Vie de Saint François d'Assise par Celano.

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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:29 am

VIE DE SAINT FRANCOIS D'ASSISE, par Thomas de Celano, (Vita Prima).


PROLOGUE

1.- Sur l'ordre de notre glorieux seigneur, le Pape Grégoire j'ai tenté, avec une affectueuse dévotion, sous la conduite et à l'école de la vérité, le récit ordonné des actes et de la vie de notre bienheureux Père François : et puisque personne n'a conservé le souvenir intégral de ses actions et de ses enseignements, je me suis appliqué à exposer le mieux que j'ai pu, quoique dans un style inférieur à son sujet, les paroles que j'ai entendues de sa propre bouche ou les faits que j'ai appris de témoins éprouvés et fidèles, et cela seulement.

Puissé-je rester le disciple de celui qui a toujours été l'ennemi des ambages énigmatiques aussi bien que du style solennel !

2.- Tout ce que j'ai pu recueillir concernant le bienheureux, je l'ai réparti en trois livres, eux-mêmes divisés en chapitres, pour ne pas mélanger des faits survenus à des époques différentes, ce qui risquerait d'amener à douter de leur authenticité.

Le premier livre traite, suivant l'ordre chronologique, de la pureté de sa vie, de la sainteté de ses mœurs et des salutaires exemples qu'il nous a laissés. On y trouvera aussi quelques-uns des nombreux miracles que le Seigneur notre Dieu daigna opérer par lui durant sa vie mortelle.

Le deuxième livre raconte les faits advenus de l'avant-dernière année de sa vie à sa mort bienheureuse.

Quant au troisième , il contient en grand nombre (mais passe sous silence en plus grand nombre encore) les miracles qu'opère sur terre notre saint qui, au ciel, règne dans la gloire avec le Christ. Y sont consignés aussi la vénération, la louange et la gloire que, dans leur grande dévotion, le bienheureux Pape Grégoire et tous les cardinaux de l’Eglise romaine lui ont rendues en l'inscrivant au catalogue des saints . Grâces en soient rendues au Dieu tout-puissant qui par ses saints, ne cesse de provoquer notre admiration et. notre amour.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:31 am

PREMIERE PARTIE - Ici commence la vie de notre Bx Père François.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:33 am

PREMIERE PARTIE

A la louange et à la gloire de Dieu Tout-Puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, Amen ! Ici commence la vie de notre bienheureux Père François.

CHAPITRE 1

COMMENT IL CULTIVA LES HABITUDES ET LA MENTALITÉ MONDAINES.

1. - Dans la ville d'Assise, sur le territoire de la Vallée de Spolète , vivait un homme nommé François qui, dès ses premières années, fut élevé par ses parents dans un luxe insensé, conformément à la frivolité du monde. Après avoir longtemps suivi leur triste conduite, il finit par devenir encore plus frivole qu'eux et plus dévergondé . La funeste habitude s'est implantée partout, chez ceux qui pourtant sont réputés chrétiens, et la théorie pernicieuse s'est imposée, aussi impérative qu'un édit public, d'élever les enfants dès le berceau dans un excessif laisser-aller et dans la volupté. Ils viennent à peine de naître, commencent à parler et à balbutier : on leur apprend, par signes et paroles, des choses vraiment honteuses et abominables. Arrive le sevrage : on les entraîne non seulement à dire mais à faire des choses indécentes. Ils sont trop faibles, à cet âge, pour oser se conduire honnêtement, ce qui les exposerait à de sévères châtiments. Le poète païen a bien raison de dire : « Ayant grandi au milieu de la dépravation de nos parents, nous sommes, dès notre enfance, poursuivis par tous les vices ! » Et, de fait, plus les désirs des parents sont nuisibles aux enfants, plus ceux-ci sont heureux de leur obéir.

Puis ils commencent à grandir, et c'est de leur propre mouvement qu'ils glissent alors vers des pratiques toujours pires . Un arbre aux racines mauvaises ne peut qu'être mauvais, et ce qui a été perverti à fond n'est plus guère en état de retrouver la norme du bien.

Quand ils ont franchi le seuil de l'adolescence , comment pensez-vous les voir évoluer ? C'est alors qu'ils se ruent d'un excès à l'autre puisqu'ils sont libres désormais de faire ce qui leur plaît, et leur unique souci est le vice auquel ils s'adonnent aveuglément. Devenus, par une servitude volontaire, les esclaves du péché, ils font de leurs membres des armes d'iniquité , ils n'ont bientôt, sous l'étiquette de leur nom de baptême, plus rien de chrétien dans leur vie et leur conduite. Et bien souvent ces malheureux se vantent de péchés plus graves qu'ils n'en ont commis, de peur d'être d'autant plus méprisés qu'ils sont plus innocents .

2.- Voilà les tristes débuts de cet homme que nous vénérons aujourd'hui comme un saint et qui est vraiment un saint ; il perdit son temps et le gâcha lamentablement jusqu'à sa vingt-cinquième année environ. Qui plus est : supérieur à tous ses camarades en fait de frivolité, il s'était fait leur boute-en-train, les excitait au mal et rivalisait de sottises avec eux. Il les éblouissait tous, cherchait à se distinguer démonstrations de vaine gloire : jeux, farces, bouffonneries, plaisanteries, chansons, habits moelleux et flottants . Il était, en effet, très riche , mais nullement avare pour autant : dépensier, au contraire ; très habile en affaires mais ne regardant pas aux folles dépenses. Garçon exquis, au demeurant, de compagnie et de conversations charmantes, ce qui ne pouvait hélas ! que favoriser sa folie en lui attirant tout un cortège de jeunes gens adonnés au mal et habitués du vice. On le voyait, flanqué de sa troupe indigne, s'avancer, magnifique et la tête haute, à travers les grand-places de Babylone .

Cela dura jusqu'au jour où, l'ayant regardé du haut du ciel, le Seigneur, à cause de son Nom, détourna de lui sa colère et, à cause de sa gloire, lui mit le mors à la bouche pour l'empêcher de courir à sa perte. La main du Seigneur fut sur lui et la droite du Très-Haut changea son orientation, afin que par lui les pécheurs aient l'espoir de retrouver la vie de la grâce, et que tous profitent de l'exemple de son retour à Dieu.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:34 am

CHAPITRE 2

COMMENT DIEU VISITA SON COEUR PAR UNE MALADIE ET PAR UN SONGE.

3.- Voilà donc un homme que sa juvénile ardeur plonge dans la fièvre du péché ; les penchants de son âge sont plus forts que lui ; il jette sa gourme ; le venin de l'antique serpent l'empêche de se discipliner ; mais Dieu, à l'improviste, vient le frapper, ou plutôt le caresser, et travailler d'abord au redressement de sa conscience égarée, en brisant son âme par l'angoisse et son corps par la souffrance, selon la parole du prophète : Voici que j'obstrue de ronces ton chemin et par un mur je barre ta route . Longuement travaillé par la maladie - l'obstination des hommes dans le mal ne cède guère que devant la souffrance - François vit peu à peu se transformer son monde extérieur.

Puis la santé revint. Appuyé sur une canne, il allait et venait dans la maison : un peu d'exercice aide au rétablissement. Un jour il sortit ; il se faisait une fête d'aller contempler la campagne environnante . Mais tout ce qui est plaisant à voir : la beauté des champs, l'aspect riant des vignes et des bois, tout avait perdu son charme. Il resta stupéfait du changement si soudain survenu en lui-même et taxa de suprême folie l'attachement à tous ces biens.

4.- A partir de ce jour, il commença à se mépriser lui-même et à déprécier tout ce qu'il avait précédemment admiré et aimé. Pas intégralement, toutefois, ni à fond, car il ne s'était pas encore libéré des entraves de la vanité et n'avait pas encore secoué le joug de son criminel esclavage. Il est pénible de dire adieu à ce qui vous est devenu familier, et ce qui, un jour, a pénétré en vous, ne se laisse pas facilement arracher ; même après une longue abstention, l'on revient à ses anciennes pratiques, car souvent le vice finit par vous être une seconde nature.

François, un instant oublieux de la leçon paternelle qu'il vient de recevoir, va donc essayer d'échapper, une fois encore, à la main du Seigneur. Puisque tout lui sourit, il échafaude des projets tout humains, sans aucun souci de la volonté de Dieu ; il rêve de hauts faits qui lui gagneraient la faveur, pourtant si vaine, des gens du monde. Un chevalier d'Assise, en effet, entreprenait alors d'importants préparatifs militaires : tout enflé de vaine gloire et désireux d'accroître et ses honneurs et ses richesses, il voulait conduire ses troupes jusqu'en Pouille . Avec son tempérament vif et très audacieux, François n'a pas sitôt appris la nouvelle qu'il donne son adhésion : de race moins noble que le chevalier, il le surpassait pourtant en grandeur d'âme ; moins cousu d'or, mais ruisselant de générosité.

5.- Toutes ses réflexions étaient consacrées à la réalisation de ces projets ; il languissait dans l'attente du départ, lorsqu'une nuit Celui qui l'avait frappé du fouet de sa justice le visite en songe dans la douceur de sa grâce, et puisque le jeune homme est passionné de gloire, c'est par la gloire la plus haute qu'il l'attire et le soulève. Il lui sembla que toutes les pièces de la maison regorgeaient de matériel militaire : arçons, boucliers, lances, harnais de tout genre. Tout heureux, il était pourtant intrigué : chez lui, d'habitude, il n'avait pas sous les yeux tout cet attirail, mais bien plutôt des stocks de ballots de drap. Encore sous le coup de cette vision inopinée, il entendit affirmer : « Ces armes sont pour toi et tes chevaliers ! » Le lendemain matin, il se leva, la joie au cœur, et, interprétant sa vision comme l'annonce d'un brillant avenir, ne douta plus un instant du succès de son expédition en Pouille. Il ne savait pas ce qu'il disait et ne soupçonnait rien encore de la charge que lui confiait le ciel. Pourtant il aurait dû sentir que son interprétation n'était pas la bonne, car, si la vision présentait quelque rapport avec les exploits guerriers, ceux-ci n'exerçaient plus sur l'âme du jeune homme leur attrait de naguère. Il dut même se faire violence pour donner suite à ses projets et se lancer effectivement dans l'aventure qu'il avait tant convoitée. Cette vision des armes au tout début de sa carrière est admirable vraiment : une prise d'armes était tout indiquée pour le chevalier qui devait s'attaquer à « l'homme fort et bien armé ,» et qui, nouveau David, délivrerait Israël, au nom du Seigneur des armées, des ennemis qui, depuis longtemps, l'accablaient d'outrages .
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:36 am

CHAPITRE 3

COMMENT IL GARDE LE SECRET SUR SA TRANSFORMATION INTÉRIEURE. ALLUSIONS A UN TRÉSOR ET A UNE FIANCÉE.

6.- Il garde le secret sur le changement opéré en lui, mais renonce à son départ pour la Pouille et ne s'applique désormais qu'à orienter sa volonté dans le sens de la volonté de Dieu . Il reste un peu à l'écart de l'agitation mondaine et du négoce ; il tient à retenir Jésus-Christ au centre de son âme ; comme le marchand avisé, il soustrait aux regards des sceptiques la perle qu'il a trouvée, tandis qu'il s'efforce en cachette de réaliser tout son bien pour être en mesure de l'acheter.

Il y avait à Assise un homme que François aimait plus que les autres : ils étaient du même âge ; la sympathie réciproque donnait lieu à des rencontres fréquentes et engageait aux confidences ; François l'entraînait à l'écart afin de pouvoir lui parler plus à son aise et lui affirmait qu'il avait découvert un immense et précieux trésor. Son ami, tout joyeux et piqué par la curiosité, l'accompagnait volontiers à chaque invitation.

Il y avait aux abords de la ville une caverne qu'ils allaient souvent visiter, tout en parlant du trésor. L'homme de Dieu, déjà saint par son désir de sainteté, pénétrait dans la caverne, laissait attendre son compagnon dehors, et, sous la mouvance d'un esprit nouveau et encore inconnu, priait son Père dans le secret. Il voulait que personne ne sût ce qui se passait en lui et, cachant prudemment le mieux pour un bien, ne s'ouvrait qu'à Dieu seul de son idéal. Il priait avec dévotion le Dieu éternel et vrai de lui montrer sa voie et de lui apprendre à réaliser sa volonté. En son âme se livrait un combat terrible, et tant qu'il n'aurait pas réalisé le dessein qui lui était monté au cœur, il ne trouverait pas le repos. Continuellement lui venaient à l'esprit mille pensées contraires dont le retour obsédant le jetait dans le trouble et la souffrance. Il brûlait intérieurement du feu divin, et ne réussissait pas à dissimuler extérieurement la ferveur de son âme. Il déplorait d'avoir péché si gravement et blessé le regard de la majesté divine. Le mal passé, le mal présent avaient à ses yeux perdu leur attrait, mais il n'avait pas encore la pleine assurance de résister au mal à venir. On comprend que, de retour près de son compagnon, il était chaque fois mort de fatigue, méconnaissable.

7.- Un jour enfin qu'il avait de tout cœur imploré la miséricorde du Seigneur, celui-ci lui montra ce qu'il devait faire . Il fut rempli d'un tel bonheur qu'il ne se tenait plus de joie et se trahissait lui-même involontairement. Il ne pouvait plus se taire, si grand était l'amour infus en son âme ; il ne parlait toutefois qu'à mots couverts et par énigmes. Nous avons vu qu'il parlait de trésor caché à son ami préféré ; aux autres de même il tâchait de s'exprimer symboliquement. Il déclarait renoncer à partir en Pouille, mais pour accomplir dans sa patrie même de nobles et hauts faits.

Les gens croyaient qu'il voulait se marier, et ils le questionnaient : « Est-ce que tu songes à prendre femme, François ? » - « Je vais prendre l'épouse la plus belle et la plus noble que vous ayez jamais vue, répondit-il ; supérieure aux autres par sa beauté, elle les dépasse toutes en sagesse. » En effet, celle qu'il a choisie pour guide de sa vie religieuse est bien l'épouse immaculée de Dieu ; quant au trésor caché, c'est le royaume des cieux qu'il a cherché avec tant d'ardeur. Il fallait que répondît sans réserve à l'appel de l'Evangile celui qui, de ce même Evangile, allait devenir l'authentique et fidèle héraut.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:37 am



CHAPITRE 4


COMMENT IL VENDIT TOUS SES BIENS ET SE DÉSINTÉRESSA DE L'ARGENT.

8.- Ainsi poussé et tonifié par l'Esprit-Saint, voilà notre serviteur du Très-Haut qui, le moment étant venu, s'abandonne à la sainte passion de son âme et foule aux pieds les biens de ce monde pour conquérir des biens meilleurs. D'ailleurs, il ne lui était pas permis de différer : une maladie mortelle étendait partout ses ravages et paralysait tant d'âmes que c’en était fait de leur vie, pour peu que le médecin tardât . François se lève donc, fait le signe de la croix, harnache son cheval, charge plusieurs pièces de drap d'écarlate , bondit en selle et part en hâte pour Foligno . Il y vend comme d'habitude toute sa marchandise, et, par un coup de chance, trouve même acquéreur pour son cheval. Sur le chemin du retour, libéré de tout fardeau, il cherchait à quelles fins religieuses il pourrait bien destiner cette somme : il désire - conversion rapide et merveilleuse ! - se mettre au service de Dieu ; il trouve cet argent bien trop lourd à porter, ne fût-ce qu'une heure, et, aussi dédaigneux de ses bénéfices que de la boue, aspire à s'en débarrasser.

Il approchait d'Assise ; en bordure du chemin s'élevait une église très ancienne dédiée à saint Damien , si délabrée qu'on craignait de la voir s'effondrer.

9.- Notre chevalier devenu chevalier du Christ s'approcha de l'église. A voir une telle misère, son cœur se serra ; il entra avec crainte et respect. Il y rencontra un pauvre prêtre dont, avec beaucoup de foi, il baisa les mains consacrées , puis il voulut lui remettre l'argent qu'il rapportait et lui exposa tout au long ses projets.

Stupéfait, émerveillé d'une conversion trop soudaine pour être vraie, le prêtre n'en voulait pas croire ses oreilles. Il flairait une mystification et refusa l'argent : la veille encore, pour ainsi dire, il avait été le témoin de ses excès en compagnie de parents et camarades, et de ses bouffonneries à sensation... Mais François revenait à la charge et insistait, suppliait le prêtre d'ajouter foi à ses paroles, le priant et le conjurant de lui permettre un séjour chez lui pour servir le Seigneur. A la fin, le prêtre consentit au séjour, mais, par crainte des parents, refusa l'argent ; François, plein de mépris pour les richesses, jeta ce dernier dans l'encoignure d'une fenêtre, sans plus d'intérêt que pour de la poussière. Ce qu'il voulait, c'était « posséder la sagesse qui vaut bien mieux que l'or, et acquérir la prudence, bien plus précieuse que l'argent ».
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:38 am

CHAPITRE 5

COMMENT SON PÈRE LE PERSÉCUTA ET LE TINT PRISONNIER.

10.- Le serviteur du Dieu très-haut s'installa donc. Durant ce temps, son père battait la campagne : un espion n'aurait pas mieux fureté ; il se demandait ce qui avait bien pu arriver à son fils. Quand il sut où et comment vivait celui-ci, il en fut frappé de douleur jusqu'au fond de l'âme et, bouleversé à ce changement si soudain, rassembla voisins et amis pour courir sans tarder jusqu'à l'église où séjournait le serviteur de Dieu. Mais lui, averti de leur approche par leurs cris, préféra, parce que trop novice encore dans les combats du Christ, laisser libre carrière à la colère ; il disparut dans un refuge souterrain qu'il s'était pratiqué en prévision de semblable occasion. C'était un cul de basse-fosse sous la maison ; un seul homme en connaissait le secret .

François y resta caché durant tout un mois, n'osant sortir que pour les cas de stricte nécessité. La nourriture qu'on lui passait de temps en temps, il la mangeait dans l'obscurité de son antre ; on ne pouvait lui venir en aide que de façon clandestine. Il passait son temps à prier et à pleurer, suppliant Dieu de délivrer son âme des mains de ceux qui la poursuivaient, et de bien vouloir lui permettre l'accomplissement de ses pieux désirs. Dans le jeûne et dans les larmes, il implorait la clémence du Sauveur et, n'attendant rien de lui-même, plaçait en Dieu toute sa confiance. Bien qu'enseveli dans les ténèbres de sa fosse, il se sentait envahir peu à peu d'une joie indicible, jamais éprouvée jusqu'ici, dont la ferveur s'empara si bien de tout son être qu'un jour il quitta son réduit pour aller s'offrir sans défense aux injures de ses persécuteurs.

11.- Il se lève aussitôt, plein de bravoure, d'allégresse et d'impatience, revêt l'équipement nécessaire pour les combats du Seigneur : le bouclier de la foi et les armes de l'espérance, et, dans son divin enthousiasme, se gourmande lui-même pour avoir, comme un lâche, trop longtemps atermoyé.

Quand il parut, ceux qui l'avaient connu jadis, comparant sa posture actuelle à ses airs d'autrefois, se mirent à l'insulter de façon ignoble, à crier au fou, à lui envoyer de la boue et des pierres. A le voir si radicalement revenu de ses anciennes habitudes et abattu par les austérités, ils mettaient sur le compte de l'épuisement et de la folie tout son comportement. Mais il aima mieux faire preuve de patience que de morgue, ne se laissa impressionner ni abattre par aucune injure ; pour toutes ces épreuves il rendit grâce à Dieu. Car c'est en vain que le méchant persécute celui qui tend au bien : plus violents sont les combats, et plus magnifique sera le triomphe. L'humiliation, a-t-on dit, rend plus intrépide un cœur généreux.

12.- Le brouhaha et les cris résonnaient depuis un moment sur les places et dans les rues de la ville ; l'écho des huées retentissait de toutes parts ; à la fin, après bien d'autres, le père entendit le vacarme. Quand il perçut le nom de son fils et comprit que c'était sur lui que s'acharnaient ses concitoyens, il bondit aussitôt, non pour l'en délivrer, mais pour combler la mesure. Ne se maîtrisant plus, il se rue sur lui comme un loup sur une brebis, les yeux hors de la tête et le visage féroce, il l'empoigne et, sous une bordée d'affronts et de soufflets, le traîne jusque chez lui.

Inaccessible à toute pitié, il le séquestra durant deux jours dans un sombre réduit et, dans l'espoir de ramener son fils à ses propres vues, essaya d'abord des raisonnements, ensuite des coups et enfin des chaînes. Mais le jeune homme n'en était que plus ferme dans ses projets et plus désireux de les mettre à exécution. La réclusion, pas plus que les avanies, ne lui fit perdre la patience. Le chrétien a l'ordre de se réjouir dans la tribulation : même sous le fouet ou dans les chaînes, il ne peut abandonner sa ligne de conduite, renier sa qualité de chrétien ni se laisser entraîner loin du troupeau du Christ ; le déluge des grandes eaux ne lui fait pas peur : il a pour refuge contre toute angoisse le Fils de Dieu lui-même qui, pour nous éviter de juger trop pénibles nos misères, a choisi d'en supporter de bien plus pénibles encore .
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:39 am

CHAPITRE 6

COMMENT SA MÈRE LUI RENDIT LA LIBERTÉ ET COMMENT IL SE DÉPOUILLA EN PRÉSENCE DE L'ÉVÊQUE D'ASSISE.

13.- Mais les affaires ne pouvaient rester en souffrance : le père dut s'absenter pour un temps et l'homme de Dieu resta lié dans son cachot. Sa mère, demeurée seule à la maison et qui désapprouvait les procédés de son mari, s'en vint tenir à son fils le langage de la tendresse. Mais elle s'aperçut que rien ne le ferait revenir sur sa décision ; alors son amour maternel fut plus fort qu'elle-même : elle lui brisa ses liens et le laissa partir. Il rendit grâces au Dieu tout-puissant et retourna sans perdre un instant à sa cachette précédente. L'expérience des premiers combats l'avait rendu plus fort : il s'accorde plus de liberté Ses multiples luttes avaient épanoui les traits de son visage les injures lui avaient conféré plus d'assurance et, l'âme dilatée, il se promenait à sa guise n'importe où.

Sur les entrefaites, le père rentra et, ne trouvant plus son fils, fit retomber sur sa femme toute sa colère, amoncelant ainsi péchés sur péchés. Puis, fou de rage et tout vociférant, il court jusqu'à la retraite de son fils, décidé à le faire expulser du territoire s'il ne veut pas changer d'avis. Mais celui qui craint le Seigneur est sûr de trouver en Lui la force ; et quand ce fils de la grâce entendit venir à lui son père selon la chair, joyeux, il se présenta de lui-même et proclama hardiment qu'il n'avait peur ni de ses chaînes ni de ses coups ; il se sentait prêt à supporter allègrement tous les maux pour le Christ.

14.- Définitivement impuissant à le détourner de la route où il s'était engagé, son père se rabattit sur l'argent et en exigea la restitution. L'homme de Dieu avait formé le dessein de consacrer toute la somme au secours des pauvres et à la réparation de l'église et de ses dépendances ; mais, détaché de l'argent, il ne se laissa pas séduire par le mirage d'une bonne action possible, et son désintéressement parfait le préserva de toute angoisse troublante à ce sujet. Il retrouva parmi la poussière, dans l'embrasure d'une fenêtre, la bourse qu'il y avait projetée en un geste d'extrême dédain pour les richesses du monde mais de suprême convoitise pour celles du ciel ; la fureur du père se calma quelque peu, et la récupération de l'argent fut comme une rosée qui rafraîchit la soif de son avarice. Puis il assigna son fils devant l'évêque d'Assise pour procéder entre les mains du prélat à la restitution complète et à la renonciation à tout bien. Loin d'y opposer quelque résistance, François, tout joyeux, se prêta volontiers à ce qu'on exigeait de lui.

15.- Amené en face de l'évêque, il n'attend pas, il ne barguigne pas : sans prononcer un mot et avant qu'on lui enjoigne quoi que ce soit, il ôte tous ses vêtements et les lance dans les bras de son père ; il ne garde même pas ses caleçons mais demeure complètement nu devant toute l'assistance. L'évêque, touché de ce courage et saisi d'admiration au spectacle d'une telle ferveur et force d'âme, se leva aussitôt, attira le jeune homme dans ses bras et le couvrit de son manteau. Il avait clairement conscience d'être là en présence d'une inspiration de Dieu, et il était persuadé que la scène dont il venait d'être le témoin possédait une signification surnaturelle et cachée . C'est pourquoi, à partir de ce moment, il se constitua son protecteur, lui prodigua encouragements et marques de tendresse, bref l'adopta et l'aima du plus profond de sa charité .

Notre athlète désormais va lutter nu contre son adversaire nu ; dépouillé de tout ce qui appartient au monde, il ne s'occupe plus que de la justice à laquelle Dieu nous convie. Il s'appliquera si bien à mépriser sa propre vie sans aucune complaisance, que la paix sera, tout le long de sa route infestée d'ennemis, la compagne de sa pauvreté et que la cloison de sa chair sera le seul écran qui le séparera pour un temps de la vision de Dieu.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:40 am

CHAPITRE 7

COMMENT IL FUT APPRÉHENDÉ PAR DES BRIGANDS PUIS CULBUTÉ DANS LA NEIGE. COMMENT IL SE MIT AU SERVICE DES LÉPREUX.

16.- Vêtu de quelques hardes, lui autrefois couvert d'écarlate, François s'engagea dans la forêt, chantant en français les louanges de Dieu . Tout à coup, des brigands fondirent sur lui et, d'un air menaçant, lui demandèrent qui il était. - « Le héraut du Grand Roi ; cela vous gêne ? » répondit l'homme de Dieu à pleine voix et avec assurance. Mais eux le rudoyèrent et le culbutèrent dans un fossé profond rempli de neige, en disant « Reste donc là-dedans, espèce de croquant qui fais le héraut de Dieu ! » Quand ils se furent éloignés, François fit des pieds et des mains pour se dégager de la neige, sortit du fossé, se mit à rire de tout son cœur et, de plus belle, fit retentir les bois de louanges au Créateur de toutes choses.

Il aboutit enfin à un monastère et, pendant plusieurs jours, couvert seulement d'une souquenille grossière, il s'employa comme valet de cuisine , mais il n'avait même pas droit au brouet. N'y recevant donc aucune marque de pitié et n'obtenant même aucun vêtement, si vieux fût-il, il s'en alla, non par ressentiment mais par nécessité ; il s'en vint à Gubbio, où l'un de ses amis d'autrefois lui donna une tunique. Peu de temps après, quand la renommée de l'homme de Dieu se fut partout répandue, le Prieur du monastère se souvint de ce qui s'était passé, se repentit et vint implorer du saint le pardon, au nom du Sauveur, pour lui-même et pour ses moines.

17.- Par désir de totale humilité, notre saint se rendit ensuite chez les lépreux . Il vivait au milieu d'eux, leur prodiguait ses soins pour l'amour de Dieu, lavait leurs corps en décomposition, étanchait le pus de leurs ulcères, ainsi qu'il le dit lui-même dans son Testament : « Quand j'étais encore dans les péchés, il me semblait fort amer de voir les lépreux ; mais le Seigneur me conduisit parmi eux et je leur fis miséricorde. » Cette vue lui était même tellement insupportable que, selon ses propres dires, au temps de sa vie mondaine il se bouchait le nez lorsqu'il apercevait leur maladrerie à deux milles de distance.

Un jour pourtant, voici ce qui advint : il vivait encore dans le monde mais sous l'emprise de la grâce et de la vertu du Très-Haut il commençait à rêver d'une vie sainte et profitable à tous ; il rencontra un lépreux sur son chemin ; il triompha de lui-même, s'approcha du lépreux et le baisa. Dès lors, il se domina lui-même de plus en plus jusqu'à obtenir, par la miséricorde du Rédempteur, la victoire complète.

Encore au temps de sa vie dans le monde et selon le monde, il s'occupait des pauvres, avait la main généreuse pour ceux qu'il voyait dans la misère, et se montrait compatissant à l'égard des affligés. Contrairement à son habitude, - car il était d'une courtoisie extraordinaire, - il renvoya un jour vertement un pauvre qui lui demandait l'aumône. Pris de remords aussitôt, il réfléchit à toute la honte et vilenie d'un tel refus quand on est sollicité au nom d'un si grand Roi. Il résolut alors de ne jamais plus refuser ce qu'il serait en mesure d'accorder à qui viendrait le solliciter pour l'amour de Dieu. Il fut toujours fidèle à cette résolution, jusqu'à se donner lui-même tout entier et de toutes manières, pratiquant ainsi avant de le prêcher le conseil de l'Evangile : Donne à qui te demande, et ne te détourne pas de qui veut t'emprunter .
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:42 am

CHAPITRE 8

COMMENT IL RÉPARA L'ÉGLISE DE SAINT-DAMIEN ET QUELLE ÉTAIT LA VIE DES RELIGIEUSES QUI SE FIXÈRENT EN CE LIEU.

18.- Après avoir obtenu son émancipation , François, pour son premier travail, entreprit de bâtir à Dieu une maison ; il ne voulut point construire à neuf, mais répara une vieille église, remaçonna les murs croulants ; il ne déterra pas les fondations mais rebâtit sur elles, gardant ainsi au Christ, sans le savoir, le rôle primordial, car personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui est déjà en place : le Christ Jésus . Il retourna donc au lieu où, comme on l'a dit plus haut, s'élevait la très vieille église de Saint-Damien et, toujours soutenu par la grâce, il fit tant et si bien qu'il l'eut bientôt réparée.

Ce lieu béni et saint vit plus tard, environ six ans après la conversion du bienheureux François, la naissance d'un Ordre glorieux et admirable de vierges saintes : les « Pauvres Dames ». C'est là que Dame Claire, originaire de la cité d'Assise , devint la pierre précieuse et inébranlable qui devait servir de base à toutes les autres pierres constituant l'édifice. L'Ordre des Frères était déjà lancé ; elle fut à son tour gagnée à Dieu par les exhortations du saint et servit au progrès de beaucoup d'âmes : innombrables furent celles qui suivirent son exemple. Noble par la naissance, elle l'était davantage par la grâce ; son corps était vierge, son âme parfaitement pure ; toute jeune en âge , mais très avancée en maturité d'esprit, inébranlable dans sa décision et brûlante d'enthousiasme dans son amour de Dieu, comblée de sagesse et incomparable d'humilité, elle était Claire par le nom, plus claire par sa vie, très claire par sa vertu .

19.- Elle fut la base d'un noble édifice construit en pierres elles aussi très précieuses : les hommes ne peuvent que laisser à Dieu le soin de chanter leurs louanges que notre chétive réflexion est impuissante à concevoir, et notre langage défaillant à exprimer.

Chez elles, en effet, la vertu la plus vivace de toutes est une mutuelle et continuelle charité qui unit si bien toutes les volontés, que, fussent-elles quarante ou cinquante à demeurer ensemble, les mêmes vouloirs et les mêmes renoncements ne forgent qu'une seule âme, de toutes ces âmes si diverses.

Deuxièmement, on voit briller en chacune d'elles le joyau de l'humilité qui sauvegarde si bien les dons et bienfaits reçus du ciel que ceux-ci à leur tour méritent l'octroi de toutes les autres vertus.

Troisièmement, le lys de la virginité et de la chasteté épanche sur elles toutes son merveilleux parfum, de sorte qu'oublieuses de toute préoccupation terrestre, elles se passionnent pour la méditation des seuls mystères du ciel ; ce parfum dégage dans leurs cœurs un si puissant amour pour leur éternel Epoux, que cette divine passion, dans son intransigeance, ne tolère plus aucune attache à leur vie d'autrefois.

Quatrièmement, elles sont si exactement fidèles à leur titre de la très haute pauvreté , que c'est à peine si elles consentent à parer aux nécessités les plus urgentes de la nourriture et du vêtement.

20.- Cinquièmement, elles se sont acquis la grâce particulière de la mortification et du silence au point qu'elles n'ont pratiquement aucun effort à faire pour réprimer les tendances de la chair ou réfréner leur langue. Certaines ont tellement perdu l'habitude de parler que, lorsqu'elles y sont contraintes par la nécessité, elles ont oublié les règles d'une correcte prononciation.

Sixièmement, toutes ces vertus sont relevées chez elles d'une patience si admirable que jamais la misère de leur condition de vie ou l'injustice de certaines malversations n'arrivent à briser leur force d'âme ni même à l'ébranler.

Septièmement enfin, elles ont mérité de s'élever sur les sommets de la contemplation ; c'est là qu'elles apprennent tout ce qu'il faut faire, ce qu'il faut éviter ; là qu'elles atteignent au bonheur d'être ravies en Dieu durant les jours et les nuits qu'elles consacrent à la louange et à la prière.

Daigne l'Eternel accorder à un si saint commencement la grâce d'une continuation plus sainte encore ! Mais en voilà assez, pour l'instant, concernant ces vierges consacrées à Dieu et à ces très pieuses servantes du Christ ; leur vie étonnante et l'admirable législation qu'elles ont reçue du Seigneur Pape Grégoire alors évêque d'Ostie demandent une étude particulière et un ouvrage distinct .
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:43 am

CHAPITRE 9

COMMENT ET SOUS QUEL HABIT IL RÉPARA L'ÉGLISE SAINTE-MARIE DE LA PORTIONCULE ET COMMENT, APRÈS AVOIR ENTENDU LIRE L'ÉVANGILE, IL VOULUT RENONCER A TOUT, IMAGINA ET FAÇONNA L'HABIT QUE PORTENT LES FRÈRES.

21.- Le saint avait donc revêtu un nouvel habit et réparé l'église dont nous avons parlé plus haut ; il gagna un autre lieu voisin d'Assise où une église en ruines achevait de se délabrer . Il y commença les travaux de réfection et ne les abandonna que menés à bon terme.

De là il se transporta en un autre lieu appelé la Portioncule, où s'élevait une très vieille église dédiée à la bienheureuse Vierge, mère de Dieu , mais elle restait maintenant à l'abandon et personne n'y mettait plus les pieds. Le cœur serré, à la vue de ce délabrement, - car sa dévotion était grande pour la Mère de toute bonté, - le saint fixa sa résidence en ce lieu ; il en acheva la réparation dans le cours de la troisième année qui suivit sa conversion. L'habit qu'il portait alors ressemblait à celui des ermites, avec la ceinture de cuir, le bâton en main et les chaussures aux pieds.

22.- Mais un jour qu'on lisait dans cette église l'Evangile de l'envoi des disciples en prédication, le saint, qui était présent, comprit le sens global du passage et s'en fut, après la messe, demander au prêtre de le lui expliquer. Le prêtre lui en fit le commentaire point par point : et quand saint François entendit que les disciples du Christ ne doivent posséder ni or ni argent ni monnaie, qu'ils ne doivent emporter pour la route ni bourse ni besace ni pain ni bâton, qu'ils ne doivent avoir ni chaussures ni deux tuniques, qu'ils doivent prêcher le royaume de Dieu et la pénitence , transporté aussitôt de joie dans l'Esprit-Saint. « Voilà ce que je veux, s'écria-t-il, voilà ce que je cherche, ce que, du plus profond de mon cœur, je brûle d'accomplir ! »

Séance tenante, notre Père saint, débordant de joie, passe à la réalisation du salutaire avis ; il ne souffre aucun retard à la mise en pratique de ce qu'il vient d'entendre : il délace ses chaussures, quitte son bâton, ne garde qu'une tunique et remplace par une corde sa ceinture. Il se confectionne ensuite un habit reproduisant la forme de la croix pour chasser toute convoitise diabolique ; il le fit très rugueux pour crucifier ainsi la chair avec tous ses vices et péchés ; il le fit très pauvre et grossier, incapable d'inspirer quelque envie au monde. Les autres enseignements, il se mit aussi à les appliquer avec beaucoup de soin et de respect. Il n'était pas sourd quand on lisait l'Evangile , mais il confiait à sa belle et bonne mémoire tout ce qu'il avait entendu et s'employait consciencieusement à l'accomplir à la lettre.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:44 am

CHAPITRE 10

COMMENT IL PRÊCHAIT L'ÉVANGILE ET ANNONÇAIT LA PAIX. CONVERSION DES SIX PREMIERS FRÈRES.

23.- Et le voilà qui, d'une âme brûlante de ferveur et rayonnante d'allégresse, prêche à tous la pénitence, édifiant son auditoire en un langage simple mais avec une telle noblesse de cœur ! Sa parole était comme un feu ardent qui atteignait le fond des cœurs ; tous étaient remplis d'admiration. On ne reconnaissait plus en lui l'homme qu'il avait jadis été, car, tourné vers le ciel, il ne daignait plus accorder ses regards à la terre. Coïncidence curieuse : il commença à prêcher là où, petit enfant, il avait appris à lire, où plus tard lui fut procurée une provisoire mais glorieuse sépulture : il fallait que ses heureux débuts fussent sanctionnés par un couronnement plus heureux encore. Il enseigna où il avait étudié et termina heureusement où il avait commencé.

Il ouvrait chacun de ses sermons par un souhait de paix avant de transmettre à l'assistance la Parole de Dieu ; il disait : « Que le Seigneur vous donne la paix ! » Cette paix, il la souhaitait toujours et avec conviction, aux hommes et aux femmes, à tous ceux qu'il rencontrait ou croisait sur sa route. Et cela eut souvent pour effet, avec la grâce du Seigneur, d'amener ceux qui, réfractaires à la paix, étaient ennemis de leur propre salut, à embrasser la paix de tout leur coeur, à devenir eux aussi des fils de la paix et des conquérants du salut éternel .

24.- Le premier d'entre eux qui suivit l'homme de Dieu fut un habitant d'Assise à l'esprit simple et pieux . Après lui, frère Bernard s'en vint adhérer à cette mission de paix et, afin de s'acquérir le royaume des cieux, suivit les traces du saint d'un pas allègre et empressé . Il avait souvent donné l'hospitalité à notre bienheureux Père ; il avait pu à loisir contempler et étudier sa vie et ses mœurs : excité par le parfum de sa sainteté, il conçut la même crainte du Seigneur et enfanta la même piété qui le mena jusqu'au salut. Il voyait que François passait les nuits en prière, ne dormait que très peu et prêchait les louanges de Dieu et de la glorieuse Vierge, sa mère ; rempli d'admiration, il se disait : « Vraiment, cet homme est un homme de Dieu » Aussi mena-t-il rondement les affaires : il vendit tous ses biens, les distribua aux pauvres, non à sa famille, et s'établit décidément dans l'état de perfection, pratiquant le conseil évangélique : « Si tu veux être parfait, va, vends tout cc que tu as, donnes-en le prix aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel; puis viens et suis-moi .» Il prit ensuite le même habit que saint François, partagea sa vie et ne le quitta plus ; les frères étaient déjà très nombreux quand il partit, sur l'ordre du Père, en des régions lointaines .

Sa conversion à Dieu servit de modèle à tous ceux qui suivirent : liquidation des biens et distribution aux pauvres. La conversion et la venue d'un homme si considérable furent pour François une joie intense et profonde : le Seigneur semblait par là lui témoigner sa sollicitude puisqu'il lui donnait le compagnon dont chacun a besoin et un ami fidèle.

25.- Suivit bientôt un autre citoyen d'Assise qui mena une vie au-dessus de tout éloge et, en peu de temps, acheva ce qu'il avait saintement commencé, d'une manière plus sainte encore . Peu de temps après lui arriva frère Gilles, homme simple, droit et craignant Dieu ; durant tout le temps de sa longue vie, il pratiqua la sainteté, la justice, la piété, nous laissant des exemples d'obéissance parfaite, de travail manuel, d'amour de la solitude et de contemplation . Un autre vint encore, puis frère Philippe porta leur nombre à sept ; le Seigneur avait touché et purifié ses lèvres par un charbon ardent pour qu'il parlât de Lui avec une douceur pleine d'onction ; il comprenait et interprétait les Saintes Ecritures sans avoir étudié dans les écoles, à l'exemple de ceux que les princes des Juifs traitaient en hommes du commun, sans instruction.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:45 am

CHAPITRE 11

DE L'ESPRIT PROPHÉTIQUE ET DES RÉVÉLATIONS DE SAINT FRANÇOIS.

26.- Comblé chaque jour davantage des grâces consolantes de l'Esprit-Saint, le bienheureux Père François mettait toute sa vigilance et toute son application à former, selon des principes nouveaux pour eux, ses fils encore inexpérimentés et leur apprenait à marcher sans dévier sur le chemin de la sainte pauvreté et de la bienheureuse simplicité.

Or un jour, confondu par la miséricorde du Seigneur qui répandait sur lui ses grâces, il souhaita connaître ce qu’il adviendrait de lui-même et des siens. Il se retira donc, comme il le faisait souvent, en un lieu favorable à la prière, se plongea longuement, avec crainte et terreur, dans la contemplation du Maître de la terre entière et, revoyant dans l'amertume de son âme, ses mauvaises années, il répétait : « Mon Dieu, aie pitié de moi qui suis un pécheur ! ». Et peu à peu une indicible joie et une grand suavité filtrèrent au plus intime de son âme ; le ravissement commença, et disparurent alors les angoisses et ténèbres qui s'étaient comme épaissies dans son âme à la pensée troublante de ses anciens péchés ; avec la certitude du pardon complet, l'assurance lui fut donnée qu'il pouvait se reposer sur la grâce. Puis il fut ravi en extase et comme absorbé tout entier dans une lumière où s'élargissait le champ de sa vision, et il put contempler jusque dans le détail les événements à venir. Quand cette lumière et cette suavité se retirèrent de lui, il se sentit un esprit entièrement neuf et paraissait un tout autre homme.

27.- Il revint tout joyeux vers ses frères et leur dit : « Mes bien-aimés, soyez pleins de courage et d'allégresse dans le Seigneur, et ne vous affligez ni de votre petit nombre ni de votre simplicité ou de la mienne : car le Seigneur m'a montré en vérité qu'il fera de nous une foule immense qui se multipliera et s'étendra jusqu'aux extrémités du monde. Votre intérêt m'oblige à vous raconter une vision que je devrais plutôt garder secrète si la charité ne me faisait un devoir de parler. J'ai vu une grande foule venant à nous pour vivre de notre vie sous notre habit, avec la volonté de se plier à la règle de notre bienheureux Ordre , et j'ai même encore dans les oreilles le bruit de leurs pas : ils allaient et venaient conformément aux ordres reçus de la sainte obéissance. Comme en un carrefour, j'ai vu aboutir en ces lieux des avenues venant de tous pays, couvertes de leur multitude. De France, d'Espagne, d'Allemagne et d'Angleterre on accourt ; une foule aux multiples dialectes hâte le pas vers nous. »

Ce discours emplit les frères d'une joie réconfortante à cause de la grâce que le Seigneur Dieu avait accordée à son saint et parce que, passionnés du progrès d'autrui, ils souhaitaient voir chaque jour augmenter leur nombre, pour accomplir tous ensemble leur salut .

28.- Et le saint continua : « Frères, pour que nous rendions grâces au Seigneur notre Dieu avec fidélité et dévotion pour tous ses bienfaits, et pour que vous sachiez la conduite à tenir avec les frères actuels et futurs, comprenez bien ce déroulement des événements à venir. Nous allons commencer par cueillir quelques fruits doux et exquis ; d'autres s'offriront ensuite, moins doux et moins suaves ; d'autres enfin viendront, amers et immangeables, car malgré leur parfum et leur belle apparence, ils seront tellement acides que personne n'en pourra manger. Il reste vrai que le Seigneur, comme je vous l'ai dit, fera de nous une grande nation ; mais au dénouement tout se passera comme lorsqu'un pêcheur jette ses filets dans la mer ou dans un lac et capture une grande quantité de poissons : il embarque le tout, mais, peu soucieux de les transporter tous parce qu'ils sont trop nombreux, il choisit et garde dans ses viviers les plus gros dont il est amateur ; les autres, il les lance par-dessus bord . »

Celui qui considère les événements d'une âme sincère voit avec évidence combien toutes ces prédictions du saint sont éclatantes de vérité et comment leur réalisation nous en donne la clé. Voilà comment l'esprit de prophétie reposait sur saint François .
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:46 am

CHAPITRE 12

COMMENT IL ENVOYA DEUX PAR DEUX LES FRÈRES A TRAVERS LE MONDE ET COMMENT TOUS SE RETROUVÈRENT PEU APRES.

29.- Une nouvelle recrue de qualité entra dans l'Ordre, et leur nombre fut porté à huit. Alors le bienheureux François les réunit tous et leur parla longuement du royaume de Dieu, du mépris du monde, du renoncement à la volonté propre et de la docilité à exiger du corps ; puis il les divisa en quatre groupes de deux et leur dit : « Allez, mes bien-aimés, parcourez deux à deux les diverses contrées du monde, annoncez la paix aux hommes et prêchez-leur la pénitence qui obtient le pardon des péchés. Soyez patients dans l'épreuve, sûrs que Dieu accomplira ce qu'il a décidé et tiendra ses promesses. Répondez humblement à ceux qui vous interrogent, bénissez ceux qui vous persécutent, remerciez ceux qui vous insultent et vous calomnient : à ce prix, le royaume des cieux est à vous ! »

Ils reçurent avec joie et allégresse le mandat que leur confiait la sainte obéissance et se prosternèrent aux pieds de saint François qui embrassa chacun tendrement en lui disant avec foi : « Abandonne au Seigneur tout souci, et il prendra soin de toi ! » C'était sa phrase habituelle quand il envoyait un frère en mission.

30.- Frère Bernard et frère Gilles prirent la route de Saint-Jacques ; saint François et son compagnon choisirent une autre orientation ; les quatre autres eurent en partage les deux autres directions.

Il se passa un peu de temps, et François désira les revoir ; il pria le Seigneur qui rassemble les enfants dispersés d'Israël et lui demanda de bien vouloir, dans sa bonté, réunir tous ses fils sans trop tarder. Il fut bientôt fait comme il l'avait désiré : sans avoir été convoqués par qui que ce fût, ils se retrouvèrent et rendirent grâces à Dieu. Durant les repas qu'ils prenaient ensemble , ils laissaient déborder leur joie de revoir le Père et s'émerveillaient d'avoir eu tous la même idée ; ils racontaient les bienfaits dont le Seigneur de miséricorde les avait gratifiés et, s'ils s'étaient montrés tant soit peu négligents ou désagréables, ils en demandaient humblement et recevaient du Père avec empressement réprimande et pénitence .

C'est ainsi qu'ils agissaient habituellement lorsqu'ils venaient le voir, ne lui dissimulant pas la moindre pensée ni même les mouvements spontanés de leur âme. Et quand ils avaient accompli tout ce qu'on leur avait ordonné, ils se considéraient encore comme des « serviteurs inutiles » : car tous ces premiers disciples du bienheureux François étaient d'un désintéressement si épuré que, capables d’œuvres bonnes, saintes et justes, ils étaient absolument incapables d'y prendre une morbide complaisance . Quant au bienheureux Père, qui aimait ses fils avec tendresse, il s'ouvrait à eux de ses projets et leur faisait connaître ce que le Seigneur lui révélait.

31.- Sur ces entrefaites, quatre hommes dignes et généreux, vinrent se joindre à eux et s'attacher au saint . Le bruit s'en répandit parmi le peuple et la renommée de l'homme de Dieu s'étendit de plus en plus. Saint François et ses frères éprouvaient alors une immense et joyeuse allégresse lorsqu'un croyant, quel qu'il fût, riche, pauvre, noble, roturier, méprisable, honoré, sage, simple, savant, illettré, simple fidèle parmi le peuple chrétien, venait, poussé par l'esprit de Dieu, pour prendre l'habit du saint Ordre. Dans la société des mondains eux-mêmes, toutes ces nouvelles suscitaient beaucoup d'admiration, et cet exemple d'humilité les stimulait à mener une vie meilleure et à faire pénitence pour leurs péchés. Aucune bassesse de condition, nulle pauvreté n'empêchaient Dieu d'utiliser pour la construction de son temple ceux qu'il avait décidé d'y employer, lui, le Dieu qui se plaît en compagnie des simples et de ceux que le monde méprise.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:47 am

CHAPITRE 13

COMMENT IL ÉCRIVIT UNE PREMIÈRE RÈGLE POUR SES ONZE FRÈRES, ET COMMENT LE SEIGNEUR PAPE INNOCENT LA CONFIRMA. LA VISION DE L'ARBRE.

32.- Le bienheureux François, voyant que chaque jour le Seigneur Dieu augmentait le nombre de la fraternité, écrivit, simplement et en peu de mots , pour lui et pour ses frères présents et à venir, une norme de vie ou règle composée surtout de passages du saint Evangile, car c'est la perfection de l'Evangile et elle seule qu'il souhaitait pratiquer ; il y ajouta pourtant le strict minimum de précisions nécessaires à la bonne marche de la vie en commun. Puis il vint à Rome, accompagné de ses frères, avec l'ardent désir de voir approuver par le Pape Innocent III la règle qu'il avait écrite.

Justement se trouvait à Rome l'évêque d'Assise, Guido, qui avait toujours témoigné à François et à ses frères beaucoup d'égards, de vénération et d'affection. Il les rencontra, mais ne sachant pourquoi ils étaient là, il en fut très peiné : il avait déjà peur qu'ils ne voulussent quitter leur patrie où le Seigneur avait déjà opéré tant de merveilles par eux, ses serviteurs ; il était heureux d'avoir de tels hommes dans son diocèse et il attendait beaucoup du rayonnement de leur vie et de leurs mœurs. Quand ils lui eurent indiqué le motif de leur voyage et exposé leur projet, il se réjouit grandement dans le Seigneur et leur promit ses conseils et son appui.

Saint François se présenta aussi à l'évêque de Sabine, le seigneur Jean de Saint-Paul, qui, bien que mêlé aux princes et grands personnages de la Curie romaine, avait la réputation de « mépriser les biens de la terre et de réserver son amour à ceux du ciel ». Il reçut avec amour et bonté son visiteur dont il apprécia fort la résolution et les projets.

33.- En homme prudent et avisé, toutefois, il lui demanda des précisions sur de nombreux points et tâchait de l'orienter vers la vie monastique ou érémitique ; saint François repoussa comme il put ses efforts de persuasion, avec humilité, sans mépris pour ce qu'on lui proposait : son cœur était ailleurs et l'attirait plus haut, tandis que l'évêque, appréhendant de le voir écrasé sous sa propre initiative, lui présentait une route plus praticable. Mais, finalement vaincu par sa ténacité, il acquiesça à sa demande et s'employa, dans la suite, à soutenir sa cause devant le seigneur Pape.

A la tête de l'Eglise de Dieu se trouvait alors le seigneur Innocent III, homme illustre, aux connaissances inépuisables, d'une éloquence partout réputée, et passionné de justice en toutes les affaires où la cause de la foi chrétienne était en jeu . Il prit connaissance de la requête des hommes de Dieu et, après longue réflexion, donna son assentiment qu'il rendit effectif de droit ; puis il leur donna ses encouragements et ses avis sur de nombreux points et bénit saint François et ses frères en disant : « Allez, frères, et que le Seigneur soit avec vous ! Prêchez à tous la pénitence selon que le Seigneur daignera vous l'inspirer. Et quand le Tout-Puissant vous aura multipliés en nombre et en grâce, faites m'en part et réjouissez-vous, car je vous accorderai davantage et pourrai, avec plus de tranquillité, vous confier de plus importantes missions . »

Le Seigneur, en vérité , accompagnait François partout : ses révélations le laissaient tout joyeux et ses grâces lui rendaient courage. Une nuit, par exemple, durant son sommeil, il lui sembla qu'il parcourait une route sur le bord de laquelle s'élevait un arbre gigantesque, un arbre d'une venue splendide, vigoureux, énorme, au tronc immense ; arrivé à quelque distance, il s'arrêta pour en admirer la hauteur et la beauté, et tout à coup il se trouva lui-même enlevé si haut qu'il pouvait toucher la cime de l'arbre : il l'empoigna et, sans effort, la courba jusqu'au sol. C'est exactement ce qui se passa lorsque le seigneur Innocent, l'arbre le plus haut et le plus puissant du monde , s'inclina si bénévolement à sa requête et à sa volonté.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:48 am

CHAPITRE 14

COMMENT IL REVINT DE ROME A LA VALLÉE DE SPOLÈTE ET D'UNE PAUSE EN COURS DE ROUTE.

34.- Escorté de ses frères, saint François, tout jubilant de la faveur gracieusement accordée par un tel Père et Seigneur, rendit grâces au Dieu tout-puissant qui relève les humbles et rend le bonheur aux affligés. Sa première visite fut pour le tombeau de saint Pierre, puis, sa prière terminée, il quitta Rome et prit avec ses compagnons la route de Spolète. Les sujets de conversation, tout au long du chemin, ne manquaient point : le nombre et la valeur des grâces octroyées par le Dieu très clément ; le bienveillant accueil que leur avait réservé le vicaire du Christ, seigneur et père de toute la chrétienté ; les moyens de se conformer à ses directions et à ses ordres ; comment observer loyalement et sans défaillance la règle dont ils avaient pris l'engagement ; comment agir et penser saintement, de manière agréable au Très-Haut ; comment vivre et se conduire pour servir d'exemple au prochain par leurs progrès dans la vertu... Les nouveaux élèves du Christ, comme dans une Faculté d'humilité, s'exerçaient déjà depuis longtemps sur ces thèmes ; le jour était très avancé, les heures s'écoulaient.

Il étaient arrivés dans un endroit désert, harassés par la marche et affamés ; or il était impossible de trouver quelque nourriture, car on était très éloigné de toute habitation. Mais la grâce de Dieu y pourvut : tout à coup un homme apparut, portant un pain ; il le leur donna et s'en fut. Aucun d'eux ne le connaissait ; ils en furent stupéfaits et s'exhortaient l'un l'autre à plus de confiance encore dans la miséricorde de Dieu.

Ils mangèrent, puis, solidement réconfortés, reprirent la route pour aboutir en un lieu situé à quelque distance de la ville d'Orte ; ils y séjournèrent une quinzaine. Quelques-uns allaient à la ville pour se procurer la nourriture dont ils avaient besoin et revenaient, rendant grâces et le cœur plein de joie, porter aux autres frères et manger avec eux les quelques aliments quêtés de porte en porte. Il y avait parfois quelque reste, mais on n'avait personne à qui le donner : on le plaçait alors dans un ancien tombeau, et on le mangeait le lendemain... L'endroit était désert ; il n'y passait presque jamais personne.

35.- Ils étaient ravis de ne rien voir et de ne rien posséder d'attachant pour l'âme ou pour la chair ; voilà pourquoi ce lieu vit les débuts de leur alliance avec la sainte pauvreté à laquelle ils résolurent de s'attacher partout et toujours, comme ils le faisaient là, si grand était pour eux le charme d'être démunis de tout ce qu'aime le monde. Finis, les soucis terrestres : le seul plaisir était en Dieu ; ils entendent bien ne jamais plus s'arracher, même bousculés par l'épreuve ou poussés par la tentation, à l'étreinte de Dieu.

La beauté enchanteresse du site, bien faite pour amollir les énergies, n'avait pas tenu leurs âmes captives ; de crainte cependant qu'un séjour prolongé ne les fasse tomber, ne serait-ce que par leur comportement extérieur, dans les filets de la mentalité propriétaire, ils abandonnèrent l'endroit et, à la suite de leur Père, s'engagèrent dans la vallée de Spolète . Une question encore les tourmentait, car ils voulaient pratiquer à fond leur sainteté : devaient-ils vivre parmi les hommes ou se retirer dans la solitude ? François ne se fiait pas à sa propre sagesse mais se préparait à toute décision par une sainte prière ; sachant que sa mission était de gagner à Dieu les âmes que Satan s'efforçait de lui ravir, il trancha qu'on ne devait pas vivre pour soi mais pour Celui qui racheta tous les hommes par sa mort .
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:49 am

CHAPITRE 15

DE LA POPULARITÉ DU BIENHEUREUX FRANÇOIS ET DE NOMBREUX RETOURS A DIEU. COMMENT L'ORDRE REÇUT LE NOM D'ORDRE DES FRÈRES MINEURS, ET DE LA FORMATION DONNÉE PAR LE SAINT A CEUX QUI Y ENTRAIENT.

36.- Vaillant chevalier du Christ, François circula donc à travers villes et bourgades. Sans recourir à l'éloquence impressionnante des savants, mais à la science et à la puissance de l'Esprit-Saint, il annonçait le royaume de Dieu, prêchait la paix, apprenait aux chrétiens à se sauver et à faire pénitence pour la rémission de leurs péchés. Il avait sur chaque sujet son franc-parler maintenant qu'il avait reçu mandat du Siège Apostolique, et n'usait jamais de flatteries ni de paroles doucereuses et séduisantes. Il n'avait pas pour habitude de caresser les vices mais il y portait le fer ; ni de traiter avec ménagements la vie des pécheurs mais leur assénait de sévères admonestations.

Comme il avait commencé par pratiquer lui-même les conseils qu'il donnait aux autres, il n'avait pas peur d'être pris en contradiction mais proclamait hardiment la vérité, si bien que les hommes les plus instruits, les détenteurs de gloire et de dignité, admiraient ses discours et tremblaient, en sa présence, d'une crainte salutaire. Hommes et femmes, clercs et religieux couraient voir et entendre le saint de Dieu qui semblait un homme d'un autre monde . Tous, sans distinction d'âge ou de sexe, étaient avides de contempler les merveilles inédites que le Seigneur opérait par son serviteur. Il semblait vraiment alors que la présence de saint François, ou même sa seule renommée, fût comme une lumière envoyée du ciel sur la terre et dissipant les épaisses ténèbres partout répandues : celles-ci avaient à ce point envahi le pays qu'il était pratiquement impossible d'y trouver son chemin. L'oubli de Dieu était si profond, et si répandue la négligence envers ses commandements, qu'on n'arrivait qu'à grand peine à sortir les gens de leurs vices endurcis et invétérés.

37.- François apparut comme l'étoile qui resplendit au milieu des ombres de la nuit, comme l'aube dont la clarté prend possession des ténèbres . En peu de temps toute la province changea d'aspect ; elle vit disparaître la laideur, et sa fraîcheur reparut. Finie, l'aridité : la moisson lève soudain sur la terre en friche, la vigne sauvage se couvre de bourgeons qui répandent le parfum du Seigneur, de fleurs suaves, de fruits merveilleux et bons.

On n'entendait partout que louange de François et actions de grâces à son propos ; aussi beaucoup de gens, délaissant la course aux biens de ce monde, selon l'enseignement et à l'imitation du bienheureux Père François, apprirent à connaître, aimer et respecter leur Créateur. Sous la motion de l'inspiration divine, beaucoup d'hommes, nobles ou non, clercs ou laïcs, vinrent trouver François parce qu'ils désiraient servir jusqu'à la mort sous ses ordres et sous sa direction. Le saint les inondait des grâces célestes dont il était comme le canal débordant, et dans le champ de leurs cœurs il faisait épanouir les fleurs des vertus. Hommes et femmes suivirent ses exemples, sa règle et ses enseignements ; ainsi fut-il, et c'est son titre de gloire, l'incomparable artisan de la réforme de l'Eglise du Christ et de la victoire remportée par la triple milice des élus . Il a donné à tous une règle de vie et, selon la condition de vie d'un chacun, indiqué le vrai moyen de se sauver.

38.- Tout le monde a entendu parler de l'Ordre auquel sa charité donna l'impulsion et qui le compta parmi ses profès. C'est lui en effet qui fonda l'Ordre des Frères Mineurs, et voici en quelle occasion il lui donna ce nom. La Règle comportait cette phrase : « Qu'ils soient petits » ; or, un jour qu'on lisait la Règle, il interrompit : « Je veux que notre fraternité s'appelle l'Ordre des Frères Mineurs. »

Et de fait, ils étaient « mineurs », soumis à tous , ils cherchaient la dernière place et l'emploi méprisé qui pourrait leur valoir quelque avanie ; ce faisant, ils voulaient asseoir sur les solides fondations de la véritable humilité l'édifice spirituel qui grouperait en une heureuse architecture l'ensemble des vertus.

Cette solide base une fois assurée, s'éleva le noble édifice de la charité ; des pierres vivantes, rassemblées de toutes les contrées du monde, servirent à la construction du temple de l'Esprit-Saint. De quelle ardente charité brûlaient ces nouveaux disciples du Christ ! Quel amour de la vie en fraternité ! Lorsque plusieurs se trouvaient réunis, ou bien lorsqu'ils se rencontraient par hasard sur une route, quelle explosion d'amour spirituel, le seul amour capable de fonder une authentique fraternité ! Ils s'embrassaient alors, conversaient et riaient ensemble, épanouis, bienveillants, attentionnés, doux et calmes, unanimes dans leur idéal, prompts et infatigables à se rendre service.

39.- Chacun n'ayant que mépris pour les choses de la terre, et personne n'aimant son frère d'un amour égoïste, toutes leurs puissances d'affection étaient versées au trésor commun et ils cherchaient à se donner eux-mêmes pour venir en aide indistinctement aux besoins de tous. Ils désiraient se revoir, ils avaient plaisir à se retrouver ; la séparation leur était pénible, et douloureux l'éloignement.

Soldats disciplinés, rien n'aurait pu, à leurs yeux, prévaloir sur les ordres de la sainte obéissance ; un ordre n'était pas encore complètement énoncé que déjà ils se préparaient à l'exécuter ; sans peser le pour et le contre, sans opposer une objection, ils couraient, tête baissée, pour accomplir tout ce qui leur était imposé.

« Disciples de la très sainte Pauvreté », ils ne possédaient rien : ils ne s'attachaient donc à rien et n'avaient aucune perte à redouter. Ils se contentaient d'une seule tunique, souvent rapiécée à l'endroit et à l'envers sans aucune recherche d'élégance, mais assez pauvre et méprisable au contraire pour donner à comprendre qu'ils étaient entièrement crucifiés au monde. Une corde pour ceinture, des chausses de drap vulgaire : ils entendaient bien ne posséder rien de plus. Ils vivaient donc partout l'âme en paix, ni troublée par la crainte ni distraite par les soucis ; ils envisageaient le lendemain sans aucune appréhension et si les voyages leur réservaient de fâcheuses surprises, ils n'étaient pas anxieux du gîte pour la nuit. Il leur arriva, par les plus grands froids, de ne trouver nulle part l'hospitalité : ils se nichaient alors dans un cul-de-four ou allaient se tapir dans une caverne pour y passer la nuit en pauvres qu'ils étaient.

Durant le jour, ceux qui savaient un métier travaillaient de leurs mains : ils passaient dans une léproserie, dans une maison où ils trouvaient à s'employer honnêtement, et là ils se faisaient, avec humilité et dévotion, les serviteurs de tous. Ils refusaient les emplois qui auraient pu être occasion de scandale ; ils ne s'adonnaient qu'à des travaux saints, justes, honnêtes et utiles, exemple d'humilité et de patience pour tout leur entourage.

40.- La vertu entourait leur âme comme d'un rempart ; aussi préféraient-ils vivre là où ils avaient à souffrir persécution que là où, reconnus et vénérés comme saints, ils auraient pu gagner la sympathie des gens. Plus d'une fois ils furent couverts d'injures, tournés en ridicule, dépouillés de leurs vêtements, frappés, ligotés, emprisonnés... Ils ne se réclamaient alors d'aucun protecteur mais bien plutôt - ce détail donne la mesure de leur courage - ils n'avaient sur les lèvres que des chants de louange et d'action de grâces.

Ils ne cessaient guère, ou jamais, de louer et de prier Dieu. Ils repassaient continuellement leurs actions au tamis de leur mémoire et rendaient grâces à Dieu pour tout ce qui s'était fait de bien, mais pleuraient sur leurs négligences ou leurs imprudences. Ils se croyaient abandonnés de Dieu s'ils ne se sentaient plus animés de leur ferveur coutumière dans l'oraison. Pour n'être pas surpris par le sommeil durant leurs prières, ils recouraient à divers stratagèmes : certains se suspendaient à une corde ; d'autres s'imposaient des corsets de fer ou des entraves de bois .

Il arrive que, devant une offre plus copieuse de nourriture et de boisson, l'on se départisse un peu de sa sobriété, ou que, fatigué par la route, on outrepasse la limite du strict nécessaire : en pareil cas, même pour une légère transgression, ils se punissaient cruellement par un long jeûne. Ils montraient beaucoup de rigueur dans la répression des mouvements de leur chair et ne craignaient pas de s'immerger nus dans l'eau glacée, ou de se déchirer avec des épines et de se mettre le corps en sang .

41.- Ils méprisaient si cordialement tous les biens de la terre qu'ils n'acceptaient que contraints les choses nécessaires à la vie ; d'ailleurs, habitués dès longtemps à se refuser tout confort, ils envisageaient sans peur n'importe quelle austérité.

Paix et douceur : telle était leur ligne de conduite en toute circonstance, et cette droiture d'intention et cet esprit de paix leur permettaient d'éviter tout scandale. Ils ne parlaient que forcés par la nécessité ; aucune parole bouffonne ou inutile ne sortait de leur bouche ; on ne trouvait rien que d'honnête et de bienséant dans leur conduite et leur conversation.

Maîtrise dans le comportement, gravité dans la démarche, mortification des sens jusqu'à ne plus voir et entendre que ce qu'ils voulaient : ils avaient les yeux fixés en terre mais l'âme solidement enracinée dans le ciel. Jalousies, méchancetés, rancœurs, disputes, suspicions, amertumes ne trouvaient chez eux nulle place, mais bien plutôt la concorde, la sérénité, l'action de grâces et la louange.

Voilà selon quels principes le bienheureux Père formait ses nouveaux fils, et pas seulement de bouche et en parole, mais surtout par la pratique et par l'exemple.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:49 am

CHAPITRE 16

COMMENT ON PRATIQUAIT LA PAUVRETÉ A RIVO TORTO.

42.- Le bienheureux François et ses compagnons avaient choisi comme retraite un lieu nommé Rivo Torto, près d'Assise. Il y avait là une masure à l'abandon qui servait de refuge contre les intempéries à ces adversaires décidés de toute grande et belle demeure. « D'une chaumière, on va plus vite au ciel que d'un palais », affirme un saint . Le Père et ses fils vivaient là tous ensemble, tous frères, travaillant beaucoup , manquant de tout, parfois même de pain et n'ayant alors pour se soutenir que les raves qu'ils allaient mendier çà et là dans la plaine d'Assise. Leur cabane était si exiguë que tous n'y pouvaient tenir assis ou étendus, mais « on ne les entendait ni maugréer, ni pester ; le cœur en paix et l'esprit plein de joie, ils gardaient toute leur patience ».

Sur lui-même et sur les siens, François exerçait une vigilance de tous les jours et même de tous les instants, ne tolérant nulle souillure en eux et pourchassant la moindre négligence. Austère, toujours sur ses gardes, il se surveillait continuellement. Assailli, comme cela peut arriver, par une tentation de la chair, il se plongeait, l'hiver, dans un fossé plein d'eau glacée, et y demeurait jusqu'à ce que disparût le trouble de sa chair. Et ses compagnons s'acharnaient à suivre l'exemple d'une telle mortification.

43.- Il leur enseignait d'ailleurs non seulement la répression des vices et des instincts de la chair, mais aussi la garde des sens par lesquels la mort entre dans l'âme. Le jour, par exemple, où l'empereur Othon, s'en allant recevoir la couronne impériale, traversa la région en grand arroi , le très saint Père resta dans la cabane pourtant située en bordure de chemin ; il ne voulut pas sortir et jouir du spectacle ; il ne permit à personne d'aller voir, sauf à un frère qu'il chargea de rappeler à l'empereur et de lui répéter que sa gloire serait de courte durée . Le saint habitait toujours avec lui-même, il allait et venait, bien au large dans son cœur dont il faisait un salon digne de recevoir Dieu ; les rumeurs du dehors n'aguichaient plus ses oreilles, aucun appel n'aurait pu l'arracher, fût-ce pour un temps, à la grande œuvre qui l'occupait. Fort de l'autorité dont le Siège Apostolique l'avait investi, il refusait absolument de flatter les princes ou les rois.

44.- Il s'appliquait toujours à faire régner la concorde . Pour que l'étroitesse du local n'empêchât point les cœurs de s'épanouir à leur aise, il avait inscrit sur les poutres le nom des frères : chacun retrouvait sa place pour prier ou dormir, et l'exiguïté du lieu n'était pas un obstacle au recueillement.

Mais un jour un paysan menant son âne se présenta devant le hangar où demeuraient l'homme de Dieu et ses compagnons ; il poussait la bête à entrer sans se laisser refouler et criait : « Allons, entre ! c'est pour rendre service à la bicoque ! ». Ces mots causèrent une grande peine à saint François, car il devina la pensée de l'ânier : la crainte de voir les frères s'installer, agrandir la cabane et construire en série. Sur-le-champ, il sortit, abandonna la masure à cause des paroles du paysan et s'en fut à quelque distance dans un lieu appelé la Portioncule où, comme on l'a dit plus haut , il avait autrefois réparé l'église Sainte-Marie. Il entendait bien ne rien posséder, pour jouir avec plus de plénitude de toutes choses en Dieu.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:51 am

CHAPITRE 17

COMMENT LE BIENHEUREUX FRANÇOIS LEUR APPRIT A PRIER. L'OBÉISSANCE DES FRÈRES ET LEUR PURETÉ DE CŒUR .

45.- Les frères lui demandèrent un jour comment prier car, agissant alors en toute simplicité d'esprit, ils ne récitaient pas encore l'Office de l’Eglise . Il leur répondit : « Quand vous prierez, dites : Notre Père .... et : Nous t'adorons, ô Christ, dans toutes les églises du monde, et nous te bénissons d'avoir, par ta sainte croix, racheté l'univers. » Les frères mettaient le plus grand soin à pratiquer les enseignements de leur bon maître ; ils s'efforçaient d'exécuter non seulement ce qu'il leur disait sous forme de conseil fraternel ou d'injonction paternelle, mais aussi tout ce qu'ils pouvaient deviner, à tel ou tel indice, de ses pensées et de ses désirs. Car le bienheureux Père leur disait qu'obéir vraiment concernait les pensées non moins que les paroles, les désirs non moins que les ordres : « Si un frère sujet devine la volonté non déclarée oralement de son frère gardien, il doit aussitôt se mettre en mesure d'obéir et faire ce que le moindre signe lui révélera. »

S'ils passaient à proximité d'une église, mais devaient sans y entrer se contenter de la regarder de loin, ils se tournaient dans sa direction et, prosternés de corps et d'âme, adoraient le Tout-Puissant en disant : « Nous t'adorons, ô Christ, dans toutes tes églises...» comme le Père le leur avait enseigné. Ils agissaient de même, ce qui n'est pas moins édifiant, chaque fois qu'ils apercevaient une croix ou une image de la croix sur le sol, sur un mur, sur le tronc d'un arbre ou dans une haie le long du chemin.

46.- Leur simplicité, leur innocence, leur pureté de cœur les rendaient absolument incapables de duplicité ; ils partageaient la même foi, le même élan, la même volonté, la même charité ; l'union des âmes était réalisée par la similitude de vie, la pratique des vertus, l'identité de vues et de générosité dans l'action .

Leur confesseur était un prêtre perdu de réputation et honni par tous à cause de l'énormité de ses crimes , beaucoup de personnes les mirent au courant : ils n'en voulurent rien croire et n'en continuèrent pas moins à lui confesser leurs péchés et à lui témoigner le respect qui lui était dû .

C'est ce prêtre, je crois, qui dit un jour à un frère « Garde-toi bien, frère, de toute hypocrisie ! » Aussitôt, à cause de cette phrase d'un prêtre, le frère se regarda comme un hypocrite ; accablé d'une immense douleur, il se lamentait jour et nuit. Aux frères qui venaient s'enquérir de ce chagrin si insolite, il répondait ; « Un prêtre m'a dit une chose telle que j'en reste meurtri et ne puis plus penser à autre chose. » Les frères cherchaient à le consoler et l'exhortaient à n'en rien croire, mais lui de rétorquer « Que me dites-vous là ? C'est un prêtre qui me l'a dit est-ce qu'un prêtre peut mentir ? Et puisqu'un prêtre ne peut mentir, il faut croire ce qu'il nous dit ! » Il s'entêta longtemps à ne voir qu'un seul côté des choses, mais il finit par se rendre quand son bienheureux Père lui eut expliqué ce qu'avait dit le prêtre et qu'il eut, avec finesse, disculpé ce dernier de l'intention que lui avait prêtée le frère.

Il n'était si grand trouble dans l'âme d'un frère, dont François, de sa parole de feu, ne parvînt à chasser tout nuage pour lui rendre la sérénité.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:51 am

CHAPITRE 18

LE CHAR DE FEU, ET COMMENT SAINT FRANÇOIS, BIEN QU'ABSENT, RESTAIT EN RELATIONS AVEC SES FRÈRES.

47.- En ce temps-là, marchant avec simplicité sous le regard de Dieu et avec assurance devant les hommes, les frères méritèrent le joyeux réconfort d'une révélation divine. Une nuit en effet, alors qu'embrasés de l'Esprit-Saint ils chantaient le Notre Père, et que la supplication des voix s'harmonisait au jaillissement de la ferveur (ce qu'ils faisaient non seulement aux heures prévues mais à chaque instant, car ils étaient bien peu troublés par les soucis terrestres ou mordus par l'angoisse, l'inquiétude ou les tracas) saint François les quitta. Or voilà que vers minuit - quelques frères dormaient, les autres priaient avec ferveur dans le silence - un char de feu resplendissant fit son entrée par la petite porte, traversa la pièce puis revint ; il effectua cet aller-retour une deuxième, puis une troisième fois. Une grosse boule lumineuse semblable au soleil surmontait le char et illuminait la nuit. Ceux qui veillaient furent transis de stupeur, ceux qui dormaient s'éveillèrent, terrifiés, et cette clarté atteignait les cœurs aussi bien que les corps. Ils se réunirent pour se demander les uns aux autres quel était ce prodige, mais par la grâce puissante d'une telle lumière chacun voyait à découvert dans la conscience des autres.

Ils comprirent finalement que c'était l'âme de leur Père qui resplendissait d'un tel éclat, et que sa pureté non moins que l'amour toujours en éveil qu'il portait à ses fils lui avaient obtenu d'être ainsi favorisé et béni du Seigneur.

48. Ils eurent souvent la preuve et firent eux-mêmes l'expérience que leurs cœurs n'avaient point de secret pour le Père. Combien de fois, sans que personne l'eût renseigné, mais par l'inspiration du Saint-Esprit, ne lui arriva-t-il pas de connaître ce qu'on faisait en son absence, de mettre à jour ce qui était caché dans les cœurs, et de fouiller les consciences ! Combien de frères ne vint-il pas avertir en songe d'avoir à faire telle chose, à éviter telle autre ! Combien s'entendirent annoncer leurs malheurs alors qu'ils se trouvaient apparemment en pleine prospérité ! Il lui arriva de prévoir pour beaucoup la cessation d'une vie coupable, et d'annoncer que viendrait jusqu'à eux la grâce du salut.

Les purs et simples de cœur surtout méritaient le rare bonheur de le voir d'une manière inconnue des autres. Voici, entre beaucoup d'autres, un seul fait que je tiens de témoins dignes de foi. Frère Jean de Florence, nommé par saint François ministre des frères en Provence, les avait convoqués pour la célébration du chapitre . Le Seigneur ouvrit le chemin devant lui et rendit tous les frères dociles et attentifs à ses paroles. Parmi eux se trouvait un prêtre de grande réputation, de sainteté plus grande encore, Monaldo ; sa vertu avait l'humilité pour fondement, la prière fréquente pour appui et la patience pour bouclier.

Etait présent aussi à ce chapitre frère Antoine à qui le Seigneur avait accordé de comprendre les Ecritures et de prêcher le Christ à tout le peuple en discours savoureux. Or, tandis qu'il prêchait avec tout son cœur et toute sa foi sur le titre de la Croix : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs », le frère Monaldo dont il a été question plus haut tourna les yeux du côté de la porte et vit, à cet endroit, de ses yeux de chair, le bienheureux François soulevé dans les airs, les bras étendus en forme de croix et bénissant l'assemblée. Alors il regarda les frères : tous paraissaient remplis de la consolation de l'Esprit-Saint, et l'on devine aisément leur joie au récit de la vision et quand ils apprirent que leur très glorieux Père était là présent parmi eux.

49.- Qu'il ait connu les secrets des cœurs troublés , beaucoup ont pu en faire l'expérience, et j'avancerai entre beaucoup d'autres un témoignage qu'on ne peut révoquer en doute.

Un frère nommé Richer, noble de naissance mais de vie plus noble encore, plein d'amour pour Dieu et de mépris pour lui-même, désirait dans son cœur et voulait ardemment conquérir et garder l'entière faveur du Père saint François. Mais il se demandait avec crainte si le saint, à son insu n'avait pas de lui une opinion défavorable et ne le privait pas ainsi du bénéfice de son affection. En effet, pensait ce frère qui était très délicat, celui que François affectionne de son ardent amour est digne de la grâce divine ; celui-là par contre qui ne reçoit aucune marque de bienveillance ou d'amitié verra tomber sur lui la colère du Juge suprême. Et il ruminait ces pensées en lui-même, il se débattait intérieurement, sans révéler à personne son état d'âme.

50.- Or, le bienheureux Père était un jour dans sa cellule en train de prier, et le frère s'y présenta, toujours hanté par son idée fixe. Le saint eut connaissance et de son approche et de ses préoccupations. Il le fit appeler aussitôt et lui dit : « Ne te laisse troubler par aucune tentation, mon fils, ni torturer par aucune inquiétude, car tu m'es très cher ; et parmi tous ceux que j'aime particulièrement, tu es bien digne, sois-en sûr, de mon affection et de ma tendresse. Viens me voir quand tu voudras, en toute confiance, et parle-moi à cœur ouvert ! » Le frère, au comble de l'émerveillement, en conçut encore plus de vénération, et plus le saint lui témoignait sa faveur, plus il s'épanouissait librement dans la miséricorde de Dieu.

Que ton absence doit être pénible à supporter, Père saint, pour ceux qui n'ont plus l'espoir de trouver désormais sur terre un homme tel que toi ! Nous t'en supplions, intercède pour ceux que tu vois se rouler dans la boue funeste du péché. Tu étais habité par l'Esprit qui anime tous les justes, tu prévoyais l'avenir, tu connaissais le présent, et malgré cela, afin de mettre l'orgueil en fuite tu n'affichais que les dehors de la sainte simplicité... Mais revenons en arrière pour reprendre l'ordre historique.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:52 am

CHAPITRE 19

LE SOIN QU'IL PRENAIT DE SES FRÈRES, SON MÉPRIS POUR LUI-MÊME ET SA PARFAITE HUMILITÉ.
51.- Le bienheureux François, avec son corps, revint à ses frères dont son âme, on l'a vu, ne s'éloignait jamais. Il avait l’œil à ce que faisait chacun, s'occupait de ses frères avec une sollicitude qui avait toujours d'heureux résultats et ne laissait pas sans punition les relâchements qu'il découvrait. Il s'attaquait au mal d'abord dans les tendances de l'esprit, puis dans les instincts animaux et enfin écartait toutes les occasions qui peuvent mener au péché.

Il mettait toute sa ferveur et sa sollicitude à garder Dame sainte Pauvreté et ne tolérait aucun superflu : un objet ne pouvait rester dans la maison s'il n'était pas d'extrême nécessité. Il est impossible, disait-il, de satisfaire à la nécessité sans devenir esclave du plaisir . C'est à contre-coeur et très rarement qu'il acceptait des aliments cuits ; encore les mélangeait-il de cendre et noyait-il dans l'eau froide toute la saveur de l'assaisonnement. Combien de fois n'essaya-t-il pas de donner le change aux grands personnages qui, par vénération et par affection, l'invitaient à leur table au cours des randonnées où il prêchait l'Evangile il mangeait un peu pour se conformer au saint Evangile puis, tout en portant la main à la bouche, il glissait dans sa tunique ce qu'il faisait semblant de manger, pour que personne ne s’aperçût de son manège. Et rien à dire sur l'usage qu'il faisait du vin, puisqu'il ne buvait même pas assez d'eau pour se désaltérer quand il était brûlé par la soif...

52.- Quand il recevait l'hospitalité pour la nuit, il refusait matelas et couvertures : il étendait par terre sa tunique et couchait à même. La plupart du temps, d'ailleurs, il dormait assis ou bien, s'il s'allongeait, c'était avec une pierre ou une bûche en guise d'oreiller .

Quand lui était venu le désir bien naturel de manger de tel ou tel plat, il se résignait difficilement ensuite à y toucher. Il lui arriva une fois, au cours de sa maladie, de manger un peu de poulet, ce qui lui rendit des forces. Il s'en fut ensuite à Assise ; arrivé aux portes de la ville, il ordonna au frère qui l'accompagnait de lui passer une corde au cou et de le promener ainsi dans la ville comme un voleur en publiant à la ronde comme un crieur public : « Venez et voyez un glouton qui, sans que vous vous en doutiez, s'engraisse de chair de poulet ! » On accourait en foule pour voir le spectacle et l'on mêlait les larmes aux soupirs en disant : « Malheur à nous, misérables qui passons toute notre vie dans un solide embonpoint et qui gavons nos cœurs et nos corps de luxure et d'ivresse ! » Un tel exemple touchait les cœurs et excitait à une vie meilleure.

53.- Il lui arrivait bien souvent d'agir ainsi, mais à force de se mépriser lui-même il s'attirait la vénération continuelle. Il se regardait comme un objet de rebut ; il ignorait la peur de perdre sa vie corporelle autant que les ménagements pour la conserver ; héroïquement, il exposait son corps aux injures et aux coups pour bannir tout désir terrestre en sa faveur. Il se méprisait vraiment lui-même et, par la parole et par l'exemple, il enseignait à tous qu'ils avaient à se mépriser à leur tour. Mais (comment y échapper ?) il recueillait partout les ovations, tous chantaient ses louanges ; lui seul se regardait comme un être vil et misérable. Il souffrait beaucoup de se voir ainsi l'objet de la vénération universelle et, pour compenser les honneurs qu'on lui rendait extérieurement, il se faisait injurier. Il appelait un frère et lui disait : « Au nom de l'obéissance, je t'ordonne de m'injurier vigoureusement et de témoigner de la vérité à l'encontre de tous les mensonges de ces gens-là ! » Alors le pauvre frère, à contrecœur, le traitait de rustaud, de valet, de fainéant, et François souriait et approuvait : « Que le Seigneur te bénisse, car c'est la pure vérité et c'est là ce que doit entendre le fils de Pierre Bernardone ! » Il voulait par ces mots faire allusion à sa naissance obscure.

54.- Pour prouver qu'il ne valait que mépris et pour donner aux autres l'exemple d'un sincère aveu, il ne rougissait pas, durant un sermon, de dénoncer à tout le peuple ses propres défaillances. S'il avait jugé quelqu'un avec malveillance ou s'il avait lâché un mot un peu vif, il allait aussitôt s'en accuser et demander pardon à celui qu'il avait mal jugé ou critiqués . C'est le meilleure preuve que nous ayons de sa pureté d'âme : sa conscience, la surveillance qu'il exerçait sur lui-même ne lui laissaient aucun répit tant qu'il n'avait pas apaisé et guéri la souffrance qu'il avait provoquée. Il désirait non se distinguer mais se perfectionner dans toutes les vertus majeures, échappant par tous les moyens à ses admirateurs, de crainte de se laisser aller à la vanité.

Malheur à nous qui t'avons perdu, Père saint ! Tu étais notre modèle de charité et d'humilité. Ta disparition est pour nous la juste punition de n'avoir pas suffisamment cherché à te connaître tant que tu vivais parmi nous.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:54 am

CHAPITRE 20

SON DÉSIR DU MARTYRE. VOYAGES EN ESPAGNE ET EN SYRIE. COMMENT DIEU, PAR SON INTERVENTION, TIRA D'AFFAIRE LES MATELOTS EN MULTIPLIANT LES VIVRES.

55.- Brûlant d'amour pour Dieu, le bienheureux Père François voulait toujours se lancer en de grandes aventures, et son grand cœur ambitionnait d'atteindre, en suivant le chemin des volontés de Dieu, le sommet de la perfection. La sixième année qui suivit sa conversion , brûlant de désir pour le martyre, il résolut de passer en Syrie pour prêcher la foi chrétienne et la pénitence aux Sarrasins et autres infidèles. Il embarqua donc, mais les vents leur furent contraires et il se retrouva sur les côtes d'Esclavonie avec tous les passagers ; ses grands espoirs étaient trompés.

Il attendit quelque temps, puis, comme il n'était plus possible cette année-là de gagner la Syrie, il trouva un équipage qui allait appareiller pour Ancône et sollicita d'être pris à bord. Mais il n'avait pas de quoi payer ; les matelots refusèrent catégoriquement. Le saint, alors, s'en remettant complètement à la bonté de Dieu, se glissa subrepticement dans le navire avec son compagnon. La Providence veillait : un inconnu se présenta, porteur de victuailles ; il fit signe à l'un des passagers, homme craignant Dieu, et lui dit : « Tiens, ne manque pas de distribuer tout ceci aux pauvres cachés à bord chaque fois qu'ils en auront besoin ! » Or une tempête affreuse s'éleva ; il fallut ramer des jours entiers, les réserves s'épuisèrent ; bientôt ne restèrent plus que les provisions du pauvre François. Mais la bonté et la puissance de Dieu les multiplièrent si bien que, durant toute la fin de la traversée, elles suffirent largement aux besoins de tous jusqu'à Ancône. Et les marins, voyant qu'ils avaient échappé au péril de la mer à cause de François le serviteur de Dieu, rendirent grâces au Dieu tout-puissant qui, en la personne de ses serviteurs, se montre toujours aimable et admirable.

56.- François, le serviteur du Dieu très-haut, tourna le dos à la mer et s'en fut parcourir la terre ; il la retourna du soc de sa parole et répandit le bon grain de la Vie qui fournit d'amples moissons ; très nombreux en effet vinrent pour partager sa vie et son idéal des hommes dignes et généreux, clercs et laïcs, qui, touchés par la grâce du Très-Haut, voulaient fuir le monde et s'arracher courageusement au démon. Mais si l'arbre évangélique produisait à profusion des fruits de qualité, le sublime désir du martyre n'en demeurait pas moins ardent au cœur de François. Aussi prit-il peu après le chemin du Maroc pour prêcher l'Evangile du Christ au Miramolin et à ses coreligionnaires . Le désir qu'il l'y portait était si puissant qu'il distançait parfois son compagnon de route et courait, ivre de l'Esprit, réaliser son projet. Mais Dieu dans sa bonté voulut bien se soucier de moi et de beaucoup d'autres : François était déjà rendu en Espagne quand Dieu lui résista en face et, pour l'empêcher d'aller plus loin, le frappa d'une maladie qui le força d'interrompre son voyage.

57.- Peu après son retour à Sainte-Marie de la Portioncule, de nouveaux disciples se présentèrent, nobles et lettrés. Avec sa noblesse d'âme et son rare sens des situations, il sut les recevoir avec honneur et dignité, rendant à chacun ce qui lui était dû. Doué vraiment d'un discernement exquis, il tenait compte de la valeur et de la position d'un chacun . Mais il ne trouverait pas de repos pour son âme tant qu'il n'aurait pas donné libre carrière à ses élans. C'est pourquoi, la treizième année qui suivit sa conversion, il fit voile vers la Syrie où les chrétiens soutenaient chaque jour contre les païens de durs et d'héroïques combats. Il prit un compagnon et sans crainte partit affronter le Sultan des Sarrasins .

Qui pourrait nous le décrire tenant tête avec intrépidité, parlant avec courage, répondant avec assurance et chaleur à ceux qui insultaient la religion du Christ ? Car il fut arrêté par les gardes avant même d'arriver au Sultan, accablé d'injures et de coups, mais il ne frémit pas ; on le menace de mort, il ne se trouble pas ; on lui promet le supplice, il ne s'émeut pas. Après avoir été le jouet de tant de haine, il fut enfin reçu avec beaucoup de courtoisie par le Sultan qui lui donna tous les signes de faveur et lui offrit de nombreux cadeaux pour essayer de fléchir ainsi son âme vers les richesses du monde. Mais à constater que François repoussait énergiquement tous ces biens, il demeura stupéfait, le regardant comme un homme extraordinaire ; il l'écoutait volontiers et se sentait pénétré par sa parole... Mais ici encore le Seigneur refusa d'exaucer les désirs du saint : il se réservait de lui accorder la faveur toute particulière d'une autre grâce.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:55 am

CHAPITRE 21

LE SERMON AUX OISEAUX. LA DOCILITÉ DES CRÉATURES.

58.- Après l'arrivée des nouveaux frères dont nous avons parlé, le bienheureux Père François prit la route et suivit la vallée de Spolète. Comme il approchait de Bevagna, il rencontra, rassemblés par bandes entières, des oiseaux de tout genre : des ramiers, des corneilles et des freux . Sitôt qu'il les vit, il planta là ses compagnons sur la route et courut vers les oiseaux : son amour était si débordant qu'il témoignait même aux créatures inférieures et privées de raison une grande affection et une grande douceur. Arrivé tout près d'eux, il constata que les oiseaux l'attendaient ; il leur adressa son salut habituel , s'émerveilla de ce qu'ils ne se fussent pas envolés comme ils font d'habitude, leur dit qu'ils devaient écouter la parole de Dieu et les pria humblement d'être attentifs.

Il leur dit, entre autres choses : « Mes frères les oiseaux, vous avez bien sujet de louer votre créateur et de l'aimer toujours : il vous a donné des plumes pour vous vêtir, des ailes pour voler, et tout ce dont vous aviez besoin pour vivre. De toutes les créatures de Dieu, c'est vous qui avez meilleure grâce ; il vous a dévolu pour champ l'espace et sa limpidité ; vous n'avez ni à semer ni à moissonner : il vous donne le vivre et le couvert sans que vous ayez à vous en inquiéter. » A ces mots, rapportent le saint lui-même et ses compagnons, les oiseaux exprimèrent à leur façon une admirable joie : ils allongeaient le cou, déployaient leurs ailes, ouvraient le bec et regardaient attentivement. Lui allait et venait parmi eux, frôlait de sa tunique leurs têtes et leurs corps. Finalement, il les bénit, traça sur eux le signe de la croix et leur Permit de s'envoler. Il reprit la route avec ses compagnons et, délirant de joie, rendit grâces à Dieu qui est ainsi reconnu et vénéré par toutes ses créatures.

Il n'était pas simple d'esprit, mais il avait la grâce de la simplicité, aussi s'accusa-t-il de négligence pour n'avoir pas encore jusque là prêché aux oiseaux puisque ces animaux écoutaient avec tant de respect la parole de Dieu. Et à partir de ce jour il ne manquait pas d'exhorter tous les oiseaux, tous les animaux, les reptiles et même les créatures insensibles, à louer et aimer le Créateur , car, à l'invocation du nom du Sauveur, il faisait tous les jours l'expérience de leur docilité.

59.- Il arriva un jour, pour prêcher la parole de Dieu, dans un bourg nommé Alviano. Il grimpa sur un perron pour être mieux vu de tous et demanda le silence ; la foule se tut et attendit respectueusement. Mais une bande d'hirondelles gazouillaient et criaient à tue-tête autour de leurs nids, et le bienheureux François qui n'arrivait pas à se faire entendre les prit à partie : « Mes sœurs hirondelles, vous avez bien assez parlé jusqu'ici ; à mon tour maintenant. Ecoutez la parole du Seigneur, gardez le silence et ne bougez plus jusqu'à ce que j'aie fini de parler du Seigneur !» A la stupeur et à l'émerveillement de tous, elles se turent aussitôt et restèrent en place sans bouger jusqu'à la fin du sermon. Et les gens témoins de ce prodige admiraient et disaient : « Vraiment cet homme est un saint et l'ami du Très-Haut ! » Dans leur dévotion ils se pressaient autour de lui pour au moins toucher ses vêtements, tout en louant et bénissant Dieu.

Et, de fait, quelle merveille de voir combien ces créatures sans raison devinaient l'affection et la tendresse qu'il avait pour elles !

60.- En voici un autre exemple. Il séjournait alors à Greccio ; un frère lui apporta, encore vivant, un levraut pris au collet. A sa vue, le bienheureux fut touché de compassion : « Petit frère levraut, lui dit-il, viens ici. Pourquoi t'es-tu laissé prendre ? » Sitôt lâché par le frère qui le tenait, il se précipita de lui-même vers François et se blottit dans son sein comme en lieu sûr. Le bienheureux Père le caressa un moment avec tendresse, puis lui donna congé pour qu'il regagnât la forêt en toute liberté. Mais on avait beau le mettre à terre, d'un bond il revenait au Père, qui ordonna finalement de le retourner à sa forêt qui était toute proche.

La même scène eut lieu avec un lapereau - un des animaux les plus sauvages pourtant - dans une île du lac de Pérouse .

61.- Il éprouvait les mêmes sentiments pour les poissons et, quand l'occasion s'en présentait, rejetait à l'eau ceux qu'on avait capturés vivants, leur recommandant bien de ne plus se laisser reprendre désormais. Un jour qu'il se trouvait en barque près d'un port du lac de Rieti, un pêcheur vint lui offrir en témoignage de vénération une magnifique tanche qu'il venait de prendre. Il accepta joyeusement et volontiers le poisson, l'appela son frère, et le replaçant dans l'eau entonna les louanges du Seigneur. Tant que dura la prière, le poisson prit ses ébats le long du bateau et ne s'éloigna que lorsque le saint, sa prière terminée, lui eut permis de s'en aller.

C'est ainsi que notre glorieux Père François, parce qu'il marchait lui-même dans la voie de l'obéissance, parce qu'il se pliait volontiers, sans réticence, sous le joug de la soumission, fut jugé digne par Dieu d'être à son tour obéi des créatures.

Durant une grave maladie, il lui arriva de changer l'eau en vin, à l'ermitage Saint-Urbain ; il en but et ses forces lui revinrent si rapidement que tous crurent au miracle ; c'en était un vraiment. Et il était vraiment saint celui qui commandait ainsi aux créatures, transformait à sa guise les éléments eux-mêmes et changeait leur nature et leur destination.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:56 am

CHAPITRE 22

PRÉDICATION AU VILLAGE D'ASCOLI, ET COMMENT LES MALADES, MÊME LOIN DE SA PRÉSENCE, ÉTAIENT GUÉRIS PAR LES OBJETS QU'IL AVAIT TOUCHÉS.

62.- Dans la période où se place le sermon aux oiseaux dont nous venons de parler, le bienheureux Père François continuant sa tournée de prédication et lançant partout à la ronde ses paroles qui étaient semence de bénédiction , arriva au villages d'Ascoli. Il y prêcha la parole de Dieu avec sa fougue habituelle, et la grâce de Dieu remplit d'une telle ferveur le peuple entier qu'on s'écrasait pour venir le voir et l'entendre. Trente hommes, ce jour-là, clercs et laïcs, reçurent de ses mains l'habit de l'Ordre.

Les gens avaient une telle foi en lui, une telle vénération, qu'on s'estimait heureux d'avoir pu seulement toucher ses vêtements. Quand il arrivait dans une ville, le clergé se félicitait, on sonnait les cloches, les hommes avaient l'âme en fête, les femmes se faisaient part de leur joie, les enfants jubilaient ; souvent on arrachait des branches aux arbres et on sortait à sa rencontre en chantant des psaumes. L'hérésie était battue en brèche , la foi de l’Eglise triomphait et, pour la plus grande joie des fidèles, les hérétiques devaient s'éclipser.

La sainteté rayonnait de lui si éclatante que personne n'osait argumenter contre lui ; il était devenu l'oracle de tout le peuple. Son premier et inaltérable principe était le suivant : tenir ferme, vénérer et imiter la foi de la sainte Eglise Romaine, la seule qui procure aux hommes le salut . Il vénérait les prêtres et tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique .

63.- On lui apportait des pains à bénir, on les conservait longtemps, et on en mangeait pour être guéri de toutes sortes de maladies. Bien souvent la foule, dans sa ferveur, se ruait sur lui et coupait tant de morceaux de sa tunique qu'il en demeurait presque nu. Et, chose plus digne encore d'admiration, les objets que le Père avait touchés de sa main rendaient la santé à de nombreux malades.

Dans un petit village près d'Arezzo, une femme enceinte était arrivée au terme de sa grossesse ; depuis plusieurs jours elle était en proie à des souffrances terribles et, sans pouvoir être délivrée, demeurait suspendue entre la vie et la mort. Les voisins de la famille apprirent alors que le bienheureux François devait passer par là pour se rendre dans un ermitage. Ils guettèrent donc son arrivée, mais par malheur le saint prit un autre chemin. On lui avait prêté un cheval, car il était malade et n'en pouvait plus. Parvenu à destination, il chargea un frère nommé Pierre de ramener le cheval à son propriétaire qui l'avait si charitablement prêté. Frère Pierre ramena la bête en passant par le village où agonisait cette femme. Du plus loin qu'ils l'aperçurent, les habitants coururent à lui, le prenant pour saint François ; quand ils constatèrent la méprise, ils en furent très affligés. Tenaces, ils se demandèrent alors quel objet pouvait bien avoir touché la main du bienheureux François ; après réflexion, ils pensèrent aux rênes qu'il avait dû tenir en mains pour chevaucher ; ils enlevèrent le mors de la bouche du cheval et appliquèrent à la femme les rênes que le Père avait maniées : à l'instant le danger fut écarté ; elle accoucha toute joyeuse et en pleine santé.

64.- A Castro di Pieve, un homme appelé Geoffroy, pieux et craignant Dieu, lui et toute sa maison, possédait une corde que le bienheureux François avait portée en ceinture. Or il advint que sur le territoire de la commune beaucoup d'hommes et de femmes furent atteints de fièvres et autres maladies. Notre homme allait visiter les malades chez eux, se faisait apporter de l'eau et y trempait la corde ou bien y jetait quelques brins qu'il en arrachait ; il donnait cette potion et tous, au nom du Christ, étaient guéris .

Tout cela - et bien d'autres miracles encore, trop longs à raconter ici - se produisait loin de sa présence. Mais voici, en peu de mots, quelques-uns des prodiges que, par l'effet de sa présence, daigna opérer le Seigneur notre Dieu.
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Message  Roger Boivin le Ven 17 Déc 2010, 1:57 am

CHAPITRE 23

COMMENT IL GUÉRIT UN BOITEUX A TOSCANELLA ET UN PARALYTIQUE A NARNI.

65.- Toujours prêchant le royaume de Dieu et visitant les provinces les unes après les autres, François parvint un jour à Toscanella où, comme d'habitude, il sema le bon grain de la Vie. Il reçut l'hospitalité chez un chevalier de la ville dont le fils unique était tout chétif et boiteux ; bien qu'âgé de quelques années, l'enfant gardait encore le berceau. Son père, témoin de la sainteté de l'homme de Dieu, se jeta humblement à ses pieds, lui demandant de guérir son fils. Le saint refusa longtemps, se jugeant incapable et indigne d'une telle puissance et d'une telle grâce. Vaincu finalement par ses demandes réitérées, il se mit en prière, posa la main sur la tête de l'enfant, le bénit et le mit debout. Aussitôt, à la joie de tous les assistants, l'enfant se tint ferme sur ses pieds au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ et se mit à trotter dans toute la maison.

66.- François vint un jour à Narni et y séjourna quelque temps. Or il y avait dans la ville un homme appelé Pierre qui, paralysé, gardait le lit depuis cinq mois : il ne pouvait plus ni se lever ni faire aucun mouvement les pieds ; les mains, le cou étaient raides ; il arrivait seulement à remuer la langue et à ouvrir les yeux. Quand il apprit que saint François était arrivé, il envoya demander à l'évêque de bien vouloir, pour l'amour de Dieu, lui envoyer le serviteur du Très-Haut : il ne doutait pas que sa seule vue et sa seule présence le guérissent. Ainsi fut fait : le bienheureux François vint à lui, traça sur lui de la tête aux pieds un grand signe de croix et aussitôt l'infirmité disparut ; le malade recouvra sa santé d'autrefois .
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