LA GUERRE (extrait du Traité de la Charité, par Saint Thomas d'Aquin)

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Message  ROBERT. le Mar 28 Fév 2012, 11:14 am

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LA GUERRE (extrait du Traité de la Charité, par Saint Thomas d'Aquin) Sans-t10


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LA CHARITÉ

Question 40

La guerre.



Passons maintenant à l'étude de la guerre. Nous nous poserons quatre questions: 1. Y a-t-il une guerre qui soit licite ? — 2. Est-il permis aux clercs de prendre les armes ? — 3. Est-il permis aux belligérants d'user de ruses ? — 4. Est-il permis de combattre les jours de fête ? [59].




note explicative:



[59] Qu. 40, Prologue. — Saint Thomas poursuit dans cette question son étude des péchés d'action commis contre la charité. Il avait annoncé, dans le prologue de la question précédente: le schisme, la rixe, la sédition, la guerre. De fait, c'est la guerre qui est abordée immédiatement après le schisme, peut-être parce que ce sujet paraissait en définitive envelopper les deux autres, rixe et sédition se voyant alors considérées comme des guerres d'une certaine espèce.


Il est important de remarquer que cette question de la Somme consacrée à la guerre constitue une construction tout à fait originale. Il n'y a pas de lieux parallèles dans l'œuvre de saint Thomas, et les docteurs de l'époque n'ont pas étudié ce sujet à part. Après l’Écriture, qui fournissait un certain nombre de textes classiques, l'autorité principale sera ici saint Augustin à qui revient en définitive le mérite d'avoir fixé ici les grandes orientations de la pensée de l’Église.

La question comprend quatre articles. Mais le problème essentiel, qui est celui de la licéité de la guerre, est tout entier compris dans le premier article.



note: à la fin de cette étude sur la guerre par Saint Thomas d’Aquin, je mettrai, en appendice, le texte intitulé Les conditions de la guerre juste.



"IIa-IIæ, qu.40, par V. VERGRIETE O.P ; notes, par H.D. GARDEIL O.P. Éditions de la Revue des Jeunes, Paris, 1957."




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Message  ROBERT. le Mar 28 Fév 2012, 3:22 pm

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LA CHARITÉ

Question 40

La guerre.


ARTICLE 1.


Est-ce toujours un péché de faire la guerre ?


DIFFICULTÉS: 1. On n'inflige de peine qu'en punition d'un péché. Or, le Seigneur, en saint Matthieu, indique une peine pour ceux qui font la guerre: "Tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée". La guerre est donc toujours illicite.


2. Tout ce qui est contraire à un précepte divin est un péché. Or, faire la guerre est contraire à un précepte divin. Il est dit en effet en saint Matthieu: "Je vous dis de ne pas tenir tête au méchant", et dans l’Épitre aux Romains: "Ne vous faites pas justice à vous-mêmes, mes bien-aimés; laissez agir la colère divine". C'est donc toujours un péché de faire la guerre.


3. Il n'y a que le péché qui soit contraire à un acte de vertu. Or, la guerre est contraire à la paix. La guerre est donc toujours un péché.


4. Tout exercice en vue d'une chose licite est lui-même licite; c'est le cas pour les exercices scientifiques. Mais les exercices de guerre qui se font dans les tournois sont défendus par l’Église, et ceux qui meurent dans des exercices de ce genre sont privés de sépulture ecclésiastique. La guerre semble donc être purement et simplement un péché.



CEPENDANT, Saint Augustin écrit: "Si la discipline chrétienne flétrissait tout à fait la guerre, il serait plutôt donné comme conseil pour leur salut, à ceux qui en font la demande dans l’Évangile, de jeter les armes et de s'abstenir totalement du service militaire. Or, il leur est dit: "Ne molestez personne; contentez-vous de votre solde". A ceux à qui l'on ordonne de se contenter de leur solde, on n'interdit pas de faire la guerre".





"IIa-IIæ, qu.40, par V. VERGRIETE O.P ; notes, par H.D. GARDEIL O.P. Éditions de la Revue des Jeunes, Paris, 1957."
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Message  ROBERT. le Mer 29 Fév 2012, 3:59 pm

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LA CHARITÉ

Question 40

La guerre.



ARTICLE 1.


Est-ce toujours un péché de faire la guerre ? (suite)




CONCLUSION: Pour qu'une guerre soit juste, il faut trois conditions:

1º L'autorité du prince, sur l'ordre de qui la guerre doit se faire. Il n'est pas du ressort d'une personne privée d'engager une guerre, car elle peut faire valoir son droit au tribunal de son supérieur; parce qu'aussi le fait de convoquer la multitude, chose nécessaire pour que la guerre se fasse, n'appartient pas à une personne privée. Puisque le soin de l'Etat a été confié aux princes, c'est à eux qu'il appartient de veiller au bien public de la cité, du royaume ou de la province soumis à leur autorité. De même qu'ils le défendent à bon droit par le glaive contre les perturbateurs du dedans quand ils punissent les malfaiteurs, selon cette parole de l'Apôtre aux Romains: "Ce n'est pas en vain qu'il porte le glaive: il est le ministre de Dieu pour faire justice et châtier celui qui commet le mal"; de même aussi il leur appartient de défendre le bien public par le glaive de la guerre contre les ennemis du dehors. C'est pour cela qu'il est dit aux princes dans les Psaumes: "Soutenez le pauvre, et délivrez le malheureux de la main des pécheurs", et que saint Augustin écrit "L'ordre naturel, appliqué à la paix des mortels, demande que l'autorité et le conseil pour engager la guerre appartiennent aux princes".


2º Une cause juste: c'est-à-dire qu'il est requis que ceux qui sont attaqués méritent de l'être en raison de quelque faute. C'est pour cela que saint Augustin écrit: "On a coutume de définir guerres justes celles qui punissent des injustices; quand il y a lieu, par exemple, de châtier une nation ou une cité, qui a négligé de punir un tort commis par les siens ou de restituer ce qui a été enlevé injustement".


3º Une intention droite chez ceux qui font la guerre; c'est-à-dire qu'on doit se proposer de promouvoir le bien ou d'éviter le mal. C'est pour cela que saint Augustin écrit: "Chez les vrais adorateurs de Dieu les guerres même sont paisibles, qui ne sont pas faites par cupidité ou par cruauté, mais dans un souci de paix, pour punir les méchants et secourir les bons". Il arrive en effet que, même si l'autorité de celui qui engage la guerre est légitime et la cause juste, néanmoins la guerre soit rendue illicite par le fait d'une intention mauvaise. Saint Augustin écrit en effet: "Le désir de nuire, la cruauté dans la vengeance, la violence et l'inflexibilité de l'esprit, la sauvagerie dans le combat, la passion de la domination, et autres choses semblables, c'est là ce qui dans les guerres est blâmé par le droit".




"IIa-IIæ, qu.40, par V. VERGRIETE O.P ; notes, par H.D. GARDEIL O.P. Éditions de la Revue des Jeunes, Paris, 1957."
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Message  ROBERT. le Jeu 01 Mar 2012, 1:21 pm

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LA CHARITÉ

Question 40

La guerre.



ARTICLE 1.


Est-ce toujours un péché de faire la guerre ? (suite)


SOLUTIONS : 1. D'après saint Augustin, "celui-là prend le glaive qui, sans autorité supérieure ou légitime le commandant ou le lui permettant, s'arme pour verser le sang de quelqu'un". Mais celui qui, par l'autorité du prince ou du juge, s'il est une personne privée, ou s'il est une personne publique, par zèle de la justice, et comme par l'autorité de Dieu, se sert du glaive, celui-là ne prend pas lui-même le glaive, mais se sert du glaive qu'un autre lui a confié. Il n'encourt donc pas de peine. Ceux qui se servent du glaive en péchant ne tombent pas toujours sous le glaive. Mais ils périssent toujours par leur propre glaive; car le péché qu'ils commettent, en prenant le glaive, fait qu'ils encourent la peine éternelle, à moins qu'ils ne fassent pénitence.


2. Ces sortes de préceptes, selon saint Augustin, doivent toujours être observés à titre de disposition intérieure, c'est-à-dire qu'on doit toujours être prêt à ne pas résister ou à ne pas se défendre s'il en est besoin. Mais parfois il faut agir autrement, en raison du bien commun, et même pour le bien de ceux avec qui l'on se bat. C'est pour cela que saint Augustin écrit: "Il faut souvent agir même avec ceux qui résistent, en vue de les plier par une certaine dureté bienveillante. Car celui que l'on prive du pouvoir de mal faire subit une utile défaite. Rien n'est plus malheureux, en effet, que le bonheur de ceux qui pèchent, car l'impunité qui est leur peine s'en trouve nourrie, et leur mauvaise volonté, qui est leur ennemi intérieur, s'en trouve fortifiée ».


3. Ceux qui font des guerres justes se proposent la paix. Et par suite, ils ne s'opposent pas à la paix, sinon à la paix mauvaise que le Seigneur "n'est pas venu apporter sur la terre", selon saint Matthieu. C'est pour cela que saint Augustin écrit: "On ne cherche pas la paix pour faire la guerre, mais on fait la guerre pour obtenir la paix. Sois donc pacifique en combattant, afin de conduire par ta victoire ceux que tu combats à l'utilité de la paix".

(gras ajoutés.)


4. Les exercices de guerre que font les hommes ne sont pas universellement prohibés. Ce qui est défendu, ce sont seulement les exercices désordonnés et dangereux qui donnent lieu à des meurtres et à des pillages. Chez les Anciens, on pratiquait des exercices ordonnés à la guerre qui n'avaient aucun de ces dangers. Aussi les appelait-on des "préparations d'armes", ou des "guerres non sanglantes", comme on le voit par saint Jérôme, dans une de ses lettres.



"IIa-IIæ, qu.40, par V. VERGRIETE O.P ; notes, par H.D. GARDEIL O.P. Éditions de la Revue des Jeunes, Paris, 1957."
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Message  ROBERT. le Jeu 01 Mar 2012, 3:26 pm

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LA CHARITÉ

Question 40

La guerre.



ARTICLE 2.

Est-il permis aux clercs et aux évêques de combattre ?


DIFFICULTÉS: 1. Les guerres sont permises et justes, comme nous l'avons vu, dans la mesure où elles protègent les pauvres et tout le bien public contre les injures des ennemis. Or, cela semble être surtout le rôle des prélats. Saint Grégoire dit en effet dans une homélie: "Le loup se jette sur les brebis, chaque fois qu'un impie et un ravisseur opprime quelque fidèle ou quelque petit; celui qui semblait être le pasteur et qui ne l'était pas, laisse là les brebis et se sauve. Craignant en effet pour lui-même le péril, il n'ose pas résister à l'injustice". Il est donc permis aux prélats et aux clercs de combattre.



2. Le Pape Saint Léon écrit: "Dans les temps où de mauvaises nouvelles arrivaient souvent du pays des Sarrasins, il s'en trouvait pour dire que les Sarrasins allaient venir en secret et furtivement dans le port des Romains. Aussi avons-nous commandé que notre peuple se rassemble et qu'il descende jusqu'au rivage". Il est donc permis aux évêques de partir en guerre.



3. La raison semble la même, que l'homme fasse une chose ou qu'il consente à ce qu'un autre la fasse, selon cette parole de l'Epître aux Romains: "Non seulement méritent la mort ceux qui font, mais encore ceux qui approuvent ceux qui font". Or, celui-là surtout approuve qui pousse les autres à faire quelque chose. Comme il est permis aux évêques et aux clercs de pousser les autres à faire la guerre, puisqu'il est dit qu' "à la prière d'Adrien, évêque de Rome qui l'y poussait, Charles entreprit la guerre contre les Lombards". Il leur est donc permis aussi de combattre.


4. Ce qui est en soi honnête et méritoire n'est point défendu aux prélats et aux clercs. Or, faire la guerre est parfois honnête et méritoire, comme en témoigne ce texte: "Si quelqu'un meurt pour la vérité de la foi, le salut de la patrie et la défense des chrétiens, il recevra de Dieu la récompense céleste". Il est donc permis aux évêques et aux clercs de faire la guerre.




CEPENDANT: A Pierre, représentant les évêques et les clercs, il est dit dans saint Matthieu: "Remets ton épée au fourreau". Il ne leur est donc pas permis de combattre.




"IIa-IIæ, qu.40, par V. VERGRIETE O.P ; notes, par H.D. GARDEIL O.P. Éditions de la Revue des Jeunes, Paris, 1957."
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Message  ROBERT. le Ven 02 Mar 2012, 1:33 pm

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LA CHARITÉ

Question 40

La guerre.



ARTICLE 2.

Est-il permis aux clercs et aux évêques de combattre ? (suite)




CONCLUSION: Plusieurs choses sont nécessaires au bien de la société humaine. Or, des offices divers sont mieux et plus convenablement remplis par des personnes différentes que par une seule. Le Philosophe le montre dans sa Politique. Et il est même des offices tellement opposés l'un à l'autre qu'ils ne peuvent être exercés simultanément d'une manière convenable. C'est pour cela que ceux qui sont chargés des offices majeurs s'interdisent les offices mineurs. Ainsi, par exemple, les lois humaines interdisent le commerce aux militaires, chargés des travaux de la guerre. Or, précisément, les travaux de la guerre sont tout à fait incompatibles avec les offices exercés par les évêques et les clercs, et cela pour deux raisons. D'abord, pour une raison d'ordre général. Parce que les travaux de la guerre se font au milieu des plus grands troubles. Ils empêchent grandement l'esprit de vaquer à la contemplation des choses divines, à la louange de Dieu et à la prière pour le peuple, toutes choses qui appartiennent à l'office des clercs.



C'est pourquoi, de même que le commerce est interdit aux clercs parce qu'il sollicite trop l'esprit, de même aussi les travaux de la guerre, selon cette parole de la seconde Epître à Timothée: "Celui qui appartient à la milice de Dieu ne s'embarrasse point des affaires du siècle". Ensuite, pour une raison plus particulière. Parce que les ordres des clercs sont tous ordonnés au service de l'autel, dans lequel, sous le sacrement, est représentée la Passion du Christ, selon cette parole de la première Epître aux Corinthiens: "Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il revienne". Il ne convient donc pas aux clercs de tuer ou de répandre le sang, mais plutôt d'être prêts à verser leur propre sang pour le Christ, afin d'imiter par leurs actes ce qu'ils manifestent par leur ministère. C'est pour cela qu'il a été établi que ceux qui répandent le sang, même sans qu'il y ait péché de leur part, sont frappés d'irrégularité. Or, jamais, à quelqu'un qui est député à un office, ne peut être permis ce qui le rend impropre à cet office. Ainsi donc, il n'est absolument pas permis aux clercs de faire la guerre, qui conduit à répandre le sang [60].
gras ajoutés.







note explicative:


[60] Qu. 40, art. 2 Concl. — Est-il permis aux clercs et aux évêques de faire la guerre ? Question entraînant évidemment celle de l'engagement dans le métier des armes. La réponse de saint Thomas, conforme à celle de toute la tradition, est parfaitement nette: il ne leur est pas permis de combattre; n'est-ce pas en effet en tant qu'il représentait les évêques et les clercs qu'il a été dit à Pierre: "Remets ton épée dans le fourreau" (Sed contra).


Ceci ne veut pas dire que toute guerre soit mauvaise de soi; il est même [re]connu ici que participer à une guerre juste est méritoire (sol. 4). Mais: 1º l'exercice de la guerre est un trop grand empêchement pour les tâches propres de ceux qui sont voués aux fonctions supérieures du culte de Dieu; 2º il ne convient pas que ceux qui sont les ministres de l'autel, où est représentée la passion du Christ, versent eux-mêmes le sang, alors qu'ils devraient plutôt être disposés à verser leur propre sang pour le Christ.


Cette solution irénique posait déjà au temps de saint Thomas un certain nombre de problèmes, soit du point de vue du droit soit surtout du point de vue de la pratique de l'Eglise. De nos jours, il s'en poserait bien plus. Cajetan, dans son Commentaire de l'article, marque déjà quelque indulgence pour le clerc particulièrement habile au métier des armes (sciens bene dirigere bombardas), et dont le concours serait absolument nécessaire pour la défense de la cité; et même peut-être pour une action offensive, si celle-ci devait être profitable au bien de l'Eglise. Non seulement il leur est alors permis de combattre, mais ce peut être un devoir pour eux.


L'institution, à notre époque, du service militaire obligatoire et la conscription plus ou moins forcée des clercs a conduit l'Eglise à adapter sa discipline aux circonstances nouvelles ainsi créées. Mais il est à noter qu'en principe elle n'a rien abandonné de son droit, ni des raisons théologiques qui pouvaient l'étayer. Ainsi le Canon 121 statue-t-il toujours que "Tous les clercs sont exempts du service militaire, des emplois publics et des charges civiles qui ne concordent pas avec l'état clérical." (Cf. sur ce sujet: Did. de droit Canon., III, art. Clerc, col. 868-870).


Il est intéressant de noter que la première des raisons invoquées ici par saint Thomas pour justifier l'exemption du métier des armes pour les clercs — étant la cause des plus grands troubles, les exercices de la guerre sont un très grand obstacle à la contemplation, à la louange de Dieu, et aux prières pour le peuple —, peut être invoquée pour justifier l'abstention des clercs d'autres occupations trop accaparantes.



"IIa-IIæ, qu.40, par V. VERGRIETE O.P ; notes, par H.D. GARDEIL O.P. Éditions de la Revue des Jeunes, Paris, 1957."
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Message  ROBERT. le Ven 02 Mar 2012, 8:09 pm

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Question 40

La guerre.



ARTICLE 2.

Est-il permis aux clercs et aux évêques de combattre ? (suite)




SOLUTIONS : 1. Les prélats doivent résister, non seulement aux loups qui, dans l'ordre spirituel, tuent leur troupeau, mais encore aux ravisseurs et aux tyrans qui, dans l'ordre corporel, le maltraitent. Non pas toutefois en se servant personnellement d'armes matérielles, mais d'armes spirituelles selon cette parole de l'Apôtre: "Les armes de notre combat ne sont pas charnelles, mais spirituelles". Entendons par là les salutaires admonitions, les prières ferventes, et contre les obstinés, les sentences d'excommunication.



2. Les prélats et les clercs, sur l'ordre de leurs supérieurs, peuvent être présents dans les combats, non sans doute pour combattre eux-mêmes de leur propre main, mais pour subvenir spirituellement à ceux qui combattent selon le droit, par leurs exhortations, leurs absolutions, et autres secours spirituels de ce genre. De même que, dans l'ancienne loi, on demandait aux prêtres de sonner des trompettes sacrées dans les guerres. C'est d'abord pour cela qu'il a été concédé aux évêques et aux clercs de partir en guerre. Mais que d'aucuns combattent de leur propre main, cela est un abus.


3. Nous avons vu plus haut que toute puissance, tout art ou toute vertu, ayant la fin pour objet, doivent ordonner à cette fin les choses qui s'y rapportent. Or, les guerres terrestres, dans le peuple fidèle, doivent être référées, comme à leur fin, au bien spirituel divin, qui est l'office des clercs. C'est pourquoi il appartient aux clercs de disposer et d'amener les autres à faire de justes guerres. Il ne leur est pas interdit en effet de combattre parce que c'est un péché, mais parce qu'un tel exercice ne convient pas à leur personne.



4. Bien que faire une guerre juste soit méritoire, cela cependant devient chose défendue aux clercs, pour la raison qu'ils sont députés à des œuvres plus méritoires. De même, l'acte conjugal peut être méritoire, et cependant il devient condamnable pour ceux qui ont fait vœu de virginité, à cause de l'obligation qui les lie à un bien plus grand.




"IIa-IIæ, qu.40, par V. VERGRIETE O.P ; notes, par H.D. GARDEIL O.P. Éditions de la Revue des Jeunes, Paris, 1957."
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Message  ROBERT. le Sam 03 Mar 2012, 11:54 am

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Question 40

La guerre.



ARTICLE 3.

Est-il permis dans les guerres d'user de ruses ?


DIFFICULTES: 1. Il est écrit dans le Deutéronome: "Accomplis d'une façon juste ce qui est juste". Or, les ruses, par le fait qu'elles sont des fraudes, semblent relever de l'injustice. Il ne faut donc pas user de ruses dans les guerres justes.



2. Les ruses et les embûches semblent s'opposer à la loyauté, comme s'y opposent les mensonges. Puisque nous devons être sincères envers tous, il ne faut mentir à personne, comme l'a montré saint Augustin. Puisque "la loyauté, d'après saint Augustin, doit être gardée envers son ennemi", il semble qu'il ne faille pas user de ruses contre les ennemis.


3. Il est dit en saint Matthieu: "Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux", et cela doit s'observer à l'égard du prochain, quel qu'il soit. Or, les ennemis sont aussi notre prochain. C'est pourquoi, comme personne ne veut qu'on use envers lui de ruses ou de fraudes, il semble que nul ne doive faire la guerre en procédant par ruse.



CEPENDANT: Saint Augustin écrit: "Lorsqu’'une guerre juste est entreprise, que l'on combatte ouvertement ou avec ruse, il n'importe en rien à la justice". Et il le prouve en invoquant l'autorité du Seigneur qui commande à Josué de dresser des embûches aux habitants de la ville d'Haï, comme on le voit au livre de Josué.



"IIa-IIæ, qu.40, par V. VERGRIETE O.P ; notes, par H.D. GARDEIL O.P. Éditions de la Revue des Jeunes, Paris, 1957."
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Message  ROBERT. le Sam 03 Mar 2012, 3:44 pm

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Question 40

La guerre.




ARTICLE 3.

Est-il permis dans les guerres d’user de ruses ? (suite)



CONCLUSION: Les ruses sont destinées à tromper l'ennemi. Or, il y a deux manières pour quelqu'un d'être trompé par les actions ou les paroles d'un autre. Ou bien, parce qu'on lui dit une chose fausse ou qu'on ne tient pas la promesse donnée. Et cela est toujours défendu. Personne ne doit tromper l'ennemi de cette façon; il y a en effet des droits de la guerre et des conventions qui doivent être observées, même entre ennemis, d'après saint Ambroise.


Ou bien quelqu'un peut être trompé sur ce que nous disons ou faisons, parce que nous ne lui découvrons pas notre dessein ou notre pensée. Nous ne sommes pas toujours tenus de le faire. Même dans la doctrine sacrée il y a beaucoup de choses qu'il faut cacher, surtout aux infidèles, de peur qu'ils ne s'en moquent, selon saint Matthieu: "Ne jetez pas aux chiens les choses saintes". A plus forte raison devons-nous cacher ce que nous préparons pour combattre les ennemis. C'est pourquoi, entre autres instructions militaires, celle-ci se place au premier rang, qui est de cacher ses plans, de peur qu'ils ne parviennent à l'ennemi, comme on le voit dans le livre des stratagèmes de Frontin. Cette façon d'agir fait partie des ruses dont il est permis d'user dans les guerres justes. Et les ruses de ce genre ne sont pas appelées à proprement parler des fraudes; elles ne s'opposent pas à la justice, ni à une volonté ordonnée. On ferait preuve en effet d'une volonté désordonnée si l'on voulait que rien ne nous fût caché par les autres [61].






note explicative:


[61] Qu. 40, art. 3, Concl. — Toute la question des ruses de guerre et de leur licéité doit être vue à la lumière de la doctrine générale du mensonge (2a- 2æ, qu. 110) et de la simulation (qu. 111). L'on sait que sur ces points saint Thomas se montre relativement strict. Le mensonge et la simulation (laquelle est un mensonge en action) de soi sont toujours des péchés. Il y a des choses que l'on peut légitimement cacher, mais l'on ne peut positivement tromper, même en temps de guerre.




"IIa-IIæ, qu.40, par V. VERGRIETE O.P ; notes, par H.D. GARDEIL O.P. Éditions de la Revue des Jeunes, Paris, 1957."
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Message  ROBERT. le Dim 04 Mar 2012, 10:49 am

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LA CHARITÉ

Question 40

La guerre.




ARTICLE 3.

Est-il permis dans les guerres d’user de ruses ? (suite)



CONCLUSION : Les ruses sont destinées à tromper l'ennemi. Or, il y a deux manières pour quelqu'un d'être trompé par les actions ou les paroles d'un autre. Ou bien, parce qu'on lui dit une chose fausse ou qu'on ne tient pas la promesse donnée. Et cela est toujours défendu. Personne ne doit tromper l'ennemi de cette façon; il y a en effet des droits de la guerre et des conventions qui doivent être observées, même entre ennemis, d'après saint Ambroise.


Ou bien quelqu'un peut être trompé sur ce que nous disons ou faisons, parce que nous ne lui découvrons pas notre dessein ou notre pensée. Nous ne sommes pas toujours tenus de le faire. Même dans la doctrine sacrée il y a beaucoup de choses qu'il faut cacher, surtout aux infidèles, de peur qu'ils ne s'en moquent, selon saint Matthieu: "Ne jetez pas aux chiens les choses saintes". A plus forte raison devons-nous cacher ce que nous préparons pour combattre les ennemis. C'est pourquoi, entre autres instructions militaires, celle-ci se place au premier rang, qui est de cacher ses plans, de peur qu'ils ne parviennent à l'ennemi, comme on le voit dans le livre des stratagèmes de Frontin. Cette façon d'agir fait partie des ruses dont il est permis d'user dans les guerres justes. Et les ruses de ce genre ne sont pas appelées à proprement parler des fraudes; elles ne s'opposent pas à la justice, ni à une volonté ordonnée. On ferait preuve en effet d'une volonté désordonnée si l'on voulait que rien ne nous fût caché par les autres [61].



note explicative:


[61] Qu. 40, art. 3, Concl. — Toute la question des ruses de guerre et de leur licéité doit être vue à la lumière de la doctrine générale du mensonge (2a- 2æ, qu. 110) et de la simulation (qu. 111). L'on sait que sur ces points saint Thomas se montre relativement strict. Le mensonge et la simulation (laquelle est un mensonge en action) de soi sont toujours des péchés. Il y a des choses que l'on peut légitimement cacher, mais l'on ne peut positivement tromper, même en temps de guerre.
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SOLUTIONS :

et per hoc patet respondeo ad objecta.
La réponse à faire aux objections est assez claire.




"IIa-IIæ, qu.40, par V. VERGRIETE O.P ; notes, par H.D. GARDEIL O.P. Éditions de la Revue des Jeunes, Paris, 1957."
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à suivre...
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Dernière édition par ROBERT. le Dim 04 Mar 2012, 10:53 am, édité 1 fois (Raison : lien + mise en forme)
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LA GUERRE (extrait du Traité de la Charité, par Saint Thomas d'Aquin) Empty Re: LA GUERRE (extrait du Traité de la Charité, par Saint Thomas d'Aquin)

Message  ROBERT. le Dim 04 Mar 2012, 2:35 pm

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LA GUERRE (extrait du Traité de la Charité, par Saint Thomas d'Aquin) Sans-t10


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LA CHARITÉ

Question 40

La guerre.



ARTICLE 4.

Est-il permis de faire la guerre les jours de fête ?



DIFFICULTES : 1. Les fêtes sont instituées pour que nous vaquions aux choses divines. C'est pourquoi elles se trouvent comprises dans l'observance du sabbat, prescrite au livre de l'Exode (sabbat, en effet, signifie repos). Or, les guerres comportent une grande agitation. En aucune manière, il ne faut donc combattre les jours de fête.



2. Au livre d'Isaïe, d'aucuns se voient réprimandés parce que, durant les jours de jeûne, "ils réclament ce qui leur est dû et engagent des querelles, en frappant du poing". A plus forte raison est-il défendu de faire la guerre les jours de fête.



3. On ne doit jamais faire quelque chose de désordonné pour éviter un dommage temporel. Or, faire la guerre les jours de fête paraît être de soi quelque chose de désordonné. Donc, on ne doit jamais faire la guerre les jours de fête pour éviter quelque dommage temporel que ce soit.



CEPENDANT: D'après le premier livre des Maccabées: "Les J.uifs prirent une sage résolution en disant: Quiconque viendra nous faire la guerre un jour de sabbat, nous combattrons contre lui"




"IIa-IIæ, qu.40, par V. VERGRIETE O.P; notes, par H.D. GARDEIL O.P. Éditions de la Revue des Jeunes, Paris, 1957."
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à suivre…
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LA GUERRE (extrait du Traité de la Charité, par Saint Thomas d'Aquin) Empty Re: LA GUERRE (extrait du Traité de la Charité, par Saint Thomas d'Aquin)

Message  ROBERT. le Lun 05 Mar 2012, 11:13 am

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LA GUERRE (extrait du Traité de la Charité, par Saint Thomas d'Aquin) Sans-t10


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LA CHARITÉ

Question 40

La guerre.


ARTICLE 4.

Est-il permis de faire la guerre les jours de fête ?



CONCLUSION : L'observance des fêtes n'empêche pas de faire ce qui est ordonné au salut, même corporel, de l'homme. C'est pourquoi le Seigneur reprend les J.uifs en disant, en saint Jean: "Vous vous irritez contre moi parce que j'ai guéri un homme tout entier le jour du sabbat". De là vient que les médecins ont le droit de soigner leurs malades les jours de fête. Or, il faut veiller au salut du bien public, qui permet d'éviter la mort d'un grand nombre et des maux sans nombre, temporels et spirituels, bien davantage qu'au salut corporel d'un seul homme. C'est pourquoi, pour la défense du bien public des fidèles, il est permis de faire des guerres justes les jours de fête, pourvu toutefois que la nécessité le demande. Ce serait en effet tenter Dieu que de vouloir s'abstenir de faire la guerre en présence d'une telle nécessité. Mais, en l'absence de nécessité, il n'est pas permis de faire la guerre les jours de fête, pour les raisons qui ont été données [62].




note explicative:



[62] Qu. 40, art. 4, Concl. — Cajetan note que, si c'est opportun, on peut non seulement se défendre les jours de fête, mais encore attaquer, si par exemple une bonne occasion se présente qu'un délai risquerait de faire perdre. Ainsi le droit autorise-t-il à jeter le filet en ces mêmes jours, si un passage important de poissons venait à se produire.



La réponse à faire aux objections est assez claire.
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A suivre, en Appendice: Les conditions de la guerre juste.


ROBERT.
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LA GUERRE (extrait du Traité de la Charité, par Saint Thomas d'Aquin) Empty Re: LA GUERRE (extrait du Traité de la Charité, par Saint Thomas d'Aquin)

Message  Roger Boivin le Mer 17 Sep 2014, 9:10 am


LES CONDITIONS DE LA GUERRE JUSTE. (Appendice au Traité de La guerre de Saint Thomas d’Aquin. — Extraits.) :

http://messe.forumactif.org/t4054-les-conditions-de-la-guerre-juste-appendice-au-traite-de-la-guerre-de-saint-thomas-daquin-extraits


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