Personne morale, corps moral, organisme moral selon le Pape

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Message  Lucie le Mer 02 Mar 2011, 12:59 pm

ALLOCUTION AUX MEMBRES DU VIIIe CONGRÈS INTERNATIONAL DES SCIENCES ADMINISTRATIVES

(5 août 1950)

Le Pape rappelle à cette occasion le rôle premier que tout Etat doit remplir :

Ceux-ci, pourtant, devraient bien vivre dans la juste idée de l'Etat pour s'en inspirer. C'est leur devoir primordial et, pour ainsi dire, leur raison d'être. Quelle est donc la vraie notion de l'Etat, sinon celle d'un organisme moral fondé sur l'ordre moral du monde ? Il n'est pas une omnipotence oppressive de toute légitime autonomie. Sa fonction, sa magnifique fonction, est plutôt de favoriser, aider, promouvoir l'intime coalition, l'active coopération dans le sens d'une unité plus haute de membres qui, tout en respectant leur subordination à la fin de l'Etat, pourvoient de la meilleure façon au bien de toute la communauté, précisément en tant qu'ils conservent et développent leur caractère particulier et naturel. Ni l'individu, ni la famille, ne doit être absorbé par l'Etat. Chacun garde et doit garder sa liberté de mouvement dans la mesure où elle ne risque pas de porter préjudice au bien commun. En outre, il y a certains droits et libertés des individus — de chaque individu — ou de la famille, que l'Etat doit toujours protéger et qu'il ne peut violer ou sacrifier à un prétendu bien commun. Nous visons, pour ne citer que quelques exemples, le droit à l'honneur et à la bonne réputation, le droit et la liberté de vénérer le vrai Dieu, le droit originaire des parents sur les enfants et sur leur éducation. Le fait que quelques Constitutions récentes ont adopté cette pensée est d'un heureux augure que Nous saluons avec joie, comme l'aurore d'un renouveau dans le respect des vrais droits de l'homme, tels qu'ils ont été voulus et établis par Dieu.

Quand l'Etat dresse des plans pour organiser la vie publique, il faut avoir soin de respecter toujours les droits primordiaux de la personne humaine :
L'époque présente assiste à une luxuriante floraison de « plans » et d'« unifications ». Nous reconnaissons volontiers que, dans de justes limites, ils peuvent être désirables et même requis par les circonstances et, encore une fois, ce que Nous rejetons, ce n'est que l'excès d'une mainmise de l'Etat. Mais qui ne voit, dans ces conditions, le dommage qui résulterait du fait que le dernier mot dans les affaires de l'Etat serait réserve aux purs techniciens de l'organisation ? Non, le dernier mot appartient à ceux qui voient dans l'Etat une entité vivante, une émanation normale de la nature humaine, à ceux qui administrent, au nom de l'Etat, non pas immédiatement l'homme, mais les affaires du pays, en sorte que les individus ne viennent jamais, ni dans leur vie privée, ni dans leur vie sociale, à se trouver étouffés sous le poids de l'administration de l'Etat. Le dernier mot appartient à ceux pour qui le droit naturel est autre chose qu'une règle purement négative, qu'une frontière fermée aux empiétements de la législation positive, qu'un simple ajustement technique aux circonstances contingentes, mais qui révèrent en lui l'âme de cette législation positive, âme qui lui donne sa forme, son sens, sa vie. Puisse donc le dernier mot, le mot décisif, dans l'administration, de la chose publique, être l'apanage de tels hommes.


DISCOURS A DES SPÉCIALISTES DE LA CHIRURGIE DE L'OEIL
(14 mai 1956)

. . . autre inexactitude : l'homme, en tant qu'individu ne doit pas être considéré comme un organe de l'organisme-humanité.

Nous avons relevé aussi dans la documentation imprimée une autre remarque qui prête à confusion et que Nous estimons devoir rectifier. Pour démontrer que l'extirpation d'organes nécessaires à la transplantation faite d'un vivant à l'autre est conforme à la nature et licite, on la met sur le même pied que celle d'un organe physique déterminé faite dans l'intérêt d'un organisme physique total. Les membres de l'individu seraient considérés ici comme parties et membres de l'organisme total que constitue 1'« humanité », de la même manière — ou presque — qu'ils sont parties de l'organisme individuel de l'homme. On argumente alors en disant que, s'il est permis, en cas de nécessité, de sacrifier un membre particulier (main, pied, oeil, oreille, rein, glande sexuelle) à l'organisme de 1'« homme », il serait également permis de sacrifier tel membre particulier à l'organisme « humanité » (dans la personne d'un de ses membres malade et souffrant). Le but que vise cette argumentation, remédier au mal d'autrui, ou du moins l'adoucir, est compréhensible et louable, mais la méthode proposée, et la preuve dont on l'appuie, sont erronées. On néglige ici la différence essentielle entre un organisme physique et un organisme moral, ainsi que la différence qualitative essentielle entre les relations des parties avec le tout dans ces deux types d'organismes. L'organisme physique de 1'« homme » est un tout quant à l'être ; les membres sont des parties unies et reliées entre elles quant à l'être physique même ; ils sont tellement absorbés par le tout, qu'ils ne possèdent aucune indépendance, ils n'existent que pour l'organisme total et n'ont d'autre fin que la sienne. Il en va tout autrement pour l'organisme moral qu'est l'humanité. Celui-ci ne constitue un tout que quant à l'agir et à la finalité ; les individus, en tant que membres de cet organisme ne sont que des parties fonctionnelles ; le « tout » ne peut donc poser à leur égard que des exigences concernant l'ordre de l'action. Quant à leur être physique, les individus ne sont en aucune façon dépendants les uns des autres ni de l'humanité ; l'évidence immédiate et le bon sens démontrent la fausseté de l'assertion contraire. Pour cette raison l'organisme total qu'est l'humanité, n'a aucun droit de poser aux individus des exigences dans le domaine de l'être physique, en vertu du droit de nature qu'a le « tout » de disposer des parties. L'extirpation d'un organe particulier serait un cas d'intervention directe, non seulement sur la sphère d'action de l'individu, mais aussi et principalement sur celle de son être, de la part d'un « tout » purement fonctionnel : « humanité », « société », « Etat », auquel l'individu humain est incorporé comme membre fonctionnel et quant à l'agir seulement. Dans un tout autre contexte, Nous avons déjà souligné auparavant le sens et l'importance de cette considération et rappelé la distinction nécessaire, dont il faut soigneusement tenir compte, entre l'organisme physique et l'organisme moral. C'était dans Notre encyclique du 29 juin 1943 sur le « Corps mystique du Christ ». Nous résumions alors ce que Nous venons de dire en quelques phrases, que des non-théologiens ne pourraient peut-être pas saisir immédiatement à cause de leur forme concise, mais où ils trouveraient, après une lecture attentive, une meilleure compréhension de la différence que comportent les relations de tout à partie dans l'organisme physique et moral. Il fallait expliquer alors comment le simple croyant était partie du corps mystique du Christ, qu'est l'Eglise, et la différence entre cette relation et celle qui existe dans un organisme physique. Nous disions alors :

Dum enim in naturali corpore unitatis principium ita partes iungit, ut propria, quam vacant, subsistentia singuloe prorsus careant ; contra in mystico Corpore mutuoe coniunctionis vis etiamsi intima, membra ita inter se copulat, ut singula omnino fruantur persona propria. Accedit quod, si totius et singulorum membrorum mutuam inter se rationem consideramus, in physico quolibet viventi corpore totius concretionis emolumento membra singula universa postremum unice destinantur, dum socialis quselibet hominum, compages, si modo ultimum utilitatis finem inspicimus, ad omnium et uniuscuiusque membri profectum, utpote personse sunt, postremum ordinantur 2.

Traduction :
Car, tandis que dans un corps naturel le principe d'unité unit les parties de telle sorte que chacune manque entièrement de ce qu'on appelle subsistance propre, dans le Corps mystique au contraire, la force de leur conjonction mutuelle, bien qu'intime, relie les membres entre eux de manière à laisser chacun jouir absolument de sa propre personnalité. En outre, si nous regardons le rapport mutuel entre le tout et chacun des membres, dans n'importe quel corps physique vivant, chacun des membres, en définitive, est uniquement destiné au bien de tout l'organisme; toute société humaine au contraire, pour peu qu'on fasse attention à la fin dernière de son utilité, est ordonnée en définitive au profit de tous et de chacun des membres, car ils sont des personnes.

LETTRE DE MONSEIGNEUR J.-B. MONTINI
PRO-SECRÉTAIRE D'ÉTAT A LA XXVIIe SEMAINE SOCIALE D'ITALIE

(19 septembre 1954)

Santé morale.

Il faut, en outre, redonner à la famille la santé morale. Elle est, en effet, un organisme moral, non moins que social, destiné à favoriser le perfectionnement des qualités morales de ses membres. La condition préalable indispensable pour tout cela, c'est sa stabilité ! A cet égard, Sa Sainteté estime arrivé le moment d'exhorter les catholiques italiens à se garder avec une plus grande vigilance des fauteurs du divorce qui préparent de nouvelles attaques, émettent des prétentions toujours plus hardies, et, ce qui est pis, rencontrent moins de résistance que dans le passé auprès de l'opinion publique. Les vrais catholiques savent — et à l'occasion ils devront s'engager à fond sur ce point — que le lien matrimonial est par lui-même indissoluble. Céder aux pressions exercées au nom d'une liberté qui est une révolte ouverte contre les lois divines serait pour les responsables de la vie publique, jeter le pays dans une redoutable décadence. D'ailleurs, à la stabilité de la vie domestique est strictement lié le problème de l'éducation, pivot de la santé morale de la famille elle-même qui, aujourd'hui, impose une revision des méthodes, afin de pouvoir être à la hauteur des possibilités, des difficultés et des risques des nouvelles conditions de vie.

Encyclique Castis Connubii, Pie XI :

elle [l'Eglise] ne veut pas que, dans le corps moral qu'est la famille, le cœur soit séparé de la tête, au très grand détriment du corps entier et au péril — péril très proche — de la ruine. Si, en effet, le mari est la tête, la femme est le cœur, et, comme la premier possède la primauté du gouvernement, celle-ci peut et doit revendiquer comme sienne cette primauté de l'amour.

Encyclique Mystici Corporis

Corps mystique et corps purement moral

Que si Nous comparons le Corps mystique avec ce qu'on appelle corps moral, il faut alors remarquer que la différence est grande et

Pie XI, Divini Redemptoris, du 19 mars 1937 ; A. A. S., 1937, p. 80.

même d'importance et de gravité extrêmes. Dans le corps moral, en effet, il n'y a pas d'autre principe d'unité que la fin commune et, au moyen de l'autorité sociale, la commune poursuite de cette même fin ; dans le Corps mystique dont Nous parlons, au contraire, à cette commune poursuite s'ajoute un autre principe intérieur qui, existant vraiment dans tout l'organisme aussi bien que dans chacune des parties et y exerçant son activité, est d'une telle excellence que par lui-même il l'emporte sans aucune mesure sur tous les liens d'unité qui font la cohésion d'un corps physique ou social. Ce principe, Nous l'avons dit, n'est pas de l'ordre naturel, mais surnaturel ; bien mieux, c'est en lui-même quelque chose d'absolument infini et incréé, à savoir l'Esprit de Dieu qui, selon saint Thomas, « un et unique, remplit toute l'Eglise et en fait l'unité » 38.

En conséquence, la signification exacte de ce mot nous rappelle que l'Eglise, qui doit être regardée comme une société parfaite en son genre, n'est pas seulement composée d'éléments et de principes sociaux et juridiques. Elle surpasse, et de beaucoup, toutes les autres communautés humaines 39 ; elle leur est supérieure autant que la grâce surpasse la nature et que les réalités immortelles l'emportent sur toutes les réalités périssables40. Les communautés de cette sorte, surtout la société civile, ne doivent pas être méprisées, certes, ni traitées comme des choses de peu de valeur ; cependant, l'Eglise ne se trouve pas tout entière dans des réalités de cet ordre, pas plus que l'homme ne consiste tout entier dans l'organisme de notre corps mortel41. Ces éléments juridiques, il est vrai, sur lesquels l'Eglise, elle aussi, s'appuie et qui la composent, proviennent de la constitution divine donnée par le Christ et servent à atteindre la fin surnaturelle ; néanmoins, ce qui élève la société chrétienne à un degré qui dépasse absolument tout l'ordre de la nature, c'est l'Esprit de notre Rédempteur qui, comme source des grâces, des dons et de tous les charismes, remplit à jamais et intimement l'Eglise et y exerce son activité. L'organisme de notre corps est, assurément, une oeuvre merveilleuse du Créateur, mais combien est-il dépassé par la haute dignité de notre âme ! De même, la structure sociale de la communauté chrétienne, qui proclame d'ailleurs la sagesse de son divin Architecte, est cependant d'un ordre tout à fait inférieur

38 De Veritate, q. 29, a. 4, c.

39 Cf. Léon XIII, Sapientiae christianae, 10 janvier 1890 ; A. S. 5., vol. XXII, p. 392.

40 Cf. Léon XIII, Satis cognitum ; A. S. S., vol. XXVIII, p. 724.

41 Cf. ibid., p. 710.

dès qu'on la compare aux dons spirituels dont elle est ornée et dont elle vit, et à leur source divine.

Eglise juridique et Eglise d'amour

De ce que Nous avons traité et expliqué jusqu'ici dans cette lettre, Vénérables Frères, il apparaît avec évidence que ceux-là se trouvent dans une grave erreur qui se représentent à leur fantaisie une Eglise pour ainsi dire cachée et nullement visible ; de même ceux qui la regardent comme une institution humaine avec un certain corps de doctrine et des rites extérieurs, mais sans communication de vie surnaturelle 42. Tout au contraire : comme le Christ, Chef et Modèle de l'Eglise, « n'est pas tout entier si on ne voit en lui que la nature humaine visible..., ou la nature divine invisible, mais il ne fait qu'un par et dans l'une et l'autre natures ; de même son Corps mystique »43 ; car le Verbe de Dieu a pris une nature humaine sujette aux souffrances pour que, une fois la société visible fondée et consacrée par son sang divin, « l'homme fût rappelé par le gouvernement visible aux réalités invisibles » 44.

C'est pourquoi Nous déplorons et Nous condamnons l'erreur funeste de ceux qui rêvent d'une prétendue Eglise, sorte de société formée et entretenue par la charité, à laquelle — non sans mépris — ils en opposent une autre qu'ils appellent juridique. Mais c'est tout à fait en vain qu'ils introduisent cette distinction : ils ne comprennent pas, en effet, qu'une même raison a poussé le divin Rédempteur à vouloir, d'une part, que le groupement des hommes fondé par lui fût une société parfaite en son genre et munie de tous les éléments juridiques et sociaux, pour perpétuer sur la terre l'oeuvre salutaire de la Rédemption45 ; et, d'autre part, que cette société fût enrichie par l'Esprit-Saint, pour atteindre la même fin, de dons et de bienfaits surnaturels. Le Père éternel a voulu qu'elle fût « le royaume de son Fils bien-aimé » (Col 1,13) ; mais pourtant un royaume où tous les croyants feraient un hommage parfait de leur intelligence et de leur volonté46, et se conformeraient avec humilité et soumission à Celui qui pour nous « s'est fait obéissant jusqu'à la mort » (Ph 2,Cool. Il ne peut donc y avoir aucune opposition, aucun désaccord

« Cf. ibid., p. 710. « Cf. ibid., p. 710.

44 S. Thomas, De Veritate, q. 29, a. 4 ad 3.

45 Concile du Vatican, Sess. IV, Const. dogm. de Eccl., pro!.

46 Concile du Vatican, Sess. III, Const. de fide cath., c. III.

réel entre la mission dite invisible du Saint-Esprit et la fonction juridique, reçue du Christ, des pasteurs et des docteurs ; car — comme en nous le corps et l'âme — elles se complètent et s'achèvent mutuellement, elles proviennent d'un seul et même Sauveur qui n'a pas seulement dit en insufflant l'Esprit divin : « Recevez le Saint-Esprit » (Jn 20,22), mais qui a encore ordonné hautement et clairement : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie » (Jn 20,21), et « Celui qui vous écoute m'écoute » (Lc 10,16).

Que si l'Eglise manifeste des traces évidentes de la condition de notre humaine faiblesse, il ne faut pas l'attribuer à sa constitution juridique, mais plutôt à ce lamentable penchant au mal des individus, que son divin Fondateur souffre jusque dans les membres les plus élevés de son Corps mystique dans le but d'éprouver la vertu des ouailles et des pasteurs et de faire croître, en tous, les mérites de la foi chrétienne. Le Christ, en effet, comme Nous l'avons dit, n'a pas voulu que les pécheurs fussent exclus de la société formée par lui ; si donc certains membres de l'Eglise souffrent de maladie spirituelle, ce n'est pas une raison de diminuer notre amour envers l'Eglise, mais plutôt d'augmenter notre piété envers ses membres.

Assurément, notre pieuse Mère brille d'un éclat sans tache dans les sacrements où elle engendre ses fils et les nourrit, dans la foi qu'elle garde toujours à l'abri de toute atteinte, dans les lois très saintes qu'elle impose à tous et les conseils évangéliques qu'à tous elle propose, enfin, dans les grâces célestes et les charismes surnaturels par lesquels elle engendre avec une inlassable fécondité 47 des troupes innombrables de martyrs, de confesseurs et de vierges. Ce n'est cependant pas à elle qu'il faut reprocher les faiblesses et les blessures de certains de ses membres, au nom desquels elle-même demande à Dieu tous les jours : « Pardonnez-nous nos offenses », et au salut spirituel desquels elle se consacre sans relâche, avec toute la force de son amour maternel.

Lors donc que nous nommons « mystique » le Corps du Christ, le sens même de ce mot nous donne une grave leçon. C'est, en somme, l'avertissement qui résonne dans ces paroles de saint Léon : « Reconnais, ô chrétien, ta dignité ; et, entré en participation de la nature divine, veille à ne pas retomber par une conduite indigne dans ton ancienne bassesse : souviens-toi de quelle Tête et de quel Corps tu es le membre ! » 48.

*7 Cf. Concile du Vatican, Sess. III, Consf. de fide catholica, c. III. «8 Serm. XXI, 3 ; Migne, P. L., LIV, 192 - 193.


C'est pourquoi Nous déplorons et Nous condamnons l'erreur funeste de ceux qui rêvent d'une prétendue Eglise, sorte de société formée et entretenue par la charité, à laquelle — non sans mépris — ils en opposent une autre qu'ils appellent juridique. Mais c'est tout à fait en vain qu'ils introduisent cette distinction : ils ne comprennent pas, en effet, qu'une même raison a poussé le divin Rédempteur à vouloir, d'une part, que le groupement des hommes fondé par lui fût une société parfaite en son genre et munie de tous les éléments juridiques et sociaux, pour perpétuer sur la terre l'oeuvre salutaire de la Rédemption45 ; et, d'autre part, que cette société fût enrichie par l'Esprit-Saint, pour atteindre la même fin, de dons et de bienfaits surnaturels.

DISCOURS AU CENTRE ITALIEN D'ÉTUDES POUR LA RÉCONCILIATION INTERNATIONALE
(13 octobre 1955) 1

Le jeudi 13 octobre, recevant à Castelgandolfo les membres du Centre italien pour la réconciliation internationale, le Saint-Père leur a adressé un discours, dont voici la traduction :

Le programme et le but de votre Centre, la réconciliation et la collaboration internationale pacifique, répondent à l'aspiration commune des peuples qui, ayant traversé les graves secousses de deux guerres mondiales ou y ayant été impliqués en quelque autre manière, portent leur désir le plus ardent vers une coexistence sereine et active. La notice historique que l'on Nous a courtoisement envoyée, Nous a appris que les débuts du Centre remontent aux jours agités d'août X943 mais qu'il ne prit réellement vie que deux ans après, en 1945, selon le plan conçu par son illustre Secrétaire général permanent, comme une libre association d'hommes désireux de travailler pour le bien de la nation, d'experts en relations internationales, qui s'occupent à mettre en oeuvre les postulats du manifeste que les fondateurs publièrent au moment de sa constitution. Complètement apostolique, votre Centre n'est lié à aucun parti, mais il a cherché et cherche à établir des relations avec le monde international, avec les Instituts similaires d'autres nations pour réaliser ses nobles projets.

Les cycles de conférences sont une de ses activités particulières importantes et vous avez eu la bonté de Nous remettre un recueil de celles qui ont déjà été prononcées par d'éminentes personnalités et dont Nous avons pris connaissance avec le plus

vif intérêt. De ses mérites si nombreux, le Centre a reçu récemment une reconnaissance officielle par son érection en personne morale.

ALLOCUTION AUX SUPÉRIEURS GÉNÉRAUX DES ORDRES ET INSTITUTS RELIGIEUX
(février 1958)

L'union entre les Instituts

Votre union même des Supérieurs généraux que se constitua naguère de son propre mouvement et qui spontanément encore continue à tenir ses assises, a été approuvée par le Siège apostolique comme institution permanente et reconnue comme personne morale ; cette union postule de vous la volonté bien arrêtée de contribuer à tout ce pour quoi l'Eglise désire votre concours. En fait, vous avez parfaitement compris que vous formez tous une seule armée dans laquelle, les uns comme fantassins, d'autres comme cavaliers ou archers, tous en fin de compte livrent le même bon combat. Alors que l'ennemi du nom du Christ rassemble chaque jour davantage ses forces en un faisceau qu'il espère invincible, vous avez compris combien il est opportun, combien même nécessaire, pour vous et pour tous ceux qui servent Dieu, d'unir vos forces, chacun à son rang et par ses propres armes, en vue de la même victoire. Cette unité, à laquelle s'oppose la diversité des nationalités des esprits, des coutumes ou d'autres comportements humains, fleurira pourtant merveilleusement, si vos âmes sont profondément imprégnées par la vraie charité du Christ, que l'Esprit-Saint répand sur cette unité même. Que cette charité surnaturelle et infuse nous trouve prompts à répondre à son action, et elle-même déliera sans peine tous les noeuds d'une trop étroite prédilection justifiée mais trop étroite pour son propre Institut, qui s'insinue peu à peu du fait de la faiblesse humaine. Certes chacun a le devoir d'aimer l'Institut auquel l'a appelé la divine Providence, de modeler son esprit et sa conduite selon les normes de cet Institut, de choisir et d'accomplir jusqu'à un certain point le ministère apostolique selon les lois propres de ce dernier : mais il faut que tous et toujours ordonnent toutes choses au service unique de la même Eglise, Epouse du même Seigneur et Dieu Sauveur.
Lucie
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Date d'inscription : 02/04/2009

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