L'Eglise et Jeanne d'Arc (par Colette Yver)

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Message  Invité le Jeu 18 Aoû 2011, 4:10 pm

L'EGLISE ET LA FEMME (Spes - 1934)
ouvrage mentionné dans la Recension de L'Ami du clergé, du 1 août 1935, p. 495 : parmi les meilleurs livres de l'année selon la Revue des Lectures (déc. 1935) reprise par la Documentation catholique, n° 775, 21 décembre 1935, p. 1206

CHAPITRE IX
L'EGLISE ET JEANNE D’ARC


L'Eglise et Jeanne d'Arc (par Colette Yver) Jeanne%2009

I. Le scandale de Jeanne d'Arc.

Fuirai-je la troublante question du scandale de Jeanne d'Arc ? Feindrai-je de ne pas entendre la secrète pensée des ennemis de l'Eglise qui ne peuvent envisager le rapport de l'Eglise à la Femme sans évoquer l'horrible tragédie jouée entre des gens d’Eglise abjects et la plus grande des femmes de l’Histoire ? Passerai-je outre – comme disait la Pucelle — par crainte de la Vérité ?

Ce serait offenser l'Eglise même, pour nous Catholiques, que d'enfermer dans notre foi en elle un abcès de mensonge auquel nous n'oserions toucher.

Ceux qui aiment l'Eglise parce qu’ils savent qu’elle détient la lumière et qui s'attachent passionnément à elle parce qu'elle est l’unique sécurité- et qu’au-delà ne sont que ténèbres, n'ignorent pas l’imperfection humaine des éléments qui la composent, que dans le Collège Apostolique il y eut un traître et que, par la suite des siècles, nombreux furent les mauvais fidèles et les mauvais pasteurs.

Que l'Eglise possède la Vérité, c'est-à-dire qu'elle soit inspirée par Dieu, nous le croyons fermement et davantage à mesure que la vie nous renseigne. Mais qu'individuellement chacun de ses représentants, même s'il est indigne, même s'il est pourri d'orgueil, aveuglé de passion partisane, possède et puisse distribuer la lumière, pense-t-on que les Catholiques soient obligés de le croire?



A suivre...

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Message  Invité le Ven 19 Aoû 2011, 4:25 pm

L'EGLISE ET LA FEMME (Spes - 1934)

CHAPITRE IX
L'EGLISE ET JEANNE D’ARC


L'époque où fut suscitée Jeanne d'Arc est une des plus affligeantes à ce point de vue. L'orgueil et le luxe de beaucoup de gens d'Eglise scandalisaient. L'argent régnait sur eux. Ils vivaient dans la magnificence, pleins de curiosités pour toutes les élégances du siècle.

Un autre scandale était l'espèce d'arrogance qui sévissait dans tout un clan de l'Université de Paris. Ne comprenant que des Ecclésiastiques, l'Université de Paris était la Fédération des Maîtres des Facultés de Théologie, de Décrets, de Médecine et des Arts ou Lettres. L'Université devait défendre la Vérité Catholique et dépister et condamner les Hérésies. Elle en était venue à ce eue ni Pape ni évêque ne comptassent pour elle. C'était à l'Université de Paris de déclarer si une doctrine était vraie ou fausse.

Le Pape même, dit Turot , ne pouvait statuer en matière de dogme. Ces Ecclésiastiques représentaient à eux seuls la partie intellectuelle de la Nation, l'orgueil en aveugla beaucoup. Au surplus, ils faisaient une politique effrénée . Ils avaient entrevu un plan grandiose, une nouvelle constitution artificielle de l'Europe qui réunirait le royaume de France au royaume d'Angleterre. Et toute une fraction de l'Université s'était lancée à fond de train dans cette idéologie constructive qui lui semblait la seule solution possible aux conflits mutuels des deux pays, après cent ans de guerre. La fusion des deux royaumes, elle en avait fait sa chose. Et puisqu'il s'agissait d'une conception à elle, Université de Paris, on ne pouvait y soupçonner d'erreur.

D'ailleurs, ces bâtisseurs de royaumes n'avaient- ils pas accompli leur plan? Le roi d'Angleterre Henri V, ne dominait-il pas sur la France? Il ne s'en fallait que de quelques territoires qu'il ne l'eût tout entière. N'avait-il pas déjà son palais à Rouen? Le fanatisme de ces gens d'Eglise les pressait davantage à mesure qu'ils approchaient de la réalisation du grand Etat où s'établiraient la prospérité et la paix. Les uns étaient poussés par l’enthousiasme de l'idée, les autres par l'ambition et la vénalité.

Et là-dessus Jeanne d'Arc était venue reprendre Orléans et faire sacrer Charles VII à Reims, « en nom Dieu ».

Cette Pucelle, quand on touchait au succès, ruinait tout l'édifice. On imagine la colère qui les démonta.

Tout le scandale de Jeanne d'Arc tient en prologue dans ces lignes.



A suivre...

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Message  Invité le Sam 20 Aoû 2011, 4:00 pm

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CHAPITRE IX
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Si le Christ avait jamais dû mourir une seconde fois, au sein de l'Eglise, autrement dit, si l'Eglise avait dû s'éteindre, voir desséchée sa vie vérita­ble et réduite à une faction d'inquisiteurs, de théo­logiens et de juristes, sa fécondité mystérieuse, c'est dans ce XVe siècle qu'elle aurait tranché la divine artère qui la relie à Dieu éternellement.

Mais qu'après cinq cents ans, aujourd'hui même, cette artère batte plus puissamment que jamais, voilà ce qui nous force de croire en l'Eglise qui a bravé les tempêtes les plus périlleuses, celles qui se sont formées en elle-même
.

A suivre...




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Message  Invité le Lun 22 Aoû 2011, 7:31 am

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Il est assez difficile de déterminer la part exacte de responsabilités qu'eurent d'un côté les Anglais, de l'autre les gens d'Eglise, dans l'initiative du procès, tant ils avaient partie liée.

C'est bien l'Université de Paris qui signa cette lettre au duc de Bourgogne :

« Très haut et très puissant prince, redoulté et honoré Seigneur, nous nous recommandons à vo­tre noble Altesse. Bien qu'une autre fois nous ayons écrit à votre Altesse et supplié très humble­ment que cette femme, dite la Pucelle, étant, grâce à Dieu en votre pouvoir, fût mise en mains de la justice d'Eglise pour lui faire son procès dûment sur les idolâtries et autres matières touchant la sainte foi et réparer les esclandres survenues à cause d'elle... Toutefois, nous n'avons eu aucune réponse et n'avons point su que pour faire à cette femme un procès convenable, aucune provision ait été faite.

« Nous doutons beaucoup... que par malice et subtilité de mauvaises personnes, vos ennemis et adversaires qui mettent tous leurs soins à délivrer cette femme par « voyes exquises » elle soit mise hors de votre pouvoir.

« Pour ces causes, notre très redoulté et honoré Seigneur, nous vous supplions de nouveau très humblement que... à la conservation de la Sainte Eglise, il plaise à votre Altesse mettre cette femme en mains de l'Inquisiteur de la Foi et envoyer d’une façon sûre, ainsi qu'autrefois nous vous en avons supplié, ou la faire bailler à Révérend Père en Dieu, Monseigneur l'Evêque de Beauvais en la juridiction spirituelle duquel elle a été appréhen­dée, pour faire à cette femme son procès en la foi, comme il appartiendra par raison à la gloire de Dieu, à l'exaltation de notre dite foi, comme au profit des bons et loyaux catholiques et à la louange de votre Altesse. »

A suivre...


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Message  Invité le Mar 23 Aoû 2011, 2:40 am

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Par ailleurs, la plupart des témoins du procès de réhabilitation qui avaient pris part au premier procès, ont déclaré, en 1456, que tous les frais de ce dernier avaient été payés par les Anglais : Jean de Mailly, évêque de Noyon : « .... Une chose qui est à ma connaissance, c'est que l'Evê­que de Beauvais qui dirigeait le procès ne le fai­sait pas à ses frais, mais aux frais du Roi d'An­gleterre. Les Anglais le payaient. »

Pierre Miguet, prieur de Longueville «... Aussi est-ce par les Anglais que fut décrété le procès intenté contre elle. C'est mus et inspirés par eux que les hommes d'Eglise procédèrent au jugement. Jeanne demeura toute sa détention aux mains des Anglais et sous leur garde. Ils ne permettaient pas qu'elle fût mise en prison ecclésiastique... »

Le prêtre Guillaume Manchon, greffier : « ... C'étaient les Anglais qui poursuivaient le pro­cès à leurs frais. »

Thomas Courcelles, chanoine d'Amiens, célè­bre théologien : « J'ai ouï dire que quelque ar­gent fut donné à l'Inquisiteur par un nommé Surreau, receveur général. Quant à l'Evêque, je ne sais s'il reçut rien. »

A suivre...


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Message  Invité le Mer 24 Aoû 2011, 2:01 am

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Mais rien de toutes ces déclarations n'est suffi­sant pour enlever à de mauvais prêtres comme Pierre Cauchon, Jean Lemaître, Nicolas Midy, Nicolas Loiseleur, Jean d'Estivet, Jacques de Touraine, le poids infamant de leurs responsabi­lités.

D'ailleurs, le greffier Guillaume Manchon qui est une belle figure d'honnêteté dans ce sinistre col­lège de perfides ou de pleutres, lui qui, de l'argent qu'il toucha pour sa besogne de scribe, ne voulut faire autre emploi que d'acheter un missel afin d'avoir l'occasion de prier pour Jeanne, Guillaume Manchon, après avoir dit que les Anglais fai­saient tous les frais du procès, ajoute : « Cau­chon et le promoteur n'ont pas cédé à une pres­sion des Anglais. Ils firent le procès volontaire­ment. »

Donc, aucune échappatoire possible pour ces gens d'Eglise. On ne peut en dire moins de l’Université de Paris qui, par son attitude, dans l'en­semble, laissa faire. Bien que, nous le verrons tout à l’heure, la totalité de ses membres ne fus­sent pas contraires à la Pucelle.

A suivre...

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Message  Invité le Ven 26 Aoû 2011, 2:32 am

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Dans une récente pièce de théâtre sur Jeanne d’Arc, un Anglais a tenté, avec un prodigieux talent, une réhabilitation des juges de la Pucelle. Ce n'était pas une défense des gens de l'Eglise catholique, loin s'en faut. Mais s'en tenant au mot à mot des interrogatoires de Jeanne, il a essayé de prouver que ces juges s'étaient montrés pleins de bonne foi et de logique, et, qu'étant donnés les préceptes de l'Eglise catholique, il ne se pouvait qu'il ne condamnassent l'héroïque jeune fille, « puisqu'elle refusait de se soumettre à ladite Eglise ».

Et nous avons vu, sur la scène, un tribunal de théologiens butés, mais sensibles et convaincus. La foi seule les faisait agir. S'ils harcelaient Jeanne, c'était pour la convertir, pour la presser de reconnaître ses erreurs. Ils ne désiraient que la sauver. Ils lui en apportaient, lui en suggéraient anxieusement les moyens. Cauchon lui-même, on ne pouvait l'entendre sans attendrissement lorsqu'il admonestait Jeanne comme un père qui supplie son enfant de rétracter son erreur!

Il n'était pas possible d'imputer plus perfidement le fait criminel de ce tribunal satanique à l'essence même de l'Eglise catholique, et de faire au contraire des individualités responsables les instruments respectueux d'une obligation religieuse toute-puissance, mais viciée dans son principe.

A suivre...

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Message  Invité le Sam 27 Aoû 2011, 2:03 am

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CHAPITRE IX
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Pour percer à jour le mensonge d'une telle interprétation, il n'est que de relire les dépositions du Procès de Réhabilitation qui mettent à nu la haine féroce et la pire passion politique dont les juges étaient animés en 1431.

« Je citerai, dit en 1456 le greffier Manchon, Jean de Châtillon. Un jour, pendant les interrogatoires faits à Jeanne, Jean de Châtillon déclara qu'on lui adressait des questions trop difficiles et que peut-être elle n'était pas tenue d'y répondre. Les assesseurs lui dirent de se tenir tranquille. « Il faut pourtant que je libère ma conscience, » dit Jean de Châtillon. Cauchon lui dit : « Taisez-vous et laissez parler les juges. »

« Je me souviens aussi que Frère Isambart, parlant un jour à Jeanne, essayait de l'éclairer sur le fait de la soumission à l'Eglise. « Taisez-vous, au nom du diable! » s'écria l'Evêque.

« Deux clercs, pendant le procès, se tenaient cachés derrière un rideau; ils écrivaient pendant
que Jeanne parlait, et ils rapportaient ce qui était à sa charge en omettant ses excuses. Je crois que Loiseleur surveillait ce qu'ils écrivaient. Comme ces deux clercs rapportaient les choses d'une autre manière que moi, il arriva que l'Évêque s'emporta grandement contre moi et l'on cherchait à m’amener à écrire comme eux. Mais je reprenais que j’avais fidèlement écrit et ne changerais rien. Alors j'écrivais Nota sur les points contestés, afin qu'il y eut un nouvel interrogatoire. »

Le prêtre Jean Massieu, huissier au premier procès, dépose au Procès de Réhabilitation :
« Un jour, comme je ramenais Jeanne du Tribunal à la prison, un prêtre de la chapelle du Roi d’Angleterre, Eustache Turquetil, me demanda : « — Que te semble-t-il de ses réponses? Sera- t-elle arse? — Jusqu'ici, répondis-je, je n'ai vu que bien et honneur en elle et n'y connais rien de répréhensible. » Cette réponse fut rapportée aux gens du roi d'Angleterre par ledit prêtre. L après-dînée, je fus mandé par Monseigneur de Beauvais qui me gourmanda très sévèrement en m'avisant de bien prendre garde, qu'on pourrait me faire boire plus que de raison. Il me semble que, n'eût été Manchon qui m'excusa, on m'eût jeté en Seine. »

Me Nicolas de Houppeville, prêtre, maître ès arts, bachelier en théologie, dit au second Procès : « Jamais je n'ai pensé que l’Evêque de Beauvais eût engagé ce procès pour le bien de la foi. Il obéit simplement à la haine qu'on avait contre Jeanne d'Arc à cause de son attachement au Roi de France. La majorité des assesseurs aussi procédaient de leur plein gré. Quant aux autres, l'espérance ou la peur les décidait. »


A suivre...

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Message  Invité le Mer 31 Aoû 2011, 3:02 pm

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Rappellerai-je aussi le rôle que joua volontiers Nicolas Loiseleur, maître ès arts, bachelier en théologie, chanoine de Rouen qui, déguisé en charbonnier lorrain — sans doute pour être moins reconnu sous sa face noircie — venait voir Jeanne dans sa prison pour l'exhorter à tenir bon, disant que les Anglais ne viendraient pas à bout d'elle — tandis que, cachés dans une échauguette de la tour, Pierre Cauchon et des clercs épiaient les propos que Jeanne tenait à celui qu'elle croyait un compatriote et un ami. Rappellerai-je qu'ensuite il la confessa plusieurs fois?

M. Pierre Champion, dans son ouvrage si lu, demande :

« Pourquoi n'avoir pas gardé Jeanne dans une prison ecclésiastique, alors que l'archevêché de Rouen avait une chambre pour les femmes, sous la surveillance d'autres femmes?

« Pourquoi avoir estimé qu'on ne pouvait aller chercher si loin l'avis du Saint-Père (comme Jeanne le demandait), alors que si souvent les messagers et les ambassadeurs de l'Université allaient à Rome pour régler les affaires minimes de leurs suppôts? »

Est-il permis de dire ensuite que les juges de Jeanne poursuivaient avec conviction un but religieux et procédaient en conformité avec l'esprit et la doctrine catholiques, seuls fauteurs de cette abomination? Et sera-ce l'Eglise véritable que nous verrons en eux?


A suivre...

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Message  gabrielle le Jeu 01 Sep 2011, 9:53 am

Magnifique dossier, merci beaucoup Guillaume.
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Message  Invité le Ven 02 Sep 2011, 1:32 am

Il n'y a vraiment pas de quoi, chère Gabrielle.

Voici la suite de ce dossier sur l'Eglise et sainte Jeanne d'Arc :



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CHAPITRE IX
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2° Où est alors l'Eglise du Christ?

L'Eglise du Christ subissait, elle, alors, une éclipse totale. A-t-elle péri, submergée par l'orgueil de ses clercs pour renaître après la Réforme, après les guerres religieuses? Y a-t-il eu interruption de sa lumière dans le monde?

Si elle y a couru de sévères dangers, l'Eglise, au contraire, n'a jamais été plus vivante qu'en ce XVe siècle. Mais ce n'est ni par les juges de Rouen, ni par les esprits turbulents de l'Université de Paris qu'elle s'exprime. L'erreur de ses critiques a été de la faire tenir tout entière dans la salle du château de Philippe-Auguste, accablant une jeune fille miraculeuse.

C'est à l'enfance même de cette jeune fille que nous devons nous reporter pour voir l'Eglise du Christ vivre dans ce bon peuple dont, grâce aux abondantes dépositions des gens de Domrémy et de Vaucouleurs, au second Procès, nous avons des images saisissantes. Ces petites filles, ces garçons, leurs parents, leurs humbles curés, ce monde vivant, profond, sensible, se meut tout entier en Dieu, soulevé au-dessus de lui-même par sa foi, nourri des sacrements divins, ayant incorporé l'Evangile. C'est là que vous trouverez de vrais prêtres en Jésus-Christ, et, dans tous les pauvres Moustiers que les richesses n'ont pas corrompus, les Saints.


A suivre...

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Message  Invité le Sam 03 Sep 2011, 3:16 pm

L'EGLISE ET LA FEMME (Spes - 1934)

CHAPITRE IX
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Savez-vous que, pendant que ce peuple chrétien vit ainsi sa foi en actes et en oraisons, nous laissant la formule unique pour allier en nos vies la nature avec le surnaturel, vers cette même époque où Jeannette portait des guirlandes à Notre-Dame de Bermont, paraît silencieusement le plus grand livre qu'aient écrit les hommes, l'Imitation de Jésus-Christ?

Ainsi, tandis que d'un côté un orgueil effréné des ambitions politiques exorbitantes, animent un cercle de gens d'Eglise, des profondeurs de l’Eglise même, de sa vraie vie sacerdotale, de sa vraie vie monastique sort cette voix ineffable de la Mystique qui crie le néant du temporel et donne le règles de l'union totale avec Dieu. Voix définitive, voix éternelle à laquelle seront toujours forcés de recourir tous ceux qui voudront réaliser jusqu’au bout l’extrême idéal de l'Eglise : la vie amenée par le Christ.


A suivre...

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Message  Invité le Dim 04 Sep 2011, 4:12 pm

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Il y avait, à ce moment, dans l'Eglise de France, un prêtre d'une piété ardente qui avait laissé à là maison paternelle quatre petites soeurs dont, de loin, il dirigeait l'âme. Et il leur envoyait cette lettre charmante :

« ... C'est ce que notre bon père m'écrit à votre sujet, mes sœurs. Hé! Dieu, notre Sauveur! Quelle joie, quelle consolation ai-je prise à entendre ces paroles : « Elles aiment Dieu et redoutent le péché; elles jeûnent un jour ou deux dans la semaine, et disent tous les jours les Heures de Notre-Dame. Et n'aperçois point qu'elles veuillent se marier. » Tu sais, vray Dieu, que c'est une prière continuelle et mon principal désir que tes petites chambrières, très humbles pucelles, mes sœurs, soient telles que ton serviteur, leur père et le mien, l'affirme, assavoir qu'elles te servent de bon cœur et qu'elles t'aiment, et évitent le péché.

Ce prêtre ne dirigeait pas seulement ses jeunes sœurs, il publiait des conseils pour les gens du siècle, ceux qu'on appelait alors les « Simples Dévots ». Et voici ce qu'il écrivait pour les femmes : « La Femme doit apprendre à penser à Dieu sans rien de corporel, sans image, afin qu'elle n'imagine pas à son sujet une chose grande ou petite, longue ou courte, blanche ou noire, çà et là existant en tel lieu ou ailleurs . »

Celui qui, possédant une si merveilleuse connaissance des facultés mentales des femmes — promptes à concrétiser le métaphysique pour se le rendre concevable, rebelles à l'effort cérébral et à l'abstrait — prenait la peine de leur suggérer une méthode avec la même sollicitude qu'il avait pour ses sœurs selon la chair, c'était le Chancelier de l'Université de Paris, et probablement l'auteur, ou l'un des auteurs, de l'Imitation de Jésus-Christ. C'était Jean Gerson.


A suivre...

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Message  Invité le Lun 05 Sep 2011, 10:37 am

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On pense bien cette grande âme inspirée n’avait pas été sans mesurer les désordres des clercs et sans en souffrir.

Aussi fier et intrépide qu'un Jean-Baptiste, il les dénonça ouvertement dans son terrible réquisitoire intitulé : Déclaration des Défauts des Gens d’Eglise.

« Qu'un bon évêque, s’écrie-t-il, éprouvé par œuvre et par la Doctrine, soit élu, et non pas un homme charnel, ignorant des choses spirituelles. Qu’il ne réside pas hors du diocèse. Que l'évêque ne puisse passer par avarice et par ambition d’un état sans naissance à la noblesse. A quoi sert-il, quelle utilité pour l'Eglise de cette magnifique gloire princière, de cette pompe superflue des prélats et des cardinaux qui les rend oublieux qu'ils sont des hommes? Et quelle abomination que l'un trame deux cents et l'autre trois cents bénéfices ? De là vient, n'est-il pas vrai, que le culte divin est diminué, les églises appauvries privées d'hommes et de docteurs.

« Considérez s'il vaut mieux que les chevaux, les chiens, les oiseaux et la suite superflue des ecclésiastiques d'aujourd'hui doivent manger le patrimoine de l'Eglise, plutôt que ces pauvres de Jésus-Christ, ou s'il doit être employé à la conversion des infidèles et aux œuvres pies?

« Pourquoi faut-il que les chanoines des églises cathédrales chaussés d'éperons et portant des vêtements courts rejettent tout habit de clercs et portent celui du soldat et qu'ils s'exercent aux armes et à manier le javelot! »

Cette poignante lamentation du Réformateur appelant à grands cris le retour à l'humilité de l'Evangile, que n'a-t-elle été entendue de l'orgueilleuse Université et des richissimes évêques! Jean Gerson était l'intelligence même de l'Eglise Catholique, cherchant à s'opérer elle-même de son cancer! La Réforme nécessaire se serait accomplie plus tôt, mais sans la révolte et sans le schisme.


A suivre...

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Message  Invité le Sam 01 Oct 2011, 9:23 am

L'EGLISE ET LA FEMME (Spes - 1934)

CHAPITRE IX
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Mais où vous semble-t-il que soit la voix de l'Eglise?
Dans la bouche de l'Evêque de Beauvais ou dans celle de Gerson?

Car nous ne pouvons nous tromper quand nous disons avec un tel recul : Ceci est la voix de l'Eglise. Ceci ne l'est pas.
Or, pour en revenir au scandale de Jeanne d'Arc, savez-vous comment ce grand Gerson jugeait la Pucelle?

Voici le mémoire que le Chancelier de l’Université publiait sur elle le 14 mai 1429, après la délivrance d'Orléans.
Ici, nous allons entendre l'organe véritable de l'Eglise que rien n'altère. Ici, nous allons retrouver sa sagesse inspirée :

« On ne doit pas se hâter de traiter comme faux, disait-il en substance, les faits qui s'autorisent de sérieuses probabilités. Jeanne au milieu de la victoire demeure inaccessible à la vanité, et au milieu de l'enthousiasmé populaire, vit dans l'humilité et la prière.

« On voit qu'il n'est ni impie, ni déraisonnable de penser que cette jeune fille, digne émule des Macchabées, est une envoyée de Dieu. La main du Seigneur est là.

« Quant à blâmer la Pucelle de porter un habit d'homme, c'est être esclave des textes de l'ancienne et nouvelle loi sans comprendre l'esprit qui les a inspirés. Jeanne s'habille en homme pour sauvegarder sa vertu, ce qui est précisément le but des défenses faites.

« Gardons-nous bien de chicaner l'héroïne à propos d'une misérable question de vêtements.

« Que si les événements se terminent à l'encontre de ses espérances, il ne faudrait pas s'en autoriser pour conclure que Jeanne sert d'intermédiaire à l'esprit malin. Il faudrait plutôt nous demander si nos déceptions n'auraient pas pour cause nos fautes, nos blasphèmes, nos ingratitudes qui attirant la colère de Dieu, feraient de nous les victimes de sa Justice.

« Le secours de Dieu nous est apparu. Faute de vertu, de foi, de reconnaissance, ne stérilisons pas le miracle ! »


A suivre...

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Message  Eric le Dim 02 Oct 2011, 9:06 am

Guillaume a écrit:
L'EGLISE ET LA FEMME (Spes - 1934)
ouvrage mentionné dans la Recension de L'Ami du clergé, du 1 août 1935, p. 495 (....)

Voici tout ce que dit précisément L'ami du clergé sur le chapitre IX qui est donné ici :

Un chapitre est consacré à « l'Eglise et Jeanne d'Arc. » Mme Colette Yver s'efforce de montrer que l'aréopage de prêtres vendus à l'Angleterre ne consti­tue pas l'Eglise. La démonstration est bien conduite en ce qui concerne la volonté arrêtée chez les juges de trouver Jeanne en défaut. Mais le tribunal de Rouen eût-il été cent fois régulier et la conscience des juges orientée uniquement vers ce qu'ils croyaient la justice, les données générales du problème demeureraient les mêmes. Au procès de réhabilitation, le pouvoir su­prême de l'Eglise a fait réviser un procès « de pre­mière instance » mal engagé et mal conduit. L'E­glise, comme telle, n'a rien à voir dans la condamna­tion de Jeanne d'Arc.


L'ami du clergé
, T. 52, p.495

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