Vie de la Vénérable Mère d'Youville (COMPLET)

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Message  Louis le Mer 08 Aoû 2012, 4:06 pm

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DÉDICACE.

À SA GRANDEUR

MONSEIGNEUR PAUL BRUCHÉSI

ARCHEVÊQUE DE MONTRÉAL.

Monseigneur,

C’est surtout votre bienveillant encouragement qui m'a décidée à publier, sous forme de volume, les notes préparées pour mon témoignage dans le procès de béatification et de canonisation de la Vénérable Mère d'Youville.

Votre Grandeur veut bien ajouter à cet encouragement la faveur de me laisser lui dédier mon humble travail. Je vous en suis d’autant plus reconnaissante, Monseigneur, que cette haute protection assure à mon livre le succès que son seul mérite n'aurait pu lui faire obtenir.

Daignez agréer, Monseigneur, l'assurance de mon profond respect et de mon entier dévouement.


BERTHE JETTÉ.


Spencer Wood, le 3 décembre 1899.

LETTRE DE SA GRANDEUR MGR PAUL BRUCHESI,

ARCHEVEQUE DE MONTRÉAL.

Archevêché de Montréal, le 12 décembre 1899.

Madame Jetté,

Spencer Wood,

Québec,

Madame,

En entreprenant d'écrire la vie de la Vénérable Mère d'Youville, vous avez acquiescé à mon désir comme à celui de mon pieux prédécesseur, Mgr Fabre. Aujourd'hui, en me dédiant votre travail, vous me faites un honneur que j'apprécié et dont je vous remercie cordialement.

J'ai lu ce travail avec soin ; j'en ai été édifié et charmé. C'est une belle et bonne œuvre que vous avez faite, à la gloire de la religion, de la charité et des lettres canadiennes.

Commencée à Montréal, elle s'est achevée à Spencer Wood, et il me parait beau de voir sortir de la maison de nos gouverneurs, un tel éloge de l'humble sœur grise, servante des pauvres, des malades et des orphelins.

L'éloge est digne de l'héroïne et tous les cœurs canadiens y feront écho. Mais les filles de la Mère d'Youville surtout, répandues aujourd'hui jusqu'au Nord-Ouest et à l'Athabaska-Mackenzie, vous seront reconnaissantes d'avoir mis dans une parfaite lumière les héroïques vertus de leur fondatrice.

C'est un chapitre important de l'histoire de l'Église au Canada, que vous avez écrit, et qui, mieux que vous, était préparé pour cette honorable tâche ? Choisie comme l'un des témoins dans la cause de béatification de Madame d'Youville, vous aviez interrogé la tradition, consulté les archives, lu de nombreux ouvrages. Votre étude ne s'était pas bornée aux événements extérieurs. Vous étiez entrée dans l'intimité de la vie de la Vénérable, vous l'aviez suivie dans sa marche continuellement ascendante vers la perfection ; vous aviez vu avec quelle fidélité elle répondit aux grâces divines, quel courage l'anima dans les épreuves, quelle prudence elle montra dans la fondation et le gouvernement de son institut. Elle vous était apparue comme l'image fidèle de la femme forte dont l'Ecriture nous a tracé le portrait. Aussi, rendre témoignage dans ce procès important, vous était doux et facile. La piété vous inspirait en même temps que le patriotisme. En vérité votre livre, ce livre que je désirais, et que vous allez publier bientôt, se composait, pendant que, dans la petite chapelle de l'archevêché, vous faisiez, aux vénérables juges de la commission apostolique, des réponses que devaient admirer les congrégations romaines.

Le succès lui est assuré ; je souhaite qu'il se répande dans nos familles. II fera connaitre et aimer davantage notre Vénérable et invitera tous les enfants du Canada à solliciter avec confiance son intercession.

Et vous, Madame, agréez, avec l'assurance réitérée de ma gratitude, l'hommage de mes sentiments les plus respectueux et les plus dévoués.

+ PAUL, Arch, de Montréal.


A suivre : Préface.


Dernière édition par Louis le Sam 15 Sep 2012, 12:10 pm, édité 1 fois (Raison : Finaliser le titre.)

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Message  ROBERT. le Mer 08 Aoû 2012, 4:28 pm

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Merci Louis pour cet autre excellent dossier qui complète admirablement

bien celui de mlle Mance et celui de Sœur Bourgeois.
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Dernière édition par ROBERT. le Mer 08 Aoû 2012, 4:29 pm, édité 1 fois (Raison : balisage)
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Message  Louis le Jeu 09 Aoû 2012, 6:22 am

PRÉFACE


Les vertus les plus nécessaires et qui manquent le plus à la génération actuelle sont la charité et la force.

Si nous nous aimions plus les uns les autres, nous serions moins divisés par des intérêts d'ordre secondaire ; et comme tous les amours dérivent de la charité, nous aurions un attachement plus profond pour la patrie : nous travaillerions avec plus de désintéressement et plus de zèle à sa grandeur et à sa gloire.

Cet amour de la patrie, fondé sur la charité, nous donnerait en même temps plus de force et de virilité : et nous aurions moins souvent à déplorer l'abaissement des caractères et les défaillances morales.

C'est pourquoi il n'y a pas d'œuvre plus utile que de présenter au peuple des modèles de charité et de force. C'est pourquoi j'applaudis du fond du cœur à tout travail qui a pour objet de mettre sous nos yeux l'un de ces modèles, en même temps que de glorifier une âme d'élite qui a sa place marquée parmi nos gloires nationales.

Or tel est le but de l'ouvrage que j'ai le grand honneur de présenter au public canadien.

La vénérable mère d'Youville, dont Madame Jetté fait connaître la vie et les œuvres, était une âme forte et virile, embrasée du feu de la charité. Elle avait la tendresse et le dévouement de la femme pour les misères humaines, et la force de l'homme pour les soulager, et renverser les obstacles qui s'opposaient à sa mission de charité.

On ne peut donc offrir à notre génération un plus bel exemple à imiter ; et, chose rare, cet exemple convient à tous, et à tous les états, car cette femme remarquable a été successivement une enfant au foyer paternel, une pensionnaire au couvent, une jeune fille dans le monde, une épouse, une mère, une veuve, une religieuse et fondatrice d'ordre, et dans chacun de ces états elle s'est sanctifiée.

Combien je regrette que la première partie de cette belle vie ne nous soit pas mieux connue ! …

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Message  ROBERT. le Jeu 09 Aoû 2012, 10:38 am

Louis a écrit:
PRÉFACE


Les vertus les plus nécessaires et qui manquent le plus à la génération actuelle sont la charité et la force.
.

C'est à croire que cette préface fut écrite aujourd'hui !!
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Message  gabrielle le Ven 10 Aoû 2012, 7:52 am

ROBERT. a écrit:
Louis a écrit:
PRÉFACE


Les vertus les plus nécessaires et qui manquent le plus à la génération actuelle sont la charité et la force.
.

C'est à croire que cette préface fut écrite aujourd'hui !!
.

D'accord avec vous, Robert.
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Message  Louis le Ven 10 Aoû 2012, 8:49 am

PRÉFACE


(suite]

Précisons, en résumant quelques faits importants, les lacunes inévitables de cette histoire pourtant pleine d'intérêt et de charme.

On sait que Marie-Marguerite Dufrost de La Jemmerais, née à Varennes [note de Louis : sur la rive sud de l'île de Montréal, en face de La Pointe-aux-Trembles] le 15 octobre 1701, avait de nobles et illustres ancêtres. On sait aussi qu'aux plus nobles qualités de l'esprit et du cœur elle joignait une grande beauté.

Tout naturellement ces dons lui attirèrent des admirateurs, et plusieurs gentilshommes la recherchèrent en mariage. L'un d'eux fut agréé, et semblait posséder tout ce qui pouvait lui assurer une existence heureuse.

Mais, un jour, il brisa ce lien, parce que madame de La Jemmerais, veuve depuis plusieurs années, avait contracté un second mariage, qui ne rencontrait pas l'approbation du public.

Quel était ce gentilhomme qui manquait ainsi à ses engagements ? Nous n'en savons rien. Les secondes noces de la mère de sa fiancée n'étaient-elles qu'un prétexte à cette rupture ? Mademoiselle de La Jemmerais, alors âgée de 18 ans, en a-t-elle beaucoup souffert ? A-t-elle été regrettée par celui qui en s'éloignant avait tourné le dos au bonheur ? Les historiens ne nous permettent sur tout cela que des conjectures.

Cette première déception fut oubliée, sans doute, car la brillante jeune fille épousa quelques années plus tard M. François d'Youville.

Ce fut une union malheureuse. Obligée d'aller habiter chez sa belle-mère, elle n'y trouva pas la sympathie et l'affection qu'elle méritait ; son mari livré aux plaisirs la négligea, et dépensa follement les biens de sa femme et les siens.

Ici encore les détails manquent, et c'est dans une des périodes les plus intéressantes de la vie. Nous avons à peine connu la jeune fille dans le monde, ses espérances, ses rêves d’avenir, et ses désillusions ? Mais nous connaissons moins encore l'épouse et ses épreuves, ses dissentiments avec sa belle-mère, ses chagrins domestiques, ses désenchantements, et les glaives de douleur qui ont dû percer son cœur, quand elle s'est vue délaissée par son époux, et forcée de gagner elle-même par son travail la vie de ses chers enfants.

Le grand intérêt de la vie des Saints se trouve surtout dans les luttes de la nature et de la grâce…

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Message  Louis le Sam 11 Aoû 2012, 7:06 am

PRÉFACE


(suite]

Le grand intérêt de la vie des Saints se trouve surtout dans les luttes de la nature et de la grâce, et c'est un des plus beaux spectacles que l'on puisse contempler.

Car il ne faut pas s'imaginer que la nature est morte dans les Saints. Ils s'en rendent maîtres, et la gouvernent, mais ce n’est pas sans lutte : et c'est cette nature toujours vivante, quoique vaincue, qui fait la diversité dans les saints, et tant de variété dans leurs œuvres.

Aussi les hagiographes qui suppriment la nature, et qui ne nous montrent que l'action de la grâce ont-ils bien tort. Ils enlèvent à leurs récits ce qui les rendrait à la fois plus dramatiques, plus attachants et plus édifiants.

L'auteur du livre que nous avons sous les yeux n'appartient pas à cette école, et ce n'est pas sa faute s'il n'a pu consacrer plus d'espace au récit des huit années de mariage de Madame d'Youville, de ses épreuves d'épouse et de mère, et des triomphes de sa vertu sur le monde et la nature : les documents manquent et l'histoire complète de cette époque de sa vie ne sera probablement jamais écrite.

Mais à partir de cette époque, je veux dire après la mort de M. d'Youville, l'histoire prend des développements plus satisfaisants…



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Message  Louis le Dim 12 Aoû 2012, 7:07 am

PRÉFACE


(suite]

Mais à partir de cette époque, je veux dire après la mort de M. d'Youville, l'histoire prend des développements plus satisfaisants.

Restée veuve à 28 ans, avec deux fils qui devinrent de saints prêtres, elle consacra le reste de sa vie aux bonnes œuvres ; et le récit que nous en fait l'auteur est aussi complet qu’il peut être.

II est suffisamment documenté, bien ordonné, et scrupuleusement fidèle. J'ajoute que l'ouvrage possède de remarquables qualités littéraires.

Le style est sans recherche, mais il ne manque pas d'élégance et d'élévation. La phrase est sobre, correcte et d'une clarté irréprochable : on n'est jamais forcé de la relire pour la comprendre.

Les faits sont bien groupés, développés avec méthode, et exposés avec la précision qui convient. Pas de rhétorique, et surtout pas de déclamation. La narration est simple, sans broderie, parsemée de réflexions justes et d'observations profondes, qui ont pour objet d'instruire, d'édifier, et de montrer l'action de la Providence dans la trame des événements.

La physionomie des personnages et de l’époque est bien dessinée : et les lieux ou s'accomplissent les événements sont convenablement décrits. Mais la principale figure du tableau y est toujours en relief, et mise en pleine lumière. Le peintre l'aime et l'admire, et il nous la fait admirer et aimer.

Quel puissant intérêt se dégage de la lutte qu'elle soutient pour l'établissement de son institut, contre le gouverneur M. de la Jonquière, contre l'intendant Bigot, et même contre Mgr de Pontbriand, évêque de Québec ! Quel modèle de résistance chrétienne aux autorités !

Calomniée, accusée de duplicité, menacée et persécutée, elle se défend avec fermeté, mais sans manquer de déférence et de respect pour la haute situation de ses adversaires : et elle finit par triompher.

Sa lettre à l'intendant est admirable de franchise, de dignité, et de courage. En écrivant à son évêque, elle prend un ton différent, et c'est avec une délicatesse touchante et une émotion contenue qu'elle lui reproche d'avoir cru à sa duplicité.

C'est un bel exemple de ce que peut accomplir une femme qui met son zèle et son activité au service d'une œuvre, et qui place en Dieu seul son espoir et son appui.

Mais il faut dire que c’était une femme forte, servie par une intelligence supérieure : et quand Madame Jetté nous montre avec quelle économie elle administrait son hôpital, quelle entente des affaires elle apportait dans l'organisation du travail, dans ses entreprises, dans la création des moyens qui assuraient l'avenir de son institut, je suis tenté de la présenter comme modèle à nos ministres des finances, et autres administrateurs des biens publics.

Ce qui est remarquable chez la Vénérable mère d'Youville…


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Message  ROBERT. le Dim 12 Aoû 2012, 10:59 am

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Je dois m'inspirer plus du style de la Vénérable Mère d'Youville...
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Message  Louis le Lun 13 Aoû 2012, 8:50 am

PRÉFACE


(suite]

Ce qui est remarquable chez la Vénérable mère d'Youville c'est l'activité de sa charité. Son amour n'est pas contemplatif, il est surtout actif. Les mouvements de sa vie intérieure se manifestent constamment par des œuvres, et elle pratique toutes les pieuses industries de la charité.

Qu'est-ce que la vie de la sainteté ?

Saint Bernard dont l'activité a été prodigieuse, et qui a exercé une influence immense sur les événements de son siècle, a dit :

« La vie active, c'est donner du pain à celui qui en manque, c'est enseigner au prochain la parole de la sagesse, c'est ramener dans la droite voie celui qui s'égare, c'est rappeler les orgueilleux à l'humanité, les ennemis à la concorde, c'est visiter les infirmes, ensevelir les morts, c'est racheter les captifs et les prisonniers, c'est veiller à ce que chacun ait ce qui lui est nécessaire. »

Tel fut le caractère de l'activité de Madame d'Youville. Par les événements de sa vie, elle ressemble extraordinairement à Sainte Jeanne de Chantal. Par les œuvres, elle est une sœur de Saint Vincent de Paul.

Quand elle mourut à l'âge de 70 ans, l'activité de sa sainteté ne s'était pas ralentie. Son œuvre avait déjà pris des développements qui sont devenus depuis merveilleux, et elle avait enfanté à la vie de la charité toute une génération de vierges dont les nombreuses fondations sont nées de la sienne.

La vie des hommes se termine de manières bien diverses. Les uns font le tour de la vie comme on fait le tour du globe ; et quand le voyage finit, ils sont revenus au point de départ, c est-à-dire à l'enfance. Si triste qu'il soit, ce sort est assez fréquent.

Pour un plus grand nombre la vie n'est pas une sphère dont ils font le tour : c'est une montagne qu'ils gravissent dans la première moitié de leur vie, et qu'ils redescendent ensuite péniblement pour rentrer dans l'obscurité.

Mais il y a les privilégiés, les rarissimes qui montent toujours, toujours plus haut, parce que la montagne qu'ils gravissent s'appelle la Sainteté, et que son sommet touche le ciel. Au lieu de revenir au point de départ, les Saints s'en éloignent toujours de plus en plus, et ce n'est qu'à la mort qu'ils arrivent au sommet, illuminés déjà de célestes clartés.

Telle a été la vie de la vénérable Mère d'Youville ; et Madame Jetté, en nous la racontant, a vraiment fait une bonne œuvre et un beau livre.

Je veux résumer en une seule phrase les impressions que sa lecture m'a laissées : il instruit, il émeut, il captive, il édifie, il rend meilleur.

A. B. ROUTHIER.

A suivre: Avant-Propos.

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Message  Louis le Mar 14 Aoû 2012, 12:46 pm

AVANT-PROPOS.



La Vénérable Mère d'Youville est une de ces grandes figures qui, malgré leur humilité, laissent dans l'histoire de leur pays une trace lumineuse et un souvenir ineffaçable. Il était donc tout naturel que les traits saillants de sa vie fussent recueillis et racontés. Un peuple s'honore en conservant la mémoire de ceux qui lui ont donné de grands exemples de vertu.

C'est à la plume filiale de M. Dufrost que nous devons la première biographie de la fondatrice des sœurs de la Charité.

M. Sattin, prêtre de Saint-Sulpice et directeur des Sœurs Grises, comprit aussi que les sublimes actions de cette sainte femme, dont la mémoire était vénérée par toute la population du pays, ne devaient pas rester ignorées. Il recueillit d'une religieuse, la seule survivante de celles qui avaient connu la fondatrice, les faits omis par M. Dufrost, et rédigea, à son tour, une petite vie de Madame d'Youville. Mais ni le travail de M. Dufrost, ni celui de M. Sattin n'ont été publiés.

En 1852, M. l'abbé Faillon, à qui ses recherches sur l'histoire de la colonie française en Canada avaient rendu familiers tous les événements de la période pendant laquelle Madame d'Youville avait vécu, eut l'heureuse pensée de publier une vie de la Vénérable. Son travail, facilité par l'étude des documents relatifs au pays déposés aux archives du ministère de la marine, à Paris, et celle des annales de la communauté, est le plus complet et le plus documenté.

Il y a quelques années, un prêtre aussi savant que distingué, Mgr Ramsay, à la demande des divers établissements des Sœurs Grises, aux Etats-Unis, faisait paraitre, en anglais, une vie de la Mère d'Youville et son livre était accueilli avec empressement par tous les lecteurs de langue anglaise.

La pensée d'écrire une nouvelle vie de la Vénérable ne me serait donc jamais venue…

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Message  Louis le Mer 15 Aoû 2012, 6:33 am

AVANT-PROPOS.
(suite)
La pensée d'écrire une nouvelle vie de la Vénérable ne me serait donc jamais venue ; mais en 1884, ayant été choisie par M. Bonissant, prêtre de Saint-Sulpice et postulateur de la cause de béatification de Madame d'Youville, comme l'un des témoins du procès, j'eus l'occasion de faire une étude approfondie de cette vie remarquable, et après l'audition de mon témoignage, Mgr Fabre, archevêque de Montréal, et M. l'abbé T. Harel, notaire apostolique, voulurent bien me demander de rédiger mes notes sous forme de biographie et de les publier. Diverses circonstances et de nombreuses occupations m'empêchèrent de donner suite à cette proposition.

Il y a trois ans, appelée de nouveau comme témoin dans le procès de béatification de la fondatrice, Mgr l'archevêque Fabre et Monsieur Le chanoine Bruchési (qui avait remplacé Monsieur Harel, comme notaire apostolique) me renouvelèrent la même demande, et Mgr Bruchési y mit tant d'insistance et m'y encouragea si bien que je me décidai et me mis bientôt à l'œuvre.

Certaines parties de mon travail ont été difficiles; ainsi l'appréciation des sentiments intimes de Mme d'Youville et de ses impressions sur les personnes et les choses de son temps étaient presque impossibles, car elle a peu écrit, et à part quelques lettres d'affaires dans lesquelles se manifestent son abandon à la divine Providence et sa grande confiance dans le Père Eternel, on ne trouve rien d'elle. Ses instructions à ses filles, ses avis, ses exhortations ont été transmis verbalement par les premières mères à celles qui leur ont succédé. Les archives de ce temps ont été négligées et c'est pour combler cette lacune que M. Sattin s'est hâté de recueillir, de la bouche de la Mère Coutlée, les traits saillants de la vie de la fondatrice. Ses filles admiraient les grandes vertus de leur mère, elles avaient pour elle la plus profonde vénération, mais elles ne songeaient pas à noter les grandes choses accomplies sous son administration.

J'ai donc été obligée de me borner aux faits cités par M. Dufrost et M. Sattin, et j'ai surtout emprunté à M. Faillon les détails qu'il a pu recueillir dans les documents publics, les archives de la communauté et la tradition.

Je n'ai eu qu'une pensée, en publiant ce volume : faire mieux connaître le cœur compatissant et bon de cette femme au caractère énergique qui, comprenant toutes les misères de l'humanité, savait toujours trouver le moyen de les secourir.

Vivant à une époque où les femmes de ce pays étaient souvent des héroïnes, elle les a cependant dominées par son grand caractère et ses sublimes vertus. Aussi était-elle vénérée autant qu'aimée de ses contemporains, et son souvenir est resté vivace dans la mémoire de ses compatriotes. Les œuvres nombreuses sorties de sa fondation et auxquelles j'ai consacré la seconde partie de ce volume, perpétueront ce souvenir chez les générations futures qui continueront de recueillir les fruits de son dévouement et de sa charité.

Nos cœurs, tournés vers Rome, attendent aujourd’hui avec confiance la faveur d'invoquer publiquement celle qui a été un honneur pour notre peuple et une joie pour l'Eglise !


A suivre : Déclaration de l'auteur.



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Message  Louis le Jeu 16 Aoû 2012, 6:35 am

DÉCLARATION DE L’AUTEUR.

Si j'ai employé dans le cours de cet ouvrage le titre de sainte et si j'ai essayé de raconter les faveurs obtenues par l'entremise de la Vénérable Mère d'Youville, mon intention n'a été aucunement d'anticiper sur la décision du Saint-Siège, et je déclare ici me conformer en toutes choses aux décrets de S.S. le pape Urbain VIII.

PREMIÈRE PARTIE


VIE

de la

VÉNÉRABLE MÈRE D'YOUVILLE

CHAPITRE PREMIER

LA FAMILLE DE Mme D'YOUVILLE. — SA NAISSANCE. — SON BAPTÊME. — LA MORT DE SON PÈRE.

Le 16 octobre 1701, la cloche de l'église de Sainte-Anne de Varennes annonçait aux habitants de ce paisible village qu'un enfant venait de naître et qu'une nouvelle chrétienne était donnée à l'Eglise. Aussi y avait-il grande joie et liesse au manoir de La Jemmerais, où serviteurs et maîtres s'unissaient pour saluer l'arrivée de cette enfant, la première née de la famille.

Son père, homme de guerre, avait peut-être réprimé un mouvement de désappointement en apprenant la naissance d'une fille au lieu de celle d'un héritier de son nom ; mais, en bon chrétien, il s'était réjoui de la bénédiction qu'apporte à tout foyer le petit être destiné à l'orner et à l'égayer. Et si, penché sur le berceau de cette enfant, ce père eût pu plonger un regard dans l'avenir, combien il eût été fier de sa fille et de ses grandes destinées ! Avec quelle ardeur il eût remercié Dieu d'avoir choisi dans sa famille celle qui devait illustrer son pays par de si grandes et de si belles choses !

C'est le 15 octobre que naquit l'enfant dont nous allons écrire l'histoire. Son père, Christophe Dufrost de La Jemmerais (1), gentilhomme breton, originaire de Médréac, dans le diocèse de Saint-Malo, habitait le Canada depuis 1687. Il s'était distingué par sa bravoure dans les guerres contre les Iroquois et avait rapidement conquis l'estime et la confiance de ses chefs. La marquise de Vaudreuil en témoigne éloquemment, dans une lettre conservée aux Archives de la Marine, à Paris, en disant : « M. de La Jemmerais a parfaitement bien servi dans la guerre des Iroquois et a couru risque, nombre de fois, d'être pris et brûlé vif par ces barbares. Cette bravoure lui valut la confiance de ses chefs et le commandement de postes importants. »

Le manoir de La Jemmerais, où était né M. Christophe Dufrost, situé dans la paroisse de Médréac (Isle-et-Vilaine), non loin de la rivière la Rance, remonte à l'an 1400. Il appartenait alors à Jean L’Abbé, qui le transmit aux La Forest.

Le mariage de Marguerite de La Forest avec Christophe Dufrost…

__________________________________________________

(1) Les ancêtres de Mme d'Youville écrivaient: La Gesmerais, de la terre seigneuriale qu'ils possédaient en Bretagne ; nous écrirons cependant, comme M. Faillon, La Jemmerais, nous guidant, comme lui, sur la signature de Mme d'Youville. Celle-ci, malgré les différentes manières d'écrire son nom, a toujours signé ainsi.

pp. 4-5

A suivre…


Dernière édition par Louis le Ven 17 Aoû 2012, 9:24 am, édité 1 fois

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Message  Louis le Ven 17 Aoû 2012, 9:22 am

LA FAMILLE DE Mme D'YOUVILLE. — SA NAISSANCE. — SON BAPTÊME. — LA MORT DE SON PÈRE.

(suite)

Le mariage de Marguerite de La Forest avec Christophe Dufrost, sieur de Breil-Samin, en Langan, et des Chapelles, en Irodouër, fit passer le manoir entre les mains des Dufrost. Ceux-ci étaient de fort ancienne noblesse: parmi les gens de Roger de Beaumanoir qui prirent part au combat des Trente, en 1351, il est fait mention d'un Dufrost, et l'on retrouve dans différents registres le nom des ancêtres de cette famille.

Le château de La Jemmerais était une superbe construction ornée de tourelles ; de magnifiques avenues de chênes séculaires l'encadraient. La chapelle, remarquable aussi, fut malheureusement détruite. Seules, la pierre sacrée et la cloche ont été conservées. En 1895, la révérende Mère Deschamps, alors Supérieure Générale des Sœurs Grises de Montréal, poussée par un sentiment vraiment filial, fit des démarches auprès de M. le curé de Médréac pour avoir ces deux reliques, seuls restes de l'antique manoir. Elle ne put obtenir tout ce qu'elle avait demandé; mais, l'année suivante, la veille de la grande fête organisée à l'occasion de ses noces de diamant, la vénérable supérieure recevait la pierre sacrée, accompagnée des lignes suivantes de M. l'abbé Aubré, vicaire de Médréac :

« votre désir, Madame la Supérieure, va se réaliser en partie. Médréac et Montréal se partageront les souvenirs de la famille Dufrost de La Jemmerais. C'est la pierre sacrée de l'ancienne chapelle de ce manoir qui vous tombe en partage. Elle a été remise par le fermier de La Gesmeraye à M. le comte de Palys. »

On comprend quelle fut la joie des filles de la Vénérable Mère d’Youville…


pp. 5-6
A suivre…

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Message  Louis le Sam 18 Aoû 2012, 6:44 am

LA FAMILLE DE Mme D'YOUVILLE. — SA NAISSANCE. — SON BAPTÊME. — LA MORT DE SON PÈRE.

(suite)

On comprend quelle fut la joie des filles de la Vénérable Mère d Youville à la réception de ce précieux souvenir. Puisqu'elles ne pouvaient pas être conviées à la prière par cette cloche qui jadis appelait aux fêtes religieuses les seigneurs de Médréac et leurs vassaux, elles se consoleraient du moins en vénérant cette chère relique, sur laquelle la Victime Sainte s'était si souvent immolée pour la consolation des ancêtres de leur bien-aimée fondatrice.

La chapelle du manoir des Dufrost n'était pas seulement remarquable par sa construction, elle avait aussi son histoire et sa légende. Le jour de la fête de cette chapelle était le lundi de la Pentecôte et elle était l'objet, ce jour-là, d un grand pèlerinage auquel se rendaient tous les paysans des environs. Nous empruntons aux notes de M. le vicaire de Médréac les lignes suivantes, qui nous disent la pieuse légende conservée dans le pays au sujet de ce sanctuaire disparu :

« Le souvenir de cette chapelle est conservé dans la population médréancienne par la vision insolite d'une lumière qui, n'ayant ni l'apparence d'un feu follet, ni celle d'un ver luisant, éclairait la partie du terrain occupé jadis par la chapelle. Il y a une trentaine d'années, lorsque le fermier voulut combler les excavations faites pour extraire les pierres des inondations, la lumière reparut, et cette fois plus fréquente ; on entendit même du bruit, dit la légende.

« Le fermier se décida alors à ne pas remplir ces excavations qui sont maintenant recouvertes de saules.

« La fontaine de la propriété était elle-même légendaire. On y entendait un chant extraordinaire que dans le langage du pays on appelle turlutement.

« La famille des Dufrost avait droit à la prééminence dans l'église de Médréac, droits honorifiques comme seigneurs du lieu, et leurs armes portaient d'argent à trois têtes de coq de sable, crêtées et barbelées de gueules.»

« Les La Gesmeraie, » ajoute M. le comte de Palys, « avaient droit d'enfeu et trois pierres tombales armoriées dans l'église de Médréac, et droit d'écusson dans la principale vitre derrière le grand autel. » (1)

La mère de notre héroïne était Marie-Renée de Varennes…


_____________________________________________________

( 1) Une famille bretonne au Canada, p. 13.

pp. 6-7
A suivre…

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Message  Louis le Dim 19 Aoû 2012, 6:54 am

LA FAMILLE DE Mme D'YOUVILLE. — SA NAISSANCE. — SON BAPTÊME. — LA MORT DE SON PÈRE.

(suite)

La mère de notre héroïne était Marie-Renée de Varennes, fille de René de Varennes, gouverneur de Trois-Rivières, et petite-fille du sieur Boucher de Boucherville, aussi gouverneur de cette ville.

M. de Boucherville était renommé dans toute la colonie, tant pour les importants services qu'il avait rendus que pour les grandes vertus qui illustrèrent sa vie. Son souvenir s'est perpétué dans les générations qui ont suivi et fait encore l'admiration de tous les Canadiens-Français.

Faisant ses derniers adieux à ses enfants, dans un testament resté à jamais mémorable et que depuis on relisait chaque année à genoux dans la famille, il laissait à son fils cette suprême recommandation : « Dites à votre sœur de Varennes (Mme de La Jemmerais) que je lui dis adieu et à tous ses enfants, que j'aime et que j'ai toujours aimés. Je leur donne et à elle ma bénédiction. Je les exhorte tous à vivre dans la crainte de Dieu et a s'entr'aimer les uns les autres comme Dieu et la bienséance le demandent. »

Deux frères de Mme de La Jemmerais furent prêtres : M. Charles de La Jemmerais, curé de Verchères, décédé en 1750, et M. Joseph de La Jemmerais, curé de Saine-Famille, Ile d'Orléans, mort en 1756.

Mme de La Jemmerais était aussi la sœur de M. de la Vérendrye, le célèbre explorateur qui découvrit la rivière Rouge et l'Assiniboine, bâtit le fort Saint-Charles, celui de la Reine et plusieurs autres, et dont les fils poussèrent les explorations jusqu'aux Montagnes Rocheuses. Singulière coïncidence, ou plutôt voies étranges de la Providence : les sœurs Grises, fondées par la nièce de l'explorateur canadien, vinrent sur les bords de cette même rivière Rouge, de concert avec les missionnaires, travailler à l'évangélisation des sauvages. Elles furent les premières femmes qui foulèrent le sol de ces froides et lointaines régions pour se dévouer au salut des infidèles.

Un des frères de Mme d'Youville, qui accompagnait son oncle, M. de la Vérendrye, mourut au fort Maurepas, loin de son pays et des siens.

Outre ces trois fils et Mme d'Youville, M. et Mme de La Jemmerais eurent deux autres filles…


pp. 7-8-9

A suivre…


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Message  Louis le Lun 20 Aoû 2012, 6:42 am

LA FAMILLE DE Mme D'YOUVILLE. — SA NAISSANCE. — SON BAPTÊME. — LA MORT DE SON PÈRE.

(suite)

Outre ces trois fils et Mme d'Youville, M. et Mme de La Jemmerais eurent deux autres filles. L'une, Marie-Louise, épousa M. Ignace Gamelin, et la dernière, Marie-Clémence, épousa M. Gamelin-Maugras.

Huit prêtres, outre les frères de Mme de La Jemmerais, furent donnés à l'Eglise du Canada par cette famille si chrétienne. (1)

D'un tel père d'une telle mère, d’aïeux et de parents aussi distingués, notre Vénérable ne pouvait que recevoir de bons exemples et hériter de nobles sentiments….

___________________________________________________________

(1) Les deux fils de Mme d'Youville : François, curé de Saint-Ours, décédé en 1778, et Charles-Marie-Madeleine Dufrost, curé de Boucherville, mort en 1790, qui fut le premier-biographe de sa mère ; Ignace Gamelin, curé de Saint-Philippe, mort en 1799, fils de M. et de Mme Ignace Gamelin, et leur petit-fils, M. Porlier, curé de la Pointe-aux-Trembles ; Pierre-Mathieu Gamelin-Maugras, prêtre de Saint-Sulpice, décédé en 1771, fils de M. et de Mme Gamelin-Maugras, et Clément-Amable Boucher de Labroquerie, curé de Rigaud, mort en 1826, ainsi que Jean-Francois Sabrevois de Bleury, curé de Lachenaie, mort en 1802, leurs petits-fils Mgr Taché, archevêque de Saint-Boniface, était 1'arnère-petit-fils de M. et de Mme Gamelin-Maugras. Dans une brochure intitulée : « Une famille bretonne au Canada, » M. le comte de Palys, parlant de ce dernier évêque, membre lui aussi de cette famille dont il écrit l'histoire, résume en quelques lignes la vie et les travaux apostoliques de Mgr Taché. « Cet illustre prélat » dit-il, évêque à vingt-six ans, après avoir, en évangélisant les sauvages, fait des voyages de quatre à cinq cents lieues partie à pied, partie à la raquette ou avec des chiens, couchant presque tout le temps dehors, sous ce climat rigoureux, vient de mourir en laissant, disent les journaux du pays, le souvenir d'un héros et d'un saint.. » Mgr Taché a donné à toute la descendance de ce vieux sang breton des Dufrost de La Jemmerais la suprême illustration d'un prince de l'Église.

pp. 9-10

A suivre…

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Message  Louis le Mar 21 Aoû 2012, 5:55 am

LA FAMILLE DE Mme D'YOUVILLE. — SA NAISSANCE. — SON BAPTÊME. — LA MORT DE SON PÈRE.

(suite)


Ses pieux parents la présentèrent au baptême le lendemain de sa naissance : elle y reçut les noms de Marie-Marguerite. Elle eut pour parrain Jacques-René Gauthier de Varennes, et pour marraine Marie-Marguerite Gauthier de Varennes.

Rien ne manquait à cette enfant, à qui le ciel réservait un rôle privilégié. Fille de parents chrétiens et nobles, petite-fille d'un gouverneur et d'un saint, ses premières années s'écoulèrent heureuses et souriantes, au manoir paternel. Mais la souffrance, épuration des justes, sillon que les âmes saintes et bénies doivent féconder de leurs larmes et souvent de leur sang, ne devait pas tarder à apparaître dans la vie de Mme d'Youville, et ce fut presque au sortir de son berceau qu'elle la rencontra.

La mort d'un père bien-aimé vint briser l'existence de la petite Marguerite et mettre fin aux quelques années heureuses vécues au sein d'une famille aussi unie que respectée. M. de La Jemmerais, dont les succès militaires avaient été rapides et brillants, avait été promu, en 1705, du grade de lieutenant à celui de capitaine: moins de trois ans après, alors que ses succès passés lui donnaient les plus grands espoirs pour 1'avenir, il était enlevé a l'affection de sa femme et de ses enfants.

Mme de La Jemmerais restait donc seule, avec la tâche d'élever, sans fortune, six enfants en bas âge, dont Marie-Marguerite était l'aînée.

« On sait que la plupart des gentilshommes français qui allaient se fixer au Canada, » dit M. Faillon, « portaient pour tout bien que leur épée et leur bravoure, et que nonobstant les grandes concessions de terres qu'ils obtenaient aisément, leur état de médiocrité n'était pas rendu meilleur par la possession de ces vastes domaines qui ne leur offraient encore que des espérances pour l'avenir.» (1)

M. de La Jemmerais n'était pas une exception à cette règle: il ne possédait d'autre bien que les appointements de sa solde, qui avaient suffi jusque-là à l'honnête entretien de sa famille, mais qui ne lui avaient pas permis d'assurer l'avenir de ses enfants. Notre héroïne se trouvait donc orpheline à sept ans. Nous verrons comment, avec son intelligence précoce et son jugement déjà préparé à comprendre sa position, elle étonna son entourage et les amis de sa famille par une énergie au-dessus de son âge et les belles qualités que les épreuves développèrent en elle.


_________________________________________________

(1) Vie de Madame d'Youville, p. 5


pp. 10-11


A suivre : Chapitre II. DÉPART DE Mlle DUFROST POUR LE PENSIONNAT DES URSULINES. — SON SÉJOUR AU COUVENT. — SA PREMIÈRE COMMUNION.

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Message  Louis le Mer 22 Aoû 2012, 6:47 am

CHAPITRE II

DÉPART DE Mlle DUFROST POUR LE PENSIONNAT DES URSULINES. — SON SÉJOUR AU COUVENT. — SA PREMIÈRE COMMUNION.

Par sa naissance et sa position, Mme de La Jemmerais pouvait s'attendre à être protégée : elle le fut en effet. Des amis puissants s'adressèrent à la cour en faveur de cette veuve laissée sans ressources, lui exposant la situation pénible de cette famille, si digne de protection, pour laquelle parlaient bien haut les services rendus par son chef disparu.

M. le marquis de Vaudreuil et M. Raudot, intendant, écrivaient au Ministre de la Marine, le 14 novembre 1708 :

« Le sieur de la Gemmerais, capitaine, est mort cet été. Il laisse une femme et six enfants à la mendicité. C'est une pitié, Monseigneur, que de voir cette famille désolée et hors d'état de pouvoir subsister à l'avenir, si vous ne voulez avoir la bonté de l'aider. Comme vous ne donnerez que l'année prochaine à la compagnie de son mari, si vous vouliez avoir la charité de lui en faire toucher les appointements jusqu'à ce temps, cela l'aiderait beaucoup. Nous ne vous le demandons pour elle que par la grande connaissance que nous avons de sa misère. » (1)

L'année suivante, MM. Raudot, père et fils, intervenaient de nouveau et écrivaient au Ministre : « La dame de La Jemmerais est entièrement dénuée de tout et chargée de six enfants. Nous vous supplions de vouloir bien lui accorder la pension du sieur Berthier, qui se trouve vacante par sa mort." (1) A la suite de ces sollicitations si justement appuyées par les autorités de la colonie, Mme de La Jemmerais obtint enfin, en 1714, cinquante écus, chiffre des pensions données alors aux veuves des officiers.

Mais les amis de la famille comprenaient qu'il fallait faire plus encore pour la veuve de M. de La Jemmerais. Ils voulaient procurer à l'aînée de ses enfants le bienfait d'une éducation soignée et chrétienne, et, grâce à eux, Marie-Marguerite fut placée chez les Ursulines de Québec.

Cette enfant de dix ans ne se sépara pas de sa mère, de ses frères et sœurs, sans en éprouver beaucoup de chagrin. A cet âge, le sentiment qui domine n'est-il pas de ne trouver beau et bon que ce que l'on peut goûter et admirer auprès de sa mère et des siens? Avec sa mère, l'enfant possède tout et ne désire rien ; sans elle, qui peut le séduire ou le charmer?

Ce ne fut donc pas sans tristesse, ni sans verser des larmes amères, que cette petite fille si affectueuse quitta tout ce que son cœur avait connu et aimé…

___________________________________________________________

(1) Archives de la Marine, Vie de Madame d'Youville, par M. Faillon, p. 6.
(1) Archives de la Marine, Vie de Madame d'Youville, par M. Faillon, loc. cit.


pp. 12-13


A suivre…


Dernière édition par Louis le Mer 22 Aoû 2012, 4:45 pm, édité 1 fois

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Message  Louis le Mer 22 Aoû 2012, 12:35 pm

DÉPART DE Mlle DUFROST POUR LE PENSIONNAT DES URSULINES. — SON SÉJOUR AU COUVENT. — SA PREMIÈRE COMMUNION.


(suite)
Ce ne fut donc pas sans tristesse, ni sans verser des larmes amères, que cette petite fille si affectueuse quitta tout ce que son cœur avait connu et aimé jusque-là, pour s'exiler à Québec. Elle n'entrait cependant pas en étrangère au couvent où on la plaçait, elle y était attendue; on l'accueillit avec joie, car sa mère y avait été aussi élevée. Le souvenir de sa grand mère, de sa bisaïeule, de ses tantes, de ses grand'tantes était encore vivant dans la communauté, et Mlle de La Jemmerais y trouvait même l'une de ces dernières, la Mère Saint-Pierre. Cette vénérable religieuse, entrée au monastère le 10 juin 1694, à l'âge de vingt ans, y vécut soixante-dix ans dans la pratique parfaite de toutes les vertus.

Avec quelle joie ne reçut-elle pas cette enfant, et avec quel soin ne cultiva-t-elle pas son intelligence si bien douée et son cœur déjà si bien préparé! Il suffit de lire la page que les Ursulines consacrent à Mile Dufrost, dans leurs annales, sous le titre : « Une femme forte au Canada, au dix-huitième siècle, » pour se rendre compte de l'impression qu'elle laissa dans le monastère.

« Une élève des plus distinguées de cette époque, » disent ces annales, « et qui exerça une influence bien marquée sur les temps qui ont suivi, est sans contredit Mlle de La Gesmeraie. Elle était nièce, par sa mère, de nos sœurs de Boucherville, de Varennes et de Muy, et petite-nièce de notre mère Boucher de Saint-Pierre. Elle devint une de ces femmes fortes dont le Canada s'honore à si juste titre. Son éducation ne fut pas négligée et dès sa onzième année on l'envoyait à nos classes. Douce, pieuse, pleine de candeur et d'intelligence, Mlle de La Gesmeraie s'acquit la sympathie et l'estime de toutes. Elle ne perdait pas un instant, et si elle voyait quelqu'une de ses compagnes, moins assidue au travail, chercher à s'amuser pendant les classes ou l'étude, elle se disait à elle-même : ces demoiselles sont plus fortunées que moi, leurs années d'études ne sont pas limitées ; pour moi, je n'ai plus de père, et ma pauvre mère attend avec anxiété mon retour à la maison. Et elle redoublait d'activité et d'application dans l'acquit de ses devoirs. C'est ainsi que Dieu préparait sa jeune servante aux grandes œuvres qu'elle devait accomplir plus tard à la gloire de son nom. »

Comme si elle avait eu l'intuition de ce que Mlle Dufrost devait en effet accomplir plus tard…


pp. 14-15


A suivre…

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Message  Louis le Mer 22 Aoû 2012, 4:54 pm

DÉPART DE Mlle DUFROST POUR LE PENSIONNAT DES URSULINES. — SON SÉJOUR AU COUVENT. — SA PREMIÈRE COMMUNION.


(suite)


Comme si elle avait eu l'intuition de ce que Mlle Dufrost devait en effet accomplir plus tard, une de ses maîtresses, sœur Marie des Anges, lui faisait lire « Les saintes voies de la Croix », de l'abbé Boudon, préparant déjà son âme à la vie de souffrances qui l'attendait.

Dans ce monastère, encore tout embaumé du parfum des vertus héroïques de sa vénérée fondatrice, sous l'œil vigilant de femmes aussi distinguées que saintes, quel trésor de piété Mlle Dufrost ne devait-elle pas acquérir !

Les fondateurs de la colonie avaient principalement en vue l'évangélisation des sauvages. Aussi avaient-ils toujours choisi avec soin ceux qu'ils amenaient avec eux, même ceux qui ne devaient travailler qu'au développement du pays. Les mœurs des colons étaient donc restées saines et pures à l'époque de la jeunesse de Mme d'Youville.

A peine cinquante ans s'étaient écoulés depuis que le P. Ragueneau écrivait :

« L'union, la concorde, cimentées par la piété, liaient tous les citoyens de la Nouvelle-France. Chaque habitation avait été placée sous la protection d'un saint, et tous les jours, matin et soir, le chef de la famille, entouré de sa femme, de ses enfants, de ses serviteurs agenouillés au pied de l'image du saint patron, récitait à haute voix la prière, suivie de l'examen de conscience et des litanies de la Sainte-Vierge. »

Et M. l'abbé Casgrain, dans sa « Vie de la Vénérable Mère de l'Incarnation », confirme cette description du P. Ragueneau.

« Si la vie était si pure, dit-il, aux derniers échelons de la société canadienne, on peut juger de sa perfection parmi les chefs qui en étaient les guides et les exemples. Pendant que le nouveau gouverneur, M. d Ailleboust, continuait les précieuses traditions léguées par son prédécesseur, que les missionnaires jésuites donnaient leur septième martyr à 1'Eglise, que M. de Maisonneuve, avec une poignée de braves, faisait de son corps un rempart à la colonie, que les Hospitalières se consumaient auprès du lit des malades, les Ursulines recueillaient les débris encore tout tremblants de cette jeune génération indienne, échappés au massacre des Iroquois, et leur apprenaient à tourner leurs cœurs vers Celui qui essuie toutes larmes et qui guérit toutes blessures.

Quelles pures et intimes jouissances durent enivrer l'âme de la Mère Marie de l'Incarnation, quelles actions de grâces durent monter de son cœur vers Dieu lorsque, promenant son regard sur tout ce qui l'entourait, elle voyait enfin l'entier accomplissement de tous ses vœux : ce pays sauvage ouvert à son apostolat, ces chères néophytes, et surtout ce vaste et beau monastère qui surgissait au sein de la forêt!" (1)

Et après avoir catéchisé et instruit les enfants sauvages…

____________________________________

(1) Page 375.

pp. 15-16-17



A suivre…

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Message  ROBERT. le Mer 22 Aoû 2012, 5:35 pm

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Vie de la Vénérable Mère d'Youville (COMPLET) Mare_d13

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Les fondateurs de la colonie avaient principalement en vue l'évangélisation des sauvages. Aussi avaient-ils toujours choisi avec soin ceux qu'ils amenaient avec eux, même ceux qui ne devaient travailler qu'au développement du pays . Les mœurs des colons étaient donc restées saines et pures à l'époque de la jeunesse de Mme d'Youville.

A peine cinquante ans s'étaient écoulés depuis que le P. Ragueneau écrivait:

« L'union, la concorde, cimentées par la piété, liaient tous les citoyens de la Nouvelle-France. Chaque habitation avait été placée sous la protection d'un saint, et tous les jours, matin et soir, le chef de la famille, entouré de sa femme, de ses enfants, de ses serviteurs agenouillés au pied de l'image du saint patron, récitait à haute voix la prière, suivie de l'examen de conscience et des litanies de la Sainte-Vierge. »

http://messe.forumactif.org/t4436p15-vie-de-la-venerable-mere-d-youville#86429

En ces temps d’apostasie où nous sommes, une distance infinie nous sépare de la glorieuse époque de la colonie du temps de Mère d’Youville, de Mlle Mance et de Marguerite Bourgeois. Essayons, nous le petit carré de catholiques fidèles à la Foi de nos ancêtres, de nous montrer dignes et redevables de ces Dames qui furent les piliers, qui tinrent le fort de la Nouvelle-France à tous points de vue…


ROBERT.
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Message  Louis le Jeu 23 Aoû 2012, 9:01 am

DÉPART DE Mlle DUFROST POUR LE PENSIONNAT DES URSULINES. — SON SÉJOUR AU COUVENT. — SA PREMIÈRE COMMUNION.

(suite)


Et après avoir catéchisé et instruit les enfants sauvages, les dignes filles de Marie de l'Incarnation instruisaient et préparaient les enfants des colons à la vie dure et laborieuse qui les attendait.

N'est-ce pas chez les Ursulines que Mlle Dufrost puisa cette force et cette solidité de caractère que l'âme acquiert dans le calme d'une vie réglée et remplie d'enseignements sérieux, et au contact de dévouements incomparables?

La jeune élève se prépara à sa première communion avec une extrême ferveur: les anges durent contempler avec bonheur ce petit cœur si pur, si doux, si bon, recevant, dans un premier baiser, le Dieu qui y déposait une étincelle de son immense amour pour l'humanité, étincelle qui devait se développer plus tard au contact de l'épreuve et embraser son âme, pour les membres souffrants du Sauveur, d'une passion qui ne s'éteignit qu'avec sa vie !


pp. 17-18


A suivre : Chapitre III. RETOUR DE Mlle DE LA JEMMERAIS AU MANOIR PATERNEL. — ÉPREUVE CAUSÉE PAR LE SECOND MARIAGE DE SA MÈRE. — SES FIANÇAILLES AVEC M. D'YOUVILLE.

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Message  Louis le Jeu 23 Aoû 2012, 1:06 pm

CHAPITRE III

RETOUR DE Mlle DE LA JEMMERAIS AU MANOIR PATERNEL. — ÉPREUVE CAUSÉE PAR LE SECOND MARIAGE DE SA MÈRE. — SES FIANÇAILLES AVEC M. D'YOUVILLE.

Apres deux ans de séjour au monastère des Ursulines, Mlle Dufrost, à l'été de 1713, fit ses adieux à ses maîtresses et à ses compagnes et revint à la maison paternelle.

La campagne était dans toute sa beauté et son épanouissement; un chaud soleil de juillet baignait de ses flots de lumière le village qui devait son nom aux ancêtres de la jeune élève des Ursulines. Quelle joie pour elle de revoir ce paysage charmant et gracieux qui se mire dans les eaux du grand fleuve, comme pour lui emprunter sa fraîcheur et sa majesté, et que de souvenirs dans ces lieux si chers à son cœur! Voici le clocher de la chère église où si souvent elle est venue, dans le banc seigneurial, assister aux offices avec ses parents ! Voilà le caveau funèbre dans lequel dorment déjà du grand sommeil plusieurs des siens.

Bientôt, à travers un massif d'arbres, elle distingue le manoir de sa famille, qui se détache sur la verdure des bois et des champs, avec son toit aigu et sa pierre blanchie par ce ciment de chaux et de sable qui donnait tant de solidité aux constructions des premiers colons. Toute la famille réunie l'attendait sur le seuil de la maison: sa mère, toute fière de cette gracieuse enfant qui allait bientôt lui être si utile; ses frères et sœurs, curieux de revoir cette sœur aînée dont on leur avait tant parlé chaque jour.

Mais elle, bien que toute pénétrée de la joie du retour, n'avait cependant pas distrait sa pensée de la tâche qu'elle se sentait heureuse de venir remplir auprès de sa mère. Gaie et animée, elle parcourt la maison avec ses sœurs, jette un coup d'œil sur le jardin, visite les dépendances et se rend compte bien vite de la part de travail qui l'attend dans le domaine.

Elle l'avait dit à ses maîtresses, elle l'avait redit à ses compagnes, sa pauvre mère attendait avec impatience son retour au foyer domestique ; aussi devint-elle bientôt une aide précieuse pour Mme de La Jemmerais et une seconde mère pour ses frères et sœurs.

Dans la maison de sa mère, au milieu de sa famille, elle devait être aussi infatigable que nous la verrons plus tard à l'Hôpital Général. Aussi son fils, dans une biographie manuscrite nous la peint-il ainsi : …


pp. 19-20


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Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
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Vie de la Vénérable Mère d'Youville (COMPLET) Empty Re: Vie de la Vénérable Mère d'Youville (COMPLET)

Message  Louis le Jeu 23 Aoû 2012, 5:12 pm

RETOUR DE Mlle DE LA JEMMERAIS AU MANOIR PATERNEL. — ÉPREUVE CAUSÉE PAR LE SECOND MARIAGE DE SA MÈRE. — SES FIANÇAILLES AVEC M. D'YOUVILLE.


(suite)

Aussi son fils, dans une biographie manuscrite nous la peint-il ainsi :

« A douze ans, lorsqu'elle revint chez sa mère, elle donna des preuves du profit qu'elle avait tiré de la bonne éducation qu'on lui avait donnée. On la vit devenir l'appui et la consolation de sa mère, dont elle possédait la confiance. Dès lors, on la vit s'efforcer, par son travail, de gagner de quoi faire subsister ses frères et sœurs et leur rendre tous les services dont elle était capable. Aussi eurent-ils toujours pour elle un attachement extraordinaire, attachement accompagné de respect et de confiance, persuadés qu'elle avait pour eux une affection vraiment tendre. C'était leur sœur par excellence. Etant tous parvenus à un âge mûr et ayant embrassé divers états, cette sœur bien-aimée était la dépositaire de leurs secrets.

« Dans leurs chagrins, c'était leur consolation: il leur semblait que sa présence seule adoucissait leurs maux; dans leurs perplexités, c'était leur conseil : ils auraient cru commettre une imprudence s'ils eussent entrepris quelque chose de considérable sans la consulter. Point de compagnie qui valût pour eux celle de leur sœur et, même dans leurs plus grands embarras, ils trouvaient toujours le temps de s'entretenir avec elle. La haute idée qu'ils avaient de sa vertu leur donnait une grande confiance dans ses prières. Il est difficile d'exprimer quelle était leur inquiétude s'ils la savaient sérieusement malade et avec quelle sincérité ils prenaient part à toutes les croix de cette bonne sœur. »

Cette influence exercée par Mlle Dufrost dans sa famille, elle l'avait acquise dès le début de sa vie, lorsque son cœur, qui renfermait des trésors de tendresse et de dévouement, avait habitué les siens à compter déjà si complètement sur elle pour les mille sacrifices de chaque jour. « On ne saurait croire,» dit M. Sattin, « combien elle adoucit à sa mère la tâche d'élever sa jeune famille. » (1)

Pour avoir sitôt conquis une si large place au foyer domestique et dans le cœur des siens, il fallait que cette jeune fille fut douée de qualités supérieures...

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(1) M.Sattin, prêtre de Saint-Sulpice, arrivé au Canada en 1794, a laissé une Vie manuscrite de la Vénérable, fondée sur le témoignage des anciennes sœurs et surtout de la Mère Coutlée, qui avait été formée par la fondatrice. C'est à lui, malgré la brièveté de son récit, que nous sommes redevables des principaux traits de la vie de Mme d'Youville, puisque le premier il avait eu l'heureuse pensée de les recueillir.

pp. 20-21-22


A suivre…

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