LE DON DE CRAINTE (suit le sujet de l'espérance) SAINT THOMAS D'AQUIN

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Message  ROBERT. le Lun 14 Mar 2011, 9:01 pm

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IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.




( A LA SUITE DU SUJET DE L’ESPÉRANCE… )



Nous traiterons ensuite du don de crainte nous posant douze questions :

—1. Dieu doit-il être craint ?

— 2. La division de la crainte en crainte filiale, crainte initiale, crainte servile et crainte du monde.

— 3. La crainte du monde est-elle toujours mauvaise ?

— 4. La crainte servile est-elle bonne ?

— 5. La crainte servile ne fait-elle substantiellement qu'une avec la crainte filiale ?

— 6. L'infusion de la charité expulse-t-elle la crainte servile ?

— 7. La crainte est-elle le commencement de la sagesse ?

— 8. La crainte initiale ne fait-elle substantiellement qu'une avec la crainte filiale ?

— 9. La crainte est-elle un don du Saint-Esprit ?

— 10. La crainte croît-elle quand croît la charité ?

— 11. La crainte demeure-t-elle dans la patrie céleste ?

— 12. Quels sont la béatitude et les fruits qui correspondent à la crainte ?



ARTICLE 1.

Dieu peut-il être craint ?

DIFFICULTÉS : Il semble qu'on ne puisse pas craindre Dieu. En effet :

1. L'objet de la crainte est un mal futur. Or Dieu, étant la bonté même, est exempt de tout mal [43]. Il ne peut donc pas être craint.

2. La crainte et l'espérance s'opposent. Or nous mettons notre espérance en Dieu. Donc nous ne pouvons pas en même temps le craindre.

3. D'après Aristote, "nous craignons ce qui est pour nous source de maux". Or les maux ne nous viennent pas de Dieu, mais de nous-mêmes; témoin cette parole d'Osée : "Tu es ta perdition, Israël; c'est de moi que te vient le secours". Dieu ne doit donc pas être craint.


CEPENDANT, il est dit dans Jérémie : "Qui ne te craindra, ô Roi des Nations ?" Et dans Malachie : "Si je suis Seigneur, où est la crainte qui m'est due ?"




Note explicative :

[43] Qu. 19, art.1 diff. 1. — La Bonté divine dont il est question ici n'est pas évidemment la bienfaisance de Dieu à notre égard, mais le principe même de cette bienfaisance, sa Bonté essentielle qui n'est autre que son être même.



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À suivre…


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Message  ROBERT. le Mar 15 Mar 2011, 7:27 pm

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IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

Dieu peut-il être craint ? (suite)

CONCLUSION : L'espérance a un double objet : l'un, le bien futur dont nous attendons l'acquisition ; l'autre, le secours de la personne qui doit, d'après notre attente, nous procurer ce que nous espérons. De même, la crainte peut avoir un double objet : l'un est le mal que l'homme fuit; l'autre est la réalité d'où peut venir ce mal. Sous le premier aspect, Dieu, qui est la bonté même, ne peut pas être objet de crainte. Mais sous le second aspect, il peut être objet de crainte, du fait que nous pouvons être menacés d'un mal, soit de sa part, soit par rapport à lui.

— Venant de Dieu, nous menace le mal de la peine, qui n'est pas un mal absolu, mais relatif à nous; et même en soi il est un bien : en effet, puisque le bien se définit par l'orientation vers une fin, le mal se définit par la privation de cette orientation; est donc un mal en soi ce qui détruit l'orientation vers la fin ultime : c'est le mal de la faute. Quant au mal de la peine, c'est un mal en vérité, par la privation qu'il entraîne d'un bien particulier; mais c'est cependant un bien en so, parce qu'il reste en dépendance de l'ordre à la fin ultime [44]. — Par rapport à Dieu, peut nous venir le mal de la faute, si nous nous séparons de lui ; et, sous cet aspect, Dieu peut et doit être craint [45].



Notes explicatives :


[44] Ibid., conclusion. — Le bien comme le mal doivent se prendre par comparaison avec la fin ultime, qui est le bien divin en soi. Par suite, le seul mal absolu est la faute qui s'oppose au bien divin, tandis que la peine n'est mal que pour celui qui la supporte; c'est donc un mal relatif, qui, pris absolument, est un bien, puisque rétablissant l'ordre total au bien divin


[45] Ibid. — Le mal de la faute est un mal absolu, puisqu'il exclut l'ordre à la fin ultime, et ne comporte, vis-à-vis de cet ordre, aucun bien annexe, que Dieu puisse vouloir; de sorte que Dieu ne veut en aucune façon le péché; c'est pourquoi on ne peut pas dire (pie le mal de la faute nous devient menaçant par Dieu, mais par comparaison à Dieu, par la séparation qu'il implique d'avec Dieu.

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À suivre…


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Message  ROBERT. le Mer 16 Mar 2011, 10:26 pm

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IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.


Dieu peut-il être craint ? (suite)



SOLUTIONS : 1. La première difficulté argumente sur cette donnée que c'est le mal fui par l'homme qui est objet de la crainte; or il peut y avoir d'autres objets de crainte.

2. Il faut considérer en Dieu, et la justice, règle du châtiment des pécheurs, et la miséricorde par laquelle il nous sauve. Regardant sa justice, nous sentons surgir en nous la crainte; mais la considération de sa miséricorde fait naître en nous l'espérance. Et ainsi, sous des aspects divers, Dieu est objet d'espérance et de crainte [46].


3. Le mal de la faute n'a pas Dieu pour auteur, mais nous-mêmes, par notre éloignement de lui. Par contre le mal de la peine a certes Dieu pour auteur, car c'est un bien, du fait qu'il est appliqué avec justice; mais qu'une peine nous soit justement infligée, c'est en premier lieu comme un salaire de notre péché que cela arrive. C'est en ce sens qu'il est dit dans la Sagesse : "DIEU N'A PAS FAIT LA MORT, MAIS LES IMPIES L'APPELLENT DU GESTE ET DE LA VOIX". [47]






Notes explicatives :

[46] Ibid., Sol. 2. — Il faut bien entendre cette réponse : l'espérance est théologale, non la crainte, c'est-à-dire que l'espérance porte vraiment sur Dieu en lui-même, et comme objet recherché (Dieu notre béatitude), et comme secours pour atteindre cet objet : ce secours est encore Dieu, se rendant secourable par sa toute-puissance miséricordieuse et juste. La crainte n'est pas théologale; elle ne porte pas sur Dieu en soi, puisqu'elle fuit un mal; elle porte sur un effet de la justice divine, et quand elle envisage Dieu dans cette affaire, c'est comme principe du châtiment, non comme le terme de la crainte. Les relations avec Dieu dans l'espérance et dans la crainte n'ont pas du tout le même caractère.


[47] Ibid., sol. 3. — Dans le péché, Dieu ne donne que ce qu'il y a de naturellement bon dans l'acte; il n'est pas l'auteur du désordre, qui est une privation d'être, et donc imputable à notre seule volonté; tandis qu'il est l'auteur de tout le mal de la peine, parce que vis-à-vis de lui il n'y a là que du bien, quelle que soit notre part primordiale dans la justice de ce châtiment.


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Majuscules ajoutées
À suivre…


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Message  ROBERT. le Jeu 17 Mar 2011, 8:26 pm

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IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

ARTICLE 2.

La division de la crainte convient-elle en crainte filiale, crainte initiale crainte servile, et crainte du monde ?

DIFFICULTÉS : Il semble que cette division de la crainte ne convienne pas. En effet :

1. Damascène cite six espèces de crainte, l'indolence, la confusion, etc., qu'on ne retrouve pas dans la division ci-dessus. Il semble donc que cette division ne convienne pas.

2. Chacune de ces craintes se trouve soit bonne, soit mauvaise. Or il y a une crainte, la crainte naturelle, qui n'est pas bonne moralement, puisque les démons la ressentent, selon S. Jacques : "Les démons croient et tremblent"; et qui n'est pas non plus mauvaise, puisque le Christ l'a subie; S. Marc écrit : "Jésus commença de subir la crainte et l'abattement". La division proposée est donc insuffisante.

3. Les rapports de fils à père, d'époux à épouse, de serviteur à maître, sont trois rapports différents. Or la crainte filiale, qui est celle du fils envers son père, se distingue de la crainte servile qui est celle du serviteur envers son maître. Il nous faut donc aussi distinguer des quatre craintes énumérées la crainte chaste, qui semble être celle de l'épouse envers son mari.

4. De même que la crainte servile, la crainte initiale et la crainte du monde portent sur la peine. Il n'y a donc pas eu de raison de les distinguer l'une de l'autre.

5. Comme la concupiscence a pour objet un bien, la crainte a pour objet un mal. Mais autre est la concupiscence des yeux, qui fait désirer les biens du monde, autre la concupiscence de la chair, qui pousse à rechercher la jouissance de son être. De même aussi, autre est la crainte du monde, qui nous fait appréhender la perte des biens extérieurs, autre la crainte humaine par laquelle nous redoutons une diminution de notre propre personne.

CEPENDANT, l'autorité du Maître des Sentences sanctionne cette division.


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À suivre…


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Message  ROBERT. le Ven 18 Mar 2011, 3:59 pm

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IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.


ARTICLE 2.

La division de la crainte convient-elle en crainte filiale, crainte initiale crainte servile, et crainte du monde ? (suite)


CONCLUSION : Il s'agit actuellement de la crainte qui, de quelque façon, nous oriente vers Dieu ou nous détourne de lui. En effet, l'objet de la crainte étant un mal, parfois l'homme s'éloigne de Dieu à cause des maux qu'il craint, et c'est la crainte humaine ou la crainte du monde; parfois au contraire l'homme, en raison du mal qu'il redoute, se tourne vers Dieu et s'attache à lui.

— Ce dernier mal est double, le mal de la peine et le mal de la faute. Si on se tourne vers Dieu et qu'on s'attache à lui par crainte de la peine, il y aura crainte servile. Si c'est par crainte de la faute, il y aura crainte filiale, car ce sont les fils qui craignent d'offenser leur père.

— Si on craint en même temps la faute et la peine, c'est la crainte initiale, qui tient le milieu entre la crainte filiale et la crainte servile.

— Que le mal de la faute puisse être craint, c'est là une question étudiée au traité des passions [48].




Note explicative :

[48] Qu. 19, art. 2, conclusion. — La faute est l'offense faite à Dieu. La peine est le châtiment dont Dieu punit l'offense. C'est toujours un mal pour l'homme, mais le mal de la faute et le mal de la peine se trouvent essentiellement différents par leurs objets. Le mal de la faute consiste dans une adhésion volontaire de celui en qui il existe : le pécheur aime son péché. Le mal de la peine est contre la volonté de celui qui la subit: le puni souffre de la punition.

— Dans la crainte, le mal de la faute est détesté à cause de sa contrariété avec la référence obligée des actes à la raison ou à Dieu, référence qui implique l'amour de cette règle. Le mal de la peine est détesté à cause de sa contrariété avec la volonté du sujet, et de son imposition par une force extérieure. Il y a bien là différence d'objets et donc différence essentielle entre les deux craintes.


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À suivre…


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Message  ROBERT. le Ven 18 Mar 2011, 8:38 pm

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IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.


ARTICLE 2.

La division de la crainte convient-elle en crainte filiale, crainte initiale crainte servile, et crainte du monde ? (suite)


SOLUTIONS : 1. Damascène divise la crainte, comme passion de l'âme. La division présente est prise de l'ordre à Dieu [49].

2. Le bien moral consiste principalement dans une conversion vers Dieu, et le mal moral dans une aversion de Dieu. C'est pourquoi, (parce que la division proposée concerne l'ordre de la crainte à Dieu), toutes les craintes précitées comportent ou un bien moral, ou un mal moral. Mais la crainte naturelle est présupposée au bien ou au mal moral; aussi ne l'a-t-on pas comptée dans rémunération des craintes [50]


3. Les rapports de serviteur à maître se fondent sur la puissance du maître s'assujettissant son serviteur; les rapports de fils à père, ou d'époux à épouse, reposent au contraire sur l'affection du fils se soumettant à son père, ou de la femme s'unissant à son mari par une union d'amour. D'où la crainte filiale et la crainte chaste concernent une même réalité; car, par l'amour de charité, Dieu se fait notre Père, d'après l'épître aux Romains : "Vous avez reçu un esprit de fils adoptés, dans lequel nous crions : Père, Père" ; et, selon la même charité, Dieu se dit notre époux, toujours d'après S. Paul : "Je vous ai fiancés à un seul homme, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure". La crainte servile, elle, relève d'un autre principe, car elle n'inclut pas dans sa définition la charité [51].


4. La crainte servile, la crainte initiale et la crainte du monde ont toutes trois pour objet la peine, mais envisagée sous divers aspects. La crainte du monde ou humaine se rapporte à la peine qui détourne de Dieu, peine que parfois les ennemis de Dieu nous infligent ou nous rendent menaçante. Mais la crainte servile et la crainte initiale sont relatives à la peine qui fait que les hommes sont attirés vers Dieu, peine infligée ou rendue menaçante par la volonté de Dieu [52]. Cette peine, la crainte servile l'a pour objet principal, la crainte initiale pour objet secondaire.


5. C'est pour un même motif que l'homme se détourne de Dieu par crainte de perdre les biens du monde et par crainte de perdre l'intégrité de son corps, car les biens extérieurs sont faits pour le corps. C'est pourquoi l'une et l'autre craintes sont comptées ici pour une seule, quoique les maux redoutés soient divers, comme le sont aussi les biens, objets de la concupiscence. Mais cette diversité provoque bien une diversité spécifique des péchés, alors qu'il leur est cependant commun de détourner de Dieu [53].






Notes explicatives :

[49] Ibid., sol. 1. — Jean Damascène avait différencié la crainte en espèces diverses, et, par respect pour la tradition scolaire, S. Thomas les a systématisées au traité des passions; mais ici il envisage les espèces diverses de la crainte d'après leurs qualifications morales. Les divisions de Damascène n'ont pas pour principe leurs places diverses dans l'ordre à Dieu, ainsi que le veulent les divisions du présent article, mais les objets qui spécifient les passions que sont ces différentes craintes.


[50] Ibid., sol. 2. — Le bien moral et le mal moral se prennent de la conformité ou de la non-conformité de l'action de l'homme à une règle, soit humaine, la raison droite, soit divine. Dieu étant l'auteur de la raison, toute action humaine se réfère finalement à la loi éternelle sous un de ses aspects. Mais antérieurement à cette règle, il y a, pour tout être, le bien qui est la conservation et le perfectionnement de sa nature, et le mal qui en est la destruction ou l'amoindrissement; il y a donc une crainte naturelle d'être diminué dans son être qui est antérieure aux déterminations morales.


[51] Ibid., sol. 4. — Si la crainte servile n'inclut pas dans sa définition la charité, elle ne l'exclut pas non plus, ainsi que l'expliquera l'article 4.


[52] Ibid., soi. 4. — La crainte des maux éternels est bonne en soi : elle est basée sur l'amour naturel que tout être se porte, et comme le désir du bonheur éternel est très louable, ainsi la crainte de le perdre et de souffrir éternellement est très bonne; de plus elle attire vers Dieu en détournant l'homme du péché; c'est même une crainte surnaturelle, tant par son objet, l'enfer, que par son terme, le retour à Dieu. Cependant elle porte sur le mal de la peine, tandis que la crainte filiale porte sur le mal de la faute : elles sont donc bien distinctes.

[53] Ibid., sol. 5. — Les péchés se diversifient spécifiquement d'après leurs objets qui leur sont comme des formes, mais leur communauté se prend d'une même aversion pour Dieu.


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À suivre…
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Message  ROBERT. le Lun 21 Mar 2011, 7:25 pm

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IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.


ARTICLE 3.

La crainte du monde est-elle toujours mauvaise ?

DIFFICULTÉS : Il semble que la crainte du monde ne soit pas toujours mauvaise. En effet :

1. A la crainte du monde se rattache, semble-t-il, notre révérence envers les hommes. Or on blâme certains de ne pas révérer autrui; témoin, dans S. Luc, le blâme porté sur ce mauvais juge "qui ne craignait pas Dieu et n'avait cure des hommes". Il semble donc que la crainte du monde ne soit pas toujours un mal.


2. De la crainte du monde paraissent relever les peines infligées par les pouvoirs séculiers. Or ce sont de telles peines qui nous provoquent à bien agir; S. Paul le dit: "Veux-tu ne pas avoir à craindre l'autorité ? Fais le bien, et tu obtiendras son approbation". La crainte du monde n'est donc pas toujours mauvaise.


3. Ce qui fait partie de notre être naturel ne semble pas mauvais, car les éléments de notre nature nous viennent de Dieu. Mais elle est naturelle à l'homme, la crainte d'être lésé dans son corps et de perdre les biens temporels qui soutiennent la vie présente. Il semble donc que la crainte du monde ne soit pas toujours mauvaise.

CEPENDANT, Notre-Seigneur nous dit: "Ne craignez pas ceux qui tuent le corps"; et par là il interdit la crainte du monde. Or rien n'est sous le coup d'une prohibition divine, sinon le mal. Donc la crainte du monde est mauvaise.



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À suivre…


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Message  ROBERT. le Mar 22 Mar 2011, 12:47 pm

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IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.


ARTICLE 3.

La crainte du monde est-elle toujours mauvaise ? (suite)


CONCLUSION : Les actes moraux et les habitus reçoivent des objets et leur nom et leur espèce [54]. Or l'objet propre d'un mouvement appétitif est le bien de la fin [55]. C'est pourquoi c'est de sa fin propre que tout mouvement appétitif reçoit son espèce et son nom. En effet, appeler cupidité l'amour du travail, du fait que les hommes travaillent par cupidité, ne serait pas une appellation exacte, car les cupides ne recherchent pas le travail comme une fin mais comme un moyen, tandis qu'ils se portent comme à une fin vers la possession des richesses : aussi appelle-t-on à bon droit cupidité le désir ou l'amour des richesses, ce qui est un mal.

— Pareillement, on nomme à proprement parler amour du monde l'amour par lequel on s'appuie au monde comme à une fin. Et ainsi l'amour du monde est toujours mauvais.

— Mais la crainte naît de l'amour, car on craint de perdre ce qu'on aime, ainsi que le montre S. Augustin; aussi la crainte mondaine est-elle celle qui procède de l'amour du monde comme d'une racine mauvaise. Et, par suite, la crainte du monde est elle même toujours mauvaise.





Notes explicatives :


[54] Qu. 19, art. 3, conclusion. - S. Thomas, dans la Ia-2æ, qu. 18, art. 2, et qu, 54, art. 2, explique comment les actes moraux et les habitus reçoivent de leurs objets leur nom et leur espèce. Les actions sont comparées à des mouvements spécifiés par leur terme; le terme pour l'action est la fin; c'est donc la fin, (qui est en même temps l'objet), qui donne à l'action son espèce et par suite son nom. C'est aussi la diversité des fins qui diversifie les vertus, parce que les fins sont objets des actes intérieurs qui relèvent essentiellement des vertus, faites pou agir. Exemple de la justice qui a pour fin de s'ajuster à un dû; la vertu de justice est faite d'une volonté active, et tenace, et allègre, de réaliser en tout cet ajustement.


[55] Ibid. — L'objet propre du mouvement appétitif est le bien de la fin parce qu'il est le terme de l'activité de la faculté du désir, comme le terme de la connaissance est l'objet connu, et non pas les intermédiaires qui ne participent de la raison d'objet que par leur relation à la fin.


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À suivre…
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Message  ROBERT. le Mar 22 Mar 2011, 6:44 pm

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LE DON DE CRAINTE.


ARTICLE 3.

La crainte du monde est-elle toujours mauvaise ? (suite)



SOLUTIONS : 1. On peut révérer les hommes à un double titre. D'une part, pour ce qu'ils ont en eux de divin, par exemple le bien de la grâce ou de la vertu, ou au moins l'image naturelle de Dieu : et c'est sous ce chef que sont blâmés ceux qui n'ont pas de respect pour les hommes. D'autre part, on peut révérer les hommes dans leur opposition à Dieu : alors on doit louer ceux qui l'ont pas ce respect des hommes, selon la parole de l'Ecclésiastique au sujet d'Elie ou d'Elisée : "Durant ses jours, il ne fut ébranlé par aucun prince".

2. Les pouvoirs séculiers, en portant des peines qui détourneront du péché, sont en cela ministres de Dieu; S. Paul le dit : "L'autorité est ministre de Dieu, préposée au châtiment de qui fait le mal". Et, sous cette raison, craindre le pouvoir séculier ne relève pas de la crainte du monde, mais de la crainte servile ou de la crainte initiale.


3. Il est naturel à l'homme de fuir ce qui est préjudiciable à son corps, ou même dommageable à ses biens temporels. Mais il est contre la raison naturelle d'abandonner la justice pour des biens de cette sorte. Aussi Aristote lui-même déclare-t-il qu'il y a certaines choses, (les œuvres du péché), auxquelles nulle crainte ne doit nous obliger, parce qu'il est pire de commettre des péchés de cette sorte que de souffrir n'importe quelles peines [56].





Note explicative :

[56] Ibid., sol. 3. — A la suite d'Aristote, S. Thomas, dans le Commentaire des Ethiques (livre III, leçon 2) fait remarquer qu'on est en droit de blâmer ceux qui n'hésitent pas à supporter des épreuves pénibles pour des biens sans proportion avec elles. Par contre, il faut pardonner à ceux que la crainte d'un violent tourment a poussés à des actes quelque peu répréhensibles, par exemple la terreur du supplice du feu en face d'un mensonge joyeux, ou d'une action peu importante qui ne conviendrait pas au rang social1. Mais il y a des actions si mauvaises que nulle crainte ne peut les excuser; l'homme doit supporter les tourments les plus horribles plutôt que de se permettre certaines fautes contre Dieu, ou le prochain, ou soi-même. La gloire demeure, après la mort, pour celui qui se sacrifie à cause de la vertu, et la persévérance même dans le bien de la vertu a une telle valeur qu'on ne peut lui comparer la longueur de la vie que l'homme perd en mourant. — Ces remarques peuvent aider à l'application des règles morales.

1 Encore faut-il remarquer l'expression de S. Thomas : il faut "pardonner", ce qui implique qu'il peut y avoir une faute, mais légère. On pourrait peut-être dire que la circonstance fait qu'il n'y a plus péché, et dès lors on doit excuser l'acte qui de soi serait péché. Voir 2a-2æ q. 43, art. 7, ad 5.



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À suivre…
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Message  ROBERT. le Jeu 24 Mar 2011, 7:56 pm

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ARTICLE 4.

La crainte servile est-elle bonne ?

DIFFICULTÉS : Il semble que la crainte servile ne soit pas bonne. En effet :

1. Ce dont l'activité est mauvaise, est soi-même un mal. Or l'activité de la crainte servile est un mal, car, selon le commentaire de la Glose sur l'Epître aux Romains, "on ne fait jamais rien de bien par crainte, pas même le bien". La crainte servile n'est donc pas un bien.

2. Ce qui naît de la racine du péché n'est pas bon. Or la crainte servile sort de la racine du péché, ainsi que le dit S. Grégoire quand il commente Job, "Que ne suis-je mort dans le ventre de ma mère ? " : "Quand nous craignons la peine qui suit au péché, et quand nous n'aimons pas le visage perdu de Dieu, la crainte vient de l'orgueil et non de l'humilité". La crainte servile est donc un mal.

3. De même qu'à l'amour de charité s'oppose l'amour mercenaire, de même à la crainte chaste semble s'opposer la crainte servile. Or l'amour mercenaire est toujours mauvais; donc la crainte servile l'est aussi.


CEPENDANT, aucun mal ne vient du Saint-Esprit. Or la crainte servile vient du Saint-Esprit, car, à propos de la parole de S. Paul, "Vous n'avez pas reçu un esprit de servitude, etc.", la Glose commente : "C'est un seul Esprit qui produit deux craintes, la crainte servile et la crainte chaste". La crainte servile n'est donc pas mauvaise.




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À suivre…
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Message  ROBERT. le Ven 25 Mar 2011, 8:28 pm

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LE DON DE CRAINTE (suit le sujet de l'espérance)  SAINT THOMAS D'AQUIN Saint_13
IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

ARTICLE 4.

La crainte servile est-elle bonne ? (suite)


CONCLUSION : C'est à son caractère de servilité que la crainte servile doit d'être mauvaise. La servilité, en effet, s'oppose à la liberté. Et puisqu'est libre celui-là qui est maître de soi, est serf celui qui n'agit pas de son propre chef, mais comme mû du dehors. Or agir par amour est pour tout homme agir comme de soi-même, car c'est sa propre inclination qui le porte à l'action; et c'est pourquoi il est contre la raison de servilité qu'on agisse par amour. Ainsi donc la crainte servile, en tant que servile, est contraire à la charité [57].

— Si donc la servilité était de l'essence de la crainte, nécessairement la crainte servile serait de soi mauvaise : ainsi l'adultère est un mal en soi, parce que ce qui l'oppose à la chanté entre parmi ses éléments spécifiques [58]. Mais cette servilité n'est pas partie essentielle de la crainte servile, pas plus que l'absence d'information par la charité ne constitue un élément spécifique de la foi informe [59]. En effet l'espèce d'un habitus moral se prend de son objet; de même pour un acte moral. Or l'objet de la crainte servile est la peine : à cette peine, il est accidentel que le bien auquel elle est contraire soit aimé comme la fin ultime et donc que la peine soit redoutée comme le mal principal, ainsi qu'il arrive pour celui qui n'a pas la charité; ou que ce bien soit ordonné à Dieu comme à une fin, et donc que la peine ne soit pas redoutée comme le mal principal, ainsi qu'il en est chez celui qui vit dans la charité. C'est qu'en effet un habitus ne change pas d'espèce par suite de la référence de son objet ou de sa fin à une fin supérieure. Et c'est pourquoi la crainte servile est bonne en sa substance, mais sa servilité est mauvaise.




Notes explicatives :


[57] Qu. 19, art. 4, conclusion. — La crainte servile, dans sa servilité, est contraire à la charité, parce qu'elle est exclusive de l'amour, de sorte que le pécheur, sans cette crainte, aimerait mieux ne pas se retourner vers Dieu et demeurer dans son péché : il n'y a évidemment aucun amour de Dieu dans une semblable séparation de l'acte mauvais, mais seulement une sordide préférence de soi-même.


[58] Ibid. — L'adultère est une faute d'intempérance, mais ce qui assure son caractère propre est le tort si grave qu'il fait à un si proche prochain, et, par suite, sa note très spéciale de péché contre la charité.


[59] Ibid. — Une vertu est constituée en elle-même par ses éléments intrinsèques, en dehors de l'information de la charité, et avant cette perfection extrinsèque qu'apporte aux vertus le fait d'être dirigées par la charité, sous un mode supérieur, vers la fin ultime. La solution première de l'article suivant en donne l'application à la foi.

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À suivre…
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Message  ROBERT. le Sam 26 Mar 2011, 8:58 pm

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IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.


ARTICLE 4.

La crainte servile est-elle bonne ? (suite)


SOLUTIONS : 1. La citation de S. Augustin est à entendre de celui qui agit par crainte servile, en tant que servile, sans aimer la justice, mais uniquement par crainte de la peine.

2. La crainte servile, en son essence, ne tire pas son origine de l'orgueil. Mais c'est sa servilité qui naît de l'orgueil, l'homme ne voulant pas sou- mettre son cœur au joug de la justice, par amour.

3. L'amour mercenaire est celui qui aime Dieu à cause des biens temporels [60], ce qui est, de soi contraire à la charité; aussi l'amour mercenaire est-il toujours mauvais. Mais la crainte servile, dans sa substance, n'implique que la crainte de la peine, qu'on la redoute ou non comme le mal principal.





Note explicative :


[60] Ibid. — Cette remarque de S. Thomas suffirait déjà à justifier l'espérance du reproche qu'on lui fait d'être une recherche mercenaire de la récompense. Elle est intéressée certes, mais n'est pas pour cela mercenaire, car elle attend de Dieu les biens éternels, et les biens temporels auxquels elle aspire sont toujours référés à l'obtention de la béatitude éternelle.

Voir Appendice II, Renseignements techniques, p. 226 et suiv.

Note : en ce qui concerne les renseignements techniques, ils seront tous à la fin du Traité pour faire une lecture plus facile de la Somme. On pourra prendre dans ceux-ci ce qui nous sera utile. Leur pagination sera d’un grand secours. Je n’ai pas voulu les intercaler dans les notes explicatives comme telles, ce qui aurait alourdi inutilement et considérablement la lecture des questions et réponses de Saint Thomas d’Aquin…

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À suivre…
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Message  ROBERT. le Lun 28 Mar 2011, 5:52 pm

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IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

ARTICLE 5.

La crainte servile est-elle substantiellement la même que la crainte filiale ?

DIFFICULTÉS : Il semble que la crainte servile soit en substance la même que la crainte filiale. En effet :

1. Il paraît bien qu'il existe le même rapport entre la crainte filiale et la crainte servile qu'entre la foi informée (par la charité) et la foi informe, la crainte servile et la foi informe pouvant coexister avec le péché mortel, la crainte filiale et la foi vivante ne le pouvant pas. Mais la foi informée est en substance la même que la foi informe. Donc aussi la crainte servile est la même en substance que la crainte filiale.

2. Sont identiques en substance les activités humaines qui ont le même objet. Or la crainte servile et la crainte filiale ont le même objet, Dieu. Donc la crainte servile et la crainte filiale ne sont substantiellement qu'une même crainte.

3. L'homme espère posséder Dieu et aussi en recevoir des bienfaits; de même, il craint d'être séparé de Dieu et d'en subir les châtiments. Or c'est une même espérance qui nous fait attendre la jouissance de Dieu et qui nous permet d'espérer recevoir de lui des bienfaits. Donc aussi c'est une même crainte que la crainte filiale par laquelle nous craignons la séparation de Dieu, et la crainte servile qui nous fait redouter d'être punis par lui.


CEPENDANT, S. Augustin dit qu'il y a deux craintes, la crainte servile, et la crainte filiale ou crainte chaste.




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À suivre…
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Message  ROBERT. le Mer 30 Mar 2011, 2:38 pm

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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

ARTICLE 5.

La crainte servile est-elle substantiellement la même que la crainte filiale ? (suite)


CONCLUSION : A parler strictement, l'objet de la crainte est un mal. Et parce que les actes et les habitus se distinguent d'après leurs objets, nécessairement la diversité des maux entraîne la diversité spécifique des craintes. Or c'est spécifiquement que diffèrent le mal de la peine, redouté de la crainte servile, et le mal de la faute, qu'évite la crainte filiale. D'où manifestement la crainte servile et la crainte filiale ne sont pas une même crainte en substance, mais sont spécifiquement distinctes.


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À suivre…
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Message  ROBERT. le Jeu 31 Mar 2011, 7:38 pm

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IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

ARTICLE 5.

La crainte servile est-elle substantiellement la même que la crainte filiale ?


SOLUTIONS : I. La foi informée et la foi informe ne diffèrent pas par leurs objets : l'une et l'autre croient Dieu et croient à Dieu; elles diffèrent seulement par une particularité extrinsèque, la présence ou l'absence de la charité : c'est pourquoi elles ne sont pas substantiellement différentes. Mais la crainte servile et la crainte filiale diffèrent par leurs objets. Il n'y a pas parité entre les deux cas.


2. La crainte servile et la crainte filiale ne considèrent pas Dieu sous le même aspect; la crainte servile le voit comme le principe actif des peines, et la crainte filiale le regarde, non comme le principe actif de la faute, mais plutôt comme un terme dont on redoute de se séparer par la faute. Et c'est pourquoi, de cet unique objet qu'est Dieu, ne s'ensuit pas l'identité spécifique des craintes. Même les mouvements naturels se diversifient spécifiquement d'après leurs relations diverses à un même terme : ce n'est pas en effet un même mouvement que venir du blanc et tourner au blanc.


3. L'espérance regarde Dieu comme le principe tant de la possession divine que de tout autre bienfait. Mais il n'en est pas ainsi de la crainte. Aussi n'y a-t-il pas parité entre les deux cas.



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À suivre…
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Message  ROBERT. le Jeu 31 Mar 2011, 7:49 pm

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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

ARTICLE 6.

La crainte servile demeure-t-elle avec la charité ?

DIFFICULTÉS : Il semble que la crainte servile ne demeure pas avec la charité. En effet :

1. S. Augustin déclare: "Dès que la charité habite dans l'âme, elle expulse la crainte qui lui a préparé la place".

2. "L'amour de Dieu s'est répandu dans nos cœurs, grâce à l'Esprit-Saint qui nous a été donné", est-il dit dans l'Epître aux Romains. Mais "là où est l'esprit du Seigneur, là est la liberté", dit ailleurs S. Paul. Puisque la liberté exclut la servitude, il semble bien que la crainte servile soit expulsée quand apparaît la charité.

3. La crainte servile a pour cause l'amour de soi, la peine, objet de la crainte servile, diminuant notre bien propre. Or l'amour de Dieu chasse l'amour de soi car il nous fait nous mépriser nous-mêmes; témoin S. Augustin: "L'amour de Dieu poussé jusqu'au mépris de soi fonde la cité de Dieu". Il semble donc bien que la présence de la charité enlève la crainte servile.


CEPENDANT, la crainte servile est un don du Saint-Esprit. Or les dons du Saint-Esprit ne sont pas supprimés quand apparaît la charité qui fait habiter le Saint-Esprit en nous. Donc la présence de la charité n'expulse pas la crainte servile.



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À suivre…
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Message  ROBERT. le Ven 01 Avr 2011, 8:53 pm

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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

ARTICLE 6.

La crainte servile demeure-t-elle avec la charité ?



CONCLUSION : La crainte servile a pour cause l'amour de soi parce qu'elle est une crainte de la peine qui porterait atteinte à notre bien propre [61]. Ainsi entendue, la crainte de la peine peut coexister avec la charité tout comme l'amour de soi : c'est en effet sous une même raison que l'homme désire son bien et qu'il craint d'en être privé.

— Or l'amour de soi se présente à la charité de trois manières.

Contraire à la charité : on met sa fin dans l'amour de son bien propre.

Inclus dans la charité : l'homme s'aime lui-même pour Dieu et en Dieu.

Distinct de la charité sans s'y opposer : on s'aime soi-même, en vérité, pour son bien personnel, sans constituer cependant sa fin en ce bien propre. De même on peut aussi aimer son prochain d'un amour spécial, distinct de l'amour de charité fondé en Dieu, mais pouvant s'y référer : amour de consanguinité ou de quelque communauté de vie.

— Pareillement, la crainte de la peine peut soutenir trois rapports avec la charité.

Incluse dans la charité : être séparé de Dieu est une peine, celle que la charité redoute le plus; c'est de la crainte filiale.

Contraire à la charité : on fuit la peine opposée à son bien naturel, comme le mal principal contraire au bien considéré et aimé pour fin dernière; ainsi entendue, la crainte de la peine ne peut pas exister avec la charité.

Distincte substantiellement de la crainte chaste : nous craignons le mal de la peine, non point parce qu'il nous sépare de Dieu, mais à cause du tort qu'il fait à notre bien personnel, sans cependant que nous voulions constituer dans ce bien notre fin, et, par suite, sans que ce mal soit redouté comme le mal principal [62]; une telle crainte peut exister avec la charité. Mais cette crainte n'est appelée servile que si la peine est redoutée comme le mal principal. C'est pourquoi la crainte, en tant que servile, ne demeure pas avec la charité; mais la substance de la crainte servile peut demeurer avec la charité, tout comme l'amour de soi.






Notes explicatives :


[61] Qu. 19, art. 6, conclusion. — L'acte de a crainte servile, quand il est bon, n'a pas son origine dans un amour surnaturel gratuit, ni dans un amour désordonné, mais dans l'amour naturel par lequel chacun veut l'existence et le bien-être de sa personne! c'est pourquoi l'homme craint toute peine, celle que l'expérience lui manifeste, comme dans la crainte naturelle, et celle que la foi lui montre, comme dans la crainte servile.

[62] Ibid. — Le sujet continue de craindre les peines éternelles comme un terrible mal pour lui, mal qui cependant n'est pas aussi grand encore que la séparation d'avec Dieu.




SOLUTIONS : 1. S. Augustin parle ici de la crainte, prise dans sa servilité.

Et c'est la même argumentation que développent les deux autres propositions.




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À suivre…
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Message  ROBERT. le Sam 02 Avr 2011, 7:09 pm

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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

ARTICLE 7. La crainte est-elle le commencement de la sagesse ?

DIFFICULTÉS : Il semble que la crainte ne soit pas le commencement de la sagesse. En effet :

1. Le commencement d'une chose fait partie de cette chose. Or la crainte ne fait pas partie de la sagesse, car la crainte a pour sujet la puissance appétitive, et la sagesse la faculté de connaissance. Il semble donc que la crainte ne soit pas le commencement de la sagesse.

2. Aucune réalité n'est principe d'elle-même. Or "la crainte de Dieu, voilà la sagesse", lit-on dans Job. Il semble donc que la crainte de Dieu ne soit pas le commencement de la sagesse.

3. Rien ne précède le commencement. Or il y a quelque chose d'antérieur à la crainte, car la foi la précède. Il semble donc que la crainte de Dieu ne soit pas le commencement de la sagesse.

CEPENDANT, le psaume nous dit : "La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse".



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À suivre…
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Message  ROBERT. le Dim 03 Avr 2011, 9:06 pm

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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

ARTICLE 7. La crainte est-elle le commencement de la sagesse ? (suite)


CONCLUSION : Par commencement de la sagesse, on peut vouloir dire deux choses, selon qu'on envisage la sagesse clans son essence ou dans son effet. Ainsi, le commencement d'un art, envisagé dans son essence, ce sont les principes qu'on trouve à l'origine de cet art; et le commencement d'un art, considéré dans son effet, est le point de départ de la réalisation du travail artistique : ainsi dirions-nous que le commencement de l'art du bâtiment, ce sont les fondations, car c'est par elles que le maçon commence son œuvre.

— La sagesse étant la connaissance des réalités divines, les philosophes et les théologiens la considèrent sous des aspects différents. Notre vie, en effet, est ordonnée à la possession de Dieu, et menée à ce terme par la participation de la nature divine que nous confère la grâce; la sagesse, selon les théologiens, ne doit pas être considérée seulement comme nous faisant connaître Dieu, ainsi que chez les philosophes, mais aussi comme dirigeant la vie de l'homme, car la vie humaine reçoit sa direction, non seulement des raisons humaines, mais aussi des raisons divines, ainsi que le montre S. Augustin.

— Dès lors, le commencement de la sagesse, vue dans son essence, ce sont les premiers principes de la sagesse, les articles de la foi : en ce sens, on dit que la foi est le commencement de la sagesse. Mais par rapport aux effets, le commencement de la sagesse est le premier sentiment qu'elle fait naître en nous : alors la crainte est le commencement de la sagesse, de différentes façons cependant dans la crainte servile et dans la crainte filiale. La crainte servile est commencement en ce sens qu'elle dispose de l'extérieur à la sagesse chrétienne : craignant la peine, le pécheur s'éloigne du péché, et ainsi se dispose à recevoir l'effet de la sagesse; l'Ecclésiastique dit : "La crainte du Seigneur bannit le péché". Mais la crainte chaste ou filiale est le commencement de la sagesse, en ce sens qu'elle est son premier effet ; comme il appartient à la sagesse de régler la vie humaine selon les raisons divines, c'est de là qu'il faut partir, de cette révérence de l'homme à Dieu et de sa soumission à lui ; car en suite de cette crainte l'homme prendra pour toutes choses sa règle en Dieu.



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Message  ROBERT. le Lun 04 Avr 2011, 8:11 pm

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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.


ARTICLE 7. La crainte est-elle le commencement de la sagesse ? (suite)


SOLUTIONS : 1. On objecte que la crainte ne fait pas partie de la sagesse parce qu'elles ne sont pas toutes deux dans la même faculté. Cette raison explique seulement que la crainte n'est pas le commencement de la sagesse, considérée dans son essence.


2. La crainte de Dieu joue, par rapport à toute la vie humaine réglée par la sagesse de Dieu, le rôle de la racine vis-à-vis de l'arbre; aussi lit-on dans l'Ecclésiastique : "La racine de la sagesse est de craindre le Seigneur, et ses rameaux sont une longue vie". Et c'est pourquoi, de même qu'on dit de la racine qu'elle est virtuellement tout l'arbre, de même dit-on de la crainte de Dieu qu'elle est la sagesse.


3. Comme l'a démontré la conclusion, la foi est principe de la sagesse en un certain sens, et la crainte en un autre sens. L’Ecclésiastique dit : "La crainte de Dieu est le commencement de son amour, et la foi est le commencement de l'attachement à Dieu".



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À suivre…
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Message  ROBERT. le Mar 05 Avr 2011, 9:02 pm

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ARTICLE 8.

La crainte initiale diffère-t-elle en substance de la crainte filiale ?


DIFFICULTES : La crainte initiale semble différer en substance de la crainte filiale. En effet :

1. La crainte filiale naît de l'amour. Mais la crainte initiale est au principe de l'amour, selon cette parole de l'Ecclésiastique : "La crainte du Seigneur est le commencement de l'amour". La crainte initiale est donc autre que la crainte filiale.

2. La crainte initiale craint la peine, objet de la crainte servile, et, par suite, il semble que la crainte initiale soit la même que la crainte servile. Or la crainte servile est autre que la crainte filiale. Donc aussi la crainte initiale est autre en substance que la crainte filiale.

3. Le milieu diffère, sous une même raison, de l'un et l'autre de ses extrêmes. Or la crainte initiale tient le milieu entre la crainte servile et la crainte filiale. Elle diffère donc et de la crainte filiale et de la crainte servile.


CEPENDANT, perfection et imperfection ne diversifient pas la substance d'une chose. Or la crainte initiale et la crainte filiale diffèrent selon la perfection ou l'imperfection de la charité, comme le montre S. Augustin. La crainte initiale ne diffère donc pas en substance de la crainte filiale.



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À suivre…
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Message  ROBERT. le Mer 06 Avr 2011, 2:33 pm

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QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

ARTICLE 8.

La crainte initiale diffère-t-elle en substance de la crainte filiale ? (suite)


CONCLUSION : La crainte initiale tire son nom de ce qu'elle est un commencement, une initiation. Et comme la crainte filiale et la crainte servile sont, sous un certain mode, le commencement de la sagesse, l'une et l'autre peuvent, de quelque façon, être appelées crainte initiale. Mais ce n'est pas dans cette acception qu'est prise la crainte initiale quand on la distingue de la crainte servile et de la crainte filiale. On l'entend comme convenant à l'état des débutants, en qui apparaît bien la crainte filiale sous l'influence de la charité naissante, mais qui ne possèdent cependant pas la crainte filiale a l'état parfait, parce qu'ils ne sont pas encore parvenus à la perfection de la charité. Et c'est pourquoi la crainte initiale est à la crainte filiale ce que la charité imparfaite est à la charité parfaite. Or charité parfaite et charité imparfaite ne diffèrent pas dans leur essence, mais seulement comme des états divers de chanté. Et c'est pourquoi il faut dire que la crainte initiale, au sens où nous l'entendons ici, ne diffère pas de la crainte filiale [63].





Note explicative :

[63] Qu. 19, art. 8, conclusion. — Crainte initiale et crainte filiale ont bien le même acte propre et élicite, la crainte de la séparation de Dieu; mais pour les actes impérés, retrait du péché ou tendance à la vertu, accomplis sous la crainte de cette séparation la crainte initiale met à leur origine à la fois la crainte de la peine et la crainte de la séparation, tandis que la crainte filiale ne fait cas que de la séparation. Or les actes impérés n'apportent qu'une différence accidentelle dans les habitus qui les commandent. C'est pourquoi crainte initiale et crainte chaste ont une même nature substantielle et ne diffèrent qu'accidentellement: les objets ne sont pas différents (c'est toujours la séparation de Dieu) mais seulement la manière de se comporter vis-à-vis d'eux, tandis qu'entre crainte servile et crainte initiale il y a différence d'objets, la peine et la faute.


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Message  ROBERT. le Jeu 07 Avr 2011, 4:00 pm

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LE DON DE CRAINTE (suit le sujet de l'espérance)  SAINT THOMAS D'AQUIN Saint_13
IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

ARTICLE 8.

La crainte initiale diffère-t-elle en substance de la crainte filiale ? (suite)

SOLUTIONS : 1. La crainte qui est le commencement de l'amour est la crainte servile, qui introduit à la charité comme "le crin fait passer le lin" [64], selon l'expression de S. Augustin. — Ou bien, si on rapporte le texte de l'Ecriture à la crainte initiale, la crainte est dite commencement de l'amour, non pas absolument parlant, mais par rapport à l'état de charité parfaite.


2. La crainte initiale ne redoute pas la peine comme son objet propre, mais parce qu'il lui reste quelque chose de la crainte servile. Celle-ci demeure, en substance, avec la charité, mais sans servilité. Par ailleurs son acte (servile) demeure bien en même temps que la charité imparfaite chez celui qui est poussé à bien faire, non seulement par amour de la justice [65], mais encore par crainte de la peine [66]; pourtant cet acte cesse dans celui qui possède une charité parfaite, laquelle "bannit la crainte qu'accompagne un châtiment", comme le dit S. Jean.

3. La crainte initiale tient le milieu entre la crainte filiale et la crainte servile, non pas comme entre des réalités d'un même genre, mais comme l'être imparfait entre l'être parfait et le non-être; cet être imparfait est le même substantiellement que l'être parfait, et diffère totalement du non-être.




Notes explicatives :


[64] Ibid., sol. 1. — Nous dirions aujourd'hui: "Comme l'aiguille fait passer le fil".

[65] Ibid., sol. 1. — Cette justice est celle qui justifie, la rectitude intérieure totale vis-à-vis de Dieu, non la seule vertu morale de justice.


[66] Ibid. — Dans ce sentiment mêlé de crainte initiale et de crainte servile, c'est la crainte initiale, basée sur l'amour de Dieu, qui a la plus grande place; mais la crainte servile, la peur du châtiment en lui-même, remplit son rôle pour renforcer la crainte initiale et lui donner une efficacité de refus du péché que l'amour, encore trop imparfait, ne réaliserait que faiblement. Il faut un très grand et très spirituel amour de Dieu pour que la crainte filiale, l'appréhension du déplaisir de Dieu, soit aussi énergique dans ses effets de purification que la peur d'une diminution de nous-mêmes par le châtiment.


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À suivre…


Dernière édition par ROBERT. le Ven 08 Avr 2011, 4:47 pm, édité 1 fois (Raison : balisage)
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Message  ROBERT. le Ven 08 Avr 2011, 4:51 pm

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LE DON DE CRAINTE (suit le sujet de l'espérance)  SAINT THOMAS D'AQUIN Saint_13

IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.


ARTICLE 9.

La crainte est-elle un don du Saint-Esprit ?

DIFFICULTÉS : Il semble que la crainte ne soit pas un don du Saint-Esprit. En effet :

1. Aucun don du Saint-Esprit n'est opposé à une vertu, infusée elle aussi par l'Esprit-Saint : autrement le Saint-Esprit serait en contradiction avec lui-même. Or la crainte s'oppose à l'espérance, qui est une vertu. La crainte n'est donc pas un don du Saint-Esprit.

2. C'est le propre de la vertu théologale d'avoir Dieu pour objet. Or la crainte a Dieu pour objet, puisque c'est Dieu qu'on redoute. La crainte n'est donc pas un don, mais une vertu théologale.

3. La crainte naît en suite de l'amour. Or on compte l'amour comme vertu théologale. Donc aussi la crainte est vertu théologale, comme se rapportant pour ainsi dire au même objet que l'amour.

4. S. Grégoire déclare que la crainte nous est donnée pour combattre l'orgueil. Mais à l'orgueil s'oppose la vertu d'humilité. Donc aussi la crainte est comprise sous cette vertu.

5. Les dons sont plus parfaits que les vertus, car ils sont accordés pour aider les vertus, au dire de S. Grégoire. Mais l'espérance est plus parfaite que la crainte, car l'espérance a pour objet un bien, et la crainte un mal. Comme l'espérance est une vertu, on ne doit pas dire que la crainte est un don.

CEPENDANT, Isaïe énumère la crainte parmi les sept dons du Saint-Esprit.

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À suivre…



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Message  ROBERT. le Lun 11 Avr 2011, 4:24 pm

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IIa-IIæ, qu. 19, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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L'ESPÉRANCE

QUESTION 19.

LE DON DE CRAINTE.

ARTICLE 9.

La crainte est-elle un don du Saint-Esprit ? (suite)


CONCLUSION : La crainte est multiple, avons-nous dit déjà.

— Ce n'est pas la crainte des hommes, comme le dit S. Augustin, qui est un don de Dieu, celle qui poussa S. Pierre à renier le Christ, mais celle-là dont il a été dit : "Craignez celui qui peut envoyer l'âme et le corps en enfer".

— La crainte servile ne doit pas non plus être énumérée parmi les sept dons du Saint-Esprit, bien qu'elle vienne du Saint-Esprit; car on peut la posséder, liée à une volonté de pécher. Mais aucun des dons du Saint-Esprit n'est compatible avec le vouloir du péché, car ils ne sont pas sans la charité.

— Il reste que la crainte de Dieu, comptée parmi les sept dons du Saint-Esprit, est la crainte filiale ou crainte chaste. Les dons du Saint-Esprit sont des perfections habituelles des puissances de l'âme, qui rendent celles-ci très souples à la motion de l'Esprit-Saint, de même que grâce aux vertus morales les puissances de l'âme deviennent bien dociles à l'action de la raison. Or, pour qu'un être soit dans un bon état de mobilité par rapport à son moteur, la première condition est qu'il lui soit soumis, et sans répugnance; car c'est cette répugnance du mobile au moteur qui empêche le mouvement. Cette soumission sans répugnance, la crainte filiale, ou crainte chaste, la produit, en nous mettant en révérence devant Dieu, et en nous faisant fuir la séparation d'avec lui. C'est pourquoi la crainte filiale tient, parmi les dons du Saint-Esprit, le premier degré dans l'ordre ascendant, et le dernier dans l'ordre descendant, ainsi que le dit S. Augustin.



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À suivre…
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