu 30 Mai 2013, 3:37 pm

.
Merci Louis de nous entretenir du Grand Schisme d'Occident,

si bien relaté dans l'œuvre magistrale de M. l'Abbé ROHRBACHER...

.
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Re: Grand schisme d'Occident...

Message  Louis le Jeu 30 Mai 2013, 8:19 pm

Élection d'Urbain VI, reconnu par tous les cardinaux et par toute l'Église. (suite)

Cependant l'élection du nouveau Pape avait été accompagnée de circonstances particulières. Il y avait à Rome, à la mort de Grégoire XI, seize cardinaux, onze Français, en comptant Robert de Genève, qui était du comté de Savoie, quatre Italiens et un Espagnol. Les Français formaient un parti assez puissant pour faire encore un Pape de leur nation, mais ils ne s'accordaient pas entre eux. Les Limousins, en possession du pontificat depuis Clément VI, voulaient s'y maintenir. Ils étaient sept, savoir : Jean de Gros, cardinal de Limoges ; Géraud du Puy, cardinal de Marmoutier ; Guillaume d'Aigrefeuille, cardinal de Saint-Étienne, au mont Cœlius; Guillaume de Noellet, cardinal de Saint-Ange; Pierre de Vergne, cardinal de Sainte-Marie in via Lata; Pierre de Sortenac, cardinal de Viviers, et Gui de Malesec, cardinal de Poitiers. Ces deux derniers étaient ceux que la faction portait le plus ; mais ils avaient pour adversaires les autres cardinaux français qui leur donnaient ouvertement l'exclusion, disant que le monde chrétien s'ennuyait de voir toujours des Limousins sur le Saint-Siège et qu'il était temps de finir une domination qui semblait héréditaire dans un coin de la France.

Ces cardinaux si déclarés contre le parti limousin étaient Robert de Genève, cardinal des Douze-Apôtres; Hugues de Montalaix, cardinal de Bretagne ; Pierre Flandrin, cardinal de Saint-Eustache, et Bertrand Latger, cardinal de Glandève. Ils voulaient un Pape français, mais non limousin ; cependant leur faction ne pouvait se soutenir seule, et ils songeaient à la fortifier en se joignant aux Italiens, qui étaient François Thébaldeschi, cardinal de Saint-Pierre ; Jacques des Ursins, cardinal de Saint-Georges au voile d'or ; Pierre Corsini, cardinal de Florence, et Simon Broussan, cardinal de Milan. Ceux-ci, de leur côté, souhaitaient un Pape de leur pays, et, ne pouvant le faire avec quatre suffrages, ils avaient besoin d'en gagner d'autres, ce qui ne paraissait pas aisé parmi des intérêts si différents. Pour l'Espagnol Pierre de Lune, seul cardinal de sa nation, il inclinait plus pour les Français que pour les Italiens. Telle était la situation du sacré collège. Voici maintenant ce qui arriva, d'après le récit des auteurs italiens et les Mémoires du Vatican.

Le Pape Grégoire XI étant mort, les officiers de la ville de Rome firent des remontrances aux cardinaux pour obtenir un Pape romain ou italien. Ils leur représentèrent que depuis longtemps Rome, l'État ecclésiastique et l'Italie souffraient de l'absence des Papes ; que les églises, les monastères, les bâtiments publics tombaient en ruines et n'offraient aux yeux des étrangers qui venaient à Rome pour satisfaire leur dévotion qu'un spectacle lamentable et scandaleux ; que les guerres, les dissensions, les révoltes avaient presque détruit l'ancien patrimoine de Saint-Pierre ; que le gouvernement des étrangers, surtout des Français, était devenu une tyrannie intolérable ; que le remède unique à tous ces maux était d'élire un Pape ; romain ou italien; que le peuple le souhaitait avec ardeur et qu'on ne pouvait lui refuser cette satisfaction sans s'exposer à son ressentiment. Les cardinaux répondirent qu'une affaire de cette importance ne pouvait se traiter que dans le conclave, qu'alors ils feraient ce que la conscience et le bien de l'Église leur inspireraient.

Or ces prélats ne s'accordant point entre eux…

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Re: Grand schisme d'Occident...

Message  Louis le Ven 31 Mai 2013, 2:07 pm

Élection d'Urbain VI, reconnu par tous les cardinaux et par toute l'Église. (suite)

Or ces prélats ne s'accordant point entre eux, à cause de la haine qu'on portait aux Limousins, ceux-ci, pour donner aussi l'exclusion aux autres, jetèrent les yeux sur Barthélemi Prignano, archevêque de Bari, Ils considéraient son mérite personnel, ses habitudes anciennes avec la cour d'Avignon, où il avait rempli la place de vice-chancelier, ses liaisons avec Pierre de Montéruc, cardinal de Pampelune et Limousin, un des six qui étaient demeurés à Avignon, enfin sa qualité de sujet de la reine de Naples, princesse très-affectionnée à l'Église et à la cour romaine. Tout cela fut agité avant l'ouverture du conclave. Les cardinaux y entrèrent le 7 avril, et ils y furent gardés par des gens de confiance et nommés de leur part. Ce jour-là même les cardinaux d'Aigrefeuille et de Poitiers proposèrent l'archevêque de Bari et trouvèrent déjà les deux tiers des cardinaux assez disposés à le nommer. Le lendemain après la messe du Saint-Esprit, comme on songeait à terminer l'affaire, le cardinal des Ursins, qui désirait fort lui-même d'être Pape, voulut la remettre à un autre jour, sous prétexte qu'on n'était point assez tranquille parmi les cris de la populace répandue dans la place de Saint-Pierre. Il y avait effectivement quelques gens qui criaient autour du palais : Romano lo volemo, nous voulons un Pape romain; mais c'était sans mutinerie et sans violence, et seulement par le désir qu'ils avaient d'aller piller la maison de celui qui aurait été élu. Des Ursins ne fut point écouté sur cet article. Il proposa ensuite d'élire le cardinal de Saint-Pierre ; on lui répondit que ce cardinal était trop âgé et trop infirme, et que d'ailleurs, étant Romain, on croirait que l'élection se serait faite pour obéir aux volontés du peuple.

Après cela le cardinal de Limoges déclara purement et librement qu'il donnait sa voix à Barthélemi, archevêque de Bari, et presque tous les autres cardinaux furent du même avis. L'élection ainsi faite, on différa néanmoins de la publier, parce que l'archevêque était absent et qu'il y avait sujet de craindre qu'en l'annonçant au peuple, qui demandait un Pape romain, il ne se fît quelque tumulte, et que le prélat lui-même, qui était Napolitain, ne fût insulté en venant au palais. On l'appela donc, avec d'autres évêques italiens, sous prétexte de quelques affaires importantes, et après midi l'élection fut réitérée d'un consentement unanime.

Cependant il transpira quelque chose de ce qui s'était passé dans le conclave…

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Re: Grand schisme d'Occident...

Message  Louis le Ven 31 Mai 2013, 5:07 pm

Élection d'Urbain VI, reconnu par tous les cardinaux et par toute l'Église. (suite)

Cependant il transpira quelque chose de ce qui s'était passé dans le conclave, et le peuple, en criant, demanda qui l'on avait élu Pape et de quel pays il était. L'évêque de Marseille répondit : «Allez à Saint-Pierre, on vous le dira.» Ce mot fit une confusion dans les esprits ; on crut que le cardinal de Saint-Pierre était Pape, et quelques-uns allèrent piller son hôtel. D'autres, voyant qu'on ne publiait point encore l'élection et soupçonnant du mystère, entrèrent dans le conclave comme pour obliger les cardinaux à déclarer le Pape élu. Alors le sacré collège, craignant le ressentiment du peuple s'il apprenait qu'on n'avait pas élu un Romain, engagea le cardinal de Saint-Pierre à se laisser revêtir de la chape pontificale et à souffrir les respects qu'on viendrait lui rendre. Cette espèce de jeu contenta effectivement les plus empressés de ces bourgeois, et, pendant ce temps-là, les cardinaux se retirèrent les uns dans leurs maisons, les autres dans le château Saint-Ange, quelques-uns à la campagne. Enfin, quand le cardinal de Saint-Pierre eut déclaré qu'il n'était point Pape, et que c'était l'archevêque de Bari, le peuple romain, bien loin de s'en plaindre, comme on le craignait, en témoigna au contraire beaucoup de joie.

On le fit savoir aux cardinaux et on les pria de revenir le lendemain au palais pour ratifier l'élection ; ce qu'ils firent avec tout l'ordre et toute la liberté possibles. L'intronisation se passa de même. Toute la semaine sainte le nouveau Pape, qui avait pris le nom d'Urbain VI, célébra les offices de l'Église avec le sacré collège. Le dimanche de Pâques le couronnement se fit à l'ordinaire ; les seize cardinaux y étaient présents. Tout le reste du temps qu'ils demeurèrent auprès d'Urbain ils le traitèrent comme Pape légitime, lui demandant des dispenses et des grâces pour eux et pour leurs amis, lui faisant à leur tour de petits présents, le nommant en public et en particulier, à la messe et dans les autres prières de l'Église, officiant toujours avec lui aux grandes fêtes de Pâques, de l'Ascension, de la Pentecôte et du Saint-Sacrement; surtout écrivant de tout côtés qu'ils avaient élu très-unanimement et très-librement le seigneur Barthélemi, archevêque de Bari, présentement appelé Urbain VI. Aux cardinaux électeurs se joignirent Jean de la Grange, cardinal d'Amiens, qui pendant l'élection, était légat en Toscane, et qui, à son retour à Rome, rendit à Urbain tous les hommages dus au souverain Pontife. Telle est en somme la narration des auteurs italiens et même quelques autres, comme d'Alphonse, ancien évêque de Jaën et compagnon de sainte Brigitte, ainsi que de Gobelin Person, né en Westphalie, employé à la cour romaine pendant ces événements, et qui, dans son Histoire universelle, transcrit et adopte le récit d'Alphonse 1

Les Mémoires du Vatican…

___________________________________________________________

1 Apud Meihom., Scriptores rer. Germ., t. 1, p. 293. Gobelini Personæ Cosmodromii ætas 6, c. 74. Raynald, ann. 1378. Papebroch. Pallat.

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Re: Grand schisme d'Occident...

Message  Louis le Sam 01 Juin 2013, 12:51 pm

Élection d'Urbain VI, reconnu par tous les cardinaux et par toute l'Église. (suite)
Les Mémoires du Vatican qui contiennent les dépositions des témoins entendus plus tard, rapportent des particularités qu'il ne faut pas omettre. Selon ces actes il y avait deux factions ou fractions dans le sacré collège : celle du cardinal de Genève opposé aux Limousins, à là tête de laquelle était le cardinal de Limoges. Les uns et les autres, pour s'exclure mutuellement, s'attachèrent, même avant le conclave, à Barthélemi Prignano, archevêque de Bari. Ce prélat en sut quelque choses et il en fut, dit-on, assez mécontent. Les bannerets ou chefs de bannières à Rome avaient d'abord demandé un Pape romain ou italien ; mais, quand les cardinaux furent en conclave, ils vinrent leur dire que le peuple voulait uniquement un Pape romain et qu'un Italien ne les satisferait point. Cette requête fut rejetée par les cardinaux, qui persistèrent à vouloir l'archevêque de Bari, parce qu'il avait toutes les qualités qui font les bons Papes, et tout aussitôt après le départ des bannerets on alla aux suffrages. Le cardinal de Limoges nomma l'archevêque ; tous les autres firent de même ; il n'y eut que le cardinal des Ursins qui dit : « J'élis celui qui aura le plus de voix. » Or tout cela se passa six heures entières avant qu'il y eût le moindre mouvement parmi le peuple.

Le bruit commença soit par les émissaires du cardinal des Ursins, qui désirait fort la papauté, soit par le faux bruit qui se répandit que Jean de Bar, Français de nation et camérier du feu Pape, était élu. C'est à cette occasion que les cardinaux, pour se débarrasser de la populace, prièrent le cardinal de Saint-Pierre de se contraindre pendant quelques moments et de recevoir les honneurs qu'on rend aux nouveaux Papes. Quand cette espèce de comédie fut passée et qu'on sut que l'archevêque de Bari avait eu les suffrages, la sédition devint générale, parce que ce prélat n'était pas romain. Les cardinaux voulurent s'enfuir ; mais on les ramena de force dans le conclave pour procéder à une autre élection. Le tocsin sonnait à Saint-Pierre; on pillait, on insultait les Français ; on cherchait l'archevêque de Bari, les uns pour le tuer, les autres pour le forcer à se démettre. Cependant les cardinaux ne se laissèrent point intimider; ils dirent qu'ils n'éliraient point un Pape romain, et que, l'élection de l'archevêque de Bari étant faite, ils s'en tiendraient là, dût-il leur en coûter la vie. Enfin plusieurs personnes de considération, entre autres Agapit Colonne et l'abbé du mont Cassin, s'entremirent pour faire entendre raison à cette troupe de mutins, que la relation dépeint plutôt comme des gens ivres que comme des factieux. Le calme était établi dans la ville dès le vendredi 9 avril. Ce jour-là douze cardinaux s'assemblèrent au palais, annoncèrent le pontificat l'archevêque de Bari, le pressèrent de l'accepter, et, après qu'il se fut excusé quelque temps et qu'il eut consenti ensuite, on l'intronisa, on le couronna sans qu'il parût aucun vestige de sédition dans Rome ou de mécontentement dans la cour romaine 1.

D'après ces divers témoignages il y eut de la part du peuple romain…

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1Raynald, ann. 1378,n. 2 et seqq.

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Re: Grand schisme d'Occident...

Message  Louis le Sam 01 Juin 2013, 5:05 pm

Élection d'Urbain VI, reconnu par tous les cardinaux et par toute l'Église. (suite)

D'après ces divers témoignages il y eut de la part du peuple romain quelque mouvement, quelque violence, non pour faire élire l'archevêque de Bari, mais plutôt pour empêcher son élection; d'où il est naturel de conclure que l'élection d'Urbain VI ne fut point l'effet de la violence, mais qu'elle se fit librement par les cardinaux, comme eux-mêmes l'assurent dans leurs lettres à leurs collègues d'Avignon. D'ailleurs l'insistance du peuple à demander pour Pape non point telle ou telle personne en particulier, mais un Italien, mais un Romain en général, était-elle déjà si blâmable en soi ? Enfin le degré de violence qu'y mit le peuple allait-il jusqu'à détruire complètement la liberté des suffrages, de manière à rendre toute élection radicalement nulle? Cette dernière question est la principale de l'affaire.

Le nouveau Pape, Urbain VI, ayant pris possession du Saint-Siège suivant les anciennes coutumes, écrivit à tous les évêques et à tous les princes de la chrétienté pour leur notifier la mort de Grégoire XI et sa propre élection par le choix unanime des cardinaux 1. Celle qu'il écrivit au clergé d'Angleterre est du 19 avril 2. De leur côté, ainsi que déjà nous l'avons su, les cardinaux écrivirent dans le même sens, entre autres une lettre commune à l'empereur Charles IV, qui plus tard la rendit publique.

Sainte Catherine de Sienne était encore à Florence, pour réconcilier les habitants avec le Saint-Siège, quand elle apprit la promotion d'Urbain VI ; elle lui écrivit aussitôt une première lettre pour lui souhaiter et lui insinuer humblement la charité, la justice et la miséricorde, dont l'heureux mélange pouvait seul guérir les maux de l'Église. « 0 bien-aimé Père, dit-elle, déjà le monde n'en peut plus, tant les vices y abondent, et particulièrement en ceux qui sont placés dans le jardin de la sainte Église, comme des fleurs odoriférantes, pour y répandre le parfum de la vertu, et nous les voyons qui s'abandonnent à des vices si détestables qu'ils infectent le monde entier. » Le remède le plus efficace qu'y voie la sainte, c'est de choisir de bons cardinaux. Quant aux Florentins, elle conjure le Pape de les recevoir en ses bonnes grâces, quoique leurs dispositions ne fussent pas encore aussi parfaites qu'on aurait pu le désirer. Ce sont des enfants prodigues qui reviennent 3.

« Alors, dit Théodoric de Niem, témoin oculaire, il n'y avait aucun doute…

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1 Extant., l. prævium Urbani, p. 166 — 2 Concil. Britann., t. 3, p. 127. — 3 Lettre 15.


Dernière édition par Louis le Dim 02 Juin 2013, 1:30 pm, édité 2 fois (Raison : orthographe)

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Message  Louis le Dim 02 Juin 2013, 12:47 pm

Élection d'Urbain VI, reconnu par tous les cardinaux et par toute l'Église. (suite)
« Alors, dit Théodoric de Niem, témoin oculaire, il n'y avait aucun doute, aucun bruit sinistre dans la ville de Rome, même entre les cardinaux ou autres personnes quelconques, que le même Urbain ne fût le vrai Pape ou qu'il eût été élu par violence ou d'une autre manière peu canonique ; au contraire, tous les cardinaux disaient alors, et par écrit et de vive voix, et en public et en particulier, à tout le monde, même à ceux qui conféraient avec eux à ce sujet, que le même Urbain était vrai Pape, canoniquement et unanimement élu par eux. Telle est la vérité et on n'a pu la nier 1. » Ce témoignage est bien remarquable.

Il y avait cinq ou six mois que le monde chrétien reconnaissait ainsi unanimement le Pape Urbain VI lorsqu'on apprit tout à coup que les mêmes cardinaux qui avaient déclaré dans leurs lettres l'avoir élu très-librement et très-unanimement venaient d'en élire un autre, le 20 septembre de la même année 1378. Voici les principaux faits de cette déplorable division.

Barthélemi Prignano, devenu le Pape Urbain VI, serait demeuré en paisible possession de sa chaire de Saint-Pierre s'il avait su se ménager avec les cardinaux. Il semble que cela était aisé avec toutes les qualités qu'on avait admirées en lui avant sa promotion. Prignano était de Naples, né d'une famille noble, âgé d'environ soixante ans, d'une taille au-dessus de la médiocre et d'une complexion robuste. Il avait été d'abord archevêque de Cirenza, au royaume de Naples ; ensuite Grégoire XI le transféra au siège de Bari et lui confia le soin de la chancellerie romaine en l'absence du cardinal de Pampelune. C'était par estime pour son mérite. Il passait pour un des plus habiles hommes de son siècle dans le droit canon et dans le style de la cour de Rome. D'ailleurs grand homme de bien, ennemi de la simonie et du faste, ami des gens de lettres, modeste, dévot, dur à lui-même, portant sans cesse le cilice, jeûnant tout l'Avent et depuis la sexagésime jusqu'à Pâques; patient dans l'adversité, sensible au malheur des autres a en un mot, l'homme du monde le plus digne d'être Pape, s'il ne l'avait jamais été : c'est la réflexion des auteurs, même italiens. Cela veut dire qu'il lui arriva, comme à bien d'autres, de ne pouvoir porter le poids de sa dignité. Barthélemi Prignano fut un homme presque parfait ; Urbain VI fut, de l'aveu de tout le monde, trop entier dans ses volontés, trop peu liant pour le caractère et trop précipité dans les vues de réforme qu'il s'était proposées ; conduite qui pensa le renverser du trône apostolique, et qui contribuera beaucoup à faire naître dans l'Eglise un schisme de cinquante ans 1.

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1Th. de Niem, l.1, c. 3. Apud Raynald., ann. 1378, n. 17.
1 Hist. de l'Église gallic. l. 41.
A suivre : Salutaires conseils que sainte Catherine de Sienne donne au nouveau Pape.

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Message  Louis le Dim 02 Juin 2013, 4:48 pm

Salutaires conseils que sainte Catherine de Sienne donne au nouveau Pape.

Sainte Catherine de Sienne lui disait dans une de ces lettres : « Savez-vous ce qui arrivera si vous ne portez remède aux maux de l'Église autant que vous le pouvez ? Dieu veut absolument réformer son épouse et ne veut pas qu'elle soit davantage lépreuse. Si Votre Sainteté ne fait pas suivant son pouvoir, comme il ne vous a donné votre poste et votre dignité que pour cela, il le fera par lui-même, au moyen de beaucoup de tribulations ; il enlèvera tant de ces bois tortueux qu'à la fin il les dressera à sa manière. Très-saint Père, n'attendons pas à être humiliés, mais travaillez virilement, et faites vos affaires secrètement, avec mode et non sans mode; car de les faire sans mode c'est les gâter plutôt que les arranger ; faites-les avec bienveillance et un cœur tranquille. Écoutez ceux qui craignent Dieu et vous disent ce qu'il est nécessaire ou convenable de faire, en vous manifestant les fautes qu'ils savent qui se commettent autour de Votre Sainteté. Très-cher Père, vous devez être bien aise d'avoir qui vous aide à voir et à éviter des choses qui tourneraient à votre déconsidération et à la perte des âmes. Adoucissez un peu, pour l'amour de Jésus crucifié, ces mouvements subits que la nature vous occasionne; par la sainte vertu réprimez la nature. Comme Dieu vous a donné un cœur naturellement grand, je vous prie de faire en sorte que vous l'ayez aussi grand surnaturellement, c'est-à-dire qu'avec le zèle et le désir de la vertu et de le réformation de la sainte Église vous acquériez aussi un coeur viril, fondé dans une vraie humilité. De cette manière vous aurez le naturel et le surnaturel; car le naturel sans l'autre serait peu; il donnerait plutôt des mouvements de colère et d'orgueil, et, quand il lui faudrait corriger des personnes qui lui sont intimes, il ralentirait le pas et deviendrait pusillanime. Mais, lorsqu'y est jointe la faim de la vertu, que l'homme n'a en vue que le seul honneur de Dieu, sans aucun retour à soi-même, alors il reçoit une lumière, une force, une constance et une persévérance surnaturelles, en sorte que jamais il ne se ralentit, mais est tout viril, comme il doit être. C'est de quoi j'ai prié et prie continuellement le souverain et éternel Père de vous revêtir, vous, très-saint Père de tous les fidèles chrétiens, d'autant qu'il me paraît que, dans les temps où nous nous trouvons, vous en avez un très-grand besoin 1

En vérité cette lettre nous paraît admirable. Il n'y qu'une âme sainte, éclairée de l'esprit de Dieu, qui puisse si bien distinguer entre le naturel et le surnaturel, si bien faire connaître quelqu'un à lui-même, ses bonnes et ses mauvaises qualités, avec le moyen de perfectionner les unes et de corriger les autres, par l'influence divine de la charité, de l'humilité, de la justice et des la miséricorde chrétiennes.

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1 Lettre 21
A suivre : Urbain VI s’aliène les cardinaux français qui jettent des doutes sur son élection et commencent le grand schisme d’Occident.



Dernière édition par Louis le Lun 03 Juin 2013, 11:04 am, édité 1 fois (Raison : orthographe)

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Message  Louis le Lun 03 Juin 2013, 6:13 am

Urbain VI s’aliène les cardinaux français qui jettent des doutes sur son élection et commencent le grand schisme d’Occident.

Cependant les cardinaux français requirent le Pape Urbain VI de transporter la cour romaine à Avignon. Urbain VI s'en excusa, disant qu'il ne le pouvait ni ne le devait, puisque ses prédécesseurs Urbain V et Grégoire XI étaient venus à Rome par la permission divine, pour restaurer les sanctuaires de la ville, ramener le peuple à la dévotion de l'Église et pacifier l'Italie, ce qui n'était point encore fait; d'ailleurs, le voulût-il, il ne pourrait avoir les galères et les autres choses nécessaires pour le transport. Les cardinaux français répondirent que jamais l'Italie ne serait pacifiée par le Siège apostolique, que le Pape ne devait pas se mettre en peine du reste, qu'il n'avait qu'à vendre tous les biens des Hospitaliers par tout le monde, et qu'il aurait assez pour les frais du voyage. A ces mots le Pape frémit en lui-même et leur répondit qu'il souffrirait plutôt mille morts que de détruire ainsi le bras de la foi chrétienne. Cette réponse fut pour les cardinaux la cause du trouble. C'est ce que le Pape déclara lui-même à un personnage qui le supplia, au nom de Dieu, de lui dire qu'elle était l'origine de la discorde 1.

On en trouve une autre cause dans certaines constitutions que fit le Pape peur réprimer dans les cardinaux certaines choses qui n'étaient pas trop édifiantes et les ramener à une vie plus canonique et plus sainte; mais il n'agit pas de manière à réussir. Voilà au moins ce que rapporte Théodoric de Niem, alors son secrétaire, mais depuis accusateur de Papes au concile de Constance, et qui ne se montre ni sans passion ni sans erreur.

Le premier trait qui aliéna d'Urbain VI les esprits fut une invective qu'il hasarda, dès le lendemain de son couronnement, contre les évêques de sa cour. A la fin des vêpres, auxquelles il avait assisté avec eux dans sa chapelle, il les retint pour leur dire qu'ils étaient des parjures d'avoir abandonné leurs églises et d'être venus faire leur résidence ordinaire en cour de Rome; sur quoi Martin de Salve, évêque de Pampelune et référendaire du Pape Grégoire XI, prit la parole, et répliqua assez vivement qu'il n'était point un parjure, que son séjour en cour de Rome n'était que pour les affaires générales de l'Eglise, et qu'au reste il retournerait volontiers dans son diocèse 2 .

Quinze jours après Urbain tint un grand consistoire…

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1 Raynald, ann. 1378, n. 25. — 2 Niem, 1. 1, c. 4.



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Message  Louis le Lun 03 Juin 2013, 4:59 pm

Urbain VI s’aliène les cardinaux français qui jettent des doutes

sur son élection et commencent le grand schisme d’Occident.


(suite)

Quinze jours après Urbain tint un grand consistoire, et, dans un sermon dont le texte était : Je suis le bon pasteur, il attaqua ouvertement, et même d'un style peu convenable, la conduite des cardinaux et des autres prélats, qui le trouvèrent très-mauvais, et qui n'en furent pas plus disposés à retrancher les abus qu'on leur reprochait. Sur la fin d'avril le cardinal d'Amiens, Jean de la Grange, vint reconnaître le nouveau Pape. Il en fut reçu d'abord avec honneur ; mais bientôt, l'humeur d'Urbain prenant le dessus, le cardinal n'entendit plus de sa bouche que des duretés. Un jour Urbain lui reprocha son avarice et sa perfidie, l'une et l'autre à l'occasion de la guerre qui durait depuis si longtemps entre les rois de France et d'Angleterre. C'était, disait le Pape, un artifice du cardinal qui, pour s'enrichir en faisant durer sa commission de légat, bien loin de travailler à la paix, comme Grégoire XI le lui avait recommandé, fomentait sous main l'antipathie des deux nations. Une autre fois il l'accusa d'être d'auteur des divisions entre les rois de Castille, d'Aragon et de Navarre, et d'avoir trompé le Saint-Siège dans les traités conclus avec le duc de Milan et les Florentins. Enfin, dans une autre occasion, il s'échappa jusqu'à dire qu'il n'y avait point de mal au monde que le cardinal d'Amiens n'eût fait. A ce mot le prélat, piqué au vif, se leva, et, faisant un geste menaçant : « Comme archevêque de Bari, lui dit-il, vous en avez menti; » et sur-le-champ il prit la fuite, suivi de quelques autres cardinaux.

C'étaient tous les jours de nouvelles scènes où paraissait à découvert le caractère inflexible du Pape. Tantôt, affectant un grand mépris pour les richesses, il renvoyait avec des injures les collecteurs des revenus du Saint-Siège ; tantôt, oubliant ce qu'il devait à la reine de Naples, il traitait avec peu de ménagement Othon de Brunswick, son mari, et cela dans le temps même où ce prince était à Rome, faisant sa cour avec plus d'assiduité que les officiers du palais et les prélats; tantôt, sans égards pour les premières têtes de l'Europe, il disait qu'il saurait bien se faire justice des rois de France et d'Angleterre, dont les divisions avaient causé tant de maux à la chrétienté. Ces manières si déplacées étonnaient fort les cardinaux, et ils étaient tentés de croire que le faîte des honneurs avait ébranlé le cerveau de ce Pontife 1.

Comme les chaleurs sont excessives à Rome en été…

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1Niem, 1. 1, c. 4, 5 et 7. Baluze, Vita, t. 1, p. 1158 et seqq. Walsingh., in Rich., 2.

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Message  Louis le Mar 04 Juin 2013, 6:22 am

Urbain VI s’aliène les cardinaux français qui jettent des doutes

sur son élection et commencent le grand schisme d’Occident.


(suite)

Comme les chaleurs sont excessives à Rome en été, les cardinaux français et l'Aragonais Pierre de Lune demandèrent au Pape la permission d'aller habiter Anagni, ville de la Campanie, à trente-trois milles de Rome. Ils s'y retirèrent l'un après l'autre. Le cardinal d'Amiens s'y rendit aussi, et ils se trouvèrent là au nombre de seize, sans compter plusieurs autres prélats de la cour romaine. Ils avaient dans Anagni la protection d'Honoré Cajétan, comte de Fondi, depuis longtemps gouverneur de ce canton et ennemi d'Urbain, qui avait voulu mettre en sa place le seigneur de San-Sévérino. L'archevêque d'Arles, camerlingue de l'Église, suivit son frère, le cardinal de Limoges, et emporta avec lui tous les ornements de la chapelle pontificale qu'il avait en sa garde. Comme le Pape avait intention d'aller rejoindre lui-même les cardinaux, le transport de la chapelle pouvait s'expliquer encore. En effet on trouve que, jusqu'au mois de juillet, les cardinaux d'Anagni entretinrent des rapports avec Urbain, comme le croyant Pape légitime; qu'ils lui demandèrent plusieurs grâces par des suppliques qu'on a encore, et qui sont datées du 13, du 20, du 23 juin, et même du 6 et du 21 juillet ; que tous les actes de la pénitencerie furent expédiés par le cardinal de Limoges, président de ce tribunal, sous la date du pontificat d'Urbain VI; que dans toutes les messes qui se célébraient dans le palais d'Anagni on nomma toujours ce Pontife, et qu'on fit les prières accoutumées pour le bonheur de son gouvernement 1. Ces faits sont à remarquer.

Cependant le Pape Urbain lui-même se mit en route pour Anagni avec les quatre cardinaux italiens qui étaient demeurés avec lui à Rome ; mais il s'arrêta dans la ville de Tivoli ou Tibur, qui est à moitié chemin. Il apprit de plus d'une manière que les cardinaux français tramaient quelque chose contre lui, qu'ils mettaient en doute la légitimité de son pontificat, et que même ils cherchaient à s'emparer de sa personne.

En effet, le 20 juillet, les cardinaux français écrivirent aux cardinaux italiens une lettre où ils leur représentent l'élection d'Urbain VI comme faite par crainte et par violence, et les invitent à venir délibérer avec eux sur les moyens de pourvoir au salut de l'Église romaine, de l'Église universelle et de la foi orthodoxe. Les cardinaux italiens n'accédèrent point à la téméraire entreprise de leurs collègues; ils demeurèrent avec le Pape, l'aidèrent de leurs conseils, et lorsque, à la prière de l'empereur Charles IV, il confirma l'élection de son fils Wencesla, comme roi des Romains, et lorsqu'il ratifia la paix faite avec les Florentins par la médiation de sainte Catherine de Sienne. Ils allèrent même, par mandement du Pape, trouver leurs collègues dissidents d'Anagni pour les réconcilier avec lui; n'y ayant pu réussir, ils revinrent auprès de sa personne et tinrent avec lui, comme auparavant, des consistoires publics et privés. L'un d'eux, le cardinal de Saint-Pierre, étant tombé malade, protesta, par un acte public du 22 août, qu'il savait et tenait le Pape Urbain VI canoniquement nommé, élu, intronisé et couronné, et cela pour y avoir assisté, l'avoir vu et entendu 1.

Pour s'autoriser dans leur entreprise les cardinaux français…

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1 Raynald, ann. 1378, n. 26, 27, 107.
1 Id., ibid. n. 40 et 41.

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Message  Louis le Mar 04 Juin 2013, 12:22 pm

Urbain VI s’aliène les cardinaux français qui jettent des doutes

sur son élection et commencent le grand schisme d’Occident.


(suite)

Pour s'autoriser dans leur entreprise les cardinaux français, sur un exposé de leur façon, consultèrent deux fameux jurisconsultes, Jean de Lignan et Balde, touchant l'élection d'Urbain. Tous les deux conclurent que cette élection était valide et qu'Urbain VI était vrai et légitime Pape 2. Les cardinaux français rejetèrent l'avis des deux jurisconsultes.

Ces mêmes cardinaux s'adressèrent alors individuellement au roi de France, Charles V, se plaignant d'avoir été contraints d'élire Urbain VI. De plus, comme le roi était seul depuis quelque temps, ils lui offrirent de le nommer Pape lui-même 3. Charles V assembla un conseil d'hommes sages, qui conclurent que cette fâcheuse affaire devait être soumise à un concile général 4. Dans le même temps les trois cardinaux italiens, dans une conférence avec les cardinaux français près de Palestrine, leur proposèrent, le 3 août, de la part du Pape Urbain VI, de soumettre le différend à la décision d'un concile œcuménique. Tous les cardinaux français repoussèrent la voie du concile comme dangereuse et impossible 5 , et se constituèrent de leur propre autorité accusateurs, témoins et juges d'un Pontife qu'ils avaient eux-mêmes créé et reconnu. En vérité, d'après ces faits, qui sont hors de doute, nous ne pouvons nous empêcher de répondre comme juré historique : Oui, les cardinaux français sont coupables du grand schisme d'Occident; oui, les cardinaux français sont responsables, devant Dieu et devant les hommes, des malheurs de la France et de l'Église, pour avoir refusé, en 1378, l'unique moyen de les prévenir, la médiation d'un concile universel, que quarante ans plus tard ils seront obligés de réclamer comme l'unique moyen d'y mettre un terme.

Ainsi donc la chrétienté…

_____________________________________________

2 Id., ibid., n. 36-39, — 3 Chronic. Zantfliet. Apud Martene, Ampliss. Collect.. t. 5, col. 349 et 350. Id., Anecdota, t. 2, col. 1272 et 1273. — 4 Raynald, ann. 1378, n. 42. — 5 Id., ibid., n. 42 et 43.
A suivre : Lettres qu’écrit à ce sujet sainte Catherine de Sienne.

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Message  Louis le Mer 05 Juin 2013, 4:56 am

Lettres qu’écrit à ce sujet sainte Catherine de Sienne
Ainsi donc la chrétienté, au lieu de s'unir contre les infidèles, allait se diviser de plus en plus contre elle-même. Sainte Catherine de Sienne le prévoyait avec une douleur inexprimable ; elle en écrivait au Pape, elle en écrivait aux cardinaux italiens, elle en écrivit même au cardinal espagnol Pierre de Lune; elle les conjurait, de la part de Notre-Seigneur, de lever l'étendard de la croix comme le grand moyen de faire cesser les guerres intestines des peuples, et même d'étouffer les semences de division dans l'Église. Elle priait le cardinal Pierre de Lune de recommander sans cesse au Pape de doter l'Église de bons pasteurs, de s'entourer lui-même de fermes colonnes, en faisant cardinaux des hommes virils, qui ne craignissent que Dieu et fussent prêts à souffrir la mort même pour la réformation de la sainte Église de Dieu. Elle leur souhaitait à tous d'être de ces colonnes inébranlables ; mais elle leur insinuait en même temps que, pour cet effet, ces colonnes devaient être affermies sur le fondement de l'humilité et de l'amour de Dieu et du prochain; que, si elles ne posaient que sur le terrain mouvant de l'amour-propre, le moindre orage les jetterait par terre. Ainsi parlait-elle et au cardinal Pierre de Lune, et au cardinal Jacques des Ursins, et au cardinal Pierre de Porto 1.

Mais le mal allait toujours en augmentant…

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1 Lettres 25, 26, 27, 28 et 29.
A suivre : Manifeste des cardinaux français ; réponse d’un magistrat de Florence.

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Message  Louis le Mer 05 Juin 2013, 2:15 pm

Manifeste des cardinaux français ; réponse d’un magistrat de Florence.

Mais le mal allait toujours en augmentant. Les cardinaux français d'Anagni, après avoir refusé de soumettre leur différend avec le Pape au jugement d'un concile œcuménique, s'en constituèrent juges eux-mêmes. Pour n'avoir rien à craindre ils firent venir de Viterbe une troupe de Gascons et de Bretons que le cardinal Robert de Genève avait amenés contre les Florentins.

En passant près de Rome ces étrangers tuèrent cinq cents Romains qui voulaient leur disputer le passage d'un pont, ce qui produisit à Rome une réaction populaire contre les Français qui y avaient leur domicile. Le château Saint-Ange était occupé par un commandant français, qui refusa de le remettre au nouveau Pape, même sur l'ordre des cardinaux d'Avignon, qu'il avait réclamé. Protégés ainsi par les armes étrangères et par celles du comte de Fondi, rebelle au Pape, les cardinaux français commencent leur procédure contre Urbain VI, le déclarent intrus, le citent à comparaître devant leur tribunal avec les cardinaux italiens, et adressent à tous les fidèles des lettres encycliques, dans lesquelles, après avoir raconté à leur manière le tumulte arrivé à Rome pendant qu'ils étaient dans le conclave, ils ajoutent : « Donc, pour éviter le péril de mort qui nous menaçait, nous crûmes devoir élire pour Pape l'archevêque de Bari, persuadés que, voyant cette violence, il aurait assez de conscience pour ne point accepter le pontificat; mais lui, oubliant son salut et brûlant d'ambition, consentit à l'élection de plein droit, et, la même crainte durant toujours, il fut intronisé et couronné, et prit le nom de Pape, méritant plutôt celui d'apostat et d'antechrist 1. »

A ce manifeste étrange des cardinaux français un magistrat de Florence répondit par un écrit portant ce titre : …

__________________________________________

Raynald, ann, 1378, n. 47-50.

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Message  Louis le Jeu 06 Juin 2013, 5:52 am

Manifeste des cardinaux français ; réponse d’un magistrat de Florence. (suite]

A ce manifeste étrange des cardinaux français un magistrat de Florence répondit par un écrit portant ce titre : « Aux cardinaux d'au delà des monts toute la multitude des fidèles. »

Il représente à ces révérendissimes Pères qu'ils ne pouvaient pas être eux-mêmes juges entre eux et celui qu'ils avaient élu et reconnu Pape et fait reconnaître par tout le monde. « Vous dites que vous l'avez élu par crainte; mais il y en a beaucoup qui assurent que vous étiez d'accord sur son élection avant qu'il y eût aucun tumulte parmi le peuple. Si c'est par crainte du peuple que vous avez élu l'archevêque, pourquoi donc avez-vous craint de publier cette élection? Pourquoi donc avez-vous craint de montrer votre élu ? Pourquoi donc avez-vous mis momentanément à sa place le cardinal de Saint-Pierre afin d'apaiser l'effervescence du peuple ? Vous dites que vous avez tout fait par crainte; mais, pendant la comédie du cardinal de Saint-Pierre, plusieurs d'entre vous s'étaient retirés hors de Rome, dans des lieux sûrs, où ils n'avaient rien à craindre du peuple romain. Ce n'est qu'après le rétablissement du calme qu'ils sont revenus et ont confirmé leur première élection, intronisé et couronné paisiblement leur élu. Comment croire que, dans le temps même où vous habilliez un d'entre vous en pape pour apaiser le tumulte populaire des Romains, vous en ayez élu un autre dans l'espérance qu'il ne consentirait point à son élection ? Comment croire que vous ayez élu par crainte un homme que vous voyiez bien qui ne vous serait d'aucun secours ? Car on ne fait par crainte d'un péril que ce qui peut en délivrer. Tout ce qu'on peut vous accorder, c'est que vous l'avez élu dans la crainte, mais non pas par crainte.

« Et maintenant, ce Pontife que vous avez créé de vos mains, vous l'appelez dans vos lettres un apostat et un antechrist. Mais, s'il est un intrus, qui est-ce qui ne vous appellera pas les criminels auteurs de son intrusion ? S'il est un antechrist, n'est-ce pas vous qui l'avez élevé contre le Christ par vos suffrages? Il est par trop ridicule de blâmer impudemment ce que vous ne pouvez nier à la face des hommes d'avoir fait vous-mêmes. Si votre cause est bonne, pourquoi vouloir la trancher par le fer des Bretons au lieu de la soumettre à un jugement canonique ? Si vous avez confiance dans la bonté de votre cause, de quel front recourez-vous aux armes et rejetez-vous le jugement du concile qu'on vous a offert 1 ? »

Au lieu de répondre, soit alors, soit depuis, à ces questions embarrassantes, les cardinaux français s'efforcèrent de gagner les trois cardinaux italiens. Voici le dernier moyen qu'ils employèrent; ils écrivirent à chacun des trois une lettre confidentielle, avec promesse de le nommer Pape à la place d'Urbain VI; on lui demandait seulement le secret. La tentation était bien séduisante; les trois Italiens donnèrent chacun dans le même panneau. Ils se retirèrent d'abord de la cour d'Urbain VI dans le château de l'un d'entre eux, et enfin ils se réunirent aux Français 1.

Le Pape Urbain VI, se voyant ainsi abandonné de tous les cardinaux…

_________________________________________________

1 Raynald, ann, 1378, n. 52 et 53.
1 Id, ibid., n. 55. Th. de Niem, c. 9.
A suivre : Urbain VI créé de nouveaux cardinaux.

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Re: Grand schisme d'Occident...

Message  Louis le Jeu 06 Juin 2013, 12:12 pm

Urbain VI créé de nouveaux cardinaux.

Le Pape Urbain VI, se voyant ainsi abandonné de tous les cardinaux, en créa vingt-neuf autres le 18 septembre. Trois n'acceptèrent pas ; sur les vingt-six qui acceptèrent, il y avait deux Français, Renoul de Corse et Philippe d'Alençon.

Le premier était évêque de Sisteron et neveu de Pierre de Monteruc, cardinal de Pampelune, un des six qui étaient demeurés à Avignon ; il avait été chanoine de Tournay et docteur en droit canon à Montpellier. Les anciennes liaisons de son oncle avec l'archevêque de Bari attirèrent Renoul à Rome quand il apprit la promotion de l'archevêque au trône pontifical, et il lui demeura inviolablement attaché. Urbain VI l'en récompensa par la dignité de cardinal et par l'administration de la chancellerie romaine, qu'il lui confia en l'absence du cardinal de Pampelune, demeuré en France.

Le second cardinal français fut Philippe d'Alençon, prince de la maison de France et frère cadet de Charles d'Alençon, qui s'était fait Dominicain l'an 1359 et était mort archevêque de Lyon l'an 1375. Ils étaient arrière-petits-fils du roi Philippe le Hardi, qui avait eu saint Louis pour père. Philippe d'Alençon avait embrassé l'état ecclésiastique avant que son frère Charles entrât dans l'ordre des Frères prêcheurs. Dès l'an 1356, étant encore fort jeune, il fut nommé à l'évêché de Bauvais, et, quatre ans après, à l'archevêché de Rouen. Ayant eu quelques démêlés avec le roi, le Pape Grégoire XI, à la prière du roi même, le transféra, l'an 1371, à l'archevêché d'Auch, qu'il lui donna en commende, avec le titre de patriarche de Jérusalem. Urbain VI le fit donc cardinal en 1378, et y ajouta, l'an 1381, le patriarcat d'Aquilée. Philippe d'Alençon mourut à Rome, cardinal-évêque d'Ostie, le 15 août 1397, en odeur de sainteté. On dit qu'il se fit des miracles à son tombeau, et que, plus de deux cents ans après sa mort, on trouva son corps sans aucune corruption, quoiqu'il n'eût point été embaumé 1.

Ayant appris cette promotion de cardinaux de la part d'Urbain VI, les cardinaux français…

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1 Ughelli, Italia sacra, t 5 et t. 1.
A suivre : Les cardinaux français font un autre Pape sous le nom de Clément VII.

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Message  Louis le Ven 07 Juin 2013, 6:46 am

Les cardinaux français font un autre Pape sous le nom de Clément VII.

Ayant appris cette promotion de cardinaux de la part d'Urbain VI, les cardinaux français procédèrent deux jours après à l'élection d'un autre Pape. C'était à Fondi, plus près de Naples, où ils s'étaient retirés d'Anagni dès le 27 août 1378. Ils s'assemblèrent, au nombre de quinze, dans le palais du comte, le 20 septembre. Les trois cardinaux italiens étaient présents, s'attendant peut-être chacun à être élu; ils furent bien trompés. Toutes les voix se portèrent sur le cardinal Robert de Genève, qui prit le nom de Clément VII, mais qui n'est point reconnu comme tel par l'Église romaine, où l'on ne reconnaît comme Clément VII que Jules de Médicis, successeur de Léon X, au seizième siècle. Les trois Italiens, Pierre de Porto, Simon de Milan et Jacques des Ursins, se voyant ainsi joués, ne portèrent point de suffrages et se retirèrent le même jour sur les terres du troisième d'entre eux. On prétend toutefois qu'ils saluèrent le nouveau Pape 2.

Sainte Catherine de Sienne, ayant appris la défection des trois cardinaux italiens…

___________________________________________________________________

2 Raynald,ann. 1378, n, 55, Th. de Niem, c. 9. Baluze, t. l, p. 1099.
A suivre : Lettre de sainte Catherine de Sienne aux cardinaux italiens.

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Message  Louis le Ven 07 Juin 2013, 12:07 pm

Lettre de sainte Catherine de Sienne aux cardinaux italiens.

Sainte Catherine de Sienne, ayant appris la défection des trois cardinaux italiens, leur écrivit une lettre longue et véhémente, où elle leur reproche entre autres choses leur ingratitude envers l'Église, qui les a nourris et élevés avec tendresse et prédilection.

« Et qu'est-ce qui me montre, s'écrie-t-elle, que vous êtes de vils ingrats et des mercenaires ? La persécution que vous faites avec les autres à l'épouse du Christ, dans le temps où vous devriez être des boucliers et résister aux coups de l'hérésie ; car vous savez la vérité, vous savez que le Pape Urbain VI est vraiment Pape, souverain Pontife, élu canoniquement et non par crainte, élu vraiment plus par inspiration divine que par votre industrie humaine ; c'est vous-mêmes qui l'avez ainsi annoncé. Et maintenant vous tournez le dos comme de lâches soldats; votre ombre vous fait peur ; vous vous êtes écartés de la vérité, qui vous fortifiait ; vous vous êtes approchés du mensonge, qui affaiblit l'âme et le corps, en vous privant de la grâce spirituelle et temporelle. Et quelle en est la cause ? C'est le venin de l'amour-propre qui empoisonne le monde. Voilà ce qui de colonnes vous a rendus pires que la paille ; au lieu d'être des fleurs odoriférantes vous avez infecté le monde ; au lieu d'être des lumières placées sur le chandelier pour répandre la foi vous avez caché cette lumière sous le boisseau de la superbe, et vous répandez les ténèbres et dans vous et dans les autres. D'anges terrestres que vous devriez être, pour ramener les brebis à l'obéissance de la sainte Église, vous avez pris l'office de démons; et ce mal que vous avez en vous, vous voulez nous le donner à nous-mêmes, en nous retirant de l'obéissance du Christ en terre, et en nous amenant à l'obéissance de l'Antechrist, qui est membre du diable, et vous avec lui, tant que vous persisterez dans cette hérésie. Ce n'est pas là un aveuglement qui vienne d'ignorance, qui vienne de ce que l'un vous rapporte une chose et l'autre une autre; non, vous savez bien ce qui est la vérité, c'est vous-mêmes qui nous l'avez annoncée, et non pas nous à vous.

« Oh ! comme vous êtes insensés…


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Message  Louis le Sam 08 Juin 2013, 6:07 am

Lettre de sainte Catherine de Sienne aux cardinaux italiens. (suite)

« Oh ! comme vous êtes insensés, vous qui nous avez donné la vérité et qui voulez pour vous-mêmes goûter le mensonge ! Maintenant vous voulez séduire cette vérité et nous faire voir le contraire, en disant que c'est par peur que vous avez élu le Pape Urbain ; chose telle que quiconque la dit, pour vous parler sans respect, puisque vous vous en êtes privés, celui-là en a menti sur sa tête ; car, celui que vous montrez avoir élu par peur, il est évident à quiconque veut le voir que ce fut le seigneur de Saint-Pierre. Vous pourriez me dire : « Nous qui l'avons élu nous savons mieux la vérité que vous. » Je vous réponds : Vous-mêmes m'avez montré que vous vous écartez de la vérité en beaucoup de manières et que je ne dois pas vous croire quand vous prétendez que le Pape Urbain VI n'est pas le vrai Pape. Si je remonte au commencement de votre vie, je ne vous connais pas d'une vie assez bonne et assez sainte pour que vous vous soyez retirés du mensonge par conscience. Et qu'est-ce qui me montre que votre vie a été peu réglée ? Le venin de l'hérésie. Si je viens à l'élection régulière, nous avons su de votre bouche que vous l'avez élu canoniquement, et non par peur ; nous l'avons dit, celui que vous avez mis en avant par peur, c'est le seigneur de Saint-Pierre. Qu'est-ce qui me montre l'élection régulière par laquelle vous avez élu le seigneur Barthélemi, archevêque de Bari, aujourd'hui véritablement le Pape Urbain VI ? Cette vérité se montre dans la solennité de son couronnement. Que cette solennité se soit faite dans la vérité, la révérence que vous lui avez faite nous le montre, ainsi que les grâces que vous lui avez demandées et que vous avez mises à profit en toutes choses ; vous ne pouvez le nier que par un mensonge. Ah ! insensés, dignes de mille morts ! Comme des aveugles vous ne voyez pas votre mal; vous êtes venus à un tel degré de confusion que vous vous faites vous-mêmes menteurs et idolâtres; car fût-il vrai, ce qui ne l'est pas, au contraire, je confesse encore une fois que le Pape Urbain est le vrai Pape, mais ce que vous dites fût-il vrai, ne nous auriez-vous pas menti, à nous, quand vous nous l'avez dit souverain Pontife, comme il l'est en effet? Ne lui auriez-vous pas fait mensongèrement la révérence en l'adorant pour le Christ sur la terre ? et n'auriez-vous pas été simoniaques en sollicitant ses grâces et en en faisant usage ? Sans aucun doute.

« Or voilà qu'ils ont fait un antipape, et vous avec eux….


Dernière édition par Louis le Dim 09 Juin 2013, 12:07 pm, édité 1 fois (Raison : orthographe)

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Message  Louis le Sam 08 Juin 2013, 12:49 pm

Lettre de sainte Catherine de Sienne aux cardinaux italiens. (suite)

« Or voilà qu'ils ont fait un antipape, et vous avec eux. Quant à l'acte et à l'aspect extérieur, vous le faites voir, puisque vous avez souffert de vous trouver là quand les démons incarnés ont élu le démon. Vous pourriez me dire : « Non pas, nous ne l'avons pas élu. » Je ne sais si je veux le croire, parce que je ne crois pas que vous eussiez souffert de vous trouver là s'il y était allé de votre vie. Mais admettons que vous ayez fait moins mal que les autres dans votre intention, vous avez toujours mal fait avec les autres; et que puis-je dire ? Je dirai : Qui n'est pas pour la vérité est contre la vérité; qui ne fut point alors pour le Christ en terre, le Pape Urbain VI, fut contre lui. Je vous dis donc que vous avez mal fait, ainsi que l'antipape; je puis dire qu'on a élu un membre du diable; que, s'il avait été membre du Christ, il eût mieux aimé mourir que de consentir à un si grand mal, parce qu'il sait bien la vérité et ne peut s'excuser par l'ignorance. Or vous commettez et avez commis toutes ces fautes à l'égard de ce démon, savoir, de le confesser pour Pape, ce qu'il n'est pas en vérité ; de faire l'obédience à qui vous ne la deviez pas. Vous vous êtes écartés de la lumière pour aller aux ténèbres, de la vérité pour vous unir au mensonge. De tout côté je ne trouve que mensonge. Vous êtes dignes du supplice, qui, je vous le dis pour la décharge de ma conscience, viendra sur vous si vous ne retournez à l'obéissance avec une vraie humilité. 0 misère et aveuglement extrêmes, qui empêchent de voir son mal, le préjudice de l'âme et du corps ! Si vous l'aviez vu vous ne vous seriez point écartés si légèrement de la vérité par crainte servile, n'écoutant que la passion, comme des personnes orgueilleuses et habituées à n'avoir d'autre but que les plaisirs et les joies de ce monde. Non-seulement vous n'avez pu supporter une correction effective, mais une parole âpre, une réprimande vous a fait lever la tête ; voilà pour quelle raison vous vous êtes émus. Cela nous montre bien la vérité que, avant que le Christ en terre commençât à vous reprendre, vous le confessiez, vous le révériez comme le vrai vicaire du Christ, qu'il est en effet ; le surplus est le fruit de votre amour-propre 1. »

Sainte Catherine les conjure enfin, pour l'amour de Dieu et de son Église…

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1 Lettre 31.


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Message  Louis le Dim 09 Juin 2013, 6:08 am

Lettre de sainte Catherine de Sienne aux cardinaux italiens. (suite)

Sainte Catherine les conjure enfin, pour l'amour de Dieu et de son Église, pour le salut de leurs âmes et de tous les fidèles, de réparer leur faute et de revenir humblement à l'obéissance du Pape Urbain. Ils continuèrent à le reconnaître pour Pontife, mais ne retournèrent point auprès de sa personne; ils gardèrent la neutralité, persuadés que c'était l'unique moyen de terminer le schisme. Urbain VI leur ayant écrit et envoyé pour les rappeler auprès de lui, ils lui répondirent, par une lettre du 17 janvier 1379, qu'ils avaient expliqué à ses envoyés leurs idées sur le concile général à tenir pour l'extirpation du schisme et la pacification de l'Église et de toute la chrétienté. Dans cette lettre, qui porte en tête Au très-saint notre seigneur, ils appellent Urbain très-saint Père et eux-mêmes vos dévots cardinaux. De nouveau ils proposèrent la voie du concile général aux cardinaux français, qui de nouveau la refusèrent. Le cardinal Jacques des Ursins, ayant été pris de la maladie dont il mourut cette année, fit un acte authentique, le 13 août, par lequel il soumet l'affaire du schisme à la décision d'un concile œcuménique. Quelques jours avant sa mort l'évêque de Viterbe eut avec lui la conversation suivante : « Révérendissime père, je crois vous avoir fidèlement servi depuis bien longtemps, j'espère donc que vous ne me refuserez pas une grâce. » Il répondit : « Je ne vous refuserai rien qui concerne votre personne. » Alors je lui dis : « Je vous prie de me dire si je me trompe en adorant le seigneur Urbain pour Pape ; que si je me trompais je voudrais déposer mon erreur; car j'aime mon âme plus que lui. » Le cardinal répondit alors : « Au contraire, vous seriez dans l'erreur si vous ne l'adoriez pas, car il est très-véritablement Pape. — Mais alors, lui répliquai-je, pourquoi n'êtes-vous pas retourné à lui ? » Il répondit : « C'est que la voie du concile me paraît utile pour lui, pour moi et pour toute la chrétienté 1. » On voit que le cardinal des Ursins reconnaissait individuellement le Pape Urbain ; mais, comme il savait que sa connaissance et sa décision personnelles ne seraient jamais approuvées par toute l'Église avant que le jugement d'un concile vînt s'y joindre, il s'en référait dès lors à son infaillible décision.

En France on avait d'abord reconnu Urbain VI avec tout le monde ; ensuite...

________________________________________________

Raynald, ann. 1379, n. 1-4.
A suivre : Le roi de France, Charles V, quitte le Pape Urbain VI pour Robert de Genève, dit Clément VII.
Lettre que lui écrit à ce sujet sainte Catherine de Sienne.

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Message  Louis le Dim 09 Juin 2013, 12:04 pm

Le roi de France, Charles V, quitte le Pape Urbain VI pour Robert de Genève, dit Clément VII.
Lettre que lui écrit à ce sujet sainte Catherine de Sienne.

En France on avait d'abord reconnu Urbain VI avec tout le monde ; ensuite, sur les premières nouvelles de la dissension entre le Pape et les cardinaux français, on s'était tenu à une espèce de neutralité et on paraissait vouloir attendre la décision d'un concile général ; mais, quand on eut reçu les procédures et les attestations des cardinaux français, surtout quand on eut appris l'élection nouvelle qu'ils avaient faite de Robert de Genève, le roi Charles V, son conseil, la masse de l'université de Paris se déclarèrent contre le Pape Urbain VI, qu'ils avaient reconnu d'abord, et reconnurent pour leur Pape Robert de Genève, sous le nom de Clément VII.

Sainte Catherine de Sienne écrivit encore sur ce sujet au roi de France. Après un préambule qui est un éloge de la vraie lumière de l'esprit, opposée aux ténèbres de l'amour-propre : « Je m'étonne, dit-elle, qu'un homme catholique et craignant Dieu comme vous se laisse conduire par le conseil de ces membres du démon, qui répandent partout qu'Urbain VI n'est pas vrai Pape. Il est aisé de les confondre par eux-mêmes; car, s'ils disent qu'ils l'ont élu par la crainte du peuple, on leur répond que l'élection était faite, aussi canoniquement qu'on puisse l'imaginer, avant qu'il s'élevât aucun tumulte dans Rome. D'ailleurs c'est ce Pape qu'ils ont annoncé à vous, à nous et à tout le monde chrétien, qu'ils ont couronné avec tant de solennité, qu'ils ont honoré comme le vicaire de Jésus-Christ, qu'ils ont reconnu comme le dispensateur de toutes les grâces en le sollicitant de leur en accorder. Si cependant ils s'obstinent à dire que la crainte les a fait agir, en cela même ne sont-ils pas dignes d'une éternelle confusion ? Quoi ! des hommes choisis pour être les colonnes de la sainte Église de Dieu auraient été plus sensibles à la crainte de perdre la vie du corps qu'à celle de se damner eux-mêmes et de nous damner avec eux, en donnant pour père aux fidèles un homme qui ne le serait pas ? Eh ! n'auraient-ils pas été idolâtres d'honorer comme le vicaire de Jésus-Christ en terre celui à qui ce titre n'appartiendrait pas ? N'auraient-ils pas été des usurpateurs, de tourner à leur usage des biens spirituels et des grâces qu'ils ne pouvaient ni demander ni obtenir ?

« Mais, enfin , quand est-ce qu'ils ont commencé à révoquer en doute une vérité qu'ils avaient reconnue eux-mêmes?...



Dernière édition par Louis le Mar 11 Juin 2013, 6:02 am, édité 1 fois (Raison : orthographe dans le titre)

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Re: Grand schisme d'Occident...

Message  Louis le Lun 10 Juin 2013, 6:06 am

Le roi de France, Charles V, quitte le Pape Urbain VI
pour Robert de Genève, dit Clément VII.
Lettre que lui écrit à ce sujet sainte Catherine de Sienne.


(suite]

« Mais, enfin, quand est-ce qu'ils ont commencé à révoquer en doute une vérité qu'ils avaient reconnue eux-mêmes? C'est quand Sa Sainteté a voulu corriger leurs vices, quand elle leur a témoigné que la vie scandaleuse qu'ils menaient lui déplaisait. Et contre qui encore se sont-ils révoltés? Contre notre sainte foi, pires en cela que des chrétiens renégats; misérables de ne pas connaître le danger de leur état et de s'aveugler sur leur propre faute, mais imitant les démons, dont la fonction est de pervertir les âmes et de les détourner du chemin de la vérité pour les engager dans celui du mensonge.

« Pardonnez-moi, mon très-cher père, si je parle ainsi; la douleur que je ressens de la perte des âmes et l'amour que j'ai pour leur salut en sont la cause. Je ne dis point tout ceci par un sentiment de mépris contre les auteurs de tant de troubles ; ce qui me touche, c'est le scandale et l'erreur qu'ils répandent par tout le monde, c'est la cruauté dont ils usent envers eux-mêmes et envers ceux qu'ils font périr avec eux. S'ils avaient eu la crainte de Dieu et des hommes ils ne se seraient jamais portés à de telles extrémités, quand même le Pape Urbain en aurait usé plus mal à leur égard, et ils auraient mieux aimé mourir mille fois que de faire une démarche si préjudiciable au bien de l'Église 1. »

La sainte finit par des exhortations au roi de pourvoir au salut de tant d'âmes qui se précipitent dans l'erreur, de prendre l'avis de gens sages et éclairés, de se rappeler la pensée de la mort, et de juger de tout selon les lumières de la sagesse divine, et non suivant les vues de l'intérêt temporel. La lettre est du 6 mai 1379.

Malgré les efforts de sainte Catherine de Sienne le monde chrétien se divisa dès lors…

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Hist. de l'Egl. gall., l. 41.
A suivre : La plus grande partie de la chrétienté continue à reconnaître Urbain VI.

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